08 mai 2009

Magma - Concerts à l'Usine de Istres et au Théâtre du Rhône de Bourg Les Valence

Magma. 40 ans d’évolution. 9 albums en studio, tout autant en live. Ce qui au final n’étonne pas : le groupe prend sa véritable dimension sur scène; il recompose au grès des dates les morceaux "figés" dans la cire et travaille chaque soir de nouveaux titres comme à des sessions d’enregistrement publiques.

Cet anniversaire (40 ans donc pour ceux du fond qui ne suivent pas, le groupe s’est formé en 1969) est le prétexte à une tournée mondiale et donne l’occasion à la formation de rencontrer son public de plus en plus nombreux. Les générations s’accumulent au fil des ans si bien que la musique de Magma rassemble à la fois les sexagénaires fidèles depuis l’origine et les jeunes adultes en quête d’une alternative. Cette alternative n’est peut-être pas dans les propositions de certains groupes actuels. Ils rabâchent parfois trop des sonorités acquises à la fin des années 70 début 80. Leurs univers semblent surfaits, impersonnels. D’autres groupes s’expriment à travers le festif à caractère régional. Mais là aussi il semblerait que la lassitude s’empare de celui qui suit le chemin "qui tourne en rond" autour du clocher du village. Bref, la coulée de lave magmatique, puissante et tranquille, suit son sillon de plus en plus long, de plus en plus large. Le voyage est riche en paysages, en couleurs. Un univers en éternel mouvement.

Pour revenir aux concerts en eux-mêmes, et pour être très précis, sur scène Magma a la formation suivante (et par ordre alphabétique s’il vous plaît) : Hervé Aknin au chant, Benoît Alziary aux vibraphone et claviers, Philippe Bussonet à la basse, Isabelle Feuillebois au chant, James McGraw à la guitare, Bruno Ruder au piano electrique, Stella Vander au chant et Christian Vander à la batterie et aussi au chant. Le choix des titres ne se fait pas dans une sélection d’incontournables du groupe, la tracklist opte plutôt pour une relecture d’anciens morceaux ("Hhaï", "Zombies") imbriqués dans des compositions récentes et inédites ("Felecite Thosz", "Whohst Klahmeuhn" entre autres) ainsi qu’un titre souvent joué live depuis longtemps par le groupe, "Emëhntëht Rê". Une version studio de ce dernier n’aurait été enregistrée que récemment et demeure inédite à l’heure actuelle.


Le set se compose de trois parties distinctes : deux parties d’environ cinquante minutes chacune et le rappel; rappel où selon les dates sont joués "Kobaïa" (morceau d’ouverture du premier album sorti en 1970 intitulé sobrement Magma) et "Ballade", titre inédit. Nous n’avons pas pu écouter la ballade ces soirs-là pour différentes raisons. Le voyage sur les deux longues plages se fait sans problème au gré d’envolées martiales, de passages planants, d’accalmies romantiques. La voix de Stella Vander n’a pas perdu de sa grâce et de sa précision. Le travail de Benoit Alziary au vibraphone est impressionnant, malheureusement en retrait sur la balance du concert de Bourg Les Valence (ça rime, cool). Les mauvaise langues diront que la voix de Hervé Aknin est un peu juste car ils sont déçus de l’absence de Klaus Blasquiz (chanteur originel de Magma). Mais sa voix est agréable et s’harmonise bien avec le duo féminin. Le jeu du bassiste reste carré, je n’ai rien entendu de très notable mais fais-je erreur ? Le guitariste est dans la lignée des gratteux de progressif et il sait être toute à la fois saillant et lancinant. Les seuls petits défauts majeurs des deux représentations sont un solo de piano (eux, ils appellent ça un morceau inachevé, pourquoi pas) et la fin de "Emëhntëht Rê/Funerarium Khant" un poil long et éprouvant (c’est voulu je pense et ça fonctionne mais on en sort un peu épuisé). Christian Vander est toujours en possession de sa douce puissance et parvient encore à insuffler une énergie sourde et permanente. Ce ronron volcanique est parfois accentué d’envolées ou de syncopées qui galvanisent les morceaux. Le vrai clou pour l’auditoire est quand Christian Vander utilise son réel talent vocal. Ce moment de jubilation est partagé à l’unisson sans retenue.

Le voyage d’à peu près deux heures sur le sentier kobaïen semble n’avoir duré qu’une micro- seconde. C’est avec une cruelle déception que les lumières de la salle se rallument. On ne se sépare pas sans que le groupe et le public ne se soient mutuellement remerciés de ce petit bout de chemin partagé ensemble. Fini le voyage imaginaire, retour à l’implacable réalité. Reste à savoir écouter notre cœur, à ne pas hésiter à fermer les yeux (attention à la marche quand même) afin de prolonger dans notre cerveau, fragilisé par cette récente émotion, le voyage sur cette planète, pas si éloignée que cela de la notre finalement, ils l’ont nommé Kobaïa.

Un grand moment dans la lignée des voyages spatio-temporels pendant lequel le laid devient beau, la guerre devient paix, le chaos devient musique. Une alchimie musicale des temps immémoriaux.

le myspace


Lire la suite

07 mai 2009

The Field - Yesterday And Today (2009)

Dur, dur, de donner suite à un premier album exceptionnel. Surtout dans le domaine de la techno, où les goûts du public peuvent radicalement changer d’une année sur l’autre. Le plantage de Gui Boratto, attendu au tournant après son Chromophobia, nous l’a encore confirmé très récemment. From Here We Go Sublime, premier long du Suédois Axel Willner, était lui aussi sorti en 2007, et avait lui aussi connu un succès critique et commercial, assez inespéré si l’on tient compte de son contenu plutôt rugueux. The Field avait alors posé les fondations d’une ambient-techno nouvelle génération, moins alanguie et plus intense, qui empruntait autant à Gas qu’au shoegazing, le tout sur un mode répétitif et monolithique qui donnait parfois l’impression d’écouter un disque rayé.

Yesterday And Today n’a pas la puissance et l’austérité éblouissantes de ce premier jet, mais ce n’est pas forcément une mauvaise nouvelle. C’est un album plus réfléchi, construit, marqué par un souci de plaire et de se diversifier - ce qui ne sera certainement pas du goût des fans les plus hardcore. Pour ce faire, Willner, qui vit aujourd’hui à Berlin, est retourné en Suède pour s’entourer de quelques potes et installer un studio éphémère dans la maison de campagne de l’un d’eux. Enregistrées dans des conditions de semi-live, les six très longues plages (dix minutes de moyenne) présentent donc de nombreux éléments instrumentaux, au premier rang desquels la basse de Dan Enqvist et la batterie de John Stanier (Battles). Ce dernier, justement, ne laisse pas d’impressionner par la violence de ses coups de boutoirs, notamment sur le morceau-titre et son final complètement kraut.


Avec cette nouvelle équipe, The Field ose ralentir le tempo et s’engouffrer dans de nouveaux espaces. Sur le gargantuesque “Sequenced”, qui clôt l’album, il tente une percée dans la cosmic disco, honorable sans toutefois égaler les maîtres scandinaves de la catégorie. Mais le track le plus surprenant reste ”Everybody’s Got To Learn Sometimes”, une cover des Korgis qui concrétise les désirs pop inavouables de son géniteur. From Here... contenait déjà, c’est vrai, son lot de samples FM incongrus, avec entre autres Lionel Richie, Fletwood Mac ou Kate Bush. A chaque fois, pourtant, il s’agissait d’extraits microscopiques qui nous cantonnaient à un : “J’ai déjà entendu ça quelque part”. Cette fois, le producteur met les pieds dans le plat en livrant une reprise en bonne et due forme, même s’il ne garde pas l’intégralité des parties vocales. Le thème est repris par d’énormes vagues de synthé, tandis qu’un glockenspiel sadique s’acharne à battre la mesure. C’est grandiloquent, facile, cheesy, tout ce qu’on veut... Mais ça marche !

Téméraire sans être stupide, Willner offre également trois pistes plus proches de ses prods précédentes. “The More That I Do”, avec son échantillon des Cocteau Twins et sa voix féminine bégayante, est la plus typiquement fieldienne du lot, comprenez : immersive et obsédante, soufflant le froid et le chaud sans jamais permettre à l’auditeur de reprendre ses esprits. Cette impression de traverser un tunnel interminable et étouffant transparaît aussi sur “Leave It”, pour une autre raison : c’est un track décent mais beaucoup, beaucoup trop long. Avec son titre magnifique, “I Have The Moon, You Have The Internet” est plus riche en détails et plus organique, tout en montée. Globalement, malgré de très bons moments, Yesterday And Today me donne surtout envie de me replonger dans son incroyable prédécesseur, ce dont je ne me prive pas au moment d’écrire ces lignes.

En bref : à défaut de rééditer le miracle de son premier opus, The Field lui donne un successeur plus qu’honorable, s’essayant même au krautrock et à la pop avec réussite. On ne peut pas pondre un chef-d’oeuvre à tous les coups !



The Field - Everybody’s Got To Learn Sometimes.mp3



Le site et le Myspace de The Field
Le site de Kompakt
Lire la suite

Masomenos - The Third Eye (2009)

Auriez-vous cru qu’un jour un disque estampillé Costes pourrait être chroniqué sur Dodb ? Personnellement, je n’y aurais pas mis ma main à couper, ni quoi que ce soit, d’ailleurs. C’était sans compter sur le sens du marketing de la maison parisienne, qui a tout de même fini par sentir que le vent avait tourné et que la compilation bobo-lounge était devenue synonyme de beaufitude post-moderne. La série “Costes présente...”, dont voici le second volume, a donc été pensée pour redorer le blason de la compagnie hôtelière et lui rendre une crédibilité sur la scène électronique. Et c’est le duo Masomenos qui a été choisi pour assumer cette lourde (pour ne pas dire impossible) tâche, d’abord avec la compilation mixée Bon Voyage (2007), ensuite avec ce premier album, lui aussi mixé, à paraître le 11 mai.

Les douze morceaux proposés résument idéalement le son de ce binôme ultra-fashion composé de la DJ et graphiste Joan Costes (qui a dit “pistonnée” ?) et du réalisateur/producteur Adrien de Maublanc. Sur une base house aux basses lourdes, Masomenos se livre à d’astucieux collages en utilisant des samples et citations inattendus, comme sur "Ma Saucisse” (!), où résonne la "Gnossienne n°1" d’Erik Satie - le titre évoque par ailleurs le Ricardo Villalobos des débuts, le côté dubby en plus. Sans doute le meilleur moment du disque. Si le tempo ne ralentit presque jamais sur Third Eye et s’avère à la longue un poil répétitif, les ambiances varient suffisamment pour éviter l’ennui - exception faite d’un petit passage à vide à mi-parcours. Le Camerounais Firetongue apporte une touche afro-latine avec ses percus et sa guitare. Quant à Curro Savoy, siffleur attitré d’Ennio Morricone pour les B.O. de Sergio Leone, il fait quelques apparitions pour accentuer l’aspect cinématographique du voyage.

Pas de grosses nappes synthétiques, ni d’arpèges en cascade : c’est bien à l’école minimale qu’ont été éduqués Joan et Adrien. Le son est plutôt sec, et les samples comme posés en retrait d’une rythmique toujours assez funky. En fait, Masomenos fait souvent penser à Nôze dans sa manière de disséminer les éléments instrumentaux dans ses programmations. Cette analogie est absolument évidente sur “Valse”, track euphorique réalisé avec le Turc Sis, qui rappelle fortement “You Have To Dance”. Nôze faisait d’ailleurs partie des invités de la release party de Third Eye à l’Elysée-Montmartre, il y a quelques jours. On a connu pire parrainage.

En bref : un premier album intéressant, même s’il s’agit davantage d’une compilation de maxis. Des samples intelligents, beaucoup d’humour et un univers funky et coloré... Entre Nôze et Villalobos, les frenchies de Masomenos signent une belle pièce de house minimale. A surveiller.



Le site et le Myspace de Masomenos

A lire aussi : Nôze - Songs On The Rocks (2008) et dOP - The Genius Of The Crowd (2009)
Lire la suite

V/A - Devdas Soundtrack (2002)

Devdas sort en France durant l’année 2002 dans une quasi indifférence du public français dit "de souche", à part pour quelques fans avisés du cinéma indien dont je ne faisais pas partie à cette époque. En revanche pour les originaires du Moyen-Orient ou plus loin encore du côté du Pakistan et l’Inde, c’est l’événement à ne pas manquer. Les grandes stars du moment jouent dans le film : Madhuri Dixit, Aishwarya Rai, Shahrukh Khan, Jackie Schroff. Le film est la super production comme l’Inde en produit régulièrement, à l’instar de Lagaan ou Mangal Pandey, destinée en particulier à être la vitrine du savoir-faire de l’Industrie cinématographique indienne pour l’Occident. Dans le cas de Devdas, le film ne cherche pas à briser les idées reçues : romance, drame, danse, chant et musique.

En ce qui concerne donc la musique et le chant, je parie que c’est surtout pour cela que vous traînez sur le blog, le département artistique n’a pas fait dans la demi mesure non plus. Si l’histoire en elle-même ne fait pas vraiment l’intérêt du métrage (fond social intéressant mais forme très mélodramatique), les parties chantées et dansées sont toutes à classer dans l’anthologie du genre. Puisant autant leurs inspirations dans les traditions "folkloriques" des différentes régions de l’Inde que dans la grandiloquence des orchestres symphoniques hollywoodiens des années 30/40. Les compositeurs Ismail Darbar, Monty et Pt Birju Maharaj réussissent un syncrétisme musical dont chaque mélodie envoûte, chaque envolée saisit, chaque rythme transporte. Les instruments traditionnels, tels que santoor, sitar, tablâ, tampura ou vînâ pour ne citer que ceux-là et dont les sonorités peuvent paraître rébarbatives voire agressives pour le néophyte, prennent ici une dimension de divertissement pur, sortis de leur contexte de musique méditative et contemplative.

Le talent des chanteuses et chanteurs principaux sert à merveille les textes poétiques et dramatiques de Nusrat Badr et Sameer. Dans le cinéma indien chaque acteur qui incarne un personnage principal a sa "doublure chant" (peu d’actrices et d’acteurs chantent eux-mêmes). Quand un artiste atteint le statut de vedette la même "voix chantée" le suit tout au long de sa carrière dans la mesure du possible. On retrouve entre autre Udit Narayan, Kavita Khrisnamhurty et Shreya Ghosal au sommet de leur forme vocale. Il faut certes aimer les voix féminines aiguës qui vous chatoieront le cœur et celles masculines graves qui vous éclairciront l’âme. Bien sûr c’est un peu plus nuancé que ça mais tout cela pour dire que l’on sort des standards vocaux habituels. Les voix sont utilisées à des fins émotionnelles mélancoliques (je pense aux morceaux "Silsilia Ye Chaahat Ka", "Bairi Piya") ou généreuses ("Chalak Chalak", "Kaahe Chhed Mohe").

L’écoute du disque hors contexte du film se fait sans problème, la connaissance de l’histoire est un petit plus à savourer par les jusqu’au-boutistes. Les autres, n’hésitez pas à jeter un coup d’œil sur les sites dédiés aux clips musicaux extraits du film (en particulier les titres "Dola Re Dola" et "Maar Daala") car les chorégraphies sont de très grande qualité et finiront par donner le "coup de grâce" à ceux qui n’avaient pas encore baissé le bouclier des préjugés. Si après tout ça, ça ne passe toujours pas, bien ce n’est pas grave, ce sera peut-être pour une prochaine fois.

En bref : plus qu’une simple musique de film, un concentré d’énergie et d’élégance à consommer sans aucune modération ; l’émotion décomplexée à l’état pure.





Plus d'infos sur le film

A lire aussi : David Lych - Inland Empire Soundtrack (2007)


Lire la suite

06 mai 2009

Grizzly Bear - Veckatimest (2009)

C’est désormais admis par tous, il y aura un avant et un après Merriweather Post Pavillion. Ca a été dit et redit, le collectif animal a perché la barre bien haut en début d’année, délaissant leur folk foutraque des débuts pour redéfinir la pop contemporaine, rien de moins. C’est exactement le chemin pris par leurs voisins et désormais rivaux Grizzly Bear, dont la troisième livraison cette année est attendue comme le messie par la foule indé. Tout le monde ou presque connait le mini scandale qui a fait que Veckatimest a été disponible très tôt sur internet, "leaké" seulement six jours après son enregistrement dans une version non définitive. Un contrepoint parfait à cette chère loi Hadopi mon cul, démontrant au passage que lorsqu’un album est bon, téléchargement illégal égale buzz et buzz égale pré-commandes en masse. Ajoutez à ça une édition vinyle limitée avec packaging et livre couleur réalisés par l’artiste de Chicago William O’Brien et le stock est en rupture.

Tout commence vraiment avec Yellow House en 2006 qui éleve le collectif de Brooklyn au rang de groupe à surveiller. Des premières parties prestigieuses (TV On The Radio), un side-project cohérent (Department Of Eagles) pour Daniel Rossen et dorénavant un groupe qui travaille à une autre échelle. Enregistré de juillet 2008 à février 2009 en complète autarcie, Veckatimest est censé être l’album le plus collectif de la bande. Complètement déridés dans l’écriture comme dans l’interprétation, Edward Droste, Chris Bear, Chris Taylor et enfin Daniel Rossen ont maintenant chacun leur mot à dire. S’imposant en explorateurs sales et isolés (Veckatimest est le nom d’une petite île déserte), le combo devient ultra prolixe, et ne garde que 30% de ses enregistrements pour ce qui sera l’album final. Le résultat, après une bonne dizaine d’écoutes toutes plus passionnantes les unes que les autres, comble et surpasse toute attente possible.

Tout comme sur Yellow House l’on retrouve cette étrangeté lumineuse dans l’écriture qui ne ressemble vraiment à rien d’autre. La science du décalage est de rigueur, vous ne trouverez aucun schéma couplet / refrain, seulement des structures rares et fragiles, ornées d’enluminures et d’orchestrations encore une fois uniques et indescriptibles. Le même sentiment qu’à l’écoute de Merriweather, l’impression d’entendre quelque chose de neuf, raffiné au possible et pourtant anti prétentieux. Pas de chichi, pas d’esbroufe, l’idée de départ était de faire un disque intense et effervescent, c’est réussi. Les titres sont majoritairement longs (autour des 4 minutes), mais aucune monté n’est inutile, chaque note, chaque son, chaque bruit est à sa place. Comble du bonheur, cette face A d’anthologie, parfaite, tout simplement.
_


Quel enchaînement, quelle ouverture… Ce "Southern point" qui me laisse bouche bée, avec sa chevauchée qui maintient le souffle jusqu’à la mélodie, dans un genre entre le swing et l’électronica, assurément l’un des grands morceaux de l’année avec "My girls", sur près de 5 minutes qui passent sans que l’on ne s’en rende compte. Les Grizzly réinventent l’usage de la guitare sèche et rentrent de plein pied dans la combinaison encore une fois chère à Animal Collective, à savoir l’entremêlement d’harmonies entre les instruments et les voix. C’est encore plus le cas sur le doo-wap lunaire "Cheerleader" où la voix de Victoria Legrand (Beach House) assure un contrepoint parfait avec celle d’Edward, faite en cristal pur. Mais revenons un peu en arrière, avec la beauté magique du deuxième et troisième morceau, "Two weeks" et "All we ask". En quatre titres, tous sur la même face, Grizzly Bear a déjà gagné son pari.

Inspirés selon les intéressés par les compositions des années 50 et les vieilles mélodies, les morceaux aux textures soyeuses de cordes et de bois empruntent également leur rythmique au jazz. "Hold still" m’évoque même un vieux Disney, avec ses envolées sensibles et ses sonorités intemporelles. Hélas, tout comme sur Merriweather, la seconde face a tendance à s’essouffler malgré un "While you wait for the others" de grande classe, et un renversement mellotron à 1’50" chez l’excellent "Ready, Able". Malgré quelques temps morts en deuxième période, Warp tient là son plus gros groupe, et l’un des trois meilleurs disques de l’année à l’heure qu’il est. Tout ce que j'ai écouté depuis m'a paru si fade...

En bref : baroque et unique en son genre, Veckatimest est un futur classique qui hisse Grizzly Bear au rang de groupe majeur de cette décennie. Le duel qui l’opposera à Animal Collective dans les années à venir s’annonce passionnant.

_
_
_

"Two weeks" en live, mais assez proche du son de l’album :

Lire la suite

05 mai 2009

Butch McKoy - Welcome Home (2009)

Ils n’ont pas fini de nous faire fantasmer ces américains avec leurs cowboys, leurs indiens et leurs larges territoires qui sentent bon le sable chaud. Dire que ce premier album solo du chanteur du groupe rock psyché français I Love UFO sent la poussière et la canicule serait un euphémisme. C’est un désert à lui tout seul, auquel l’accès semble restreint dans un premier temps à toute personne susceptible de faire usage de psychotropes. Les volutes de peyotl flottent, le tipi remplace le studio, le chant est chamanique, pas étonnant que les principaux faits d’arme du gus soient la première partie live de Wooven Hand et une apparition plage sept de la compilation Voyage. Mastérisé en Californie, chanté en anglais, Butch McKoy chasse définitivement sur d’autres terres.

Ses attachés de presse sont formels, Welcome Home est un disque introspectif, écrit avec du jus de trippes. Soit. Mais comment eut-il pu en être autrement ? De la première à la 48ème minute des treize morceaux présentés, la spiritualité transpire, suinte, s’infiltre. Tantôt possédé, tantôt dépouillé Butch semble raconter son voyage initiatique suffocant et angoissant. Un trip du genre bad, pourtant sans excès et authentique.

Seul sur pratiquement chaque morceau, avec sa guitare comme principal exutoire, Butch - qui tire son (sur)nom d’une bande dessinée - a fait le (juste) choix du minimalisme. A peine quelques réverbs bien placées, juste assez pour étendre la catégorie folk entre les étiquettes psyché et expé, j’en suis sûr, sans le faire exprès.

Vous l’aurez compris, Welcome Home ne contient pas de single dancefloorisable, mais tout juste les relativement enlevés "On and on" et "On the road". Le reste, bien plus sombre et lancinant, risque de vous évoquer les récents Black Angels (par ailleurs designeurs en chef de la pochette), Liars (à la rigueur) et forcément quand on parle de peyotl, Mister Jim Morrisson et Master Syd Barrett. Si et seulement si vous lisez encore ces lignes à l’heure qu’il est, c’est que le genre vous intéresse, et que vous pouvez alors vous délecter sans problème de "Stars", "1000 Dreams" et de la magnifique ballade "Story of a child", avant de sortir du tipi exténué mais satisfait d’avoir confronté votre démon.

En bref : sombre, violent et minimaliste à la fois, un jeune français touche à tout frappe très fort dans un genre habituellement réservé aux américains.
_
_
_

Le Myspace
_
A lire aussi : V/A - Voyage, Facing the history of french modern psychedelic music (2008)
_
A la bougie :

Lire la suite

02 mai 2009

Archive - Controlling Crowds (2009)

Le principe de la tour d'ivoire : regarder bien de là-haut ce qui se passe et infliger à de pauvres manants qui n'ont rien demandé, une bouillie sonore sans forme ni odeur, juste insipide. C'est le dessein du projet de Darius Keeler et Danny Griffiths, qui avec beaucoup d'auto-d'indulgence n'épargnent rien, ni personne dans le registre suppositoire planant depuis quelques albums.
_
Rappelons que le génial duo a pour habitude de virer ses chanteurs (ou chanteuses) - ou de les décourager - album après album ; les plus vigoureux tiennent deux ans ! Ici, on n'a pas gagné au change, puisqu'une espèce de mauvais imitateur de Michael Stipe sévit dès le barbiturique d'ouverture, le très long, trop long, éternel morceau-titre : plus de 10' de planerie inepte, bâillements...
_
Alors, ce qui pouvait encore passer sur Noise (2004) qui offrait encore quelques morceaux potables, voire -mais avec beaucoup de mansuétude- sur Lights (2006), n'est simplement plus possible ici ! Le groupe qui prétend ainsi "contrôler les foules" atteint sûrement son but, si l'on en juge par la cohorte de fans béâts qu'il draîne, et la mauvaise humeur fatiguée des critiques anesthésiés qui doivent rendre compte des concerts assommants d'Archive !
_
Notez que votre serviteur a  donné, mais c'était il y a bien longtemps, à l'époque de Take My Head (1999) qui proposait quelque chose de tout à fait différent, au moins dans le format et sur le plan vocal -une émule de Tracey Thorn pas désagréable occupait le poste à l'époque- mais déjà......l'on sentait le mal poindre ! En effet, les deux gus jouaient de leurs kits de batterie et synthés, derrière un paravent de plexiglas, sans doute pour mieux protéger leur matos de glaviots inappropriés, et pour mieux introduire une atmosphère de convivialité avec leur public !
_
Depuis, le groupe se prend pour Pink Floyd, mais celui de la pire période, Ummaguma et tous les pénibles soundtracks qui vont avec ! Ici, le plus drôle, c'est que cette chose est divisée en 3 parties -sans doute conceptuelles, coco !- bien que de vous à moi, on s'en foute, pour être honnête.
_
Il y a le single "Bullets", horripilant, un morceau ironiquement intitulé "Kings Of Speed" (faut-il en rire ?), qui traite sûrement de la drogue du même nom. En fait, deux, trois passages passables émaillent ce pensum : il s'agit des titres où intervient le chanteur trip-hop Rosko, présent sur le premier et classique Londinium (1996). Mais il y a tromperie sur la marchandise, dans la mesure où la promo de ce disque insiste lourdement sur ce qui n'est qu'un épiphénomène dilué sur plus d'une heure de sonorités absconces.
_
Il faut oser le dire : très peu de plaaaaaaages de ce Controlling Crowds trouveraient droit de cité à un vernissage de la collection de Rollex du désopilant Jacques Séguéla. La seule utilité que l'on trouve à ce double CD (car il y a deux CD sur la version collector !), c'est d'éventuellement servir d'épouvantail à moineau sur les branches d'un arbre.
_
Pour cette raison évoquée -car on est consciencieux, et on ira jusqu'au bout de l'épreuve- , on se met à prier que le disque ne recèle pas de morceau caché. Car cette odyssée qui se voulait onirique au départ, aura vite fait de transformer l'atmosphère douce et ouatée de vos rêves en de redoutables cauchemars !_
Pas écouté de truc aussi chiant depuis le dernier disque beuglé d'Eudeline et la dernière livraison de Christophe, envers qui le respect empêche de dire du mal.
_
Allez, conservez un souvenir ému de Londonium et de certaines plages déjà lointaines de Take My Head, et évitez le chemin de cette logorrhée hippie ; il y a trop de disques à écouter et (re)découvrir.

En bref : les plaisanteries les plus courtes sont toujours les moins longues ! Enième boursouflure sonore d'un duo de faux apprentis sorciers jadis inspirés, qui mise désormais sur la longueur éreintante pour faire passer son fumeux message.

_

le site officiel et le Myspace
"Bullets" (la mort dans l'âme) :

Lire la suite

Depeche Mode - Sounds Of The Universe (2009)


Au rythme désormais d'un album tous les 4 ans, les trois de Basildon n'opèrent plus que lorsqu'ils ont quelque chose à dire, diront les plus fervents, ou alors pour seulement relever les compteurs, objecteront les plus cyniques. Il est en tout cas loin le temps où d'affreuses contrepèteries ("les pédés moches") affluaient dans une presse rock 80's qui, si elle ignorait encore qu'elle couvrait l'une des périodes les moins fertiles de la pop music, avait trouvé spirituel de vouer le groupe anglais aux gémonies, ne jurant que par les sons de guitare d'époque, dont beaucoup, il faut bien le reconnaître, ont terriblement vieilli.

Voici au mot près ce que la critique Laurence Romance éructait dans Best sur une performance live de Depeche Mode : "Cette musique, faite de chiures de synthés, ne mérite aucun commentaire. Je les hais !". Le moins qu'on puise dire, c'est qu'en dépit de leur phénoménal succès, Depeche Mode manquait d'une reconnaissance et d'une crédibilité rock en 1985.

Moins d'une décennie plus tard, c'était formidable, car sous prétexte que Depeche Mode réhabilitait ses guitares sur Violator (90), le groupe de parias de l'époque guitare claire, était devenu le champion d'une pop synthétique et racée, les égaux de Kraftwerk, pas moins ! Alors que la vérité était évidemment autre : si le groupe méritait une si belle comparaison, c'était plus en vertu de sa capacité à composer d'imparables hymnes pop, tous plus bien fichus les uns que les autres, que de sa volonté de renouveler son instrumentation. Le poum-poum tchak indus avait de toute façon atteint ses limites, et quoi de plus naturel que d'enrichir sa discographie ! De "Shake The Disease" à "Personal Jesus", même combat : l'excellence de la mélodie.

Et donc, ce nouvel opus était attendu avec curiosité, compte tenu que le précédent Playing The Angel (2001), qui voyait l'affranchissement de Dave Gahan en terme de compositions, avait laissé un goût mitigé. Qu'en serait-il sur ce 12ème effort qui s'annonçait sous les meilleurs auspices, sur la foi d'un single imparable, ce "Wrong" rédempteur, à la rythmique ralentie ?

Eh bien, le résultat est une nouvelle fois décevant ; non que cet album ne puisse s'écouter d'une traite, mais il manque quand même cruellement de chansons mémorables, du type de celles que l'on pouvait grapiller sur le fantastique Songs Of Faith And Devotion (1993) - 16 ans déjà ! - ou sur son petit frère, le très estimable Exciter (2001).
S'il est vrai qu'il faut parfois se méfier de ces titres d'albums racoleurs et génériques - et ici, plutôt redondant - on est quand même en droit d'être passablement déçu par cette cuvée 2009 qui ne soutient pas la comparaison avec son brillant single. Si les 3 premières écoutes font éventuellement repérer quelque nouveau titre à sauver, ("In Chains", "Fragile Tension"), c'est la panne sèche complète jusqu'à allez... la réhabilitation de "Peace", sorte de gospel à l'ancienne, telle qu'aurait pu en inventer un Kraftwerk qui aurait collaboré avec des Stranglers juvéniles, (c'est-à-dire quadras !), période "Duchess".

Pour le reste, même Martin L. Gore, l'habituel démiurge du groupe qui a donc accepté de partager les pleins pouvoirs à nouveau (pas sûr que ce soit la meilleure idée qu'il ait eue !), se fourvoie jusqu'au chant, sur un "Jezebel" bien convenu.

On attendra le suite pour juger s'il s'agit d'un véritable essoufflement, ou bien si le chiffre 13 porte bonheur à Depeche Mode.

En bref : quand on est habitué au caviar, difficile de revenir aux oeufs de lump : un brelan de morceaux tubesques, un chant de plus en plus affirmé et moins raide qu'à l'accoutumée, mais à l'arrivée, et assez nettement, l'un des moins bons disques de Depeche Mode.




le site

"Peace"

Lire la suite

01 mai 2009

Crystal Antlers - Tentacles (2009)

Il est décidément difficile cette année de ne pas tomber dans l’un des nombreux pièges de cristal que la musique indé nous a réservés. Le buzz autour de celui qui nous occupe ici est un exemple en la matière : quelques concerts explosifs, un Myspace qui tourne et un premier Ep encensé par Pitchfork, le trio gagnant en somme. Pourtant le combo ne vient même pas de Brooklyn mais de Long Beach, Californie, et ce n’est pas Dave Sitek qui est à la production mais bel et bien le claviériste Ikey Owens (The Mars Volta), en tous cas en ce qui concerne l’Ep. Enfin, attrapez vos mouchoirs, ce premier album marque la fin d’une histoire puisque crise oblige, c’est aussi le dernier du fameux label de Chicago Touch & Go.

A quoi tient donc cette réputation explosive ? Parce qu’à l’écoute l’album se présente plutôt difficile d’accès, carrément cacophonique pour les non-initiés, marquée par un son volontairement crado en permanente mutation. Alors pourquoi ça marche ? Parce que la pochette est magnifique, mais pas seulement. Enregistrées en une semaine par Joe Goldring et sans quitter le studio, les treize chansons des "cornes de cristal" sont non produites et captées live - à peine a-t-on rajouté quelques bois, cuivres et pianos - gorgées d’effets et de réverb. Le style, entre la prog (malgré des morceaux très courts), la noise (beaucoup, beaucoup de bruits), le grunge (le chant, que dis-je, le hurlement de Johnny Bell) et la pop (compositions complexes, changements de tempo incessants) est carrément épileptique.
_


Mais voilà, écoutes après écoutes (et finalement pas tant que ça), le disque dévoile toutes ses richesses et se montre même brillant. Foutraquement dense, explosif et tourmenté, il regorge de riffs cachés (Andrew King à la guitare), toute basse en retrait et chant en avant (Johnny Bell également à la basse). D’ailleurs quelle voix ! Cela faisait longtemps que l’on ne m’avait pas bougé les trippes à ce point. Autre force de ce disque tournoyant, les morceaux n’attendent pas et commencent dès les premières secondes. Seule "Several tongues" s’autorise sept longues minutes de réverb.


Pour le reste ce disque n’est pas de ceux dont on peut extraire un tube, ni même un titre représentatif. Il est à prendre comme un tout, même si l’on peut classer "Painless sleep", "Vapor Trail" et "Foot of the mountain" comme des interludes utiles (?). Mais au milieu de tout ça, "Andrew", "Tentacles", "Dust" ou encore "Memorized" ne cesseront de vous surprendre à chaque écoute.

En bref : selon certains plus décevant que l’Ep qui l’annonçait mais pourtant diablement original. Une grande jam lo-fi entre le Pink Floyd et No Age, difficile d’accès mais indispensable cette année. Un groupe est en train de se créer, Tentacles en est sa genèse.
_
_
_

Le Myspace

A lire aussi : Crystal Stilts - Alight Of Night (2009)

Le clip de "Andrew" :


Lire la suite

30 avril 2009

Fink - Sort Of Revolution (2009)

A l’instar d’un Matt Elliott ou d’un Birdengine, Fink est un songwriter folk atypique, car issu de la scène électronique. Alors que sa carrière de DJ et ses albums trip-hop sur Ninja Tune lui valaient déjà toutes les louanges au début de cette décennie, Fin Greenall a eu le courage d’entamer une seconde vie musicale en cédant à la pulsion qui le démangeait déjà depuis un moment : à savoir prendre sa guitare et chanter. C’était en 2006. Depuis, deux beaux albums, toujours chez Ninja Tune, sont venus confirmer la justesse de ce choix. Contrairement à ce que son titre peut laisser entendre, Sort Of Revolution, à paraître le 11 mai, ne marque pas de nouveau revirement dans la carrière de son auteur. Dans sa simplicité et sa sobriété, il se place même dans la continuité de l’oeuvre antérieure, tout en présentant des aspects plus mélancoliques, teintés de blues et de soul.

Sur la plupart des titres, la voix et la guitare de Fink ne sont accompagnés que de la basse de Guy Whittaker et de la batterie de Tom Thronton. Moins tranchante que sur Biscuits for Breakfast (2006) ou Distance and Time (2007), la section rythmique installe un groove en suspension, plein d’ellipses et d’allusions, qui colle bien à la rage contenue des compositions. Les sons flottent, entretiennent le trouble, mais sont habités d’une force sourde, qui émerge parfois dans de grands élans de cordes et de piano, comme sur la sublime “Move On Me”, composée avec John Legend. Entre les lignes se dessinent les influences de la musique africaine (“Pigtails”), du R&B (“Q & A”), mais surtout du dub, musique que Fink affectionne particulièrement et développe au sein de son projet parallèle Sideshow.

Si le minimalisme bluesy de “Six Weeks” ou “Walking In The Sun” (reprise de Jeff Barry) fait son petit effet, les morceaux de bravoure sont ceux qui imbriquent toutes les influences du Britannique en un assemblage unique. S’il fallait n’en retenir qu’un, ce serait sans hésitation le morceau-titre, petit chef-d’oeuvre d’hypnose électro-folk, qui combine un pied techno en sourdine, quelques notes de piano et de guitare, et s’achève par une délicieuse minute de dub. Le tout a été admirablement enregistré, produit et mixé par Fink en personne, comme il en a l’habitude. L’artisan de Brighton apparaît donc fidèle à lui-même sur ce nouvel opus : humble, talentueux et versatile. En fait... Tout ce qu’on aime !

En bref : spleenétique et inspiré, Fink livre un album blues/folk élégant, qui s’ouvre par l’une des plus belles chansons de l’année, la paralysante “Sort of Revolution”.



A lire aussi : Sideshow - If Alone (2009) et Matt Elliott - Howling Songs (2008)

Son Myspace et son site officiel
Le site de Ninja Tune


Lire la suite

29 avril 2009

Revolver - Music For A While (2009)

Dave avait bien senti le coup en interviewant il y a plus d’un an les trois amis parisiens Ambroise, Christophe et Jérémie à l’occasion de la sortie de leur premier Ep. Depuis, le buzz a fait rage dans la capitale comme en province, et tout le monde attend de pied ferme ce premier album qui sortira le 1er juin prochain. Produit par Julien Delfaud (Naast, Ours…) et enregistré au Stutio Pigalle avec de nouveaux moyens, le disque ne se départit pas pour autant de ce qui a fait la patte Revolver, à savoir des compositions dépouillées, des mélodies à tire larigot et une agréable douceur dans les atmosphères.

Côté influences on peut difficilement faire mieux. Music For A While, un titre de l’un des morceaux de Purcell (Jérémie est grand amateur des compositeurs de la renaissance), Revolver, titre d’album de vous savez qui. J’ai entendu le trio évoquer Elliott Smith et les Kinks et reste par contre plus circonspect. L’éducation musicale classique pointe en revanche le bout de son nez à de nombreuses reprises dans le jeu de cordes magistral (guitare et violoncelle) et les harmonies vocales à trois voix utilisées juste ce qu’il faut. Ces trois-là sont perfectionnistes et ça se sent.

Trois voix et deux guitares donc, pour une pop qualifiée de chambre, alors que l’on imagine sans soucis les compositions de ce Music For A While jouées par un orchestra philarmonique. Ca commence même comme du Fredo Viola sur un "Birds In Dm" aux allures d’introduction, avant le désormais classique "Leave me alone" légèrement retravaillé depuis l’Ep. Si l’ambiance reste à l’intimité et à la mélancolie la plupart du temps, les très Beatles "Bululalow" et "Untitled #1" vous prennent par la main et vous emportent.
_


Sur "Luke, Mike & John" ce sont les Belle & Sebastian sans fille qui s’invitent à la fête, avant d’accélérer le pas sur un enlevé "A song she wrote" et de rêver sur "You drove me home". La production est quant à elle parfaite de fond en comble et sent très fort le Abbey Road, c’en est presque troublant. Aucun raté sur douze titres, moi je trouve ça louche. Et pourtant je vous assure, je n’ai pas de parts dans cette histoire.

En bref : presque trop "propre", ce Music For A While est cependant bourré de titres magiques comme d’autant de moments de grâce mélodiques. Des futurs grands, irrémédiablement.

_

_
Le Myspace

A lire aussi : Interview - Revolver

Le très Lennon "Luke, Mike & John" et "Untitled #2" au piano :

Revolver "Luke, Mike and john" from Karakoid on Vimeo.

Revolver "Untitled 2" from Karakoid on Vimeo.


Lire la suite

28 avril 2009

A Night In Paris II - le 30/04/09 à l’Elysée-Montmartre, Paris

Après avoir célébré Detroit à trois reprises et organisé une première soirée consacrée à Paris, l’équipe d'A Night In... revient avec un nouvel événement consacré à la capitale française et un line-up particulièrement audacieux. Le flyer n’hésite d’ailleurs pas à proclamer que cette soirée “marquera définitivement le renouveau de la house parisienne”. Prétentieux ? Certes. Mais pas tout à fait faux, tant les artistes invités sont des valeurs montantes de la scène hexagonale. Plus besoin de vous présenter Nôze, puisque les sorties du duo sont souvent mises à l’honneur sur Dodb. Nicolas et Ezechiel présenteront leur live délirant, qui a déjà retourné la moitié des clubs et des festivals de la planète (Sonar, Mutek...). Rappelons qu’ils figurent régulièrement dans les classements des meilleurs live électroniques.

Autre binôme, Masomenos fait l’objet d’un gros buzz ces dernières semaines. Cette association ultra-hype d’une DJ graphiste et d’un réalisateur-producteur s’apprête à sortir son premier album, Third Eye, entre techno funky et deep-house. Leur performance promet d’être colorée puisque Joan Costes et Adrien de Maublanc se sont créés un univers visuel enfantin peuplé de petits personnages cartoonesques, qu’ils déclinent aussi sur des vêtements et objets déco pour des magasins fashion du type Colette - ils viennent d’ailleurs d’ouvrir leur propre shop, dans le 1er arrondissement parisien. Egalement en live, Alexis Bénard, alias Seuil, fondateur du label Eklo, distillera sa techno minimale sombre et groovy, très influencée par Ricardo Villalobos. Les résidents Stephan, Tibo’z, et DJ Deep, complèteront cette très belle programmation.

A Night In Paris II, le jeudi 30 avril (veille de jour férié) de 23h30 à 6h30 à l’Elysée Montmartre, 72 bd de Rochechouart, Paris 18e, métro Anvers. Prévente avec accès prioritaire : 10€ (+frais de loc.). Sur Place : 15€.

Acheter sa place

A lire : Nôze - Songs On The Rocks (2008)

Le site et le Myspace de Masomenos
Les pages Myspace de Nôze, Seuil, Tibo’z, DJ Deep et Stephan
Lire la suite

The Dead Kennedys - Frankenchrist (1985)

Coupons court au débat, l’intérêt porté au troisième album des californiens sauvages va bien au-delà de la simple polémique dont il a fait l’objet. Mais ne pouvant évoquer le disque sans décrire le contexte, je me vois contraint de résumer les faits : ici ce ne sont ni la pochette - au demeurant géniale, présentant une parade de l’AAONMS, une organisation franc-maçonne américaine - ni le gatefold qui furent mis en cause, mais bel et bien le poster originellement glissé à l’intérieur qui provoqua le procès fatal à la carrière des Dead’s. Celui-ci représentait une peinture de l’artiste H.R. Giger, intitulé The Penis Landscape, une boutade qui déplut fortement à l’état de Californie qui entama alors un long procès pour pornographie, pour finalement arriver à un non lieu.


Lire la suite

27 avril 2009

Kid Bombardos - I Round The Bend (2009)

La valeur n'attend pas le nombre des années, ai-je envie de dire à l'écoute du premier EP de ce groupe bordelais n'atteignant pas même la vingtaine en termes de moyenne d'âge. En effet, les frères Martinelli, épaulés par David Loridan à la guitare et au chant, livrent ici cinq morceaux d'une classe toute british. On pense aux Libertines ou encore aux Strokes sur l'excellent "Stuck", tandis que la finesse du "I round the bend" introductif séduit d'emblée; le chant, stylé, fait bon ménage avec des guitares elles aussi chatoyantes, la pop énervée du quatuor produisant un effet certain.

Une touche acoustique bien dosée vient ensuite enjoliver un rock déja racé, finement ciselé, sur "I'm gonna try" qui se pose presque en standard folk insoumis. Et si les influences et le "territoire d'appartenance", évidents, sautent aux yeux ou plutôt aux oreilles, ils sont si bien maitrisés qu'on ne peut que s'incliner devant la qualité du disque en présence. D'autant plus qu'en fin de morceau, une accélération géniale achève de faire de ce titre un must.

Passé le "Stuck" évoqué plus haut, "Goodbye baby", saccadé, fait de cette même étoffe british à la fois soignée et négligée, mélodique et pleine d'un allant communicatif, confirme le savoir-faire des Aquitains, qui partent d'une formule simple mais d'une efficacité redoutable dès lors qu'elle est appliquée par leurs soins.

Enfin, la version acoustique de "I round the bend", magnifique et dépouillée, conclut sur une note apaisée et toute aussi attrayante un EP de belle facture, qui laisse présager d'une suite au moins aussi brillante.

Grosse révélation donc, dans l'attente de la suite et de la poursuite par le groupe de la quête d'un son entièrement personnel.

En bref : un gros espoir, plus que prometteur mais pas encore complètement affranchi, ce qui au vu de son potentiel et de sa marge de progression ne tardera aucunement.




Leur Myspace

La vidéo de "I'm gonna try" au BT 59 à Bordeaux:



Lire la suite

OutKast - Speakerboxxx / The Love Below (2003)

Le regretté Nikola Acin avait raison : s'il fallait ne posséder qu'un disque estampillé rap dans sa discothèque....._
Et par extension, s'il fallait n'en avoir que 7 (6 albums + 1 compilation), cela permettrait de couvrir la discographie intégrale du génial duo d'Atlanta. En outre, se rendra-t-on compte au passage, à quel point le terme "rap" paraît réducteur, quand il s'agit d'encapsuler l'oeuvre d'OutKast.

En 2003, lorsque paraît ce recueil, le duo est déjà multi-platiné, reconnu de la critique et de ses pairs depuis une décennie, grâce notamment à son précédent grand oeuvre, Stankonia (2000).
Moins old skool que tout ce qu'il a pu proposer jusqu'alors, même si l'oeuvre est riche de circonvulations allant bien au-delà de la simple musique noire, Speakerboxx et The Love Below proposent deux albums en un, l'un plus foncièrement "hype" hop et bling bling, oeuvre de Big Boi, l'autre plus soul, jazzy et introspectif et davantage hip "pop", dont le démiurge est Andre 3000.
Mais comme on va le voir, il existe entre les deux disques des passerelles qui permettent de mieux appréhender l'influence et la participation plus active que guest des compères dans la création de l'autre ; et ceci est probablement ce qui justifie l'appellation OutKast du projet, plutôt que la juxtaposition de deux albums solo.

Passons sur le monumental "Ghetto Muzik" que Prince , à l'époque où il savait encore défricher de nouveaux sons, aurait pu s'approprier, pour observer plus avant le passionnant fourre-tout de Speakerboxxx. Nombre d'intervenants vocalistes viennent faire entendre leur organe ; ainsi Sleepy Brown sur le très Marvin "The Way You Move". Plus que sur le parti-pris old-skool, finalement peu représentatif du son Outkast que l'on peut observer sur "Tomb Of The Boom", c'est davantage du côté d'un funky de grande classe façon Ohio Players que vont loucher le très sexy "The Rooster" (coq/cock, c'est-à-dire "bite" en slang), ou la trilogie "Bust", "War" et "Church".
Pour souligner l'éclectisme sous-jacent de cet album, une piste telle que "Reset" ravira les aficionados du son son Fender Rhodes : un titre qui avait à n'en pas douter sa place sur The Love Below.

The Love Below, plus long, est un feu d'artifice, en ce sens qu'il offre un panorama global de ce que la musique afro américaine a su proposer au siècle dernier, mais aussi et de manière beaucoup plus vaste, de la musique populaire en général. Du chant crooner swing avec voix de fausset de "Love Hater", l'auditeur ébahi assiste à l'extase d'Andre 3000 face à Dieu qu'il imagine sous les traits d'une fille sublime ("God"), sous un tapis d'arpèges diminués acoustiques, et c'est simplement beau. "Happy Valentine's Day" et ses accords plaqués irrésistibles sont une offrande au déhanchement. Le jazz affleure sous la rythmique trépidante de "Spreads", tandis que "Prototype" est une superbe ballade soul atmosphérique avec nappes de synthé.
Les choeurs féminins, tantôt suaves, tantôt bitch chauffent leur homme sur "She Lives In My Lap" qui n'eût pas déparé sur Speakerboxxx, preuve supplémentaire de la complémentarité des deux disques.
_
Passons sur "Hey Ya", autre grand morceau pop tubesque, présent en fond sonore dans 1 documentaire sur 5 (les 4 autres étant des morceaux de Massive Attack, Beck, Portishead et Air) pour nous attarder sur "Pink And Blue", curieux morceau new wave que n'aurait pas renié une Siouxsie et ses Banshees des débuts ; pour un peu, la noirceur corback l'emporte là sur le feeling black.
Ledit feeling revient vite à la faveur de la voix de tête très Curtis d'Andre sur "She's Alive", ou bien encore sur l'entêtant "Dracula's Wedding" sur lequel la parfaite Kelis nous avoue sa peur des vampires. Le temps d'assister à une relecture breakbeat géniale du "My Favorite Things" de Coltrane (s'il fallait une preuve supplémentaire que ces gens-là ont du goût), et d'entendre une nouvelle fois Andre 3000 roucouler avec la belle Norah Jones sur "Take Off Your Cool", et l'odyssée s'achève, après un très inquiétant "Vibrate", et un très hum, humble instru final qui cite les Beatles.
D'ailleurs, ce diptyque a été comparé au Double Blanc, pour cette manière de collaborer en se tournant le dos, cette façon d'interférer dans l'univers de son binôme, tout en lui concédant une fausse liberté, ce parti-pris de composer aussi à la manière de l'autre. On ne saurait trouver plus juste description de ce disque majeur.
Depuis, Outkast n'a plus sorti que l'épatant Idlewild (2006), qui pour son malheur, ne fut qu'excellent.

En bref : il serait vain d'user de la sacro-sainte formule de "disque qui compte parmi les 10 meilleurs de l'histoire de la pop au sens large", vu qu'il s'agit sans doute... de l'un des 5 meilleurs. Mais tout n'est que rhétorique face à ce parfait mastodonte, véritable crossover d'une époque métissée qu'est ce Speakerboxxx/The Love Below. On se contentera de "chef d'oeuvre".


_
_

"Reset" (extrait de Speakerboxxx)

"God" (extrait de The Love Below)



"Dracula's Wedding" (extrait de The Love Below)


Lire la suite