09 février 2008

Four Tet - Dialogue (1999)

Kieran Hebden n’a jamais éprouvé le besoin de quitter son île. Il s’est aménagé un petit carré de terre ferme sur lequel il peut cultiver et labourer à l’envi sa parcelle musicale. Pas isolé et reclus pour autant, il emprunte aussi bien au hip-hop, à la pop en passant par la musique contemporaine. Les réalisations au sein ou au-dehors de Four Tet illustrent son goût pour l’expérimentation, pour une pratique variée des matériaux musicaux.

Avec ses potes de lycée Adem Ilhan et Sam Jeffers. il forge ses outils avec Fridge, groupe de post-rock. Parallèlement, Il crée le projet Four Tet, dont il est le seul membre. En 1998, il enregistre, non sans un certain humour, un morceau de 36 minutes et 25 secondes, "Thirtysixtwentyfive" sur le label britannique indépendant de Trevor Jackson, Output Recordings. Musique électronique « extatique », il développe un style particulier dans lequel il sample des sonorités venant du hip-hop ou du jazz. Hebden sort au sein de différents labels une tripotée de remixes allant de Radiohead à Aphex Twin en passant par Madvillain et le précurseur du minimalisme, Steve Reich. En 2006, une collaboration avec le percussionniste jazz Steve Reid débouche sur deux albums, The Exchange Session vol. 1 et 2, aux sons grinçants et grouillants, totalement flippés. Dialogue, premier album en tant que Four Tet, dégage une ambiance ouatée, plus confortable.

Premier morceau de l’album, "The Space of Two Weeks" ouvre l’espace des possibles : dialogue avec un objet de contemplation invisible. Les cordes aménagent une introduction douce vers des compositions enlevées. Les cordes caressent les battements de la percussion. La morphologie du morceau suggère, laisse à peine deviner, mais l’objet finit toujours par s’échapper. Les pistes sont constamment brouillées. Du torturé "3.3 Degrees from the Pole" au soulagé "Misnomer", on hésite mais la curiosité reprend le dessus. La chose est polymorphe : elle se transforme encore sur "Liquefaction". "Calamine" souligne l’entrée dans un élément incertain, volatile, éthéré. Vingt milles lieues sous la mer, perdu dans l’espace. Seul dans le noir, on aperçoit une faible lumière, lointaine. Near-Death Experience and the Afterlife ? Va savoir. Pourtant il me semble bien l’avoir aperçu, cette lumière.

En bref : Assez progressif, le premier album de Four Tet chemine sur des sentiers molletonnés formés par des percussions hip-hop et des samples jazz.



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08 février 2008

Guillaume & the Coutu Dumonts - Petits djinns (2007)

Même s’il vit depuis l’an dernier à Berlin, Guillaume Coutu Dumont est l’un des fleurons de la scène électronique montréalaise, aux côtés de Stephen Beaupré, The Mole ou du divin Akufen. Entre cut-up compulsif et funk primitive, ses productions ressemblent d’ailleurs fortement à celles du susnommé, quelques touches de jazz et d’africanisme en plus. Son dernier maxi, Petit Djinns, n’échappe pas à la règle. Raffiné, ludique et groovy, c’est un parfait reflet de l’érudition et de la curiosité du musicien.

D’abord percussioniste dans un groupe de funk, GCD entame des études de percussions latines et classiques en 1998 avant de découvrir la composition électroacoustique, qu’il explore à l’université. Il rejoint alors le collectif de jazz contemporain [iks]. Deux albums et un séjour de plusieurs mois au Sénégal plus tard, il décide de se consacrer corps et âme à la composition. Enamouraché de techno, de musique concrète, de jazz et de world, le Québecquois fonde successivement Egg, Luci, et Chic Miniature, trois duos aux sons complémentaires. Sous son nom, accompagné ou non par ses clônes mentaux que sont les Coutu-Dumonts, il agit pour le compte de maisons de connoisseurs (Oslo, Get Physical,Musique Risquée ou Mutek) sur lesquelles il signe quelques maxis décontenançants, et même un album, Face à l’Est (2007), passé totalement inaperçu en France.

Cette fois, GCD est sur Circus, le label des excellents Nôze, pour nous présenter trois titres splendides, trois Petits Djinns. "Sous l’arbre", le premier organise une orgie micro house et convoque la tension du funk nigérian et de ses cuivres alambiqués. Un singulier accord entre le tribalisme des Masters At Work et la rigueur laborantine de Ricardo Villalobos. Le second, nommé "Yone", traîne une nonchalance trompeuse sur un beat sec orné de balafons et de parcimonieux claviers. Ce coup-ci, c’est l’influence du jazz éthiopien, façon Mulatu Astatke, qui domine largement le débat. "Chilly Willy" ferme la marche avec ses choeurs siphonnés et ses faux-airs de big band des années 1930. On imagine le travail titanesque qu’a du fournir Guillaume Coutu Dumont pour ce petit maxi sorti fin novembre 2007. Et on applaudit des deux oreilles.

En bref : Elégant maxi de micro house sauce maffé par une étoile montante de la scène québecquoise.




Pour ceux que ça intéresse, une interview assez complète de GCD :



Son Myspace

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06 février 2008

Figurines - When the deer wore the blue (2007)

Certainement pas le disque de l'année et pourtant une mine d'or de chansons pop vintage. Figurines c'est le nouveau The Figurines, sans le Ze. Groupe danois qui après un relativement remarqué Skeleton continue son bonhomme de chemin indie en devenant plus mature et plus intelligent. Pas de révolution mais beaucoup d'élégance dans ce genre si cher aux Shins, Caribou et consorts. Faiblement médiatisés mais mis en avant par une pochette superbe à mon sens, les Figurines ont la concurrence rude mais grâce justement à l'inspiration de leurs voisins nordiques, des canadiens et des sixties, ils s'en sortent haut la main.

When the deer et un disque typiquement pop, chargé d'une énergie positive imparable (Hey girl), adulte et lumineux. Et si je vous dis pop, positif et lumineux vous me dîtes? Brian Wilson évidemment. Maintes fois invoqué dans ce disque par The air we breathe notamment qui n'échappe pas aux harmonies vocales si évocatrices. Half awake, Half aware fait quant à lui office de Kinks test de service. La voix de Christian Hjelm plane sur de grandes plages harmoniques aux mélodies gambadantes. Mercury Rev s'en mordrait les doigts.

When the deer ne bouscule pas mais sait émouvoir tout en restant cohérent. Et finalement, on s'aperçoit bien vite que la première face de l'album est parfaite, somptueuse. Drove you miles et sa basse soignée, Let's head out et sa guitare surf si oldschool. Et puis on retourne. Et puis c'est pareil. Pas de titre en dessous, c'est court, c'est élégant et efficace, jusqu'au bout du bout de la treizième piste. NME l'avait vu, Morningside (Oh no ono) l'avait senti, et moi j'écoute et je trouve ça carrément bien. Ouais, vraiment bien.

En bref: Des nordiques à bonnets chaussent leurs boots pour nous délivrer 13 incantations pop influencées sixties d'une grande qualité et surtout d'une voluptueuse dignité.
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Le clip "Let’s head out" :


Les chansons mentionnées plus haut :

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05 février 2008

Sammy Decoster & Fink le 01/02/08 à Bordeaux

Des affiches de grands noms du jazz aux murs, une lumière tamisée boisée, des arcades qui en ont vu, tel est le cadre du Comptoir du jazz, gavé jusqu'à la gueule ce pluvieux vendredi soir de février. Dans un coin, Sammy Decoster se prépare. Personnage complexe de 24 ans, Sammy est difficile à cerner. Inscrit en minimaliste garage sur son Myspace, amoureux d'Elvis depuis le plus jeune âge, un physique de Johnny Depp avec l'humour de Brice de Nice, Sammy est spécial. Et puis il chante. Et puis il joue. Et ça marche. Blues rural, micro reverb de fou, fantôme de Jeff Buckley pas bien loin, les hurlements du garçon implosent dans le public qui ne sait s'il doit être captivé ou s'il doit retourner à sa bière. Et pourtant sans fausses notes, Sammy prouve qu'on peut aussi faire du folk en français, avoir la prestance d'un Morrisson et s'amuser à faire le kakou devant de nombreux fans à dominante féminine. Fink, qui tourne avec Sammy dans son van, avant même d'avoir commencé son concert, a déjà fait le bon choix de sa première partie. A suivre, avec un album à venir qui s'annonce intéressant, inspiré selon l'intéressé par la campagne et le barbecue. Bin voyons.

Et donc Fink. La surprise Ninja Tune qui sort de ses sentiers battus électroniques pour propulser sur le devant de la scène cet anglais de Brighton, accompagné en tournée par un batteur et un bassiste (excellents et avenants). Et le trio fonctionne à merveille. Vraisemblablement l'album Biscuits for breakfast réalisé à la Do it yourself a rameuté son lot de fidèles. Les gens connaissent les titres et en redemandent. Looké comme un Fred sans Omar, nature peinture, Fink trouve que "Le folk c'est trop de barbes et de gens qui sautent". Il n'a pas tort. Distance and time, son dernier opus produit par Andy Barlow (Lamb) et enregistré en prise unique reprend la recette des compos blues, hululées d'une voix soul juste ce qu'il faut et accompagnées d'un jazz épuré. Fan de John Lee Hooker, il confie que "Le plus difficile est d'avoir une vibe acoustique". Il l'a, sans soucis ni fioritures. Fink tire sa force de sa gentillesse qui met tout le monde d'accord sur des ballades mélodiques de guitare sèche langoureuse. Les titres Blueberry pancakes et Pretty little thing font leur effet et sont rappelés en rappel justement, l'ami commençant à être à cours de compos au bout d'un concert qui m'aura laissé le même goût dans les oreilles que celui de Gravenhurst. Fink et Nick Talbot sont de la même trempe. Je les suspecte même d'être cousins de son...

En bref: Un jeune français virtuose de la blues guitare bouscule Johnny Cash et Elvis sur sa reverb abyssale pendant qu'un anglais et ses potes voguent sur des nuages folk d'une grande sobriété. Efficace.



Le myspace

Le clip fait maison de Sammy :
the drive

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Le titre Biscuits en live :




A lire aussi : Gravenhurst - Concert à Bordeaux le 14/11/07
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Crédit Photo Pierre Wetzel © http://www.e-photographie.net/

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03 février 2008

Ratatat - Classics (2006)

Parfois, je m'endors, je commence à rêver. Presque instantanément, je me retrouve perdu dans la jungle. Il fait nuit, mais le reflet de la lune m'éclaire suffisamment pour que je trouve mes repères : je suis entouré par une végétation luxuriante. Les arbres sont démesurément grands, ils s'élancent vers le ciel en cherchant la lumière. Ils se sont voués tout entier à cette quête : leurs branches se développent méthodiquement pour capter le moindre rayon. Leur maillage quasi hermétique m'enferme. Heureusement, je vois toujours le ciel, et je distingue encore la lune.

Le sol est recouvert d'herbes touffues, de feuilles ; des fruits pourrissent dans l'humidité du sol. De grosses plantes aux couleurs chatoyantes se distinguent de la masse sombre formée par la végétation. Je marche en sachant qu'à tout instant, je risque de tomber sur des créatures hostiles. C'est le Douanier Henri qui me l'a dit : une fois, un nègre s'est fait attaqué par un jaguar ! Mais les similitudes s'arrêtent là.

Car pas de jaguar. Ratatat fait sortir du bois un intrépide Wildcat. Un morceau élégant à la démarche chaloupée, il avance, traîne le pas, supérieur. Il n'a pas l'air dangereux. Plusieurs fois, il grogne d'arrogance pour bien faire signifier sa présence. On se laisse entraîner, happer par son jeu. Il est facile de se faire hypnotiser ! En atteste Gettysburg et ses riffs vigoureux, tout en circonvolutions, ressassant irrémédiablement le même thème. Métronome. Il en exhale une puissante mélancolie. Les compositions reposent essentiellement sur l'emploi d'une puissante ligne de basse. Elle lèche, râpe et accroche un peu, mais soigne toujours ses boucles mélodiques. Guitare et clavier flânent conjointement, sans se presser. Ils déambulent sur Montanita, un peu las, graves et tristes ; se retrouvent adagio sur Loud Pipes. Déjà, Nostrand clos le spectacle et il est temps d’émerger, heureux de se réveiller.

Classics est le deuxième opus instrumental de Evan Mast (E*Vax) et Mike Stroud qui forment le groupe new-yorkais. Il se situe dans la continuité du premier album éponyme : on retrouve ces mêmes ambiances, puissantes et étouffées, ces riffs entêtants, entraînés par des basses lourdes et rondes.

Jamais avares dans leur tambouille, deux autres albums, Remixes (2004) et Remixes Vol. II (2007) dispensent, quant à eux, des reprises de canons hip-hop assaisonnés par le soin de deux DJ.

En bref : L’abum projette rapidement dans une jungle musicale dense, presque étouffante avec ses boucles entêtantes et des riffs griffants et mordants. Animal.



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Le site officiel
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Oh no ono - Yes (2007)

Que dire de ce disque, premier jet du groupe danois Oh no ono ? Et bien déjà, qu'il me laisse un peu baba et halluciné. Preuve s'il en faut de la vitalité musicale nordique, les Oh no ono, cinq garçons de la petite ville d'Aalborg, ont défrayé la chronique pop et envahi les ondes radio en 2006 avec un EP en forme de manifeste : « Now you know Oh no ono ». Surfant sur cette vague, ils enchaînent les dates de concert et pondent fin 2007 leur premier album, simplement intitulé Yes. Explosion sonore aux multiples couleurs et saveurs, entre pop, disco, punk, rock et grain de folie, c'est un vrai régal. Des compositions survitaminées et psychotropes, je reste sur le cul.

Je pourrais vous dire communément que ces cinq garnements ont ingurgité cinquante ans de musiques avec une double ration d'années 80 et réagencé tout ça avec génie. Le trait serait trop simple, quoique juste.

« The strawberry festival » (!) qui ouvre l'album nous berce de ses profonds arpèges de piano et de ses nappes électroniques. Et l'on se laisse emmitoufler sans résistance par cette douce couverture avant d'être subitement désarçonné par le beat disco de « The shock of the real ». Ses inattendus claquements nous sortent de notre torpeur et nous entraînent directement sous la boule à facettes. La joie succède instantanément à la surprise pour succomber à la voix haute perchée du chanteur Malthe Fischer. Jusqu'à la liesse. Bien aidé par des sons « wawa » saisissants et des solos de guitare et de piano estampillés eighties.

Sur « Keeping warm in cold country », les rejouissances se poursuivent en mode punk dégénéré, si ce n'est pas un pléonasme, et toujours avec une énergie dévastatrice carrément amphétaminée. On en comprend que mieux le titre de la chanson. Les plages sont courtes et peu de répit est permis. Le souffle nous en est coupé lorsque déboule tambour battant « Practical money skills for life », après une courte introduction grandiloquante. Une bombe de strass et de paillettes. Totalement grisante à en devenir ubiquiste, dupliqué sous les cieux lumineux du plus beau des dancefloors.

La chevauchée se poursuit avec le cinquième titre pop-punk « Ba Ba Baba Ba Ba well anyway » avant de basculer dans une pure balade à fleur de peau, « Sunshine and rain at once ». C'est presque déconcertant d'aisance. Les Oh on ono changent de peau frénétiquement avec une grande maîtrise. D'autant plus surprenant que leur rencontre remonte à cinq années seulement. Bref, un album fou et jouissif où sont convoqués une kyrielle de pères bienveillants. Abba, Bowie, The Ramones, Blondie, les Beach Boys... au final comme bon vous semblera.


En bref : Sous des airs presque naïfs, un premier album déroutant d'originalité et d'énergie. De la pop hallucinatoire enflammée à la sauce disco-punk.





« Practical money skills for life » :


free music



Le clip de "Keeping warm in cold country" :






La curieuse reprise de "John Sinclair" (de John Lennon et Yoko Ono) par les Oh no ono :





Site et myspace de Oh no ono

A lire : rubrique pop


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31 janvier 2008

Dan le sac Vs Scroobius pip - Thou shalt always kill Ep (2007)

Si vous êtes passés à travers, Thou shall always kill est l'énorme tube buzz du moment et on le doit au duo le plus improbable de la planète zik, formé par le dj à rouflaquettes Dan le sac et le barbu à casquette Scroobius pip (sic). Le mauvais goût a enfin ses représentants (voir pochette). Comme quoi on peut porter des chemises à carreaux, parler comme Mike Skimmer (The Streets) et être à la pointe de la mode. Deux british qui nous ressortent le coup de Loosing my edge de LCD Soundsystem, hymne hip hop insolent et beat électro dévastateur. Du Grindie. Fait de Grime (rap anglais) et de rock indé, de bric et de broc.

"The Arctic Monkeys... Just a band. Bloc Party... Just a band. The Nex Big Thing... JUST A BAND. Thou shalt not stop liking a band just because they've become popular" ou encore "Thou shalt not judge a book by it's cover. Thou shalt not judge Lethal Weapon by Danny Glover". Voici les textes. Bourrés de références avec une vanne dans chaque phrase. Du spokenword comme on dit, placé sur un beat pas dégueulasse. Tout y est en fait. Clip, textes, look, zik. Du grand art second degré. L'album publié par Lex Records et financé par Warp devrait faire mal.

En bref: Les 10 commandements et plus encore délivrés par un prêcheur référencé et un dj anachronique. Presque messianique.

Le clip :


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30 janvier 2008

Thomas Fersen - Duo Ukulélé à La Teste de Buch le 23 janvier 2008

C'est dans la sympathique salle Pierre Cravey que se déroule ce soir le concert du plus singulier des chanteurs français, Thomas Fersen. J'avoue avoir un peu décroché depuis Le bal des oiseaux en 1993, ne pas avoir beaucoup suivi sa carrière, un peu par flemme même si j'avais conscience de son talent de conteur et de sa nonchalante folie. Mais quand Mr Fersen passe pas loin de chez soi et qu'en plus c'est dans le cadre d'une tournée ukulélé aux côtés de son cher guitariste Pierre Sangra, je n'en fais ni une ni deux et je me rends sur place.

Complet, bouillonnant, fan, en liesse, le public est acquis à la cause. Thomas, en pantalon pattes dèf et chemise à jabots nous accueille avec sa fameuse guitare hawaïennes à 4 cordes qui connaît un renouveau ces temps-ci. Mandoline et soprano, c'est un véritable arsenal d'instruments Playmobil qui occupe tout l'espace. Et la voix, grave et désinvolte, qui revisite un répertoire désormais classé patrimoine national (Zaza, Bella Ciao, Le chat botté...) en acoustique minimaliste. Thomas Fersen est un poète (Brassens pas loin sur Monsieur), un jongleur de jeux de mots et de rimes animales, tout comme son champ lexical (La chauve souris, Le chat botté, Le bal des oiseaux...). Ce soir Mr Fersen ne manquera jamais de répartie ni de finesse d'esprit. En témoigne son anecdote confiée au public, celle où il se retrouve seul avec sa phlébite et son couteau. Truculent.

Finalement Thomas chante plus que ce qu'il ne joue, mais Pierre Sangra remplit largement son rôle d'accompagnateur qui lui va même trop petit. Excellent dans tous les styles, ses sonorités acoustiques d'une autre époque s’accordent à merveille avec la chanson française contemporaine de Thomas. Presque meilleur qu'en studio (désolé), le public est conquis et demande 3 rappels, pas moins. Une bien belle soirée en musique, faite d'histoires du quotidien et de gens ordinaires adroitement passés sous le bistouri d'un artiste de 44 ans que je devrais à présent écouter d'avantage.

A noter que cette tournée a lieu dans le cadre de la sortie du disque Gratte-moi la puce, best of de poche qui reste bien dans l’esprit du concert.

Le Myspace

Le site de La Teste de Buch

Des extraits du concert de Bruxelles :

Ukulélé Session Thomas Fersen
envoyé par cplesoir

les meilleurs moments de Gratte moi la puce:

free music

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26 janvier 2008

Peter Visti - Balearic love / Bad weather EP (2007)

Peter Visti a 40 ans. Il est chauve et Danois. Son métier est producteur-dj de musiques électroniques, option « baléaric beats ». Il a un site myspace avec des photos de son fils, de ses étagères à vidéos et de ses amis en boîte de nuit. Et il aime l'amour. Hormis ces informations cruciales, je ne connais rien de lui si ce n'est qu'il a signé sur le label belge Eskimo recordings et a donc le privilège d'y cotoyer le pape disco Daniele Baldelli et les maîtres nordiques Lindstrom et Prins Thomas. Il est aussi coupable d'un maxi à tomber par terre : Balearic love / Bad weather. Deux épopées inoubliables de 10'30''.

Le baléaric beat, historiquement, provient des Baléares, du son que l'on écoute au petit matin au sortir des chaudes soirées d'Ibiza. Généralement une musique house tranquille, teintée de sonorités pop et d'influences latines. Pour Peter Visti, le balearic se transforme en une expérience, une musique hantée, lanscinante, presque métaphysique. Des arpèges de piano classique rencontrent des voix fantomatiques sur un beat en forme de boîte de conserve. Des nappes sombres, de légers accords de guitares et des basses étouffées grésillantes sont aussi de la partie. Et je ne peux omettre ces synthétiseurs, parfois solennels parfois robotiques, qui taquinent les tympans. Au final, une aventure de dix minutes entre apnée profonde et grandes bouffées d'oxygène, errements et lévitation. C'est magistral et fin, chapeau bas.


« Bad weather », deuxième titre du même maxi, nous entraîne sur un terrain nettement plus disco et moins obscur que « Balearic love », mais là aussi l'écoute tient presque du parcours initiatique. Balance ton beat et tes synthés Peter, me voilà déjà contenté ! Entre des plages électro-disco dynamiques et des interludes en totale suspension, on se sentirait presque égaré. Mais le beat rejaillit rapidement et nous prend vivement au collier. Et les synthés aiguisés du Danois nous transpercent à nouveau en mode starlights night-club. De Concorde à Passy le temps s'est courbé. Où étais-je ?


En bref : House baléarico-disco initiatique, incroyable.





Site myspace de Peter Visti

Eskimo recordings distribués en France par La Baleine


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25 janvier 2008

Jeff Mills au Rex - Automatik 10 ans limited (19/01/2008)

C'est toujours pareil lorsqu'on voit des légendes. On n'est jamais à l'abri d'une déception, surtout quand il s’agit d’un Dieu vivant comme Jeff Mills. Mais le Wizard, pionnier de la techno aux côtés de Kevin Saunderson, Juan Atkins et Mad Mike Banks, fondateur en 1990 du label/groupe Underground Resistance, puis d'Axis (1991) et Purpose Maker (1995), n'est pas de ceux qui se reposent sur leurs lauriers.

Lui qui a toujours été d'une fidélité exemplaire au Rex et à ses soirées Automatik depuis 10 ans ne pouvait se contenter d'un mix routinier pour célébrer l'anniversaire de la doyenne des soirées techno françaises, hebdomadaire qui plus est. Le résultat : une déflagration sonore si retentissante que les prochaines nuits, quelles qu'elles soient, me paraîtront mornes pendant un bon moment. Pour chauffer la salle avant l'arrivée de la star, l'Espagnol Angel Costa, en navigation perpétuelle entre Mayorque et Francfort, balance un set lourd et pimpant où les infrabasses taquines de Loco Dice croisent la pop sous codéine de Trentemoller. Un warm-up idéal, même si d'intolérants adorateurs de Mills éructent quelques “Casse-toi” bien sentis. Vers 2h30, un homme noir, discret et peu communicatif, prend place dans la cabine DJ. Une vitre l'empêche d'être en contact direct avec les clubbeurs, lui qui ne semble pas extrêmement chaleureux.

D’emblée, le tempo monte, monte… Les synthés forment une nébuleuse moelleuse où l'âme ne peut se lover, contrariée par l'envie irréfragable de se mouvoir qui monte dans les jambes de chacun. Enorme son de Detroit. Dense et radical. Basique. Grandiose. Au moment le plus inattendu, au terme d'une progression répétitive et tendue, résonne soudainement le timbre pur d'un saxophone ténor. Le beat se tait. Le cuivre soulève les hurlements des danseurs, avant qu'une rythmique funky indécente ne transperce le Rex de part en part. Un piano façon early house embraye et accroche des sourires béats sur les faces. L'homme que l'on nommera Driv' manque de souiller son pantalon sous la pression de ce mix monumental. Quelques boucles acides plus tard, c'est un spoken word sensuel et brésilien qui vient titiller nos tympans. Ravage cérébral.

En dehors de son classique The Bells et de l’hymne house Move your body de Marshall Jefferson (1987!), je n’ai reconnu aucun disque et je donnerai volontiers quelques dollars à celui qui me fournira cette fabuleuse playlist. Au-delà de cette sélection judicieuse, la technique du maître, surtout, a frôlé l’irréprochable. Concentré sur ses trois platines, le visage fermé, il est resté sans faiblesse. Au petit matin, après des heures de gigotements extasiés, le courage nous a manqué pour honorer le retour d'Angel Costa aux platines. Ce n’était simplement pas possible. Pas après ça.

Le site d'Axis Records
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24 janvier 2008

Sebastien Tellier - Sexuality (2008)

Le fantasque barbu electro-volubile est de retour et l'on ne peut que s'en rejouir. Après ses escapades cinématographiques, pour les bandes originales de Narco et Steak, et deux ans après le très subtil Sessions Sebastien Tellier revient avec un album au titre évocateur : Sexuality. Un disque effectivement placé sous le signe de l'érotisme, et quoique non exempt de défauts (une prod' à mon goût globalement un peu trop léchée et légèrement formatée à la Air), une belle oeuvre à balader sur vos platines. Ambiance suave, feutrée et orgasmique garantie. Sebastien Tellier, une fois de plus hors des modes, parfois hors du monde à n'en pas douter...


Première impression kitsch avec un morceau d'ouverture imprimé d'un texte français aux profondeurs abyssinales... « Je sens la chaleur de l'été... je vois les filles qui changent de couleur de peau... je vois le ciel bleu t'épouser ». Petits accords de piano délicats et synthé cheesy à souhait. En fin de compte, belle introduction. Un ample synthé nous accueille pour le second titre de l'album, « Kilometer », aux surprenantes intonations rn'b. Des soupirs de plaisirs retentissent par moment. Et l'on comprend ce penchant « grivois » lorsque l'on connait Sébastien Tellier et notamment son récent diagnostique : « Je me suis aperçu que désormais seul le cul m'intéressait ». Limpide. En version soft ce pourrait être le leitmotiv de Sexuality, douce ode aux sens, aérienne et charnelle.


« Look », troisième titre de l'album bien nappé mais légèrement trop mou, me laisse quelque peu de marbre mais « Divine » est plus catchy et ma caboche se prend à dodeliner sur un beat plus enjoué. C'est sur le cinquième titre, « Pomme », que je sens mon sourire se graver. Nonchalant et excessivement libidineux ce morceau constitue la BO parfaite du film X des eighties. Sacré Seb'. Des orgasmes de femmes se détachent. Nous écoutons bien Sexuality, pas de doute. Mais c'est pourtant le doute et l'égarement qui m'envahissent ensuite sur « Une heure »... avant de retrouver un peu plus de chaleur avec l'entrée en piste de basses arrondies et lascives. La voix de Tellier pénétrent littéralement mes conduits auditifs. Explosion de sonorités enivrantes et fluides jusqu'à la lie.


Le registre change quelque peu avec « Sexual Sportswear » et ses synthétiseurs quasi-religieux. Titre en lévitation, son beat atmosphérique et spatial nous exile l'on ne sait où. On ne peut s'empêcher d'y saluer Guy-Manuel Homem Christo, moitié des Daft Punk et producteur de l'album. La love song « Elle » paraît ensuite bien fade avec ses synthés généreux et barbapapesques mais l'androïde « Fingers of steel » nous ressaisit aussitôt. En somme, Sebastien Tellier nous balade avec un doigté expert.


L'aventure se clôt sur « L'amour et la violence », magistral avec sa partie de piano classique grisante, ses déroutantes paroles en français et son crescendo de synthé stratosphériques. Trop d'ajectifs pour évoquer Sexuality mais voilà un album riche. Plutôt rare.


Atterrissage dans les bacs courant février. A noter, le très bon remix de « Sexual sportswear » par le pensionnaire d'Ed Banger SebastiAn. Un titre disponible sur le maxi de Sebastien Tellier « Sexual sportswear », évidemment.


En bref : Libidineux et charnel, un album électro enivrant qui recèle de trésors.





Sebastien Tellier - Sexual Sportswear









Sebastien Tellier - Sexual Sportswear(Sebastian rmx)









Le clip de Sexual Sportswear :




myspace.com/telliersebastien



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Rivers Cuomo - Alone, the home recording of Rivers Cuomo (2007)

Comment faire confiance à quelqu'un comme Rivers Cuomo plus communément appelé tête pensante de Weezer? Personnage insaisissable du paysage rock des années 90 et pourtant l'un des plus importants et prolifiques. Plus de 800 titres issus de son poignet, 10 ans de carrière et à son actif la paternité d'un genre qu'on appelle maintenant la power pop. Qui mieux que Weezer représente ce feeling adolescent d'une jeunesse californienne? Qu'il produise machines à tubes ou songwriting mélancolique, le binoclard solitaire est de toute façon à mille lieues de là où l'on croit qu'il est. Aux dernières nouvelles le monsieur prépare une bio qu'on dit colossale, pratique assidument la méditation Vipassana (allez savoir ce que c'est), assume une abstinence sexuelle de 2 ans (?!?), mais surtout, prépare en douce la sortie du prochain Weezer pour cette année avec l'aide du grand Rick Rubin.

Et donc que peut-on s'attendre à trouver dans un album comme celui-ci? Des face B, des démos, des unrealesed, des titres secrets cachés dans des bas de laine? Un peu tout ça en fait. A peu près dans l'ordre chronologique, à savoir de 1992 à 2007. Des reprises aussi de Gregg Alexander, Ice Cube ou Dion and the belmonts. Mais ce que les fans attendent surtout ce sont des morceaux issus de l'albôm phantôme de Weezer, celui qui aurait du voir le jour entre The Blue Album et Pinkerton, le mythique Songs from the black hole datant de l'époque où Weezer était encore béni et moins perturbé par la célébrité. Au final 18 titres au son inégal, irréguliers comme la carrière du groupe cité plus haut (même si je les ai tous aimés ces putains de disque, chacun à leur manière).

Effectivement, de Longtime Sunshine à Superfriend, on trouve les 5 meilleurs titres du disque, avec un style reconnaissable parmi cent autres. Rivers apparaît plus posé, plus sûr de lui. Blast off! est du pur Weezer. Tout comme la première version de Buddy Holly, celle enregistrée dans une chambre d'ado par un artiste complexe, la même que l'autre en plus brute. Wanda (You're my only love), et les années 90 revivent. Le plus beau titre folk. En queue de peloton, Little Diane et I was made for you (Rivers est fan de Kiss) sont là pour rappeler que s'il veut faire un tube, une chanson immédiate, il le fait. Comme ça. Tranquillou.

En Bref: Un disque sorti du placard de l'un de ces artistes inconnus mais majeurs dans la musique nineties. Toutefois réservé aux fans et aux curieux.
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"Blast Off!" le clip


Rivers Cuomo - Blast Off!
envoyé par epb21
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22 janvier 2008

Cat Power au Bataclan (21/01/2008)

Cat Power va mieux, et ça se voit. Ceux qui avaient vu son concert au Grand Rex l’année dernière n’ont pas été surpris. Moi qui ne l’avais pas vue depuis plus de trois ans, j’ai été bluffé par la transformation de Chan Marshall, de l’alcoolique angoissée et capricieuse à la star maître d’elle-même, généreuse et, semble-t-il, heureuse. La chrysalide faite papillon, pour reprendre la métaphore la plus usée du monde.


A la Boule Noire, en 2002, elle avait offert un concert somptueux et foutraque, seule en scène, martelant le parquet de coups de bottes appuyés lorsque, posée au piano, elle envoyait sa voix fêlée taquiner les étoiles sur les chansons de ses meilleurs albums, What would the community think (1996), Moon Pix (1998), ou Covers Record (2000). L’interprétation de Moonshiner, l’une des plus belles chansons de Dylan, avait atteint des sommets de beauté dépressive. A la Cigale, en 2003, entourée d’un groupe lassé par ses poses et ses divagations éthyliques, son show outrancier avait été assez mal accueilli, malgré l’intensité de certains titres auxquels violon et violoncelle conféraient un lyrisme débordant.

Mais c’est à sa (contre-) performance au Café de la Danse, en 2004, que je ne pouvais m’empêcher de penser en pénétrant l’enceinte du Bataclan, hier soir. Dans ce caveau froid comme la mort, devant un public apathique voire hostile, la belle nous avait donné le spectacle navrant de sa déchéance. Tenant une setlist griffonnée dans ses mains tremblantes, elle avait esquissé des ébauches de chansons émaillées de « Sorry… » et de fausses notes. Les sons restaient coincés dans sa gorge tant l’angoisse et les vapeurs de whisky l’étreignaient. Ne supportant pas la lumière des projecteurs, elle avait insisté pour les faire éteindre, si bien que, dans l’ombre, les spectateurs peinaient à distinguer ses traits. Elle était repartie pliée en deux, malade, désespérée. Certains avaient demandé, en vain, le remboursement de leurs billets. Un journaliste l’ayant interviewée à l’époque se rappelle avoir descendu un gros pack en deux heures d’entretien ponctuées par les rots sonores d’une demoiselle mal dans ses pompes.

Mais la nouvelle Chan Marshall est arrivée. Après avoir touché le fond et stoppé les concerts peu après la sortie de The Greatest (2006), son dernier album en date, la chanteuse originaire d’Atlanta a fait un tour en cure de désintox et s’est installée à Miami. Elle a maigri, bronzé, et repris goût à la vie. Dans la foulée, elle a préparé Jukebox, son deuxième album de reprises, sorti hier, où elle donne sa version, souvent méconnaissable, de ses morceaux de blues et de soul préférés. Un disque malheureusement un peu lisse, trop bien produit. Et c’est là le problème. De Cat Power, on attend, et c’est il faut bien le dire assez malsain, une fragilité excessive, un dolorisme apitoyant qui ne peuvent s’accorder avec une santé et un bonheur parfaits.

Quand, dans un tee-shirt blanc trop large et terriblement sexy, elle donne une version très rock de Satisfaction, on en vient presque à regretter celle du Covers Record, sombre et évanescente, tout en acoustique. Quand une voix pleine et franche nourrit de vibrations soul le mythique Naked if I want to (une chanson de Moby Grape présente sur le Covers records et reprise dans Jukebox), on pense en soupirant aux chuchotements sensuels de l’époque alcoolique. Il aura donc fallu se départir de ses souvenirs pour apprécier une artiste libérée de ses démons, se la jouant Janis Joplin sur des blues éraillés. Metal Heart, un de ses plus beaux titres, en sort même grandi. N’empêche. Il faudra s’y faire. Désormais, Chan demande qu’un projecteur éclaire son visage - « for the audience », se trémousse avec aisance, adresse des clins d’œil à ses fans et leur distribue des roses blanches. Curieuse métamorphose…

Sa page sur le site de son label, Matador




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18 janvier 2008

Akron/Family - Love is simple (2007)

Dans la série ce qu'il ne fallait pas manquer en 2007, Akron/Familiy fait figure de coup de coeur instantané (voir pochette). 3ème album déjà pour ces 4 new yorkais sang pour sang folk freaks soutenus par Young Gods, les protecteurs de Devendra Banhart. C'est plus particulièrement Michaël Gira (ex Swans) qui les a vraiment lancés, non sans un échange de bons procédés d'inspiration musicale avec les Angels of light. On nage dans ce monde là et la sonorité n'est pas sans rappeler Animal Collective. Contagieux, efficace, osé, fou. C'est un peu tout ça Love is simple. A la sauce Lennon, McCartney, Zappa, Young. Ultra fraternelles, ces transes hallucinées déchaînent amour, passion et espoir sur des refrains imparables.

Ed is a portal, premier véritable coup de gueule, avec sa foule en liesse et son rythme renversant. On se sent à la foire d'un marché. Larsens, changements de tempo, reverbs, accents celtiques et cascades de choeurs, tout est là pour se retrouver gentiment barré et dans un état second à l'écoute de ses chansons. Don't be affraid/Love is simple enfonce le clou par un slow sixties d'anthologie. Des choeurs angéliques vaguement synthétiques. Je pense au Beta Band sur le country rock psyché de I've got some friends, poussant par moment jusqu'au bruitisme lo fi pas toujours agréable. Mais les titre sont riches et rebondissent en cours de morceau, comme Queen savait le faire.

Après deux ans de tournée les 4 voix sont époustouflantes. Et puis il y a ces grands élans d'incantations hippies, puissants et mélodiques, véritables hymnes pour barbus à lunettes. Poussant parfois même le bouchon jusqu'au gospel noisie qu'est le magnifique There's so many colors, transe de 8min11 aux arpèges pop seventies, la guitare est magistrale et les chanteurs démentiels. Ou comment trouver le refrain qui tue sur Phenomena, fable liverpoolienne du plus bel effet. Ca transpire la musique. Pony's O.G. calme le rythme et revient à la ballade classique mais suspendue, quelque part. Enfin, dans le final Love, Love, Love 2, la boucle est bouclée en conclusion hédoniste, Love is simple, grâce à Akron/Family en tous cas.

En bref: Coup de coeur énorme pour ce quatuor hippie from New York qui revisite avec joie, bonne humeur et talent tout ce que la musique a fait de bien ces dernières années, dans le genre.

Love is simple en live rangé:


Ed is a portal en live bordélique:



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15 janvier 2008

Inauguration du Social Club (16/01/2008)

En lieu et place du déjà défunt Tryptique s’ouvrira mercredi 16 le Social Club, nouvelle boîte branchouille à la programmation solide et à l’ambition hypertrophiée, dirigée par des hommes d’expérience : Antoine Caton, Manu Barron (programmation du Printemps de Bourges, de Dour ou Villette numérique), Arnaud Frisch et Antoine Caudron (création de la Techno Parade, festivals Astropolis et Cabaret remixé ; label et tourneur UWe…). En plus de briguer la place de nouveau club de la hype parisienne, les heureux proprios souhaitent faire du lieu, conçu par le collectif d'architectes EXYZT, le rendez-vous incontournable des aftershows, défilés, expos numériques ou plastiques, conférences et tutti quanti. Ils y parviendront, sans nul doute, avec l’aide du célébrissime designer Laurent Fétis, capable de conférer une identité visuelle excitante à un chiffon souillé.

Pour déflorer le rutilant dancefloor, Etienne de Crecy, Midnight Mike, Gildas & Masaya (les boss du label Kitsuné), et Zongamin (Ed Banger) ne pourront que faire l’affaire. Et, pour annoncer la multiplication future des concerts au Social Club, les rockers belges de Das Pop viendront électriser les happy few détenteurs d’une invitation. La programmation des mois de janvier et février permettra aux absents de se rattraper très largement puisque se produiront, pêle-mêle, Carl Craig, Felix Da Housecat, Yuksek, SebastiAn, Busy P, Extrawelt, Teenage Bad Girl, The Hacker, Ivan Smagghe, Goose, 2 Many DJ’s et quelques dizaines d’autres anonymes… Alors, en espérant que l’accès au club réponde aux exigences démocratiques, souhaitons longue vie au Social Club !

Social Club, 142, rue Montmartre

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