23 février 2009

Titus Andronicus - The Airing Of Grievances (2009)

"Don’t tread on me" peut-on apercevoir en fond sur la pochette de ce Airing of grievances. Et la célèbre maxime popularisée par Benjamin Franklin pour symboliser la résistance pacifique mais aussi la capacité à être fatal en cas d'attaque ne s’est jamais aussi bien accordée à un disque. Sorti l’année dernière aux USA mais de retour en force cette année en Europe sous l’aile XL Recordings, ce brûlot punk folk -si ça existe- fait du bien là où ça fait mal. Le jeune Patrick Stickles y emmène quatre camarades de jeu tout droit venus de Glen Rock, New Jersey, et dans une frénésie rock débraillée pousse un cri salutaire sur fond d’explosion électrique.

Violent, irrévérencieux, bruitiste, Titus Andronicus est un peu tout ça à la fois. Avec en toile de fond un univers empruntant tout autant à Shakespeare qu’à Seinfeild en passant par Camus, Patrick construit neuf branlées autobiographiques écrites à la fac et au lycée, et surtout, chante à tout moment comme un Conor Oberst énervé. C’est la ressemblance vocale la plus flagrante du disque, à part que lorsque Mr Bright Eyes se contente -et c’est déjà bien- de pousser la gueulante en apothéose de morceau, Patrick fracasse son micro dès la deuxième seconde, et à chaque fois. Un chant braillard et sauvage qui pue la rage pop et le rock de bar transcendé par les mélodies.

Et pourtant ces morceaux qui n’hésitent pas à démarrer oscillent bien souvent autour des cinq minutes. "Arms against astrophy" est en ce sens excellente, avec sa monté euphorisante à la Arcade Fire (sisi, les points communs sont nombreux malgré l’éloignement des genres) et ses soli de guitares saturées et énervées. "No future" quant à lui chasse en terres shoegaze, plus calme. C’est le seul break d’un disque qui emprunte autant aux Replacements qu’à Jay Retard, aux Pogues qu’à Galaxie 500. Pitchfork, en notant Airing of grievances 8,5 sur l’échelle de Richter a parlé de retour aux fondamentaux et ne s’est pas trompé tant que ça. Le live doit être dantesque.

En bref : Punk rock suant et paillard, moderne et ancien, fracassé et euphorisant. Une sacrée belle réussite.
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A noter : Titus Andronicus sera sur la scène de la Maroquinerie le 11 mars prochain

"Titus Andronicus" en live (bonne qualité sonore):



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22 février 2009

Génériq Festival - 12 au 22 février 2009

Je vous propose ici un coup d'oeil, forcément incomplet, sur le jeune festival Génériq, dont les tumultes ont agité le Grand Est ces dix derniers jours. Fruit de la collaboration entre la Vapeur de Dijon, le Cylindre de Besançon (Larnod), la Poudrière de Belfort, le Noumatrouff de Mulhouse et les Eurockéennes, Génériq est bien plus qu'une version hivernale (comme le propose la Route du Rock de Saint-Malo) du grand festival belfortain. Débarassé des impératifs de rentabilité (le festival offre pléthore de concerts gratuits ou peu onéreux) et d'entertainment estival de son cousin, le festival Génériq apparaît comme une expérience artistique pure et pointue, définie par une programmation absolument pertinente, motivée par la volonté de découverte et la recherche de l'inédit, de l'inouï, voire de l'incongru. Pendant dix jours donc, les artistes qui se partagent la vertigineuse affiche voyagent le long de l'axe Dijon-Mulhouse, et sont ainsi visibles par le plus grand nombre, dans des salles de concert, bars, bibliothèques, bureaux, théâtres, ou appartements.

Pour ma part, j'ai dû renoncer à me déplacer de ville en ville, comme je l'avais fait l'an passé. Pas grave, il y a tant de manières de vivre le festival ; chacune est appréciable. Retour en terre-mère belfortaine donc, plus fort que tout étant l'appel de The Walkmen, tête d'affiche étrangement ignorée du public, qui a la malchance de jouer, ce vendredi 13 février, entre des formations au son crade : Scott H.Biram, guitariste country-blues dont la voix sent la clope, le whisky, la poussière, et... l'import direct de South By Southwest, et The Bronx, groupe post-hardcore qui achève d'électriser le public de cette première soirée. The Walkmen ont certes à leur tête un chanteur fier et pédant, à la voix parfois un peu trop geignarde, mais ne crachons pas : le concert reste tout à fait bon, les titres choisis pour le set fonctionnent très bien (l'excellent "On The Water" en premier).

Les autres noms attendus confirment tout le bien que l'on pense d'eux. Samedi 14 février, l'électro - folk - hip-hop - lo-fi de Gablé amuse la galerie (enfin, la Poudrière de Belfort), et révèle le groupe idéal des temps de crise : cheap et absurde. Ensuite, Dan Boeckner (de Wolf Parade) et son épouse (au goût vestimentaire toujours aussi douteux) jouent les titres du nouvel album de Handsome Furs, qui s'annonce un peu plus intense que le bon mais anecdotique Plague Park. Elle est au machines, et il est à la guitare, et, en dehors de toute mode, ils dénotent une certaine attitude rock'n'roll, tendue et sexy. Yuksek, à qui 2009 appartient déjà, apporte une mauvaise nouvelle, cachée sous un live efficace et des lights shows de grands moyens : il ne sortira pas l'électro française de l'axe grand spectacle et basses compressées Daft Punk – Vitalic. Quant à Elysian Fields, le couple exerce toujours autant de magnétisme sensuel sur leur public.

Sinon, Génériq met un point d'honneur à jouer local. On aura vu le strasbourgeois Lauter interpréter seul son folk électrique et sinueux, sans aucun membre du collectif Herzfeld dont il fait partie (et qu'il n'oublie pas de mentionner). Ce changement de formation est à l'image de ses chansons passionnantes, aux contours changeants et imprévisibles. Peu après, The Feeling Of Love, de Metz, ont encore prouvé à quel point leur punk bruitiste, hypnotique, ténébreux et radical est impressionnant. L'héroïsme douteux et maladroit (inspiré par Arcade Fire probablement) des rémois de The Bewitched Hands On The Top Of Our Heads déroute au premier abord, mais ces chansons aux mélodies twee and love, clamées avec tant d'amour et de passion, comme l'aurait fait la troupe d'I'm From Barcelona, se révèlent tout à fait enthousiasmantes.

Dans la salle, on croise des spectateurs venus de tout le nord-est, et même d'Allemagne, et de Suisse. Il y a les programmateurs de l'Autre Canal de Nancy, ou de la Cartonnerie de Reims. Le festival invite au déplacement, au mouvement, à une pratique dynamique de la culture. Ne possédant pas le glamour que le nom d'une grande métropole ajoute sur une carte, le Grand Est souffre d'une mauvaise réputation injustifiée. En proposant une affiche aussi pointue qu'elle est éclatée, Génériq achève de prouver que le mouvement est une (plus) belle façon de vivre la culture, parce qu'il crée une dynamique, entre ces électrons libres détachés de tout épicentres de gravité urbains. Génériq est un des meilleurs exemples de ce que "l'événementiel" en France devrait toujours être : la mise en lumière, artistiquement exigeante, d'une pratique culturelle déjà réelle.

Le site du festival.

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20 février 2009

M. Ward - Hold Time (2009)

Toute nouvelle sortie de M. Ward est pour moi un évènement. Aussi, me suis-je retrouvé il y a quelques mois à chroniquer ici l'album Volume one de She and Him, duo entre le chanteur sus-mentionné et la jeune actrice à la gueule d'ange et à la voix cristalline Zooey Deschanel. Aujourd'hui, on retrouve Matthew mais cette fois-ci en solo, pour un nouveau projet attendu impatiemment depuis son précédent opus, Post-War, en 2006.


Autant le dire d'emblée, le défi à relever était de taille pour le natif de Portland. Après trois disques sublimes de folk songs racées - The transfiguration of Vincent tenant pour moi le haut du pavé - un nouveau chef-d'oeuvre était espéré. Manque de bol, Hold time ne répond pas à ces gourmandes attentes. S'il ne commet aucun crime de lèse-majesté et délivre quelques titres de blues-folk totalement envoûtants, il n'égale pas ses prédécesseurs et ne porte pas, pour moi, la marque d'un véritable et profond bel album.


Il est vrai, je ne suis pas un grand amateur des “featurings” et autres collaborations. Du reste, si elles demeurent ponctuelles peuvent-elles être appréciables. En trop grand nombre, j'aurai parfois tendance à croire qu'elles peuvent diluer un album, effacer légèrement la griffe et la présence d'un auteur, nuire à l'installation d'un climat, d'une ambiance. C'est mon avis concernant Hold time où, sous la houlette du producteur et multi-instrumentiste Mike Mogis (Saddle Creek), se succèdent au micro la chanteuse de folk-country Lucinda Williams, Tom Hagerman (DeVotchKa), Rachel Blumberg (The Decemberists), Jason Lytle (de feu Grandaddy) et Zooey Deschanel. Un bien beau casting qui, en dépit de sa qualité intrinsèque, dessert à mon goût largement le disque par son omniprésence.


L'inspiration blues des années 50-60 à la Roy Orbison, déclarée et défendue, est plutôt classieuse comme l'est par ailleurs la reprise de Buddy Holly “Rave on”, cinquième titre de l'album. Cependant, là aussi, cette référence trop franche à une noble tradition musicale américaine semble nous éloigner des disques chauds et intimes, éminemment personnels, composés par Ward dans le passé. L'écriture est là, la voix suave du chanteur communique toujours un plaisir inouï, mais la sauce ne prend pas réellement.


Ma sévérité n'a d'égal que l'étendue du talent de M. Ward. Si elle est vive, elle doit aussi être nuancée. En effet, Hold time n'est pas un mauvais album, loin de là, et certainement parviendra-t-il à populariser encore davantage son talentueux géniteur. Quelques titres sortent du lot et renouent avec les ballades vaporeuses et à fleur de peau de The transfiguration of Vincent (2003), Transistor radio (2005) ou Post-war (2006). La délicate “Stars of leo” avec son embardée progressive de guitare acoustique et de batterie en est un parfait exemple. Son enchaînement avec la christique “Fisher of men”, plus entraînante avec ses riffs de guitare électrique et sa ligne rythmique country, est tout simplement délicieux.


En dépit des quelques critiques (humbles et amicales) que l'on peut lui adresser, M. Ward réussit néanmoins un de ses paris avec ce disque. Produire une musique intemporelle et inclassable, littéralement suspendu dans le temps. “If only I could hold the time” sussurre-t-il de sa voix feutrée sur le titre éponyme de l'album. Oui, Matthew, tu peux, sois-en sûr...


En bref : M. Ward reste M. Ward. A savoir, un incontournable de la chanson américaine. Pour les novices, Hold time vous offrira une voie d'entrée capitonnée vers son oeuvre. Pour les familiers du personnage, en dépit d'un léger sentiment de déception, vous n'hésiterez certainement pas à écouter et réécouter ce disque. Simplement parce qu'il s'agit du nouvel M. Ward... une raison largement suffisante.






A noter : Comme nous l'avions déjà annoncé, M. Ward sera en concert le 26 février prochain au Café de la danse de Paris (Plus d'info).


Au passage, on peut signaler que le chanteur a récemment déclaré qu'un Volume two, fruit d'une nouvelle collaboration avec Zooey Deschanel, était en préparation pour 2009.


Le site web et le myspace de M. Ward


A lire aussi : She and him - Volume one (2008)


Starsofleo.mp3

Raveon.mp3 (Reprise de Buddy Holly)


Le clip de “Hold time” :




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19 février 2009

Patti Smith - Dream of Life (2007)

On la surnomme la « Marraine du punk ». Grande prêtresse beat associant sa poésie mystique à la rudesse des sonorités garage et l'incandescence d'un rock annonciateur du punk, Patti Smith a indéniablement marqué l'histoire de la musique contemporaine et fait le pont entre deux générations, celle issue des années 60 et du mouvement hippie, et celle, beaucoup plus désenchantée, du « no future » de la fin des années 70.


Personnalité multiple et complexe, chanteuse, poète, photographe, peintre, mère attentive ou militante politique acharnée, Patti Smith a cultivé tout au long de sa vie un sens aigü de la liberté et une envie irrépréssible de se faire passeuse de messages, shaman éclairant les consciences. Le très beau portrait documentaire de l'Américain Steven Sebring, à l'origine photographe de mode et de publicité, nous permet de redécouvrir cette femme unique dans un cadre inédit, intime et personnel. Pour ce faire, le réalisateur a suivi la chanteuse pendant 11 ans avant d'accoucher de ce film aux qualités esthétiques évidentes.


Dream of life est le titre du dernier album de Patti Smith composé par son mari Fred “Sonic” Smith, ex-guitariste du MC5, brutalement décédé en 1994. Le long-métrage s'ouvre sur des images de bonheur familial, un bonheur justement entaché de ce deuil, prémisse à un récit placé sous le signe de la mémoire et de la nostalgie. Steven Sebring plonge dans les souvenirs de la chanteuse qui, à cette occasion, se fait notre aimable guide dans ce voyage musical et poétique. La caméra du réalisateur est observatrice, délicate, impressionniste. Elle capte sans abîmer. Les recoins du salon de Patti, la rugosité du décor urbain de Detroit, le manche vernis d'une Gibson comme la vibration d'une pupille.


Au gré des archives et des lectures de textes, on prend un plaisir certain à retrouver les grands hérauts de la beat generation et leurs illustres inspirateurs. Allen Ginsberg, William Burroughs, Gregory Corso, Arthur Rimbaud, William Blake, Thomas Stearns Eliot ou encore Walt Whitman, tous magnifiés par le commentaire de Patti Smith et la mise en images de Steven Sebring. On renoue également avec certains hauts lieux de la vie musicale new-yorkaise comme le CBGB (Country, Bluegrass and Blues and other music for uplifting gormandizers), ouvert en 1973 par Hilly Kristal et devenu très vite la rampe de lancement du punk rock américain.


Dans une période plus récente, c'est l'activisme politique de Patti Smith qui est mis en valeur. Ainsi, la voit-on dresser un réquisitoire furieux contre George W. Bush et sa guerre scélérate en Irak, thème de sa chanson “Radio Baghdad” sortie en 2004. Tantôt révoltée, tantôt attentionnée, tantôt anar furibarde, tantôt mère de famille aimante, la chanteuse dévoile ses multiples facettes dans ce documentaire qui révèle toute l'essence d'une artiste. A savoir, un mélange de contradictions et de passions, terreau fertile de la création et d'un parcours tout simplement extraordinaire.


En bref : Un portrait documentaire éblouissant de la “Marraine du punk” Patti Smith, intime et enragé. Un véritable modèle du genre.




A noter : Patti Smith - Dream of life sera rediffusé sur Arte le 29 avril à 0h10 et 3h00, ainsi que le 7 mai à 3h00.


Le site web de Patti Smith


Lien torrent pour récupérer le documentaire


A lire aussi : rubrique DVD/Films


La bande-annonce du film :


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Concours - Stuck In The Sound


Ca ne vous a certainement pas échappé, les quatre rockeurs parisiens de Stuck In The Sound sont de retour cette année avec un nouvel album intitulé Shoegazing Kids produit pas Nick Sansano (Sonic Youth, Public Enemy, Noir Désir…), et le moins que l’on puisse dire c’est qu’ils ne sont pas là pour rigoler. A défaut de chronique (pour le moment), je peux vous dire que les premières écoutes m’ont parues bien plus pêchues et surtout bien plus ambitieuses que celles consacrées au premier album, constat qui semble se vérifier dans la presse spécialisée et chez nos confrères bloggeurs.

A cette occasion, Dodb souhaite vous faire gagner 5 exemplaires de l’album Shoegazing Kids. Pour cela il suffit de répondre à cette question : Comment s’appelait le premier album des Stuck In The Sound sorti en 2007 ? et d'envoyer vos réponses avec vos coordonnées complètes (adresse postale) à contact@desoreillesdansbabylone.com avec "Concours Stuck In The Sound" dans l'intitulé du message, et ce avant le 20 mars prochain.

Le site officiel et le Myspace des Stuck In The Sound

En attendant, le clip de "Ouais", premier single du disque :

STUCK IN THE SOUND – OUAIS (CLIP OFFICIEL)
par Discograph

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18 février 2009

Interview - Alexandre Delano de Kütu Folk Records


Le folk français n’a pas dit son dernier mot, bien au contraire. Si vous avez traîné vos guêtres ces dernières années du côté de Clermont Ferrand, et que vous vous êtes déjà arrêtés là-bas devant une bande de chevelus mélomanes, vous connaissez peut-être Kütu Folk. Association de loi 1901 créée en 2006 dont les objectifs sont la promotion des artistes folk clermontois, l’organisation de concerts originaux, la production phonographique et le développement d’une identité commune, Kütu a connu depuis une rapide expansion. En 2007 et 2008, The Delano Orchestra, Pastry Case et St Augustine sortent des disques remarqués, et participent ainsi au Printemps de Bourges, ou encore au festival Europavox. Aidée par la Coopérative de Mai, l’association devient aujourd’hui label indépendant et compte taper un grand coup en sortant quasi simultanément quatre albums d’artistes du collectif dans un packaging unique et reconnaissable. Dodb a voulu en savoir plus en partant à la rencontre d’ Alexandre Delano et en lui posant quelques questions.

Bonjour, comment fonctionne un label associatif ? Qu’est-ce qui le fait vivre ?

Avec beaucoup d’envie, de volonté et surtout avec l’aide et le soutien de personnes qui croient en nous…

Ca fait plaisir qu’en période de crise des structures indépendantes continuent d’éclore, quel est votre secret ?

L’inconscience. On dit qu’actuellement, on a plus de chance de gagner au loto que de monter un label pérenne.

Comment se fait-il qu’une telle scène folk ait émergée à Clermont ? La qualité de l’air ? Les verts pâturages ?

Cela vient de différents facteurs : des rencontres, des structures, des concerts pour nous réunir… Les paysages influencent, c’est certain, mais nous n’avons pas le monopole des montagnes et des grands espaces. Tout le monde est libre de voyager, découvrir… Leopold Skin a ainsi passé une année au Canada et il nous revient aujourd’hui avec plein de nouvelles chansons.


Vous parlez de concerts originaux. Qu’ont-ils de si particuliers ?

La volonté de faire plus qu’un concert. Parfois il y a une expo, parfois ce sont les décors de scène qui sont particuliers…

Quelles sont les valeurs (musicales mais pas seulement) que vous souhaitez défendre à travers ce label ?

La sincérité des chansons et des artistes. La totale liberté de ceux-ci dans leur création (artwork des pochettes et musique). Une volonté de rapprochement avec le public.

Il semblerait que la Coopérative de Mai vous a bien aidé. Quels conseils donneriez-vous aux autres structures du même type souhaitant aider leurs groupes locaux ?

Il est difficile de donner des conseils sur ce terrain là. Je pense qu’une salle de concert peut avoir une vocation plus large que celle de la pure programmation de concerts. Ce que la Coopérative de Mai et La Ville de Clermont-Ferrand ont très bien saisi.

L’objet disque semble encore avoir de l’importance pour vous. Comment comptez-vous jouer là-dessus ?

Nous voulons proposer des disques particuliers, des pochettes cartonnées cousues, dessinées par l’artiste. Les disques sont un des points de contact les plus importants entre un artiste et son public. Il est triste de voir à quel point l’industrie du disque a décidé du format que devait prendre cet objet. Nous essayons de redonner la main aux artistes.

Que pensez-vous de l’émergence des blogs dits musicaux ?

Tous les moyens de découvrir de nouveaux bons groupes me passionnent forcément. Il se trouve que les blogs musicaux deviennent de plus en plus d’incontournables dénicheurs de talents.

Quels autres labels (français ou étrangers) vous ont le plus inspirés ?

Le travail de Talitres, Constellation ou Anticon (la liste pourrait être bien plus longue…) est remarquable. Nous essayons de nous différencier tout en prenant exemple sur ces belles réussites.


Retrouver toute l’équipe de Kütu Folk sur leur Myspace

Téléchargement gratuit et légal (clic droit / enregistrer sous):

A noter : St Augustine, Leopold Skin, The Delano Orchestra et Pastry Case seront sur la scène du nouveau casino le 8 avril prochain.

Les albums de St Augustine et Leopold Skin sortiront le 30 mars prochain, ceux de The Delano Orchestra et Pastry Case le 6 avril prochain.

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17 février 2009

Pigeon Funk - The Largest Bird In The History Of The Planet... Ever ! (2008)

Avec une pochette aussi génialement comique, moche comme notre époque, et un titre parmi les plus absurdes que je connaisse, on se doute que ce disque n’a rien de mainstream. Et, de fait, c’est à un public averti que se destine The Largest Bird In The History Of The Planet... Ever! Plus précisément aux amateurs de sons concassés, de micro-house et de funk bleepée. Au fans de Mr Oizo, d’Aphex Twin ou d’Akufen, prêts à souffrir un peu pour jouir beaucoup. C’est justement sur le label du Québecquois Akufen, le bien nommé Musique Risquée, qu’est paru ce brûlot, fin 2008, dans une indifférence quasi-générale.

Vissez bien votre casquette, car ce périple sur le dos d’un bien étrange volatile n’est pas sans remous ni perturbations. “Mess Call” fait plus qu’annoncer la couleur, elle est comme un Cerbère gardant l’entrée de ce musée du bidouillage trippé. On pourrait dire qu’il s’agit d’un morceau de jazz-funk, mais où les sons parasites et autres modulations l’emportent sur la fluidité et le groove. Une fois passé le molosse, “The Blues Bus” confirme la tonalité jazz de l’album. Avec ses cuivres déchaînés, c’est l’une des plus belles tentatives de modernisation du son afro-space de Pharaoh Sanders et Sun Ra qu’il m’ait été donné d’entendre.

Les Pigeon Funk possèdent une science de la musique électro-acoustique qui leur permet de tout oser, mêlant accordéon et tuba à une wobble bass vrombissante ou incrustant des cris de pirates avinés et une guimbarde sur les guitares légères de “Blues For Raymond”. La profusion des instruments, des micro-samples et des effets, d’abord perturbante, devient le principal atout d’un disque qui traverse des genres aussi éloignés que l’électro-pop (“Not Gonna”), la booty music (“Tufa”), le tango (“Alma Hueco”, moins réussi), et même le folklore klezmer sur un “Pom Pom Yom Pom Pom” qui relève de la psychiatrie. Tout cela étant dominé par un funk lourd absolument cradingue et un penchant pour la digression et les fausses pistes (le simili-lounge du début de “The Blues Bus”).

Sutekh (Seth Horvitz) et Joshua Kit Clayton, qui ont laissé le troisième larron Safety Scissors à ses découpages, s’illustrent habituellement dans un registre minimal groovy plus conventionnel, mais ce projet parallèle commun permet de mesurer combien ces parrains de la scène techno de San Francisco sont de merveilleux faiseurs. Ce deuxième album présente une vision du funk électronique certes pas très accessible, mais drôle et foncièrement innovante.

En bref : Ce pigeon s'apparente à un ovni tant sa mixture d’électro, funk et musiques folkloriques s’avère unique et avant-gardiste.



Pigeon Funk - The Blues Bus.mp3
Pigeon Funk - Pom Pom Yom Pom Pom.mp3

Le Myspace de Pigeon Funk
Le site et le Myspace du label Musique Risquée
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Fredo Viola - The Turn (2009)

Voilà un buzz qui n’a pas volé son succès. A moins de vous être récemment fait enlevés par les Farcs, vous avez certainement du tomber sur le clip de "The sad song" au cours d’une ballade champêtre sur Youtube. C’est normal, et Fredo Viola, l’italo américain né à Londres en est l’auteur. Il y en aurait des histoires à raconter sur cet artiste complet pourtant à l’écart des circuits traditionnels. Ancien soprano, violoniste, pianiste, cinéaste, passionné de compositeurs classiques, encore plus s’ils sont russes et sombres, Fredo selon ses propres mots est plus un homme d’idées que de techniques. Enfin lorsqu’il monte son fameux clip Do it yourself, la technique du collage harmonique ne semble pas lui manquer pour autant. Chanson emblématique, qui a donné son nom à son premier Ep, "The sad song" est il est vrai imprégnée d’une dimension quasi religieuse, presque trop lourde pour un seul homme. Et quand quelques temps plus tard sort l’album complet, et que tous les titres sont du même acabit, on ne peut que s’incliner devant tant de grâce.

"The turn" qui donne son nom à l’album et qui ouvre le bal est déjà magistrale. Harmonies vocales insensées, fingerclap tout en douceur, machine qui s’emballe… si le reste du disque est au niveau ça va faire mal. Et c’est à peu près le cas parce que des idées Fredo en a véritablement à la pelle. Dès "Friendship is" le désormais new-yorkais nous démontre qu’il possède également des cordes d’électronica à son arc, et que ce n’est pas pour rien qu’il a été contacté par Massive Attack. Puis "Red states" vient témoigner sur l’art de l’arrangement du Monsieur. Comme Jim Noir, Fredo fait tout tout seul, et empile les couches comme d’autres joueraient au caps, avec une évidence et une virtuosité qui donnent le tournis. Simplement, Fredo n’est pas un songwritter au sens premier du terme. Des textes il n’en a pas vraiment, l’artiste préférant s’inventer un charabia incompréhensible comme REM le faisait à ses débuts. Qu’importe.

Riche en contrepoints harmoniques (Fredo est fan de Bach), l’album donne la plupart du temps des frissons dans le dos. Comme ce "Robinson Crusoe" à la luxuriante symphonie, monumentale et aérienne. Les Beach Boys à cinq n’auraient pas fait mieux dans le registre chorale de garçons. Et si Fredo avoue leur ressembler, tout comme à Sigur Ros par moment, c’est pourtant sans s’en être imprégné plus que ça, ayant privilégiée une éducation musicale plus classique. A noter que le Cd sortira accompagné d’un Dvd reprenant de nombreux clips réalisés par Fredo lui-même, dans un emballage du plus bel effet confectionné par l’artiste folk médiéval Richard Colman, proposant ainsi au moins deux pistes à la sauvegarde du format physique. Assurément l’une des grandes révélations de l’année.

En bref : Tout seul et presque à capella, un italo américano anglais fait mieux que Fleet Foxes dans le registre folk / pop / gospel en lui ajoutant une touche d’électronica, aménageant ainsi une cathédrale sonore vraiment impressionnante.
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Le site officiel et le Myspace

A lire aussi : Fleet Foxes - S/t (2008)

"The Turn" et "The sad song" en mode Do it yourself :



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16 février 2009

The Sw!ms - Ride Of The Blueberry Winter (2006)

Là encore allez savoir pourquoi j’ai ressorti ce disque du carton. Ni même comment il s’est retrouvé dedans. Pas une seule information en français sur ce groupe sur la toile, inconnu de Discogs, et généralement confondu avec The Swims, duo basse / batterie de Sacramento édité par Distille et par ailleurs assez bon. Pourtant, armé de patience et d’un bon gros Harrap’s, vous observerez que ce Ride Of The Blueberry Winter a été remarqué par quelques petits blogs américains, et même positionné dans certains classements 2006, forcément obscurs, mais bon. Comparé parfois même au Bee Thousand des Guided By Voices (n’abusons pas non plus), cet album est en tout cas exemplaire dans le genre Elephant 6, à savoir (et vous devez commencer à le savoir) la pop psychédélique d’inspiration sixties matinée de rock indé.

Originaires de Pennsylvanie (Scranton plus exactement), les Sw!ms sont Brian Langan, leader joufflu et bien barré, Claire Connelly, batteuse partie depuis et chanteuse sur "Yub : yub", Matt Walsh à la basse et Philip Rice au tout venant (comprendre n’importe quel instrument ou non qu’il a sous la main). Repérés par le label local Prison Jazz (dont on attend toujours des nouvelles), les Sw!ms donnent dans le fun sérieux, si vous voyez ce que je veux dire. Un peu comme les Apples In Stereo, tout semble coloré et catchy, mais rien n’est laissé au hasard, ou au facile. L’album comprend d’ailleurs seize titres et aucun interlude (chose rare), et chaque titre se différencie par une particularité (chose encore plus rare).
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D’humeur excessivement joyeuse, le disque peut compter sur de très nombreux moments remarquables. "Upstate milkmaid" par exemple, morceau aux distorsions plus rocks, avec solo de guitare Revolver style, placé en voiture balai sur le disque. A l’opposé et donc en ouverture, "C’M’ Off it", tout en Farsifa, voix de schtroumpf et beat saccadé, façon The Monkeys, groupe sixties mythique par ailleurs souvent invoqué dans cet album, et trop oublié par la jeune génération au profit des Beach Boys. Au milieu, "Sara jean" est géniale. Son orgue vous restera dans la tête pour la journée. Tout comme "We need… lava" et ses paroles étranges à souhait.

Je ne voudrais pas oublier non plus "Depth charge" et son plein de synthés, "Blood in the Lanaï" et son couplet Muppet’s Show ou encore "Clean Escape" et sa slide guitar. Au final on se retrouve avec une power pop assez naïve mais complètement débridée, d’inspiration psyché Nugget’s avec les mélodies vocales des Shins, le tout soutenu par un univers visuel coloré au possible. En somme un disque vraiment cool qui mérite d’être sorti du carton.
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En bref : Inconnus au bataillon, les Sw!ms jouent une power pop naïve et débridée et n’ont pas l’air de se soucier du reste du monde. Et moi j’aime bien ça.
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Le Myspace et une galerie de leur incroyable univers visuel

A lire aussi : Danielson - Ships (2006)

Le clip de "Pile of features" (pas dans l’album), du grand n’importe quoi, la musique commence à 1’20" et "Blood in the Lanaï" en playback apparemment :
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Hudson Mohawke - Polyfolk Dance EP (2009)

Après avoir effectué un retour fracassant en 2008 (avec entre autres DJ Mujava, Jamie Lidell, Pivot, Leila, Flying Lotus, Gang Gang Dance...), Warp a peut-être trouvé sa coqueluche de l’année à venir en la personne d’Hudson Mohawke, qui débute sur le label avec cet EP. Basé à Glasgow, membre du collectif artistique LuckyMe et moitié des Heralds of Change, il est souvent comparé à Flying Lotus, au point que le surnom de “Hud Mo” lui a été attribué, en écho à “Fly Lo”. Il est vrai que ces deux-là ont la même manière de briser les conventions et de marcher sur les traces du regretté J Dilla, travaillant le plus souvent sur une base rythmique hip-hop en l’accomodant aux sonorités cosmiques et heurtées de l’électronica bleepée.

Ce qui distingue l’Ecossais de son condisciple Californien, c’est sans doute une plus grande attirance pour les prods tranchantes et saccadées de Squarepusher et de Venetian Snares, comme le prouve le très agité “Yonard”, dont le beat s’apparente à un bruit de tôle froissée par grand vent. Construit autour d’un sample de polka pitché suraigu, “Polkadot Blues” déroule une ligne de basse extrêmement funky qu’on croirait tirée d’un morceau des Jackson Five, tandis qu’”Overnight” s’apparente à une sorte de tube r&b à la Rihanna, mais en version totalement pervertie. Bien qu’il ne soit ni le plus sophistiqué, ni le plus entraînant, “Velvet Peel” reste mon titre préféré sur cet EP, avec ses bouts de voix gonflées à l’hélium, ses cascades de synthétiseur et son beat famélique. Le disque a le mérite, malgré sa courte durée (15 minutes) et ses ambitions modestes, de présenter plusieurs facettes d’un producteur de 22 ans seulement, aux idées larges et à l’avenir radieux.

A noter : Hudson Mohawke sera à l’affiche de la première Bleep Party, aux côtés de Tim Exile et Plaid (live). Vendredi 19 février, au Batofar, 11 quai François Mauriac (Paris 13). 11,60€ en prévente.

En bref : Tout juste signé chez Warp, Hudson Mohawke est encore un gamin mais s’annonce déjà comme une valeur sûre du hip-hop instrumental à la Flying Lotus. Sans toutefois dépasser le maître.



Hudson Mohawke - Velvet Peel.mp3

Son Myspace
Le site de Warp

A lire aussi : Flying Lotus - L.A. EP 2x3
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15 février 2009

DJ Koze - Reincarnations (The Remix Chapter 2001-2009)

Lors d’une petite conversation avec Damien du groupe dOP, celui-ci m’affirmait que pour lui, DJ Koze (prononcez “Kozi”) était certainement le meilleur producteur électronique actuel, en tout cas en Allemagne. Et si je ne me risquerais pas à une telle affirmation compte tenu de la densité de la scène germanique, il est vrai que Stefan Kozalla en est l’un des fers de lance, de ceux qui traînent dans leur sillage une meute d’imitateurs plus ou moins heureux. Si vous aimez un tant soit peu la techno, il est rigoureusement impossible que vous ne soyez pas tombé, un jour ou l’autre, sur l’un de ses trois albums et de ses dizaines de maxis, ou sur ses travaux au sein d’International Pony.

Difficile à catégoriser car extrêmement varié, le son de Koze se caractérise par une chaleur, un swing et surtout un sens de l’humour ultra-développés, associés à une forte propension à l’expérimentation. Et ce n’est pas cette compilation de certains de ses meilleurs remixes qui changera la donne. Dès l’intro, les présentations sont faites par l’entremise d’une voix féminine vocodée : “Hi friends, how are you ? I am DJ Koze and i’m sitting in my studio in Hamburg, drinking red wine and collecting my best dreams... This is for you !” Voilà qui a le mérite d’être clair et de nous mettre dans les meilleures dispositions pour ce qui suit, à savoir l’excellent remix d’”Elementary Lover” de Matthew Dear (tirée de l’album Asa Breed), son beat house saccadé et ses choeurs virils et funky.

Koze aime beaucoup jouer avec les voix, et une bonne partie des titres remixés sont chantés. Le désormais célèbre “Minimal” de Matias Aguayo (“This music got no groove, got no balls (...) Basta ya de minimal !”) se mue ainsi en bombe dancefloor parodique à tendance balnéaire, d’où émerge de temps en temps le sifflement aigu d’un kazoo. “Danse avec moi”, de Nôze et Dani Siciliano, voit son tempo sensiblement ralenti tandis que cuivres et parties vocales sont démontés un à un et réagencés dans un collage aussi jazzy que dadaïste. Le titre s’achève sur un magnifique extrait de L’Homme qui aimait les femmes de François Truffaut : “Les jambes des femmes sont comme des compas qui arpentent le globe terrestre en tous sens, lui donnant ainsi son équilibre et son harmonie”.

Plus que ses “réincarnations”, ce sont les vies parallèles du musicien qui apparaissent très nettement sur ce disque. Le Koze sombre et nerveux (le remix de The Battles) côtoie le Koze “émo” (les relectures de Lawrence et d’Heiko Voss) et celui, plus ambient, qui revisite les miniatures folk expérimentales de Wechsel Garland. La sélection se clôt même sur un morceau de l’actrice Hildegard Knef à l’atmosphère de cabaret façon Marlène Dietrich, que l’Hamburgeois sublime par petites touches de cordes veloutées et de choeurs très fifties. La plupart de ces morceaux étaient préalablement sortis en maxi, mais certains d’entre eux étaient devenus assez compliqués à trouver. Une raison suffisante pour déclarer cette compilation “d’utilité publique”.

A noter : Reincarnations sortira le 9 mars sur Get Physical et donc pas sur Kompakt, son label habituel. Attention, le vinyle ne contiendra que 8 titres, contre 14 pour le CD et la version digitale.

En bref : Le CV du touche-à-tout iconoclaste DJ Koze à travers une sélection de ses meilleurs remixes. Impressionnant.



Matthew Dear - Elementary Lovers (DJ Koze Remix).mp3
Hildegard Knef - Ich Liebe Euch (DJ Koze Remix).mp3

Le site et le Myspace de DJ Koze
Le site de Get Physical

A lire aussi : dOP - Blanche Neige EP
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13 février 2009

Parts & Labor - Concert au St Ex, Bordeaux le 11/02/09


Quand Let’s Panic Later organise un concert au St Ex, vous pouvez être sûrs que vous en aurez pour votre argent. Souvenez-vous, Mahjongg nous avait déjà scotchés au plafond dans cette cave qui n’est pourtant pas bien haute, et ce soir, c’est l’anciennement trio de Brooklyn Parts & Labor qui nous fait descendre au fond du terrier d’Alice, dans l’antre de l’underground bordelais où slims et autres fluo kids se bannissent d’eux-mêmes. Pour les autres, une programmation du label Jagjaguwar (Black Mountain, Okkervil River, Bon Iver, Women…) -on ne peut plus gage de qualité à mes yeux- est immanquable. Et même si le quatuor semble avoir mis de l’eau dans son vin sur son quatrième album Receivers sorti l’année dernière, il reste pour le moins indéniablement défricheur. Passant d’un son presque hardcore des débuts à un son plus complexe, s’essayant à un schéma plus classique sans oublier le chaos, Parts & Labor est définitivement l’une des formations les plus intéressantes du moment dans le noise rock expérimental. Des premières parties de TV On The Radio, Battles ou Oxbow vous éclaireront peut-être un peu plus sur leur terrain de jeu.

Dan Friel, jeune échevelé en goguette est aux sampleurs, claviers, et autres bizarreries électroniques, en tête de gondole sur la mini scène du St Ex. C’est également lui qui pousse la chansonnette le plus fort, j’y reviens. B.J. Warshaw quant à lui joue basse et saxo, et chante même, barbe appuyée sur la voûte. Restent la belle Sarah Lipstate à la gratte, sur qui tous les yeux masculins se portent, et Joe Wrong batteur imperturbable aux yeux bridés. Et là ça commence. Et bim ! Première claque, Parts & Labor est finalement un groupe de stade, compressé dans une salle de trente mètres carrés. Et moi à un mètre du groupe, et donc des enceintes, de me recevoir en pleine tête les giclées de voix héroïques du petit frisé, et de ses attaques de synthés. J’avais entendu parler de mur du son au sujet de la bande, c’est parfois vrai. "Satellites" donne très vite le ton en effet. Guitares saturées, électronique distordue, batterie frénétique. Ca ne vous rappelle rien ? Il parait que le groupe apprécie bien Wire, le Pink Floyd, Brian Eno et Sonic Youth, on s’en serait doutés.

Atypique en tout cas Parts & Labor l’est assurément. Capable de simplicité puissante et entêtante sur "Nowhere nigh" et "Solemn show world" comme de recherche effrontée du différent sur l’épique "Wedding in a wasteland", le groupe ne perd pourtant jamais ni son âme, si son groove, et nous embarque avec lui dans un grand feu d’artifice noisy pop que je n’attendais pas forcément. De quoi se replonger de vitesse dans une discographie déjà bien fournie aux pochettes soignées qui plus est. Jusqu’au prochain mur du son.

Les Myspaces de Parts & Labor, Let’s Panic Later et le St Ex

A lire aussi : Hawney Troof - Concert au Son’Art, Bordeaux le 20/11/08
"Nowhere nigh" en écoute :
Crédit photo Polaroïd Let’s Panic Later ©
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12 février 2009

Loco Locass - Amour Oral (2005)

Vous êtes prévenus, vous entrez ici en terres indépendantistes québecquoises.
Fédéralistes, libéraux et autres atlantistes, passez votre chemin, les Loco Locass ne feront pas de quartier. En effet, les trois garçons (Batlam, Biz et Chafik), pionniers de la scène rap joual des années 90, assènent depuis une quinzaine d'années leurs textes rageurs et revendicatifs, égratignant au passage la classe politique de leur pays et tous les suppôts du grand capital. Parmi leurs thèmes de prédilection, l'indépendance évidemment, la défense de la langue française, mais également d'autres sujets d'actualité ou de portée plus universelle. Un dénominateur commun à tout cela, une fougue et une verve sans pareilles, supportées par des instrus old-school entraînants. En attendant leur nouvel album prévu pour 2009, petit retour sur leur dernière production en date, Amour oral, sortie il y a quatre ans déjà.

Le ton du disque est donné dès les premières minutes par un extrait sans équivoque d'une interview du réalisateur québecquois Pierre Falardeau, un des maîtres du cinéma direct nord-américain connu pour son engagement au sein du Mouvement de libération nationale du Québec (MLNQ). “Le Québec, c'est un pays conquis et annexé par la force... conquis par la force des armes en 1760.... annexé par la force avec l'Acte d'union en 1840... la Confédération c'est juste la suite de l'Acte d'union... Donc le peuple québecquois est un peuple soumis, un peuple vassalisé, un peuple inféodé à un autre”. L'introduction est sans ambiguïté, l'album-manifeste annoncé.


S'en suit une série de morceaux où les têtes de Turcs habituelles du groupe en prennent pour leur grade. “Résistance”, “W Roi”, “Antiaméricanisme primaire”, “La censure pour l'échafaud” ou encore “Libérez-nous des libéraux”, les titres parlent d'eux-mêmes et, sans surprise, le registre est éminemment politique. La triplette de rappeurs n'en oublient pas pour autant de s'accorder quelques intermèdes plus rigolards comme avec “Banzaïon”, délire cannabique potache, mais la dominante reste engagée et revancharde.



Je vous l'accorde, il faut s'accrocher pour saisir les paroles des Loco Locass, balancées à vitesse supersonique et truffées d'expressions québecquoises étrangères à nos gauloises oreilles. Ceci dit, les trois mectons ont le don de confectionner des mélodies imparables qui s'ancrent instantanément dans nos têtes. “Libérez-nous des libéraux”, titre phare du disque et charge frontale contre les gouvernements de Jean Charest et du “pdg du Canada” Paul Martin (tous deux membres du Parti libéral du Canada), en est une illustration parfaite. Le flow des rappeurs est totalement ravageur, sans répit. Les instrumentaux, composés à six mains, d'une efficacité redoutable et gravement agités du bocal. Le refrain, quant à lui, phagocyte le cerveau en deux coups de cuillère à pot. Le morceau s'achève sur une touche franchouillarde, une constante chez les Loco Locass, par une gigue francophile kitschouille.


Les amateurs de rap déconnard et politisé seront en joie à l'écoute de ce disque, les autres n'auront qu'à se laisser entraîner par la gouaille des trois Québecquois et leurs instrumentaux rebondissants et revigorants. Espérons que les garçons réussiront le difficile pari de se renouveler pour leur prochain album. Aux dernières nouvelles, ils se seraient fait voler les masters de ce nouveau projet, cela ne pouvait arriver qu'à ces drôles de zigs de Loco Locass...


En bref : Débraillé, potache et politique, un ovni rap franc du collier en provenance du Québec. Le genre de disque que vous n'écoutez que trop rarement.




Le myspace et le site web des Loco Locass


Libérez-nous des libéraux.mp3


“La censure pour l'échafaud” :



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11 février 2009

Yagya - Rigning (2009)

Le mouvement dub-techno, s’il ne date pas d’hier, ne s’est peut-être jamais aussi bien porté qu’aujourd’hui. Sous des formes diverses, voire antithétiques, il déploie désormais ses ramifications dans le monde entier sauf (détail d’importance) en Jamaïque. Alors que des producteurs assimilés au genre refusent toute affiliation au dub et préfèrent parler de deep-techno (cf Interview de BvDub), d’autres gardent des liens forts avec le reggae roots (Beat Pharmacy, Rythm & Sound...), et d’autres encore conçoivent leur musique comme une forme spécifique d’ambient. C’est le cas de l’Islandais Adalsteinn Gudmundsson, alias Yagya, dont voici le troisième album solo.

“Rigning” signifie “pluie” en islandais. C’est le titre de toutes les plages du disque, qui sont numérotées d’1 à 8 pour la version vinyle et d’1 à 10 pour le CD. C’est aussi le fil conducteur de cette symphonie qui fonctionne comme une seule entité et non comme une succession de tracks distincts. Du début à la fin, la présence latente de sons aquatiques concrets sous toutes leurs formes révèle l’approche naturaliste de Yagya, qui oeuvre dans la lignée de Brian Eno et surtout de Gas, le projet de Wolfgang Voigt dont les quatre albums ont récemment été réédité sur Kompakt (Nah und Fern box set - 2008).

En écoutant Rigning, j’ai pensé aux paysages fantomatiques de Turner et de tous ces peintres, souvent britanniques, qui ont fait des brumes flottantes l’essence de leur travail. J’ai aussi pensé aux aquarelles marines. Comme elles, cet album organise l’interpénétration de couleurs diluées (ici à dominantes blanche et bleue), et se focalise sur la ligne d’horizon où mer et ciel se confondent. Pour l’essentiel, la palette du mélodiste est composée d’un camaïeu de nappes de synthé immersives et propices aux frissons. En la matière, il faut reconnaître que Gudmundsson n’a pas d’équivalent, à l’exception de Kaito (Hiroshi Watanabe), dont le travail est finalement assez proche.

Les basses et les rythmiques dub-techno émergent sur quasiment tous les titres, mais presque toujours en sourdine, et elles ne servent qu’à structurer cette longue rêverie et à souligner les variations de ses textures atmosphériques. Pour le coup, on est très loin du son référentiel de Basic Channel et de son hypnose percussive. Selon l’humeur et les conditions d’écoute, Rigning pourra paraître chiant, médiocre ou prodigieux. Impossible, par exemple, de l’écouter dans le métro ou de le diffuser en “fond sonore”: un monde de détails vous échapperait. C’est dans la solitude, et à fort volume, que cette heure de félicité glaçante se doit d’être dégustée.

En bref : Rigning est une symphonie ambient panthéiste et naturaliste, empruntant juste ce qu’il faut à la techno et au dub pour structurer ses digressions aquatiques. Un album de saison, humide et scotchant.



Yagya - Rigning 5.mp3

Le Myspace de Yagya
Le site et le Myspace du label néerlandais Sending Orbs

“Rigning 2” :

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Herman Düne - Concert à Bordeaux, Espace Tatry le 10/02/09


Quelques semaines après Sporto Kantès, voici venu l’autre duo dont Radio Nova s’est maintes fois fait le prescripteur, à savoir la fratrie Düne désormais réduite à sa plus simple expression, André ayant pris la poudre d’escampette auprès de son projet Stanley Brinks. Restent donc le grand barbu David Ivar, à présent seul et unique compositeur, et son frangin Neman, percussionniste attitré au flegme imperturbable. Seul le guitariste / bassiste Turner Cody se prête au jeu de l’accompagnement pour soutenir un groupe sur lequel les médias dits spécialisés ont pas mal tiré l’année passée. La faute à un Next Year In Zion jugé ennuyeux pour certains, et surtout à un rapprochement d’avec le major EMI, à mille lieux de l’esprit baba no-fi des débuts. Et si ce huitième album n’a certes pas été à la hauteur d’un Not On Top ou même d’un mieux produit Giant, il reste toujours une jolie collection de folk songs ramenées à l’essentiel. En tous cas et malgré la crise de croissance, le public n’a pas lâché son duo franco-suédois préféré et l’Espace Tatry se remplit comme il faut.

Comme je l’ai déjà fait remarquer, et contrairement aux précédentes tournées, le groupe est très resserré. Cuivres et chœurs féminins sont absents du set, bien que présents sur disque. Et pour le coup, Herman Düne redevient un peu ce groupe minimaliste, sobre et intime des débuts. On ne peut pas dire que Neman fasse des miracles à la batterie, tout juste accompagne-t-il délicatement son frère par des rythmiques chaloupées et autres effleurements de peaux. David Ivar quant à lui semble comme toujours habité par ses chansons, surtout lorsqu’il se retrouve seul sur scène pour interpréter une version éthérée de "She knows better than me". Dérangé je pense par la bruyante assistance du bar, mais inflexible, il laisse aller son humeur calypso le temps de titres qui se ressemblent trop, mais qui font le boulot. Trois accords de ukulélé sur le désormais classique (because bourrage de crâne) "My home is nowhere without you" et ça suffit. Soli de gratte feutrés, percussions cotonneuses, Herman Düne dans ses meilleurs moments m’évoque Van Morrisson, alors que mon voisin de gauche pense à Bruce Springsteen, allez comprendre !

En tous cas s’il n’est certes plus question d’anti-folk, mon avis est que le groupe sous forme de duo (allez, de trio, n’oublions pas Turner Cody) revient agréablement à l’essentiel, surtout sur scène où la sympathie et la simplicité des Düne n’ont pas bougé d’un iota. C’est bien là le principal.

Les Myspaces d’ Herman Düne, Allez les filles et Espace Tatry

A lire aussi : Herman Düne - Not On Top (2005)

"I wish that I could see you soon" à Taratata, avec choeurs et cuivres :
Crédit Photo Pierre Wetzel ©

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