10 août 2008

Tricky - Knowle West Boy (2008)

Voilà une pochette qui mériterait de figurer aux côtés de celle du premier album de Demon Fuzz, si l'on devait la faire figurer dans un panthéon graphique cher à l'archiviste Michaël Ochs.
Tricky poursuit ou plutôt renouvelle sa mue, son goût du transvestisme avec ce 8ème album, le premier depuis un bail, puisque Vulnerable remontait déjà à 2003.
A l'heure où sort également l'album de son ex-muse et compagne Martina Topley-Bird, Tricky opère un virage à 180° en revenant à ses racines identitaires : le garçon du Knowle West, quartier riant de Bristol. 

Knowles West Boy est un album sous forme d'auberge espagnole et des plus éclectiques. Avec ses temps forts et ses faiblesses, mais d'une façon générale, ça dépote pas mal, Il s'agit d'un disque optimiste où le sieur, enfin en rupture avec ses démons et ses maux de tête, délivre une oeuvre apaisée, parfois même un peu trop soupireront certains.
Cela démarre de manière inédite avec un "Puppy Toy" joué façon piano-bar enfumé, odeur de ganja s'entend. Puis Tricky pas bégueule laisse la parole à ses invités auquel il décerne même le titre de ses chansons ("Joseph", "Veronika") ; ladite Véronika offrant d'ailleurs un mimétisme troublant avec Martina Topley-Bird, dans ses manières mutines et sexy , belle réussite quasi a capella que ce morceau qui porte son nom. Ce sont les tempos les plus rapides qui sont le plus addictifs, en tout cas qui font le plus décoller le disque ; ainsi ce titre à la gloire des H.L.M locaux ("Council Estate"), absolument trépidant, endiablé pourrait-on dire ; dans ce contexte, les morceaux plus lents font presque figure d'intrus - "Past Mistake", pourtant pas mal dans son genre.
La deuxième face convainc moins, et se révèle même par moments assez ennuyeuse ; il faut paradoxalement une cover de Kylie Minogue nommée "Slow" (ben, voyons !) pour repartir tambour battant. Le finale néanmoins, est réussi, avec un "Far Away" où l'on retrouve la verve d'antan de Tricky, ce genre de morceau nappé de claviers sous tension et que l'on affectionnait sur Maxinquaye (95) ou sur l'éreintant mais tuant Pre-Millenium Tension (96).

La mélancolique (et autobiographique comme le reste) "School Gates" termine le nouvel album sur un tapis de guitares acoustiques et de slide. A noter que  "Past mistake" et "Joseph" chansons d'apparence anodine se verront sur scène transfigurées ; Tricky de livrer notamment une version d'anthologie de ce dernier titre sur le plateau de Nulle Part Ailleurs

En bref : l'album du retour, et sans doute celui d'une nouvelle transition. Le côté spasmodique et migraineux auquel nous avait habitué Tricky fait certainement défaut. Mais Trickyest de retour  et Massive Attack peut trembler !



Tricky, site non-officiel, qui vaut le détour et le Myspace

A lire aussi : Tricky - Juxtapose (1999)

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"Far Away" en écoute :



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09 août 2008

Elvis Costello & The Imposters - Momofuku (2008)

Le 28ème album d'Elvis Costello, même s'il  frappe moins par son immédiateté que son prédécesseur "en solo" The Delivery Man (2004) - on met de côté les projets annexes, live, symphoniques ou avec Allen Toussaint - n'en recèle pas moins quelques chansons à nouveau très recommandables.

Et tout d'abord ce titre énigmatique et hommage à l'empire de San Momofuku, l'inventeur des nouilles en pot !
Convoquant encore ses fidèles Imposters, qui ne sont jamais que des Attractions déguisés et toujours amputés du banni Bruce Thomas, Costello nous offre un panorama de ses plus belles années : de la pop triomphante rappelant justement le meilleur des Attractions période Imperial Bedroom (82), ("No Place To Hide", "Stella Hurt"), ou bien la soul irrésistible et écorchée des premières années, celle des indémodables This Year's Model (78) ou Get Happy !! (80) ; à noter aussi le furieux "Go Away" qui n'aurait pas déparé non plus sur Blood And Chocolate (86).
Le vibrato si particulier de Costello fait toujours des merveilles sur la très cabaret "Mr Feathers", la bluesy "Flutter And Vow" -ah, si le surnom de The Voice n'était déjà pris..........

Alors, il y a bien sûr quelques morceaux inutiles et qui n'apportent rien à la gloire de notre Dentifrice Emotif, mais au détour de ces quelques plages ternes, l'on peut tomber sur une merveille telle cette chanson écrite avec Roseanne Cash en personne, la très belle "Pardon Me Madam, My Name Is Eve". Moins débridé que son prédécesseur, un nouveau Costello qui joue plus sur l'opposition brûlots/mid tempos ; qui s'en plaindra ?

En bref : de par le caractère pléthorique de sa discographie, cet album ne peut prétendre occuper une place de pierre angulaire de l'oeuvre Costellienne. Il n'empêche ; encore de belles chansons à découvrir et un album à acheter plutôt qu'à télécharger.

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Le site officiel et le Myspace

A (re)lire aussi : Costello à Fourvières

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"Pardon Me Madam, My Name Is Eve" - Live :


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Ólöf Arnalds - Við og við (2007)

Le contexte: nous avions été bouleversés, il y a déjà quelques années, par les disques de folk brut de Devendra Banhart, Vashti Bunyan, Ramona Córdova. En 2007, alors que nos têtes tournent devant les courses à l'excentricité musicale, un petit label islandais, 12 Tónar, propose un retour aux sources des choses en sortant à l'insu de tous le grand disque folk de notre siècle. Chanté en islandais, Við og við est débarassé de toute référence anglo-saxonne, enfin. L'objet est libre, intemporel, unique. Et l'islandais devient la plus belle langue du monde. La poésie de l'incompris.

"Englar og dárar" ouvre et donne le ton. Une guitare et une voix, aigües, émergent, feu dans l'obscurité, et se parent du silence qui les entoure. Le son est artisanal; l'enregistrement est sincère. On entend chaque articulation, chaque glissement de doigt. Le matériau est brut, seulement pâtiné. Le bois est rugueux, et la peau douce. L'artefact porte les traces de sculpture. On y sent la matière et la manière. Mais Ólöf Arnalds (qui a joué chez Múm) est de formation classique. Elle est si précise, même virtuose, dans sa composition, son jeu et son chant que ses chansons semblent déjà appartenir à un certain folklore islandais, à un art du conte ancestral. Au milieu des forêts en chantier, on retrouve ses racines, ses sens, en une arche modeste et austère. Où l'on trouve le confort dans l'austérité. Car le son est sec mais les mélodies sont lumineuses.

D'apparence traditionnel, Við og við fait la différence dans sa modernité. Et trouve sa modernité dans sa sobriété. Ólöf Arnalds a pris le parti, sans compromis, de s'accrocher à cette austérité, afin d'éviter la larme facile, la dramatisation. Afin de rester subtile et d'aller à l'essentiel, et toucher au plus profond des êtres. "Englar og dárar" ou "Við og við" sont ainsi complètement dépouillés, et simplement sublimes. Les autres titres sont discrètement orchestrés; ils sont pourtant plus radicaux encore. Le tronc (guitare et voix) s'y trouve accompagné d'un seul instrument supplémentaire, volontairement sous-mixé. Le violoncelle de "Í nýju húsi", l'accordéon de "Klara" ou le piano de "Vittu af mér" n'interviennent qu'en fin de chanson, sans même que l'on ne s'en rende compte à la première écoute. Mais les instruments nous ont parlé au plus profond. Et c'est à cet instant, en toute fin de chanson, qu'Ólöf Arnalds exécute son geste le plus radical: couper court à l'orchestration, réduire la chanson au silence juste avant qu'elle ne puisse gagner en intensité. Ce qui se passe à la fin de "Klara" tient de la magie : les dernières notes sont d'autant plus émouvantes qu'elles sont tues.

Les choses s'assombrissent avec "Moldin", et plus encore avec le grave "Náttsöngur", seul titre véritablement orchestré, ce qui le rend plus bouleversant encore. Mais puisque les élans doivent être contenus, la chanson s'arrête en plein crescendo. Et laisse l'auditeur béat, tétanisé, une larme sur la joue et l'oeil déjà sec. Les notes reprennent un peu de chaleur avec "Skaldborg", mais restent empreintes d'une certaine torpeur, de cette mélancolie que l'on devine derrière les traits fatigués des petits errants à bout de souffle. Le disque s'achève avec "Ævagömul Orkuþula", qui, pour couper court à toute dramatisation encore, s'éteint radicalement pour laisser, mieux que jamais, parler le silence.


En bref: Hors de l'espace et du temps, le plus beau disque folk jamais entendu semblerait-il, où l'on retrouve sa nature dans le confort de l'austérité.



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Son Myspace, et celui du label 12 Tónar.

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"Í Nýju Húsi" en showcase au Iceland Airwaves 07:






"Klara" où le traditionnel perd sa géographie:








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06 août 2008

Beck - Sea Change (2002)

Si Mutations était le disque de l'insouciance, de la parenthèse amoureuse, Sea Change toujours folk est son pendant de la rupture. Amoureuse, en premier lieu -c'est pourquoi le disque est si sombre - et rupture de ban avec la critique, qui depuis le multiplatiné Midnite Vultures, n'aura de cesse de se payer le californien touche-à-tout.
Arguant de sa longévité, de sa fécondité et de ses parti-pris spirituels, certains critiques n'auront de cesse d'occulter l'essentiel : sa musique.

S'il est vrai que "Paper tiger" est un véritable calque de Histoire de Melody Nelson (71), dont il épouse jusqu'à la rondeur du son de basse, la chaleur des cordes, et l'attaque de guitare, le morceau compte de toute façon parmi ce que Beck a fait de mieux. D'autre part, dans un contexte musical où tout sonne peu ou prou comme une allégeance à Serge Gainsbourg, Beck ne fait que rappeler son admiration envers celui dont il a racheté tous les disques lors d'un séjour à Paris. Comme dit l'autre : mieux vaut piquer un riff qu'en inventer deux mauvais.

Nombre de gens pourtant séduits par la production clinquante mais au final creuse de Midnite....ne virent en Sea Change que l'oeuvre désincarnée d'un artiste bobo à côté de ses pompes et croulant sous l'ennui et les royalties. 
Nonobstant, s'il est toujours difficile des années après de percevoir une différence entre les arpèges de "The golden age" et ceux de "Guess I'm doin' fine", il y a cependant dans ce disque matière à s'enthousiasmer.
Beck la joue folk, mais mélancolique et ténébreux - pas blasé ni shooté. Dès la quatrième piste, un vibrant "Lonesome Tears"  arrache des larmes ou à défaut une sourde émotion.
La terreur et l'effroi de  "Round the bend", qu'on jugerait produit par Robert Kirby - ces cordes eerie -  réussit à faire dresser les poils. Les magnifiques contrepoints de contrebasse honorent en effet Beck de sa dette à Nick Drake. "It's all in your mind", revisité et amélioré, est un ancien single de Beck chez Kub Cares qui témoigne des progrès réalisés par le blond californien. Les arrangements, toujours discrets de cordes et pianos, ne font que souligner l'excellence des compositions d'un disque qui n'a pas peur d'exhiber ses failles - ici Beck ne chante plus de sa gênante voix de fausset, ce qui sert mieux son propos.

Et si le touchant "Lonesome cause", au titre peu engageant peut paraître primesautier au regard de l'ensemble, les ambiances sombres de "Already dead" et ses envoûtants échos, arrivent à point nommé pour recoller à l'humeur générale du disque.
Dans son final, Sea Change offre même deux des meilleurs chansons de Beck : "Sunday sun"  subtilement décalé avec son dulcimer tout droit sorti de  "Lady Jane".
Et "Little one", qui parachève dans la dramaturgie ce dernier disque majeur de Beck Hansen ; "Side of the road" ne lui offrant qu'une trompeuse éclaircie.

En bref : un grand f**k aux béotiens français qui n'ont eu de cesse de sabrer Beck sur l'autel de sa scientologie. Les américains, ont fait preuve de davantage de discernement, qui ont classé ce disque dans le Top 8 de l'année 2002, et ont su faire fi de tout effet de mode putassier. 


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A lire aussi : Beck - Modern Guilt (2008)
"Sunday Sun" en écoute :


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The Flaming Lips - Zaireeka (1997)

Lorsque vous tenez le boîtier 4 cd de Zaireeka dans les mains, quelque chose se passe, comme une certaine fascination pour une expérience qui fait presque peur. Rapide résumé pour ceux qui ne connaissent pas encore l’histoire de cet album, Zaireeka est le huitième album studio de la bande d’allumés de Wayne Coyne. Changeant radicalement de direction artistique, ils décident en 1997 d’enregistrer un disque d’une nouvelle génération, mixé sur 4 cd différents destinés à être joués sur 4 installations distinctes mais synchronisées. Chaque cd pouvant s’écouter seul, ou accompagné du deuxième, ou sans le troisième, ou avec le quatrième, la fonction mute de votre chaîne hi-fi se transformant ainsi en véritable instrument au sein de l’ensemble. Une idée certes arty mais lumineuse à plus d’un sens, plongeant ainsi l’auditeur dans une interaction sans limite avec l’objet disque, habituellement et presque tristement condamné à être lu d’une traite et tout seul.

Une révolution dans le domaine qui n’est pas née du jour au lendemain puisque quelques mois auparavant, Wayne s’amuse et fait naître le concept au cours de "Parking Lot Experiments", sortes de rassemblements de fans, dans un parking souterrain, de nuit, équipés pour l’occasion de 40 enregistrements K7 devant être joués par autant d’autoradios en furie. Une idée déjà bien travaillée donc qui n’était pas sans poser problème à Warner, réticent à produire le disque jugé trop expérimental et anti commercial, et tranchant la poire en deux en troquant la réalisation de Zaireeka contre celle un peu plus tard du plus classique mais non moins indispensable The Soft Bulletin. Dans cette affaire ils ne s’étaient pas beaucoup trompés. Tout ceci commençait à mettre à rude épreuve ma curiosité, attisée de nouveau à la lecture de l’avertissement sur la pochette : "cet enregistrement contient des fréquences habituellement non entendues sur des enregistrement commerciaux, qui peuvent en de rares occasions causer des désorientations à l’auditeur". Coup de bleuf ou coup de génie ?

On n’écoute pas Zaireeka souvent dans l’année. Rien que l’installation est un événement en soi. Disposant de la maison familiale pour la soirée, j’en profite pour bidouiller méthodiquement un système 10.1 (!!!), partouzant ainsi le home cinéma de papa, la micro chaîne de maman, le vieux lecteur Kenwood du grenier et l’ordinateur portable branché sur speakers. Le cœur s’emballe au moment de presser les quatre boutons Play disséminés aux quatre coins de la pièce, bientôt témoin d’un véritable crime sonore. Très tôt je me rends compte que la synchronisation est impossible et qu’un décalage de quelques secondes persiste entre les différents systèmes mais je comprends bien vite que c’est là ce qui fait tout le charme de ce disque, son incertitude et son unicité. Jamais deux écoutes ne seront pareilles et les morceaux semblent se modeler à l’infini.

Et c’est là qu’intervient la deuxième grande force de cet objet musical extra-terrestre, son interactivité, la sensation bien réelle de composer le morceau soi même, de faire partie du tout, de décider du volume de la voix, voire même de son absence. Et même en faisant cela, et dans une configuration d’enceintes en cercle autour du salon, l’attention passe à gauche, surgit à droite ou traverse la pièce dans un mouvement multi stéréo parfois éprouvant. Sans exagérer, la position debout au milieu de la pièce est difficile à maintenir bien longtemps. D’autant plus que les titres, dont je parlerai plus loin, réservent leurs moments d’apocalypse et de déluge sonore noyés par des voix fantomatiques possédées, jusqu’aux aboiements finaux du chien de Wayne (!?!). Aucun véritable répit pour un disque qui nécessite définitivement un certificat médical en règle.

Des titres justement qui auraient pu se limiter à de simples empilages de plages mais qui vont chercher beaucoup plus loin une fois encore, grâce à une écriture hallucinée de Wayne qui traite allègrement et dans le désordre d’un agent secret intersidéral stressé, du cycle menstruel de sa partenaire, d’un groupe de légumes de dessin animés et autres sujets sans queue ni tête, du moins pour nous. Sommet de l’expérience, "How Will We Know? (Futuristic Crashendos)" contient ces fameuses hautes et basses fréquences (ni agréables, ni désagréables, mais bien perceptibles) basées sur une légende urbaine leur attribuant le pouvoir de prémonition à quiconque les écoute ! Malheureusement je n’ai rien vu, mais je n’ai jamais rien entendu de tel, comme l’impression de se retrouver canin et soumis aux ultrasons, j’imagine.

L’on pourrait disserter sans fin sur cet album aux limites de l’imaginable tant les anecdotes et détails croustillants décrits dans le livret sont nombreux. Son écoute est unique et se mérite, mais il faut bien ça pour taper le bœuf avec les Flaming Lips, décidant soi même du temps de décalage entre les pistes et engendrant ainsi d’improbables harmonies vocales. Ajoutez à cela dans ma position estivale le bruit des cigales en fond sonore et vous n’en sortirez quoi qu’il en soit jamais indemne. Si avec tout ça je ne vous ai pas donné envie de tenter l’expérience…

En bref : Le disque le plus fou jamais créé à ma connaissance, sous forme d’opéra rock intuitif, sensitif et interactif, que jamais personne n’entendra deux fois pareil. Des compositions magnifiques destinées à mourir et renaître, le cercle de la vie en somme.





Le site officiel et le Myspace des Flaming Lips

Rien que pour vous, l’intégralité des morceaux montés en vidéo

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A lire aussi : The Fearless Freaks, The Flaming Lips - Bradley Beesley (2006)

Wayne Coyne explique le "Parking Lot Experiment" :



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05 août 2008

The Flaming Lips - Zaireeka Video Complete Tracklist

Vous devez vous en douter, la vidéo n'est pas ce qui sied le mieux à Zaireeka, mais en attendant de trouver le temps pour l'installation, ces clips (réalisées par un dénommé jmmorale) sont encore le meilleur moyen de se faire une idée des compositions, sur des images envoûtantes à souhait, et surtout l'occasion de vérifier que même sans son procédé artificiel, Zaireeka reste un sacré bon album de pop atmosphérique psyché. Voici donc dans l'ordre les 8 chansons de Zaireeka dont les quatre cd ont été mixés sur une seule et même piste. Enjoy.

OK I'll Admit that I Really Don't Understand




Riding to work in 2025 (Your invisible now)



Thirty-Five Thousand Feet of Despair



A Machine in India



The Train Runs Over the Camel but is Derailed by the Gnat



How Will We Know?(Futuristic Crashendos)



March of the Rotten Vegetables



The Big Ol' Bug is the New Baby Now



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Weezer - s/t (2008)

Ce disque est un miraculé, car il n'aurait à priori jamais dû figurer dans les Oreilles. La faute à plusieurs paramètres. Premièrement, l'album précédent, Make Believe (2005) était épouvantable, un condensé de clichés, de riffs crétins, sans intérêt . Ensuite, le nouveau single ("Pork And Beans") n'annonçait pas un revirement de situation. Enfin, la presse, dans son ensemble n'a pas forcément été tendre avec ce 6ème opus, confortant le chroniqueur dans un à priori négatif, qu'il était de toute façon disposé à entendre.

C'est donc par pur atavisme que je me suis procuré ce disque, prêt à boucler une bonne fois pour toutes le dossier Weezer. Soyons clairs, cet album, sans doute appelé à être surnommé le rouge par les fans - bon gimmick, digne des 70's, après le bleu et le vert - ne va pas révolutionner l'histoire de la pop, il n'introduit rien de nouveau au son Weezer, fait de guitares compressées vaguement métal, et de ces refrains braillards pré-pubères. Soit, mais il n'est pas non plus le naufrage annoncé.
Il faut certes se résoudre à jeter certains titres de sa programmation si l'on veut profiter de certaines plages plutôt intéressantes du groupe. Tel un Nada Surf qui n'en finit pas de radoter, Rivers Cuomo - qui a adopté entre temps la moustache de Nick "Grinderman" Cave - se croit obligé de nous resservir des chansons déjà entendues 100 fois, par exemple lors de ce "Troublemaker" inaugural, hymne punk-pop à deux accords. Ou bien dans le très pataud simple déjà mentionné.

Le fait est qu'il faut savoir prendre Weezer pour ce qu'il est, c'est-à-dire un honnête groupe pop, capable parfois de fulgurances, comme sur Pinkerton (96), et on va le voir, sur nombre de titres de cet album. Mais il ne s'agit toujours pas du secret le mieux gardé des USA, ni du groupe à défendre coûte que coûte, comprendre, Weezer c'est de toute façon bien meilleur que Offspring et Green Day réunis, mais ça aura toujours du mal à rivaliser avec....voyons... Supergrass, pour sortir du contingent pop US. Encore qu'une étude comparée des derniers albums respectifs de ces groupes n'offre pas une différence si criarde. Donc, Weezer se diversifie et se démocratise un chouïa avec son nouveau disque, puisque même le batteur à tête de Michel Leeb, a droit à son morceau, composé et interprété par ses soins, cela donne ce "Automatic", plutôt pas mal, qu'on a d'ailleurs du mal à distinguer d'un morceau de Cuomo. Le guitariste y va lui aussi de son couplet ("Thought I Knew"). Bon, à tout seigneur, tout honneur, c'est à son leader que Weezer doit les meilleures réussites de ce disque, réussites qui vont même au-delà de nos espérances. C'est ainsi sur une ambiance en demi-teinte et acoustique, plutôt rare chez le groupe, que se tournent "Heart Songs" ainsi que l'étonnant "The Angel And The One", sorte de montée funèbre qui s'achève dans des débris d'harmonium.
Mais là où Weezer impressionne franchement, c'est lorsqu'il parvient à une imagination on ne peut plus débridée sur des morceaux où varient les climats, les tempos, les thèmes mélodiques ; deux morceaux à ce titre, ont retenu mon attention, deux tueries, à vrai dire : "Dreamin' " et sa mélodie doucereuse en trompe l'oeil qui est un clin d'oeil aux grands B du rock ricain (Beach Boys, Big Star, Byrds) et surtout, surtout, cette chanson assez incroyable qu'est "The Greatest Man That Ever Lived". Celle-là, qui se dit d'inspiration Shaker (cette secte pionnière à qui l'on doit la pince à linge et la machine à laver, pas aussi rigoriste que les Quakers, mais presque...) donne à écouter un florilège de vocaux décomplexés, a cappela s'il vous plait, pour ce qui est l'un des climax du disque.

De façon générale, et pour conclure, cet album est de bonne facture, et mention doit être faite à l'effort d'écriture du groupe, qui se revitalise sur certains mid-tempos ; également la grande qualité des harmonies vocales de cette bande de lycéens attardés mérite que l'on jette une oreille attentive à leur nouvel effort.

En bref : le meilleur disque de l'année d'une catégorie ingrate, celle des groupes ou des artistes dont on n'attendait rien ! Finalement, un orchestre aux airs aussi crétins (il y a aussi des précédents célèbres !) et aussi prétendument vital selon ses fans les plus hardcore, est-ce possible ? La vérité se situe sans doute dans les méandres ce chouette nouveau LP. Et si, à sa manière Weezer était un Teenage Fanclub US ?

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Pas chien, pour ne pas trop racoler, je n'offre que "Dreamin' "



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04 août 2008

Beck - Mutations (1998)

Il y a deux écoles, deux versants Beck : ceux privilégiant le hip-hop et ses bidouillages rigolos, à la lisière de l'électro et ceux qui affectionnent cette bonne vieille folk ancestrale, qui n'en finit pas d'être déclinée par nombre de contemporains du blondinet.

Comme beaucoup d'autres grands artistes, les Bowie, Prince et autres Neil Young également bâtisseurs d'une oeuvre protéiforme, la discographie déjà fournie de Beck n'en est pas une forcément chronologique ; ainsi certains disques publiés telle année sont-ils parfois enchâssés dans la composition d'autres, et il arrive donc que certaines "nouveautés" soient antérieures d'un point de vue créatif.

Il semble que ce soit le cas avec Mutations, puisque le disque fut composé, enregistré et produit à la demande de la fiancée de l'époque de Beck qui voulait tout simplement un album de ballades composé par notre homme. Le résultat fut tout bonnement exceptionnel, et à des lieues d'un simple enregistrement parallèle.

De même qu'un chanteur de gospel et de soul sommeille dans tout âme afro-américaine, il y a chez tout blanc-Beck yankee ou sudiste, un folkeux. Beck a déjà usiné de la folk tant et plus, sur des kilos de bandes distribuées à ses amis et notamment sur le médiocre carbone de Mellow Gold (94), l'étonnamment surfait et péniblement désaccordé One Foot In The Grave (94)

Donc, quitte à la jouer Roméo énamouré, autant faire les choses bien : abandonner pour un temps ce son lo-fi devenu si tendance et essayer de ne plus chanter comme un vieillard édenté, en composant de vrais morceaux et non de pâles ébauches.

Et dès "Cold brains" , ça démarre fort : suite d'accords simple mais somptueuse, refrain accrocheur, petits bleeps de rigueur. "Nobody's fault but my own" est un morceau envoûtant, aux tapis de sitars qui d'une certaine façon reprend l'affaire là où "Steal my body home" l'avait laissée sur Mellow Gold. Les enlevés "Lazy flies", "Canceled check" ou "Bottle of blues" et ses envolées de slide, rappellent à point nommé que si nous sommes bien en présence d'un disque de hick, il s'agira tout de même d'une production classieuse, variée, d'une grande richesse et de justesse d'arrangements. On n'est ainsi pas loin d'un feeling Beatlesien sur le solo de clavecin qui s'envole sur "Lazy Flies", ou qui illumine le break de la mélancolique "Dead bodies", également parsemée de mellotron flûte.

Sur ce disque, Beck s'essaye à tout, ne craint personne, se révèle complètement crédible dans tous les genres qu'il aborde, y compris sur le très beau rythme de bossa de "Tropicalia" qu'il a la bonne idée de présenter en single, lui qui n'a pas toujours été très pertinent dans cet exercice. Mutations est également émouvant et formidable en ce qu'il permet à Beck de laisser libre cours à l'interprétation accordée à ses propres chansons ; alors qu'il n'est pas connu pour être un très grand vocaliste.

Il y a donc les admirables "We live again", construit sur un anatole, "O Maria", composée au coin du feu, de l'autel (?), de "Static", confondante mélodie se terminant en rupture harmonique rappelant le meilleur des Beach Boys. Ces chansons sont des gemmes précieuses ; on ne les entendra jamais en concert, ou si peu.

Intelligemment, comme dans tout grand disque qui se respecte, Beck introduit une rupture inattendue lors de l'avant-dernier titre, pour rappeler à point nommé que l'on s'était aussi bien amusé avec le bricolo et très samplé Odelay (96) : "Diamond bollocks" offre un rock foutraque après une intro une nouvelle fois inondée d'un clavecin ensoleillé, avant de rugir à fond la caisse par le biais d'une basse saturée. Mais même là où il ne pourrait ne s'agir que d'une déconneuse récréation, Beck ose les breaks, les ruptures de tons qui caractérisent sa démarche.

Comme un pied de nez à cette salutaire digression qui redonne du relief à ce disque déjà très riche en intentions, Mutations s'achève par la hantée "Runners dial zero", dans laquelle la voix mixée d'outre-tombe de Beck vient s'échouer sur un piano baltringue lugubre. Le rêve est achevé ; l'aventure amoureuse elle, est-elle consommée ?

En bref : un grand disque d'un des plus insaisissables compositeurs depuis Prince, qui allie la folk la plus primesautière aux refrains et arrangements pop les plus ensoleillés._



Excellent site complet sur l'artiste et le Myspace
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A lire aussi : Beck - Modern Guilt (2008)

Des images freaky sur "Diamonds Bollocks" :

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02 août 2008

Interview - Peter Visti

C'est avec le maxi Balearic love/Bad weather que j'avais découvert Peter Visti l'année dernière. Depuis, et sans défaillance, j'ai suivi ses sorties de qualité sur le délicieux label belge Eskimo recording. As des nappes, du synthé et de l'altitude, l'homme m'intriguait. D'où cette interview enrichie d'un “disco cosmico mix” du Danois.


Est-ce que tu peux te présenter pour le public français qui te connaît peu ?


Oui, je suis Peter Visti, j'ai 41 ans. Je suis un ancien footballeur professionnel qui a une énorme passion pour la musique. Je suis DJ depuis plus de 20 ans et je vis au Danemark avec ma merveilleuse famille.


Depuis combien de temps fais-tu de la musique « professionnellement » ?


Mon premier label a été Music for dreams, j'y ai signé en 2002 et il s'agit là du début de ma « carrière pro ». Depuis deux ans, je suis désormais sur Eskimo recording. Avant 2002, j'avais déjà collaboré avec plusieurs labels danois mais à l'époque je ne vivais pas encore de la musique et de mon activité de DJ.


Comment es-tu venu à la musique électronique ? Quelles sont tes influences ?


Vraiment, je ne sais pas. J'ai toujours eu un goût prononcé pour les sons électroniques, tout particulièrement les plus organiques d'entre eux. Je ne me souviens pas si j'ai eu un déclic musical mais à la fin des années 70, quand j'étais jeune, j'étais très intéressé par la musique des clubs new-yorkais, ce qui n'était pas commun à mon âge. Les gars autour de moi écoutaient principalement des tubes FM. Le vrai coup de coeur, je l'ai eu avec les sons électroniques du début des années 80.


Parmi tes EP's, certains peuvent être qualifiés de “balearic” ? Est-ce un choix ? “Balearic” ça veut dire quoi pour toi ?


D'abord, je ne pense pas que ce soit un choix conscient mais je pense que le truc le plus extra avec la musique “balearic” est qu'il s'agit plus d'un feeling que d'un type de musique électronique. Je pense que la musique balearic peut prendre ses racines dans de nombreux courants différents et dans de nombreux styles.


Tu es aussi influencé par le disco ?


J'adore le disco, tu as tout à fait raison.


Qu'est-ce que tu penses de l'italo-disco et de son revival aujourd'hui ?


J'aime les sons italo qui ont ce côté très “cheesy”, très easy love. Mais je ne suis pas un pur expert de l'italo-disco pour être tout à fait honnête. Ceci dit mon pote Flemming Dalum en est un vrai. J'apprécie les classiques de l'italo-disco qu'il me passe. J'écoute aussi quelques nouvelautés italo-disco mais seulement celles avec des vibes balearic !


Tu as signé plusieurs EP's sur Eskimo recording, peux-tu nous parler de ce label ? Comment l'as-tu rencontré ?


J'ai découvert ce label en 2001 ou en 2002 lorsqu'il sortait des complilations de fou et ensuite des maxis de Lindstrom, Prins Thomas et Reverso 68, des groupes que j'adore. C'est Phil Mison de Reverso qui m'a incité à envoyer des titres à Eskimo. J'ai travaillé pendant 6 mois avec le label sans voir personne, juste en échangeant des mails. Ensuite une rencontre a eu lieu. Je tiens à dire que je suis très fier d'être sur Eskimo. Dirk, qui le dirige, est un gars extra et fou. Suffisamment pour sortir ma musique ! Sérieusement, je trouve que le label ne produit que des titres de grande qualité.


Tu as des amis dans la musique ? T'influencent-ils ?


J'ai un tas d'amis dans la musique. La scène balearico-comico-disco n'est pas très grande... mais c'est sympa d'être connecté avec des gens qui aiment les même choses que toi. Phil Mison est un grand ami. Je n'ai jamais rencontré un mec aussi cool et qui ait autant de contacts et de savoirs dans la musique. En plus, il est super humble. Il est vraiment une grande influence pour moi.


Où peut-on t'entendre en live ?


Je ne joue jamais “live”, je préfère le deejaying. Je mixe un peu partout toutes les semaines... Je fais pas mal de dates.


Est-ce que tu penses à sortir un album ? Quels sont tes projets ?


Je n'ai pas de projet d'album pour le moment mais quelques sorties prévues chez Eskimo.


Propos recueillis par Fab.


Le myspace de Peter Visti


Le “Cosmic disco mix” de Peter Visti :


  • An 2 - Diva

  • Sven Van Hess - What Do You See?

  • Electric Mind - Zwei (Dub)

  • Sammy Barbot - New Mexico

  • The Human League - Being Boild (Peter Visti Edit)

  • Sly Mongoose - Bad Pulse

  • Kwanzaa Posse - Wicked Funk

  • Lexx - Slow Burning

  • Smith and Mudd - Shulme

  • Mandre - Fair Game

  • Deadbeat - Port au Prince

  • Thomas Leer - Tight As A Drum

  • Luna Twist - African Time

  • Karma - Funk de Mambo

  • Thomzen - Che Amichi

Le mix en mp3 : “Peter Visti Comic disco mix”


A lire aussi : Peter Visti – Balearic love/Bad Weather EP (2007)


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30 juillet 2008

The Stance Brothers - Kind Soul (2007)

Je serais passé à côté de cette petite merveille si le vendeur du rayon soul-funk de la Fnac Bastille n’avait pas eu la judicieuse idée de la placer en tête de gondole. Hommage respectueux et ardent au son Blue Note, Kind Soul est un réservoir à breaks sorti de l’imagination d’un des jazzmen finlandais les plus créatifs, le batteur-producteur Teppo “Teddy Rok” Mäkynen, membre et tête pensante du Five Corners Quintet et du Teddy Rok Seven. Entièrement organisé autour d’un son de batterie brut et massif, d’une basse groovy et d’un vibraphone, l’album fait écho aux meilleurs métissages hip-hop / jazz-funk et notamment au Shades of blue de Madlib, à la différence que ce dernier était bourré de samples alors qu’ici, tout ou presque est joué live, dans un esprit garage garant d’une précieuse spontanéité.

C’est en 2007 que Teddy Rok décide de sortir de l’obscurité Isiah et Dwayne Stance, ainsi que leur batteur Byron Breaks en leur proposant un projet d’album sur son label Rick Tick records. Auteur de toutes les compositions, excepté le splendide "Capricorn" emprunté à George Duke, il supervise également l’enregistrement et place les micros au plus près de la caisse claire, de sorte que la batterie est vraiment au centre de l’univers sonore du trio. “Roll call” est un bon exemple de ce choix stratégique. Globalement, l’humeur de Kind Soul est estivale et évoque le son du jazz west coast de la fin des années 1960, et notamment Cal Tjader ou le Roy Ayers période Stoned soul picnic (1968). Si l’album s’écoute d’une traite et ne comporte aucune faute de goût, on retiendra néanmoins le clin d’oeil à Lalo Schiffrin de “Steve McQueen”, le funk gentiment psyché d’”Upside the head” et le voluptueux “Cool hand / Turmoil”, sur lequel on verrait aisément Barry White poser sa voix de velours.

En bref : Très loin de la mélancolie scandinave, ce trio finlandais réinvente le jazz californien des 60’s dans une rafale de breakbeats sertis de vibraphone. Simplement classieux.


A noter : Depuis la sortie de Kind soul, The Stance Brothers ont accouché du très recommandable single "Pick 'n' Roll / Youth Groove", à écouter sur leur Myspace.

Le Myspace et le site de Ricky Tick records.




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Demon Fuzz - Afreaka! (1970)

On retiendra tout d'abord l'étonnante pochette bondage dont Tricky et Madvillain sauront se souvenir au cours des années 2000. Mais qui se cache derrière ce groupe de freaks, dont on ne sait finalement peu de choses ? Un orchestre noir du début des 70's, auteur de ce premier lp ainsi que d'un 45 tours plutôt rare,  sans même parler d'un deuxième LP ultra collector tombé aux oubliettes. Tout cela sonnait à la croisée des chemins d'une jam entre Hendrix, Funkadelic, Sly and The Family Stone, bref tout ce qui comptait dans la musique noire de l'époque.

Demon Fuzz est un octuor dont Passy Correa ci-devant saxophoniste,  flûtiste et percussionniste du groupe est le mentor du groupe, son arrangeur et une sorte de directeur musical.
Constitué de 5 longues pièces, tantôt instrumentales, tantôt chantées, Afreaka! (tout est dit dans le titre) est encore aujourd'hui d'une étonnante modernité, tant ces lascars-là mettaient un point d'honneur à faire sonner leurs instruments, les emmenant quelquefois vers une voie inédite. D'ailleurs, c'est bien simple, les guitares brisées et crades de l'intro de "Past Present And Future" auraient pu sans problème être l'oeuvre d'un groupe post-punk. Ensuite, l'orgue, les guitares, les cuivres interviennent, et l'on pense aussi parfois à Zappa, dans les déclinaisons acid jazz que s'octroie le groupe.
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Dès "Disillusioned Man" où le chant fait son entrée fait son entrée, il n'est plus question que de digressions acides, et ceci est annonciateur des géniaux Meters, déjà en gestation et auteurs de disques, mais dont les grands oeuvres ne vont pas tarder à émerger. "Another Country" donne l'occasion à la section rythmique de briller ; tout ceci est très groovy.
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La deuxième face, plus introspective, est également écologique et "Hymn To Mother Earth", d'une certaine façon, est annonciatrice des futurs albums empreints de spiritualité propres à la décennie dorée. Si l'on doit trouver un pendant français à ce groupe et ce disque de rock psychédélique, le nom des également mythiques Chico Magnetic Band viendra inévitablement à l'esprit.
Vive la musique noire, vivent les freaks.
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En bref : on ne dira pas de ce disque qu'il fut fondateur tant le nombre de disques sonnant ainsi fut légion à l'époque , il n'empêche que ce disque, véritable OVNI et incunable de l'époque - avidement recherché par nombre de collectionneurs avisés - est à (re)découvrir toutes affaires cessantes.



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"Message to Mankind" qui ne se trouve pas sur l'album mais sur le single.


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28 juillet 2008

Tricky - Juxtapose (1999)

Tricky à la croisée des chemins ? C'est ce que l'on peut penser lorsque sort ce 5ème disque (en comptant le projet Nearly God ) : c'est la fin de sa collaboration avec sa muse Martina Topley-Bird et Island il ne le sait pas encore, est sur le point de lui rendre son contrat. Ce sera d'ailleurs le début d'une période de vaches maigres pour celui qui avec Neneh Cherry, Archive, Massive Attack et quelques autres aura quelque peu fait reposer son fonds de commerce sur le trip-hop, genre musical destitué entre tous après la période de gloire.

Or, de tout cela, Tricky a choisi à bon escient de faire table rase avec Juxtapose. C'est sur les bases d'un album concis et avec les renforts du Cypress Hill DJ Muggs et du producteur Grease que Tricky choisit de remettre les pendules à l'heure. Nouveautés ? Elles sont au nombre de deux ; car outre l'éclectisme avoué du disque, l'aspect grunge de "For Real", ce sont des guitares parfois métal qui se taillent la part du lion ici et qui confèrent au disque un tour mélodique assez inédit chez Tricky. D'ailleurs la très nerveuse "Hot Like A Sauna" a droit à une deuxième version métallique en fin d'album. On retrouve aussi parfois ce souffle rauque et tendu des premiers albums sur "Bom Bom Diggy" ;  mais dès l'intro de "Contradictive" jalonnée de guitares acoustiques, l'album respire à nouveau. Avant de repartir de plus belle sur un rythme échevelé avec l'haletant "She Said".

Le flow infernal de DJ Muggs est omniprésent sur "I Like The Girls" et la première version de "Hot Like A Sauna" . Les claviers prennent le relais sur deux morceaux angoissés magnifiques "Wash My Soul" et le piano hanté de "Scrappy Love", obsédant et martelant. 
A une époque extrêmement bavarde où beaucoup d'artistes se croient obligés de charger jusqu'à la gueule leurs CD's pour mieux faire avaler la pilule du prix exorbitant aux acheteurs potentiels, Tricky rappelle à point nommé qu'il est le seul de la vague trip-hop, à avoir quelque chose à dire sur une durée concise et à pouvoir se délester du poids encombrant de son passé. Ce magnifique disque ne sera pas confirmé lors des deux essais suivants, le très décevant Blowback (2001) qui n'aura de soufflant que le nom, et le "en pilotage automatique" Vulnerable (2003) album pas désagréable mais mineur.

Une fois  retenue la leçon, il faudrait à Tricky 5 longues années pour refaire parler de lui avec l'excellent Knowles West Boy.

En bref : du très bon Tricky, efficace, mélodique, varié. Son meilleur disque ? Poser la question, c'est déjà y répondre.


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A lire aussi : Archive Unplugged (2004)

le clip de "For Real" :


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Lindstrøm - Where you go I go too (2008)

Mes dernières réticences concernant Lindstrøm se sont définitivement évanouies. Séduit par sa douzaine de maxis sans être foncièrement convaincu (sauf par Breakfast in heaven et I feel space), j’ai été totalement emballé par ce disque dès la première écoute. Le concept de ce premier véritable album - It’s a feedelity affair étant composé de maxis préalablement sortis - est simplissime : un trip sidéral et sidérant entre météorites et étoiles filantes, conçu comme une suite en trois longues parties. Le tout traversé par un vent de glorieuse folie qui en fait (déjà) un des prétendants au titre de meilleur album de l’année dans sa catégorie.

Alors que ses 12” étaient essentiellement taillés pour le dancefloor et n’excédaient généralement pas les 7 minutes, Hans-Peter Lindstrøm donne corps à son souhait d’élaborer des espaces sonores plus amples avec un titre inaugural épique : 29 minutes à gravir des escaliers en colimaçon dans le vide interstellaire, un arpeggiator moroderesque à rendre les armes, et une pelletée de références digérées (Klaus Schulze, Manuel Göttsching, Jean-Michel Jarre...). Construite par strates successives, cette plage au tempo relativement lent en appelle à l’imagination de chacun, lui laisse le temps de penser et de se forger son propre mode d’écoute. Peut-être peut-on interpréter le titre de cette manière : “Where you go I go too” serait la formulation d’un désir, celui de s’adapter aux images mentales de chaque auditeur, de le suivre dans son trip.

Le second mouvement de cette symphonie cosmique est le plus pêchu et le plus acide. Long de “seulement” dix minutes, “Grand ideas” présente moins de variations et de détails que son prédécesseur, mais se déguste avec jubilation comme un pont entre les deux pièces principales du disque. Pour finir, le boss du label Feedelity nous assène 15 minutes psychédéliques très early 80’s qui sonnent comme un coucher de soleil artificiel sur une réserve de flamants roses. Titre chimique et estival - dommage que l’album, prévu pour juin, ne sorte que le 18 août ! - “The long way home” rappelle certaines compos du génial Jan Hammer et surtout ses prods pour Miami Vice.
Lors de récentes interviews, le Scandinave recommandait l’écoute de son nouvel opus lors de longs voyages en train ou en avion. J’ajouterai simplement que le voyage immobile, à l’abri d’une bonne couette, s’y prête également à merveille.

En bref : Le space disco de Lindstrøm en cinémascope. Pour son premier vrai album, le surdoué norvégien livre trois plages immenses dans lesquelles on n’a pas fini de se perdre. Un futur classique, à n’en pas douter.



Son Myspace, avec un edit de "The long way home" par Prins Thomas en écoute
Le site du label Feedelity

A lire aussi : Morgan Geist - Double night time (2008)


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27 juillet 2008

Stereolab - Margerine Eclipse (2004)

Lorsque paraît le 8ème album (hors compiles) de Stereolab en janvier 2004, le groop -tels qu'ils aiment s'orthographier- sort d'une période tourmentée, puisque son clavier 
Mary Hansen vient de décéder, lors des fêtes de Noël de la manière la plus navrante qui soit (mais en est-il d'intelligentes ?) : renversée lors d'une balade à vélo dans les rues de Londres. Ce nouveau disque, le dernier en date, lui est affectueusement dédié, jusqu'au diminutif de Marge présent dans plusieurs titres. A sa sortie, Stereolab qui sort de plusieurs disques en demi-teinte, fournit par ce triste fait divers du grain à moudre aux aficionados les plus indécis.

Membre de longue date qu'elle était, Mary Hansen n'a jamais fait de l'ombre au noyau du groupe, le binôme alors en scène comme à la ville Tim Gane/Laetitia Sadier. Multi-instrumentiste discrète, ses backing vocals bien que reconnaissables, n'étaient pas à ce point dépositaires du son Stereolab, d'ailleurs l'on défie quiconque de noter la différence sur ce disque où Laetitia se dédouble. Non, au-delà de la perte humaine, c'est aussi la vision de cette australienne aux cheveux de feu qui reste à l'esprit.
L'atmosphère, sourde et dépressive ? Que nenni. Jamais disque de Stereolab n'avait paru plus solaire, plus apaisé. Déjà, le formidable et volumineux EP "...Sudden Stars" avait donné le ton, conjointement à la démise de Mary. Margerine Eclipse est un disque fourmillant de trouvailles sonores, de passionnants interludes entre les morceaux, toujours dans cette atmosphère lounge qui caractérise le groupe. Mais ce qui est nouveau depuis quasi une décennie, vraisemblablement depuis l'excellent Emperor Tomato Ketchup (96), c'est que Stereolab a songé à se pencher sérieusement sur l'écriture de chansons, sur un ensemble qui fait bloc, et tient la route sous forme d'album magistral.

Toujours cette myriade de claviers, sonorités de Korg et Farfisa acidulées, ces basses rondes et cette batterie souple et élastique, mais à nouveau au service de chansons charmantes, irrésistibles, sucrées, avec un très léger voile de mélancolie pour certaines, mais toujours avec cette dynamique dansante, swingante propre à Stereolab.
De "Vonal Declosion" à "Dear Marge", que du bonheur : "...Sudden Stars", l'un de leurs plus féeriques singles est bien entendu inclus. Le groop, très inspiré, balance de redoutables intros à ses morceaux qui fonctionnent comme autant d'hypnotiques ritournelles. Et puis, hein, avait-t-on déjà entendu Tim Gane faire hurler ses guitares comme sur le teigneux "Margerine Rock" depuis les plus belles heures d'Emperor Tomato Ketchup - et là on pense aussitôt à 'The Noise Of Carpet".
Quand enfin au détour du roué "Bop Scotch", Stereolab parvient à retranscrire très librement un incunable northern soul de Sandi Sheldon, l'on se dit que ce groupe n'était peut-être pas ce collectif bobo et intellectuel que certains avaient hâtivement cru bon de désigner.
Margerine Eclipse  même suivi par le très bon Chemical Chords (2008) allait cependant préfigurer le chant du cygne du groupe. Un long hiatus avant la reformation tardive.

En bref : Stereolab délaisse enfin son krautrock devenu encombrant pour livrer son album le plus abouti à ce jour. De la musique d'ascenseur, mais de qualité.




Le site officiel du groupe dont le loop correspond aux premières notes de "...Sudden Stars"

leur myspace
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un clip d'animation sur "Margerine Rock"



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Bodies Of Water - Ears will pop and eyes will blink (2008)

Dans le registre des curiosités, le groupe californien Bodies Of Water (j’adore ce nom) qui sort cette année deux albums coup sur coup (dont celui-ci, le premier, à la pochette folk délavée), autoproduits et simplement relayés par le très bon label Secretly Canadian. Un groupe quasi familial (David et Meredith Metcalf) qui cite volontiers l'âge d'or du gospel (1947-1954) comme influence majeur d'une pop lumineuse et surorchestrée. A entendre les premières minutes on a l'impression que les choeurs de l'Armée Rouge ont sorti un album. Immense, le son Bodies Of Water ne se charge ni en modestie ni en intimité et gagne à être pris au second degré. Un premier disque où la voix domine tout et où souffle tout le long un vent épique et grandiose. Et même si c'est moins intense (car moins blessé) que Funeral, on n'avait rien ressenti de tel depuis "Rebellions Eyes" lorsque la mélodie s'emballe sur "These are the eyes".

Un simple quatuor donc, qui met les grands plats dans les petits et use d'harmonies vocales improbables pour un disque de chorale enthousiasmant. D'éducation chrétienne sans tomber dans le côté grenouille de bénitier, c'est plutôt dans le penchant néo baba communautaire type I'm From Barcelona qu'il faut aller chercher les liens familiaux. Se payant même le luxe de remettre Abba au goût du jour sur "Doves circled the sky", cuivres, cordes, rebolo et pandeiro (?) insufflent une joie non dissimulée, tout comme les Oh oh oh de "It moves". Un disque d'une heure quand même qui donne la part belle aux élans lyriques et endiablés. Le deuxième, sorti ce mois-ci, serait mieux produit et moins pompier. Un choix à priori judicieux, vu comment le groupe traite les chansons les moins chargées comme "Roar, Roar Roar", où l'émotion à fleur de peau semble vouloir jaillir mais se retrouve bloquée par tant de grandiloquence. Finalement pour notre plus grand plaisir.


En bref : Une heure de cantations pastorales pop assénée par quatre babas ensoleillés.
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Le Myspace

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A lire aussi : The Wee Turtles (2000)
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Les vidéos (officielles ?) de "I heard it sound" et "Doves circled" :








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