05 mars 2010

Massive Attack - Heligoland (2010)

C'est à reculons que l'on entre dans Heligoland, tant le précédent album (100th Window, 2003) avait massivement attaqué une admiration que l'on croyait indéfectible depuis le magistral et inusable Mezzanine (1998). Être fan c'est ça, c'est être patient et y croire encore. Pourtant 100th Window nous avait carrément fâché : tout le monde s'était barré, il ne restait plus que Del Naja , en gestionnaire d'une franchise dont la maison mère n'était plus qu'un vague souvenir. On veut bien vibrer au son du trip-hop, mais faut quand même pas nous prendre pour des tourtes... L'album une fois revendu sur ebay, il ne restait plus qu' à prier pour que le trio se reforme. C'est presque chose faite, puisque Grant Marshall est revenu (pour Mushroom, il faudra encore attendre un peu). La liste des featurings suffira à lever les réticences des plus rancuniers, Tunde Adebimpe ( TV on the radio) en tête ; sans parler, cela va de soi, du fidèle Horace Andy, vieux rastaman acclimaté depuis longtemps au crachin bristolien, et qui n' a jamais su être médiocre.

Le premier contact est enthousiasmant ("Pray for rain"). "Je désirais quelque chose de dépouillé, avec d'un côté le tambour à timbre, là la basse, ici l'orgue, la voix. Simple et brut." (Del Naja, libération du 6/02/2010). La voix d' Adebimpe, tout en retenue, sied parfaitement à la gravité du sujet, et touche immédiatement. Le break, imprévisible, avec ses vocalises superbement aériennes, semble sorti tout droit d'un album de TV on the radio. Esthétique du dépouillement, certes, mais qui n'exclut pas un art pointilliste de l'enluminure, ainsi que des ponctuations instrumentales vivantes, ce par quoi la musique trouve relief et expressivité.

Le reste est à l'avenant, où l'on reconnaît le son Massive attack, tout en se délectant de cette impression que les Bristoliens ne font pas que se répéter. Quand un plat est bon, pourquoi ne pas en remanger ? Certes, mais la répétition lasse aussi, et Heligoland, à l'évidence, sans être un nouveau départ, initie quelque chose comme une régénération. "Fate of the Blade" s'ouvre sur une électronica froide, balbutiante et inexpressive, dans laquelle la douce voix de Guy Garvey (Elbow) vient à se glisser. Un morceau d'une beauté étrange. On retrouve, en revanche, ce son étouffé de basse, typique du groupe, sur "Girl I love you", dans un morceau construit comme le "Angel" de Mezzanine. La section rythmique hyper sobre laisse tout l'espace nécessaire à la voix d'Horace Andy, dont le timbre velouté et le vibrato nasal nous ont conquis depuis longtemps.

Économie de moyens toujours sur le débonnaire "Splitting The atom", avec gros clap et synthé fruste ; vibraphone et derboukas sur "Paradise Circus", pour accompagner la voix suave de Hope Sandoval. Le minimum de diversité, sur le plan instrumental, mais aussi sur le plan des ambiances, est donc assuré pour qu'on ne s'ennuie pas ; et l'album a mobilisé suffisamment d'intervenants pour qu'on ait pas de doute sur sa musicalité. Un talon d'Achille peut-être : Damon Albarn, dans la catégorie chant étranglé, ne nous a pas vraiment convaincu (n'est pas Daniel Johnston qui veut).

En bref : un groupe du siècle passé, convalescent, mais qui prouve qu'il n'est pas mort. Un album dépouillé, sans être minimaliste, varié tout en étant cohérent dans son écriture. Des voix superbes.





Le myspace





9 Comments:

Nickx said...

Ce que j'ai entendu en ligne ne m'a hélas, toujours pas réconcilié avec ce groupe !

Il y a même un brelan de morceaux supra chiants sur ce disque....

HIPHOP said...

pour moi il y a deux morçeaux chiants : martina topley, et damon albarn, avec son refrain plus que chiche. Sinon le reste m'a convaincu.

Francky 01 said...

Salut.

La critique, comme à l'accoutumé chez vous, est très bonne. Peut on en dire autant de cet album des mythique Massive Attacks ?
Je ne sais pas. Je ne l'ai qu'écouté en streaming et que furtivement de plus. Mais l'envie et l'excitation d'antan ni sont plus. Pourtant, je les aimé. "Mezzanine" reste pour moi un des grands disques des années 90, leur moment de grâce et d'apogée (avant la chute?).
En matière de come back de ces géants et fondateurs du son que l'on nomma trip hop, Portishead il y a 2 ans l'a réussi haut la main. "Third" a su continuer là où ils avaient laissé le terrain en jachère tout en se renouvelant. Exploit. Mais pas Massive Attacks il me semble...

En sorties de disques électronica, le nouvel Four Tet et surtout "Oversteps" d'AUTECHRE sont 100 fois + intéressant, mystérieux, planant, expérimental et novateur.

A + +

Nickx said...
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Nickx said...

HIPHOP, je rajouterai "Fate of the Blade"....insupportable !

HIPHOP said...

1) le premier contact, passé le morceau avec adebimpe que j'adore, n' a pas été trés bon ; moi aussi j'ai trouvé" fate of the blade" limite foutage de gueule ; et puis tout doucement on se réconcilie.

2) Francky 01 a sûrement raison, il y a bien plus passionant que cet album en ce moment ; mais de là à le dénigrer... tu verras, mon Nickx, tu y viendras... de la même manière que j'ai réussi à te faire aimer "dis bonjour au monsieur"...

Francky 01 said...

Salut HIP HOP.

Méa Culpa : Je dois reconnaitre que mon jugement était hâtif et pas assez raisonné ! Je n'ai qu'écouté très rapidement et furtivement cet opus. Mais force est de reconnaitre que leur come back savamment organisé n'est pas au niveau de Portishead, en matière de trip hop !!!!

Méa Culpa à tous les fans que j'ai pu vexé !!!!

A + + + +

Nickx said...

Oui mais pour "Dis bonjour au monsieur", il y a avait de la graine de fan en moi !

Je connaissais ce morceau depuis mon enfance ! Et puis le break de guitare wah wah, une tuerie quoi !

Carlos rules !

Bernard Estardy a un Robert Del Naja à chaque pied de console !

Nickx said...

Non, sinon rien à faire, cet album n'est pas bon !

Et à part Tricky, auteur d'un album correct l'an passé, toutes les ex-gloires du trip-hop, de Massive Attack aux affreux Archive en passant par Portishead (leur dernier album, bof....vous l'écoutez souvent, vous ?) me paraissent dépassées et inutiles !

Ces trois-là sont tous frappés du syndrome
"gardons-nous de composer des morceaux qui durent moins de 8minutes !"

Qu'ils prennent exemple sur Adam Green et resserrent leur propos !