14 octobre 2009

Love And Rockets - Express (1986)

 2ème album d'un groupe qu'on n'attendait pas à pareille fête ! Et pourtant, après la parution de son très ethéré Seventh Dream Of Teenage Heaven (1985), on a la confirmation que L&R est bien plus qu'un avatar du groupe batcave dans lequel, David J, son frère Kevin Askins et Daniel Ash ont fourbi leurs premières armes.

Déjà très présents en tant que compositeurs et chanteurs du Bauhaus dernière formule, J et Ash sont bien sûr le véritable aigle à deux têtes de ce nouveau projet qu'est Love And Rockets. Et après la douce folk psychédélique de Seventh.., réminiscente des heures les plus planantes du Pink Floyd superstar des 70's, place à une autre forme de lysergie, davantage évocatrice... d'un Floyd plus acide et bordélique, celui des 60's. Du reste, une reprise sans concession et totalement réussie du "Lucifer Sam" de Barrett est enregistrée durant les sessions d'Express, servant de B side à l'un de leurs plus fameux singles, j'ai nommé "Ying And Yang (The Flowerpot Man), sur lequel nous allons revenir !

Exit la langueur du 1er album, au placard les arpèges délicats ; et même le son fretless de la basse de J, si caractéristique du groupe anglais, se voit amplifier ! Dès "It Could Be Sunshine", le ton est donné : intro tribale, avec une rythmique bringuebalante nimbée de marimbas qui embraye sur un simple riff de sax interprété par Daniel Ash. Les deux voix se superposent ou se complètent à merveille, celle douce et voilée de David étant contrebalancée par la tessiture métallique de Daniel. Le rythme s'accélère alors, et dans une mélodie irrésistible, Ash déclame ses lyrics tout aussi ensoleillés et babs qu'à l'époque du 1er album, qu'il sait enrober de riffs de guitare acides. Tels des coulées de lave en fusion affluant comme aux heures les plus radicales de Bauhaus.

"Kundalini Express" n'est pas en reste, et envoie un gros riff qui tache, servi par une batterie métronomique, et entrecoupée de chorus de slide réjouissants. C'est d'ailleurs l'aspect le plus flagrant de cet album : la superposition des genres, et cette manière assez jouissive et inspirée qu'ont les musiciens à jouer à contre-emploi, tout en n'oubliant pas de garder le tempo trépidant qui sied à Express ! "Life In Laralay", ne faillissant pas la règle, envoie la sauce que J n'aura pas manqué d'édulcorer de son timbre sensible.

Au milieu de cette furie de gros riffs, de rythmiques martiales - en terme de son, pas de feeling, car hein, on n'est pas chez Marilyn Manson ! - , quelques moments d'accalmie : "Love Me" et surtout la version 2 de "All In My Mind" et les contre-temps brisés de Haskins, véritable trait d'union de ses deux acolytes, et impeccable marteleur. Et puis, il y a aussi ce superbe "An American Dream", aux arpèges si simples et efficaces, qui montrent véritablement que la voie acoustique opérée dans Burning From The Inside, (1983) véritable embryon de Love And Rockets quand on y songe, était celle qui prévalait, et qu'on retrouverait comme fil conducteur dans nombre de chansons du groupe !

Et comme tout grand album, celui-ci possède son morceau de bravoure, intitulé "Yin And Yang", autre référence asiatique de l'album avec Kundalini. La chanson enfonce le clou des possibilités créatrices et imaginatives de Love And Rockets : sur le rythme échevelé d'un accord de do, renforcé par la basse de J pour le coup accordée très bas, les deux leaders alternent puis unissent leurs voix pour donner corps à l'une des plus subtiles compositions pop qui soient. Haskins impose là-dessus un shuffle haletant, digne des plus infernaux rockabs !

Ce morceau, probablement composé "sous influence" demeure à ce jour la plus grande réussite du groupe. Qui n'aura de cesse de défricher ses penchants acoustiques (Earth Sun Moon en 1987), avant de s'aventurer sur les terres aventureuses de l'ambient (le très réussi Hot Trip To Heaven en 1994) ou partiellement foirées, (la techno de Lift en 1998).

Depuis, malgré un relevage des compteurs par Bauhaus en 2008 et un nouvel album par ces derniers (Go Away White), plus de nouvelles discographique du trio, et c'est bien dommage.

Néanmoins, notons un retour remarqué au Lollapalloza de l'an passé, ainsi qu'un tribute album récemment paru, avec des participants aussi différents que Black Francis, Flaming Lips (je sais qui j'appâte là !), Monster Magnet ou Dandy Warhols

En bref : mieux qu'un succédané de Bauhaus, de la pop, avec beaucoup de guitares mais pas seulement. Une poignée de chansons admirables devenues au fil des années des classiques. Une musique qui n'a pas vieilli et s'avère toujours pertinente plus de 20 ans après sa sortie.





le site de L&R leur Myspace

la video de "Yin And Yang" (The Flowerpot Man)" :



2 Comments:

HIPHOP said...

ça me rappelle une vieille K7 enregistrée par les soins de maître Nickx... super Yin and yang !! Bauhaus, mes premières émotions indé, de quoi frimer dans les cours de récré.
bises
J

Nickx said...

C'était l'époque où l'on s'écoutait Bowie en boucle sur de vieilles K7, et que HIPHOP père était ulcéré par nos goûts musicaux décadents !

"Charlotte, .....elle est au lycée demain.....Charlotte a ses devoirs à fèèèèèère.....j'ai un Mickey ma-ououousse"

Souvenirs, souvenirs....(sigh)