13 septembre 2009

The Beach Boys - 20/20 (1969)

Il faudrait créer des catégories spéciales d'albums à récompenser. Il y aurait bien entendu la litanie des chefs d'oeuvre oubliés, à laquelle n'appartient pas l'objet en question, heureusement indémodable. Catégorie pouvant être suspecte, car recouvrant tout et son contraire, des pépites injustement ignorées aux étrons qui auraient gagné à le demeurer !

Et puis, il y a cette sorte d'album que votre serviteur affectionne particulièrement, à savoir ces disques qui ne sont pas de véritables nouvelles livraisons. Et qui ne sont pas pour autant de vulgaires compiles ! Car prenons ce 20/20, qui regroupe essentiellement deux des années les plus fertiles du groupe ; l'on ne trouve ici que du matériel "abandonné" par la fratrie Wilson, Jardine, Johnston et Love, ou distillé sur différents singles du groupe, donc jamais édité sur album.

J'ajoute que lorsqu'on connaît la démentielle capacité des Beach Boys à composer des morceaux, euh... tuants, et que lesdites chutes proviennent pour partie (voir les albums récents et à venir) du projet Smile, l'auditeur prend conscience qu'il va tutoyer les anges !

"Do It Again" ouvre l'album. C'est un single imparable, qui reprend l'affaire aux années surf, en lui adjoignant ce son droning tourbillonnant d'orgue discret et aigrelet, qui fera florès sur les premiers Stereolab. Mike Love est sans doute le méchant de la bande, celui qui a éjecté Brian, mais il chante de divine façon. Quant à Carl, dont les talents de compositeur ne cessent de s'affirmer, son timbre angélique se retrouve en lead sur le "I Can Hear Music" de Phil Spector, ainsi que sur nombre de gemmes de l'album.

Pluralité, diversité sont les mottos des Beach Boys. A quoi reconnaît-on un super-groupe ? En ce qu'il regroupe un assemblage de super musiciens et/ou compositeurs, venus d'horizons divers. Ici, ceux-ci vont jusqu'à faire partie de la même mouture originelle, et comptent même parmi eux un batteur, j'ai nommé Dennis qui crée des tubes, des pistes enchanteresses.

Et si l'on devait se risquer au jeu vain des comparaisons d'époque, l'on pourrait sans doute arguer que les BB possédaient deux précieux avantages sur les Beatles : ces derniers n'étaient composés "que" de 3 compositeurs d'exception. Et leurs morceaux les plus mièvres étaient autant de verrues -à usage heureusement unique- sur leurs prestigieux albums.
Quand les Beach Boys parviennent à faire avaler de redoutables âneries comme le hillbily "Cotton Fields" commandité par Al Jardine au goût souvent sûr (!), sans sombrer ouvertement vers le ridicule, ni spolier la chanson qui suit !

En outre, il faut dire à son sujet, que Dennis Wilson, contrairement à Ringo Starr, sait chanter, ET composer, infernal atout s'il en est. "Be With Me", le rageur "All I Want To Do" sont du batteur surfer, tout comme l'est le superbe "Never Learnt Not To Love", et dont l'insensée progression chromatique du refrain ("Come in now closer, come in...") est à couper le souffle !

Même le gentillet Bruce Johnston, qui a peu à peu supplanté Brian en studio et sur les planches, depuis le retrait de celui-ci, et généralement coupable de chansons à l'eau de rose très dispensables, se fend d'un instrumental aquatique, aérien, ("The Nearest Faraway Place") dont on pourra récolter les graines à l'envi dans l'oeuvre touffue des High Llamas, et jusque chez nos meilleurs compositeurs de musiques de films.

Le groupe, dans son ensemble, est à son apogée créatrice ; "I Went To Sleep", magnifique, baigne dans cette atmosphère élégiaque post-hippie, qui n'aurait pas déparé sur Friends (1968).

Et le leader fou dans tout ça, where is Brian ? Déjà absent sur la pochette, comme l'était Al Jardine sur celle de Summer Days (And Summer Nights !!) (1965), eh bien, ce dernier relève ironiquement les compteurs... des charts (!) dans la double photo intérieure du gatefold.

Présent dans l'ombre certes, mais toujours responsable d'un brelan de chansons uniques, sa marque de fabrique : "Time to Get Alone", magnifiquement interprétée en compagnie de Carl, et les deux tours de force, rescapées de Smile, la tuante "Our Prayer", exécutée a capella par le groupe, et ce qui reste l'une des 10 plus grandes merveilles Beachboysiennes, l'incontournable "Cabinessence", qui des arpèges de banjo introductifs, à la cathédrale sonore de son refrain étincelant, constitue toujours , et pour l'éternité, la matrice de la citadelle "Good Vibrations".

En bref : reçu 5 sur 5, ce curieux 20/20, vingtième long format du groupe, et testament chez Capitol. Cette oeuvre, à laquelle on décerne volontiers la note de son titre, constitue pour le néophyte une habile introduction à l'univers enchanteur des Beach Boys. Davantage une collection qu'une compilation.



Le site Wilsonien , la critique énamourée de Surf's Up , BB, site de fan


"Never Learnt Not To Love" (single version) :

2 Comments:

HIPHOP said...

à t'entendre parler on dirait que tu es sixième beach boys... je vais remuer terre et ciel pour écouter cet album
beach boys aussi géniaux mais moins inégaux que les Beatles ?

Nickx said...

Ah, l'enthousiasme toujours contagieux de HIPHOP, ça manquait ! Sais-tu que tu m'as devancé concernant ta future chronique, et que nous sommes en tout point en phase sur celle-ci !

HIPHOP qui revient, notre amateur de folk suédois libidineux en embuscade, mais ma parole....c'est vraiment la rentrée, et le retour de DODB en force !!!