09 avril 2009

Cheap Time - Concert au St Ex de Bordeaux le 08/04/09


Souvenez-vous, il n’y a pas si longtemps je vous parlais de l’album garage rock de l’année 2008, celui du trio Nashvillien Cheap Time qui recyclait des thèmes que l’on croyait défunts avec un merveilleux sens de l’écriture et l’énergie brute de la jeunesse. Eh bien grâce à Let’s Panic Later ils étaient hier au St Ex pour assoir leur réputation au pays des mangeurs de grenouille. Le constat est sans appel, la foule est au rendez-vous, Cheap Time étant selon les rumeurs la deuxième meilleure vente des tous les temps chez le disquaire Total Heaven, tout juste après Jay Reatard leur collègue de chez In The Red. Un sacré coup de frais donc pour un genre que l’on croyait en manque d’inspiration, renforcé par les deux premières parties bordelaises très enlevées : le duo d’énervés Hello Sunshine (à eux deux je pense qu’ils auront fait plus de bruit que les deux groupes qui vont suivre réunis) et le punk rock d’ Heartbeeps avec Mr Baboosh à la batterie. Martial Jesus Selector se charge des interludes, tout le monde est content, c’est parti pour le sport.
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Si le batteur ne semble pas être celui de la pochette (à priori Jon remplacé par Ryan le temps du tour), Stephen est toujours à la basse et le songwritter du garage rock Mister Jeff Novak est bel et bien là. Eh comme toujours ça va très vite, les morceaux s’enchaînent et se déchaînent, sans break, faisant monter une fièvre palpable dans le public. Déjà sur disque il ne fallait pas arriver en retard, 14 titres pour 28 minutes, ça dépote. C’est là que se trouve la force du combo : arriver à dégager de cette énergie primaire des refrains presque pop. Les nouveaux titres, tels que "Woodlandrive" confirment cette orientation. Tout comme les Redd Kross, les Runaways ou plus récemment les Strokes période Is this it ? , le rock garage prouve qu’il peut brailler, aller vite, et surtout composer des vraies chansons. "People talk", "Back to school" ou "Glitter & gold" ressortent admirablement bien à ce petit jeu. Jeunes, accrocheurs et talentueux, les Cheap Time sont définitivement à surveiller de près.

Les Myspace de Hello Sunshine, Heartbeeps, Cheap Time, Let’s Panic Later et St Ex

"Trip to the zoo" (mess around) en live :
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08 avril 2009

Culoe De Song - The Bright Forest EP (2009)

On le sait depuis le carton du “Township Funk” de DJ Mujava, l’Afrique du Sud est le théâtre d’une révolution électronique passionnante, qui voit se croiser kwaito et house, tradition et apports européens et américains. Loin de l’esthétique ghetto-dance de Mujava, Culolethu Zulu (trouvez-moi un nom plus trippant !) produit une afro-house assez similaire à celle dont nous gratifient souvent des artistes comme Henrik Schwarz, Ron Trent ou Osunlade. Comme si ce natif de Durban se réappropriait une certaine vision fantasmée de l’Afrique, celle des Occidentaux.

C'est certainement ce délicieux paradoxe qui a retenu l’attention du label teuton Innervisions, qui a repéré le tout jeune homme (seulement 18 ans !) alors qu’il effectuait un “stage d’été” à la Red Bull Music Academy de Barcelone, l’été dernier. Aussitôt écouté, aussitôt signé, le DJ, dont c’était le premier séjour hors de son pays, abandonne ses études et commence sa carrière sur les chapeaux de roue avec une poignée de remixes (dont celui du “Let Me Go” de Reggie Dokes), un projet avec Mzee (Ocha Records), et l’EP qui nous intéresse. Et si l’histoire a des airs de conte de fées, l’écoute de The Bright Forest montre que rien de tout cela n’est dû au hasard, mais plutôt à l’énorme talent de ce petit prodige.

Le tunnel rythmique d’”African Subway”, en face B, est déjà un monument d’hypnose, mais c’est le morceau-titre qui réunira à coup sûr tous les suffrages. “The Bright Forest” est l’un des tracks deep-house les plus épiques entendus depuis un bail. Téléportés dans une jungle où retentissent les cris de bêtes sauvages, on se laisse guider par un piano timide, bientôt submergé par un mur de cordes à la Badalamenti, qui monte et monte encore tandis que s’emballent les percus. C’est simple, élégant, puissant, et incroyablement mâture pour un si jeune musicien. D’entrée de jeu, pour sa première grosse sortie, Culoe De Song nous laisse pantois. Et terriblement curieux quant à la suite des événements. Il n’est plus permis d’en douter : le salut de la musique électronique viendra de l’Afrique !

A noter : La version digitale contient un titre bonus, “Super Afro”.

En bref : bonne pioche pour le label berlinois Innervisions qui fait vivre un conte de fées à un tout jeune DJ sud-africain qui n’en demandait sûrement pas tant. Un futur grand de la musique house, comme le prouvent ces deux immenses pièces deep-afro au parfum épique.



Ecoutez une compilation mixée de ses productions, et cet excellent mix réalisé par ses soins pour le podcast du site Resident Advisor, le mois dernier.

Son Myspace
Le site d'Innervisions

A lire aussi : DJ Mujava - Township Funk (2008) et Tokyo Black Star - Black Ships (2009)
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07 avril 2009

dOP - The Genius of the Crowd (2009)

L’un des principaux atouts du trio parisien dOP est de ne pas venir de la musique électronique. A l’origine actifs dans le jazz, le reggae ou le hip-hop, Clément, Damien et Jonathan n’ont que faire des dogmes house ou techno et prouvent disque après disque combien leur liberté de création est totale. Après nous avoir conté l’histoire de Blanche Neige sur leur précédent EP, ils récidivent dans la house poétique et mettent en musique un texte de Charles Bukowski pour leur première signature sur le label de l’Israélien Guy Gerber, Supplement Facts. Avec le même succès.

“The Genius of the Crowd”, sorte de sermon traitant de la réversibilité des sentiments humains, est l’un des poèmes les plus politiques du célèbre alcoolique. En voici un extrait, que je vous laisse le soin de traduire : “There is enough treachery, hatred violence absurdity in the average human being to supply any given army on any given day / And the best at murder are those who preach against it / And the best at hate are those who preach love / And the best at war finally are those who preach peace” (lisez le texte intégral ici). Non sans une dose d’humour noir, ce texte désespéré et propice à la paranoïa se cale sur un instru house organique rythmé par de minuscules samples de divas disco et un matelas de percussions au son sec.

En face B, “Mambo Jumbo” s’illustre dans un registre tribal et jazzy, avec cuivres et cordes, qui devient peu à peu l’une des marques de fabrique du triumvirat. Guy Gerber y ajoute un feeling nocturne et profond pour un remix plus aisément manipulable par les DJ, mais qui effrite quelque peu l’originalité de la composition. A chaque sortie, dOP s’affirme un peu plus comme un outsider de première classe sur la scène électronique internationale. Les sollicitations pleuvent, et les petits gars ont des dates prévues à Pékin, Montréal ou Ljubljana dans les prochains mois. Cette fois, plus d’excuse pour ne pas nous pondre un premier album !

En bref : après les frères Grimm, dOP s’attaque à un texte de Bukowski sur un instru house à la fois sexy et menaçant. Encore une fois une idée brillante, magnifiquement réalisée. Espérons toutefois que le trio ne va pas se spécialiser dans le spoken word, on pourrait finir par s’en lasser.



Ecoutez un mix de dOP en podcast sur le site Ibiza Voice
Relisez l'interview de dOP, et la chronique de leur précédent EP, Blanche Neige

Leur Myspace
Le site et le Myspace du label Supplement Facts
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06 avril 2009

Secret Machines - Ten Silver Drops (2006)

Obscurs les Secret Machines ? Si c’est certainement le récent School Of Seven Bells qui a dévoilé au public le très bon Benjamin Curtis, il est utile de (re)découvrir son passif, au sein des machines secrètes de Brooklyn, encore une fois. Avec l’aide de son frère Brandon (le chanteur) et de Josh Garza, il sortait en 2004 un premier album un peu fourre-tout intitulé Now here is nowhere, et surtout ce qui nous intéresse ici, un deuxième album qui scelle définitivement la patte Secret Machines. Encore que récemment, avec le départ de Benjamin en 2007 remplacé par Phil Karmats, le son des new-yorkais vient encore de changer de registre dans un troisième album, self-titled, sorti en janvier dernier dans un relatif anonymat.
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Ce deuxième donc, déniché en compagnie de Fabien chez un petit disquaire hollandais lors d’une escapade remise en forme, est à présent produit par Brandon Mason et Alan Moulder (le frère de Fox ?), entre autres responsables des ébats un brin pompiers de Bowie, U2 ou Depeche Mode. Le résultat, difficilement définissable, est une sorte de rock (définitivement) disons néo-progressif. La rythmique est lourde, binaire et puissante. La guitare joue des coudes avec le clavier. Et la voix est calme, aérienne, remarquable même. Le groupe joue sans cesse en équilibre entre les Pink Floyd, Silver Apples, Led Zep ou, allez, les Flaming Lips. Un son brut et travaillé, habillé comme un pompier, mais qui ne sonne pas la sirène pour autant.

Ce lyrisme retenu, profitable à quiconque s’y intéresse, n’a pas été du goût de tout le monde et l’album s’est très peu vendu. Les frères Curtis se feront par la suite limoger par Warner, ce qui annonce déjà le split cordial du groupe. Il faut dire que les huit minutes de space opéra rock de "Daddy’s in the doldrums" ne passeront jamais en radio, c’est certain. Mais "Lighting blue eyes" et "Faded Lines" le pourraient elles, avec leurs belles (faciles ?) envolées rock. Niveau climax, "I hate pretending" vaut le détour grâce à son ambiance presque Scorpions, et sa batterie exemplaire. "All at once" est peut-être le morceau le moins humble, écrit comme une grande marche en avant à la Bono. Pourtant selon l’humeur, elle passe. Enfin, je ne peux terminer sans mentionner le premier titre du disque, qui m’a ouvert au groupe, et qui m’a suivi pendant quelques moments de jeunesse, j’ai nommé le morceau au titre explicite "Alone, jealous and stoned". Que celui qui ne s’est jamais retrouvé dans cet état me jette la première pierre.

En bref : huit titres seulement pour un objet musical non identifié, qui ne sera sûrement pas imité de sitôt, et qui se savoure comme un très bon disque de rock.
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Deux live très différents, le simple et efficace "Lighting blue eyes" paré pour MTV, et le moins édulcoré "Sad and lonely" extrait du premier album :


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Birdy Nam Nam - Manuel For Successful Rioting (2009)

Ceux qui ont laissé Birdy Nam Nam en 2005 aux potards de leur album éponyme risquent de ne pas reconnaître le collectif de gentils Dj Hip-Hop-Jazzy-Abstract. À l’écoute de leur dernière livraison, on a plutôt affaire à l’affreuse bande des Daltons, version 2009, crises de nerfs et financière en prime.

Déjà le titre et le visu de ce nouvel album préfiguraient un virage, mais l’écoute ne laisse aucun doute. Les Birdy sont de retour et ils sont énervés ! La déferlante Justice ne les a pas épargnés, et on peut dire que cette influence déborde largement "The Parachute Ending" (Xavier et Gaspard l’ont composé) en contaminant la totalité de l’opus.

Eh oui ! Les Birdy Nam Nam ont décidé de faire danser la jeunesse, mais dans une atmosphère post-industrielle, filmée par Gavras (fils, bien sûr), caméra subjective haletante et désespoir extasié en prime. Comble du sacrilège, "Trans Boulogne Express", "Worried", "The Parachute Ending" sont autant de tracks ravageurs, d’une efficacité imparable avec leurs beats martiaux et leurs basses sursaturées.

Le reste de la production n’est pas sans charme : "Space Cadet Apology" et "Homosexuality" lorgnent vers des lendemains planants d’émeutes intergalactiques et s’habillent, comme il se doit, d’accents daftiens ; "War Paint" nous rappelle que ces insurgés du dancefloor ont malgré tout fait leurs classes, et on croit bien reconnaître un effluve de Vitalic derrière ce camouflage guerrier. Bien, bien… et Birdy Nam Nam dans tout ça, quand est-ce qu’on les retrouve ?

Malheureusement, et c’est la faiblesse de l’album, il n’y a guère que sur "Red Dawn Rising", "Bonne Nouvelle" et "Love Your Enemy" que l’on tombe sur les vestiges de leur originalité originelle. Mais, le temps à fait son ouvrage et ces divers ossements sont abîmés par des années de pollution, de pluies acides et d’oxyde de plomb.

En bref : ce manuel d’insurrection est à la mode d’aujourd’hui. Certes il nous fournit des armes de dancefloor massives mais survivra-t-il à son prédécesseur ? Rien n’est moins sûr.




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Le Myspace
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"Love your enemy" :


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05 avril 2009

Concours Alif Tree

Après un troisième album réussi - French Cuisine en 2006 - accompagné d'un franc succès critique, le compositeur français Alif Tree nous revient avec un nouveau disque. Enregistré à Nashville avec la légende de la Louisiane Tony Joe White et un backing band cossu issu des groupes de Springsteen, Al Green ou Isaac Hayes, Clockwork entérine, après des efforts orientés jazz downbeat, le retour du frenchy vers la chanson pop, n'effaçant pas cependant ses penchants pour l'electronica jazzy, la musique classique ou les rythmes trip-hop. En bref – pour reprendre une formule qui nous est familière – un très joli album, finement tissé, à fleur de peau et à la fibre mélancolique.


A l'occasion de la sortie de Clockwork, DODB vous permet de gagner 5 exemplaires de ce disque en répondant à la question suivante :


Quel est le nom du premier album d'Alif Tree ?


Faites-nous parvenir vos réponses avant le 20 avril sur contact@desoreillesdansbabylone.com accompagnées de vos coordonnées et de l'intitulé « Concours Alif Tree ».


Le myspace et le site web d'Alif Tree.


« Forgotten Place », de l'album French Cuisine, remixé par Moodymann :



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03 avril 2009

Ghinzu - Mirror Mirror (2009)

Forts de deux albums déja très bons (Electronic jacuzzi puis Blow et, entre autres, sa superbe chanson éponyme), les Belges de Ghinzu, menés par le leader charismatique John Stargasm, récidivent avec ce nouvel opus aussi décalé et singulier que les deux précités.

Ca débute avec un titre fort de la trempe de "Blow" : ce "Cold love" qui fera partie, à n'en pas douter, de la cohorte des titres marquants de cette année 2009. Percutante, frappée du sceau d'un rock toutes guitares dehors, savamment épaulées par des claviers aussi discrets qu'efficaces, et relevée par l'organe vocal majestueux du sieur Stargasm, cette chanson introduit de la meilleure des manières un album sans failles. On retrouve ici une partie de l'emphase de Muse, à la différence que Ghinzu garde en lui cette excentricité, cette versatilité et cette force de frappe qui font la différence en sa faveur. Et même quand il adoucit quelque peu son propos ("Take it easy", dont le seul défaut est d'être, d'un point de vue vocal, trop proche des Strokes, ou encore un "Mother allegra" spatial et dénudé), le quintet belge reste performant.

J'avoue une préférence pour les morceaux puissants, assez nombreux sur cet album, à commencer par "Mirror miror", "This war is silent", "Kill the surfer", et... "Je t'attendrai", chanté en français, alerte et surprenant. J'admets en outre un faible pour les mid-tempos tels que "The dream maker" ou "The end of the world", ou encore l'aérien "Interstellar orgy".
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Mais ce qu'il faut retenir des oeuvres signées Ghinzu, c'est le côté imprévisible, cette capacité à passer des humeurs les plus belliqueuses à des parties plus posées, à associer avec bonheur des sonorités diverses et révélatrices d'une forme de schizophrénie dans la composition. Schizophrénie rimant ici avec génie, cet album en étant l'irréfutable preuve.

En bref : Ghinzu transforme l'essai des deux premiers opus et parvient ici à asseoir une identité que l'on ne retrouve que chez les plus grand, comme Radiohead. Ce faisant, il impose un style qui génère quelque chose d'unique, et par là-même, un disque brillant qui ne peut que faire date.



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Le Myspace

A lire aussi : Mud Flow - Ryunosuke (2008)

La longue montée de "Cold love" en live au Bataclan :


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Chateau Marmont - Solar Apex EP (2009)

Chateau Marmont ou le nom porté par un luxueux palace angeleno, c'est également la bannière choisie depuis quelques saisons par ce quatuor parisien qui s'est fait connaître en remixant entre autres Midnight Juggernauts, Ladyhawke ou Poney Poney.
On comprend donc, à la lecture du pédigrée, qu'ils se situaient à des antipodes tant au niveau de l'âge, de l'expérience ou de l'orientation musicale, de la très surfaite scène parisienne, celle bêtement estampillée des bébés rockers.
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Beaucoup de bonnes choses, de bons souvenirs affleurent à l'écoute de ce Solar Apex. En premier lieu, ceux qui remontent aux 70's triomphantes et mettant en scène la crème de musiciens compositeurs de B/O oeuvrant entre symphonique et pop synthétique.

Alors, pour faire court car il s'agit d'un EP, citons entre autres François de Roubaix, Space le combo disco pop du producteur Hervé Marouani sur "Maison Klaus". Puis, plus près de nous, un Air période Moon Safari mais sous amphétamines ("Diane").
 "Solar Apex" aurait pu sans problème prétendre servir de générique au mythique San Ku Kai, tandis que "Anything Everywhere" aurait été le fils putatif de Cerrone et Jean-Michel Jarre.

En bref : Chateau Marmont recrée avec brio les génériques de nos films préférés des 70's, avec une patte mélodique très intéressante, en plus d'être divertissante. Vivement l'album.

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Le label Institubes, le Myspace

"Anything And Everywhere" :



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School Of Seven Bells - Alpinisms (2008)

Ce n'est pas parce qu'elles sont d'une beauté troublante que l'on s'est entiché des soeurs monozygotes Deheza. Ce n'est pas non plus parce qu'elles sont d'ores et déjà assurées de figurer parmi les révélations de cette année, en raison notamment (mais pas seulement) de toute cette hype qui tourne autour de la scène de Brooklyn, et dont HIPHOP nous a rappelé récemment qu'il était bon d'en trier le grain de l'ivraie, dans une chronique assez cruelle, mais hélas terriblement réaliste de l'album de Telepathe.
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Non, c'est avant tout le charme vaporeux distillé par ce drôle de groupe composé de Alejandra (la "leader", celle à la frange) et Claudia, drivées de main de maître par ce Benjamin Curtis, ci devant ex-membre des obscurs Secret Machines, qui mérite qu'on s'y attarde.
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Alors, plutôt que l'étiquette de shoegazer qui leur colle à la peau, et qui ne saute pas franchement aux yeux à l'écoute de leur album, en raison notamment de la part congrue réservée à la guitare, c'est plutôt une sorte de new wave disparue qu'évoque leur musique, et que l'on trouve du côté des défunts et géniaux Cocteau Twins.
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Avec cette même façon éthérée de jouer de la voix comme d'un instrument -mais dans un usage, on l'aura compris, assez éloigné de Patrick Sébastien-, les soeurs Deheza nous ensorcèlent, nous transportent dans un univers onirique, barbouillé d'effets, qui donne à leur pop bricolée et bariolée des effets psychés bienvenus. Tous les titres ne sont sans doute pas au niveau de ce "Iamundernodisguise" (on te le fait pas dire !) d'ouverture, mais tous baignent dans les climats ouatés et oniriques décrits plus haut. On pense à ce délicat "Half Asleep", le nouveau single dont la video mettant en scène les deux soeurs dans un taxi siérait à merveille au final de Lost In Translation de Sofia Coppola, avec cette atmosphère désincarnée et rêveuse. Parfois le trio s'aventure vers des terres plus électriques, plus rythmées comme sur ce "Face To Face In High Places" ou sur "Sempiternal/Amaranth". D'autres titres, aux sonorités étranges ("For Kalaja Mari", "Connjur", "My Cabal") -un autre héritage des Cocteau Twins- convient à des ambiances douces et tribales à la fois. Il est à noter que comme cela est parfois le cas, ce nouveau buzz venu d'Outre Atlantique a mis quelques temps à nous parvenir, puisque le disque, chroniqué un peu partout ces jours-ci, est sorti dans son pays d'origine lors de l'automne 2008. Les référendums de fin d'année sauront-ils faire outre de ce léger décalage ? 
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En bref : un album qui côtoie des hauteurs enivrantes, celles du mariage des voix et des instruments mixés ensemble. Si tous les morceaux ne procurent pas le même sentiment d'évasion, on souhaite cependant au trio de durer au moins autant que ses illustres devanciers, les défunts Cocteau Twins. le site officiel, le Myspace "Face to Face in High Places" live

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Jacques Duvall - Le Cowboy Et La Callgirl (2009)

Brisons les habitudes et parlons pour une fois d’un artiste francophone. Ils sont rares ceux qui chantent en français en 2009 sans singer l’un ou l’autre de leurs illustres prédécesseurs, Gainsbourg en tête de gondole. Comme si l’anglais était plus permissif, moins casse gueule. Mais qui est donc ce Jacques Duvall ? Les plus anciens d’entre nous, ou ceux qui lisent entre les lignes des pochettes ont déjà certainement croisé ce patronyme. D’origine bruxelloise, le désormais quinquagénaire est en effet un acteur de l’ombre, collaborateur de Chamfort et Lio (et donc auteur de "Banana Split"), parolier des Sparks, Jane Birkin, Lisa Ekdahl ou encore Etienne Daho, il est pourtant resté à l’écart de toute forme de célébrité. Et Dieu l’en garde, quand en 2006 il se réapproprie des textes refusés par d’autres, qu’il pose sur rondelle sur l’excellent Hantises.

Peu avant la démolition du studio Vange, Jacques enregistre toujours avec Miam Monster Miam et le très bon collectif Phantom ce qui est à ce jour son deuxième album en tant qu’auteur compositeur. Produit par Freaksville Records et mixé par Kramer, on y retrouve avec plaisir le groove psychédélique extrait de ces jams sessions. Fortement influencé par Lou Reed et T Rex, le crooner belge y est toujours aussi cynique et grinçant. Il se place cette fois-ci dans une ambiance sérieusement série B et salement polar comme le laisse entrevoir la magnifique pochette d’inspiration comics. A l’écoute de "Ta main 2" et "Marianne Renoir", c’est nonchalant, ça suinte, c’est moite, et on adore le son du tambourin sur guitares fuzzées.

Pourtant frère Jacques sait détendre l’atmosphère et placer du yéyé façon Françoise Hardy sur "Raconte-moi". Un côté bubblegum pop très fort, avec guitares surf et orgues rythm’ n’ blues que l’on retrouve sur l’excellente paire "Marquise" et "La poupée borgne". Sur "Chanson malade", ce sont bongos et halètements féminins qui posent le rythme de manière si seventies. L’harmonica de Dylan s’invite même sur "Comme le font les femmes" alors que l’on a déjà presque oublié que le disque s’ouvre sur des loups hurlant à la mort, avec voix caverneuse et Moog en bataille sur le dérangeant "Le cri". Je dois dire que cela faisait longtemps que je n’avais pas été bluffé à ce point par un disque intégralement chanté en français. Le plus grand des chanteurs belges n’est définitivement pas celui que l’on croit.

En bref : un sacré crooner belge entouré d’un backing band exemplaire pour de succulents textes en français sur fond de musique américaine seventies. Parfait.
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Le site officiel et le Myspace

A lire aussi : Wizzz! - Vol 2 Psychorama français 1966-70 (2009)

"C’est toi" extrait de Hantises (pas très télégénique le Jacques):


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02 avril 2009

Pacific! - Reveries (2008)

Je vous jure, je n’ai pas fait exprès d’enchaîner Mando Diao et Pacific!, soient deux formations suédoises aux contours similaires. Encore un duo, encore des Björn, mais une musique sensiblement différente, plus influencée par l’Intelligence Dance Music comme on dit. Car si l’ensemble reste aérien et résolument pop, certains titres rappellent à la piste de danse, version boule à facette et fin de soirée, davantage Sébastien Tellier que Benny Benassi. Mais résumer Pacific! à un simple sigle à trois lettres serait une hérésie. Daniel Högberg et Björn Synneby sont en effet de grands francophiles, ont confié la conception de leur pochette sixties à Stéphane Manel, la réalisation de leurs clips à Michel Gondry, et le titre de l’album Reveries, même privé de son circonflexe, est un clin d’œil direct à Debussy. Et même si un bel emballage ne suffit pas, je suis à moitié tombé dans ce piège nordique.

Mon Mp3 ne rangeant pas forcément les titres dans l’ordre, c’est par "Hold me" que je suis rentré dans ce disque. Et là quel choc, Supertramp refait de la musique! Un air de déjà-vu troublant, pas forcément de très bonne augure me direz-vous, et pourtant petit à petit un léger plaisir coupable qui s’installe. Après avoir remis de l’ordre dans tout ça, l’objet adopte une toute autre apparence, se donnant de fausses allures californiennes sur un "Sunset Blvd" de haute volée. Décomplexé, rétro et sexy, ce titre à l’insouciance hippie continue d’exercer sur moi cette étrange attirance honteuse. On se retrouve avec une pop radieuse et planante, fortement influencé 80’s, qui commence à ressembler à Air période Moon Safari. Ca va déjà mieux.
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Sur "Runaway to elsewhere", ce sont les synthés de Moroder qui s’invitent sur une instrumentation très vintage, avec claps à la Village People en sus. A présent les références semblent dures à porter, alors qu’étrangement ça continue de fonctionner. "Disappear" par exemple aligne nappes de synthés, arpèges cristallins, xylophone et voix à la Wayne Coyne. Cotonneux au possible, ce titre ne dénaturerait pas sur une BO de Sofia Coppola. Finalement raffiné et presque élégant, le duo de Göteborg n’hésite pas à faire appel à de nombreux instruments : sitar, glockenspiel, violons, trompette, Lapsteel et Moog sont les principaux acteurs de cette pop faite pour danser et rêver. Le discoïde "Hot lips" ne dira pas le contraire, coincé quelque part entre Calvin Harris, New Order et Phoenix.

En bref : un premier album d’électro pop synthétique, branché en mode mineur sur une nostalgie souvent kitsch, mais généralement imparable.
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Le Myspace

A lire aussi : Figurines - When the dear wore the blue (2007)

"Sunset Blvd" en live, et le clip de "Hot lips":



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Chroniques 1er avril 2009


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01 avril 2009

The Cranberries - No Need To Argue (1994)

Je me souviens de ce bon mot de l'humoriste Lafesse concernant les Cranberries résumant bien l'incompréhension - parfois justifiée - dans laquelle ce groupe majeur de l'indé s'est vu cantonner. Ce dernier disait en substance, parlant de la pochette au titre évocateur No Need To Argue, "La gueule des mecs ! Trois mecs coincés de HEC qui veulent se faire la nana, et pas un qui y arrivera !"
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C'est vrai qu'elle a de la personnalité la Dolorès. Catholique fervente mais très modérée - elle est par exemple connue pour ses prises de position généreuses concernant le sort judiciaire des criminels et la cause de l'avortement- l'irlandaise est véritablement le fer de lance, la figure de proue du groupe de Limerick.
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Lorsque paraît le deuxième disque des Cranberries, le public de la cause rock et pop est déjà au fait de l'actualité du groupe, et a déjà fait sienne la devise rusée du premier album Everybody Else Is Doing It So Why Can't We ? (1993). Mais rien de comparable toutefois avec le score record de No Need..., qui avec près d'un million d'exemplaires écoulés, achève d'asseoir la réputation du combo irlandais.
Au delà de la similitude de ce timbre si particulier, auquel Sinead O'Connor doit toute son inspiration, Dolores O'Riordan se distingue dans son chant par ces singuliers et si savoureux hoquètements qui deviendront sa marque de fabrique, et disons-le, sont un élément essentiel de son charme acidulé.
Dans ce disque fondateur qui, on s'en rend compte mieux aujourd'hui, a influencé beaucoup de monde, de l'instrumentiste batave André Rieu pour ce lyrisme si juste, au renouveau shoegaze auquel nous assistons actuellement, la chanteuse en profite pour régler leur compte à quelques cruciales questions de société, et c'est avec beaucoup de mesure et de nuance que des sujets aussi sensibles que l'avortement ("Icicle Melt") ou bien la cause libératrice des prisonniers politiques (le classique "Zombie") sont ici abordés.
De même, Dolores chante l'Irlande comme personne depuis les séminaux U2 et Undertones ("God Be With You"). Et au-delà de ce qui demeure un exemple d'inventivité musicale, un trésor d'écriture serti d'arrangements racés, l'on se plaît presque à imaginer ce que cette femme de coeur serait en mesure de réaliser à une échelle politique, tant son savoir-faire et la pertinence de son propos sont évidents ! Et les fans que nous sommes, de regretter amèrement la mise en sommeil du groupe qui n'a cependant jamais officiellement annoncé sa séparation.

En bref : un classique du rock noisy engagé. Une chanteuse brillante, qui met son sublime engagement idéologique au service d'un étrin ( ou écron, je ne sais plus) sonore que lui délivre un groupe racé, qui sait jouer à l'économie.




Le site off iciel, le Myspace

"Zombie"



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31 mars 2009

Jeremy Jay - Slow Dance (2009)

Moins d'un an après la sortie de son premier album A Place Where We Could Go, qui avait suivi de moins d'un an la sortie de son premier EP pour K Records Airwalker, voici Slow Dance, le nouvel album de l'hyperatif Jeremy Jay. C'est à se demander quand le grand romantique puise son inspiration, qui semble toujours intacte. Un coup d'oeil au tracklisting et je suis ravi : on y trouve "Slow Dance" et "Breaking The Ice", deux des « tubes » qui m'ont passionné cette dernière année sur le Myspace du garçon. Alors que j'attendais ces titres, empreints de funk froid, de pop garage et de synthés new wave (qui rappellent le vide laissé par l'absence du petit génie Tom Vek), sur A Place Where We Could Go, Jeremy Jay nous avait joué des tours en sortant un album de folk-pop glam, dépourvu de tout son de synthé.

La toute première note du tout premier morceau, "We Were There" (titre déjà sorti sur EP il y a un an et demi), est bien une note de clavier ! Slow Dance s'annonce donc bien comme l'album que j'espérais ! Néanmoins, malgré ces nappes glacées à souhait, la chanson lorgne plus, dans sa structure, du côté de la pop garage sixties. Et la tendance se vérifie par la suite : "In This Lonely Town", "Canter Canter" réussissent un choc sans casse entre sons eighties et sixties. Ha ! Jeremy Jay joue toujours à cache-cache ! En effet l'artiste fait encore son timide et préfère sortir une collection de chansons garage pop plutôt que de verser franchement dans ces grooves tordus qui fascinent tant. Parce que certes, les compositions sont encore une fois excellentes (le parfait "Gallop" dénote un savoir-faire absolument indéniable), mais c'est tout de même bien, aux côtés de "Breaking The Ice", cette fameuse "Slow Dance" qui est la plus troublante. Le reste glisse sur les corps et charme très facilement.

Même si Jeremy Jay se défend de toute intention autre que d'enregistrer un album hivernal, Slow Dance montre, comme A Place Where We Could Go, une ligne directrice esthétique très forte. Il s'agit cette fois-ci d'entrechoquer les anachronismes et les températures, et de continuer à crooner avec détachement au-dessus. Et paradoxalement, c'est en jouant avec des styles depuis longtemps vulgarisés que Jeremy Jay affirme sa personnalité artistique. Il affirme sur Slow Dance son goût pour la relecture : relecture des styles, relecture du slow, mais aussi relecture de ses propres mots, de ses propres mélodies. "We Were There" revisite le "We Stay Here" du EP Airwalker, comme "Where Could We Go Tonight" revisite "A Place Where We Could Go". Et juste avant, il y a "Slow Dance 2"... Le bonheur n'est certes pas toujours absolu : ses mots manquent de façettes pour être ainsi dépliés et retournés. Et il est à vrai dire presque dommage que les ballades de fin d'album délaissent les claviers qui glacent le sang pour rejoindre l'esprit du premier album, d'autant plus que Slow Dance se révèle moins cinématographique, et donc moins inspirant que ce dernier. C'est un peu comme si Jeremy Jay avait peur de développer le son créé sur ses inédits, et ainsi de se lancer dans l'inconnu. Cependant Slow Dance continue de prouver que Jeremy Jay reste un très bon relecteur dont les histoires savent faire rêver.


En bref : Jeremy Jay ne nous livre toujours pas le petit bijou dont il est capable. Mais cette nouvelle collection, faite de guitares sixties et de synthés eighties, est une nouvelle affirmation d'une personnalité artistique très forte, dont on aimerait déjà entendre le prochain LP.





Encore une fois, je vous en prie de consulter régulièrement son Myspace, où Jeremy Jay poste d'incroyables inédits.
Aussi, Dream Diary, son blog.

A lire aussi : Jeremy Jay - A Place Where We Could Go (2008)

(Aucune vidéo n'a été mise en ligne pour ce nouvel album ; dès que ce sera fait, elle sera postée ici même.)
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DOOM - Born Like This (2009)

Premier disque en quatre ans pour Daniel Dumille, Born Like This sort au moment où les plus folles rumeurs se répandent sur son auteur. Accusé d’envoyer d’autres types performer à sa place en playback, MF Doom subit également l’ire de ses fans concernant son hypothétique collaboration en long-format avec Ghostface Killah du Wu Tang, que l’on attend toujours. Bel et bien de retour, l’homme souhaite désormais se faire nommer DOOM, tout court et en capitales. Auteur d’environ 25 albums (instrumentaux inclus), que ce soit en solo ou avec Madlib (au sein de Madvillain), Danger Mouse (Dangerdoom) ou son premier groupe, KMD, cet héritier du Doctor Doom des Comics Marvel, quoi qu’on en dise, incarne un rap intègre et sans fioritures, alternative salutaire aux gerbants 50 Cent et Eminem. On attendait donc beaucoup de ce nouveau méfait du super-vilain masqué.

Un premier survol de l’album suffit pourtant à constater que DOOM se repose sur ses acquis. La plupart des titres sonnent exactement comme ses productions du début des années 2000. Seule concession à la modernité, vraisemblablement teintée d’ironie : l’utilisation un peu foireuse de l’autotune sur “Supervillainz”. Le reste est de facture extrêmement classique. On ne s’en plaint pas lorsque cet académisme donne naissance à des bombes comme “That’s That”, avec son sample de violon et son couplet final euphorique, “Angelz” (feat. Ghostface) ou “Ballskin” (produite par Jake One), avec son orgue et ses guitares soul. Valent également le détour “Gazzillion Ear”, qui singe gentiment le thème de Midnight Express, et “Lightworks”, toutes deux construites sur des beats de feu Jay Dilla.

Un peu plus expérimentale, “Cellz” s’ouvre sur un texte pamphlétaire de Charles Bukowski - dont DOOM avait déjà utilisé la voix sur “One Beer” en 2004. Le vengeur masqué ne fait irruption qu’à la deuxième minute pour un couplet dense déclamé sur un instrumental guerrier aux accents de fin du monde. La pertinence de l’utilisation du virulent poème du divin alcoolo contraste fortement avec le texte nauséabond de l’homophobe “Batty Boys”, absolument navrant et incompréhensible de la part d’un rappeur que l’on croyait un peu plus futé que la moyenne. A moins qu’il s’agisse là d’un énième degré que je ne suis pas à même de saisir, ou de la projection des pensées de son double négatif, comme certains fans le prétendent... Quoi qu’il en soit, Born Like This ne comporte rien de comparable aux sommets que furent “Figaro”, “Accordion”, ou l’un ou l’autre des titres de MM.. Food (2004) et The Mouse and the Mask (2005).

Même s’ils ne sont pas fondamentalement mauvais, le très old-school “Yessir !” (feat. Raekwon) ou l’apparition de la jeune rappeuse Empress Sharhh sur “Still Dope” étaient loin d’être indispensables. Notons également que la quasi-absence des innombrables interludes et samples cinématographiques que le New Yorkais affectionne habituellement nous prive du côté narratif et foisonnant qui séduisait tant sur ses précédents efforts. Pire, la multiplication des allitérations et jeux syllabiques - l’une des caractéristiques de son style, semble parfois tourner à vide et cacher un certain défaut d’inspiration. Reste la voix, rauque et tranchante, comme échappée d’un obscur soupirail laissant entrevoir les sordides bas-fonds de la mégapole. Rien que pour ce timbre vocal unique, DOOM reste l’un des grands MC de notre époque, et les nombreuses faiblesses de ce nouvel album ne changent rien à cet état de fait.

A noter : la version numérique de l’album comprend un remix de “Gazzillion Ear” par Thom Yorke !

En bref : Pour la première fois, DOOM donne l’impression de se répéter et de ne plus avoir grand chose de neuf à nous offrir. Quelques excellents morceaux (“Cellz”, “That’s That”...) émaillent cependant cet album de qualité moyenne, qui constitue l’une des premières grosses déceptions de l’année.



DOOM - That’s That.mp3
DOOM - Gazzillion Ear.mp3

Pour mémoire, les clips de “All Caps et “Accordion”, extraits de Madvillainy :



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