15 janvier 2009

The Jesus And Mary Chain - Psychocandy (1985)


Pierre angulaire. Expression si souvent galvaudée et néanmoins la plus appropriée pour qualifier le premier long player des petites teignes de Glasgow. Il faut savoir qu'à cette époque, soit celle des 80's où le dyptique fric/frime règne (MTV, Tapie, surproductions vulgaires à la Frankie...) cet album est une sorte de boomerang qui remet le monde de la pop dans le bon sens du vent, et fait renaître l'indé de ses cendres.
Car si la pop tendance ligne claire est alors célébrée, manque le combo couillu et burné, reprenant le combat sur les braises du punk, un groupe sulfureux, qui dérange et qui divise : ce sera les Jesus And Mary Chain.

Déjà, ce nom ! Ensuite , l'emballage : ce look improbable de proto Robert Smith hirsute (pléonasme !) et de jeune lycéen acnéique et en rage contre la terre entière, une rage sourde et toute prolétaire, non feinte, bien loin de la prétendue discorde des deux Gallagher, vaste imposture médiatique.. Non, la fratrie Reid était elle, tout un poème ! Si l'on ajoute l'accent rocailleux du Barras district de Glasgow, d'obédience catholique - ô ironie - l'une des faces B épiques du groupe ne s'intitule-t-elle pas "Jesus Sucks" ?- on ne pouvait imaginer meilleurs gimmicks pour ressortir du lot.

Alors, pour un groupe privilégiant autant l'apparence, la provoc dans la forme, ne manquait plus que la valeur ajoutée qui allait rendre des refrains déjà marquants terriblement ensorcelants. Pour ce faire, les deux frères eurent l'idée de conjuguer leur savoir-faire pop à une production velvetienne en diable ; et non pas celle posée ou léchée de The Velvet Underground (1969) ou de Loaded (1970), mais plutôt celle faite de distorsions crades et crues façon White Light White Heat (1967). Il faut d'ailleurs voir sur les videos d'époque un Bobby Gillespie (futur frontman des Primal Scream) juvénile, et tapant de façon martiale debout sur ses futs, tel une Moe Tucker réincarnée.
L'influence de ce disque fondateur se retrouverait du reste chez de nombreux artistes ; que penser par exemple de la superbe ballade "Just Like Honey", là utilisée dans le soundtrack du Lost In Translation de Sofia Coppola, ici repris par Alela Diane au sein du superbe projet Headless Heroes. Inutile de préciser que point de shoegazers sans ce disque mais plus grave, sans doute les Magnetic Fields n'auraient-ils jamais émergé : se souvenir qu'un dixième de 69 Love Songs, constitue un hommage évident à Psychocandy.

A quoi tient l'héritage Psychocandy, album générationnel entre tous ? Bien sûr à ce son, entrelacs effarant de guitares à fil de fer barbelé, tout pour la distorsion. Bon, les JAMC n'ont rien inventé en 85 ; déjà le lutin Dave Davies sans doute inspiré par Link Wray avait eu l'idée géniale de lacérer son ampli à coup de cutter pour lui donner cette saturation si caractéristique sur les premiers singles des Kinks, et puis, il y avait eu Sister Ray, donc... Mais rien qui ressemblât de près ou de loin à ces stridences, au son crissant que l'on peut entendre à l'intro de "Never understand" , ou sur l'insolent et ébouriffant triptique que constituent "The Living End", "In A Hole" et "Taste The Floor". Heureusement, quelques midtempos à tomber (" Cut Dead", "It's So Hard") - ce qui serait bientôt la marque de fabrique du groupe- parsemaient intelligemment le disque pour amortir l'uppercut.

Pour quiconque n'avait jamais entendu Etienne Daho chanter sous fond de perceuses électriques, le premier disque pop estampillé vrilleur de tympans serait un choc.

En bref : le Velvet de White Light...à la rencontre de chansons pop ultimes. Psychocandy ou le crossover parfait et antidote nécessaire aux années bling bling gangrénées par MTV.





"The Living End" :

4 Comments:

HIPHOP said...

chacun a trouvé sa stratégie de survie en cette décennie cauchemardesque : cold-wave, hardcore, noise music ....

JS said...

Album IN-DIS-PEN-SA-BLE ! :-)

Ju said...

J'ai eu le temps d'écouter le disque quelques fois pendant la longue gestation de la chronique et c'est vrai que c'est plutôt pas mal. Je m'étais jusque là cantonné à Automatic des JAMC. Celui-ci ouvre de nouveaux horizons.
A+
Ju

PSYCHOCANDY said...

INDISPENSABLE, en effet! Suffit de lire mon pseudo...
Voilà ma chronique de "The power of negative thinking";

http://www.muzzart.fr/lezine/chronik/the-jesus-and-mary-chain-the-power-of-negative-thinking-bsid.html

Will