22 février 2010

Turzi + The Fiery Furnaces - Concert à l’Espace Tatry de Bordeaux le 20/02/10


Quelle belle affiche que voilà ! Deux groupes et deux univers complètement différents bien que liés par une certaine intégrité, et surtout un refus du carcan. C’est donc le Versaillais Romain Turzi accompagné par son backing-band Reich IV qui ouvre le bal en interprétant des morceaux de ses deux albums A et B. Pour ceux qui connaissent, la formule n’a pas changé : rythmiques froides, chant atone (quand il y en a), et surtout un climax sombre et hypnotique qui évoque autant le krautrock allemand que le rock progressif des 70’s. Romain le dit lui-même, il n’aime pas voir un chanteur se dandiner devant son groupe, et effectivement, sa posture à lui est assez figée. Si certains peuvent y voir un côté poseur, d’autres ne manquent pas de remarquer une grande singularité qui forcément interpelle par tant de dissonance et de répétition. Soit on rentre dans cet univers mystique et introspectif, soit on reste à côté et on attend que cela passe.

Chez les Fiery Furnaces c’est un peu la même chose. N’allez pas chercher de tube ou de single, il n’y en a pas. Et si jamais il y en avait un, croyez-moi qu’il aurait été démonté et trituré en live de manière à ce qu’on ne le reconnaisse pas. Depuis 2000 les frères et sœurs Matthew et Eleana Friedberger construisent une discographie réservée aux initiés tant l’unité est difficile à trouver dans leur œuvre. En ce sens je pense un peu à Yo La Tengo qui en touchant à tout les genres peine (volontairement) à se trouver une véritable identité. Pour Matthew, principal compositeur et arrangeur du groupe, disque et live ont un statut équivalent. Sur scène, ils sont accompagnés par le très bon batteur Robert D’Amino (en charge des incessants changements rythmiques) et le mythique bassiste de Sebadoh Jason Loewenstein qui lui aussi n’est pas mis au repos niveau interprétation. Eleana quant à elle se charge toute seule du chant, et sans guitare. Les Fours Ardents (une expression biblique utilisée lorsque les juifs étaient captifs de Babylone, tiens-donc) font donc vraiment ce qu’ils veulent, déstructurant leur Going Away de 2009, collant un peu de Widow City (mon préféré) ou se reprenant eux-mêmes d’une manière de toute façon non reconnaissable. La coupure de courant intempestive dans la salle ne les empêche même pas de continuer, en acoustique, puis dans le noir total : expérience unique assurément. The Fiery Furnaces ne ressemble à rien d’autre, c’est sûr, et cette originalité dans le capharnaüm et la réinvention ne peut que rappeler Zappa pour la musique, ou Perrec pour l’écriture. Unique.

Les Myspaces de Turzi, The Fiery Furnaces et l’Espace Tatry

Un morceau live des Fiery Furnaces (avec clavier, ce qui manquait à Tatry) et Turzi sur "Bombay" (qui a dit que ça ressemblait à "I was made for loving you" de Kiss ?):



3 Comments:

néné said...

Une bien belle soirée! Z'avez tout de même oublié d'évoquer Antisolo et sa contrebasse en première première partie... Ca m'a un peu coupé la chique sur le moment!

Ju said...

Oui c'est vrai, mais Antisolo je suis arrivé un peu tard pour en parler... (-;

Mickael Choisi said...

C'est vrai que c'était une chouette soirée, pointue mais goûtue (hum, je laisse la formule, pour la postérité)