23 décembre 2008

Bodies Of Water - A Certain Feeling (2008)

La première raison d'être de cette chronique, outre l'excellence du contenu, c'est qu'il ne faudrait jamais proposer de bilan annuel avant le définitif lever de rideau. J'ai l'air malin moi, nous avons l'air malin, nous tous, bloggers, qui nous sommes mis à cent pour citer un nombre déraisonnable d'albums, pour au final superbement ignorer - faute de l'avoir écouté - cet écrin sonore qu'est le deuxième LP des Bodies of Water.

M'enfin, justice est faite, et grâce à Ju qui peut-être n'en demandait pas tant, j'ai découvert il y a quelques nuitées le disque qui selon moi, mérite d'accompagner le Scenario Rock dans mon panthéon personnel d'une année 2008, jusque là riche d'albums à écouter, mais finalement peu fertile en oeuvres abouties.

Et c'est vrai que le genre musical proposé va un peu à l'encontre du cassage du tout pastoral venant, dont je me suis fait le champion cette année......encore que, je reconnais aux Fleet Foxes le droit d'exister, même si leur album est anecdotique, encore que.......les efforts pesants de Arcade Fire sur disque, sont habilement transcendés sur scène où le gang canadien s'avère brillant !

Mais revenons à nos moutons, et si je mentionne Arcade Fire, c'est que c'est effectivement le premier nom qui vient à l'esprit à l'écoute de ces 9 chansons brûlantes et frémissantes, dans lesquelles le chant gospel côtoie une certaine spiritualité qu'on aurait tort de ne labelliser que chrétienne. Il s'agit avant tout, comme de plus en plus dans la pop actuelle, de Besnard Lakes, Blanche aux White Stripes (vrai ex-couple) en passant par les freudiennes Fiery Furnaces (relation frère/soeur) d'une véritable affaire de couple qui unit les Metealf. Et que c'est davantage le ravissement de jouer ensemble, et sans doute une quête écolo qui donne à cette musique toute sa fièvre, toute cette ferveur exacerbée.

Pour autant, et bien qu'en en faisant des tonnes dans la vocalise qui s'installe et qui dure au sein d'un même morceau, rien de tout ce qui nous est donné d'entendre ne sonne vain, ni n'est teinté d'affect ; pas de sentiment de surenchère inutile donc, juste l'impression d'écouter de la vraie bonne musique, bien écrite, bien interprétée, et où affleurent quelques unes des plus importantes influences pour ce qui est des groupes mixtes !

A ce titre, Ju était sans doute dans le vrai, qui citait Abba comme source évidente d'inspiration sur le debut album Ears Will Pop & Eyes Will Blink (2008). C'est à ce bel unisson de voix, à cette foi en le couple qui déplacerait des montagnes que l'on doit sans doute des splendeurs comme "Only You", "Gold Tan Peach And Grey", le monumental "Under The Pines" avec son intro échappée d'un vieux Alice Copper, et son refrain épique qui n'est pas sans m'évoquer la vibe enchanteresse du chef d'oeuvre de Bright Eyes, Lifted Or The Story Is In The Soil...(2001).

Ailleurs, et presque tout le temps, c'est aux Belle And Sebastian première époque que font penser ces mini-symphonies que sont "Darling, I LoveYou" ", Water Here" ou "Even in a Cave". La tessiture des voix, leurs mélanges rappèlent le meilleur de la mixité folk américaine, qu'il s'agisse des fabuleux Mamas And Papas ou bien des tout aussi essentiels 5th Dimension. Ces chansons sont belles, tout simplement, l'album est homogène dans sa qualité, tout est bien exécuté ; voila un album qui restera, et qui ne doit son ridicule nombre de passage sur ma platine qu'au prétexte fallacieux de l'avoir découvert tard - le disque est sorti durant l'été et a plutôt recueilli des suffrages laudatifs bien que polis.

Tout est affaire de bon goût chez cette chorale de quatre personnes (eh non ils ne sont pas 15, même s'ils envoient !), jusqu'à son nom emprunté au livre de nouvelles de Rosanne Cash. L'americana, genre galvaudé s'il en était, est en passe de renaître de ses cendres avec ce nouvel orchestre d'une finesse mélodique et d'une justesse sans faille !

En bref : au moins 10 références de groupes majeurs à l'écoute de cette oeuvre-là, et surtout un songwriting admirable, une interprétation à faire se dresser les poils. Qu'importent les classements déjà parus, la grande claque de cette fin d'année a pour nom les Bodies Of Water.





"Under The Pines" :

"Only you" en live :


Bodies of Water~Only You from LaundroMatinee on Vimeo.

4 Comments:

benoit said...

putain ça a l'air vachement bien ce disque. merci du conseil et bravo pour le topic.

Ju said...

C'est vrai que je n'en attendais pas tant. Je t'avais avoué avoir posté ma chronique du premier Lp un peu honteux, craignant de me prendre des réflexions du genre "trop d'emphase, bla bla bla". Il n'empêche que ce disque est effectivement excellent, et bien complémentaire au premier. Et je retire une certaine satisfaction de l'avoir passé à un public peu habitué à l'indé, lors d'une soirée familiale, où ça avait simplement un peu tilté lorsque "If I were a bell" semblait ne jamais vouloir se terminer.
A+
Ju

marc said...

Non seulement les deux albums sont excellents, mais la seule crainte que j'avais, le live, passe remarquablement la rampe. Ne les ratez pas s'ils passent près de chez vous:

http://mescritiques.be/spip.php?article739

Francky 01 said...

En me balladant sur votre excellent blog, je tombe sur cette chronique. Je suis intrigué. De plus, l'autre jour sur le net, je suis tombé sur une vidéo de Dominique A présentant chez un disquaire ces disques coups de coeur. Il a parlé de "A certain feeling". Et j'ai filé sur deezer pour écouter. Quel claque ! Moi qui avais adoré les harmonies vocales des Fleet Foxes, je suis servi. Leur lyrisme, leur folie me fait également penser à Arcade Fire.
Merci pour cette excellente découverte.....A + +