19 octobre 2009

Dälek - Gutter Tactics (2009)


5ème album pour ce duo composé de Dälek, le Master of Ceremony, et de The Oktopus aux platines. La pochette, tribale entre toutes, illustre le contenu de la chose, celui d'un rap sombre, paranoïaque, malaisé.

Ce disque se propose de relater le versant peu flatteur des émeutes et représailles communautaires de la deuxième moitié du 20ème siècle aux Etats-Unis. Et d'apporter un regard de mémoire salvateur envers une pelletée de martyres qui seraient pèle-mèle Martin Luther King, Medgar Evers -l'une des chansons est à sa gloire, Malcolm X, ou Emmett Till. Certains portraits figurent d'ailleurs sur les étiquettes des deux galettes de l'album.

Le propos, on s'en doute pour un album de rap et vu la teneur du disque, est radical, sans concession. Les titres, provocants, interpellent ("Blessed Are They Who Bash Your Children's Heads Against A Rock") et sont plus longs que ceux des Liars et des Smiths réunis. Ailleurs, sur "Los Macheteros / Spear Of A Nation", une longue litanie de noms de révolutionnaires portoricains est froidement récitée.

Ce disque a le mérite de rappeler, avec un manque de nuance et un parti-pris affirmé - car on ne saurait faire l'amalgame - et un reportage récent sur les chaînes hertziennes illustrait ce propos, que bien que minoritaire, l'immonde White Power et ses dérivés sévissent toujours aux Etats-Unis, et qu'une frange certes pas négligeable de hicks WASP's sudistes, continue à revendiquer haine et fierté mal placée quant à une hégémonie blanche. Et a ainsi beaucoup de mal à accepter la couleur de peau du 44ème président de la première puissance mondiale.

Tous les gens cités ici ont en général deux point communs : ils sont noirs et ont été assassinés, c'est le cas de Medgar Evers, sacrifié sur l'autel du fanatisme du Ku Klux Klan. Véritables militants, dépositaires d'une tension à fleur de peau, le duo décrit le quotidien minoritaire, sans fard ("they treat us like animals").

Et la musique dans tout ça ? Particulièrement obsédante, hypnotique, évoquant parfois Suicide, "No Question" . Et ce qui tranche par rapport au son rap urbain lambda, ce sont ces boucles de guitares noisy façon My Bloody Valentine qui parsèment le disque, cette lancinante saturation qui restitue la violence urbaine, l'esprit communautaire - l'incroyable morceau-titre ! On n'est pas loin de l'indus parfois !

Ah, et un dessin de lynchage orne le verso de la pochette, au visuel menaçant. Les gens de Dälek ne plaisantent pas, et leur flow envoie. Suffisamment pour fédérer les allergiques à leur courant musical. Une confirmation.

En bref : une terrifiante photographie de l'héritage socio-cuturel américain. Avec une noirceur assumée, et le concours de guitares abrasives, Dälek sert un rap urbain, sans concession. On n'avait pas vu pareille diatribe depuis les Dead Kennedys. Eprouvant mais salutaire.




le site, le Myspace
The Dead Kennedys - Frankenchrist (chronique)

"No question"

2 Comments:

Benjamin F said...

Ah bah il était temps de parler ce cette tuerie ;)

Nickx said...

J'avoue, j'ai été un peu long : premier brouillon posté fin mai (un record pour moi !)

Mais effectivement, moi qui ne suis pas branché rap un brin, j'ai été plus qu'interpellé par ce disque, vraie claque dans la gueule,et qui ne peut laisser indifférent!

Une place ans les 10 ?