02 février 2009

DJ Mujava - Township Funk EP (2008)

Il y a des signes qui ne trompent pas. Depuis quelques mois, le nom de DJ Mujava circule dans les playlists des plus grands artistes de la planète. Objet d'un engouement unanime, son maxi spasmodique “Township funk” a conquis les oreilles expertes des barons de la scène électronique. Epuré et dansant, ce funk du ghetto est une sorte d'ovni parmi les productions chargées de notre temps. Un titre décalé, qui par son ascétisme et son rythme envoûtant, loin de la fadeur des dernières séquelles minimales européennes, pourrait bien faire date dans l'histoire de la musique électro du 21e siècle.

Elvis Maswanganyi a 21 ans. Il est originaire d'Attridgeville en Afrique du Sud, un bidonville proche de Pretoria situé à deux pas d'une centrale nucléaire et dont le nom, en zulu, signifie “fin de l'histoire”. Le décor est planté, et l'espoir n'y a guère droit de cité. Le garçon commence à composer sur un vieil ordinateur acheté par l'un de ses grands frères. Très vite, ses productions électroniques, aux motifs simples et directs, sont relayées par les “Community stations”, ces radios qui font et défont le son des townships. Quotidiennement, des chauffeurs de taxi du quartier viennent réclamer de nouveaux morceaux au jeune homme et se font ainsi les promoteurs de sa musique, sillonnant la région fenêtres ouvertes et autoradios à fond. Le phénomène Mujava est en marche.

Le Dj s'associe alors avec un producteur de gospel répondant au nom de CRY, et crée son propre label, House therapy production. Il multiplie les collaborations avec des artistes locaux et publie ses premiers albums. C'est véritablement en signant avec Sheer music, un label indépendant du pays, créé en 1994, que Mujava prend son envol et gagne en visibilité sur le marché mondial. Les Anglais au nez creux de Warp ne s'y trompent pas et, à l'écoute de “Township funk”, pressentent le hit planétaire. Banco. Le titre cartonne sur les ondes de BBC1 et, en aussi peu de temps qu'il ne faut pour le dire, investit les plus grands clubs du globe.


“Township funk” est emblématique d'une nouvelle tendance de la scène africaine contemporaine. Au pays de Mandela, le kwaito, qui se traduit par “dangereux”, opère depuis quelques années la fusion entre hip hop, dancehall et house pour constituer la nouveau son de la rue, électronique et moderne. Au premier abord, le titre de DJ Mujava surprend par sa sécheresse et la crudité de son instrumentation. Mais c'est bien de cette pureté, et de son économie d'expression, qu'il tire toute sa puissance. Une basse synthé ample et intriguante, un beat entre broken et house et un thème réduit à la portion congrue, il n'en faut pas plus pour façonner un tube frénétique et obsessionnel. Pour ceux qui en doutaient, l'Afrique bouge encore et n'est pas à cantonner uniquement à l'ignoble et post-coloniale catégorie de musique “world”.


A noter : Le titre “Township funk” est accompagné en face B d'un remix sans grand intérêt de Dj Nonsense. Il existe également un remix de l'excellent Ashley Beedle, édité par le label This is music.


En bref : Les Anglais du label Warp ont du flair et nous dégottent une track envoûtante en provenance directe des townships de Pretoria. Un morceau d'une pureté totale, entre broken et house music, parangon du nouveau son d'une Afrique urbaine et déshéritée mais avant tout moderne.




Le myspace de DJ Mujava

Les sites de Sheer music et Warp

Le clip de “Township funk” :

3 Comments:

Paco said...

Merci pour la decouverte!
Je suis fan du morceau et du clip!
Paco
http://delaluneonentendtout.blogspot.com/

HIPHOP said...

Warp c'est un gros label-machine à fric, ou une petite structure indé ? dans l'hypothèse du gros label, on aurait un magnifique exemple de parasitisme capitaliste...
J

Fabien said...

Disons un indé qui a pris de la taille au fil des années par la justesse de ses choix et la qualité de ses sorties... rien de blâmable je te rassure.

Fab