15 février 2009

DJ Koze - Reincarnations (The Remix Chapter 2001-2009)

Lors d’une petite conversation avec Damien du groupe dOP, celui-ci m’affirmait que pour lui, DJ Koze (prononcez “Kozi”) était certainement le meilleur producteur électronique actuel, en tout cas en Allemagne. Et si je ne me risquerais pas à une telle affirmation compte tenu de la densité de la scène germanique, il est vrai que Stefan Kozalla en est l’un des fers de lance, de ceux qui traînent dans leur sillage une meute d’imitateurs plus ou moins heureux. Si vous aimez un tant soit peu la techno, il est rigoureusement impossible que vous ne soyez pas tombé, un jour ou l’autre, sur l’un de ses trois albums et de ses dizaines de maxis, ou sur ses travaux au sein d’International Pony.

Difficile à catégoriser car extrêmement varié, le son de Koze se caractérise par une chaleur, un swing et surtout un sens de l’humour ultra-développés, associés à une forte propension à l’expérimentation. Et ce n’est pas cette compilation de certains de ses meilleurs remixes qui changera la donne. Dès l’intro, les présentations sont faites par l’entremise d’une voix féminine vocodée : “Hi friends, how are you ? I am DJ Koze and i’m sitting in my studio in Hamburg, drinking red wine and collecting my best dreams... This is for you !” Voilà qui a le mérite d’être clair et de nous mettre dans les meilleures dispositions pour ce qui suit, à savoir l’excellent remix d’”Elementary Lover” de Matthew Dear (tirée de l’album Asa Breed), son beat house saccadé et ses choeurs virils et funky.

Koze aime beaucoup jouer avec les voix, et une bonne partie des titres remixés sont chantés. Le désormais célèbre “Minimal” de Matias Aguayo (“This music got no groove, got no balls (...) Basta ya de minimal !”) se mue ainsi en bombe dancefloor parodique à tendance balnéaire, d’où émerge de temps en temps le sifflement aigu d’un kazoo. “Danse avec moi”, de Nôze et Dani Siciliano, voit son tempo sensiblement ralenti tandis que cuivres et parties vocales sont démontés un à un et réagencés dans un collage aussi jazzy que dadaïste. Le titre s’achève sur un magnifique extrait de L’Homme qui aimait les femmes de François Truffaut : “Les jambes des femmes sont comme des compas qui arpentent le globe terrestre en tous sens, lui donnant ainsi son équilibre et son harmonie”.

Plus que ses “réincarnations”, ce sont les vies parallèles du musicien qui apparaissent très nettement sur ce disque. Le Koze sombre et nerveux (le remix de The Battles) côtoie le Koze “émo” (les relectures de Lawrence et d’Heiko Voss) et celui, plus ambient, qui revisite les miniatures folk expérimentales de Wechsel Garland. La sélection se clôt même sur un morceau de l’actrice Hildegard Knef à l’atmosphère de cabaret façon Marlène Dietrich, que l’Hamburgeois sublime par petites touches de cordes veloutées et de choeurs très fifties. La plupart de ces morceaux étaient préalablement sortis en maxi, mais certains d’entre eux étaient devenus assez compliqués à trouver. Une raison suffisante pour déclarer cette compilation “d’utilité publique”.

A noter : Reincarnations sortira le 9 mars sur Get Physical et donc pas sur Kompakt, son label habituel. Attention, le vinyle ne contiendra que 8 titres, contre 14 pour le CD et la version digitale.

En bref : Le CV du touche-à-tout iconoclaste DJ Koze à travers une sélection de ses meilleurs remixes. Impressionnant.



Matthew Dear - Elementary Lovers (DJ Koze Remix).mp3
Hildegard Knef - Ich Liebe Euch (DJ Koze Remix).mp3

Le site et le Myspace de DJ Koze
Le site de Get Physical

A lire aussi : dOP - Blanche Neige EP
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13 février 2009

Parts & Labor - Concert au St Ex, Bordeaux le 11/02/09


Quand Let’s Panic Later organise un concert au St Ex, vous pouvez être sûrs que vous en aurez pour votre argent. Souvenez-vous, Mahjongg nous avait déjà scotchés au plafond dans cette cave qui n’est pourtant pas bien haute, et ce soir, c’est l’anciennement trio de Brooklyn Parts & Labor qui nous fait descendre au fond du terrier d’Alice, dans l’antre de l’underground bordelais où slims et autres fluo kids se bannissent d’eux-mêmes. Pour les autres, une programmation du label Jagjaguwar (Black Mountain, Okkervil River, Bon Iver, Women…) -on ne peut plus gage de qualité à mes yeux- est immanquable. Et même si le quatuor semble avoir mis de l’eau dans son vin sur son quatrième album Receivers sorti l’année dernière, il reste pour le moins indéniablement défricheur. Passant d’un son presque hardcore des débuts à un son plus complexe, s’essayant à un schéma plus classique sans oublier le chaos, Parts & Labor est définitivement l’une des formations les plus intéressantes du moment dans le noise rock expérimental. Des premières parties de TV On The Radio, Battles ou Oxbow vous éclaireront peut-être un peu plus sur leur terrain de jeu.

Dan Friel, jeune échevelé en goguette est aux sampleurs, claviers, et autres bizarreries électroniques, en tête de gondole sur la mini scène du St Ex. C’est également lui qui pousse la chansonnette le plus fort, j’y reviens. B.J. Warshaw quant à lui joue basse et saxo, et chante même, barbe appuyée sur la voûte. Restent la belle Sarah Lipstate à la gratte, sur qui tous les yeux masculins se portent, et Joe Wrong batteur imperturbable aux yeux bridés. Et là ça commence. Et bim ! Première claque, Parts & Labor est finalement un groupe de stade, compressé dans une salle de trente mètres carrés. Et moi à un mètre du groupe, et donc des enceintes, de me recevoir en pleine tête les giclées de voix héroïques du petit frisé, et de ses attaques de synthés. J’avais entendu parler de mur du son au sujet de la bande, c’est parfois vrai. "Satellites" donne très vite le ton en effet. Guitares saturées, électronique distordue, batterie frénétique. Ca ne vous rappelle rien ? Il parait que le groupe apprécie bien Wire, le Pink Floyd, Brian Eno et Sonic Youth, on s’en serait doutés.

Atypique en tout cas Parts & Labor l’est assurément. Capable de simplicité puissante et entêtante sur "Nowhere nigh" et "Solemn show world" comme de recherche effrontée du différent sur l’épique "Wedding in a wasteland", le groupe ne perd pourtant jamais ni son âme, si son groove, et nous embarque avec lui dans un grand feu d’artifice noisy pop que je n’attendais pas forcément. De quoi se replonger de vitesse dans une discographie déjà bien fournie aux pochettes soignées qui plus est. Jusqu’au prochain mur du son.

Les Myspaces de Parts & Labor, Let’s Panic Later et le St Ex

A lire aussi : Hawney Troof - Concert au Son’Art, Bordeaux le 20/11/08
"Nowhere nigh" en écoute :
Crédit photo Polaroïd Let’s Panic Later ©
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12 février 2009

Loco Locass - Amour Oral (2005)

Vous êtes prévenus, vous entrez ici en terres indépendantistes québecquoises.
Fédéralistes, libéraux et autres atlantistes, passez votre chemin, les Loco Locass ne feront pas de quartier. En effet, les trois garçons (Batlam, Biz et Chafik), pionniers de la scène rap joual des années 90, assènent depuis une quinzaine d'années leurs textes rageurs et revendicatifs, égratignant au passage la classe politique de leur pays et tous les suppôts du grand capital. Parmi leurs thèmes de prédilection, l'indépendance évidemment, la défense de la langue française, mais également d'autres sujets d'actualité ou de portée plus universelle. Un dénominateur commun à tout cela, une fougue et une verve sans pareilles, supportées par des instrus old-school entraînants. En attendant leur nouvel album prévu pour 2009, petit retour sur leur dernière production en date, Amour oral, sortie il y a quatre ans déjà.

Le ton du disque est donné dès les premières minutes par un extrait sans équivoque d'une interview du réalisateur québecquois Pierre Falardeau, un des maîtres du cinéma direct nord-américain connu pour son engagement au sein du Mouvement de libération nationale du Québec (MLNQ). “Le Québec, c'est un pays conquis et annexé par la force... conquis par la force des armes en 1760.... annexé par la force avec l'Acte d'union en 1840... la Confédération c'est juste la suite de l'Acte d'union... Donc le peuple québecquois est un peuple soumis, un peuple vassalisé, un peuple inféodé à un autre”. L'introduction est sans ambiguïté, l'album-manifeste annoncé.


S'en suit une série de morceaux où les têtes de Turcs habituelles du groupe en prennent pour leur grade. “Résistance”, “W Roi”, “Antiaméricanisme primaire”, “La censure pour l'échafaud” ou encore “Libérez-nous des libéraux”, les titres parlent d'eux-mêmes et, sans surprise, le registre est éminemment politique. La triplette de rappeurs n'en oublient pas pour autant de s'accorder quelques intermèdes plus rigolards comme avec “Banzaïon”, délire cannabique potache, mais la dominante reste engagée et revancharde.



Je vous l'accorde, il faut s'accrocher pour saisir les paroles des Loco Locass, balancées à vitesse supersonique et truffées d'expressions québecquoises étrangères à nos gauloises oreilles. Ceci dit, les trois mectons ont le don de confectionner des mélodies imparables qui s'ancrent instantanément dans nos têtes. “Libérez-nous des libéraux”, titre phare du disque et charge frontale contre les gouvernements de Jean Charest et du “pdg du Canada” Paul Martin (tous deux membres du Parti libéral du Canada), en est une illustration parfaite. Le flow des rappeurs est totalement ravageur, sans répit. Les instrumentaux, composés à six mains, d'une efficacité redoutable et gravement agités du bocal. Le refrain, quant à lui, phagocyte le cerveau en deux coups de cuillère à pot. Le morceau s'achève sur une touche franchouillarde, une constante chez les Loco Locass, par une gigue francophile kitschouille.


Les amateurs de rap déconnard et politisé seront en joie à l'écoute de ce disque, les autres n'auront qu'à se laisser entraîner par la gouaille des trois Québecquois et leurs instrumentaux rebondissants et revigorants. Espérons que les garçons réussiront le difficile pari de se renouveler pour leur prochain album. Aux dernières nouvelles, ils se seraient fait voler les masters de ce nouveau projet, cela ne pouvait arriver qu'à ces drôles de zigs de Loco Locass...


En bref : Débraillé, potache et politique, un ovni rap franc du collier en provenance du Québec. Le genre de disque que vous n'écoutez que trop rarement.




Le myspace et le site web des Loco Locass


Libérez-nous des libéraux.mp3


“La censure pour l'échafaud” :



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11 février 2009

Yagya - Rigning (2009)

Le mouvement dub-techno, s’il ne date pas d’hier, ne s’est peut-être jamais aussi bien porté qu’aujourd’hui. Sous des formes diverses, voire antithétiques, il déploie désormais ses ramifications dans le monde entier sauf (détail d’importance) en Jamaïque. Alors que des producteurs assimilés au genre refusent toute affiliation au dub et préfèrent parler de deep-techno (cf Interview de BvDub), d’autres gardent des liens forts avec le reggae roots (Beat Pharmacy, Rythm & Sound...), et d’autres encore conçoivent leur musique comme une forme spécifique d’ambient. C’est le cas de l’Islandais Adalsteinn Gudmundsson, alias Yagya, dont voici le troisième album solo.

“Rigning” signifie “pluie” en islandais. C’est le titre de toutes les plages du disque, qui sont numérotées d’1 à 8 pour la version vinyle et d’1 à 10 pour le CD. C’est aussi le fil conducteur de cette symphonie qui fonctionne comme une seule entité et non comme une succession de tracks distincts. Du début à la fin, la présence latente de sons aquatiques concrets sous toutes leurs formes révèle l’approche naturaliste de Yagya, qui oeuvre dans la lignée de Brian Eno et surtout de Gas, le projet de Wolfgang Voigt dont les quatre albums ont récemment été réédité sur Kompakt (Nah und Fern box set - 2008).

En écoutant Rigning, j’ai pensé aux paysages fantomatiques de Turner et de tous ces peintres, souvent britanniques, qui ont fait des brumes flottantes l’essence de leur travail. J’ai aussi pensé aux aquarelles marines. Comme elles, cet album organise l’interpénétration de couleurs diluées (ici à dominantes blanche et bleue), et se focalise sur la ligne d’horizon où mer et ciel se confondent. Pour l’essentiel, la palette du mélodiste est composée d’un camaïeu de nappes de synthé immersives et propices aux frissons. En la matière, il faut reconnaître que Gudmundsson n’a pas d’équivalent, à l’exception de Kaito (Hiroshi Watanabe), dont le travail est finalement assez proche.

Les basses et les rythmiques dub-techno émergent sur quasiment tous les titres, mais presque toujours en sourdine, et elles ne servent qu’à structurer cette longue rêverie et à souligner les variations de ses textures atmosphériques. Pour le coup, on est très loin du son référentiel de Basic Channel et de son hypnose percussive. Selon l’humeur et les conditions d’écoute, Rigning pourra paraître chiant, médiocre ou prodigieux. Impossible, par exemple, de l’écouter dans le métro ou de le diffuser en “fond sonore”: un monde de détails vous échapperait. C’est dans la solitude, et à fort volume, que cette heure de félicité glaçante se doit d’être dégustée.

En bref : Rigning est une symphonie ambient panthéiste et naturaliste, empruntant juste ce qu’il faut à la techno et au dub pour structurer ses digressions aquatiques. Un album de saison, humide et scotchant.



Yagya - Rigning 5.mp3

Le Myspace de Yagya
Le site et le Myspace du label néerlandais Sending Orbs

“Rigning 2” :

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Herman Düne - Concert à Bordeaux, Espace Tatry le 10/02/09


Quelques semaines après Sporto Kantès, voici venu l’autre duo dont Radio Nova s’est maintes fois fait le prescripteur, à savoir la fratrie Düne désormais réduite à sa plus simple expression, André ayant pris la poudre d’escampette auprès de son projet Stanley Brinks. Restent donc le grand barbu David Ivar, à présent seul et unique compositeur, et son frangin Neman, percussionniste attitré au flegme imperturbable. Seul le guitariste / bassiste Turner Cody se prête au jeu de l’accompagnement pour soutenir un groupe sur lequel les médias dits spécialisés ont pas mal tiré l’année passée. La faute à un Next Year In Zion jugé ennuyeux pour certains, et surtout à un rapprochement d’avec le major EMI, à mille lieux de l’esprit baba no-fi des débuts. Et si ce huitième album n’a certes pas été à la hauteur d’un Not On Top ou même d’un mieux produit Giant, il reste toujours une jolie collection de folk songs ramenées à l’essentiel. En tous cas et malgré la crise de croissance, le public n’a pas lâché son duo franco-suédois préféré et l’Espace Tatry se remplit comme il faut.

Comme je l’ai déjà fait remarquer, et contrairement aux précédentes tournées, le groupe est très resserré. Cuivres et chœurs féminins sont absents du set, bien que présents sur disque. Et pour le coup, Herman Düne redevient un peu ce groupe minimaliste, sobre et intime des débuts. On ne peut pas dire que Neman fasse des miracles à la batterie, tout juste accompagne-t-il délicatement son frère par des rythmiques chaloupées et autres effleurements de peaux. David Ivar quant à lui semble comme toujours habité par ses chansons, surtout lorsqu’il se retrouve seul sur scène pour interpréter une version éthérée de "She knows better than me". Dérangé je pense par la bruyante assistance du bar, mais inflexible, il laisse aller son humeur calypso le temps de titres qui se ressemblent trop, mais qui font le boulot. Trois accords de ukulélé sur le désormais classique (because bourrage de crâne) "My home is nowhere without you" et ça suffit. Soli de gratte feutrés, percussions cotonneuses, Herman Düne dans ses meilleurs moments m’évoque Van Morrisson, alors que mon voisin de gauche pense à Bruce Springsteen, allez comprendre !

En tous cas s’il n’est certes plus question d’anti-folk, mon avis est que le groupe sous forme de duo (allez, de trio, n’oublions pas Turner Cody) revient agréablement à l’essentiel, surtout sur scène où la sympathie et la simplicité des Düne n’ont pas bougé d’un iota. C’est bien là le principal.

Les Myspaces d’ Herman Düne, Allez les filles et Espace Tatry

A lire aussi : Herman Düne - Not On Top (2005)

"I wish that I could see you soon" à Taratata, avec choeurs et cuivres :
Crédit Photo Pierre Wetzel ©

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10 février 2009

The Aliens - Astronomy For Dogs (2007)

Alors que cette année 2009 ne m’emballe guère pour le moment, la tentation de me replonger dans le tas de disques qui auraient dû être chroniqués ici il y a longtemps a pris le dessus. Et c’est indirectement grâce au visionnage d’une vidéo dite "de snowboard" que je me suis souvenu de celui-ci. Un titre a suffi,- oui mais quel titre !- à me replonger dans l’univers loufoque et barré d’une bande d’écossais plus connus sous le nom de feu Beta Band. Ce titre, cause de cette chronique, c’est "Setting sun", orgie pop de cinq minutes aux guitares catchy et psychédéliques, et au refrain en forme d’hymne, le morceau se terminant d’ailleurs par des élans de "We are The Aliens", comme entrée en matière on a vu pire.

Ce sont donc trois ex-Beta Band qui sont aux commandes de cet ovni délirant et euphorique : Gordon Anderson (également The Lone Pigeon), Robin Jones et John Maclean. Après un premier Ep en 2006 intitulé Alienoid Starmonica, et avant le deuxième Lp de 2008 plus sobrement nommé Luna (encore non écouté) se situe ce cours d’astronomie pour chiens. Et vu l’indifférence inexplicable dans laquelle sont sortis ces bijoux, autant donner de la confiture aux cochons ! Car ici on a droit à soixante quinze minutes de musique imprévisible, réparties sur onze titres qui ont tous leur place au panthéon de la pop psyché, aux cotés de leurs idoles et références.

Parce que oui, on l’aura compris, Gordon Anderson est un grand obsédé des 70’s. Et cette bande d’allumés en kilt assume tout à fait son côté hippie. Hippies de l’espace mais hippies quand même. Et d’ailleurs dans "The happy song" où le mot happy est répété autant de fois qu’il est possible de le faire, le flower power est largement invoqué. Effet appuyé par l’heureuse tendance des trois énergumènes à chanter de concert, à tout moment, quand ça leur chante justement. Un titre qui ne dépareillerait pas sur le New Magnetic Wonder des Apples In Stereo tant l’humeur est à l’optimisme.
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Ainsi se sont également -et surtout- les grandes figures de la pop sixties qui sont à l’honneur dans les coins et recoins de ce disque. Les Byrds de Fifth Dimension en tête, bien évidemment les Beatles du Sgt Pepper, ou le funk de George Clinton sur l’étrange et fascinante funky-pop song "Robot man". Sur "Tomorrow", l’harmonica s’invite dans l’une des rares chansons désespérées de l’album. Un onirisme planant exposé aux harmonies vocales de presque six minutes encore.

Un peu plus loin la folie s’empare de "Rox", électro hip-hop de foire où le Robot Man refait son apparition, pour céder sa place à une musique d’inspiration indienne, à un synthé sorti de nulle part et à un phrasé final à la Oasis. Ebouriffant de diversité et de cohérence. "Only waiting" quant à elle ne fait pas qu’attendre puisqu’à mi chemin le titre s’emballe en joyeux bordel symphonique dont le Beta Band avait le secret. Comparable à mon avis à se retrouver bloqué sous acides dans une machine à laver en marche.

Et puis clôturant le disque il y a "Caravan", morceau fleuve de seize minutes (cachées) qui débute tout en orgues en terres américaines, et qui petit à petit décolle vers on se sait où, quelque part dans le ciel. Une fuite en avant qui annonce le travail de Panda Bear et de ses acolytes, rien que ça. Malheureusement (ou non) The Aliens n’occuperont probablement jamais la place qu’ils méritent. Il y en a même pour dire qu’ils n’existent pas. Allez savoir. The trust is out there.

En bref : N’y a-t-il que moi qui perde les os à l’écoute de tout ce que sort cette fine équipe écossaise ? Onze morceaux tournés vers les étoiles, de la pop psyché de haut vol, un délire de chaque instant… J’en rajoute ?
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Le site officiel (interactif), le Myspace et un remix par Hot Chip

A lire aussi : The Beta Band - S/t (1999)

Les clips de "Setting sun" et "Happy song" :



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09 février 2009

Kid Loco - Cargo de Nuit (Arles) 07/02/09

Ce qui frappe lors du concert de notre Kid français préféré, c'est le minimalisme assumé de sa musique. Et là, dans l'atmosphère confidentielle et chaleureuse du Cargo de Nuit, notre activiste pop-lounge-electro, nous démontre une fois de plus que ses compos, qu'elles soient placées sous le signe de la chanson ou de l'instrumental, s'insinuent invariablement dans notre cortex. Et que cela fonctionne !

Après un premier groupe marseillais ToM, oeuvrant dans la chanson réaliste sous forme de dub reggae bourré d'effets pas toujours heureux, notre homme entre en scène accompagné de son organiste, d'un bassiste ombrageux (ne sourit-il jamais ?) et d'un DJ qui s'en donne à coeur joie, en particulier sur les scratches du nouveau single "Pretty Boy Floyd".
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"Pretty Boy Floyd" ? Tiens, justement voila le morceau introductif ; pour le coup, je me suis planté, j'imaginais bien le roboratif "Motorcycle angels" pour envoyer la sauce ! Je parlais de minimalisme, et il est vrai que l'artiste ne s'embarasse pas de breaks, de ponts ou de ruptures dans ses morceaux ; qu'à cela ne tienne : "Pretty..." est encore plus convaincant sur scène, avec ses lancinances, son chant à la lisière de la monocordie, son ambiance légèrement dépressive. Mais voila que s'ensuit la susnommée ode à la chevauchée sur deux roues -et je ne peux m'empêcher de songer au "The Living End" des JAMC récemment chroniqué !- Ce titre, auquel "The Specialist", joué en fin de set peut être associé pour le côté hypnotique, et aussi en raison de la ressemblance entre les deux chansons, donne libre cours à d'enthousiasmantes giclées d'orgue baveux !
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D'humeur accorte, bien que légèrement ruiné par un son de basse dévastateur qui masque par moment sa guitare, Kid fait bien sûr la part belle à son petit dernier, Party Animals & Other Biscuits, mais ne dédaigne pas non plus ses vileilles scies , telles "Jack O" Party", et les délicieux singles qui ont émaillé le début de sa carrière solo, le suave "Love Is Sweet" et ses digressions de sitar, ou bien les plus récents et enlevés "Gypsy Good Time" ou encore "A Little Bit Of Soul" !
Sinon, que retenir de cette soirée très plaisante, disputée devant une assistance fournie au début, puis inexplicablement clairsemée en fin de set -le syndrome "pause fumage de clope en extérieur"-?
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Eh bien que la musique des Stooges sied bien à l'artiste, qui le lui rend bien ! Ainsi, le public se voit-il gratifié d'une inattendue cover sous morphine, car bien loin du tempo malade d'origine, de l'imputrescible "Search And Destroy" ; sans doute faut-il y voir un clin d'oeil à Ron Asheton, récemment disparu !
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Mais c'est encore "Ann", reprise de main de maître sur Party... qui se taille la part du lion à l'échelle hypnotique, et si une bonne reprise est l'art de reprendre un morceau de façon suffisamment éloignée pour échapper au calque, tout en gardant une certaine immédiateté de ressemblance qui fait qu'on se l'approprie insidieusement, eh bien notre Kid a tout compris ; et comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire, ce titre figure parmi les meilleurs covers du genre !
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Au cours d'une prestation à la coule et parfaitement décente, Kid Loco et son groupe réussissent également à magnifier certains titres qui pouvaient paraître mineurs sur disque, car dénués de rythmes accrocheurs, je pense notamment à ce "10:15" dont la mélancolique suite d'accords appartient désormais à la longue série de chansons marquantes de son auteur ! Et ce n'est pas la moindre qualité d'un live que de transfigurer des titres qu'on avait laissés de côté !
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Puisse cet achèvement être identique lors de nos futures visites dans ce -décidément- très accueillant Cargo de Nuit, où le mélomane aux aguets, aura d'ores et déjà coché la venue pour le mois de Mars du très subtil Peter Von Poehl (14 mars) , ainsi que des vétérans du No Future, j'ai nommé les Buzzcocks (20 mars). Keep the faith !
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Les Myspaces de Kid Loco et du Cargo de Nuit
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Le clip de "A little bit of soul" :

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A Night In Detroit III ft Carl Craig - 13/02/09 au Showcase, Paris

Nous vous l’avions annoncé dès la fin de l’année dernière, pour sa troisième édition, A Night In Detroit tape très fort en invitant un DJ mythique entre tous et unanimement vénéré, j’ai nommé Carl Craig. Je ne vous ferai pas l’affront de vous présenter le personnage, capable de remixer Ravel et Reich comme de produire de merveilleux albums de jazz (The Detroit Experiment), de drum & bass (avec son Innerzone Orchestra) et, bien sûr, de techno. Doté d’une culture musicale exhaustive, il livre des sets toujours différents auxquels un élément ne fait jamais défaut : le groove.

Pour l’accompagner, outre les résidents et organisateurs de la soirée Stephan et Tibo’z, avec leur deep-house toujours impeccable, Daniel Bell a été convoqué. Crédité comme l’un des premiers acteurs de la scène minimale, il fait partie, avec Robert Hood et Richie Hawtin, de ceux qui ont effeuillé la house de Chicago et la techno de Detroit pendant les années 1990. Avec ces deux DJ aux styles très complémentaires, l’équipe d’A Night In..., qui migre pour l’occasion du Bataclan au Showcase, propose une affiche encore plus alléchante que les précédentes. A ne manquer sous aucun prétexte.

A Night In Detroit III, avec Tiboz, Stephan, Daniel Bell et Carl Craig. Vendredi 13 février à minuit, au Showcase, sous le pont Alexandre III, 75008.
14,70€ en prévente, 18€ sur place.
Acheter sa place

Les pages Myspace de Daniel Bell et Carl Craig
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08 février 2009

Empire Of The Sun - Walking On A Dream (2009)

Quel dommage! Il y a quelques semaines, quand j’ai découvert l’existence de ce disque (qui sortira le 16 mars prochain chez nous), je pensais tenir un sérieux prétendant. Déjà cette pochette susceptible d’illustrer n’importe quel roman scientologue avec son décor science-fictionnesque en carton pâte. Et ces deux zigotos, maquillés en drag-queen, dominants de toute leur splendeur kitch un patronyme ultra-égocentrique, l’Empire du soleil, rien que ça. Je n’avais encore rien entendu et le rendu visuel m’inquiétait tout autant qu’il m’attirait. En cherchant plus en avant je comprenais mieux la raison de ce déballage de couleurs. L’australien Luke Steel, aka The Sleepy Jackson en était l’auteur. Déjà accusé de manque de modestie sur la pochette de son (trop?) immense Personality : One was a spider, one was a bird, Luke récidive dans l’exacerbation aidé cette fois d’un acolyte aussie en la personne de Nick Littlemore (plus connu sous le nom de Pnau). Entre eux c’est le coup de foudre, et depuis 2007 ces deux figures improbables de la pop australienne ont fait le pari de conquérir le monde et de marcher sur les traces de leurs rêves. Quel dommage…

Présentés et annoncés comme les MGMT de 2009, comparaison qui soit-dit-en passant commence à nous les briser, mais qui pour une fois s’accorde à peu près (duo électro pop, univers visuel flamboyant, pseudo quête spirituelle sous forme de Carpe Diem), Empire Of The Sun est quoi qu’on en dise indissociable d’un certain aspect cinématographique. Le nom déjà, tiré du roman de J.G. Ballard et du film homonyme de Spielberg, ensuite l’engouement pour The holy mountain (1973), film raccord avec l’univers du duo, et enfin cette volonté de tourner un clip par titre de l’album. Iront-ils d’ailleurs jusqu’au bout ? J’en doute.

Bon, et que se passe-t-il quand on actionne la touche Play ? Ca commence plutôt pas mal. "Standing on the shore" démarre en douceur, fait monter la pression, jusqu’à ce que Luke l’ouvre, suivi de près par une horde de chœurs rétro-pop. Et là c’est le drame. Cette voix que l’on appréciait tant sur Lovers en 2003 semble ici calquée sur celle d’ Adrew VanWyngarden, et l’on y croit plus. Ce titre, très représentatif du reste du disque, nous mène au triste constat que j’essaye de vous expliquer : ça aurait pu être bien, mais non. Même en utilisant tous les gimmicks catchy, c’est mou, et c’est là que le bât blesse. Là où MGMT arrivait à nous emmener à l’aide d’une basse toute simple, Empire Of The Sun n’y arrive pas, et ne décolle vraiment jamais. Même constat amer pour "Walking on a dream", censé être l’un des tubes du disque. Distrayant et immédiat, mais c’est tout, même pas entraînant.



Géniaux, visionnaires, audacieux ai-je pu lire sur les blogs internationaux. Impossible quand cinq titres sur dix (je vous épargne les noms) semblent si conventionnels et inutiles, voire insupportables (les chœurs à l’hélium de "Delta bay"). Et que fait ce slow "Without you" en queue de peloton ? Censée remette au goût du jour le néo-romantisme à la Gary Numan, le crêpe tombe largement à côté. Ou encore ce faux morceau de funk bizarroïde "Swordish hotkiss night". Luke Steel irreconnaissable a semble-t-il déclaré avoir voulu privilégier l’écriture spontanée, à la différence de son travail sur les Sleepy Jackson. Bien mal lui en a pris. En fait au bout du compte il ne reste plus qu’un titre qui fonctionne avec moi, "We are the people", qui commence en guitare et tourne en hymne pop à mi-chemin entre Fleetwood Mac et Mercury Rev. Tous en chœur : "I know everything about you, you know everything about me, we know everything about us" ! C’est pas du Shakespeare mais ça stimule.


En bref : Pourquoi tant de haine ? Parce qu’avec le patrimoine génétique de ces deux gai-lurons déguisés on aurait pu obtenir un peu plus que cet album kitchissime et mou du genou sauvé par quelques rares moments de semi-inspiration.




Le Myspace

S’inscrire ici pour un remix de Sam La More, pas trop mal

A lire aussi : The Sleepy Jackson - Lovers (2003)

Les clips de "We are the people" et "Walking on a dream" :





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Tindersticks - Concert au Krakatoa de Bordeaux le 07/02/09


Apparemment, les Nottingham Lads à Bordeaux, ça faisait longtemps. Je ne vais pas dire que je n’étais pas né mais presque. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le groupe fer de lance d’une certaine génération indie pop anglaise, celle des 90’s, a su malgré sa longue absence maintenir une sorte de fascination et d’attachement chez et pour le public français, venu en masse ce soir. Cinq ans, c’est à peu près la période où l’on est resté sans nouvelle de Stuart Staples et de sa bande. Formé en 92 et actif jusqu’en 95, puis présent sous diverses formes (albums solos, bandes originales de films, participations…), personne n’a manqué le retour de Tindersticks l’année dernière, sous sa forme originelle en trio (Stuart Staples au chant, Neil Fraser à la guitare et David Boulter au piano) avec le magnifique album The Hungry Saw largement salué par la critique. C’est ce disque et cette carrière que le groupe vient défendre ce soir.

Toujours adepte d’une combinaison pop /soul /jazz, tantôt richement orchestré, tantôt minimaliste et d’inspiration classique, le son Tindersticks semble avec l’âge s’être débarrassé des ses dissonances passées, et se concentre désormais sur un spleen vénéneux non dénué d’humour. Une mélancolie de chaque instant ("Boobar come back to me", snif !), portée par cordes et claviers reconnaissables entre mille, et relevée de temps à autres par des cuivres du plus bel effet ("Yesterday tomorrow" est à ce sens l’un des plus beaux morceaux du disque).

Mais l’attraction reste on s’en serait douté reste la voix suave et feutrée de Stuart, à présent installé en France, dont le songwritting continue de nous ensorceler, à la fois dépressif et poignant. Une écriture racée et ténébreuse, au romantisme on ne peut plus sombre (voir "The other side of the world") qui m’évoque par moments Léonard Cohen, Scott Walker ou même Silver Jews. Soucieux de leur image mais à mille lieues des modes, fidèles à leur public mais ouverts à d’autres horizons, les Tindersticks réussissent là où Swell à échoué cette année, à savoir revenir en grande pompe, toujours aussi mélancoliques mais jamais chiants.

Le site officiel, le Myspace et The Hungry Saw sur Deezer

A lire aussi : Okkervil River - Concert à l’Alhambra de Paris le 03/11/08
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"The hungry saw" en live acoustique :
Crédit Photo Pierre Wetzel ©

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06 février 2009

Sideshow ft Paul Saint Hilaire - If Alone (2009)

Paul Saint Hilaire, c’est un peu mon cadeau Bonux à moi. La simple mention de son nom sur le rond central d’un vinyle me suffit à déclencher l’acte d’achat. Il faut dire que ce rasta de Grandbay, en Dominique, anciennement connu sous le nom de Tikiman, ne m’a jamais déçu, que ce soit en solo ou en collaboration avec Deadbeat, Rythm & Sound, ou Beat Pharmacy. Ses choix sont toujours lumineux. Cette fois, c’est avec Fin Greenall qu’il s’acoquine pour un titre extrait de l’album à venir de Sideshow, projet parallèle de ce musicien des plus polyvalents.

Plus connu sous le nom de Fink, le Britannique, après des débuts trip-hop et un passage par la techno (au sein d’E.V.A.) donne désormais dans le folk (toujours sur Ninja Tune) mais aussi dans le dub sous cet autre pseudonyme. Bien sûr, quand Fink fait du dub, celui-ci ne sonne comme aucun autre. Sur une base dubstep, “If Alone” surprend par le côté presque freakfolk de ses lignes de gratte, vraiment inhabituelles dans ce genre très codé. Autre coup de génie : au lieu d’immerger, comme c’est l’usage, la voix de Saint Hilaire dans la brume des delays, il conserve toute sa netteté et sa chaleur en la laissant intacte.

A l’original se joignent trois remixes absolument excellents et très différents, de sorte que les deux faces s’enchaînent sans ennui, ce qui est assez rare pour être signalé. Avouons cependant que le choix des contributeurs s’avérait peu risqué. Celui des inusables Parisiens de Chateau Flight, d’abord. Je ne sais pas si Gilb’R et I:Cube disposent de nègres, mais je ne parviens pas à comprendre comment ces types arrivent à remixer tout le monde, tout le temps, en maintenant une telle constance dans la qualité. Sur leur “Flight Remix”, qui conserve l’intégralité des couplets de St. Hilaire, ils construisent une architecture house complexe sur un tempo plutôt lent. Des synthés glaciaux et une sorte de sonar disloqué donnent envie de parler de “cold-house”, malgré le timbre ensoleillé du vocaliste.

Le “Dub Mix” des mêmes Chateau Flight est encore plus impressionnant et n’a rien à voir avec cette première version. Moins chargée en effets, mais pas minimale pour autant, c’est une fabuleuse pièce de deep-house, progressive et clinique, qui prend son envol vers la troisième minute dans un imbroglio de micro-samples vocaux. Applebim (boss du label Skull Disco avec Shackleton) et Komonazmuk (un jeune producteur de Bristol) commencent quant à eux leur remix tambour battant (on ne doit pas être loin des 140 bpm), mais cette introduction n’est qu’un leurre. Le track change en effet de tempo toutes les deux minutes, passant par le dubstep, le broken beat et même par un pont très ambient où ne subsistent que la guitare de Sideshow et le chant de Tikiman. Un petit miracle rythmique, en somme.

A noter : L’album de Sideshow, intitulé Admit One, sortira lundi (9 février).

En bref : La sublime voix de Paul St. Hilaire sur un dub atypique teinté de guitares folk. Avec, en prime, trois remixes d’anthologie par Chateau Flight et Applebim & Komonazmuk. Satisfaction garantie.



Sideshow ft Paul Saint-Hilaire - If Alone (Chateau Flight Dub Mix).mp3

Le Myspace et le site d’Aus Music, label fondé par Fink et Will Saul
Les Myspace de Paul St. Hilaire, Fink, Chateau Flight, Applebim et Komonazmuk
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05 février 2009

A.C. Newman - Get Guilty (2009)

Autant les sorties événements du début d'année 2008 étaient des premiers albums (Vampire Weekend, MGMT), autant cette année 2009 offre un lot incroyable d'albums attendus. Mais entre le nouveau Franz Ferdinand et le nouveau Animal Collective, comment vous convaincre de l'importance de la sortie du nouvel album de A.C. Newman? Vous me renvoyez le point d'interrogation. Et maintenant que les têtes déjà couronnées d'Animal Collective sont médianommées A.C. pour aller plus vite, quelle place reste-t-il à celui dont A.C. est le véritable patronyme? Eh bien il lui reste la place, non des moindres, de ceux qui, loin des tumultes de la pop multidirectionnelle, croient encore en les possibilités d'une certaine power pop. Voilà plus de quatre ans que la sortie d'un nouveau A.C. Newman était attendue, non pas par un grand nombre, mais indéniablement grandement. Le parfait The Slow Wonder était en effet sorti en 2004. Ce Get Guilty s'est tant fait attendre qu'on se demandait même s'il allait sortir un jour. Pour situer, A.C. Newman est le songwriter principal du supergroupe The New Pornographers (aux côtés de Dan Béjar de Destroyer et de Neko Case), qui est, mine de rien, l'objet d'un grand mini-culte indie. A.C. Newman est le humble héros qui produit depuis plus de dix ans avec une conviction inébranlable ce son hérité de Big Star et du glam-rock, en vieux jean et chemise de bûcheron.

Get Guilty s'ouvre en grande pompe timide (comprendre : guitares glorieuses mais falsetto de jeune garçon romantique), avec "There are maybe ten or twelve," qui était la première nouvelle que le label Matador nous avait donnée du rouquin en novembre. On n'osait pas le dire à l'époque, tant on était heureux de retrouver A.C., mais le titre est en deçà de ce qu'on sait le songwriter capable de créer. A partir de là, on attend il est vrai, à chaque coin de chanson, de trouver un autre "On The Table." Mais même si "The Heartbreak Rides" est très bon, c'est le troisième titre qui balaye les déceptions : "Like a hitman, Like a dancer" a l'intelligence et l'inventivité rythmique et mélodique qui avait rendu The Slow Wonder si addictif.

Mais on est bien coupable, à se tromper à ce point, d'attendre d'un deuxième album d'être un deuxième premier... on fait ça bien trop souvent, la faute aux albums parfaits... Get Guilty joue certes dans la même catégorie, mais l'écriture et la matière ont changé depuis 2004. Il est, s'il on peut dire, Moins Teenage Fan Club que R.E.M., plus Go-Betweens que Guided By Voices. Après la concision de The Slow Wonder, celui-ci joue plus large, moins serré, plus aéré. Dans l'ensemble, le rythme s'est ralenti. Du coup, l'ensemble semble avoir perdu en virtuosité. En effet, les réussites les plus apparentes du disque sont les titres comme "Submarines of Stockholm," soit les titres aux rythmes les plus soutenus, où les mélodies se nouent à une vitesse remarquable.

Après, mieux vaut ne pas comparer les downtempos avec le souvenir absolument désarmant que nous a laissé "Come Crash" il y a quatre ans. Car les "Thunderbolts" sont tout de même indéniablement excellents. Alors que la balade est une figure imposée de l'album de power pop, A.C. Newman y joue sa différence dans de fins et magnifiques arrangements (de claviers et autres violons) qui mettent en lumière la beauté discrète de Get Guilty. Ensuite, chaque nouvelle écoute dévoilera un peu plus de la richesse cachée de l'instrumentation et de la production, mais aussi des textes impressionistes de ce grand songwriter qu'est A.C. Newman. Ne vous méprenez pas en effet, dire que Get Guilty est un cran en deçà de la perfection atteinte sur The Slow Wonder, signifie tout de même bien que Get Guilty est un très très bon album.


En bref : Un très bon disque de power pop fidèle au genre, où A.C. Newman continue néanmoins de développer un art et une manière qui le place au-dessus des autres.






Et "Like a Hitman, Like a Dancer" live :


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Glenn Underground - Silent (2009)

A la première écoute, j’ai cru qu’il y avait erreur. On m’annonçait un nouvel album de Glenn Underground, mais Silent a tout d’un disque de 1995. C’est pourtant bel et bien en janvier 2009 qu’est paru cet onzième opus (si j’ai bien compté) de l’un des DJ les plus constants et indifférents aux modes qui soit. Moins connu que d’autres Chicagoans comme Roy Davis Jr ou Lil’ Louis (il n’a pas même de page Wikipédia), il n’en reste pas moins, comme eux, l’un des piliers de la deep-house, et ce depuis la fin des années 1980. Son style plus léger et ensoleillé, moins explosif, est sans doute la raison de ce relatif manque de reconnaissance.

Elevé au jazz et à la disco dans une famille de musiciens, Glenn Crocker a appris à jouer du piano sur un Fender Rhodes, qui reste encore aujourd’hui son instrument favori. Ceux que rebutent les soli de clavier funky sur des beats 4/4 bien conventionnels passeront donc leur chemin sans attendre. Les amateurs d’Osunlade, des Masters At Work et de Kerri Chandler trouveront en revanche matière à jubilation. Car notre homme ne fait pas même semblant de moderniser sa musique en y insérant, comme nombre de producteurs de l’ancienne école, des éléments de techno minimale ou d’électro breakée. Je dirais même qu’il s’en fout comme de l’an quarante, en bon néo-conservateur de la dance music. Pourquoi se compromettrait-il, alors qu’il possède la formule magique d’un son deep-house terriblement sensuel, à l’esprit soul flamboyant et à l’effet relaxant incontestable ?

Décrire un titre de Silent revient presque à les décrire tous. “C.V.O’s Prelude”, “What Glenn Thinks”, “Thoughts of Groove”, “7 Minutes of Funk” ou “Blazed” possèdent tous une ligne de basse ventrue, des claviers scintillants et une atmosphère très love, enjouée et élégante. “Abstracts” aussi, mais il faudra passer outre des vocals R&B assez mielleux pour apprécier à sa juste valeur ce track très influencé par Stevie Wonder et Marvin Gaye. Le titre inaugural “Negro Music” se démarque des autres, avec son spoken word bien académique (voix de mâle rendant hommage aux héros de la musique noire) sur une instru très blaxploitation, avec flûte et congas. On croirait entendre un vieux classique de Blaze ! Seul “Shake It” s’avère quelque peu périmée et mièvre, ce qui lui permettra peut-être de faire une belle carrière dans les plus mauvais clubs d’Ibiza et de Londres.

C’est vrai, l’ensemble sonne presque lounge, les morceaux sont très longs (pas un en dessous de 7 minutes), et Glenn Underground a une propension souvent agaçante au délayage - certains soli paraissent interminables. De plus, il ne sait pas finir ses tracks. Mais la sincérité de ce disque, son côté “doigts de pied en éventail” et la chaleur de ses arrangements en font un précieux compagnon au cœur de ce morne hiver.

En bref : Sans prendre aucun risque, un vieux briscard de Chicago débite une série de classiques instantanés de la deep-house soulful. Un disque très attachant, d’une délicieuse obsolescence.



Glenn Underground - Negro Music.mp3

Son Myspace
Le site du label Unified Records

A lire : section House
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03 février 2009

dOP - Blanche Neige EP (2008)

Cela faisait un petit moment qu’on ne vous avait pas parlé des parisiens de dOP, que nous avions interviewé en mars dernier. Damien Vandesande, Clément Zemstov et Jonathan Illel continuent pourtant à accumuler les maxis de qualité sur leurs labels de prédilection, à savoir Orac, Milnor Modern et, comme c'est le cas ici, Circus Company. Sorti en toute fin d’année dernière, Blanche Neige est celui qui m’a le plus marqué. Et pas seulement pour sa pochette gentiment scandaleuse.

Le morceau-titre met à la sauce minimale funky un extrait du fameux conte des frères Grimm, avec un petit côté pervers et angoissant (choeurs fantômatiques) qui ne serait pas pour déplaire au psychanalyste Bruno Bettelheim. Vers la fin, le titre s’emballe et part dans un délire percussif très afro comme les aime le trio depuis son séjour au Mali. En face B, les amis de longue date Nôze jouent les guests de luxe pour un “Roméo” qui résume parfaitement ce que les deux formations savent le mieux faire : une house électro-acoustique au groove puissant, avec des boucles de piano jazzy et le saxophone de Damien qui fait des merveilles, tandis que se pose nonchalamment la voix funky de Jonathan. Un bref remix pop dubby de “Blanche Neige” clôt cet Ep en béton armé, nouvelle preuve éclatante de l’originalité et du talent des trois petits frenchies.

En bref : En face A, une version house et ténébreuse du conte des frères Grimm. En face B, dOP invite Nôze pour un track jouissif et jazzy. Ludique, dansant, sophistiqué... en un mot : excellent !



Le Myspace de dOP
Celui de Circus Company

Relire l'interview de dOP
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02 février 2009

DJ Mujava - Township Funk EP (2008)

Il y a des signes qui ne trompent pas. Depuis quelques mois, le nom de DJ Mujava circule dans les playlists des plus grands artistes de la planète. Objet d'un engouement unanime, son maxi spasmodique “Township funk” a conquis les oreilles expertes des barons de la scène électronique. Epuré et dansant, ce funk du ghetto est une sorte d'ovni parmi les productions chargées de notre temps. Un titre décalé, qui par son ascétisme et son rythme envoûtant, loin de la fadeur des dernières séquelles minimales européennes, pourrait bien faire date dans l'histoire de la musique électro du 21e siècle.

Elvis Maswanganyi a 21 ans. Il est originaire d'Attridgeville en Afrique du Sud, un bidonville proche de Pretoria situé à deux pas d'une centrale nucléaire et dont le nom, en zulu, signifie “fin de l'histoire”. Le décor est planté, et l'espoir n'y a guère droit de cité. Le garçon commence à composer sur un vieil ordinateur acheté par l'un de ses grands frères. Très vite, ses productions électroniques, aux motifs simples et directs, sont relayées par les “Community stations”, ces radios qui font et défont le son des townships. Quotidiennement, des chauffeurs de taxi du quartier viennent réclamer de nouveaux morceaux au jeune homme et se font ainsi les promoteurs de sa musique, sillonnant la région fenêtres ouvertes et autoradios à fond. Le phénomène Mujava est en marche.

Le Dj s'associe alors avec un producteur de gospel répondant au nom de CRY, et crée son propre label, House therapy production. Il multiplie les collaborations avec des artistes locaux et publie ses premiers albums. C'est véritablement en signant avec Sheer music, un label indépendant du pays, créé en 1994, que Mujava prend son envol et gagne en visibilité sur le marché mondial. Les Anglais au nez creux de Warp ne s'y trompent pas et, à l'écoute de “Township funk”, pressentent le hit planétaire. Banco. Le titre cartonne sur les ondes de BBC1 et, en aussi peu de temps qu'il ne faut pour le dire, investit les plus grands clubs du globe.


“Township funk” est emblématique d'une nouvelle tendance de la scène africaine contemporaine. Au pays de Mandela, le kwaito, qui se traduit par “dangereux”, opère depuis quelques années la fusion entre hip hop, dancehall et house pour constituer la nouveau son de la rue, électronique et moderne. Au premier abord, le titre de DJ Mujava surprend par sa sécheresse et la crudité de son instrumentation. Mais c'est bien de cette pureté, et de son économie d'expression, qu'il tire toute sa puissance. Une basse synthé ample et intriguante, un beat entre broken et house et un thème réduit à la portion congrue, il n'en faut pas plus pour façonner un tube frénétique et obsessionnel. Pour ceux qui en doutaient, l'Afrique bouge encore et n'est pas à cantonner uniquement à l'ignoble et post-coloniale catégorie de musique “world”.


A noter : Le titre “Township funk” est accompagné en face B d'un remix sans grand intérêt de Dj Nonsense. Il existe également un remix de l'excellent Ashley Beedle, édité par le label This is music.


En bref : Les Anglais du label Warp ont du flair et nous dégottent une track envoûtante en provenance directe des townships de Pretoria. Un morceau d'une pureté totale, entre broken et house music, parangon du nouveau son d'une Afrique urbaine et déshéritée mais avant tout moderne.




Le myspace de DJ Mujava

Les sites de Sheer music et Warp

Le clip de “Township funk” :


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