17 septembre 2009

Portugal, The Man - The Satanic Satanist (2009)

Non, ce n’est pas moi qui ai dessiné la pochette sous champis de ce déjà quatrième album des poilus de Portland. Si comme moi vous ne les connaissiez pas, sachez que l’on tient là un très bon groupe. Quatre albums en trois ans, un an seulement après le pourtant très touffu Censored colors, et avec des débuts presque math rock paraît-il. John Baldwin Gourley écrit beaucoup, et se renouvelle. Cette fois-ci et en légère continuité avec le précédent opus, le registre est très soul rock, et surtout, ce qui est plus rare, instantanément hédoniste. Très pop, groovy, faussement simple et rageusement dansant, The Satanic Satanist a tout d’un grand.

Enregistré en une semaine et demi par Paul Q. Kolderie (Radiohead, Dinosaur Jr), ce disque compte aussi sa version acoustique, chanson par chanson, appelée The Majestic Magesty, classe. Autre détail sans importance, un concept album se cacherait dans l’histoire, celle d’un homme banni de la planète, contraint de se rendre dans l’espace avec une fusée, et qui revint finalement sur Terre pour constater qu’il n’y a plus personne. Flaming Lips ou quoi ? Même pas, parce que le style est court et direct, parce que le psychédélisme laisse sa place au rétro, sans s’alourdir d’influences trop reconnaissables.


Quant au nom ? Portugal, The Man. C’est quoi ce truc ? En fait une idée compliquée qui se rapporte à Bowie et son Bigger than life. Bref le constat est là, on a droit à un enchaînement de hits en mode Be happy. Chaleureuse, enivrante, la musique des sept américains évolue en direct et avec une telle simplicité. "People say", premier morceau et première évidence. Il y a du Ween, et ça me fait mal de le dire mais de l’Oasis. "The sun" peut-être ? Evidemment également. La bande son des vacances. On pense à Gorillaz aussi quand démarre le parfait "Work all day".

Certains disent cet album bâclé, trop court, je ne suis pas d’accord. Certes le plus court de leur discographie avec 35 minutes pour 11 titres au compteur, il ne manque pourtant rien à The Satanic Satanist. Immanquables assurément, le presque hip-hop "Guns and dogs", quel caractère, ou les voix psychés du galopant "Lovers in love". "Let you down" et c’est "Again" qui remonte avec la voix de Gourley. Le seul slow dépressif de coffret de joyaux. Perfect.

En bref : que manque-t-il pour faire de ce disque un futur classique pop ? De l’éclairage certainement, sinon je ne vois pas.




Le site officiel et le Myspace

A lire aussi : Pacific! - Reveries (2008)

Le site où vous trouverez un très bel objet vinyle réalisé pour l’occasion

"People say" en acoustique et "Lovers in love" en studio :




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16 septembre 2009

Dinosaur Jr - Farm (2009)

J'ai eu beau, cet été, charger mon Ipod de plusieurs millions de titres, comme je le fais chaque fois que je m'éloigne un peu trop longtemps de ma chère platine, je n'ai guère écouté que cet album en boucle quasi continue. Fidèle à une esthétique définie dès le premier album (Dinosaur) et parvenue à sa pleine expression avec l'excellent deuxième (You're living all over me), Jay Mascis nous livre un ensemble continûment mélodique et impeccablement écrit, qui ravira les amateurs de chansons les plus exigeants (nous pensons au distingué Nicolas Ungemuth qui nous a expliqué, dans un récent Rock and folk, qu'en dehors du format chanson point de salut). Par delà le clash qui avait semblé précipiter tristement la disparition de nos antédiluviens dinosaures, après le troisième album Bug, Dinosaur Jr nous revient et nous touche toujours autant par ce mélange d'indolence, de bruit et de mélodies tristes.

Jay Mascis c'est Hendrix avec deux de tension. Et avec l'âge, cette nonchalance jem'enfoutiste n'a fait que s'accentuer. Il n' y a guère que "Over it" qui s'énerve un peu et renoue avec cet art maîtrisé de la guitare pyrotechnique, qui nous ravissait dans You're living all over me. Les intro au lance flamme, à la manière de celle de "Little Fury thing", les envies de beuglade hardcore, ont laissé la place aux mid tempo, à une voix éclaircie, sans doute mieux mixée que par le passé, mais toujours aussi délicieusement traînante, voir un brin souffreteuse. Une sorte de relâchement de tout l'être, d'abaissement de la tension nerveuse. Dinosaur Jr c'est une éthique de la décontraction, le cool et la branlitude comme Souverains Biens, une manière de dire merde à tous les drogués de l'effort et de la compétition, à tous les solos teigneux et galopants à la Iron Maiden (zzzzz...). Un style qui trahit parfois aussi une fragilité certaine, qui n'a pas honte de se dire, doute amoureux comme dans "Plans" (" Do you have some plans for me ?") Mais aussi égarement de l'âme, paumage existentiel, dislocation du sujet, comme dans la bien nommée "Pieces". Car sous le masque du branleur hédoniste et écolo, il y a une âme qui n'est pas toujours sereine.

Après cinq albums, toujours pas l'ombre d'un commencement de rock progressif, ou de bidouillages électroniques. Les guitares, souveraines, installent la tension du morceau, accompagnent le chant, toujours en contrepoint, soliloquent parfois, et concertent souvent avec la voix.

On a beau me dire que c'est pour le fric, j'aime bien les groupes qui se reforment. Surtout ceux qui n'ont rien concédé à personne. Ca me donne un sentiment d'éternité. La pochette laisse sourdre une légère angoisse en même temps qu'un soupçon d'utopie : des arbres géants transportent des enfants en traversant des mégalopoles pollués. De la pochette du premier album à celle du dernier, le bucolique a du migrer vers les hauteurs, le monde est devenu carrément irrespirable. La grande internationale des branleurs sauvera le monde.

Slackers de tous les pays unissez-vous !

En bref : Confirmation du retour réussi d'un des groupes clé du rock indé américain. Avec le temps, le gros son éclaboussé, la gratouille post-adolescente, le chant faux et paresseux se conjuguent de mieux en mieux avec une pleine musicalité.

Le myspace



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15 septembre 2009

7ème Rock En Seine - 28, 29 et 30 août 2009


Nous sommes quasiment les derniers à vous livrer nos impressions sur cette septième édition du fameux festival parisien. Une première en ce qui me concerne, de même pour mon binôme Fabien me semble-t-il. C’est pourquoi je n’écrirai pas un roman mais simplement un modeste "nous étions là". Un peu aussi pour laisser sortir le coup de gueule Oasis, groupe fantasque des années 90, aujourd’hui soi-disant décédé, on ne s’en portera pas plus mal. L’histoire vous la connaissez, les deux frangins en viennent aux mains à quelques secondes de leur prestation sur la grande scène où les attendent des milliers de fans de tous horizons (beaucoup d’anglais venus spécialement) et de tous âges (gentils chérubins accompagnés de leurs parents). Un bien bel exemple pour la jeunesse donc, on ne peut plus rock’n’roll il est vrai, mais tout simplement gerbant et anti professionnel. Qu’ils aillent se faire voir, la musique n’a plus besoin d’eux.

Pour le reste, et pour rester terre-à-terre, le festival de la capitale fut assez exemplaire. Un fouillage poli, le droit d’introduire à manger, des points d’eau, suffisamment de coins de repli, des arbres… tout ça même si la sècheresse aoutienne et le nombre éléphantesque de festivaliers nous ont enveloppés de poussière pour l’éternité. Passons. Et la musique dans tout ça me direz-vous ? Pas mal. Rarement gigantesque mais pas mal. Ca commence pour ma part avec les affreux sur disque Yeah Yeah Yeahs !, un peu moins sur scène où je me suis laissé prendre à l’énergie. Par contre il y en a pour qui affreux sur disque rime avec affreux sur scène. Les Passion Pit ne remportent toujours pas mon suffrage, la faute à un son dégueulasse (où sont passés les synthés ?), une prestance scénique zéro, et une voix toujours aussi insupportable.


Heureusement les très classes papis de Madness sont contents d’être là, et ça se sent. Entre vieux classiques, reprises et formidables morceaux du nouvel album, les anglais dégagent une bonne humeur à toute épreuve, et sont loin d’être branques avec leurs instruments. Pas de hasard d’ailleurs qu’on leur ait demandé de jouer le bis, suite au tarissement de l’Oasis. Pour le reste du vendredi, Vampire Weekend a pris de l’ampleur et Bloc Party devient la tête d’affiche de la journée.

Le lendemain même combat, se frayer un chemin à contre courant de la transhumance festivalière hype, bien française et colorée (?!). Déguisements, pancartes Free Hugs, T-shirts effigiés, Ray Ban pour tout le monde, t’as le look coco ! Comme la veille on démarre en douceur avec la soul pop des suédois de The Asteroïds Galaxy Tour. Taillés pour la FM, je ne me fais pas de soucis pour eux. Par contre pour Ebony Bones il faudra repasser. Ca n’est pas parce que l’on s’habille en bonbon que l’on sait faire de la musique. Parmi ceux qui s’en sortent de nos jours en Angleterre, The Horrors confirment. Et ce avec la difficulté de jouer de jour, un comble pour cette musique crépusculaire évoquant de plus en plus Joy Division. Quelques morceaux rythmés remportent tout de même l’adhésion.


Autre groupe notable, The Offspring. C’est quand même marrant parce que tout le monde se fout d’eux, et pourtant tout le monde est là, danse et chante. Même pas très évolué ni diversifié, le répertoire des papis californiens est sans fond. Ils peuvent jouer pendant des heures des titres que tout le monde connait. Nostalgie ou plaisir coupable ? Qu’importe, eux au moins sont encore là et ne se tapent pas dessus.

Pour le reste Calvin Harris confirme son radical changement de trajectoire. Anciennement bidouilleur à domicile, il est aujourd’hui une bête de dance ! A ce rythme là il ne devrait pas tarder à passer sur NRJ remixé par Guetta. Dommage. Un détour par les agréables et plus calmes sœurs Deheza des School Of Seven Bells, qui n’ont pas vraiment leur place en festival, surtout programmées entre Calvin Harris et Birdy Nam Nam. Chiant dirons certains, atmosphérique diront d’autres. J’apprécie pour ma part davantage au fond du canapé. Quant aux quatre dj’s précités, leur show ne manque pas de rebondissant c’est certain, mais où est passé la modestie ? On se le demande encore.

Pour le dimanche je ne reprendrai que les échos d’amis. MGMT est toujours à la rue sur scène. Patrick Wolf continue de surprendre, les Eagles Of Death Metal font le travail et The Prodigy a la patate. C’est en tous cas une édition record pour le festival qui a accueilli près de 97.000 sur 3 jours, soient 21.000 de mieux que l’an passé. Bénéficiaires malgré l’annulation d’Oasis, des rumeurs courent sur un éventuel quatrième jour l’année prochaine. Et à moins que nous nous soyons battus dans les loges d’ici là, nous y serons.

Le site officiel

Photos par Rod Maurice, Le Hiboo ©

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Taken By Trees - East Of Eden (2009)

Il faut avouer, je pensais que Taken By Trees ne serait le projet que d'un seul album. Parce que la discrète Victoria Bergsman est ainsi : elle enregistre un premier album parfait et puis s'en va, et revient alors que l'on ne l'attend plus. Open Field, album parfait de folk limpide, enregistré dans une sorte de torpeur mélancolique et rêveuse, était sorti en 2007. Mais nous connaissions déjà cette voix : c'était celle de The Concretes, son groupe pop qu'elle avait quitté après la sortie de leur premier album, parfait lui aussi. Le son d'Open Field, épuré, précis et chaleureux, nous a semblé être l'identité que Victoria Bergsman voulait donner à Taken By Trees. Or, agréable surprise, Rough Trade sort ce mois-ce la suite de ses aventures, et le style, même si toujours aussi vaporeux et apaisant, a été complètement revu. Et encore une fois, c'est très réussi. Agréable surprise toujours, c'est au Pakistan et entourée de musiciens soufis que Taken By Trees a écrit et enregistré cet East Of Eden tout à fait dépaysant.

Mais alors qu'elle semble aller dans une direction complètement opposée à celle prise sur Open Field, Victoria Bergsman montre au contraire, avec East of Eden, la grande rigueur artistique qui sous-tend son projet Taken By Trees. Si l'on écoute attentivement, on remarque que la composition générale des albums, qui s'apparentent alors à de petits tableaux d'une demi-heure, reste la même. On se souvient du magnifique instrumental (le morceau titre) qu'avait offert le producteur Björn Yttling sur Open Field. De la même manière sur East of Eden, Victoria Bergsman se met en retrait le temps d'un titre ("Wapas Karna"), et y laisse les musiciens soufis qui l'entourent s'exprimer. Les disques de Taken By Trees semblent donc se singulariser dans leur manière de créer des espaces, champs ouverts situés à l'est d'Eden (l'album a par ailleurs été enregistré en grande partie en extérieur). Ce sont ces espaces laissés aux silences, aux musiciens qui participent à la création, et aussi les espaces laissés aux mots des autres : le single "Lost and Found," bluette extraite de Open Field avait été écrit par Tracyanne Campbell de Camera Obscura. Sur East of Eden, le tout frais "My Girls" d'Animal Collective a le droit à une merveilleuse adaptation, sous le titre "My Boys." Il s'agit d'ailleurs d'un échange, bel échange, puisque Noah Lennox du groupe sus-cité prête sa voix de Panda Bear au beau "Anna" et rappelle ainsi que l'on est jamais loin de son Person Pitch.

Le projet Taken By Trees se précise donc. Il ne s'agit pas du tout, comme on pourrait le penser, d'une folkeuse suédoise qui prendrait soudainement un virage world. La suite devrait le prouver, Taken By Trees fait des albums comme une artiste une série de tableaux : dans un cadre et une structure identique, elle y développe les mêmes motifs, soit ceux de l'espace d'ouverture et du rapport aux racines. Ce que Victoria Bergsman a fait entre ses deux albums, c'est simplement changer de ton, de couleur, et d'axe de tradition folk. Après avoir travaillé sur l'axe anglo-suédois (le son de Open Field se situait entre Vashti Bunyan et les productions pop suédoises contemporaines), c'est l'axe suédo-pakistanais qui conduit Taken By Trees à East Of Eden.

En effet, tout qawwalî qu'il puisse sonner, East of Eden n'est pas exempt de suédicité : il y a ces beaux titres chantés en suédois dans le texte (alors que le reste est chanté en anglais) : "Tidens Gång," "Bekännelse." Il y a aussi ces choeurs, beau cliché suédois, que l'on retrouve sur "Anna" ou "Greyest Love Of All." Alors oui, East of Eden est un disque très surprenant, mais lorsque l'on connaît l'importance du voyage et de l'exotisme dans la peinture, la littérature et la musique suédoise, il se révèle très culturellement enraciné, ce qui participe pleinement au plaisir d'écoute. En effet l'amateur de folk occidental (que je suis), jusque là peu initié aux musiques du monde et d'Asie notamment, ne prend pas le risque de se perdre dans ces jardins lointains, de ne pas en comprendre le sens, et donc d'en rejeter la beauté. East of Eden est une invitation rassurante, une porte européenne ouverte sur les grands espaces de la musique pakistanaise, où le fil d'Ariane se rebaptise fil de Victoria.

En bref : Un beau tableau d'impressions de voyage, entre tradition soufie et contemporanéïté suédoise.





Ici : le site et le myspace.

Et le mini-documentaire de National Geographic sur la réalisation de l'album:


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13 septembre 2009

The Beach Boys - 20/20 (1969)

Il faudrait créer des catégories spéciales d'albums à récompenser. Il y aurait bien entendu la litanie des chefs d'oeuvre oubliés, à laquelle n'appartient pas l'objet en question, heureusement indémodable. Catégorie pouvant être suspecte, car recouvrant tout et son contraire, des pépites injustement ignorées aux étrons qui auraient gagné à le demeurer.
Et puis, il y a ces disques qui ne sont pas de véritables nouvelles livraisons. Sans être d'énièmes  compiles pour autant. Car prenons ce 20/20, qui regroupe essentiellement deux des années les plus fertiles du groupe ; l'on ne trouve ici que du matériel "abandonné" par la fratrie Wilson, Jardine, Johnston et Love, ou distillé sur différents singles du groupe, donc jamais édité sur album.
Lorsqu'on connaît la démentielle capacité des Beach Boys à composer et que lesdites chutes proviennent pour partie (voir les albums récents et à venir) du projet Smile, l'auditeur prend conscience qu'il va tutoyer les anges.

"Do It Again" ouvre l'album. C'est un single imparable, qui renvoie aux années surf, en leur adjoignant ce droning sound tourbillonnant d'orgue discret et aigrelet, qui fera florès sur les premiers Stereolab (entre autres). Mike Love est sans doute le méchant de la bande, celui qui a éjecté Brian, mais il chante de divine façon. Quant à Carl, dont les talents de compositeur ne cessent de s'affirmer, son timbre angélique se retrouve en lead sur le "I Can Hear Music" de Phil Spector, ainsi que sur nombre de gemmes de l'album ; lui qui peu à peu a pris le groupe sous son aile.
Pluralité, diversité sont les mottos des Beach Boys. A quoi reconnaît-on un super-groupe ? En ce qu'il regroupe un assemblage de super musiciens et/ou compositeurs, venus d'horizons divers. Ici, ceux-ci vont jusqu'à faire partie de la même mouture originelle, et comptent même parmi eux un batteur qui crée des tubes, des pistes enchanteresses.

En se risquant au jeu vain des comparaisons, l'on pourrait sans doute arguer que les BB possédaient deux précieux avantages sur les Beatles : ces derniers n'étaient composés "que" de 3 compositeurs d'exception. Quand les Beach Boys parviennent à faire avaler de redoutables âneries comme le hillbily "Cotton Fields" commandité par Al Jardine d'ordinaire au goût si sûr sans faire capoter l'affaire.
Pour enfoncer le clou, Dennis Wilson, contrairement à Ringo Starr, sait aussi chanter ET composer, infernal atout s'il en est. "Be With Me", le rageur "All I Want To Do" sont du batteur surfer, tout comme l'est le superbe "Never Learnt Not To Love", et dont l'insensée progression chromatique du refrain ("Come in now closer, come in...") est à couper le souffle.

Même le gentillet Bruce Johnston, qui a supplanté Brian en studio et sur les planches, depuis le retrait de celui-ci, généralement coupable de chansons à l'eau de rose très dispensables, se fend d'un instrumental aquatique, aérien, ("The Nearest Faraway Place") dont on pourra récolter les graines à l'envi dans l'oeuvre touffue des High Llamas, et jusque chez nos meilleurs compositeurs de musiques de films. Le groupe, dans son ensemble, est à son apogée de créativité ; "I Went To Sleep", magnifique, baigne dans cette atmosphère élégiaque post-hippie qui n'aurait pas déparé sur Friends (1968). 

Et le leader fou dans tout ça, where is Brian ? Déjà absent sur la pochette, comme l'était Al Jardine sur celle de Summer Days (And Summer Nights !!) (1965), eh bien, ce dernier relève ironiquement les compteurs... des charts (!) dans la double photo intérieure du gatefold.
Présent dans l'ombre certes, mais toujours responsable d'un brelan de chansons uniques, sa marque de fabrique : "Time to Get Alone", magnifiquement interprétée en compagnie de Carl, et les deux tours de force, rescapées de Smile, la tuante "Our Prayer", exécutée a capella par le groupe, et ce qui reste l'une des 10 plus grandes merveilles Beachboysiennes, l'incontournable "Cabinessence", qui des arpèges de banjo introductifs, à la cathédrale sonore de son refrain étincelant, constitue toujours , et pour l'éternité, la matrice de la citadelle "Good Vibrations".

20/20, vingtième long format du groupe qui enregistre pourtant depuis à peine 8 ans (!) constituera leur testament chez Capitol. Cette oeuvre à laquelle on décernera volontiers la note de son titre représentera pour le néophyte la porte d'entrée idéale, l'introduction idoine à l'univers enchanteur du groupe. Mais davantage qu'une collection usuelle, ce vrai-faux album déploie tout le savoir-faire génial de nos plagistes légendaires.
Ici reçus une nouvelle fois 5 sur 5.

En bref : Tout est dans le titre en fait.

 



Le site Wilsonien , la critique énamourée de Surf's Up , BB, site de fan


"Never Learnt Not To Love" (single version) :


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12 septembre 2009

Eamon Mc Grath - 13 Songs Of Whiskey And Light (2009)

13 songs of whiskey and light, voilà qui qualifie bien le contenu de cet excellent disque d'Eamon Mc Grath. On oscille en effet ici entre mélancolie due à l'absorption massive de ce breuvage, intensité rock'n'roll enthousiasmante et envolées lumineuses et finalement, c'est tout un pan du rock'n'roll qui nous est dévoilé, dans le sens ou le ressortissant d'Edmonton pratique celui-ci à diverses sauces et ce, sans la moindre faute de goût.

Dès le magistral et allégorique "Welcome to the heart" en introduction, la voix éraillée d'Eamon captive de même que l'ambiance, multiple et représentative des états d'âme du canadien. Ainsi, "Machine gun cowboy" propose un rock'n'roll bluesy délectable, mis en valeur par des guitares inspirées et, comme de coutume, la voix caractéristique de Mc Grath, puis "Big river" évoque un Neil Young... dans son versant électrique. Ainsi, l'artiste évolue dans un registre d'obédience rock certes, mais diversifié et jamais dispersé, et la qualité n'est jamais prise en défaut.

On a même droit sur "File under fire" à un rock tranchant et mélodique à la fois, avant qu'une acoustique superbement désabusée ne reprenne ses droits sur "Last man standing". Je suis d'ailleurs sur le point, tant cet album s'avère irrépochable, de décrire chacun de ses treize titres, dont "Cadillac rosetowne" et ses élans western endiablés ou "Holly roller", à l'ambiance à la Léonard Cohen perturbée par une guitare remarquable.

Mc Grath possède l'âme d'un "itinérant du rock" et cela se ressent, et s'entend, à l'écoute de ses titres, dont la variété se voit brillamment confirmée par l'incandescent "Desperation, Alberta", lancinant et zébré de guitares cinglantes.

Sur la suite, les climats changeants sont donc à nouveau de rigueur, et ce dans la cohérence la plus totale, à commencer par "Darby crash and burn guitars" et son harmonica Dylanien, auquel succède "Land of dogs", superbe exercice rock'n'roll au rythme soutenu. Puis le trio de fin, inauguré par "Chained to my love" et ses sonorités épurées (avec, encore une fois, un harmonica décisif), permet d'assoir de façon définive la valeur de ces 13 chansons de lumière et de whisky. "Caves", dans un premier temps, nous plonge dans une atmosphère faussement tranquille, puis "Ecstasy railings" réinstaure une certaine tranquilité, ceci pour une qualité toujours égale et pour un résultat au dessus de tout soupçon.

Superbe album donc, parfait reflet des humeurs de son auteur, qui se voient mises en son avec une superbe maîtrise.

En bref : très belle surprise et bel essai rock'n'roll d'un artiste entier et qui se livre à la fois sans retenue et avec pudeur... pour nous livrer un disque de toute beauté.




Le Myspace

"Welcome to the heart":


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08 septembre 2009

Ososphère - Strasbourg - Du 25 septembre au 3 octobre

Autant ne peut-on pas qualifier Strasbourg de place forte de la musique électronique, autant, chaque année, le festival de l'Ososphère s'efforce de pallier ce manque de la plus belle des manières qui soit. Décor de friche industrielle, programmation exhaustive, ouverture sur d'autres disciplines artistiques, rien ne fait défaut lors de ce qui s'avère être un des plus intéressants rendez-vous créatifs de la capitale de la flammekueche, oserais-je dire de l'hexagone.

Pour son édition 2009, les organisateurs ne comptent pas lever le pied. Pour preuve, les quelques noms qui ornent l'affiche du festival : Laurent Garnier, The Orb, Agoria, Mr Scruff, Goldie, Nathan Fake, Danton Eeprom, Sebastian, DatA, Digitalism... j'en passe et des meilleures. Signe d'ouverture, l'Ososphère accueillera également des artistes plutôt éloignés de ses horizons musicaux de prédilection. Fredo Viola et son folk liturgique sera la partie tout comme Raekwon (Wu Tang Clan), Buraka Som Sistema ou bien encore Elvis Perkins. Pour résumer, ce sera lourd, très lourd, et cela se passera les 25 et 26 septembre prochains (en ce qui concerne la musique) du côté de l'Alsace. J'en serai, et vous ?

Le site de l'Ososphère.
Acheter ses places.
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07 septembre 2009

Jeffrey Lewis - Interview


Peu avant la trêve estivale, j’ai eu la chance de rencontrer l’artiste new-yorkais Jeffrey Lewis lors de son récent passage à Bordeaux. Captivé à la fois par son évolution musicale sur scène et sur disque, et surtout par la qualité de ses bandes dessinées persos, j’ai eu envie de lui poser quelques questions, sur sa musique, mais pas seulement. Rencontre.

Lors de ton dernier concert à Bordeaux le public semblait t’apprécier énormément. Pourquoi un tel accueil en France ?

Peut-être que la France est heureuse de nous voir parce qu’il y a 2 ans nous y avons fait une tournée. Nous n’avons joué qu’à Paris et une ou deux autres villes de province, cela commençait donc à faire longtemps que nous n’avions pas joué à Bordeaux, Toulouse ou encore Lille. C’est génial de revenir et de recevoir un accueil pareil.

Les Junkyard sera-t-il ton groupe de toujours ?

Non, je pense que nous allons continuer à changer le nom et les membres. Rien ne dure très longtemps.

Comment gères-tu la célébrité ? Est-ce que l’on te reconnait quand tu voyages ?

Je ne pense pas être une célébrité mais cela arrive que les gens me reconnaissent dans des endroits bizarres, comme un bus, une boulangerie, un avion en Allemagne, ou dans les rues de Brooklyn, c’est toujours agréable de savoir que l’on compte pour quelqu’un.

Connais-tu d’autres artistes musicaux intéressés par les comics?

Je crois que le nouvel album de Sufjan Stevens album est livré avec un comics, il m’a contacté à ce propos pour me demander si je connaissais un bon imprimeur. David Herman Dune fait pas mal de bd aussi.

Question difficile, quand te sens-tu le mieux ? En écrivant des chansons ou en dessinant des bd ?

Dessiner des bd est le sentiment le plus bénéfique.

Tu as fait une thèse de fac sur le célèbre comics The Watchmen. Peux-tu nous dire en quelques mots pourquoi cette bd est si reconnue ?

C’est un excellent, étrange et unique travail de littérature. C’est en même temps riche, complexe et brillant comme Proust ou Joyce, et en même temps c’est une vraie fiction adolescente, pleine de violence et de super-héros en costume. Une combinaison unique qui n’a jamais été égalée depuis.


Envisages-tu de réaliser des films ?

Je ne sais pas faire de films.

Te considères-tu encore comme jeune? Es-tu encore capable de voyager sans rien et de voir où le vent te mènes ?

Habituellement je tourne tellement que lorsqu’il est l’heure de rentrer à la maison c’est plutôt excitant. Mais c’est toujours génial de visiter de nouveaux endroits, que ce soit en tournée ou en voyage. Ces dernières années je suis allé en Egypte juste pour voir, et en Australie pour faire quelques concerts. Les deux expériences étaient géniales.

Que penses-tu des blogs et de leur impact sur la musique ? Tiens-tu un blog toi-même ?

Je n’ai pas vraiment le temps pour ça, c’est déjà assez dur de gérer ses mails.

Quels autres groupes écoutes-tu ? Es-tu au courant de tout ce qui sort ?

Je ne suis généralement pas très intéressé par les nouveaux groupes, même si je reçois de nombreux nouveaux disques par mon label. Je m’enthousiasme plus pour la vieille musique, mais des fois on trouve des choses intéressantes. Par exemple je viens de recevoir un exemplaire du nouveau Super Furry Animals et j’aime bien.

Sans aucune objectivité, quels sont tes 5 albums préférés de tous les temps ?

Dans le désordre :
For Little Ones - Donovan
Dragnet - The Fall
White Light/White Heat - The Velvet Underground
Don't Be Scared - Daniel Johnston
Lowdown - Prewar Yardsale

Le site officiel et le Myspace

A lire aussi : La chronique du concert à Bordeaux, la chronique du deuxième album

Le clip home-made de "To be objectified" :


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05 septembre 2009

Throw Me The Statue - Creaturesque (2009)

Encore une fois, c’est cette innocente pochette pastel qui m’a attiré vers l’écoute de ce groupe dont le patronyme me disait à peine quelque chose. Mystérieuse au possible, l’on pourrait passer des heures à la décrypter. Des couleurs passées, un Havre de paix isolé de tout, une végétation qui évoque le sud (Italie ? France ? Californie ?) et surtout ce côté voyeur, qui observe de loin sans être vraiment là. Quelques recherches plus tard, je découvre qu’il y a deux ans j’avais déjà relevée la pochette de Moonbeans, premier Lp du groupe de Seattle, dans le même esprit, avec cette demoiselle topless en train de se faire pousser à l’eau. Séance de rattrapage oblige, j’aime vraiment cette musique bucolique et chaleureuse même si je tombe sur des commentaires du genre Moonbeans c’est Cold Play avec un clavier Bontempi. TMTS ne fait pas l’unanimité, j’adore.

Que sait-on sur ce deuxième opus ? Toujours produit par le très d’actualité Phil EK (The Dodos dernièrement, Fleet Foxes l’année dernière, The Shins celle d’avant, etc, etc…), c’est l’occasion de retrouver le projet (à l’origine solo) de Scott Reitherman qui forme aujourd’hui un quartet rodé avec Jarred Grimes, Aaron Goldman et Charlie Smith. Les thèmes de prédilection du groupe ? Le machisme américain, les drogues douces et les voitures convertibles… En résulte une pop de chambre rarement rock, relativement enjouée et à demi lo-fi. C’est la maison de disque décidément la plus inspirée du moment, à savoir Secretly Canadian, qui s’occupe de la mise en boîte, et permet au producteur de varier ses capacités. Du coup ça part un peu dans tous les sens, non sans une homogénéité assez magique.


D’entrée, "Waving at the shore" fait office de petit single. Enjoué et décomplexé, Scott pose sa voix flegmatique sur une combinaison guitare/orgue qui pousse à la fête lors du refrain typé 80’s. Bowie aurait apprécié. Un peu plus loin sur "Ancestors" la basse se fait fuzzée, les synthés cristallins et les guitares aériennes. Il n’y a que la voix qui commence il est vrai à évoquer un peu trop Chris Martin, mais ça reste acceptable. On est dans le même esprit également que les très bons The Pain Of Being Pure At Heart. "Dizzy from the fall" fait également parti de ces morceaux qui roulent tout seul. Cool et touchant à la fois, avec trois fois rien. Enfin, évoquons la neuvième piste de ce douze titres, "Hi-Fi Goon" qui ressuscite pour un temps la power pop jam à la Weezer, ainsi que "Baby you’re bored", hommage certain aux séminaux Neutral Milk Hotel.

En bref : certes pas parfait, Creaturesque est l’un des disques pop les plus agréables de l’année. Ensoleillé et détendu, il ne peut que prolonger votre été.




Le Myspace

A lire aussi : Mando Diao - Never Seen Light Of Day (2007)

A écouter, "Dizzy from the fall" et "Hi-Fi Goon" :




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04 septembre 2009

The Arctic Monkeys - Humbug (2009)

Pour sa grande rentrée, Dodb ne va pas vous présenter le groupe inconnu de l’année mais ne va faire qu’emboîter le pas à la quasi-totalité de ses collègues, juste pour donner son humble avis sur le nouvel opus du plus sûr espoir rock anglais depuis 2006. A l’époque, Whatever people say I am, that’s what I’m not avait eu l’effet d’une bombe. Brûlot spontané délivré de main de maître par un quatuor passant encore sous la barre des vingt ans, il ouvrait la voix à un avenir musical tout tracé. Quant l’année suivante les quatre de Sheffield reviennent avec le très pop Favorite worst nightmare, la presse se joue rapidement de l’expression consacrée d’album de la maturité. Alors que non. Si l’adage doit vraiment être utilisé, c’est davantage sur ce dernier qu’il peut s’accorder. Et force est de constater que la maturité ça n’est pas très excitant.

Tout le monde le sait, le bouche à oreilles a bien fonctionné, le roukmout Josh Homme (QOTSA) s’est chargé de la moitié des enregistrements de ce Humbug dans son propre studio, James Ford le producteur habituel s’étant quant à lui occupé de l’autre moitié. Eh finalement, la patte désertique que l’on était en droit d’attendre se montre assez timide. Certes le son s’est légèrement américanisé, mais c’était déjà le cas sur la parenthèse The Last Shadow Puppets qui n’en finit pas de révéler ses qualités avec le temps, qui l’eut cru ? Tout juste "Potion approaching" et "Pretty visitors" témoignent du rythme saccadé cher à Josh. Pourtant dans l’ensemble l’innovation a bien eu lieu, et l’on a droit à un album lourd, rugueux et plus sombre qu’à l’accoutumé.


Ce qui est un peu dur à comprendre, c’est quand on lit dans les lignes des deux duettistes de la presse rock française (qui leurs consacrent chacun leur couverture) que le groupe aurait enregistré le double de chansons pour finalement n’en retenir que 10, soient 39 minutes de musique. Un peu gênant quand finalement un titre sur deux semble réellement inspiré. Cependant même mitigé, Alex Turner (né en 1986) reste un poète contemporain et un vrai songwritteur. En servant moins de tubes et en ralentissant le tempo, il installe une tension presque étouffante.

A retenir donc, les deux morceaux introductifs dans une veine plus habituelle que sont "My propeller" et "Crying lightning". Du Arctic Monkeys comme on l’aime, évident comme bonsoir, malgré un début de retenue."Fire and the thud" à la rigueur, "Dance little liar" aussi pour sa slide et sa lancinance sans oublier the last but not least "The Jeweller’s hands" qui emmène assez loin et clôt le disque en beauté. Etrangement, je me dis que je vais l’aimer de plus en plus avec le temps cet album.

En bref : les Arctic Monkeys se prennent au sérieux et ils ont raison. Le résultat est cependant moins direct et moins fun qu’avant. C’est peut-être tant mieux.




Le site officiel et le Myspace

A lire aussi : The Wave Pictures - Instant Coffee Baby (2008)

"Potion approaching" en live :


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26 août 2009

Simian Mobile Disco - Temporary Pleasure (2009)

Il existe les coups de moins bien, les ratages partiels ou encore les erreurs de parcours, et il existe les plantages intégraux, portant parfois atteinte à la crédibilité d'un artiste. En la matière, le duo britannique Simian Mobile Disco nous fournit un joli cas d'espèce. Après une série de maxis et de remixes détonants, et un premier disque réussi, leur second album rate totalement la cible. Trop facile, trop vulgaire, trop agaçant, il déçoit de bout en bout et jamais n'invite à la réécoute.

En l'espace de quelques années, les Simian Mobile Disco se sont taillés une renommée internationale de rouleaux compresseurs des dancefloors, reprenant à leur sauce une palanquée d'artistes en vue (Air, The Kills, Klaxons, Björk ou encore Kevin Saunderson) et composant quelques singles imparables entre acide et électro-house. Attack Decay Sustain Release, sorti en 2007, confirmait cette réputation, alternant avec justesse phases techno anguleuses et refrains vocaux entêtants. Sur Temporary Pleasure, à peu de choses près, ne subsistent que de forts accents dance criards, totalement insupportables et n'éveillant qu'une seule envie, celle d'interrompre le supplice dans les plus brefs délais. Déception.

Un fait incontestable, les deux garçons ont mis à profit leur fraîche notoriété et se sont attachés les services d'une belle brochette de chanteurs en vue, au final enfoncés jusqu'au cou dans cette triste aventure musicale. Parmi ces illustres embourbés, Beth Ditto de Gossip, Alexis Taylor de Hot Chip, Jamie Lidell ou encore Chris Keating des Yeasayer. Une liste d'invités trendy à souhait mais qui n'évitera pas le naufrage total de ce deuxième effort du binôme Anglais. En effet, pas grand chose à garder. Seuls deux titres pourraient éventuellement demeurer dans nos mémoires. Le reste sombrera sans mal dans les méandres de l'Histoire des casseroles.

Pour évoquer ce qu'il y a de tolérable dans ce navrant Temporary Pleasure - qui, vous l'aurez compris, ne me procura que de rares moment de délectation - "Audacity of huge", premier single extrait du disque, quoique légèrement putassier déploie une énergie hautement communicative. Sur un beat massif et un micro sample faisant curieusement penser à une sorte d'aboiement numérique, les SMD retrouve le groove direct et imparable de leurs précédentes productions. Chris Keating, qui se colle cette fois-ci au chant, s'en sort honorablement façon mauvais garçon, narquois et tranchant. Il faut le concéder, "huge", est un qualificatif qui sied finalement plutôt bien à ce morceau, passons au moins ça aux deux Britons.

"10,000 horses can't be wrong", qui lui emboîte le pas, est tout aussi séduisant. Dans un registre plus techno-house nous faisant grâce pour une fois des vocaux abrutissants, il fait montre de la dextérité des Anglais en matière de lignes mélodiques épurées et acérées. Plus profond et propice à la transe, il nous fournit la seconde et dernière raison d'espérer une résurrection future pour le duo. Pour sûr, j'attendrai leur prochain disque avec beaucoup moins d'impatience...

En bref : Si vous ne connaissez pas encore les Anglais de Simian Mobile Disco, écoutez plutôt Attack Decay Sustain Release, leur précédent album sorti en 2007, ou attendez un de leurs passages en live. Ce second disque est à oublier, tout simplement.




Un titre : "10,000 horses can't be wrong"

Le clip de "Audacity of huge" :



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13 août 2009

Monsters of folk - "Say please"

Ils seront certainement une des attractions de la rentrée musicale à venir. Les "Monstres du folk" comme ils se sont humblement baptisés, j'ai nommé M. Ward, Conor Oberst, Jim James (My Morning Jacket) et Mike Mogis (Bright Eyes), sortiront leur premier album le 22 septembre prochain. En attendant de voir si les quatre phémonènes ricains se débrouillent aussi bien ensemble qu'avec leurs formations respectives, ils ont laissé filtrer un premier titre, "Say please". De quoi espérer mais pas davantage pour le moment. 

Pour votre appréciation : "Say please"


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04 août 2009

Harlem Shakes - Technicolor Health (2009)

Présenté comme le 26ème MGMT de l’année, un tout nouveau groupe en provenance de New York, tiens donc, qui aux premiers abords peut faire surgir les à priori. Des tournées avec Deerhoof, Beirut ou Vampire Weekend, une production du moment par Chris Zane (Passion Pit), un chant on ne peut plus Clap Your Hands Say Yeah, une première écoute déconcertante de facilité, tout pousse vers un énième groupe indé from Brooklyn. Et pourtant non, Harlem Shakes (tiré d’une danse noire des années 80) ne s’arrête pas là. A vrai dire, ce Technicolor Health acquiert même une sacré profondeur au fil des écoutes. La pochette elle-même ne ment pas sur la marchandise, un cocktail coloré et plein d’idées, qui va droit au but, 37 minutes, 10 vraies chansons, aucun raté, l’efficacité à son sommet.

Niveau genre vous devez vous en doutez on est sérieusement en terrain pop. Un mélange classique et complexe d’excitation et de mélancolie, comme l’ont fait avant eux Neutral Milk Hotel ("Natural man") ou les New Pornographers. Ajoutez à cela la petite touche d’afro pop à la mode, des zestes électroniques et pour une fois, aucune dérivation psyché, et vous obtenez un premier album surprenant, quasi sans faute, aux refrains qui tuent. Le quintet avait fait saliver son monde en 2007 avec son premier Ep autoproduit Burning Birthdays puis il s’était fait oublier. C’était pour mieux revenir avec ce que je peux désormais qualifier sans gros doute de disque pop de l’été. Pas moins.

Une raison à cela ? Si l’on ne devait en garder qu’une, elle est évidente, ce single imparable et galopant, véritable hymne, j’ai nommé "Sunlight". C’est effectivement le "Time to pretend" de l’année (vous verrez), à passer en boucle tout l’été, jusqu’à l’outro excellente mais trop courte. En 2’52" seulement, Lexy Benaim nous refait le coup d’Alex Ounsworth et son "The Skin of My Yellow Country Teeth", à écouter en boucle. Petite sœur non moins méritante à cette chanson d’anthologie, "Strictly game" et son énergie zouk. Des synthés, des guitares, une voie concernée et des lyrics hippie. "This will be a better year" ou comment la bande exorcise des douleurs passées. Entre les deux, deux autres bombes. Un "TFO" habité de haute volée, et "Niagara falls", plus beau morceau du disque pour certains. LA chanson d’amour surtout.


Pour vous convaincre de réétudier le cas Harlem Shakes, écoutez également ces titres relégués en fond d’album, "Winter water" par exemple qui passe en moins d’un pont qu’il n’en faut pour le faire d’une ballade douce à un rock endiablé par des houhouhous. De même pour "Natural man" et "Radio Orlando" qui font revivre Jeff Mangum. Exemplaire.

En bref : un pur disque pop complexe, coloré et entêtant. Aucun revival, aucun avant-gardisme, simplement dix chansons ni trop simples ni trop barrées qui atteignent systématiquement leurs cibles. Chapeau et replay.



Le site officiel , le Myspace et l'album en streaming

A lire aussi : Fires Of Rome - You Kingdom (2009)

"Sunlight" et "Strictly game", forcément :




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03 août 2009

VA - Sisters (2009)

Les voix de la Poste sont impénétrables. A l’origine, j’aurais dû vous parler de ce disque il y a quelques mois. La messagerie hexagonale faisant son œuvre, ce n’est qu’aujourd’hui que je peux enfin saluer cette très belle compilation réalisée sous les auspices du promoteur musical Phunk et de son équipe. Il est rare de ménager dans nos lignes une place pour ce type de travail d’assemblage mais il est fait preuve ici d’un tel de bon goût et d’une telle cohérence que le cap n’aura pas été dur à franchir. Pour une fois.

Peu de noms connus figurent au dos de la jaquette hormis les jeunes Passion Pit et leur réussi « I’ve got your number » extrait de leur non moins réussi premier EP Chunk of change. Vous l’aurez compris à la seule évocation de ce nom – légèrement discrédité je l’avoue par un album plus que décevant – Phunk s’est attelée à dénicher une vingtaine d’hymnes (en devenir) de notre époque réunis sous l’appellation de « pop hybride ». La sélection flirte parfois avec le fluo et l’électro-pop clinquante, je ne pourrai dire le contraire, mais réserve bon nombre de belles découvertes.

Ainsi en est-il de Yes Giantless, trio de pop synthétique bostonien, en ouverture du disque. Gavé de synthétiseurs saturés et d’arrangements électroniques, leur édulcoré « Tuff n’ stuff », finalement léger quoique massivement instrumenté, atteint aussitôt sa cible. Sans aucun doute, le premier contact est positif. Le clou est enfoncé avec les Australiens de BMX et un second titre tout aussi synthé pop que le précédent mais propulsé ici pour des basses électroniques charnues et délicieusement rondes.

Répondant sans conteste à son objectif de réunir des morceaux de pop dite « hybride », Phunk ménage un large espace aux mélanges et fusions. Sont ainsi convoquées des influences italo disco avec les New-yorkais de Golden Filter, folk rock avec leurs voisins The Antlers ou encore punkisantes avec le gang de San Diego The Soft Pack. Beaucoup de bonnes pioches au fil des 18 titres en présence et finalement très peu de déchets. On pourra donc se laisser aller à affirmer sans hésitation que la sélection est simplement excellente et bien plus que cela, érudite.

La liste des petites bombes qui émaillent le disque pourrait être longue. Néanmoins, il semble impensable de ne pas mentionner une belle volée de noms et de signaler à votre attention autant de talents prometteurs. Parmi eux, je citerai volontiers le trio britannique de Où est le swimming pool (!) et sa pop électronique sombre façon Fischerspooner, le duo Néo-Zélandais Little pictures et sa balade caoutchouteuse « The House can’t fit at all » et enfin l’exploration merriweatherienne des deux poètes de l’Ontario de Teengirl Fantasy. Comme lors d’une cérémonie de remerciement, je ne pourrai oublier de saluer le Montréalais CFCF qui nous pond un titre instrumental magnifique en forme de pop électronique progressive. Je n'en jetterai plus, pas de temps à perdre, précipitez-vous immédiatement sur cette sublime compile !

En bref : La savante équipe du promoteur musical parisien Phunk s'illustre dans l'exercice de la compilation. Perfusée de multiples influences, une sélection pointue de mini-bombes pop contemporaines, sorte d'histoire technicolor du temps présent.




Les myspace de Sisters et de Phunk

Le site web de Sisters.

A lire aussi : Passion Pit – Chunk of Change EP (2009)

Deux teasers de la compilation :





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Ochre - Like Dust of the Balance (2009)

En faisant mes traditionnelles recherches documentaires pour vous parler de ce nouvel album, je me suis rendu sur le site du label Benbecula, qui abrite Ochre (depuis 2006 et son splendide Lemodie) et nous a fait découvrir des artistes électronica, ambient ou folk comme Christ ou Birdengine. Et j’y ai appris une bien mauvaise nouvelle : la maison écossaise fermera définitivement ses portes en novembre prochain, 10 ans exactement après la parution de son premier CDR. Très certainement victime de sa discrétion et de son exigence, c’est tout simplement l’un des meilleurs labels du genre (et l’un des préférés du regretté John Peel) qui va disparaître. Ce qui fait de Like Dust of the Balance, paru le 20 juillet, une sorte de testament du son Benbecula.

On entre dans ce quatrième album de Chris Leary par une simili-séance d’accordage d’un orchestre symphonique, vite absorbée par de redoutables vrilles rythmiques qui rappellent d’emblée d’autres laborantins british tels que Squarepusher ou Boards of Canada. La présence quasi-permanente des instruments à cordes (de la harpe à la mandoline en passant par le violon) évoque un autre pôle d’influences : celui de la musique classique. Comment ne pas songer à Saint-Saens, Fauré ou Debussy à l’écoute du petit bijou impressionniste qu’est “Napolese” ? On est en tout cas bien loin de l’électronica au kilomètre que certains softwares permettent de réaliser en deux temps, trois mouvements. Pas moins de trois années ont d’ailleurs été nécessaires au pointilleux musicien de Newcastle pour finaliser ce disque en compagnie de Benet Walsh, multi-instrumentiste surdoué et collaborateur, entre autres, du duo Plaid sur certaines de ses meilleures prods.

Boîtes à rythmes torturées, nappes d’outre-tombe, murmures et chuchotements : toute la panoplie de l’électronica “à l’ancienne” est mise au service de compositions d’une délicate étrangeté, au potentiel cinématographique évident. Aucun titre ne se détache clairement du lot, même si les flûtes et les guitares hispanisantes de “Raido” retiennent l’attention dès la première écoute. En tout cas, Ochre nous livre un disque très personnel, intimiste et fragile, propice aux nuits d’insomnie, qui ne dépareillerait pas dans le catalogue de Warp.

En bref : si vous aimez Plaid et Boards Of Canada, il y a de grandes chances pour que l’électronica pointilleuse d’Ochre, avec ses rythmiques brisées et ses mélodies en suspension, ne vous laisse pas indifférent.



Ochre - Raido.mp3
Ochre - Circadies.mp3

L’album en écoute intégrale sur Last.fm

Le site d'Ochre
Le site de Benbecula Records

A lire aussi : Christ - Blue Shift Emissions (2007)

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