03 octobre 2009

Pony Taylor - Eleven Safety Matches (2009)

Impossible d'évoquer le premier album de Pony Taylor sans mentionner le nom de The Strawberry Smell, groupe qui connut son heure en écumant tout ce que l'Europe comptait de rallies mod. Et dont un titre de gloire a été entre autres, de jouer live à la BBC, manquant de peu une étape à Manhattan, pour cause de 11 septembre de sinistre mémoire.

Le détonateur ? Un album, Odorama (2002), pur concentré de pop garage rappelant les heures les plus glorieuses du British et de l'American beat. Depuis le split, le noyau dur du groupe constitué de Christophe, Cyril et Olivier s'est enrichi de 2 nouveaux membres, et poursuit l'aventure commencée tout là-bas au début des 90's.

Les obsessions lounge electro de Cyril, ancien vocaliste en chef, et les influences extérieures n'ont pas fondamentalement changé le son qui a fait leur succès. Néanmoins, Eleven Safety Matches n'est pas un Odorama bis, et le disque rend, comme on va le voir, davantage justice aux goûts conjugués de la bande.

Pony Taylor gagne en diversité ce qu'il perd en cohésion, en ce sens que le mix n'est plus systématiquement centré sur les claviers. Le clavinet, la cabine Leslie sont toujours là, mais se contentent désormais de souligner la mélodie plutôt que de la vampiriser. L'aspect garage parfois réducteur n'est donc plus l'apanage du groupe, qui propose ici des chansons toujours ouvertement pop, à grand renfort de vocalises et de guitares power-pop, tout en assumant une veine plus folk, en tout cas mid-tempo. C'est le cas sur "Reed Richards" ou "An Obsessional Guitar Player" au titre sans doute ironique.

Il n'empêche : il demeure toujours aussi pertinent aujourd'hui de les affubler du titre de Supergrass locaux, tant la dynamique du groupe, l'immédiateté des mélodies, et aussi ce penchant plus avoué pour des morceaux laid-back les rapproche encore des hérauts de Oxford - dont ils ont partagé l'affiche cet été.

Et c'est donc tout naturellement que les Pony Taylor qui n'oublient pas qu'un disque accrocheur se doit de fourbir d'entrée ses meilleures armes, balance en prélude un brelan qui a de la gueule, j'ai nommé ces "You Are The Sailor", "Married To Wigan" et "Garden Of Nowhere" -déjà l'un de leurs morceaux de bravoure sur Myspace et sur scène- , et qui seront sous peu leurs "Balthazar", "Soopasound" ou "Valentine's Butterflies" d'hier. J'entends par là, des titres gonflés à la testostérone, et dont les intros, couplets et refrains le disputent au meilleur de la scène pop UK actuelle : Supergrass donc, mais aussi Electric Soft Parade, Super Furry Animals ou Teenage Fanclub.

Ces trois titres coups de poing laissent, c'est vrai, l'auditeur chancelant, et font sans doute de l'ombre à ceux qui suivent immédiatement : "I Try To Keep My Secret" et son riff d'intro façon Alice Cooper (le groupe) et ses choeurs même réminiscents de merveilles façon Byrds ou Big Star -et donc Teenage Fanclub- , tombe un peu à plat. On pourrait presque en dire autant de "Grown With The Orchid" si ce titre ne rappelait un chouchou de DODB, la comète foudroyée du grand Elliott Smith. Sur ce titre, comme sur tant d'autres où le groupe vocalise, il est parfois ardu de distinguer qui de Christophe ou de Cyril se charge de la partie lead, les voix se mèlant de subtile façon.

Ce que l'on peut regretter à l'écoute de "Bargain Counter Dandy", sans doute composée un lundi (?!!) -mais ça n'a aucun rapport avec ce qui suit-, c'est que ce titre, déjà l'un des fleurons de leur répertoire live (avec "Garden..." et "A Brand New Star") souffre sans doute de la comparaison avec son interprétation scénique ; le tempo paraissant comme ralenti. Que les connaisseurs du groupe qui objecteront me jettent la première pierre ! Ceci n'enlevant d'ailleurs rien à la qualité du morceau.

Mais la chanson qui fait la différence à mes yeux, et représente la vraie valeur ajoutée de Eleven Safety Matches, c'est ce "Many Times" magnifique -je crois savoir que Ju souscrit- qui, petite entorse aux 3' syndicales fait l'effort d'un final qui convoque carillons majestueux, et où les claviers de Cyril, jusque là discrets, reprennent le pouvoir.

Pour un groupe qui revendique haut et fort sa dette envers Love, Zombies ou The Left Banke, voila sans doute à la fois le plus bel hommage de fan, et la plus belle pierre d'une discographie dont on attend déjà avec excitation le prochain volume !

En bref : le grand retour du meilleur groupe avignonnais du monde. Des couplets, des refrains, de la power pop comme on l'aime. Ou l'art de faire efficace avec des morceaux de 3' chrono.




Le Myspace

l'incontournable graphisme de Superhomard, site dédié au groupe et à ses avatars

"You Keep Me Hanging On" (Supremes), une des favorites live du groupe


3 Comments:

lyle said...

Très bon album en effet !

Ju said...

Content que tu t'en sois chargé Nickx, tu connaissais mieux l'histoire que moi...

Pour ce qui est du disque, que j'ai adoré on s'en doute, je suis 100% d'accord avec toi (ça n'est pas une surprise mais bon).

Le premier brelan de chanson est exceptionnel (encore que je n'adhère pas complètement à "We are the sailor").

Les deux qui suivent paraissent effectivement en dessous. Un peu gnangnan.

Ne connaissant pas "Bargain counter's daddy" en live je dois dire que c'est ici ma préférée, avec "Brand new start" un peu plus loin.

Et bien-sûr ce majestueux "Many times". Peut-être devraient-ils s'aventurer plus souvent au-delà des 3 minutes, ça semble leur réussir.

En tous cas, au cas où vous n'auriez pas compris, j'adore! Et courrez tous vous procurer également Odorama, et au passage, tout ce qu'a produit le label Rainbow Quartz dans les années 90's.

La bise.
Ju

Nickx said...

"YOU are The Sailor", mécréant !

Parce que "We Are The Sailor", ça sonne limite John Baez, LOL !

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