04 octobre 2009

Noah And The Whale - The First Days Of Spring (2009)

En France on aime bien les groupes anglais, ceux dont les albums sont des collections de singles efficaces et héroïques, qui creusent les mêmes sillons depuis des décennies, soit ceux de la pop sixties et de la new-wave. Et bon sang, qu'est-ce qu'on aime aussi, et surtout, lorsque un groupe anglais fait tout le contraire. Londres la girouette a accouché d'un petit Noah, qui a tout du rejeton mal-aimé. Et heureusement, nous, ce sont les moutons noirs que nous préférons.

Le grand projet, derrière ce deuxième album de Noah and the Whale, était de sortir à la fois un disque et un film. Non, non pas un documentaire sur la conception et l'enregistrement de l'album, ni même sur la dernière tournée du groupe. Pas la captation d'un concert exceptionnel non plus. Rien qui pourrait mettre en valeur les artistes en tant que musiciens. Le film qui accompagne l'album est une fiction, de cinéma, dont la bande originale serait l'album justement. Curieusement, en France, le film n'est pas distribué en DVD supplément à l'album. A moins de le commander en import, il faut se contenter de la bande-annonce, également clip de "Blue Skies", disponible sur le net (voir ci-dessous). Pourtant, lorsque l'on écoute l'album, il est loin, très loin de donner le sentiment d'un objet incomplet. The First Days Of Spring, l'album seul, est d'une richesse éblouissante. Et il a gardé des traces de son ambition visuelle. Il y a d'abord cette manière très subtile de créer des espaces instrumentaux parfaitement bien cadrés (comprendre produits). Il y a aussi, ici et là, cette manière tout aussi subtile de reprendre des motifs qui se renvoient l'un à l'autre. Ainsi, la fin de "Our Window" annonce le single "Blue Skies" qui viendra vers la fin de l'album, alors que les beaux chœurs fredonnants de "I Have Nothing" seront repris à la fin de "Slow Glass". Et si le groupe peut se permettre un tel risque (la répétition), c'est parce que les motifs qui se font ainsi écho sont magnifiques.

Et si Noah and the Whale paraissent si étrangers en leur pays, c'est que The First Days of Spring est d'inspiration éminemment nord-américaine. L'album se situe entre folk, post-rock et pop baroque. Je dis «entre», car il ne s'agit aucunement d'un collage de styles. Bien au contraire, l'album joue sur les transitions, tout en lenteur et en délicatesse. Dès le début, le morceau-titre nous fait traverser l'Atlantique, par un jeu de nappes et d'envolées empruntées au post-rock. Le chant lui aussi va à contre-courant, en ce qu'il est aussi anti-mélodique que celui de Bill Callahan de Smog. Mais tout comme chez ce dernier, le timbre de voix est profond et poignant. Après cette ouverture hautement lyrique, la tendance est à la retenue. Cordes délicates et cuivres raffinés viennent apporter lumière à d'humbles compositions folk. Puis vient le drôle de climax de cet album, brillamment mis en valeur par les deux instrumentaux qui l'entourent. "Love Of An Orchestra" est un morceau de pop baroque court, intense, et élégant, et parfaitement réussi. Et dans le creux de la vague, sous la courbe baroque, le triste "Stranger" est joué dans la torpeur qui suit l'exaltation. Ensuite, "Blue Skies" est un peu en-deçà du reste : trop léger au niveau des paroles, il s'approprie mal les clichés de la chanson d'amour «fédératrice» ("This is a song for anyone for a broken heart"). Mais la chanson fait tout de même son petit effet, grâce à de puissants chœurs Après cette nouvelle envolée presque épique, le disque s'achève dans la sobriété. "Slow Glass" et "My Door Is Always Open", à la fois mélancoliques et lumineux, semblent dire un réconfortant «ne soit pas triste». The End.

En bref : folk, post-rock et pop baroque élégamment entrelacés dans l'album de londoniens qui rêvent d'espaces américains.

4 Comments:

Ed said...

Bonjour,
Je ne trouve pas vos coordonnées, mais en tant que fidèle lecteur de votre blog, je vous présente mon projet.
Je fais partie des Bilbocks et voici notre premier album : « Public Domain Storytelling » , téléchargeable gratuitement.
http://bilbocks.free.fr/publicDomainStorytelling/index.html

Nous aimerions le partager avec vous car c'est un recueil de nombreuses histoires, fables et autres contes qui peuvent arriver à n'importe qui. Les 10 chansons de « Public Domain Storytelling » abordent toutes des sujets inhabituels : la vie d'un zoo en zone rurale, une noyade, une romance en CM2, un hôtel détruit par un tsunami... Le point commun entre tous les sujets ? Aucun d'entre eux n'a de rapport avec notre vie ou la vôtre, du moins, à première vue !

Sur ce site, nous vous exposons gratuitement nos morceaux au fur et à mesure des sessions d’enregistrement, à vous de choisir votre format ! Vous pouvez écouter, télécharger et diffuser toutes nos chansons comme vous le souhaitez. Lorsque l'enregistrement de tous les morceaux sera terminé, nous vous proposerons « Public Domain Storytelling » sur vinyle et CD, en édition limitée coffret deluxe.

Nous sommes très heureux de vous présenter notre concept musical et d'avancer sur ce projet sous le contrôle de vos oreilles bienveillantes : n'hésitez pas à nous faire part de vos remarques ! Nous espérons que ce projet vous apportera autant de plaisir que nous en avons à le mener !

The Bilbocks

Sid said...

Belle chronique, belle musique et belle vidéo! J'aime bien leur style, c'est vrai que ça sonne très américain.

Ju said...

J'avais déjà écouté le disque quelques fois et avais bien aimé. Sais-tu où peut-on trouver le film (même illégalement)?
En tous cas magnifique trailer.

A+
Ju

Chloë said...

Cet album est génial.