07 mars 2009

The White Elephants à la Flèche d'or le 19 mars

Parce qu'un site comme le nôtre doit aussi servir à donner quelques coups de pouce appuyés et chaleureux à de jeunes artistes ou formations, je vous signale l'imminent concert de mes camarades de White Elephants, le 19 mars prochain à la Flèche d’or. Le quintet parisien, formé en 2005 et versant dans une fusion jazz/soul/trip hop, se produira dans le cadre de la soirée « Manifest » organisée à l'occasion des 40 ans de l'Université Paris 8.


Les White Elephants, emmenés par Lili (chant) et son frère Pierre (saxophone), seront accompagnés d'une kyrielle de jeunes pousses prometteuses parmi lesquels les folkeux de Folkom et Zen Zila ou le Dj dance-électro Pharrell (du collectif Fluo Kids). Des performances de danse, une expo photo et des projections sont également prévues au programme. En somme, une bien jolie soirée en perspective pour la somme modique de 5 euros (avec boisson).


Au passage, rappelons que la salle parisienne accueillera également ce mois-ci Orouni (le 9 mars), Titus Andronicus (le 11), Kim et Benjamin Diamond (le 13), Jeremy Jay (le 14), Munk (le 21), et Gilb'r du label Versatile (le 28).


Le site web de la Flèche d'or.

Le myspace des White Elephants.


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06 mars 2009

Président Chirac - Yes Future (2009)

Surpris par le patronyme, et la pochette colorée, je vote à présent pour le Président. S’étant fait remarqué il y a trois ans avec Surfing The Volcano, disque électro pointu et sans concession, le duo présidentiel composé de Philippe Pires et Massiomo Gambini nous refait le coup de la campagne musicale. En rajoutant guitares et batteries à leurs vieux synthés et boîtes à rythmes, les deux optimistes lorgnent désormais vers l’électro pop acidulée et sautillante, un choix qui plaira à certains, moins à d’autres. Toujours est-il que ce disque ne laisse pas indifférent, et remet d’une certaine façon la musique au pouvoir.

Déjà, commencer par "Lady’s outfit" est un challenge. Pas le meilleur titre de l’album, bordélique, plein jusqu’à la gueule de synthés, inclassable. C’est pas mieux avec "Japanese food" en second, trop de matière qui sonne parodique à mes oreilles. Mais peut-être est-ce volontaire ? C’est probable. Mais la mayonnaise ne prend pas. Heureusement il y a "Mercy" et son final en apothéose qui commence à me faire comprendre où ils veulent en venir : les compères sont fans des sixties. Ah ok, fallait le dire avant. Parce que "Wild Garden Animals" avec son harmonica et ses chœurs, ça le fait. Et la voix qui me rappelle même Yoni Wolf de Why ? . Et "The Candy date", plein d’harmonies vocales. Non vraiment, faut suivre.

C’est un peu ça avec Président Chirac, passer du coq à l’âne, comme dans une orgie à la ferme. Pour preuve ce "Swimming lessons" sorte de reggae funk qui ne ressemble à rien d’autre. Et encore, les deux plus belles pièces sont à venir : "En 1996", ballade de synthés qui décolle à mi-chemin en un crescendo de sonorités toutes plus étranges les unes que les autres. Carrément imprévisible ! Enfin, "Yes future" est une bombe dancefloor qui dévaste tout sur son passage, sorte de cavalcade électro-rock comme ont pu en faire les Klaxons.

En bref : Douze titres et 45 minutes de grand bordel électronique, presque potache par moment, impressionnant à d’autres.
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Le Myspace et quelques morceaux en écoute

A lire aussi : Dieter Schööns - Lablaza (2008)
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Nick Drake - Bryter Layter (1970)

Au delà de considérations purement sémantiques, le deuxième Nick Drake est, à l'image de son titre, l'album le plus lumineux de son auteur. Ce qui permet au passage de tordre le clou à l'image d'Epinal d'un Nick Drake ténébreux, dépressif, déprimant et tutti quanti. Bien sûr, l'homme est mort de l'absorption massive de barbituriques, mais à l'image d'une Marilyn, le suicide n'a jamais été officialisé. Oui, les textes de Five Leaves Left (72) étaient particulièrement sombres. Evidemment que le spleen adolescent et à fleur de peau de l'artiste lui a sans douté été fatal, mais ça n'était pas Ian Curtis non plus.
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Preuve en est cette ravissante madeleine soul qu'est "Poor Boy", où des choeurs féminins soulignent l'apitoiement auto-complaisant de l'artiste sur son mal-être ; il y a là en effet une distance qui sied mal à une personnalité supposée entière et sans concession. Alors, si le premier disque, magnifique recueil d'enluminures guitaristiques, était parfois d'une beauté étouffante, asphyxiante, car scrutant les tréfonds de l'âme de Drake, et abusant des gammes mineures, Brighter....lui, joue la carte du cool, de l'apaisement, introduisant davantage d'influences noires -et nous parlons ici de musique.
Ainsi , "At The Chime Of A City Clock", offre-t-elle ce feeling jazz qui sied bien à la folk de l'époque. La production de Joe Boyd souligne délicatement plus que ce qu'elle n'empèse ces monuments que sont "Hazey Jane" (Parts I&II), "One Of These Things First", ou encore le sublime "Northern Sky" qui convie aussi à la paix intérieure, ou tout au moins en entrouvre les portes ("I never held emotion in the palm of my hand (...) but now you're here, bright in my northern sky").

On note aussi pour la première fois - le procédé sera repris dans Pink Moon - la présence d'aériens instrumentaux ("Introduction", les délicates parures de flûte ornant "Bryter Layter", le mélancolique "Sunday") qui confèrent à l'oeuvre cette atmosphère éthérée, languide, du plus bel effet.
Bryter Layter était de ses disques celui que Nick Drake aimait le moins. Faut-il voir là une pudeur somme toute compréhensible d'un artiste ayant du mal à conjuguer noirceur et quiétude, qui n'assume pas ses penchants guillerets ? En tout cas, cette seule caractéristique suffit à rendre ledit album important.
Il convient donc de redécouvrir l'oeuvre de Nick Drake de toute urgence, loin de la boboïsation, dont il fait parfois l'objet au travers des media qui l'ayant réhabiliter, le citent à tout propos façon Velvet - avait-on vraiment besoin de "Pink Moon" en musique d'appoint d'un spot publicitaire ?

Cette vulgarisation parfois outrancière tend à desservir l'oeuvre plus qu'à la magnifier, car en banalisant ainsi Nick Drake, en le plaçant au-dessus de tout après l'avoir si superbement ignoré, on enlève l'aspect culte, la richesse émotionnelle de sa musique. Dont on aurait tort en plus, de faire le représentant ultime de la scène folk. Car à la même époque, Fairport Convention, Richard Thompson, Duncan Browne,  Pentangle, Steelye Span ou les moins connus Trees ou l'inestimablet proche ami de Drake, John Martyn, ont eux aussi pondu moult disques remarquables. Dont Five Leaves Left, Bryter Layter et Pink Moon ne sont jamais que des représentants thématiques de l'âge d'or de la folk anglaise. Même si comptant parmi les plus achevés.


En bref : Un des innombrables classiques de la fertile folk anglaise des seventies, rien de moins. Un bijou de concision mélodique, de légèreté, de finesse , d'arrangements somptueux. 
 




Le site
"At The Chime of A City Clock" :



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05 mars 2009

Zombi - Spirit Animal (2009)

Précisons pour commencer que Zombi n’a aucun lien avec Zomby, Zombie Zombie ou encore Zombie Nation. Sans surprise, cependant, le duo partage avec certaines de ces formations une vénération pour les univers de Romero, Carpenter et Goblin. Signés sur Relapse, ces deux freaks de Pittsburgh (tiens, la ville de Black Moth Super Rainbow...) s’éloignent pourtant sensiblement des productions très métal caractéristiques du label finnois. En dehors des traditionnelles références horrifiques et cinématographiques, on pourrait rapprocher Zombi d’à peu près tous les groupes de rock prog ou expérimental 70/80 utilisant des synthétiseurs, des Pink Floyd à Tangerine Dream en passant par Ash Ra Tempel. De quoi faire fuir bon nombre d’entre vous, j’en suis conscient.

“Humilité” et “Décence” sont visiblement des termes dont Steve Moore et A.E. Paterra ne connaissent pas le sens, et le premier mot qui vient à l’esprit à l’écoute des premières minutes du morceau-titre est “Mégalomanie”. Les montées de synthés sont pompeuses au possible et évoquent à la fois la découverte de l’Amérique orchestrée par Vangelis et la B.O. des Mystérieuses Cités d’Or. Aucun effet ne nous est épargné, et aux longs breaks succèdent à chaque fois de flamboyantes envolées au lyrisme boursouflé. Une fois digérée (ou non) la grandiloquence de cette pièce inaugurale longue de 14 minutes, on accepte bon gré mal gré de monter sur les ailes du Grand Condor pour survoler ces contrées psychédéliques tâchées d’hémoglobine. Frôlant parfois le pire métal progressif (les guitare aux accents héroïques moisis), souvent involontairement comiques, les quatre tracks de Spirit Animal fonctionnent malgré tout plutôt bien, et c’est surtout la puissance du son qui évite à l’album de tomber dans les oubliettes de l’Histoire.

N’hésitant pas à répéter un même riff durant sept, voire onze minutes (“Cosmic Powers”, “Through Time”), le duo s’amuse à amplifier chaque thème à gros coups de toms, de saturations et d’arpèges à la Moroder, et parvient parfois à un son terriblement flippant et oppressant (la fin de “Through Time”, celle de “Spirit Warrior”) qui accompagnerait efficacement les remakes de Midnight Express ou de Suspiria. C’est d’ailleurs l’un des aspects les plus ludiques de ce disque que d’imaginer les films qu’il pourrait illustrer. Et ils sont nombreux, souvent plus proches de l’esprit “Mad Movies” que des “Cahiers du Cinéma”. Au final, bien qu’excessivement ampoulé, ce troisième album se savoure un peu comme un film Z de chez Troma (genre Killer Condom ou Surf Nazis Must Die), avec un mélange de fascination et de troisième degré.

En bref : Une bonne dose de mégalomanie, une avalanche de sons analogiques et des guitares épiques pour un disque à la fois rigolo et flippant de rock-prog spatial à forte teneur cinématographique.



Zombi - Spirit Warrior.mp3

L’intégralité de l’album en streaming ici

Zombi live en 2007


Le site officiel et la page Myspace de Zombi
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Joseph Leon - Hard As Love (2009)

Hard As Love semble avoir trouvé son chemin. Enregistré fin 2006 en autoproduction totale, et aujourd’hui édité par Real Time Records et Dièse, ce disque va enfin faire le bonheur (le 26 mars prochain) de tout amateur de folk en chambre habité par les grands espaces. Joseph Leon, libanais de 33 ans installé à Paris l’avoue volontiers : "Je vis dans l’empire américain. C’est une fatalité plus qu’une fascination". Aussi son folk lancinant et nostalgique s’inscrit dans la veine d’un Bonnie Prince Billy ou d’un Andrew Bird. C’est-à-dire teinté d’americana, en anglais et surtout -vous l’aurez compris avec le titre- bougrement romantique, parce que l’amour, ça fait mal.

Solitaire dans l’écriture comme dans l’enregistrement, Joseph explique : "J’écris des chansons douces en arpèges à cause de mes voisins". L’anecdote peut faire sourire, mais le résultat n’en est que plus touchant et intime, forcément. Pourtant Joseph croise sur sa route Benoit Rault (Ben’s Symphonic Orchestra) qui lui apporte quelques arrangements et Emmanuel d’Orlando (Jack The Ripper) qui lui rajoute quelques cordes. Kate Stabbles y va également de son chœur ("Up in the air", "One in, one out"). Parfois un piano s’invite ("Forever cold", "San Francisco bay") et si le mélange est somptueux, c’est le duo principal guitare / chant qui tient le haut du pavé.

Chacun des dix titres de ce premier album porte en lui ce spleen élégant des grands songwritters (Nick Drake nous entends-tu ?) et le récit est forcément autobiographique. Invitant même le Neil Young de Harvest sur "The long drink", Joseph Leon prouve que l’on devra dorénavant compter sur lui dans le registre. Mieux vaut tard que jamais.

En bref : Sans compliquer les choses, un être humain chante l’amour triste avec sa guitare sur fond de grands espaces américains et met dans le mille à tous les coups.
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Le Myspace et l’ album en streaming

A lire aussi : A Singer Must Die - Today It’s A Wonderfull Day (2007)

Joseph Leon s’explique sur la genèse de son album (et on ne se moque pas!) :

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04 mars 2009

The Whitest Boy Alive - Rules (2009)

Dreams, le premier album de The Whitest Boy Alive paru en 2006 n'était même pas sorti en France, faute de distributeur. Etonnant, puisqu'il s'agit du projet pop de Erlend Øye, moitié de Kings Of Convenience. Et dommage, car cet album est absolument excellent. Mais ça n'a bien sûr pas empêché le groupe de se faire une petite réputation ici. Comment ces basses rondes et ces guitares lumineuses auraient-elles pu s'arrêter aux postes frontières? Cet album brillait par la simplicité apparente de ses chansons et la réelle complexité de l'entrelacement de leurs mélodies, par la réduction des instruments et la multiplicité des idées.

Rules, le nouvel album, vient de sortir... en France aussi. Et visuellement, c'est déjà une bonne nouvelle : la pochette, un dessin noir et blanc à ligne épaisse, est très réussie. Puis on apprend que les musiciens ont enregistré leurs onze nouvelles chansons au Mexique : elles ne devraient pas manquer d'air, ni de lumière. Les toutes premières secondes de "Keep A Secret" montrent une ligne directrice similaire : le groupe va creuser le même sillon, et c'est exactement ce que l'on désirait pour ce nouvel album. La ligne de basse est toujours aussi efficace, la lead guitar toujours aussi inventive. Un claviériste a intégré le groupe depuis la tournée Dreams ; ses nappes de Crumar (un clavier italien) ajoutent une épaisseur bienvenue au son. Certes, le morceau n'est pas l'ouverture la plus passionnante qui soit, mais il marche quand même. Puis un tournant s'opère... et c'est bien malheureux. À 2'10, ce sont des notes de Rhodes qui remplace les notes de guitares. Et je dois avouer une certaine allergie pour ce clavier, tant il me rappelle de mauvais souvenirs de jazzy pop voire d'easy-listening... Et il va malheureusement pourrir une bonne partie de l'album, à commencer par le second titre, "Intentions," tout entier construit autour.

Mais il n'est pas question que du clavier... "Courage," le troisième titre, dure 4'22. Et pourtant il finit par paraître interminable. Ce n'est cependant pas la faute du clavier, ici utilisé tout à fait intelligemment. N'allons pas non plus chercher le problème du côté de la rythmique. Marcin Oz, le bassiste et Sebastian Maschat, le batteur, sont indéniablement de grands bâtisseurs, et leur boulot est irréprochable. Ils sont si brillants que tout Dreams semblait avoir été construit autour de leur instrument. Ici encore, leur patte est indispensable. C'est en effet la basse, et sa manière de danser avec la batterie, qui pourrait sauver chacune des chansons de Rules. Mais c'est bien difficile. Alors quel est le problème? Il faut se rendre à l'évidence : c'est un simple défaut d'inspiration. Les chansons qui se succèdent sur Rules semblent bien plus longues que celles qui composaient Dreams, alors qu'elles ne le sont pas : on va pas le nier, on trouve le temps long. Alors oui, un certain sens du groove est toujours là, et les paroles d'Erlend Øye sont toujours aussi bien écrites. Il y "1517," et la miniature dance "High on the heels"... Mais pour le reste, le groupe a vraiment perdu sa malice et son sens de la vitesse. On s'ennuie.

En bref : Une rythmique solide, dansante et malicieuse ne cache pas un manque d'inspiration générale. On attendait mieux de cet excellent groupe.




Le site et le Myspace de The Whitest Boy Alive.

Le meilleur titre de Rules, en live... en vitrine :



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03 mars 2009

Tokyo Black Star - Black Ships (2009)

De bonnes fées se sont penchées sur Alex Prat et Isao Kumano dès le début de leur association, à la fin des années 90. D’abord, le New Yorkais Kerri Chandler, qui baptise le duo Tokyo Black Star. Ensuite, le Berlinois Dixon, qui choisit de lancer son label Innervisions avec leur premier EP, Psyche Dance. Né à Paris, Alex Prat a grandi à Bangkok et Tokyo avant de s’installer à New-York. Traveller infatigable et activiste house depuis le milieu des années 1990, notamment aux côtés de DJ Deep et DJ Gregory, il cumule les activités de DJ, producteur, styliste et même traducteur - il a récemment permis aux Japonais de lire le bouquin de notre Laurent Garnier national, Electrochoc. C’est au Japon qu’il a rencontré Isao Kumano, l’un des ingénieurs du son les plus demandés là-bas, véritable maître du mixing et du mastering.

Incarnation parfaite d’une mondialisation musicale particulièrement flagrante dans les sphères électroniques, le duo voyage non seulement dans l’espace, mais aussi dans le temps, en puisant son inspiration dans le disco, le dub, la techno ou la synth-pop des années 80. Cette abondance de citations finit d’ailleurs par handicaper Black Ships. Tandis que “AES-S3” paraphrase le mythique “E2-E4” de Manuel Göttsching, “Sepiaphone” sonne comme un hommage à l’un des plus célèbres groupes japonais, le Yellow Magic Orchestra. Et la liste des emprunts plus ou moins explicite pourrait se prolonger... Autre sérieux défaut : la plupart des tracks, à trop hésiter entre le dancefloor et le home-listening, se perdent dans un entre-deux un peu gênant, ce qui empêche ce premier album de décoller réellement.

Loin d’être indigent pour autant, il offre d’excellents moments, à commencer par le titre d’ouverture, “Powder Dreams”, et “Reincarnation”, tous deux marqués par des nappes de synthé tellement profondes qu’on croirait entendre des pastiches de techno de Detroit - un art de l’outrance dans lequel les Nippons sont passés maîtres. Pour le seul morceau vocal du disque, le binôme invite le poète Rich Medina à déclamer un texte intéressant qui s’éloigne du classique “Relax yourself and let your mind be free” et autres clichetons auxquels la house a trop souvent recours : “Not quite sure where I last lost my innocence/ Maybe I lost it on the road to manhood/ Why is it so hard to exercise due diligence/ Why does being bad feel so good ?”, etc. Finalement, même en ajoutant la montée deep-house de “Caballero”, le bilan reste très mitigé, et une bonne moitié du disque flirte avec la médiocrité et le soporifique.

A noter : Innervisions innove cette année en proposant un abonnement à l’année. Pour 102 euros (tout de même), vous pourrez recevoir les trois albums (dont celui-ci) et les sept maxis à paraître sur le label en 2009, plus quelques goodies. Une formule bien pensée, qui devrait faire des petits.

En bref : Black Ships aurait pu être un grand disque électronique s’il n’hésitait pas en permanence entre clins d’oeil au passé, euphorie techno et poses plus méditatives ou expérimentales. Admirablement réalisé, il propose quelques bons titres mais reste globalement décousu et assez décevant.



L’intégralité de l’album en streaming ici

Tokyo Black Star - Powder Dreams.mp3
Tokyo Black Star - Reincarnation.mp3

Leur Myspace
Le site et le Myspace du label Innervisions
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02 mars 2009

Kid Cudi - Day n’ Nite (2009)

Le kid de Cleveland aujourd’hui basé à Brooklyn n’est plus de ceux qui ont besoin d’aide question promo. Petit protégé de Kanye West, ami d’A-Track et nouvelle recrue du label indé hip-hop Fool’s Gold, sa voie semble tracée. A 15 ans il freestylait sur le Wu-Tang, à 23 il étudiait le cinoche, et maintenant il passe sur toutes les radios londoniennes. Scott Mescudi de son vrai nom n’est pas selon mes critères habituels ce qui me passionne le plus. Et pourtant en découvrant ce morceau, Man On The Moon l’album qui le contient, et surtout -j’y reviendrai- son ancienne mixtape A Kid Named Cudi, j’ai eu l’impression que ce gars-là avait l’ambition de vouloir briser les barrières entre les genres, en y mettant tout son cœur, et j’ai eu envie d’y croire.

Ce titre, qui met aujourd’hui le kid sous les projecteurs, c’est Day n’ Nite. Une basse malade, un synthé entêtant, quelques effets, et le flow du petit. Un morceau qu’il aurait écrit en état de déprime. Un morceau parce que l’on a tous des problèmes et qu’il y a toujours des solutions, selon lui. D’emblée un tube hypnotique qui a séduit les Crookers qui lui ont pondu un remix presque plus diffusé que l’original. Une version brutale et foutraque, dont le clip aguicheur aurait déplu à l’intéressé. Je lui préfère depuis largement la version originale, mise en image par le frenchie So Me. Et surtout, cette mixtape disponible en ligne, soit 18 morceaux hip-hop (écouter la 10, "50 ways to make a record") qui ne devraient pas vous déplaire .

En bref : De l’électro pop R’ n’ b par la nouvelle sensation venue de Cleveland. Un morceau fédérateur et émouvant qui malgré son apparente simplicité en dit long sur le bonhomme.
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Le site officiel et le Myspace

A lire aussi : Calvin Harris - "Great DJ remix" / "Dance with me" (2008)

Le clip de "Day n’ Nite" magnifiquement illustré par So Me :


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Interview - Fredo Viola


Nous vous avions déjà parlé avec enthousiasme et curiosité de The Turn, premier Lp de Fredo Viola. L’homme orchestre qui est d’ores et déjà l’une des sensations de l’année a répondu avec grande sympathie à nos questions sur son parcours et ses projets. Portrait à traits tirés d’un artiste atypique :

As-tu des relations avec la scène indé new-yorkaise, ou d’autres artistes locaux ?

En fait non. Je travaille généralement à la maison, là où ça m’est le plus confortable. Je suis définitivement tourné vers une expérience au casque. C’est comme lire un bon livre. Du coup je ne fréquente pas trop les concerts. Ceci dit, je suis en relation avec quelques musiciens au travers d’internet, par exemple un groupe nommé I Am Your Autopilot in Manchester. Et je cherche à travailler avec ces gars pour de futurs concerts.

La musique orchestrale dont tu t’inspires est souvent très sombre. La tienne paradoxalement ne l’est pas. Pourquoi cela ?

Pourtant j’ai ma part d’ombre moi aussi. Par exemple j’ai fait des improvisations live (deux sont sur les vidéos circulaires sur mon site internet) qui sont extrêmement sombres. Effrayantes même. Mais quand vient le moment d’écrire un morceau (contrairement au live) la catharsis est importante pour moi. Tout est dans le passage de majeur en mineur, et j’essaye d’avoir ce contraste présent dans la plupart des mes morceaux.

Si tu étais amené à rencontrer un plus grand succès, resteras-tu dans l’industrie musicale ou retourneras-tu à ton premier amour, le cinéma ?

Mon but a toujours été de concilier les deux. Succès ou non. Je fais ce qui m’intéresse, et je suis très intéressé par la combinaison du son et de l’image. J’ai même un projet de concert dans un théâtre.
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Que ce serait-il passé sans internet ? Et sans Em411 (le site qui l’a fait découvrir) ? Aurais-tu essayé de te faire connaître dans la musique d’une autre manière ?

J’aurais probablement trouvé ma voie d’une manière ou d’une autre. Même sans internet j’étais obsédé par l’écoute et l’expérimentation. En fait quand j’ai commencé je n’avais absolument aucun public, je partageais juste une ou deux idées avec de bons amis. C’est difficile de dire ce qui serait arrivé, mais j’admets volontiers que la découverte de Em411 et les merveilleux encouragements que j’y ai trouvés m’ont largement aidé à atteindre mon but plus rapidement, et avec une telle audience.

Que penses-tu de la musique pop européenne actuelle ?

Je suis très intéressé par tous les arrangements expérimentaux que j’entends, et maintenant avec la réalisation de musique qui est devenue plus facile, il y a des tonnes de nouveaux artistes super intéressants. Je ne suis honnêtement pas très tourné sur l’électro ou les trucs qui sonnent Rolling Stones. Mais j’écoute rarement de nouvelles musiques. Ca me fait me sentir trop en compétition.

Avec qui aimerais-tu collaborer ?

Juana Molina. Elle est cool! Cela fait longtemps que je pense qu’il serait super de collaborer avec Animal Collective également. Mais actuellement je pense que les deux sont un peu trop proches de ce que je fais. Si je pouvais travailler avec n’importe qui alors ce serait David Lynch. Peut-être m’apprendrait-il à méditer!

Projettes-tu de développer ton côté électronique, à l’aide de sampleurs ou de boîtes à rythmes ?

J’aime garder les choses très simples et utiliser le logiciel Logic pour tout. Enfin, j’ai ajouté une petite pédale midi mais c’est juste pour customiser Logic. J’essaye de faire autant que je peux avec des sons que j’enregistre moi-même. Et la plupart des éléments électroniques de The Turn sont issus du sampleur virtuel de Logic. J’ajoute juste un peu de distorsion pour leur donner une forme.

Y aura-t-il un second album de Fredo Viola ?

Définitivement. Tout est déjà programmé et je me sens très inspiré pour démarrer à travailler dessus, et le faire partager. En fait, deux nouvelles chansons seront jouées live durant mes shows à venir.
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A quoi ressemble un concert de Fredo Viola ?

Tout est en réflexion en ce moment. Et c’est dur à dire. J’aimerais éventuellement ajouter de l’interaction visuelle, comme sur mes vidéos, mais c’est plus dur qu’on le croit, et plus cher également. J’ai essayé en utilisant des cassettes passes en décalées. Toute cette improvisation est assez effrayante et abstraite pour moi. On verra bien.

Que penses-tu des blogs musicaux?

J’adore ça. Si l’internet est un sol fertile, les blogs en sont les jeunes pousses sauvages.

Quelque chose à dire en particulier?

Oui, merci beaucoup à tous ceux qui surfent sur le net et qui donnent de leur temps aux artistes indépendants. Merci pour l’amour et pour le soutien.

Le Myspace de Fredo Viola


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01 mars 2009

Patrick Sébastien - Ah... Si Tu Pouvais Femer Ta Gueule...(2008)

Allez, promis juré : dès demain je remets sur l'ouvrage la découverte d'oeuvres plus récentes et disons-le.....plus traditionnellement pop. J'entends d'ici la levée de bouclier : quoi, il a osé, mentionner ici le plus emblématique des artistes beaufs ! Oula, hein ? Pas trop fort sur la tête !

Une petite précision : moi non plus, tout comme vous, je n'avais pas plus de sympathie que ça vis-à-vis d'une personnalité publique, à priori très loin de mes préoccupations artistiques et mélomanes... Jusqu'à ce disque. Oh, qui n'est un chef-d'oeuvre, bien sûr, il y a là ce grand écart encore mal assumé entre chanson à texte ("La Petite Libellule") et rythmes primesautiers ("L M Le Q") ! Néanmoins, la voix s'affirme._
L'on sait que Patrick Sébastien, de tous les touche-à-tout de talent, est certainement celui qui a le plus vocation à pousser la chansonnette. Sur un registre empreint de dérision qui évoque parfois Bobby Lapointe, ou le regretté Henri Salvador l'animateur multi-facettes (il est également écrivain, acteur, producteur et metteur en scène) distille ses refrains roboratifs ("On Va Finir à Poil", "Ah ...Si Tu Pouvais Fermer Ta Gueule"), accompagné d'un groupe très valeureux, qui joue la sobriété.
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Le chanteur use de sa voix comme d'un instrument - au hasard, une crécelle - pour défendre des trésors d'émotion, tels que "Le Petit Bonhomme En Mousse" le laissait entrevoir. A savourer lors d'une Blind Test Party entre copains, sans oublier de se délecter au casque des pistes plus introspectives, où Patrick côtoie ses maîtres, Ferré ou Philippe Clay ("60 Millions de Toros", "Je Mastique"). A déguster sans modération.

En bref : risquons la volée de bois vert et osons défendre ce grand trublion incompris, LE Boris Vian de son temps. Où chansons pop côtoient le meilleur du texte engagé. Patrick Sébastien aux prochaines Victoires de la musique, on prend les paris ?




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Dido - Safe Trip Home (2008)

Personne ne parle beaucoup de Dido ; et pourtant peu d'interprètes féminines auront révolutionné, à une petite échelle certes mais quand même, la pop atmosphérique comme cette discrète jeune anglaise !
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Alors bien sûr, Dido vend des disques par camions, et donc ne voit pas la pérennisation de son projet artistique remis en cause ; mais il serait enfin temps que les critiques reconnaissent à cette interprète la place qui lui échoit désormais dans la si vaste scène mainstream pop !
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Tout commence comme un malentendu ! Lorsque, tout comme les garagistes de Red Cross, devenus Redd Kross après un procès de la Croix Rouge, la chanteuse se voit intenter un procès quant à l'utilisation d'un premier pseudo - la chanteuse se faisait appeler Dildo à l'origine ! - ce qui n'a pas l'heur de plaire aux ligues lesbiennes en vigueur - l'artiste britannique ayant toujours clamé haut et fort une hétérosexualité dérangeante.
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Las, les problèmes d'image l'emporteront et Dildo, mortifiée, deviendra Dido ! C'est sans doute de cette douloureuse épreuve que la chanteuse puisera toute sa détermination à creuser son sillon !

Mais revenons à la musique qui est la cause première de notre intérêt pour cette jeune femme. Son style, affranchi de toute influence marquée de ses contemporain(e)s oscille entre rock musclé, dub forcené et refrains limite hardcore. Une chose est sûre : on ne s'ennuie pas lorsqu'on écoute Dido, car on est aussitôt frappés par la virulence de son propos ("Don't Believe In Love", "Never Want To Say It's Love", "Burnin' Love", "Quiet Times") asséné de manière décidée et à grand renforts de basses fuzzées, et de percussions diverses, qui ne sont pas sans rappeler Basement 5 et les Upsetters !

Certains railleurs, sans doute gênés par l'argument commercial - en gros, ceux qui vendent des disques sont forcément des tocards - ont tendance à reprocher à Dido une prétendue langueur quand il faut lire dans l'oeuvre protéiforme de l'anglaise l'incarnation du tempo le plus trépidant !
Alors, pourquoi Safe Trip Home plutôt que l'un de ses deux premiers longs formats ? Tout simplement parce que celui-ci est de loin le meilleur du lot, et qu'il permet de transcender le genre jusqu'alors anesthésié de la chanteuse ! Une écriture racée qui surmonte les tourments de l'adolescence - Dido a beaucoup souffert, c'est une évidence ! - et son style peut parfois être réminiscent de celui d'un Suzanne Vega première période.
Pour le reste, chacun y trouvera ce qu'il souhaite chercher dans ce disque sensible et saura faire fi des moralisateurs en tout genre qui pronent que le rock doit sonner crade et lo-fi pour avoir droit de cité !

En bref : le talent discret et souvent passé sous silence d'une artiste visionnaire et à la discographie émaillée de surprises : un chant énergique, une tessiture à nulle autre pareille, et des mélodies toujours émouvantes. A redécouvrir !

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"Quiet Times":



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The Apollo Kids - Freak Tha Funk 12" (2002) The Wrath 12"(2002) Hustlers 12" (2002) Counting Off (2003) King Of The Beats (2004)

Vous aurez des difficultés à vous procurer des infos sur ce duo de producteurs de Brixton, il est en effet ardu malgré la reconfiguration de leur label Fat Records, de se procurer des infos sur eux. Leur homonymie avec un autre duo originaire d'Australie n'arrange pas l'affaire, pas plus que les liens énervants renvoyant au single du rappeur Ghostface Killah intitulé "Apollo Kids". 

Bien que pensant connaître l'intégralité de leur discographie, le mieux était encore de s'en remettre à leur page Discogs. En fait, tout a commencé dans ce temple basement de la techno avignonnaise qu'est le magasin Sound System. L'un des vendeurs jouait la ritournelle couinante de "Freak Tha Funk", le sticker était vert, serti de la die-cut sleeve de rigueur. La face B "The Dumz", titre sombre, qui n'était pas sans évoquer le meilleur de Carl Craig.

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Mais plus encore que la techno de Detroit, c'est aux Ballistic Brothers auxquels on pense à l'écoute de "The Wrath", obsédant loop avec infrabasses ; ces Apollo Kids étaient(ils un pseudo de plus pour le fantastique Ashley Beedle : las, s'il y avait un producteur homonyme dans la place, il s'agissait en fait d'Ashley Brown qui, associé à son binome Jamie Giltrap, faisait les beaux jours d'un club de Brixton dédié à la dance et au breakbeat. "The Wrath" fut le deuxième 12" emballé pesé du duo, et probablement l'une des meilleures références du label Fat (qui mérite une découverte approfondie), en ce qu'il offrait un morceau suave et éthéré avec choeurs féminins alanguis et sexy avec "Frontline". A partir de là, il était de rigueur de traquer les nouveautés du label, et en particulier celles des Apollo Kids, dont pour l'heure, trois autres références sont sorties, la dernière en 2004. Celles-ci arrivaient généralement vite, et à prix modique.

Tout d'abord, "Hustlers", sous sticker orange, sorte de funk robotique nerveux, évoquait encore et toujours les infernaux Ballistic Brothers. Ici, la démarche était plutôt hédoniste, tandis que la flipside, offrait un relifting intéressant et obsédant du thème de "Frontline".
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"Counting Off", et ses deux versions club, offrait un intérêt moindre, alors que "King Of The Beats" (étiquette grise) au titre de circonstance renouait avec la furie dance de "Hustlers", avec forces rythmes jungle. Backed with, comme ils disent, se trouvait une nouvelle version dark de "The Dumz".

Que deviennent ces séminaux Apollo Kids, à part le fait d'être compilés sur diverses compiles Fat anniversaire, ou bien pire, être confondus avec d'autres formations homonymes sans grand intérêt ? Le mieux est de suivre l'activité militante de Fat pour le savoir.
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En bref: Il y en a pour tous les goûts pour le branché electronica dans cette brochette de maxis d'une énième assoç de producteurs/DJ d'outre Manche. Tantôt dark, tantôt festive, les b.p.m. sont là pour vous faire danser, planer et plus si affinités. On en redemande.



relire la chronique des Ballistic Brothers - Rude System
et 4 Hero - Two Pages


Le site de Fatclub

Un lien lastfm pour un extrait (trop court) de "The Wrath"

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27 février 2009

The War On Drugs - Concert au St Ex de Bordeaux le 22/02/09


Un nom qui en dit long, une pochette comme on n'en fait plus, un label que je suivrais les yeux fermés (Secretly Canadian), trois conditions suffisantes et réunies pour que je m’équipe il y a quelques mois déjà du premier opus des Philadelphiens. Je confirmais alors rapidement les rumeurs : primo, l’organe vocal d’Adam Granduciel -quel nom !- évoque autant le Zim que Julien Pras rappelle Elliott Smith. Du genre à se l’entendre rabâcher souvent ; secondo, le quatuor fournit bel et bien un exemple de musique américaine et traditionnelle pervertie, dans la veine des pas toujours -et de moins en moins- parfaits Brian Johnstown Massacre. Comme c’est de coutume en ce moment, un courageux tourneur associatif (Hello My Name Is) réussit l’exploit de nous ramener ces gars là dans la cave en bas de chez moi, pour six misérables euros. Que demande le peuple ?


Apparemment un peu plus, puisque nous n’étions pas plus de cinquante ce soir là à profiter de la prestation massive et planante du groupe auquel manquait son numéro deux (Kurt Ville). Une formation réduite à trois (avec le bassiste Dave Hartley et le batteur Kyle Lloyd), qui n’appelle pas moins aux grands espaces ("Coast reprise") et aux bourdonnements électriques type Suicide. Les titres de Wagonwheel Blues sont logiquement mis en avant, celui-ci étant leur unique album sorti à ce jour. Un neuf titres simple et efficace, qui contient son lot de sommets -sinon de belles collines- que sont le très Dylanien "Arms like boulders", l’épique "Buenos Aires Beach" ou le très Wilco-isant "A needle in your eye #16". "Barrel of batteries" encore, alliage séduisant de guitare redneck 12 cordes et de synthé. Tous ces titres supportant à merveille le passage du disque au live. Et une fois de plus, c’est la satisfaction qui domine au sortir de la cave. Paraîtrait même qu’ Aqua Nebula Oscillator et Jeremy Jay y passent en mars… Enfin, il paraît.

Un concert intégral par l’excellent site FabChannel
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Le superbe clip de "A needle in your eye #16" :


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26 février 2009

Wizzz! - Vol 2 Psychorama français 1966-70 (2009)

Il y a d'abord la pochette, qui ne saurait échapper au regard nostalgique de tout trentenaire qui se respecte. Là, en l'occurence, on est irrésistiblement attiré par le graphisme désuet du genre Comics Marvel, et par cette brunette aux airs de Mary Jane, la copine de Spiderman, qui donne clairement l'impression de nous inviter dans son comic strip («viens, petit trentenaire, dans mon comic strip, etc.»). Quand on retourne la pochette, c'est le choc : une suite de blazes aussi obscurs les uns que les autres (Jean et Janet, Bruno Leys, Guy Skornik, Chorus Reverendus, Zorgones, etc.). Ah si! je connais Brigitte Fontaine, quand même... Plus c'est obscur, plus c'est excitant, l'adage est bien connu. Le livret nous éclaire quand même un peu, en disant vouloir mettre en lumière la créativité d'artistes français qui, dans les années 60, n'ont pas succombé aux facilités niaiseuses de la mode Yéyé. « Marre d'Adamo ? Plein le cul de Sheila ? Ce nouveau recueil de titres rares et inédits exhumés des bas-fonds de la pop sixties made in france est pour vous !».
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L'album est copieux et enchaîne des titres tous aussi étonnants les uns que les autres, intelligemment contextualisés par un livret particulièrement soigné. Paroles et arrangements ont toujours, en effet, quelque chose de plus ou moins décalé, par rapport à la norme yéyé ; mais ça reste dans l'ensemble trés dansant, et pas du tout expérimentalo-rébarbatif. Il y a les proto-groupes, comme Zorgones, ancêtre de Magma, où évoluent des pointures comme Laurent Thibault (qui collaborera plus tard avec Bowie et Eno sur Low). Des embryons d'albums morts-nés, pour cause de producteur en cavale, comme l'excellent "Maintenant je suis un voyou", de Bruno Leys, qui, de dépit, deviendra illustrateur de pochettes de disque. Sans oublier Chorus Reverendus, avatar français sous acide des Mama's and Papa's, ou Guy Skornik, multiprimé au conservatoire national supérieur de musique de Paris, et reconverti dans la pop poético-hystérique, avant d'écrire pour les autres.
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L'album nous propose une expérience singulière. On se met immédiatement à danser quelque chose qui ressemble au twist de nos parents, mais ce qu'on entend est à mille lieux de la futilité décérébrée d'une Sheila, ou de la platitude mièvre d'un Adamo. Les arrangements sont, d'abord, autrement plus aventureux, tout en préservant un vrai sens du rythme. Les anomalies sonores sont, ensuite, nombreuses : dissonances, hurlements et cuivres hystériques sur l'halluciné "Des arbres de fer" de Guy Skornik, ondes Martenots (sorte d'ancêtre du synthétiseur) chez Bruno Leys. Les paroles, enfin, épuisent les possibles en matière de provocation : expériences érotico-chimiques fumeuses, inspirées de Reich (Zorgones), hypersensibilité trash pour Brigitte Fontaine ("Je suis inadaptée"), débilité volontaire et parodique pour Jean et Janet ("Je t'aime normal") , je m'enfoutisme érigé en principe éthique pour San Antonio ("J'aime ou j'emm..."), surréalisme outré pour Guy Skornik. Un directeur audacieux est à l'origine de bon nombre de ces titres, Richard Bennet, que Polydor remerciera élégamment , à cause d'un excès d'audace commercialement peu rentable. La compilation, d'ailleurs, lui est dédiée.
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En bref : Peut-on danser le twist sans avoir l'air con ? Réponse : Ouizzz! Un hommage mérité à la contre-culture pop des sixties françaises. J'en connais qui vont bouger leur derrière sans pudeur aucune.




 À noter : Le volume 1 est épuisé. Born bad a l'intention de le represser.
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Seul document dispo sur You tube (c'est dire!) :



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Passion Pit - Chunk Of Change Ep (2009)

On ne sera ni les premiers ni les derniers à vous en parler. N’empêche. Déjà largement auréolés par nos confrères de tous horizons, les cinq de Passion Pit n’ont pourtant sorti qu’un Ep. Mais alors qu’est-ce-que ce sera pour l’album à paraître en juin ? Il faut dire que les Américains ont déjà reçu ce six titres en novembre dernier -normal ça vient de chez eux (Boston)- et que la belle histoire qui l’entoure -et dont finalement on se fout- a déjà traversé l’Atlantique. Pour ceux qui auraient séché leur cours du soir de culture pop indé, rappelons à contre cœur que Mickaël Angelakos aurait composé ces six titres pour sa dulcinée à l’occasion de la St Valentin, que l’objet aurait alors traîné sur le campus de la fac pour enfin être remarqué par le label French Kiss (The Dodos). Comme c’est beau…

Toujours est-il que ce Chunk Of Change sans être le moins du monde le sauveur de cette fin de décennie apporte un certain plaisir -coupable ou non-. "I’ve got your number", morceau introductif à l’univers des Passion Pit fait plutôt son effet. D’un synthé très Dan Deacon, voire même Tender Forever, Mickaël -puisque c’est lui qui fait tout selon les bios- s’élève très vite en pop électronica acidulée et aérienne ma foi du plus bel effet. "Smile upon me" ne m’enchante guère par contre. Trop conventionnelle. Et déjà, "Cuddle Fuddle" est plus sympa. Des xylophones, des hand-claps, des sifflets brésiliens, des voix toujours très aigües, pourquoi pas ?

"Leave to tell the tale" par exemple c’est déjàmieux. Une combinaison de synthés bien distincts et une voix sucrée qui surfe sur le tout, sans autre ambition que d’embarquer dans une belle ballade pop. Et on arrive doucement aux deux derniers titres de ce maxi de trente minutes, ceux finalement par lequel tout est arrivé (et pour une fois, originalement placés en derniers), "Better things" annoncé par un disclaimer du type "the best song you ever heard", pas autant que ça mais sympa quand même, et surtout le single "Sleepyhead", bande originale envisageable d’une St Valentin hype, fluo et fun. Des voix à la limite, un refrain de synthés sans limites justement, et une basse lourde comme un kilo de plumes. Déjà classique si on y met du sien.

En bref : Trente minutes de power-synthés et de voix à l’hélium pour un maxi bien fun mais qui n’invente pas grand chose non plus.
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A noter : Passion Pit sera en concert à Paris sur la scène du Nouveau Casino le 2 mars prochain

Le clip de "Sleepyhead" :


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