10 février 2009

The Aliens - Astronomy For Dogs (2007)

Alors que cette année 2009 ne m’emballe guère pour le moment, la tentation de me replonger dans le tas de disques qui auraient dû être chroniqués ici il y a longtemps a pris le dessus. Et c’est indirectement grâce au visionnage d’une vidéo dite "de snowboard" que je me suis souvenu de celui-ci. Un titre a suffi,- oui mais quel titre !- à me replonger dans l’univers loufoque et barré d’une bande d’écossais plus connus sous le nom de feu Beta Band. Ce titre, cause de cette chronique, c’est "Setting sun", orgie pop de cinq minutes aux guitares catchy et psychédéliques, et au refrain en forme d’hymne, le morceau se terminant d’ailleurs par des élans de "We are The Aliens", comme entrée en matière on a vu pire.

Ce sont donc trois ex-Beta Band qui sont aux commandes de cet ovni délirant et euphorique : Gordon Anderson (également The Lone Pigeon), Robin Jones et John Maclean. Après un premier Ep en 2006 intitulé Alienoid Starmonica, et avant le deuxième Lp de 2008 plus sobrement nommé Luna (encore non écouté) se situe ce cours d’astronomie pour chiens. Et vu l’indifférence inexplicable dans laquelle sont sortis ces bijoux, autant donner de la confiture aux cochons ! Car ici on a droit à soixante quinze minutes de musique imprévisible, réparties sur onze titres qui ont tous leur place au panthéon de la pop psyché, aux cotés de leurs idoles et références.

Parce que oui, on l’aura compris, Gordon Anderson est un grand obsédé des 70’s. Et cette bande d’allumés en kilt assume tout à fait son côté hippie. Hippies de l’espace mais hippies quand même. Et d’ailleurs dans "The happy song" où le mot happy est répété autant de fois qu’il est possible de le faire, le flower power est largement invoqué. Effet appuyé par l’heureuse tendance des trois énergumènes à chanter de concert, à tout moment, quand ça leur chante justement. Un titre qui ne dépareillerait pas sur le New Magnetic Wonder des Apples In Stereo tant l’humeur est à l’optimisme.
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Ainsi se sont également -et surtout- les grandes figures de la pop sixties qui sont à l’honneur dans les coins et recoins de ce disque. Les Byrds de Fifth Dimension en tête, bien évidemment les Beatles du Sgt Pepper, ou le funk de George Clinton sur l’étrange et fascinante funky-pop song "Robot man". Sur "Tomorrow", l’harmonica s’invite dans l’une des rares chansons désespérées de l’album. Un onirisme planant exposé aux harmonies vocales de presque six minutes encore.

Un peu plus loin la folie s’empare de "Rox", électro hip-hop de foire où le Robot Man refait son apparition, pour céder sa place à une musique d’inspiration indienne, à un synthé sorti de nulle part et à un phrasé final à la Oasis. Ebouriffant de diversité et de cohérence. "Only waiting" quant à elle ne fait pas qu’attendre puisqu’à mi chemin le titre s’emballe en joyeux bordel symphonique dont le Beta Band avait le secret. Comparable à mon avis à se retrouver bloqué sous acides dans une machine à laver en marche.

Et puis clôturant le disque il y a "Caravan", morceau fleuve de seize minutes (cachées) qui débute tout en orgues en terres américaines, et qui petit à petit décolle vers on se sait où, quelque part dans le ciel. Une fuite en avant qui annonce le travail de Panda Bear et de ses acolytes, rien que ça. Malheureusement (ou non) The Aliens n’occuperont probablement jamais la place qu’ils méritent. Il y en a même pour dire qu’ils n’existent pas. Allez savoir. The trust is out there.

En bref : N’y a-t-il que moi qui perde les os à l’écoute de tout ce que sort cette fine équipe écossaise ? Onze morceaux tournés vers les étoiles, de la pop psyché de haut vol, un délire de chaque instant… J’en rajoute ?
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Le site officiel (interactif), le Myspace et un remix par Hot Chip

A lire aussi : The Beta Band - S/t (1999)

Les clips de "Setting sun" et "Happy song" :



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09 février 2009

Kid Loco - Cargo de Nuit (Arles) 07/02/09

Ce qui frappe lors du concert de notre Kid français préféré, c'est le minimalisme assumé de sa musique. Et là, dans l'atmosphère confidentielle et chaleureuse du Cargo de Nuit, notre activiste pop-lounge-electro, nous démontre une fois de plus que ses compos, qu'elles soient placées sous le signe de la chanson ou de l'instrumental, s'insinuent invariablement dans notre cortex. Et que cela fonctionne !

Après un premier groupe marseillais ToM, oeuvrant dans la chanson réaliste sous forme de dub reggae bourré d'effets pas toujours heureux, notre homme entre en scène accompagné de son organiste, d'un bassiste ombrageux (ne sourit-il jamais ?) et d'un DJ qui s'en donne à coeur joie, en particulier sur les scratches du nouveau single "Pretty Boy Floyd".
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"Pretty Boy Floyd" ? Tiens, justement voila le morceau introductif ; pour le coup, je me suis planté, j'imaginais bien le roboratif "Motorcycle angels" pour envoyer la sauce ! Je parlais de minimalisme, et il est vrai que l'artiste ne s'embarasse pas de breaks, de ponts ou de ruptures dans ses morceaux ; qu'à cela ne tienne : "Pretty..." est encore plus convaincant sur scène, avec ses lancinances, son chant à la lisière de la monocordie, son ambiance légèrement dépressive. Mais voila que s'ensuit la susnommée ode à la chevauchée sur deux roues -et je ne peux m'empêcher de songer au "The Living End" des JAMC récemment chroniqué !- Ce titre, auquel "The Specialist", joué en fin de set peut être associé pour le côté hypnotique, et aussi en raison de la ressemblance entre les deux chansons, donne libre cours à d'enthousiasmantes giclées d'orgue baveux !
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D'humeur accorte, bien que légèrement ruiné par un son de basse dévastateur qui masque par moment sa guitare, Kid fait bien sûr la part belle à son petit dernier, Party Animals & Other Biscuits, mais ne dédaigne pas non plus ses vileilles scies , telles "Jack O" Party", et les délicieux singles qui ont émaillé le début de sa carrière solo, le suave "Love Is Sweet" et ses digressions de sitar, ou bien les plus récents et enlevés "Gypsy Good Time" ou encore "A Little Bit Of Soul" !
Sinon, que retenir de cette soirée très plaisante, disputée devant une assistance fournie au début, puis inexplicablement clairsemée en fin de set -le syndrome "pause fumage de clope en extérieur"-?
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Eh bien que la musique des Stooges sied bien à l'artiste, qui le lui rend bien ! Ainsi, le public se voit-il gratifié d'une inattendue cover sous morphine, car bien loin du tempo malade d'origine, de l'imputrescible "Search And Destroy" ; sans doute faut-il y voir un clin d'oeil à Ron Asheton, récemment disparu !
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Mais c'est encore "Ann", reprise de main de maître sur Party... qui se taille la part du lion à l'échelle hypnotique, et si une bonne reprise est l'art de reprendre un morceau de façon suffisamment éloignée pour échapper au calque, tout en gardant une certaine immédiateté de ressemblance qui fait qu'on se l'approprie insidieusement, eh bien notre Kid a tout compris ; et comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire, ce titre figure parmi les meilleurs covers du genre !
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Au cours d'une prestation à la coule et parfaitement décente, Kid Loco et son groupe réussissent également à magnifier certains titres qui pouvaient paraître mineurs sur disque, car dénués de rythmes accrocheurs, je pense notamment à ce "10:15" dont la mélancolique suite d'accords appartient désormais à la longue série de chansons marquantes de son auteur ! Et ce n'est pas la moindre qualité d'un live que de transfigurer des titres qu'on avait laissés de côté !
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Puisse cet achèvement être identique lors de nos futures visites dans ce -décidément- très accueillant Cargo de Nuit, où le mélomane aux aguets, aura d'ores et déjà coché la venue pour le mois de Mars du très subtil Peter Von Poehl (14 mars) , ainsi que des vétérans du No Future, j'ai nommé les Buzzcocks (20 mars). Keep the faith !
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Les Myspaces de Kid Loco et du Cargo de Nuit
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Le clip de "A little bit of soul" :

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A Night In Detroit III ft Carl Craig - 13/02/09 au Showcase, Paris

Nous vous l’avions annoncé dès la fin de l’année dernière, pour sa troisième édition, A Night In Detroit tape très fort en invitant un DJ mythique entre tous et unanimement vénéré, j’ai nommé Carl Craig. Je ne vous ferai pas l’affront de vous présenter le personnage, capable de remixer Ravel et Reich comme de produire de merveilleux albums de jazz (The Detroit Experiment), de drum & bass (avec son Innerzone Orchestra) et, bien sûr, de techno. Doté d’une culture musicale exhaustive, il livre des sets toujours différents auxquels un élément ne fait jamais défaut : le groove.

Pour l’accompagner, outre les résidents et organisateurs de la soirée Stephan et Tibo’z, avec leur deep-house toujours impeccable, Daniel Bell a été convoqué. Crédité comme l’un des premiers acteurs de la scène minimale, il fait partie, avec Robert Hood et Richie Hawtin, de ceux qui ont effeuillé la house de Chicago et la techno de Detroit pendant les années 1990. Avec ces deux DJ aux styles très complémentaires, l’équipe d’A Night In..., qui migre pour l’occasion du Bataclan au Showcase, propose une affiche encore plus alléchante que les précédentes. A ne manquer sous aucun prétexte.

A Night In Detroit III, avec Tiboz, Stephan, Daniel Bell et Carl Craig. Vendredi 13 février à minuit, au Showcase, sous le pont Alexandre III, 75008.
14,70€ en prévente, 18€ sur place.
Acheter sa place

Les pages Myspace de Daniel Bell et Carl Craig
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08 février 2009

Empire Of The Sun - Walking On A Dream (2009)

Quel dommage! Il y a quelques semaines, quand j’ai découvert l’existence de ce disque (qui sortira le 16 mars prochain chez nous), je pensais tenir un sérieux prétendant. Déjà cette pochette susceptible d’illustrer n’importe quel roman scientologue avec son décor science-fictionnesque en carton pâte. Et ces deux zigotos, maquillés en drag-queen, dominants de toute leur splendeur kitch un patronyme ultra-égocentrique, l’Empire du soleil, rien que ça. Je n’avais encore rien entendu et le rendu visuel m’inquiétait tout autant qu’il m’attirait. En cherchant plus en avant je comprenais mieux la raison de ce déballage de couleurs. L’australien Luke Steel, aka The Sleepy Jackson en était l’auteur. Déjà accusé de manque de modestie sur la pochette de son (trop?) immense Personality : One was a spider, one was a bird, Luke récidive dans l’exacerbation aidé cette fois d’un acolyte aussie en la personne de Nick Littlemore (plus connu sous le nom de Pnau). Entre eux c’est le coup de foudre, et depuis 2007 ces deux figures improbables de la pop australienne ont fait le pari de conquérir le monde et de marcher sur les traces de leurs rêves. Quel dommage…

Présentés et annoncés comme les MGMT de 2009, comparaison qui soit-dit-en passant commence à nous les briser, mais qui pour une fois s’accorde à peu près (duo électro pop, univers visuel flamboyant, pseudo quête spirituelle sous forme de Carpe Diem), Empire Of The Sun est quoi qu’on en dise indissociable d’un certain aspect cinématographique. Le nom déjà, tiré du roman de J.G. Ballard et du film homonyme de Spielberg, ensuite l’engouement pour The holy mountain (1973), film raccord avec l’univers du duo, et enfin cette volonté de tourner un clip par titre de l’album. Iront-ils d’ailleurs jusqu’au bout ? J’en doute.

Bon, et que se passe-t-il quand on actionne la touche Play ? Ca commence plutôt pas mal. "Standing on the shore" démarre en douceur, fait monter la pression, jusqu’à ce que Luke l’ouvre, suivi de près par une horde de chœurs rétro-pop. Et là c’est le drame. Cette voix que l’on appréciait tant sur Lovers en 2003 semble ici calquée sur celle d’ Adrew VanWyngarden, et l’on y croit plus. Ce titre, très représentatif du reste du disque, nous mène au triste constat que j’essaye de vous expliquer : ça aurait pu être bien, mais non. Même en utilisant tous les gimmicks catchy, c’est mou, et c’est là que le bât blesse. Là où MGMT arrivait à nous emmener à l’aide d’une basse toute simple, Empire Of The Sun n’y arrive pas, et ne décolle vraiment jamais. Même constat amer pour "Walking on a dream", censé être l’un des tubes du disque. Distrayant et immédiat, mais c’est tout, même pas entraînant.



Géniaux, visionnaires, audacieux ai-je pu lire sur les blogs internationaux. Impossible quand cinq titres sur dix (je vous épargne les noms) semblent si conventionnels et inutiles, voire insupportables (les chœurs à l’hélium de "Delta bay"). Et que fait ce slow "Without you" en queue de peloton ? Censée remette au goût du jour le néo-romantisme à la Gary Numan, le crêpe tombe largement à côté. Ou encore ce faux morceau de funk bizarroïde "Swordish hotkiss night". Luke Steel irreconnaissable a semble-t-il déclaré avoir voulu privilégier l’écriture spontanée, à la différence de son travail sur les Sleepy Jackson. Bien mal lui en a pris. En fait au bout du compte il ne reste plus qu’un titre qui fonctionne avec moi, "We are the people", qui commence en guitare et tourne en hymne pop à mi-chemin entre Fleetwood Mac et Mercury Rev. Tous en chœur : "I know everything about you, you know everything about me, we know everything about us" ! C’est pas du Shakespeare mais ça stimule.


En bref : Pourquoi tant de haine ? Parce qu’avec le patrimoine génétique de ces deux gai-lurons déguisés on aurait pu obtenir un peu plus que cet album kitchissime et mou du genou sauvé par quelques rares moments de semi-inspiration.




Le Myspace

S’inscrire ici pour un remix de Sam La More, pas trop mal

A lire aussi : The Sleepy Jackson - Lovers (2003)

Les clips de "We are the people" et "Walking on a dream" :





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Tindersticks - Concert au Krakatoa de Bordeaux le 07/02/09


Apparemment, les Nottingham Lads à Bordeaux, ça faisait longtemps. Je ne vais pas dire que je n’étais pas né mais presque. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le groupe fer de lance d’une certaine génération indie pop anglaise, celle des 90’s, a su malgré sa longue absence maintenir une sorte de fascination et d’attachement chez et pour le public français, venu en masse ce soir. Cinq ans, c’est à peu près la période où l’on est resté sans nouvelle de Stuart Staples et de sa bande. Formé en 92 et actif jusqu’en 95, puis présent sous diverses formes (albums solos, bandes originales de films, participations…), personne n’a manqué le retour de Tindersticks l’année dernière, sous sa forme originelle en trio (Stuart Staples au chant, Neil Fraser à la guitare et David Boulter au piano) avec le magnifique album The Hungry Saw largement salué par la critique. C’est ce disque et cette carrière que le groupe vient défendre ce soir.

Toujours adepte d’une combinaison pop /soul /jazz, tantôt richement orchestré, tantôt minimaliste et d’inspiration classique, le son Tindersticks semble avec l’âge s’être débarrassé des ses dissonances passées, et se concentre désormais sur un spleen vénéneux non dénué d’humour. Une mélancolie de chaque instant ("Boobar come back to me", snif !), portée par cordes et claviers reconnaissables entre mille, et relevée de temps à autres par des cuivres du plus bel effet ("Yesterday tomorrow" est à ce sens l’un des plus beaux morceaux du disque).

Mais l’attraction reste on s’en serait douté reste la voix suave et feutrée de Stuart, à présent installé en France, dont le songwritting continue de nous ensorceler, à la fois dépressif et poignant. Une écriture racée et ténébreuse, au romantisme on ne peut plus sombre (voir "The other side of the world") qui m’évoque par moments Léonard Cohen, Scott Walker ou même Silver Jews. Soucieux de leur image mais à mille lieues des modes, fidèles à leur public mais ouverts à d’autres horizons, les Tindersticks réussissent là où Swell à échoué cette année, à savoir revenir en grande pompe, toujours aussi mélancoliques mais jamais chiants.

Le site officiel, le Myspace et The Hungry Saw sur Deezer

A lire aussi : Okkervil River - Concert à l’Alhambra de Paris le 03/11/08
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"The hungry saw" en live acoustique :
Crédit Photo Pierre Wetzel ©

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06 février 2009

Sideshow ft Paul Saint Hilaire - If Alone (2009)

Paul Saint Hilaire, c’est un peu mon cadeau Bonux à moi. La simple mention de son nom sur le rond central d’un vinyle me suffit à déclencher l’acte d’achat. Il faut dire que ce rasta de Grandbay, en Dominique, anciennement connu sous le nom de Tikiman, ne m’a jamais déçu, que ce soit en solo ou en collaboration avec Deadbeat, Rythm & Sound, ou Beat Pharmacy. Ses choix sont toujours lumineux. Cette fois, c’est avec Fin Greenall qu’il s’acoquine pour un titre extrait de l’album à venir de Sideshow, projet parallèle de ce musicien des plus polyvalents.

Plus connu sous le nom de Fink, le Britannique, après des débuts trip-hop et un passage par la techno (au sein d’E.V.A.) donne désormais dans le folk (toujours sur Ninja Tune) mais aussi dans le dub sous cet autre pseudonyme. Bien sûr, quand Fink fait du dub, celui-ci ne sonne comme aucun autre. Sur une base dubstep, “If Alone” surprend par le côté presque freakfolk de ses lignes de gratte, vraiment inhabituelles dans ce genre très codé. Autre coup de génie : au lieu d’immerger, comme c’est l’usage, la voix de Saint Hilaire dans la brume des delays, il conserve toute sa netteté et sa chaleur en la laissant intacte.

A l’original se joignent trois remixes absolument excellents et très différents, de sorte que les deux faces s’enchaînent sans ennui, ce qui est assez rare pour être signalé. Avouons cependant que le choix des contributeurs s’avérait peu risqué. Celui des inusables Parisiens de Chateau Flight, d’abord. Je ne sais pas si Gilb’R et I:Cube disposent de nègres, mais je ne parviens pas à comprendre comment ces types arrivent à remixer tout le monde, tout le temps, en maintenant une telle constance dans la qualité. Sur leur “Flight Remix”, qui conserve l’intégralité des couplets de St. Hilaire, ils construisent une architecture house complexe sur un tempo plutôt lent. Des synthés glaciaux et une sorte de sonar disloqué donnent envie de parler de “cold-house”, malgré le timbre ensoleillé du vocaliste.

Le “Dub Mix” des mêmes Chateau Flight est encore plus impressionnant et n’a rien à voir avec cette première version. Moins chargée en effets, mais pas minimale pour autant, c’est une fabuleuse pièce de deep-house, progressive et clinique, qui prend son envol vers la troisième minute dans un imbroglio de micro-samples vocaux. Applebim (boss du label Skull Disco avec Shackleton) et Komonazmuk (un jeune producteur de Bristol) commencent quant à eux leur remix tambour battant (on ne doit pas être loin des 140 bpm), mais cette introduction n’est qu’un leurre. Le track change en effet de tempo toutes les deux minutes, passant par le dubstep, le broken beat et même par un pont très ambient où ne subsistent que la guitare de Sideshow et le chant de Tikiman. Un petit miracle rythmique, en somme.

A noter : L’album de Sideshow, intitulé Admit One, sortira lundi (9 février).

En bref : La sublime voix de Paul St. Hilaire sur un dub atypique teinté de guitares folk. Avec, en prime, trois remixes d’anthologie par Chateau Flight et Applebim & Komonazmuk. Satisfaction garantie.



Sideshow ft Paul Saint-Hilaire - If Alone (Chateau Flight Dub Mix).mp3

Le Myspace et le site d’Aus Music, label fondé par Fink et Will Saul
Les Myspace de Paul St. Hilaire, Fink, Chateau Flight, Applebim et Komonazmuk
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05 février 2009

A.C. Newman - Get Guilty (2009)

Autant les sorties événements du début d'année 2008 étaient des premiers albums (Vampire Weekend, MGMT), autant cette année 2009 offre un lot incroyable d'albums attendus. Mais entre le nouveau Franz Ferdinand et le nouveau Animal Collective, comment vous convaincre de l'importance de la sortie du nouvel album de A.C. Newman? Vous me renvoyez le point d'interrogation. Et maintenant que les têtes déjà couronnées d'Animal Collective sont médianommées A.C. pour aller plus vite, quelle place reste-t-il à celui dont A.C. est le véritable patronyme? Eh bien il lui reste la place, non des moindres, de ceux qui, loin des tumultes de la pop multidirectionnelle, croient encore en les possibilités d'une certaine power pop. Voilà plus de quatre ans que la sortie d'un nouveau A.C. Newman était attendue, non pas par un grand nombre, mais indéniablement grandement. Le parfait The Slow Wonder était en effet sorti en 2004. Ce Get Guilty s'est tant fait attendre qu'on se demandait même s'il allait sortir un jour. Pour situer, A.C. Newman est le songwriter principal du supergroupe The New Pornographers (aux côtés de Dan Béjar de Destroyer et de Neko Case), qui est, mine de rien, l'objet d'un grand mini-culte indie. A.C. Newman est le humble héros qui produit depuis plus de dix ans avec une conviction inébranlable ce son hérité de Big Star et du glam-rock, en vieux jean et chemise de bûcheron.

Get Guilty s'ouvre en grande pompe timide (comprendre : guitares glorieuses mais falsetto de jeune garçon romantique), avec "There are maybe ten or twelve," qui était la première nouvelle que le label Matador nous avait donnée du rouquin en novembre. On n'osait pas le dire à l'époque, tant on était heureux de retrouver A.C., mais le titre est en deçà de ce qu'on sait le songwriter capable de créer. A partir de là, on attend il est vrai, à chaque coin de chanson, de trouver un autre "On The Table." Mais même si "The Heartbreak Rides" est très bon, c'est le troisième titre qui balaye les déceptions : "Like a hitman, Like a dancer" a l'intelligence et l'inventivité rythmique et mélodique qui avait rendu The Slow Wonder si addictif.

Mais on est bien coupable, à se tromper à ce point, d'attendre d'un deuxième album d'être un deuxième premier... on fait ça bien trop souvent, la faute aux albums parfaits... Get Guilty joue certes dans la même catégorie, mais l'écriture et la matière ont changé depuis 2004. Il est, s'il on peut dire, Moins Teenage Fan Club que R.E.M., plus Go-Betweens que Guided By Voices. Après la concision de The Slow Wonder, celui-ci joue plus large, moins serré, plus aéré. Dans l'ensemble, le rythme s'est ralenti. Du coup, l'ensemble semble avoir perdu en virtuosité. En effet, les réussites les plus apparentes du disque sont les titres comme "Submarines of Stockholm," soit les titres aux rythmes les plus soutenus, où les mélodies se nouent à une vitesse remarquable.

Après, mieux vaut ne pas comparer les downtempos avec le souvenir absolument désarmant que nous a laissé "Come Crash" il y a quatre ans. Car les "Thunderbolts" sont tout de même indéniablement excellents. Alors que la balade est une figure imposée de l'album de power pop, A.C. Newman y joue sa différence dans de fins et magnifiques arrangements (de claviers et autres violons) qui mettent en lumière la beauté discrète de Get Guilty. Ensuite, chaque nouvelle écoute dévoilera un peu plus de la richesse cachée de l'instrumentation et de la production, mais aussi des textes impressionistes de ce grand songwriter qu'est A.C. Newman. Ne vous méprenez pas en effet, dire que Get Guilty est un cran en deçà de la perfection atteinte sur The Slow Wonder, signifie tout de même bien que Get Guilty est un très très bon album.


En bref : Un très bon disque de power pop fidèle au genre, où A.C. Newman continue néanmoins de développer un art et une manière qui le place au-dessus des autres.






Et "Like a Hitman, Like a Dancer" live :


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Glenn Underground - Silent (2009)

A la première écoute, j’ai cru qu’il y avait erreur. On m’annonçait un nouvel album de Glenn Underground, mais Silent a tout d’un disque de 1995. C’est pourtant bel et bien en janvier 2009 qu’est paru cet onzième opus (si j’ai bien compté) de l’un des DJ les plus constants et indifférents aux modes qui soit. Moins connu que d’autres Chicagoans comme Roy Davis Jr ou Lil’ Louis (il n’a pas même de page Wikipédia), il n’en reste pas moins, comme eux, l’un des piliers de la deep-house, et ce depuis la fin des années 1980. Son style plus léger et ensoleillé, moins explosif, est sans doute la raison de ce relatif manque de reconnaissance.

Elevé au jazz et à la disco dans une famille de musiciens, Glenn Crocker a appris à jouer du piano sur un Fender Rhodes, qui reste encore aujourd’hui son instrument favori. Ceux que rebutent les soli de clavier funky sur des beats 4/4 bien conventionnels passeront donc leur chemin sans attendre. Les amateurs d’Osunlade, des Masters At Work et de Kerri Chandler trouveront en revanche matière à jubilation. Car notre homme ne fait pas même semblant de moderniser sa musique en y insérant, comme nombre de producteurs de l’ancienne école, des éléments de techno minimale ou d’électro breakée. Je dirais même qu’il s’en fout comme de l’an quarante, en bon néo-conservateur de la dance music. Pourquoi se compromettrait-il, alors qu’il possède la formule magique d’un son deep-house terriblement sensuel, à l’esprit soul flamboyant et à l’effet relaxant incontestable ?

Décrire un titre de Silent revient presque à les décrire tous. “C.V.O’s Prelude”, “What Glenn Thinks”, “Thoughts of Groove”, “7 Minutes of Funk” ou “Blazed” possèdent tous une ligne de basse ventrue, des claviers scintillants et une atmosphère très love, enjouée et élégante. “Abstracts” aussi, mais il faudra passer outre des vocals R&B assez mielleux pour apprécier à sa juste valeur ce track très influencé par Stevie Wonder et Marvin Gaye. Le titre inaugural “Negro Music” se démarque des autres, avec son spoken word bien académique (voix de mâle rendant hommage aux héros de la musique noire) sur une instru très blaxploitation, avec flûte et congas. On croirait entendre un vieux classique de Blaze ! Seul “Shake It” s’avère quelque peu périmée et mièvre, ce qui lui permettra peut-être de faire une belle carrière dans les plus mauvais clubs d’Ibiza et de Londres.

C’est vrai, l’ensemble sonne presque lounge, les morceaux sont très longs (pas un en dessous de 7 minutes), et Glenn Underground a une propension souvent agaçante au délayage - certains soli paraissent interminables. De plus, il ne sait pas finir ses tracks. Mais la sincérité de ce disque, son côté “doigts de pied en éventail” et la chaleur de ses arrangements en font un précieux compagnon au cœur de ce morne hiver.

En bref : Sans prendre aucun risque, un vieux briscard de Chicago débite une série de classiques instantanés de la deep-house soulful. Un disque très attachant, d’une délicieuse obsolescence.



Glenn Underground - Negro Music.mp3

Son Myspace
Le site du label Unified Records

A lire : section House
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03 février 2009

dOP - Blanche Neige EP (2008)

Cela faisait un petit moment qu’on ne vous avait pas parlé des parisiens de dOP, que nous avions interviewé en mars dernier. Damien Vandesande, Clément Zemstov et Jonathan Illel continuent pourtant à accumuler les maxis de qualité sur leurs labels de prédilection, à savoir Orac, Milnor Modern et, comme c'est le cas ici, Circus Company. Sorti en toute fin d’année dernière, Blanche Neige est celui qui m’a le plus marqué. Et pas seulement pour sa pochette gentiment scandaleuse.

Le morceau-titre met à la sauce minimale funky un extrait du fameux conte des frères Grimm, avec un petit côté pervers et angoissant (choeurs fantômatiques) qui ne serait pas pour déplaire au psychanalyste Bruno Bettelheim. Vers la fin, le titre s’emballe et part dans un délire percussif très afro comme les aime le trio depuis son séjour au Mali. En face B, les amis de longue date Nôze jouent les guests de luxe pour un “Roméo” qui résume parfaitement ce que les deux formations savent le mieux faire : une house électro-acoustique au groove puissant, avec des boucles de piano jazzy et le saxophone de Damien qui fait des merveilles, tandis que se pose nonchalamment la voix funky de Jonathan. Un bref remix pop dubby de “Blanche Neige” clôt cet Ep en béton armé, nouvelle preuve éclatante de l’originalité et du talent des trois petits frenchies.

En bref : En face A, une version house et ténébreuse du conte des frères Grimm. En face B, dOP invite Nôze pour un track jouissif et jazzy. Ludique, dansant, sophistiqué... en un mot : excellent !



Le Myspace de dOP
Celui de Circus Company

Relire l'interview de dOP
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02 février 2009

DJ Mujava - Township Funk EP (2008)

Il y a des signes qui ne trompent pas. Depuis quelques mois, le nom de DJ Mujava circule dans les playlists des plus grands artistes de la planète. Objet d'un engouement unanime, son maxi spasmodique “Township funk” a conquis les oreilles expertes des barons de la scène électronique. Epuré et dansant, ce funk du ghetto est une sorte d'ovni parmi les productions chargées de notre temps. Un titre décalé, qui par son ascétisme et son rythme envoûtant, loin de la fadeur des dernières séquelles minimales européennes, pourrait bien faire date dans l'histoire de la musique électro du 21e siècle.

Elvis Maswanganyi a 21 ans. Il est originaire d'Attridgeville en Afrique du Sud, un bidonville proche de Pretoria situé à deux pas d'une centrale nucléaire et dont le nom, en zulu, signifie “fin de l'histoire”. Le décor est planté, et l'espoir n'y a guère droit de cité. Le garçon commence à composer sur un vieil ordinateur acheté par l'un de ses grands frères. Très vite, ses productions électroniques, aux motifs simples et directs, sont relayées par les “Community stations”, ces radios qui font et défont le son des townships. Quotidiennement, des chauffeurs de taxi du quartier viennent réclamer de nouveaux morceaux au jeune homme et se font ainsi les promoteurs de sa musique, sillonnant la région fenêtres ouvertes et autoradios à fond. Le phénomène Mujava est en marche.

Le Dj s'associe alors avec un producteur de gospel répondant au nom de CRY, et crée son propre label, House therapy production. Il multiplie les collaborations avec des artistes locaux et publie ses premiers albums. C'est véritablement en signant avec Sheer music, un label indépendant du pays, créé en 1994, que Mujava prend son envol et gagne en visibilité sur le marché mondial. Les Anglais au nez creux de Warp ne s'y trompent pas et, à l'écoute de “Township funk”, pressentent le hit planétaire. Banco. Le titre cartonne sur les ondes de BBC1 et, en aussi peu de temps qu'il ne faut pour le dire, investit les plus grands clubs du globe.


“Township funk” est emblématique d'une nouvelle tendance de la scène africaine contemporaine. Au pays de Mandela, le kwaito, qui se traduit par “dangereux”, opère depuis quelques années la fusion entre hip hop, dancehall et house pour constituer la nouveau son de la rue, électronique et moderne. Au premier abord, le titre de DJ Mujava surprend par sa sécheresse et la crudité de son instrumentation. Mais c'est bien de cette pureté, et de son économie d'expression, qu'il tire toute sa puissance. Une basse synthé ample et intriguante, un beat entre broken et house et un thème réduit à la portion congrue, il n'en faut pas plus pour façonner un tube frénétique et obsessionnel. Pour ceux qui en doutaient, l'Afrique bouge encore et n'est pas à cantonner uniquement à l'ignoble et post-coloniale catégorie de musique “world”.


A noter : Le titre “Township funk” est accompagné en face B d'un remix sans grand intérêt de Dj Nonsense. Il existe également un remix de l'excellent Ashley Beedle, édité par le label This is music.


En bref : Les Anglais du label Warp ont du flair et nous dégottent une track envoûtante en provenance directe des townships de Pretoria. Un morceau d'une pureté totale, entre broken et house music, parangon du nouveau son d'une Afrique urbaine et déshéritée mais avant tout moderne.




Le myspace de DJ Mujava

Les sites de Sheer music et Warp

Le clip de “Township funk” :


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Birdengine - The Black Dictaphone EP (2009)

Sous cette pochette qui fait indéniablement penser aux Fleet Foxes se terre un artiste solitaire, venu de la campagne profonde du Dorset, dans le sud-ouest de l’Angleterre, et auteur de brillants EP depuis 2005. Je ne sais pas grand-chose de lui, si ce n’est qu’il réside désormais à Brighton et qu’il a sorti ses premiers disques (orientés ambient et folktronica) chez Benbecula, le label d’Ochre et de Christ. Depuis lors, il a progressivement glissé vers une musique complètement acoustique que l’on se risquera à désigner comme “folk”.

Un britannique solitaire, passé de la musique électronique au folk... Tout cela ne vous rappelle pas un certain Matt Elliott ? On pourrait d’ailleurs accumuler les parallèles entre ces deux musiciens, puisque Lawry Joseph Tilbury alias Birdengine teinte lui aussi ses compositions de mélodies slaves (“I, Dancing Bear”) et d’accents flamenco (“Barnaby”), et ne compte pas parmi les artistes les plus joyeux de la planète. Mais là où la rage intérieure d’Elliott s’échappe par grandes envolées saturées, celle de son compatriote ne transparaît que par les inflexions complexes de sa superbe voix. Une voix pleine, au falsetto aérien, mais qui révèle par moments un agacement (un cynisme ?) et même une douleur qui se fondent bien dans l’image d’ermite misanthrope que l’on peut se faire du personnage.

Enregistré sur un 4 pistes avec l’appui d’un seul dictaphone, ce quatrième EP d’un dépouillement franciscain est la preuve incontestable que l’on peut parfaitement se passer de “production” si l’on a de bonnes idées et du talent. Usant par moments de sa guitare comme d’un sitar ou d’un luth, Birdengine y raconte, à la façon d’un ménestrel sorti des bois, de petites fables poétiques et énigmatiques, toujours sur le fil du rasoir. Et s’il s’avère difficile d’écouter The Black Dictaphone plusieurs fois de suite tant sa charge de désespoir est forte, peu de temps s’écoule avant qu’une pulsion semi-masochiste nous pousse à y revenir.

En bref : Sept chansons acoustiques d’une pureté presque mystique, aussi désespérantes qu’ensorceleuses, par un jeune Anglais qu’il faudra surveiller de près.



Birdengine - Monster In The Town.mp3

Son Myspace
Le site de son nouveau label, Woodland, avec des tas de “field recordings” en téléchargement libre
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The Apples In Stereo - New Magnetic Wonder (2007)

Le voilà le vrai remède à la crise ! Paru il y a deux ans déjà chez Simian Records (le label d’Elijah Wood, Frodon pour les intimes), ce disque est l’incarnation même d’un genre trop sous-estimé, j’ai nommé la power pop. Reprenant le flambeau à demi-consumé laissé par Big Star et autres Nada Surf, Robert Schneider -puisque c’est de lui qu’il s’agit quand on évoque la bande de Denver- n’est pas n’importe qui non plus. Grand geek devant l’éternel, c’est lui qui est à l’origine de ce collectif dont je ne cesse de vous vanter les mérites, Elephant 6, qui célébra dans les 90’s un certain retour à l’indie pop psyché. Fan inconditionnel des Beach Boys, il nomme son espace de travail le Pet Sounds Studio et pour peu que l’on farfouille un peu la magnifique pochette en gatefold, dédie ce disque -le sixième du groupe- à Syd Barrett.

C’est donc cinq ans après Velocity of sound que sort ce disque jubilatoire au possible. 24 titres (25 sur le vinyl, avec l’ajout de l’excellent "Atom bomb") dont 12 interludes (nous y reviendrons), le tout mené à deux mille à l’heure et mixé par Bryce Goggin (Pavement). Ouvertement influencé par l’ Electric Light Orchestra (la ballade "Play tough") et le Smile de vous savez qui, New magnetic wonder est rempli d’effets, de mélodies incroyables et d’arrangements foisonnants, dans la plus pure tradition pop. Guitares ultra catchy, chœurs vocodés, chant cristallin, tout converge vers ce format coloré au possible, à la rencontre des Flaming Lips et de Weezer période Blue album. Je rêve, tous mes chouchous vont-ils se retrouver dans cette chronique, et donc dans ce disque?

En tous cas c’est bien parti pour, puisque bien qu’anecdotique, l’on retrouve Jeff Mangum (Neutral Milk Hotel) aux handclaps. Une histoire de famille je vous dis. Quant à Hilarie Sydney, la batteuse partie depuis, elle pousse la chansonnette sur deux titres intemporels, "Sunndal song" et "Sunday sounds" et contrebalance avec la voix de Robert, qui pourrait rebuter certains diabétiques aux pop songs. Incroyablement dense, l’album renferme en son sein, et quelque soit la face invoquée, son lot de pépites parfaites. Je ne vous ferais pas l’affront de vous présenter "Energy", le big tube à l’hélium ou tout est dans le titre et les paroles ("And the world, is made of energy", "It’s gonna be, allright") ou "Can you feel it ? ", deuxième hit, aux paroles et refrain simplissimes là encore, pour un résultat maximal.
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Après il y a les titres plus sobres, comme "Skyway", "Same old drag" ou "Joanie don’t U worry", menés par une basse so 90’s. Chez un autre artiste c’auraient été des singles. Ici non, certainement à cause de "Sun is out" et "7 stars" tous deux magistrales ou encore "Open eyes" où Robert nous la joue Oasis, et s’en sort plutôt pas mal. Et le final de "My pretend", brrr, j’en ai des frissons dans le dos. Ah oui, je devais vous parler des interludes, morceaux de mellotron dispensables, encore que, mais également deux morceaux composés selon une échelle non Pythagorienne, d’après ce que j’en ai compris ce serait une histoire de fréquence d’intervalle différente entre les notes, allez comprendre, ça sent l’expérimentation fumeuse à la Wayne Coyne tout ça.

En bref : Largement sous-estimé, ce double Lp coloré recèle autant de trésors power pop que toutes ses influences réunies. Si la vie pouvait-être aussi simple…
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Le site officiel et le Myspace

Une tentative d’explication (en anglais) du système non Pythagorien et les sessions d’enregistrement de New magnetic wonder en vidéo : 1, 2, 3, 4 et 5.

A lire aussi : Neutral Milk Hotel - In the aeroplane over the sea (1998)

"Open eyes" et "Energy ":



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31 janvier 2009

Yuksek - Away from the sea (2009)

J'ai eu beau traîner mes guêtres à un concert des gamins débraillés de Late of the pier ou encore m'enthousiasmer pour les productions du jeune Ecossais Calvin Harris ou du Lyonnais Danger, je vous l'affirme sans hésitation : je ne suis pas un fluo kid. Il n'y a qu'à me détailler rapidement pour s'en rendre compte. Pas assez trendy, trop casanier, un tantinet old-school pour cette mode teenage débridée.


Néanmoins, je ne pourrai nier mon penchant pour les sons électroniques abrasifs et dopés à la basse saturée tels que nous en abreuvent régulièrement les labels Ed Banger, Kitsuné, Institubes et autres Ekler'o'shock. A croire qu'un jeune clubber surexcité sommeille finalement toujours en moi, ne demandant qu'à être rudoyé par un bon beat house breaké et une volée de synthétiseurs. Aussi, je ne pouvais résister à la tentation d'écouter le premier album de Pierre-Alexandre Busson, alias Yuksek, annoncé depuis quelques mois comme le nouveau messie de la musique électronique française.


Yuksek, qui soit dit en passant signifie « hauteur » en turc, a fait ses armes dans la musique pop après avoir étudié le piano classique au conservatoire de Reims. Biberonné aux Beatles et à Gainsbarre, mais également aux premiers rap west coast de NWA ou De La Soul, il s'illustre au sein de formations pilliers de la scène rémoise : The Bewitched Hands, Alb puis Brodinski and The Shoes. Peu à peu, il s'oriente vers l'électro, emballé comme beaucoup par cet espace de liberté à défricher. Signé par le label de Birdy Nam Nam, il remixe Mika, Kaiser Chiefs, Ghosface Killah ou Tahiti 80, se laissant ainsi aller à son goût prononcé pour la pop. C'est véritablement en live, à grands coups de synthé vintage, qu'il acquiert une jolie notoriété et parfait sa mue vers une house discorock se rapprochant des canons de notre époque.


Comme le laissait présager les trois titres du maxi “Tonight”, sorti en septembre dernier, Yuksek fait avec Away from the sea oeuvre de patchwork, piochant tour à tour dans des registres musicaux divers et variés. Groove disco, riffs postpunk, beats house, guitares rock ou encore scansion rap incisive (Amanda Blank de Spank Rock sur le titre “Extraball”). La dominante demeure électronique et l'ensemble, malgré quelques impairs (il s'agit là d'un premier disque), dévoile une bonne dosette d'hymnes galvanisants à faire danser jusqu'à plus soif. Pas de doute, conformément à la rumeur, Yuksek est taillé pour le club.


“Break ya” nous reçoit comme il se doit avec une rafale nourrie de breaks aux atours acides claquée à même nos jolies joues pourprées. D'emblée, l'atmosphère s'annonce transie et transpirante. “Tonight” déroule ensuite ses vocaux siglés “French touch” et ses montées vertigineuses de claviers. L'entrée en matière est honorable sans pour autant déborder d'originalité. L'enchaînement qui suit, avec la balade pop rebondissante “A certain life”, le nasty rap “Extraball” et le déferlement de synthétiseurs métalliques de “Take a ride”, s'avère par contre totalement irrésistible. Yuksek nous pond trois modèles d'électro-house vintage, successivement teintés de funk, de hip hop et de techno. Le Rémois capte évidemment un certain air du temps, nous rappelant à maintes occasions les nombreux rejetons des Daft Punk, mais la composition est bien branlée et les mélodies imparables.


Sur la durée, le disque s'avère cependant quelque peu difficile à encaisser. Bien que largement alimenté en infuences, il s'avère au final trop stéréotypé dans sa structure et par moment redondant. En fin de compte, c'est une série de maxis que propose Yuksek, plus qu'un véritable objet album. Si le garçon ne marquera pas l'histoire de la musique électronique avec ce premier opus, à n'en pas douter, il pourra retourner n'importe quel club de France et de Navarre avec ses hits house disco-rock frénétiques. Ce n'est déjà pas donné à tout le monde.


En bref : Une succession de maxis électro-house trépidants sous influence pop, plus qu'un véritable album. En dépit de quelques ratés et de l'expérience difficile de la durée, l'exercice vaut le détour, ne serait-ce que pour son sens inné du dancefloor et de la mélodie. Ainsi que pour les quelques coups de bambou électronique qu'il nous assène.




Le myspace de Yuksek


A certain life.mp3

Extraball.mp3


“Tonight” :


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30 janvier 2009

April March & Bertrand Burgalat - Tournée d’adieux à Bordeaux le 29/01/09


On ne reconnaîtra jamais assez le talent de programmation d’Allez les filles. Une semaine à peine après Sporto Kantès, c’est le génial et définitivement inclassable Mr Bertrand Burgalat qui est invité à l’Espace Tatry pour sa tournée d’adieux à la scène. Personnalité des plus iconoclastes, impossible à cerner, le Phil Spector français comme on l’appelle, affiche l’un des CV les plus complets qui soit. Né en 1963, il devient par la suite musicien, compositeur, producteur et interprète. Il fut entre autres responsable des arrangements pour Jad Wio, Nick Cave, Supergrass, Katerine, mais aussi, et c’est là que ça se corse (oui Bertrand est originaire de Bastia) de Michel Houellebecq, Christophe Willem, Alizée ou encore Valérie Lemercier. Et la liste est longue. Et pour compliquer l’affaire, je peux rajouter qu’à 25 ans il produisait déjà Laibach, qu’en 1992 il écrivait la BO des Nuits fauves de Collard, qu’en 1995 il montait son label, Tricatel, le tout en s’occupant de Remixes de Air, Depeche Mode ou encore Jamiroquaï, et enfin en sortant trois Lp’s magistraux sous son nom : The Sssound of Mmmusic, Portrait robot et Chéri B.B. Et j’en oublie, des vertes et des pas mûres…

Autant dire que ce personnage méritait d’être rencontré, surtout pour une dernière. Entouré pour l’occasion d’un backing band de luxe (des membres de Hyperclean, Tahiti 80, Aquaserge) et d’April March sa nouvelle égérie, il déclinera durant toute la soirée un humour et une culture pop teintés de psyché (Korg quand tu nous tiens), au profit d’un certain passéisme pour les années 60, la musique variété et l’easy-listening. Polyvalent et cultivé, on sent par ses nappes de cordes habillées d’électronique son ouverture au Japon et à l’Allemagne. Une légèreté un brin élitiste qui ne jurerait pas sur la compilation Shake sauvage dont Nickx nous a vantés les mérites. Toujours adepte du bon mot, ses chansons sont magnifiques. "Ma rencontre" par exemple avec son faux air de bossa et son texte si naïf : "Si je me rencontrais au coin de la rue, je me dirais bonjour Bertrand" ou encore "Je suis seul dans ma chanson" et "Noël sur ordonnance". En anglais ça donne "Spring isn’t fair" et c’est encore plus beau. Quant à April March, la plus française des américaines (de son vrai nom Elinore Blake), elle atterrit à mi-concert pour pousser la chansonnette yéyé, dont "Chick Habit", reprise anglo-saxonne du "Laisse tomber les filles" de Gainsbourg et de France Gall, laissant ainsi à Bertrand le soin de s’occuper pleinement du clavier. Mr Burgalat je vous dis adieu, je viens à peine de vous rencontrer et vous allez déjà me manquer.

A lire aussi : Françoise Hardy - (1972)

Les Myspace ou sites de Bertrand Burgalat, April March, Allez les filles et Espace Tatry

"Spring isn’t fair" :

En duo avec Robert Wyatt, "This summer night" :

"Chick habit" par April March :

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29 janvier 2009

Late Of The Pier - Concert à Bordeaux le 27/01/09

Devenu spécialiste de la chronique casse-gueule, et après un Franz Ferdinand controversé, ne manquait que le live d’un groupe bouc émissaire d’une année passée. Poussé par la curiosité, ou par un simple élan masochiste, j’arrive à enrôler l’ami Fabien dans l’affaire et enfile mon nouveau sweat fluo acheté pour l’occasion, il ne faudrait pas que l’on nous reconnaisse. Et ce qu’il va se passer ensuite, il faut le voir pour le croire, c’est que malgré tous nos à priori tirés de l’écoute fastidieuse de Fantasy black channel, LOTP n’est pas pire !

On s’en serait douté, le quatuor est très très jeune. Et la première surprise vient de leur propension au multi-instrumentalisme. Samuel Eastgate notamment, le leader, qui semble s’amuser à venir taquiner ses collègues, un coup aux synthés, un coup aux séquenceurs, un coup aux percus, le tout avec une guitare constamment dans les mains. Quant à sa voix, elle ne tient vraiment la route que dans les moments les plus énervés. Peut-être un problème d’amplification mais j’en doute.

Et on en arrive à la vision d’ensemble : à mille, allez, disons à cent lieues de l’image que je m’en faisais. Très loin d’un schéma classique couplet / refrain / couplet, les titres de LOTP ne sont pas si simples que ça. Et "The bears are coming" recèle bien des tiroirs. Quant à "Random girl" ou "Heartbeat", le live fait ressortir les synthés d’une manière presque lo-fi, en tous cas bien moins saturé que sur disque.

Quoi qu'il en soit l’énergie déployée dans une salle pas franchement fofolle est remarquable. Et même si après réflexion, je leur préfèrerai toujours un bon Of Montréal, un acceptable Klaxons ou même un moyen Friendly Fires, LOTP (du moins en tant que groupe) ne méritait certainement pas notre acharnement aveugle. J’en veux pour preuve la confession de l’ami Fabien : "Des fois c’est chiant de se rendre compte que l’on a eu tort". Il n’en reste pas moins que 15€ les 45min, c’est un peu chéros.

Le site de LOTP et celui de la Rockschool Barbey

A lire aussi : Late Of The Pier - Fantasy black chanel (2008)

"Focker" :

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