08 mars 2010

Interview - Mount McKinley


Rappelez-vous il y a quelques semaines nous vous parlions de Mount McKinley l’un des plus excitants duos du New Jersey, et bien c’en était trop, il fallait leur poser quelques questions. Le chanteur / guitariste Dylan White et le batteur Joe Bland on gentiment accepté d’y répondre, et avec l’innocence de la jeunesse qui les caractérise, ils n’hésitent pas à citer Mickaël Jackson ou Radiohead en influences alors que leurs premiers morceaux nous rappellent davantage My Bloody Valentine et tout le récent revival shoegaze américain.

Bonjour, pensez-vous que "Rainsand" soit votre meilleur morceau ?

Dylan: C’est difficile pour moi de dire ça, parce que j’aime tellement jouer chaque morceau pour une raison différente. Mais j’aime "Rainsand" pour ses variations de dynamique plus que les autres c’est sûr.

Joe: Je dirais que c’est en tout cas notre meilleur enregistrement. On est arrivés à faire "Rainsand" après avoir traversé une période d’écriture assez longue. Nous l’avions mise de côté avec les chansons "à finir". Quand nous y sommes finalement retournés, nous l’avons aimée et préparée pour l’enregistrement.

"In the dark" au casque et un parfait "mur du son". Ca me fait penser à Neutral Milk Hotel qui habillait ses mélodies pop parfaites de sons beaucoup plus lo-fi. Vous les connaissez? Vous avez d’autres références dans le genre "mur du son"?

Dylan: Je me souviens avoir découvert Neutral Milk Hotel au collège. C’était une révélation. Je suis un grand fan de cet effet "mur du son". Nous sonnons aussi comme ça parce que, vu que l’on n’est que deux, nous avons besoin de certains effets pour compenser l’absence de bassiste et remplir l’espace sonore. Mon "mur du son" préféré ce sont les dernières minutes du "Bros" de Panda Bear.

Vous êtes de la même ville que Real Estate (Summit, New Jersey), êtes-vous des amis proches?

Dylan: Nous habitons en fait à 40 minutes les uns des autres. Je les ai vus jouer dans un jardin l’été dernier et ils étaient géniaux. Je ne leur ai pas parlé longtemps, mais ils avaient l’air cools. J’aime leur musique.

Avez-vous conscience de ce courant appelé "chillwave" ou "blog rock"? Comment auriez-vous fait pour vous faire connaître sans blogs ?

Joe: Je ne pense pas que nous soyons très conscients de cela en fait. Nous ne sommes mêmes toujours pas sûrs de ce qu’est ce courant mais les blogs sont en tous cas devenus incontournables pour promouvoir les nouveaux groupes. Je ne sais pas ce que nous aurions fait sans eux. On se serait certainement plus impliqués dans notre Myspace.

Découvrez-vous beaucoup de musique via Internet ?

Dylan: Toute la musique que je découvre passé par Internet, mais rarement par les blogs. Et en fait, je n’ai pas autant d’appétit pour la nouveauté que d’autres fans de musique. Ca me suffit presque d’écouter Michael Jackson et Radiohead en boucle. Mais peut-être qu’il est temps que je m’y mette.

Comment composez-vous vos morceaux ? J’ai entendu parler de jam sessions ?

Dylan : On écrit tout ensemble. Quand on joue quelque chose vite fait et que ça nous plait, on s’arrête et on passe le reste du temps à développer l’idée. Quoi qu’il en soit c’est toujours un travail d’équipe.

Que pensez-vous de l’industrie de la musique? Est-ce que vous cherchez un label ?

Joe: On ne connait pas grand chose là-dessus, et c’est encore assez récent donc on n’a pas des tonnes de proposition non plus. Mais c’est sûr que ce serait bien d’avoir un label.


Allez-vous sortir des disques physiques?

Joe : On n’en est pas encore là. On est déjà assez contents comme ça pour le moment de pouvoir faire du digital.

Comptez-vous tourner en Europe? France?

Dylan: Complètement! J’espère qu’un jour on aura assez de budget pour tourner en Europe en tant que groupe. Rien que cette idée m’excite !

Quelles sont vos influences passées et présentes?

Dylan: Il y en a tant. Ce qui me vient à l’esprit en ce moment : Michael Jackson, Deerhunter, Radiohead, Slowdive, Animal Collective, Yo La Tengo… je pourrais continuer longtemps.

Joe: Je me suis récemment rattrapé en écoutant de nouveaux trucs comme Bibio, Belong ou Hella.

Quel est le dernier groupe qui vous a complètement surpris (Je veux dire qui vous a vraiment fait exploser la tête)?

Dylan: Hmm… Et bien je ne sais pas si ça m’a surpris mais ma tête a récemment explosé quand j’ai finalement écouté “Invention” de Daedelus.

Joe: J’ai entendu “You Fail Me” de Converge il n’y a pas longtemps et pour la première fois ça m’a ravagé.

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A lire aussi : Mount McKinley - Evasion Ep (2010)

"Rainsand" pour la route :


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05 mars 2010

Massive Attack - Heligoland (2010)

C'est à reculons que l'on entre dans Heligoland, tant le précédent album (100th Window, 2003) avait massivement attaqué une admiration que l'on croyait indéfectible depuis le magistral et inusable Mezzanine (1998). Être fan c'est ça, c'est être patient et y croire encore. Pourtant 100th Window nous avait carrément fâché : tout le monde s'était barré, il ne restait plus que Del Naja , en gestionnaire d'une franchise dont la maison mère n'était plus qu'un vague souvenir. On veut bien vibrer au son du trip-hop, mais faut quand même pas nous prendre pour des tourtes... L'album une fois revendu sur ebay, il ne restait plus qu' à prier pour que le trio se reforme. C'est presque chose faite, puisque Grant Marshall est revenu (pour Mushroom, il faudra encore attendre un peu). La liste des featurings suffira à lever les réticences des plus rancuniers, Tunde Adebimpe ( TV on the radio) en tête ; sans parler, cela va de soi, du fidèle Horace Andy, vieux rastaman acclimaté depuis longtemps au crachin bristolien, et qui n' a jamais su être médiocre.

Le premier contact est enthousiasmant ("Pray for rain"). "Je désirais quelque chose de dépouillé, avec d'un côté le tambour à timbre, là la basse, ici l'orgue, la voix. Simple et brut." (Del Naja, libération du 6/02/2010). La voix d' Adebimpe, tout en retenue, sied parfaitement à la gravité du sujet, et touche immédiatement. Le break, imprévisible, avec ses vocalises superbement aériennes, semble sorti tout droit d'un album de TV on the radio. Esthétique du dépouillement, certes, mais qui n'exclut pas un art pointilliste de l'enluminure, ainsi que des ponctuations instrumentales vivantes, ce par quoi la musique trouve relief et expressivité.

Le reste est à l'avenant, où l'on reconnaît le son Massive attack, tout en se délectant de cette impression que les Bristoliens ne font pas que se répéter. Quand un plat est bon, pourquoi ne pas en remanger ? Certes, mais la répétition lasse aussi, et Heligoland, à l'évidence, sans être un nouveau départ, initie quelque chose comme une régénération. "Fate of the Blade" s'ouvre sur une électronica froide, balbutiante et inexpressive, dans laquelle la douce voix de Guy Garvey (Elbow) vient à se glisser. Un morceau d'une beauté étrange. On retrouve, en revanche, ce son étouffé de basse, typique du groupe, sur "Girl I love you", dans un morceau construit comme le "Angel" de Mezzanine. La section rythmique hyper sobre laisse tout l'espace nécessaire à la voix d'Horace Andy, dont le timbre velouté et le vibrato nasal nous ont conquis depuis longtemps.

Économie de moyens toujours sur le débonnaire "Splitting The atom", avec gros clap et synthé fruste ; vibraphone et derboukas sur "Paradise Circus", pour accompagner la voix suave de Hope Sandoval. Le minimum de diversité, sur le plan instrumental, mais aussi sur le plan des ambiances, est donc assuré pour qu'on ne s'ennuie pas ; et l'album a mobilisé suffisamment d'intervenants pour qu'on ait pas de doute sur sa musicalité. Un talon d'Achille peut-être : Damon Albarn, dans la catégorie chant étranglé, ne nous a pas vraiment convaincu (n'est pas Daniel Johnston qui veut).

En bref : un groupe du siècle passé, convalescent, mais qui prouve qu'il n'est pas mort. Un album dépouillé, sans être minimaliste, varié tout en étant cohérent dans son écriture. Des voix superbes.





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02 mars 2010

The Morning Benders - Big Echo (2010)

Play. De vieilles sonorités qui vous happent d’entrée, intrigué, puis l’orchestre qui se met en branle, tout de cordes vêtu, cette valse qui commence et ces violons qui s’en donnent à cœur joie, une voix cristalline tout droit sortie des années 50. Lent balancement de la tête d’avant en arrière, agréable torpeur de fin d’après-midi. Puis break à mi parcours dans la plus grande tradition pop, à base de "dom dom dom", "ouh ouh ouh" et "la la la". Suspendu à 2 mètres au dessus du sol, c’est l’état de grâce au bout de la première chanson, avec les violons toujours eux qui s’éloignent doucement pour laisser place au silence. Parfait. Tout ça, c’est "Excuses" le premier morceau du deuxième album de The Morning Benders. Un sacré coup pour des Californiens que l’on attendait gentiment depuis Talking Through Tin Cans en 2008. Mais certainement pas à ce niveau là.

Mais qui est ce Chris Chu que les anticipateurs de nouvelles vague s’arrachent déjà ? Un étudiant comme un autre, à Berkeley, là où le soleil brille toujours très fort et où la musique surf des années 60 a laissé des traces. Sur "Promises", deuxième titre (les promesses après les excuses, normal), le groupe ne lâche pas l’affaire et enchaîne sur un groove hippie qui finit encore une fois par décoller, changer de rythme, virevolter vers des sommets orchestraux harmonieux. The Dodos à San Francisco doivent en avoir froid dans le dos. SF c’est justement là où les quatre jeunes amis ont enregistré ce disque, en compagnie du désormais respecté Chris Taylor des Grizzly Bear. Et l’on peut dire qu’il a su mettre au réel les envies de mur du son Spectorien de Chris Chu. Les cordes sont sans cesse majestueuses, les chœurs à damner un saint (St Brian Wilson nous entends-tu ?) et l’ambiance fraiche et sympathique ne tombe jamais dans le réchauffé.


"Wet Clement", toujours en apesanteur, puis "Cold War (Nice Clean Fight)" de même. Et là malheureusement, comme le promettait quelques titres avant Chris Chu, "I know this won’t last", la tension retombe un petit peu. Alors que ça commençait sur des chapeaux de roue, on parlerait presque de répétition et d’effet soporifique pour la suite. Enfin j’exagère, vous vous en doutez, mais alors que la première face est à couper le souffle, la deuxième peine un peu plus à prolonger le rêve éveillé du début. Oh rassurez-vous, c’est toujours un plaisir constant d’audiophile, mais il manque le zeste de folie de l’introduction. Remarquez sur dix titres ça passe vite et l’on a rapidement envie de le remettre, ce qui permet à fortiori de s’imprégner de ces morceaux "moins bons" et du coup de les aimer. Quand "Sleepin in" se branche à la prise électrique pour refermer le disque ça n’est que du bonheur par exemple.

En bref : terrible doo wap pop et flottant d’inspiration 50’s et 60’s, orchestration et interprétation magistrale, la maturité dans la jeunesse, bravo !




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A lire aussi : The Dodos - Visiter (2008) / Time To Die (2009)

La vidéo qui a déjà bien tourné de "Excuses", incontournable ! :


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01 mars 2010

Violent Femmes - The Blind Leading The Naked (1986)

En 1986, Julien Pras ne se produit pas encore sur scène, mais la mode est déjà aux chanteurs de poche. Il y a Prince Roger Nelson bien sûr, Rolo Mc Ginty des oubliés Woodentops, mais aussi Gordon Gano, leader des Violent Femmes, ces "chochottes violentes". 
Du reste, tout est à l'avenant dans l'aventure musicale du groupe du Wisconsin, et notamment dans l'intitulé de ce 3ème album impie, très... euh librement inspiré des Evangiles selon Matthieu. Ce disque n'est pas forcément le plus connu ni le plus cité du trio ; on lui préfère généralement les excellents Violent Femmes, l'un des très rares albums valables de 1983 et Hallowed Ground, son pendant de 1984, à la pochette vaudou. Ces deux disques qui recelaient déjà toute l'étendue du talent iconoclaste de la bande à Gano, pour ce patchwork de musiques traditionnelles américaines, mâtinées d'un humour potache, sur lequel on aurait tort de se méprendre.
En effet, contrairement à leurs compatriotes de Ween qui leur disputeront cet art inégalé de compiler tous les folklores américains, il y a chez Violent Femmes une plus grande maîtrise de bâtissage des albums, cette cohérence entre alternance de chansons courtes/longues, calmes/speed qui insuffle à leurs meilleurs oeuvres dont celle-ci, une homogénéité passionnante, qui est celle des grands albums.

Celui-ci s'ouvre par un brûlot anti-républicain, à la face réac de Reagan et c'est jouissif : 29" de hardcore foutraque, un peu plus de temps qu'il n'en fallait aux sémillants Napalm Death pour aboyer "You Suffer".On comprend qu'à la façon des Dead Kennedys et de bien d'autres activistes de la scène campus américaine du début des 80's, les Femmes -prononcer [femz]- se posaient un peu là en matière de politiquement correct. D'ailleurs, dès "No Killing", emmené par la basse infernale de Brian Ritchie, c'est la police de Milwaukee, fief de nos garçons, qui en prend pour son grade et répond au doux nom de polizei. La mélodie pop, le refrain sont superbes.
"Faith" est une manière de gospel foutage de gueule, avec abécédaire à la clé. "Breaking Hearts" est un bluegrass endiablé avec slide de rigueur, tandis que "Special" reprend les obsessions punk-hardcore. Sur l'ironique "Love and me make three" (ces titres, ces titres), c'est au tour du brillant Brian Ritchie de prendre le chant sur un boogie-rock diablement efficace, réhaussé par la guitare de Jerry Harrison, ci-devant légendaire guitariste des Talking Heads et producteur du disque. La face A s'achève par une nouvelle déconnade ; c'est "Candlelight Song", morceau aussi humide et infesté de moucherons qu'un bayou de Louisiane.

La surproduite "I Held Her in my Arms" ouvre la face B de la plus putassière façon, usant de cet instrument redoutable qu'était le saxophone variétoche des années 80. Malgré ce gimmick terriblement racoleur, Gordon Gano réussit à nous servir une chanson d'amour dont on ne sait jamais où se situe l'absolue sincérité (bisexualité ?) ou la parodie ("I can't even remember if we were lovers or if I just wanted to"). Le morceau suivant est une cover étonnante du "Children of the Revolution" de T Rex, revisitée façon soul avec choeurs féminins émoustillants. Une réussite.
Sur "Good Friends", le mentor de Louise Attaque se prend carrément pour Lou Reed, recyclant le phrasé unique du vieux grincheux new-yorkais. "Heartache" ressert la sauce punk et donne l'occasion à la 4 cordes de Ritchie de briller. "Cold Canyon" est un morceau folk crin-crin aux choeurs nasillards et énervants, qui donnerait jusqu'à des cauchemars à Sheila et son imputrescible "Folklore Américain" (!)
Malin, l'album s'achève par la magnifique "Two People", chanson qui a le bon goût de ne durer que 58", et qui réutilise ainsi le gimmick du Radio City de Big Star ou du Twelve Dreams of Dr. Sardonicus de Spirit, dans une très belle ode à l'amour bivalent -fait-elle écho à "I Held Her..." ?

  Au delà de la poilade, l'auditeur aura pu se rassasier d'un bel assemblage de mélodies, d'un nombre non négligeable d'instruments roots (beaucoup d'intervenants sur ce disque) et aura été sensible à ce digest du rock américain, qui aura sans doute plus qu’influencé le magma sonore des finlandais de 22 Pistepirkko (album Bare Bone Nest, notamment). Le nez rouge et l'esprit plume dans le cul en plus.


En bref : un album à l'image de cette chronique, à savoir une belle poilade. Mais qui réussit le tour de force de faire prendre au sérieux le talent de ses auteurs. Et à invariablement pousser le bras semi-automatique à s'abaisser à nouveau sur la galette. Probablement l'une des clés de voûte du rock indé US des 80's.

 


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A lire aussi : 22 Pistepirkko - Rumble City La La Land (1994)

"No Killing" :

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26 février 2010

Lightspeed Champion - Life Is Sweet ! Nice To Meet You (2010)

Lorsque nous nous étions enthousiasmés en 2008 pour ce que j’avais qualifié de "grand disque de country brit pop" au sujet de Falling Off The Lavender Bridge, j’avoue que j’avais des doutes quant à la longévité du bonhomme. N’était-il qu’une comète illuminant un bref instant le paysage folk pop anglais ou pouvait-on compter sur un nouveau grand songwritter ? C’est à présent confirmé, Devonte Hynes ancien guitariste des Test Icicles est un héros. Il en aura mis du temps mine de rien pour donner suite à ce parfait premier jet, lui qui disait être fasciné par le format album. Mais l’attente valait à coup sûr le coup quand on se plonge dans ce nouveau disque de pop géante, que je me risque à qualifier dé véritable œuvre d’art.

Devonte a depuis déménagé, de Londres à New-York, mais n’a pas changé d’un chouïa l’optimisme qu’on lui connait. Pour preuve ce titre d’album qui ne connait pas la crise, et surtout cette sobriété dans la grandiloquence qu’on lui connait. Pour ce deuxième album il s’est encore une fois entouré de nombreux amis musiciens, mais s’est appliqué avec génie à écrire chaque partition de chaque instrument tout seul comme un grand. Les cordes ont -on s’en doute- une nouvelle fois la plus haute importance, et les orchestrations en tous genres hissent les titres au rang de bande originale de cinéma, les grands espaces en bandoulière. Quant au personnage, le grand enfant qu’il demeure est toujours aussi attachant et extravagant. Tel un dandy romantique et décalé, il égraine ses mélodies mélancoliques et surréalistes avec une aisance digne des plus grands.


Si l’on enlève les trois interludes qui jouent peu ou prou leur rôle d’interlude, ni plus ni moins, il reste douze titres improbables et stupéfiants accessibles à la première écoute. Commençons avec "The big guns of Highsmith", titre fou qui emprunte autant à Queen qu’à l’univers de Tim Burton avec ses chœurs masculins et son piano en roue libre. Sur "There’s nothing under water" Devonte apporte un peu d’exotisme à l’aide d’un ukulélé, avant de se la jouer glam sur "Romart". Deux autres grands titres : "I don’t want to wake up alone" et "Marlene", deux autres singles en puissance qui reposent autant sur les cordes que sur les breaks, mais surtout sur la voix de Devonte qui par moment rappelle celle de son ami Conor Oberst. Enfin, trois autres morceaux envoient un peu plus le pâté, chacun à leur manière. Je pense à "Sweetheart" (The Coral ?), "Faculty of fears" et "Madame Van Damme" (refrain parfait ?) où les guitares se montrent un poil plus tranchantes et bien moins baladeuses.

En bref : il y en a pour tous les goûts dans cette nouvelle collection de titres pop folk bien anglais, mais surtout, c’est la personnalité ultra attachante de Devonte Hynes qui transpire de sa musique et la hisse vers des sommets insoupçonnés. Adam Green n’a qu’à bien se tenir.





Le Myspace

A lire aussi : Lighstpeed Champion - Falling Off The Lavender Bridge (2008)

"The big guns of Highsmith" en live minimaliste, "Marlene" avec tout le tintouin, et parce que je n’y résiste pas, cette lavomatik session plus qu’improbable:






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25 février 2010

Modest Mouse - Good News For People Who Love Bad News (2004)

Je vous parlais il y a quelques temps du Yankee Foxtrot Hotel de Wilco ; GNFPWBN (ouf !) est de la même sorte. Il contient la même folie dans la composition pop, qui déborde largement du cadre et qui à force de retouches devient un disque plein, une œuvre totale par un trio américain qui atteint là son titre de noblesse. Controversé par les fans et Pitchfork qui voient en lui le pire album de la bande (7.9 tout de même), c’est pourtant celui que je préfère (même au mythique The Moon & Antarctica). Et puis tout est dans le titre, de celui de l’album jusqu’à ceux des morceaux, tous parfaits. A la pelle : "Ocean breathes salty", "Satin in a coffin", "Blame it on the tetons"…

Avant d’être rejoints par Johnny Marr (The Smiths), les Modest Mouse (en référence à un passage issu d’un bouquin de Virginia Woolf traitant de la classe travailleuse) ne sont que trois : Isaac Brock, le grand chef anticonformiste à la voix protéiforme accompagné par Eric Judy et Jeremiah Green (ici remplacé par Benjamin Weikel). Le groupe de Washington écrit donc ce cinquième disque entre doux psychédélisme et énergie communicative (Flaming Lips ?) et flirte comme à son habitude avec le rock électrique presque classique, et le côté orchestral bancal rencontré sur les œuvres précédentes. Et c’est finalement ça qui fait le style Modest Mouse.


On y trouve seize titres pour 48 minutes d’écoute, des morceaux tous très différents et surtout les textes acides d’Isaak, qui change de peau quand il le souhaite et qui insuffle ce vent de folie qui parcourt l’album. Sur "Ocean breathes salty" par exemple son chant est incisif alors que sur "Blame it on the tetons" l’agressivité laisse sa place à la douceur, aux arpèges et au piano. Et quand on parle d’orchestre pour évoquer Modest Mouse, on pense à des morceaux comme "Bukowski" où un étrange et inhabituel accordéon s’invite à la partie, éloignant le son de ses terres traditionnelles. Et puis comment ne pas évoquer les deux petits bijoux pop de l’album : "The world at large" parfaite avec ses habillages de cordes et ses chœurs, et surtout son enchaînement parfait avec le sommet qu’est "Float on", véritable single où l’on retrouve tout ce que l’on est en droit d’attendre d’un single digne de ce nom : un riff de gratte simplissime et une voix habitée qui en font du coup un hymne emblématique. Alors certes sur seize morceaux tout n’est peut-être pas à prendre au pied de la lettre mais c’est aussi ce qui fait le charme de ce disque, sa variété et sa grande particularité.

En bref : l’un des sommets de créativité d’un groupe difficile à cerner, un joli voyage pop dans la tête d’un autre démiurge américain.





Le Myspace, le site officiel et l’album en streaming

A lire aussi : Wilco - Yankee Hotel Foxtrot (2002)

"The world at large" et "Float on" en live, soit l’un des plus beaux enchaînements de titres qui soit :




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24 février 2010

Field Music - (Measure) (2010)


A DODB, on privilégie généralement le rock nord-américain ou celui des antipodes, lorsqu'il est anglo-saxon. Mais on sait reconnaître aux rares groupes britanniques sortant du moule leur capacité à créer un son, une palette et un univers qui ne relèvent pas seuls de la NME dépendance !

C'est le cas des très fins frères Brewis, ci devant animateurs principaux de leur projet Field Music, né au début des années 2000. Déjà le 4ème album dont une compile très justement encensée par Emmanuel ainsi que 2 albums dont votre serviteur s'est fait volontiers le rapporteur. Qui d'autre sur la blogosphère et ailleurs peut ainsi se targuer d'avoir la Fied Music attitude ?

C'est sans doute pour cette raison que le hiatus décidé par le groupe en 2007 après l'épatant Tones Of Town nous a fait craindre le pire : les deux (bons) avatars que sont les groupes annexes de David et Peter baptisés respectivement School Of Language et The Week That Was ne menaçaient-ils pas de mettre la carrière méconnue mais exemplaire du groupe entre parenthèses ?

Pour notre plus grande joie,seul le titre de leur troisième album véritable aura subi ce traitement, et 3 ans après leur dernier haut fait d'armes, le groupe est plus vivant que jamais.
La première écoute c'est vrai se révèle ardue : d'une part le groupe ne nous a pas habitués à un format aussi long (60' pour 20 morceaux) et d'autre part, la fratrie Brewis se révèle un électron toujours plus libre, en ce sens que son écriture n'obéit à aucun canon du moment. Les deux composent et jouent une pop de 3' chrono -généralement- faite de références 100% anglaises (Squeeze, Costello, British Beat...), et ne fait toujours aucune concession aux desiderata des charts !

Ainsi l'auditeur lambda se révèlera surpris qu'un "Them That Do Nothing" aux arrangements de Clavinet aussi baroques que son titre ait été choisi comme single ; cette délicate mélodie ayant plus à voir avec les Kinks période princière et baroque façon Face To Face (1966) Something Else By The Kinks (1967).

Tels des Stevie Wonder de poche, les deux frères s'adonnent à tous les plaisirs, usent de tous les instruments, et tels des démiurges insatiables, ne s'interdisent rien : curieux morceau new wave ("In The Mirror"), pop nimbée de cordes EleanorRygbyennes ("Measure"), funk tribal ("Let's Write A Book"), superbe pop saccadée avec ce martèlement de piano caractéristique de l'art Mc Cartnyen, ("The Rest Is Noise"), etc...

Mais aussi des morceaux parfois complaisants où le groupe s'aventure un peu trop dans les mélodies biscornues, et loin de moi l'idée de récuser toute velleité de suicide artistique. Simplement, à force de vouloir innover dans leur quête de la chanson pop parfaite à effluves 70 - on pense aussi à l'art de Steely Dan- et pas dit Danny Dan, hein ! - les Field Music s'écoutent un peu jouer (brillamment) de leurs instruments et éprouvent l'endurance de leur auditeur.

Leur talon d'Achille, c'est peut-être d'en faire trop, d'imprimer trop d'ébauches, de trouvailles harmoniques en même temps, et oublier ce qui fait le sel des meilleures productions, l'homogénéité ! Celle qui n'est pas le fait des concept-albums seuls (souvent indigestes d'ailleurs) mais qui permet l'écoute d'un disque du premier morceau de la face A jusqu'au dernier de la face B, C ou D dans sa continuité. Un disque est un tout, une histoire que l'on évitera d'élaguer, d'écouter en mode aléatoire !

Aussi, à l'issue des 6' de "It's About Time" de l'instru qui clôture (Measure), on est à deux doigts de renvoyer le compliment au groupe, ce qui est un comble ! Beaucoup de choses intéressantes donc, dans ce nouveau disque, mais une excessive longueur qui lui ôte sa marque de fabrique : la fraîcheur! Gasp !  Affaire à suivre....

En bref : la nouvelle oeuvre des très ambitieux et uniques frangins de Field Music. Bourrée d'idées novatrices et de titres marquants même si totalement exempte de tubes, l'entreprise du combo chéri de Sunderland, n'évite cependant pas les écueils de son format étiré, et ne rend pas toujours justice au talent de ce duo hors normes !





Le site, et le Myspace

A lire aussi : Field Music - Write Your Own History (2006) et Field Music - Tones Of Town (2007)

"Them That Do Nothing" en showcase :


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22 février 2010

Turzi + The Fiery Furnaces - Concert à l’Espace Tatry de Bordeaux le 20/02/10


Quelle belle affiche que voilà ! Deux groupes et deux univers complètement différents bien que liés par une certaine intégrité, et surtout un refus du carcan. C’est donc le Versaillais Romain Turzi accompagné par son backing-band Reich IV qui ouvre le bal en interprétant des morceaux de ses deux albums A et B. Pour ceux qui connaissent, la formule n’a pas changé : rythmiques froides, chant atone (quand il y en a), et surtout un climax sombre et hypnotique qui évoque autant le krautrock allemand que le rock progressif des 70’s. Romain le dit lui-même, il n’aime pas voir un chanteur se dandiner devant son groupe, et effectivement, sa posture à lui est assez figée. Si certains peuvent y voir un côté poseur, d’autres ne manquent pas de remarquer une grande singularité qui forcément interpelle par tant de dissonance et de répétition. Soit on rentre dans cet univers mystique et introspectif, soit on reste à côté et on attend que cela passe.

Chez les Fiery Furnaces c’est un peu la même chose. N’allez pas chercher de tube ou de single, il n’y en a pas. Et si jamais il y en avait un, croyez-moi qu’il aurait été démonté et trituré en live de manière à ce qu’on ne le reconnaisse pas. Depuis 2000 les frères et sœurs Matthew et Eleana Friedberger construisent une discographie réservée aux initiés tant l’unité est difficile à trouver dans leur œuvre. En ce sens je pense un peu à Yo La Tengo qui en touchant à tout les genres peine (volontairement) à se trouver une véritable identité. Pour Matthew, principal compositeur et arrangeur du groupe, disque et live ont un statut équivalent. Sur scène, ils sont accompagnés par le très bon batteur Robert D’Amino (en charge des incessants changements rythmiques) et le mythique bassiste de Sebadoh Jason Loewenstein qui lui aussi n’est pas mis au repos niveau interprétation. Eleana quant à elle se charge toute seule du chant, et sans guitare. Les Fours Ardents (une expression biblique utilisée lorsque les juifs étaient captifs de Babylone, tiens-donc) font donc vraiment ce qu’ils veulent, déstructurant leur Going Away de 2009, collant un peu de Widow City (mon préféré) ou se reprenant eux-mêmes d’une manière de toute façon non reconnaissable. La coupure de courant intempestive dans la salle ne les empêche même pas de continuer, en acoustique, puis dans le noir total : expérience unique assurément. The Fiery Furnaces ne ressemble à rien d’autre, c’est sûr, et cette originalité dans le capharnaüm et la réinvention ne peut que rappeler Zappa pour la musique, ou Perrec pour l’écriture. Unique.

Les Myspaces de Turzi, The Fiery Furnaces et l’Espace Tatry

Un morceau live des Fiery Furnaces (avec clavier, ce qui manquait à Tatry) et Turzi sur "Bombay" (qui a dit que ça ressemblait à "I was made for loving you" de Kiss ?):




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21 février 2010

Morrissey - Vauxhall and I (1994)

1994, grand millésime pour les auteurs, ceux avec et sans majuscule. Qu'on en juge : de Luke Haines à Neil Young, en passant par Franck Black ou Daniel Johnston, pour ne citer que les plus connus, l'année fut faste.
 Que retenir donc du cru de Steven Patrick de cette année là ? Déjà qu'il témoigne d'une pochette des plus accortes, ensuite qu'il recèle tout simplement le meilleur de sa discographie solo passée et à venir. Et à la vérité, il y aura définitivement un avant et un après Vauxhall and I, qui tutoie la perfection pop des Smiths de Meat Is Murder (1985) : même son rêche, même ton désabusé mais sans l'apitoiement sur soi-même, "All of the rumours keeping me grounded / I never said that they were completely unfounded", affirme l'artiste sur le très incisif et presque noisy "Speedway".
 
 Sinon, même pop sèche et brutale, même mélancolie teintée de tendresse et d'amertume ; Morrissey à bien des égards, dresse un bilan peu complaisant de son existence, même s'il ne donne pas sa part aux chiens quand il s'agit de distribuer des actes de contrition. ("Used to be a sweet boy /... But something went wrong /... And I know I can't be to blame...") énonce-t-il dans la bien nommée "Used to be a sweet boy", après avoir réglé leur compte à ses principaux détracteurs et amitiés déçues ("The more you ignore me, the closer I get"), avec cette assertion terrible "I bear more grudges than lonely high court judges", ainsi qu'à l'industrie musicale ("Why don't you fiund out for yourself") où le beau ténébreux nous dit avoir tant de fois été poignardé dans le dos qu'il n'en a plus de peau. L'insondable solitude qui s'accommode d'un spleen quasi adolescent est aussi évoquée dans "I am Hated for Loving". Et l'amitié même est sujette à caution dans le magnifique "Hold on to your friends", l'un des plus imparables singles du Moz qui a la bonne idée de recycler l'outro du merveilleux "Pretty girls make graves" d'antan. Bref, tout va mal jusqu'à la figure picturale que dresse le Moz dans "Lifeguard sleeping, girl drowning", où la fatalité rattrape son héroïne - métaphore du destin discographique de l'artiste, immanquablement jeté de toutes ses maisons de disques ? C'est en tout cas ce que murmure le dégingandé dans un souffle John Calien (cf"Antarctica starts here") pour ce qui est l'un des sommets d'un disque, par ailleurs sans aucune faiblesse et remarquable d'intensité de bout à l'autre. D'ailleurs, dès "Now My Heart Is Full", la messe est dite, et on comprend que Morrissey a besoin de déballer, de tourner la page. 
 
Cela a toujours été sa marque de fabrique ; mais là où ce 4ème effort solo se distingue des autres longs formats, c'est par une musicalité nouvellement affirmée. Il aura souvent été reproché à juste titre, aux accompagnateurs et co-compositeurs de Morrissey de manquer de nuance, de bourrinner leurs riffs - à cet égard Your Arsenal (1992), le précédent ne faisait pas dans la dentelle. Cette fois-ci, Morrissey, définitivement orphelin de Johnny Marr et ses compositions marquantes, remet le couvert : "Spring-Heeled Jim", pleine de morgue et bâtie autour d'une séduisante mélodie en boucle répond à la mélancolique "Now My Heart Is Full". "Billy Budd" est un rocker trépidant, à la rythmique efficace, où la guitare a le bon goût de ne pas être trop mixée en avant. Arpèges en demi-teinte sur les primesautiers "I Am Hated for Loving" et "Used To Be A Sweetboy", empreints d'un classicisme de bon aloi, et qui précèdent cet étonnant "Lifeguard Sleeping, Girl Drowning", sur laquelle Morrissey fait montre de ses talents de vocaliste, seul domaine avec les textes dans lequel l'homme aux glaieuls n'aura jamais été pris en défaut. 
 
 
 En bref : de loin le meilleur disque du Moz en solo. Qui tout en durcissant le son, sait retrouver le meilleur des arpèges merveilleux et de la magie pop de son légendaire groupe ! Et malgré la mélancolie et la colère, ça n'est plus Viva Hate mais bien Viva Morrissey. 
 
 
 
 
 
 Spring-Heeled Jim :
 

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13 février 2010

These New Puritains - Hidden (2010)

Avant même de penser à entamer cette chronique, je n’étais pas au courant que toute la blogosphère s’était déjà battue à son sujet. Je souhaitais juste donner une deuxième chance à un groupe que je sentais prometteur mais dont je n’avais pas trop aimé le premier disque (Beat Pyramid en 2008). Et le moins que l’on puisse dire c’est que j’ai été bien vite captivé. Il y a donc deux écoles, Beauvallet et ses Inrocks d’un côté, pour qui le Hidden est "secouant" et "immense", et Magic de l’autre, qui le trouve "ennuyeux" et "prétentieux". Personnellement, et dans un premier temps fort dérouté, je dois dire que je ne suis pas resté insensible à quelques morceaux, mais que oui, c’est boursouflé de partout, parfois lourd et souvent glauque. Mais qu’est-ce que c’est audacieux quand même !

Quand on parle de These New Puritains, il faudrait en fait simplement parler de Jack Barnett. Certains voient déjà en lui un "démiurge", lui qui pourtant "ne veut faire que de la pop". Presque tout seul aux commandes de cette machine mutante, il dit aussi ne pas aimer le rock contemporain. Il compose, puis enregistre séparément cordes, cuivres, groupe (quand même) et passe des heures à assembler le tout, seul. Cela sonne parfois jazz, comme sur "Hologram", parfois très orchestral comme sur le mal choisi premier single "We want war". Martial, ultra-conquérant par ses violons, on croirait entendre le Massive Attack des heures sombres.


Mais ce que préfère Jack, c’est le vieux R’n’b. "Attack music" en ce sens est un petit sommet de son hybride. A la fois hip-hop, indus, électro et rock. La production donnée par Dave Cooley est énorme, et la cavalerie arty est sortie. On se trouve face à un magma bouillonnant, un mastodonte de percussions, pour une musique qui se veut selon Jack "très personnelle". Et "Thee thousand", ce riff entendu 1000 fois (Dj Shadow ?), cette voix exempte de tout sentiment, ce flow hip-hop, quelle efficacité. C’est putassier si vous voulez, mais alors ça marche grave. Bien plus éprouvant pour les nerfs, vous avez "Fire power", presque inécoutable. Certains ont parlé de "bouillie post-moderne". Le reste est encore très déroutant, à base de chœurs d’enfants et de tambours japonais, puis d’un coup, d’un simple piano ("Orion", épique au possible). Cela me fait penser à Luke Steele qui avec son One Was A Spider One Was A Bird transforma un projet très intime en une foire foraine musicale. C’est mon seul reproche, en avoir fait un peu trop.

En bref : concept album épique et malsain de pop expérimentale mais accessible, Hidden est un disque complexe qu’il faut je pense avoir écouté au moins une fois cette année.




Le Myspace


Acheter  Hidden chez l'International Records

A lire aussi : The Young Gods - Only Heaven (1995) (ce que j’ai trouvé de plus proche sur le site)

Mangez "Attack music" et "Thee thousand" dans vos oreilles, les deux bombes noires de ce Hidden :




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11 février 2010

Mount McKinley - Evasion Ep (2010)

Attention, coup de coeur instantané. Il ne m’a pas fallu longtemps pour sombrer dans l’univers de Mount McKinley, duo minimaliste en provenance de Summit, New Jersey. C’était déjà là-bas que l’on avait trouvé les formidables Real Estate, et dans le même élan "chillwave", le chanteur/guitariste Dylan White et le batteur Joe Bland tapent assez fort, c’est le moins que l’on puisse dire. Encore non-signés, à peine repérés par quelques blogueurs undergrounds US, les deux amis qui répètent ensembles depuis trois ans dans la cave désaffectée et froide de Dylan sortent ce premier Ep accompagné de quelques autres titres. Enfin "sortent" c’est un bien grand mot puisque le disque n’existe pas encore en physique, et que tout est encore gratuit, magie du web. Le résultat est incroyable, tout en étant sobre et rapidement addictif.

Un mouvement nouveau est en marche. Certains n’hésitent même plus avant de parler de glo-fi, de dream beat, et comble du comble, de blog rock tant le genre est poussé par cette nouvelle blogosphère indée. Pourtant si on écoute un minimum on se remémore forcément des morceaux comme "Sometimes" de My Bloody Valentine. Le même fuzz ambiant, les distorsions qui n’en finissent plus, la voix cotonneuse au possible. Mais l’esprit lui est nouveau. Une autre génération surtout.

Sur cet Ep, Mount McKinley (aussi sommets jumeaux et Parc National en Alaska) démarre très fort avec 11 min de "Mammores" définitivement perchées. Ont sent que les deux hommes ont travaillé en jam sessions à peine enjolivées de quelques couches d’effets. "Cool waves" on la connait, c’est celle qui figurait sur la compilation Delicious Scopitone dont je vous avais parlé, et c’est un pur morceau de pop droguée, ça balance, ça avance, ça envoie. Et puis ça paradoxe à tout-va. "The beach", quel titre pour ce morceau de winter-music. Et la pochette (officielle ?) qui me rappelle à celle d’un autre groupe de la branche, Wavves. Quand on sait que leurs deux meilleurs morceaux, "Rainsand" et "In the dark" (EN-OR-MES) ne sont mêmes pas présents sur cet Ep, on ne doute pas de l’avenir d’un tel groupe.

En bref : 25min ultra prometteuses, en plein dans l’air du (bon) temps, par un tout petit groupe amené à tutoyer les sommets.



Le Myspace

A lire aussi : Real Estate - S/t (2009)
"Rainsand" , "In the dark" et "The beach" à écouter et déguster :












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House of House - Rushing To Paradise (2009)

Le rythme de publication de Dodb n’étant pas assez élevé pour traiter correctement de la foisonnante actualité électronique, il devient presque absurde de consacrer une chronique entière à un maxi, alors qu’il en paraît des centaines chaque mois. Il s’agit donc de choisir, outre quelques coups de cœur inexplicables, quelques-uns des EPs les plus emblématiques, de procéder à un écrémage géant pour ne conserver que la substantifique moelle. En 2009, l’un de ces disques un peu plus importants que la moyenne fut Rushing to Paradise, première sortie des New Yorkais de House of House.

Pas de tromperie sur la marchandise, c’est bien de pure house qu’il s’agit ici. Le morceau (car seul nous intéresse le morceau-titre, en face A) a même quelque chose de foncièrement caricatural, tant il utilise tous les fondamentaux du genre sans aucune retenue. Comme si Saheer Umar et Olivier "Liv" Spencer avaient voulu produire l’ultime track house, le Graal des clubeurs, en se vautrant dans l’outrance. Et c’est vrai que l’écoeurement n’est pas loin. Mais peu importe, qui aime la musique house leur pardonnera aisément ces excès tant "Rushing to Paradise (Walkin' These Streets)" est enthousiasmant, festif et culotté.

En réalité, une seule chose me gêne dans ce morceau : cette voix masculine excessivement putassière (celle de Saheer Umar) qui vient gâcher le meilleur moment, vers la neuvième minute - l’ensemble en dure treize! Sans cette voix, j’aurais tenu là, haut la main, mon morceau house favori de l’année dernière. Car en dehors de cette faute de goût, facilement corrigible par un edit bien senti, c’est un rêve éveillé que le binôme offre à la fois aux amateurs de disco-garage à l’ancienne, mais aussi de deep-house : au terme de sept minutes de montée profonde, le piano s’emballe et claque un riff old-school imparable, tandis qu'un énorme clap fait son apparition.

Choeurs d'enfants, relents africains, solo de piano lyrique: House of House réveille le côté viscéralement théâtral de la house nord-américaine, celui qui animait les exclus noirs et latinos, majoritairement gays, qui ont bâti cette musique. New York s'est trouvé de nouveaux héros!

A noter : la face B de la première édition est affreuse et a disparu sur le repressage du disque au profit d’un edit de "Rushing…" par DJ Harvey.

En bref : Une brillante épopée house de 13 minutes qui ravive la folie des dancefloors new yorkais des années 1980. Même les atroces parties vocales de la fin du morceau ne peuvent m’empêcher d’adorer.



"Rushing to Paradise" (amputée de 3 minutes pour les besoins du formatage YouTube) :



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10 février 2010

Rene Breitbarth - Soul Bytes (2010)

Le co-fondateur du label de techno minimale Treibstoff a décidé, en septembre 2008, de créer Deep Data pour placer ses productions les plus housey. Uniquement disponibles en version digitale pour le moment, ces petites perles pourraient être compilées sur vinyle dans un avenir proche. Devenu Berlinois, comme tant d’autres, Rene Breitbarth vient de Cologne, et ça se sent. Si son approche reste globalement minimaliste, son mélange très mélodique de techno et de house évoque davantage celui des pensionnaires historiques de Kompakt que celui des résidents du Panorama Bar.

"Bit’n'soul" est la plus posée, la plus laid back du lot. De petites touches de clavier traversent l’espace comme des nuages moutonnants. La rythmique est en sourdine. Une voix grave et filtrée amorce un semblant de monologue. C’est presque du Theo Parrish – j’y décèle en tout cas la même monotonie enchanteresse. Changement de cap avec "Reel," dont le beat plus appuyé s’acoquine avec deux notes de basse tout droit tirées de "Papa was a rolling stone". Sur ce titre comme sur le reste de l’EP, les influences de la musique noire américaine sont évidentes. A l’instar de son compatriote Jackmate (alias Soulphiction), Breitbarth recycle certains éléments marquants de la Blaxploitation avec une attention particulière pour les basses, qu’il préfère chaudes et dodues.

Sur les 4 titres, ma préférence va à "Soul Time", avec le côté french touch, presque niais, de sa mélodie, et le retour de cette étrange voix déjà entendue sur "Bit n’soul". La production reste assez basique, plutôt répétitive, ce qui n'empêche pas cette house sans chichi d'exercer un charme certain. Le groove limpide de "Widescreen" complète un bien bel EP, pas tape-à-l’œil pour un sou, mais suffisamment envoûtant pour être cité sur ces pages.

En bref : l’habituellement très minimal Rene Breitbarth a plus d’une corde à son arc, comme le prouve cet EP house simple mais classieux, digne hommage aux héros de la musique noire américaine d’hier et d’aujourd’hui.




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09 février 2010

Visions Of Trees - Sometimes It Kills Ep (2010)

De l’autre côté de l’Atlantique aussi, certains labels se sortent les doigts pour dénicher des perles rares. Je pense à l’Américain Royal Rhino Flying Records qui a eu écho on ne sait comment de ce duo pourtant Londonien. L’univers de Sara Atalar et Joni Juden ne ressemble à rien d’autre. Enfin si un peu quand même. Les anciens croiront voir renaître la grande Fraser Elizabeth des défunts Cocteau Twins, forcément, alors que les plus jeunes ne pourront comparer qu’avec Bat For Lashes. On pense à des morceaux comme à "Joshua & the bat" ou "Sleep alone" à l’écoute de ces quatre titres (oui ça n’est qu’un maxi) aux étranges textures électroniques. L’écoute au casque (indispensable) apporte ainsi cet effet "massage" de cerveau ou encore ce côté "ça arrive de tous les côtés et je ne sais pas à quoi m’accrocher". Seule la voix permet de garder un pied sur terre, alors que le reste nous fait survoler d’étranges paysages tropicaux synthétiques (qui a dit Pandora ?).

Ouvrant sur l’éponyme "Sometimes it kills", Visons Of Trees surprend dès les premières secondes. Comme si les suédois de The Concretes avaient ralenti le rythme et utilisé pédales et samples. La voix encore une fois peut évoquer d’autres groupes plus modernes, des intéressants School Of Seven Bells, jusqu’aux mauvais Telepathe. Le deuxième morceau, "Cult of cobras" hausse encore plus le niveau. Complètement cheesy, inspiré très rapidement de la synth pop des 80’s, il insuffle un air disco sous des atours laid back. Complètement envoûtant. "Waves they crash", présent sur la superbe compilation autour des vagues de Delicious Scopitone (le mot "wave" dans chaque titre), est une immense invitation flottante au chill. C’est la plus longue aussi. Enfin, "Solid rainbows", plus joyeuse ouvre vers plus d’espoir avec une utilisation judicieuse des percussions, pour le même effet hypnotique que les précédents morceaux.

En bref : en quatre titres seulement Visions Of Trees s’impose comme LE duo à surveiller dans le registre pop électronique opiacé.




Leur Myspace

A lire aussi : School Of Seven Bells - Alipinisms (2008)

"Cult of cobras" :


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08 février 2010

Interview - Tom Caruana, (Wu-Tang Vs Beatles, Enter The Magical Mystery Chambers)


Il est l’une des nouvelles célébrités musicales de ce début d’année grâce à son incroyable disque remixant le Wu-Tang et les Beatles et il a accepté de répondre à nos questions. Tom Caruana, producteur, rappeur et multi-instrumentaliste Anglais s’étonne ainsi du succès de cet étrange medley, et nous parle de ses projets à venir, dans la plus grande simplicité. Entretien.

Bonjour Tom. T’attendais-tu à un tel succès avec Enter The Magical Mystery Chambers ou est-ce que tu l’as juste réalisé pour le fun ?

Au début pour moi c’était juste pour le plaisir, chercher de vieux samples des Beatles, des acapellas du Wu-Tang, et les mettre ensembles. J’adore ces deux groupes donc c’était une chance d’explorer profondément leur musique. Je ne m’attendais vraiment pas à un tel succès, mais j’espérais quand même une plus grande popularité que mes précédents projets. J’avais surtout envie de créer, et au début je comptais simplement remixer du Wu-Tang avant de penser y rajouter du Beatles.

Combien de temps cela t’as pris pour réaliser Enter The Magical Mystery Chambers ?

Au tout pour tout cela m’a pris 2 mois et demi. J’ai passé les deux premiers mois à chercher les samples, les acapellas et à faire le mix, et les deux dernières semaines à terminer le mixage, à placer les titres en séquence et à ajouter le spoken word.

Est-ce que le Wu-Tang et les ayants droits des Bealtes étaient au courant du projet ? N’y a-t-il pas des problèmes légaux à utiliser ce matériel ?

Non ils n’étaient pas au courant. Je n’avais jamais imaginé combien ce projet récolterait de communication, je pensais simplement le faire pour les amis de ma mailing-list habituelle (quelques centaines de personnes). Je ne sais pas s’ils me contacteront pour que je l’enlève de la toile, mais vu que c’est un projet gratuit j’espère que cela ne les dérangera pas.

Est-ce que Enter The Magical Mystery Chambers sortira en support physique un jour ? En vinyle ?

J’aimerais bien. J’adorerais le voir en vinyle ! Mais à priori cela n’arrivera pas puisque ce serait étrange de toucher de l’argent pour des musiques dont je n’ai pas les droits. Ce serait difficile d’obtenir les droits de tous ces samples, même si beaucoup d’entre eux sont des reprises.

Comment as-tu construit les morceaux ? Les Beatles en premier ? Le Wu-Tang en premier ?

Je suis toujours parti des acapellas du Wu-Tang, afin d’avoir le bon tempo, d’ajouter quelques percussions, et ensuite essayer avec différents samples. Ensuite une fois que je trouve le bon sample, les percussions évoluent pour coller avec.

Qu’est-ce que tu préfères, remixer, chanter, jouer d’un instrument ?

J’ai toujours aimé faire plein de choses différentes en musique. Je m’ennuie à faire trop longtemps la même chose. Mais je dois dire que remixer est très plaisant et peut être instantanément satisfaisant, mais que cela finit par être assez limité car il faut toujours que cela colle avec les chants.


Ta nouvelle célébrité a certainement du amener quelques gens à écouter tes anciennes réalisations comme Welcome Aboard. Que peux-tu dire à ce sujet ?

Mes anciennes réalisations solo sont assez différentes de mes projets de remix. Pour être honnête, je ne m’attends pas à ce que tout le monde apprécie. J’aime également construire des chansons entièrement par moi-même, parce que parfois collaborer peut être très difficile. J’ai fait un album avec Grand Agent (ndlr : MC de Philadelphie) récemment, je lui ai envoyé quelques beats, il m’a envoyé quelques paroles chantées, et ensuite j’ai mixé le beat autour de ses paroles. C’était une manière très agréable de travailler vu que je pouvais travailler en restant chez moi, sans avoir quelqu’un du studio pour me dire de changer ceci ou cela.

Qu’est-ce que tu vas faire maintenant ?

Je vais réaliser une poignée d’autres remix, j’en ai un de J-Live (ndlr : un MC New-Yorkais) que j’ai commencé avant que Mystery Chambers ne sorte. J’ai aussi d’autres projets qui sont en cours depuis un moment et que j’aimerais finir. Cela inclut notamment Bombadeal, un album concept autour d’une forêt mystique, The Eclectic Maybe Band qui est une de mes productions avec différents chanteurs, et enfin Klondike Kids qui est un projet instrumental avec Dutch Courage (ndlr : un folkeux du Wisconsin).

Question difficile, préfères-tu le hip-hop ou la pop ?

J’écoute beaucoup plus de musique non hip-hop que de hip-hop. Il y a plein de hip-hop que j’apprécie, mais les années 60 et 70 me conviennent mieux.

Sans aucune objectivité, quels sont tes 5 albums préférés de tous les temps ?

C’est toujours une question difficile, j’ai au moins une centaine d’albums préférés, mais essayons :

Songs Of Innocence - David Axelrod
Songs In The Key Of Life - Stevie Wonder
The White Album - The Beatles
There's A Riot Going On - Sly and the Family Stone
Mother Natures Son - Ramsey Lewis


Son Myspace

A lire aussi : Tom Caruana - Wu-Tang Vs The Beatles, Enter The Magical Mystery Chambers (2010)

"Sea of tea" et "Something to remember", deux anciennes réalisations hip-hop de Tom :




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