21 mars 2007

Platinum Pied Pipers - Triple P (2005)

Ces deux-là n'en sont pas à leur coup d'essai. Disciple de Jaydee, qui lui a donné son premier sampler, Waajeed est l'un des fondateurs de Slum Village et a créé l'excellent label Bling 47. Quant à Raphael Saadiq, c'est un vieux de la vieille. Auteur de plusieurs albums solos, il a joué de la basse avec Prince dans les années 80, fondé, en 1987, Tony! Toni! Toné! (pionniers de la new-jack), et plus récemment le carton Lucy Pearl. En tant que producteur/arrangeur, il a bossé pour A Tribe Called Quest, D'Angelo, Joss Stone, Mos Def, etc, etc... Comme ces palmarès sont de véritables invitations à la modestie, la mention "Platinum" vient rappeler que les complices, tous deux venus des slums ("taudis") de Detroit, ont vendu des pelletées de disques. Pourtant ce premier album n'a rien d'un blockbuster et s'apparente plus à un trip de musiciens. Le pari : faire copuler le hip-hop jazzy de l'un et le Rn'b suave de l'autre pour accoucher d'une soul futuriste.

Le pari est tenu, et c'est peu dire. King Britt, Gilles Peterson ou ?uestlove (The Roots) ne s'étaient pas trompés en désignant "Triple P" comme le brulôt néo-soul de l'année 2005. Le travail des textures sonores, la force des mélodies, la variété et la cohérence des morceaux, tout y est admirable. Il y a bien quelques moments un peu anecdotiques, voire dispensables, "Lights Out" et "Now Or Never" par exemple. Mais le reste est d'une telle qualité qu'ils s'y intègrent sans dommages. Etrangement, bien que je sois souvent hostile à ce genre musical, ce sont les plages Rn'b qui m'enchantent le plus. Mais attention, on est bien loin de Beyonce ou R. Kelly avec les PPP. Respectueux de la tradition, ils privilégient une approche soul au sens noble du terme. Ici vous ne trouverez point de niaiseries, de choeurs de pétasses nauséabonds ou de refrains écrits à la va-vite. Plutôt de sincères chansons d'amour, luxueuses, sur des prods magiques. Jaydee et Steve Spacek mis à part, je ne connaissais pas les invités de l'album : Georgia, Tiombe Lockhart, Zeno ou Rogier, tous excellents. La qualité des voix a été préférée à la renommée des artistes, et c'est très bien comme ça. Autre raison de se réjouir : le duo ne s'est pas contenté de faire poser les chanteurs sur leurs sons, mais a réellement composé pour eux.

En fait, Saadiq et Waajeed proposent une synthèse habile de ce qu'est la black music aujourd'hui, faisant preuve d'une belle ouverture d'esprit. Des instruments live viennent étoffer des beats souvent électroniques, flirtant même avec la drum n' bass sur le splendide "50 ways to leave your lover". "Deep Inside" et "I Got You" donnent dans une funk boueuse, à grands coups de hand-clappin '; "No Worries" est léger et sucré, dans un style très latino. Et sur "Fever", le chanteur Zeno me rappelle Sly Stone, me ramenant aux temps bénis de la Tamla Motown. En clair, il s'agit pour moi d'une des plus belles pièces de hip-hop/soul des années 2000, et ceux qui apprécient Erikah Badu, Jill Scott ou The Roots ne pourront que fondre pour elle.

On peut attendre beaucoup des PPP en 2007. Une seconde livraison ne devrait pas tarder ; c'est une question de semaines si j'en crois les rumeurs du net. Raphael Saadiq prépare aussi la sortie d'un quatrième LP solo. Quant à Waajeed, il a déjà lâché quelques singles prometteurs avec sa nouvelle formation, The Jazz Kats.



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