22 août 2007

The Beta Band - The Beta Band (1999)

Vilain petit canard commercial et critique de la géniale discographie des Beta Band, l' ALBUM éponyme fut même rejeté par ses géniteurs, le traitant à l'orée de sa sortie de "Fucking awful"! Pourtant c'est celui ci qui accusa le plus ma curiosité et qui me pousse à vous faire découvrir un groupe à part, à mille lieues des rayons de disque destinés à remplir les poches des majors. Je sauverai ce disque!

D'origine écossaise, Stephen Mason, Robbin Jones, Josh Maclean et Richard Greentree créent en 1997 une musique psyché délirante et pop, ardue à définir. Pour les références c'est Syd Barett jouant avec les Beatles, c'est Beck chantant du Pink Floyd ou encore Eels tapant le carton chez les Beach boys. Du carton il doit sûrement en être question, ou plutôt du toncar pour soutenir leurs cigarettes qui ne doivent pas contenir que du tabac. Car il ne faut pas se leurrer, ce rock hallucinogène est avant tout destiné à accompagner les douces rêveries d'un auditoire enfumé et mélancolique.

Foutoir de génie, ou non, The Beta Band anime telles des marionnettes une fanfare électronique qui se dérobe sans cesse sous nos oreilles. On pense savoir où l'on en est, ok c'est du hip-hop (The Beta band rap), et puis merde c'est de la pop (It's not too beautiful), le passage se faisant généralement en une chute libre de notes dissonantes et perturbantes mais si généreusement accompagnatrices. "It's not too beautiful" justement, le plus singueulisable morceau de l'album s'il en est, transporte très loin grâce à sa pop nappée et atmosphérique. Ca en serait presque beau bordel. Comment peut-on abandonner ce morceau? Je ne comprends pas.

"Dance o'er the border", excellentissime selon moi, sorte de dub hip hop électronique, break dance sous acide qui pourrait aisément envoyer la clique à la clinique si un psy écoutait ça. Et puis il y a "BrokenUpADingDong", folk exalté d'une bande de hippies narcoleptiques. "Round the bend" c'est les Byrds qui rencontrent Radiohead, du n'importe quoi je vous dis!

Vous l'aurez compris, The Beta Band est un album à vivre ou à laisser, euphorique et planant, qui suppose d'accepter le fait de s'embarquer dans une grande fresque épique et droguée, lorsque la créativité psychédélique arrive à accoucher d'un son original et allumé. Non The Beta Band n'est pas un groupe Lambda. Non The Beta Band ne bande pas. Clairement hallucinant.


En bref: The Beta Band ou la folie incontrôlable au service de chansons planantes et obsédantes. A prendre ou à laisser, selon l'humeur et le degré de high du moment.





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20 août 2007

Entretien avec Nicolas Maslowski (Makasound)

Depuis quelques temps le label français Makasound remet au goût du jour des albums de reggae méconnus ou qui ne sont plus édités. Il porte aussi de nombreux projets avec des artistes comme Earl "Chinna" Smith ou Winston McAnuff. Pour en savoir plus sur cette maison hexagonale atypique, rencontre avec Nicolas Maslowski, un de ses créateurs.

Quand le label Makasound a-t-il été créé ? Par qui ? Dans quel objectif ?

Nicolas Maslowski : Le label s’est monté fin 2001, et le premier disque est sorti en mars 2002. C’était l’album de Winston McAnuff « Diary of the silent years ». Nous avons monté le label à deux – Romain et moi – suite à l’impossibilité de trouver un label assez couillu pour sortir cet album de Winston. Les maisons de disques nous disaient « il n’est pas connu », « il est trop vieux », etc…donc nous l’avons sorti nous-mêmes. C’est comme cela que tout à commencé. Donc le premier objectif était de sortir « Diary of the silent years ». Dès lors, nous avons réfléchi à la suite.

Quel est le principe directeur du label ? A quels impératifs vous tenez-vous ?

Le principe était donc de sortir des albums rares de roots, si possible inédits, mais en tout cas des trucs killers qu’on kiffait dans ma collection d’albums vinyles. De la grosse musique. Les premiers impératifs sur Makasound étaient donc de sortir de la bonne musique roots jamaïcaines, antérieures à 1984 (l’ère digitale). Je crois qu’on s’y est bien tenus sur l’ensemble de la collection Makasound qui compte aujourd’hui près de 20 références, le dernier en date étant The Slickers « Break Through ». Puis par la suite nous avons lancé d’autres labels, ou plutôt des collections comme Inna de Yard, Black Eye, ou encore Makafresh. Les différentes collections sont clairement individualisées sur http://www.makasound.com/. Tout ces noms embrouillent un peu les gens.

La série "Inna da yard" est l'un de vos projets que j'apprécie le plus, comment êtes-vous rentrés en contact avec Earl "Chinna" Smith pour enregistrer dans son yard ?

L’idée de la collection Inna de Yard m’est venue à Paris, en réfléchissant à comment produire des albums à coût réduits. La production d’album coûte cher, et nous n’avions pas les moyens de louer des studios,et tout ce que cela inclus comme dépenses. Comme nous voulions aussi produire des albums acoustiques, l’un dans l’autre Inna de Yard correspondait bien. Au départ, l’idée était d’aller de yard en yard, chez chaque chanteur qui aurait adhéré au projet. Puis j’ai exposé le projet à Winston pour voir ce qu’il en pensait. C’est lui qui m’a aiguillé vers Chinna, me disant que l’idéal serait de le faire chez lui puisqu’il a un home studio très basique mais qui suffirait. Quelques mois après nous étions en Jamaïque pour enregistrer quelques overdubs pour l’album de Winston avec Camille Bazbaz, « A Drop ». Chinna était au studio Harry J pour poser des guitares. Je lui ai exposé l’idée en 5 minutes et il a été directement emballé. Nous avons commencé la semaine suivante avec lui et avec Kiddus I. Puis Linval Thompson , Cedric Myton des Congos (avant qu’ils ne se réunifient), Ras Michael Jnr, The Viceroys, et Junior Murvin (http://www.innadeyard.com/ ). Nous avons en boite un Mighty Diamonds , un Prince Alla et encore plus de surprises.

Comment contactez-vous les autres légendes jamaïcaines que vous faites enregistrer ?

Depuis cinq années que nous nous rendons en Jamaïque plus sieurs fois par an, nous avons tissé une toile de contacts, notamment grace à Winston mcAnuff, mais aussi par nous-mêmes. Nous commençons à être connus sur place et il y a même des artistes qui nous sollicitent pour différents projets des quatre labels. Mais nous allons à notre rythme, et en fonction de nos envies.

Travaillez-vous entre la France et la Jamaïque ? Comment cela se passe ?

Nous sommes basés en France, à Paris, mais nous allons de une à trois fois par an en Jamaïque, principalement à Kingston. Il est possible qu’un de ces jours nous ayons un bureau là-bas, mais ça n’est pas encore fait.

A l'écoute de vos productions, on peut percevoir un choix, me semble-t-il, pour un reggae très acoustique et épuré, pourquoi ce choix ?

Ce choix était un parti prix de la collection Inna de Yard, retrouvez les chansons telles qu’elles ont été crées : le plus souvent avec une guitare et une voix. C’est en effet un choix délibéré. Nous voulions enregistrer des albums acoustiques, des disques apaisants comme celui de Kiddus I.

Pourquoi le choix aussi d'un reggae plutôt roots ?

Tout simplement parce que c’est celui que nous aimons le plus. Nous ne sommes pas du tout fermés aux musiques nouvelles, d’où qu’elles soient, mais le reggae roots nous touche particulièrement. J’adore Sizzla ou Group Home. On écoute plein d’autres musiques mais celle-ci est si particulière, unique et très sincère.

Quelle est la démarche pour rééditer un classique du reggae (je pense notamment à Alton Ellis) ? Surtout lorsqu'on est un label indépendant comme le votre ?

La démarche est assez simple : contacter l’artiste et/ ou le producteur du disque, puis se mettre d’accord avec lui. Par exemple pour Alton Ellis on est passé directement par lui après avoir été recommandé par Leroy Brown. Et quand j’ai contacté Leroy Brown (dont Willi Willaims m’avait donné le contact suite à notre déception de ne pouvoir sortir le Messenger Man puisque le deal était bouclé avec Blood & Fire), il s’est d’abord renseigné sur nous avant d’accepter d’avancer sur quoi que se soit. On a gagné une belle confiance de la part des ces artistes. Mais chaque projet est différent, comme chaque personne.

Que penses-tu du marché de la musique reggae ? En forme ou végétatif ?

Je pense que le marché du reggae est stable, en France du moins, mais qu’il reste faible par rapport au potentiel de cette musique. Il l’est depuis le début, depuis 1977 ou 78 où Marley a explosé, depuis que Gainsbourg à sorti ces deux albums reggae et que Bernard Lavilliers y a touché aussi. Mais je pense en même temps qu’il est dans une forme végétative, parce que trop mis à l’écart par rapport à son envergure. Bob Marley est le plus gros back catalogue d’Universal ! Et puis après tout dépend ce qu’on appelle reggae, ou ce qu’on met dans cette catégorie. Bob Marley est toujours le baobab qui cache la foret. Amener Winston la où il est aujourd’hui a été un vrai combat, et qui est loin d’être fini. Mais globalement le reggae souffre d’une mauvaise image, d’une image totalement fausse que les médias généralistes entretiennent : spliff, cocotier et nonchalance, ou homo phobie par exemple. On le présente toujours de manière idiote, comme une musique simple, peu créative et qui ne s’écoute que l’été, ou on le pointe du doigt pour dire : Attention, c’est dangereux, ils sont homophobes, ou ils sont racistes, ou encore ils fument de l’herbe, etc…je pense que c’est son coté radical, unitaire et sans concession qui fait peur, mais c’est dur à dire. Parfois quand je lis certains trucs (je pense notamment à l’article de V Mortaigne paru dans le monde il y a quelques mois) ou que j’entend des discours sur le reggae, j’ai envie de m’arracher les cheveux. A la télévision par exemple, en France, un rasta ne peut être que comique ; je pense la à une récente pub Fiat qui faisait référence à Rasta Rocket, ou à la rediffusion de la prestation de Nuls à l’occasion de la présence de Burning Spear sur un plateau de Canal +. Il a du être atterré. Même les quelques fois où Winston est allé sur des plateaux, j’ai entendu des phrases qui dépassent l’entendement. Déjà aucun d’entre eux n’est capable de prononcer son nom correctement, et je pense que c’est inadmissible de la part de journalistes. Mais aujourd’hui on tolère tout. D’ailleurs, il n’y a presque plus de journaliste dignes de cet appellation.
En même temps, tout le marché baisse aujourd’hui. Même pour nous sur notre petite niche. C’est pour cela que nous cherchons d’autres moyens de diffusions, comme par exemple la vente en ligne sur notre ite http://www.makasound.com/. Ca n’est ouvert que depuis quelques mois, en réaction…pour ne pas arrêter.

Peux-tu me citer L'ALBUM reggae MYTHIQUE pour toi ?

AAHHHH. C’est dur, un seul ? C’est pas possible. Il y a plusieurs Dennis Brown, probablement un Johnny Osbourne, L’album de Knowledge produit par Tapper Zukie, le « Messenger Man » de Willi Williams, « Forward on to Zion » de Abyssinians. Il y a plein de gros albums fondamentaux comme « War inna Babylon » de Max Romeo ou « Hail H.I.M » de Spear et puis il y a aussi plein de perles rares, comme par exemple le Mighty Three’s…

Propos recueillis par fabien.


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19 août 2007

Elvis Costello - Théâtre de Fourvières (Lyon) - 26/07/07

J'ai vu Elvis: il n'est pas mort comme on le prétend ! Trève de plaisanteries, car l'autre, le vrai (à l'état civil !), le King sera célébré comme il le mérite cette année !

Non, je veux parler bien sûr du plus célèbre binoclard du rock aux côtés de Buddy Holly ou autre Hank Marvin, le bien nommé Elvis Costello alias Napoleon Dynamite, the Emotional Toothpaste (eh oui!), the Man (rien que ça !), the Coward Brother ou bien plus sûrement Declan Mc Manus (son véritable patronyme)-c'est vrai que ça le faisait moins...

Arrivés une demi-heure avant l'ouverture de la billeterie en ce 26 juillet au théâtre de Fourvières, je remarque dans la famélique file d'attente qui se presse pour l'instant 3 choses qui me vexent: 1) ladite file d'attente confirme que Costello ne joue pas à guichets fermés, pure aberration en soi pour un tel artiste qui ne s'est pas produit en France depuis près de 10 ans 2) son nom, contrairement à Gad Elmaleh, ne figure même pas sur le long listing des artistes appelés à fouler le festival lyonnais 2007 3) les appareils photos sont proscrits, en revanche les portables (grosse hypocrisie), no soucy !!

Qu'à cela ne tienne, après avoir vérifié la servitude toute aussi jeune que tâtillone du personnel lisse et coincé du derche des placettiers (si!si!) du théâtre, Nini et moi investissons comme à notre habitude le premier rang du riquiqui hémicycle dont la scène, heureuse surprise est au même niveau, c'est-à-dire que pas de fosse, rien ! Comme le staff de Fourvières ne rigole pas, c'est assis en tailleur et pas bouger ! que nous attendons l'arrivée de The Man ! Particulièrement fébrile à l'idée de cette rencontre, je me suis déjà imaginé, en m'avançant mater le tracklisting, Elvis en personne dissimulé avec son chapeau derrière un ampli. Hélas ce n'était qu'un projo dont la mise en mouvement soudaine me fait rire silencieusement! Pugnaces, nous osons une bière servie par un saisonnier au pédigrée de barman bac moins 1 (même moi je mets moins de mousse !!) : peine perdue, elle est infame !

A 21H30 tapantes, et alors que l'enceinte s'est remplie jusqu'à la gueule, c'est avec beaucoup d'émotion que je vois arriver Costello. Cette excitation est partagée par la jeune fille d'à côté venue avec une poche pleine de 45t vintage de l'Homme, promise à une future dédicace. Elvis est suivi de son backing-band de ryhthm&blues (4 blacks infernaux aux cuivres !), un 2ème guitariste, section rythmique et bien sûr monsieur Allen Toussaint prenant place au piano à queue. Bien que tirant ostensiblement la gueule, l'incomparable Steve Nieve des Attractions (légendaire backing-band du Maître) est à l'orgue ! Physiquement méconnaissable avec sa barbe de loup de mer, Nini lui décerne le titre de sosie de l'été ; c'est un private joke dont nous rions beaucoup !

Ouane, tou, frit, fore et ça démarre chaloupé, swinguant tout ce qu'on veut : l'ensemble de The River In Riverse son dernier effort partagé avec Toussaint est à l'honneur, mais très vite, Elvis sensible à l'enthousiasme des premiers rangs -où il se balade à la coule micro en main- revient en scène et d'un geste nous incite à nous rapprocher ! Les crampes naissantes (remember position en tailleur !) et l'excitation palpable sont autant d'éléments déclencheurs ! Elvis Costello est en grande forme ! Son vibrato si caractéristique, sa voix magnifique est aussi puissante qu'il y a 30 ans, témoins ces quelques essais a capella que peu de rockers de sa génération iraient se permettre ! Avec son jeu de guitare si minimaliste mais unique en son genre, Elvis balance son nouvel album donc, entremèlé de vieilles scies revisitées à la sauce New Orleans !

Comme prévu sur le tracklisting, nous avons droit à un "Pump It Up"d'anthologie, un "Watching The Detetctives", reggae séminal d'abord méconnaissable et à moult titres de Get Happy (normal, album d'obédience northern soul).

Le meilleur est à venir; ravi de l'accueil qui lui est fait, Elvis Costello légèrement empâté dans sa silhouette mais toujours dépositaire de cette patine de songwriter de génie (aucun rapport il est vrai !) oscille entre francs traits d'humour à la Woody Allen ("Il est sympa ce théâtre, il sera encore plus beau une fois qu'il sera terminé !") et moment d'émotivité pure : cette reprise d' I Want You, l'un de ses plus beaux morceaux, avec le seul Nieve au piano, lors du rappel ! Un rappel particulièrement goutu puisqu'il nous offre outre cette déchirante ode amoureuse, un brelan de titres dont l'imputrescible "Alison", entoné par tout un théâtre en fusion !

Alison, souvenez-vous, suckers, c'était il y a 30 ans : "A-a-a-a-a-a-a-a-lisooooooon ! My aim is true" qui donnait son titre à son légendaire premier LP, une époque où des artistes aussi essentiels que les Specials, Joe Jackson, Damned, Clash ou Wire sortaient leurs premiers disques, époque du punk mais déjà annonciateur du ska et de la new-wave !

Ultime retour avec le groupe au complet où il semble qu'enfin le service d'ordre très raide du string se détende peu à peu, leur chef finissant même par esquisser un sourire !

Ah, j'oubliais ! La jeune fille a eu droit en plein morceau à son barbouillage de pochettes de la part d'un Costello énamouré et particulièrement jovial il est vrai, l'henaurme section cuivres se disperse dans la nuit en tapant des mains complices ! Tout n'est qu' amour !

Le public constitué d'autant de néophytes que de fans de la première heure s'en va rassasié et heureux ! Restent 2 heures de route à se fader après un interminable circuit glauque (travaux à la bretelle d'accès de l'autoroute) dans l'univers de la prostitution lyonnaise ! Ce soir, je n'ai peut-être pas vu Dieu mais Elvis était là ! Et j'y étais !






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23 juillet 2007

Laurie Anderson - O Superman (1981/2007)

C'est parmi les disques de la mère d'un très bon ami à moi que nous avons découvert Laurie Anderson, alors que nous n'avions que quinze ans. Lors de nos vertes journées d'école buissonière, nous passions son disque en boucle sans bien le comprendre, fascinés par le rythme scandaleusement minimaliste d' O Superman (for Massenet).

En fait, nous aimions à tel point ce morceau de 8m 23s. que les autres titres de l'album passaient quasiment à la trappe. Après plusieurs années, je me suis quand même décidé à écouter les huit morceaux de Big Science et à les trouver magnifiques. Nonesuch a d'ailleurs réédité ce premier album il y a tout juste une semaine, après avoir réédité le dit morceau en maxi. Tout ça en prélude au retour de la grande dame de la musique contemporaine, copine de Philip Glass et David Bowie, avec un nouvel album studio, Homeland, pour 2008.

Si O Superman est pour Jules Massenet, c'est parce qu'il reprend le O Souverain du compositeur d'opéra français. Sorti confidentiellement sur 101 records, un minuscule label indé new-yorkais, ce titre se hisse à la deuxième place des charts UK en 1981, grâce au coup de pouce de John Peel, qui passe la version intégrale en boucle sur BBC Radio 1. N°2 des charts ! Pourtant, le motif ultra-répétitif, modelé par la voix filtrée de Laurie Anderson, ne répond pas aux canons du hit. Et le phrasé haché comme celui d'un robot, où chaque syllabe se détache, non plus. Peut-être le succès du morceau est-il simplement dû à son ampleur mélodique, irréelle, ou à l'utilisation futuriste des machines, violons trafiqués, orgues, vocoder ? A moins qu'il ne soit venu du caractère messianique de ses paroles...

"Here come the planes", fameuse phrase-climax de la symphonie, fit d'ailleurs un drôle d'effet aux new-yorkais venus écouter Laurie Anderson quelques jours seulement après le 11 septembre. Comme si on leur projetait, après coup, un rêve prémonitoire.

Morceau inexplicable par essence, poème majestueusement insolite, O Superman reste une de mes pièces sonores préférées. Musique contemporaine? Concrète ? Expérimentale ? Electronique ?... Peu importe quand l'étrangeté atteint ces sommets, quand la musique résiste à ce point à toute tentative d'éclaircissement, lévitant quelque part entre effroi et félicité.

En bref : ce poème expérimental, synthétique et planant est l'un des morceaux essentiels de la musique contemporaine.








Un site sur l'album Big Science
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22 juillet 2007

Garden Nef Party - Angoulême le 21/07/07

Majestueux cirque de nature dominant la ville d'Angoulême, la ferme des Valettes accueille pour une première édition une programmation digne des plus grands. Sur les 17.000 personnes ici ce soir, tout le monde a déjà vibré ces derniers mois sur les sons d'Arcade fire, de Clap yours hands, de Cocorosie, des Klaxons ou de LCD Soundsystem. Le show s'annonce grandiose.



Arrivé pile poil alors que le soleil estival brûle ses derniers rayons, le concert des Klaxons peut commencer. Le son est gigantesque, la scène est magnifique, toute l'assistance est tirée de sa torpeur douceureuse de fin d'après-midi. Les tubes s'enchaînent et viennent assoir une réputation à ces jeunes anglais qui soulèvent jeunes et vieux, rockeurs et clubeurs. Une sacré jeunesse.



Pas de répis puisque ça enchaîne direct sur les new yorkais de Clap your hands say yeah! Après deux albums impeccables, ce club des cinq enflamme un public apparemment très connaisseur, venu en partie pour cette très rare prestation en France. Alec Ounsworth avec son chant si spécial atteint une prestance de grande star du rock, image iconoclaste d'un contraste avec son physique de Gavroche à casquette. Une voix qui pousse si loin et qui arrangue sacrément les foules sur des mélodies proches de la perfection.



Demi teinte en revanche pour Panda Bear, Geologist et Deakon qui forment le trio expérimental des Animal collective. Expérimental peut-être un peu trop pour une deuxième scène qui aurait mérité les faveurs attribuées à la première. Ces dissonances pop résolument modernes ne touchent qu'en partie un public en attente d'autres groupes peut-être plus abordables un soir de festival.



Cocorosie et son petit cercle de fans se portent bien. Pas franchement surexcitant, le folk de nos soeurs Blanca et Sierra s'apprécie allongé dans l'herbe des Valettes, un brin de paille au coin des lèvres. Tez, le beat boxeur fou du groupe, prend le temps d'un morceau perso pour dérouler son flow qui scotche l'audience en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. Mais combien sont-ils dans sa bouche? La curiosité passée, le show se termine en douceur mais la fièvre monte.



Jamais je n'avais vu scène comme ça, une douzaine d'instruments répartis sur trois étages, un orgue suspendu, des projections et des néons, beaucoup de néons. Des néons et une bible géante pour déguiser la tournée française de ce Neon Bible tant attendu. Quatre dates en france seulement, le public d'Angoulême est gâté, il va enfin voir de ses propres yeux le phénomène qui ne cesse de faire parler les hautes sphères de la presse concernée comme le cercle de potes au fond de son canapé. Arcade fire en live, je confirme, quelle claque. Grâce à une mise en scène lumineuse et un mur du son constitué de plus de dix convives, cette nouvelle musique atteind des sommets d'énergie positive. Avec un public sous le charme et 100% lié à la cause qui reprend en choeur le refrain de chaque chanson pendant plusieurs minutes lorsque celles ci se terminent, les Arcade fire en seraient presque déroutés mais en ressortent galvanisés. Régine Chassagne surtout, qui caméra à l'épaule passe à la batterie sur un titre d'une puissance phénoménale, saute à l'accordéon, attrape la guitare pendant que Will Butler pose sa voix si pesante. Là encore les tubes du premier et du deuxième album s'enchaînent et déchaînent un public qui comprend peu à peu ce qui est en train de lui arriver et qui ne veut surtout pas redescendre sur terre. Instants magiques tout simplement pour une musique qui ne semble pas prête de s'arrêter. Merci.



Pour clore la soirée, le James Murphy de LCD soundsystem nous rappelle au passage qu'il est l'un des producteurs les plus talentueux de sa génération. Son électro rock sans répis, il secoue l'assistance qui livre ses derniers soubressauts d'énegie. Terriblement efficace, la musique de Murphy claque et jette, en met plein la tête. C'est l'heure de rentrer.
Vous l'aurez compris, grâce à une prestation musclée des Klaxons, le folk psyché fédérateur des Clap your hands et l'orgiaque messe scénique des Arcade Fire, le festival d'Angoulême atteint pour sa première éditon un sommet de musique indépendante en France. Un endroit où il fallait être ce soir.

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21 juillet 2007

The Bees - Sunshine hit me (2002)

Deuxième couche sur le blog pour les anglais décalés de The Bees. Loin des instrument informatisés et de la frénésie londonienne, c'est toujours sur la très productive île de Wight que Paul Butler et Aaron Flectcher nous ressortent tels des élèves studieux tous leurs talents acquis en terme de jazz, de funk, de reggae et de pop. Ces gars là savent tout faire et ont acquis dans l'anonymat le plus total la capacité à pondre des morceaux qui ne ressemblent à aucun autre, pas même entre eux.

Carte postale sonore d'une île lointaine et inconnue où on fait de la musique, de la vraie, ce sont des sons chauds de cuivre et de bois qui font imploser les normes de la musique nord / sud. Car c'est carrément les tropiques qui ressortent de cet enregistrement fait dans le jardin, de ces arrangements minutieux débités sur un ton décalé à un auditeur qui en redemande dès la première écoute. D'une langueur attachante qui part dans tous les sens, une douce tendance générale à la mélancolie émane de ces harmonies vocales à la beach boys, sur un reggae triste et lent ou sur un rythme carnaval.

Sunshine, titre éponyme mêle le jazz et le rock psyché sur un rythme nonchalant presque insolant. A minha menina, reprise des Os Mutantes emporte très loin dans l'harmonie gospel. Deux blancs qui font du roots, 2 titres reggae à la hauteur de ce qui se fait sur le marché, le tout sur des influences pas si pesantes. Le charme tranquille et posé de Punchbag annonce la couleur. Mon champion: Sweet like a champion, sans doute du à l'extrême mélancolie qui s'en dégage. Un morceau comme j'en rêverais, si je l'osais. Ca a l'air si simple, un hamac, un cocktail, l'océan et les abeilles de Wight qui vous enrobent de leurs nappes musicales ensoleillées. Une rareté brute dans un monde qui ne l'est pas moins.





http://www.myspace.com/thebeesofficial


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09 juillet 2007

Neutral Milk Hotel - In the aeroplane over the sea (1998)

Continuant mon pèlerinage au pays vallonné du rock indépendant américain, j'enfourne dans ma platine un disque à la pochette intrigante. Première écoute enthousiasmante, j'accepte ma mission de faire découvrir ce joyau à la fratrie de Babylone. Quelques recherches plus tard je réalise qu'en fait, In the aeroplane over the sea n'est pas du tout une relique oubliée mais bel et bien un album culte du milieu indépendant ayant inspiré la plupart des artistes du moment, d' Arcade fire à Wilco. Raté, je ne serai pas le Christophe Colomb de ce disque. Parlons en un peu quand même.

Membre de l'excellent collectif américain Elephant 6 dont je n'ai pas fini de vous parler au travers de groupes tels que Olivia tremor control ou le récemment médiatisé Of Montréal, c'est l'auteur compositeur interprète Jeff Mangum qui prend les rennes de ce deuxième et dernier album. Leader énigmatique et réservé, dépressif chronique, Jeff Mangum découvre le journal d'Anne Frank et ressort bouleversé par cette évocation de la deuxième guerre mondiale. De là naîtra l'idée et le concept de ce véritable tour de force musical.

Banjo, cornemuse, accordéon, piano, scie musicale, c'est l'armada complète de la pop biscornue qui est mise au service d'un univers fantasmagorique à l'imagination et au mysticisme délirant. Une orchestration majestueuse donc pour des compositions qui fuient le cadre établi mélodie/refrain et préfèrent s'aventurer au plus profonds de thèmes transcendants. La voix de Mangum, attirante ou repoussante, joue tantôt un punk furieux, tantôt un rock primitif, souvent un fuzz folk très lo fi dans ses grésillements et ses hésitations. Car ici ce sont véritablement les bases du folk indé qui sont posées avec le triptyque guitare acoustique/chanteur/instruments divers. Le résultat est un cirque rock impressionnant d'originalité et de bizarreries sonores en tout genre.

L'exemple le plus flagrant est la présence de deux plages instrumentales du plus bel effet, Fool et Untitled, contribuant à distiller avec classe ces évocations sans concession d'un monde de violence onirique et intime. Les deux première plages introductives du disque ne servent pour moi que de faire valoir au titre éponyme qui constitue un titre parfait et une réelle démonstration pour quiconque souhaitant faire de la pop un tantinet psyché aujourd'hui. J'en oublierai presque Oh Comely, ballade si simple avec tant de présence et Two merveilleuse conclusion en forme d'adieu grâce à qui Radiohead n'aurait jamais existé. C'est en fait chaque titre ici qui réinvente et qui grave le marbre de l'indie music à chaque instant.

En bref : Disparu sans laisser de traces, malgré d'excellentes critiques USA et Canada et un fabuleux accueil populaire, la musique de Jeff Mangum (qui revient en solo à la rentrée) reste et restera une référence et une source d'inspiration pour le milieu indépendant. C'est sans doute cela que l'on appelle un chef d'oeuvre.

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Le site du Collectif Elephant 6
Acheter  In the aeroplane over the sea chez l'International Records
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02 juillet 2007

Molecule - In Dub V1.0

C'est comme dans la pub: ça a le goût de Rythm and Sound, ça ressemble à Rythm and Sound mais c'est une pure production française, et ça fait du bien!
Pour son deuxième projet, après "Part of You" (Aktarus/Pias) en 2006, Molecule donne un énorme coup de fouet à la scène dub française. Déja reconnu par les critiques pour "Part Of You", il récidive avec ses acolytes, DJ Suspect aux platines, Webbafied, un MC de New York ou encore les rootsmen Zig Zag et Nemo qui consolident encore plus les titres grâce à leur voix chaudes.
Sur "In Dub V1.0", les influences, multiples et trans-frontalières, se marient au trip hop, au dub, à l'électro et au hip hop pour donner en 15 titres un aperçu du travail et du talent de Molecule. Concoctés, mixés et remixés dans le laboratoire musical parisien de Molécule "At Home", les titres s'enchaînent à merveille. Ils se déclinent sur un même riddim, dans la plus pure tradition roots, mais les featurings donnent à chacun sa saveur particulière.
Les deux titres qui ouvrent l'album, "Baby Girl" feat. Zig Zag et "I Dedicate" feat. Nemo laissent tout simplemenet rêveur et admiratif! Deux titres planant qui nous envoutent et nous entraînent ensuite vers un version dub minimaliste et efficace. Le coeur du disque, entre les titres 4 et 9 étale toutes les inspirations et les influences croisées par Molecule. Hip hop, trip hop, et électro s'entremêlent pour nourrir les mélodies dub qui reviennent en force à la fin du disque. Un très beau projet qui j'espère en appelera d'autres pour convaincre beaucoup d'amateurs que le dub continue son évolution.

Un titre de la compilation "Dubzone 7", du dub en accès libre sur Dubzone.



Du dub au trip hop, il n'y a qu'un pas...




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01 juillet 2007

Interview - Almost (Supra Records)

Au début du mois, je vous parlais de la deuxième sortie du label Supra, combinant un morceau hip-hop de Bunny Wailer, daté de 1982, et deux remixes discoïsants: une confrontation passé/présent astucieuse de la part d'une petite maison fraîchement fondée et fort sympathique. Derrière ce projet, il y a Luc Cartier aka Almost, qui se désigne lui-même comme un "vinyl junkie".

Ce DJ/producteur d'origine niçoise remplaçait la semaine dernière, au pied levé, la légende du hip-hop Marley Marl en première partie du non moins légendaire KRS-one. Rien de moins. Gardant la tête froide, il reste concentré sur la préparation de ses prochaines offensives discographiques, pour son propre plaisir et pour celui de tous les funky boys and girls.


Peux-tu nous présenter l'équipe Supra, et nous raconter ton parcours personnel ?

Pour ce qui est de l'équipe, ça va être rapide, puisque je suis l'homme à tout faire de SUPRA, qui est mon projet. J’ai quand même aussi la chance de pouvoir compter sur les apports de mes proches, producteurs, collectionneurs et musiciens, pour enrichir et faire monter la sauce.
Comme beaucoup, je suis un provincial venu à Paris pour trouver un environnement musical plus funky: j'ai d'abord fait mes armes à Nice, en soirées (depuis 1993, du Hip-hop/AcidJazz à la Disco/Funk/Deep-House) et en créant un shop de disques (Mix it / Colorz), le tout avec mon homeboy Melik (le boss de Dedicace / D classic).
Arrivé à Paris grosso modo en 2000, j'ai eu la chance de bosser longtemps dans la rolls des disquaires, à savoir 12inch, ce qui m'a permis de faire beaucoup de bonnes rencontres qui feront, j’en suis sûr, de bons disques: le MoJo/Blackjoy, la première sortie du label, en est un bon exemple.

Quelles sont les ambitions de ton label ?

La première ambition du label est, très sincèrement et très égoïstement, de me faire plaisir, par exemple en détournant le logo PRISM pour la pochette générique.
Vu le contexte du milieu, je pense que c'est plutôt sain et lucide. J'espére juste que mon experience de DJ, disquaire et vinyl junkie m'aidera à sortir des disques utiles et intéressants pour un public forcemment de plus en plus exigeant. Il est clair que je vais aussi essayer d'atteindre un rythme plus soutenu (1 maxi tous les 2 mois) et donc de dénicher encore de bons morceaux et rencontrer des bêtes de funky dope producers en herbe... Avis aux amateurs !!!

D'où vient cette idée de combiner raretés funky et versions réactualisées sur les maxis Supra?

Elle correspond complétement à mon état d'esprit : old to the new. Je ne voyais pas vraiment l'intérêt de faire un label de réédition, car il en existe beaucoup de très bons.
Mettre un track "nouveau" permet de mettre en perspective le track old-school et peut lui donner encore plus de saveur. Ca m'oblige aussi à sortir des fantasmes musicaux et évite le "c'était mieux avant-isme".
Je trouve qu'il y a en ce moment de très bons producteurs avec qui je partage une même vibe et avec qui j'aimerais vraiment collaborer.

Comment opérez-vous le choix des morceaux que vous rééditez ?

Il n'y a pas de comité de lecture, ni de modus operandi! Je choisis souvent les morceaux dans ma collection, ou dans celles de mes proches.
Les critères possibles seraient : une bombe funky pas forcément rare mais relativement peu connue, qu'un Dj voudra jouer en soirée, ou qu'un addict mettra dans sa collection.
Au niveau des couleurs musicales , c'est là aussi l'arc-en-ciel: je ne me fixe pas de limites même si je reste influencé, voire complètement déterminé par le hip-hop et la musique black en général.

Que nous prépares-tu pour la troisième sortie ?

Je suis bêtement superstitieux, donc pas de noms, mais j'ai plusieurs sorties en préparation: une réédition d'une bombe punk/funk avec un rework d'un autre bon pote producteur, un maxi d'un artiste américain (muchas gracias MySpace), avec un voire deux remixes sur lesquels je bosse, et bien sûr d'autres rééditions old-school/hip-hop/disco bien savoureuses.

Propos recueillis par Dave




Le MySpace de Supra Records






Celui de Blackjoy, qui figurait sur le premier vinyle du label

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24 juin 2007

Trying to conquer I - Chuck Turner (1989/2007)

Décidément le label allemand Basic Channel est un vrai régal. Par le biais de ses subdivisions Burial mix, Wackies ou encore Rhythm and sound, la maison teutonne n’a de cesse de produire de classieux remix de musique jamaïcaine et d'éditer d’anciens et de nouveaux « grands » du reggae, ragga, dub ou encore dancehall. C’est justement de dancehall dont il s’agit avec le maxi « Trying to conquer I » de Chuck Turner, déniché dowtown on Broadwick Street lors d’un chilling londonien, et merveilleux classique du genre daté de 1989.
Le dancehall, né dans les années 80 en Jamaique sous l’impulsion (présumée) d’Henry « Junjo » Lawes puis de King Jammy, se définit au mieux par sa mission : faire bouger et instiller à son auditeur une sorte de fire spirit éminemment positif. Pour ce faire, un tempo rapide et un toasting acéré semblent s’imposer comme des figures appropriées. Chuck Turner, en héritier du pionnier King Jammy (les deux hommes ont travaillé ensemble en 1987), les manie justement à merveille, tout en verve et finesse. Les arrangements et le remastering de Basic replay, une autre sous-division de Basic Channel, polissent élégamment la belle association de la voix mezzo soprano du singer et d’un riddim azimuté et insaisissable.
Le vynil propose ensuite une version « vocal cut », de Professor Grizlly intitulée « Fight the professor » exploitant la même partie instrumentale que « Trying to conquer I ». Les deux titres se disputent les honneurs sur ce maxi de qualité. Professor Grizzly se montre un peu plus pêchu sur sa piste. Le refrain est plus entraînant.
Mais on ne peut raisonnablement se résoudre à préférer un des deux titres, à défaut on tire juste un coup de chapeau à une maison berlinoise de bon goût, la dénommée Basic Channel.

Pour écouter un aperçu de ce son, je n'ai pas trouvé mieux que le site du disquaire de provenance de ce maxi, Sounds of the Universe.

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22 juin 2007

Interview - Turzi

Son premier album, "A", est sorti le 11 juin sur Record Makers. Il contient treize morceaux, dont tous les titres commencent par la lettre A. Turzi ne se contente cependant pas d'inventer d'amusants concepts. Avec une vigueur toute rock n'roll, il galope à toute bringue dans un paysage psychédélique où les fantômes de Gong et de Faust harcèlent d'innocentes pédales à effets. Dans cette chevauchée hypnotique, il est escorté par le Reich IV, backing band ainsi nommé en hommage au "IV Organs" de Steve Reich.

Erudit, passionné, parfois un rien provocateur, Romain Turzi évoque son parcours, prône l'élévation spirituelle, et nous parle de rock choucroute, camembert, et disciplinaire...

Depuis les bancs d'un collège Versaillais jusqu'à ta signature chez Record Makers, quel a été ton parcours ?

C'est à l'époque de la fac, après des années en pension, que j'ai ressenti une grosse attirance pour la dérive musicale sous toutes ces formes. J'ai donc installé un home studio, et j'ai travaillé avec une réelle volonté de faire quelque chose de rock et d'entraînant. Ensuite j'ai filé une maquette à Sinclair, du label Record Makers. Après la signature - il y a deux ans, le mini LP Made Under Authority est sorti et, il y a quatre mois, Seven Inch Allah, en 45t. Aujourd'hui, "A". Et demain ????

Que représente le krautrock pour toi, et comment expliques-tu le regain d'intérêt actuel pour ce genre musical ?

Le rock choucroute, c'est la recherche d'un son nouveau avec les accessoires rock traditionnels, c'est la volonté de dépasser les conventions et de tendre vers l' ailleurs. C'est aussi une musique rythmée et impersonnelle dans la mesure où elle ne prône pas la mise en avant de tel ou tel membre du groupe. Tu m'étonnes que ça me plaise ! C'est avec cette musique que j'ai fait mon apprentissage. Aujourd'hui tout ceci est intégré : c'est plus un langage, un mode d'expression, qu'une influence revendiquée. Je fais du rock camembert.

Ta musique est qualifiée de rock disciplinaire. Peux-tu nous expliquer de quoi il s'agit, et comment une musique aussi psychédélique que la tienne peut s'avérer "disciplinaire" ?

On la qualifie de rock disciplinaire car c'est par la répétition de motifs musicaux simples que s'élève le cerveau de l'auditeur (et de l'exécutant). Mon rock est disciplinaire car il est monophonique et répétitif, inspiré des courants minimalistes US 60s tout comme des prémices allemands de la musique électronique.
Le psychédélisme vient du fait que chaque son pur (orgues, piano électrique, guitare) est traité d'une façon spéciale puis noyé dans la reverb et les chambres d'echo, ce qui a tendance à former une strate qui, elle, est rythmée sans concession par une section tendue à l'extrême. Donc, comme dans la musique électronique, je fais une musique qui joue davantage sur la succession de paysages musicaux que sur le format couplet/refrain à la noix.


Sur MySpace, il est mentionné que Turzi fait du "Christian rock". Sur "A", "A notre père" et "Are you thinking about Jesus?" révèlent une obsession, ou du moins une fascination pour le christianisme. Quel rapport ta musique entretient-elle avec la religion ?

Comme tu le sais j'ai grandi à Versailles, face à une cathédrale et juste à côté du palace du Roi Soleil... la notion d'intemporalité et de supériorité de l'Eternel sur l'Homme est quelque chose qu'on m'a rabâché toute ma jeunesse.
En revanche je m'intéresse à la musique modale, aux odes médiévales, et ces musiques sont conçues pour s'élever et se rapprocher de Dieu. Je trouve qu'il était intéressant d'intègrer des éléments religieux dans un rock subversif au possible. Il y a, forcément, un peu de provoc là-dedans.
Suite à ta question, je viens de changer de catégorie sur myspace, dorénavant je fais de la TRANCE!

Avec tes flâneries du côté du baroque, de la recherche boullezienne et du post-rock français et allemand, ne crains-tu pas de te faire taxer de "passéisme"?

Non, si mes maîtres sont d'une autre époque, je fais une musique qui colle à la réalité et à l'actualité. Aujourd'hui peu de groupes se réclament de ces influences et c'est dommage. Si l'actualité c'est de faire du sous-Strokes en jean slim alors oui, je suis passéiste.
Mais je me réclame autant de la techno acide de 1988 que de Perrotin le Grand, illustre compositeur de l'époque du roi Arthur.

Comment s'est déroulé l'enregistrement de ce premier album ?

Il a été très difficile de fixer l'oeuvre sur un support. Mes morceaux sont malléables et modulables selon les gens qui les jouent, le lieu et le matériel à notre disposition. Les enregistrer signifiait, pour mes musiciens et moi, qu'on devait se contenter d'une version. Si on ré-enregistrait l'album aujourd'hui le son serait complètement différent, les plages improvisées ne sont par définition jamais deux fois les mêmes !

A quoi peut-on s'attendre pour le prochain disque ?

Un album aux sonorités acoustiques tendance Europe de l'est, Asie mineure et Afrique tribale. Le tout sera toujours aussi entraînant et donnera toujours envie de s'échapper, de s'élever spirituellement. Psychotropes fortement conseillés.

Propos recueillis par Dave

http://www.myspace.com/turzi

http://www.myspace.com/recordmakers
http://recordmakers.com/

Le label créé par Nicolas Godin et J-B Dunckel (Air), avec Arpanet, Sebastien Tellier, Kavinsky...
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Gui Boratto - Chromophobia Remixe Part 1 (2007)

Pour élaborer les premiers remixes de son album Chromophobia, Gui Boratto a choisi des artistes aux univers assez éloignés du sien. Robert Babicz, vétéran polonais de l'acid techno installé en Allemagne (et qui compte plus de 150 disques à son compteur personnel), se répand désormais dans une house extrêmement lourde au bon goût de disco. Sa version de "Mr Decay", toute en reverb, explose en basses dinosauriques à en péter les fenêtres. Bien qu'il soit plus acidulé et groovy, ce remix n'atteint pas la tension accablante et l'affolement progressif de la version originale. Reste un bon morceau, vraiment pas dégueulasse, mais qui ne justifie pas, à lui seul, l'achat du maxi.

C'est en face B qu'il vous faudra chercher l'excitante justification de votre dépense, avec le remix d'"Hera" par Alex Willner aka The Field. Si ce Suédois est, comme Boratto, signé sur Kompakt, son style est aux antipodes du Brésilien : ici pas de blips ou de saccades, la trance règne, ample et vibrante, dans un déluge de vagues synthétiques. Comme sur le premier album de The Field (From Here We Go Sublime), la sensation déstabilisante de franchir des sas de décompression s'impose immédiatement. Pas d'intro, pas de break, pas de possibilité de souffler : un morceau simultanément fatigant et jubilatoire, délicatement apocalyptique. A déguster en attendant la deuxième partie de cette prometteuse série de remixes...

En bref : le Brésilien de l'année, Gui Boratto, entame la série de remixes de son album Chromophobia par une relecture intransigeante d'Hera par le suédois The Field.



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10 juin 2007

Seventeen Evergreen - Life embarrasses me on planet earth (2007)

"Des hippies, des synthés, des computers et de l'acide. Le futur de l'humanité est en marche." Voici telle quelle la phrase qui attira mon attention dans un petit bout de chronique d'un gratuit musical local. Autant dire que je n'y suis pas resté indifférent et que 5 minutes plus tard, le dit cd se retrouvait dans mon panier amazon en partance des states. Cette courte description je le pense ne devrait pas vous laisser indifférent non plus. Maintenant que la galette a tourné en orbite à domicile, qu'en est-il?

Les hippies en questions ce sont Caleb Pate et Nephi Evans, deux californiens from San Francisco qui pour leur premier essai ont lorgné du côté du label indépendant anglais Lucky number pour livrer cette oeuvre de psychadélica toute en références et en kilomètres de pistes musicales ingurgitées et mûrement digérées: Pink Floyd période Meddle bien sûr, Brian Eno sans aucun doute, Air et Pavement assurément. Et pourtant ça sonne neuf comme un étrange kaléidoscope pop post hippie. Prenez une dose d'ambiance électro, ajoutez-y un soupçon de pop buccolique et vous obtenez cet ovni aux frontières floues et songeuses de la pop insouciante, de l'électronica et du folk.

Le duo de songwriteurs passe d'un instrument à l'autre et maintient une solide basse ainsi qu'une batterie bien sèche délivrant une bouffée de psychédélisme tranquille et relaxant. Véritablement cinématographique, les morceaux s'enchaînent tels des hymnes à l'amour dans un vide intersidéral. Simple d'apparence mais d'une infernale richesse de détails, la musique de Seventeen Evergreen n'a pas fini de faire parler d'elle. Premier coup de buzz, ce vidéo clip païen et défoncé pour le premier titre extrait de l'album, Haven't been yourself. Des titres comme Sazebac, Lunar One ou Ensong sont de véritables ballades cosmiques en puissance, bandes originales évidentes de voyages stellaires imaginaires. Mercury Rev, Eels et Baxter Dury auraient déjà pris leurs tickets pour l'expédition.

A la fois fresque musicale riche et singulière et mélange d'exaltations électroniques berçées à la pop américaine dans le bon sens du terme, Life embarrasses me on planet earth nous prend par la main et nous invite à bord de la toute première navette spatiale auditive. Planant.

Ju.

Je vous laisse tripper en compagnie du clip de Haven’t been yourself :

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09 juin 2007

Interview - Jean du label Kitsuné (Paris)

C'est le label du moment, ou plutôt le label à la mode. Kitsuné, créé en 2001 et situé entre Paris et London, s'illustre depuis quelques temps avec des productions à succès qui oscillent entre électro, punk et rock. En plein dans le mille. La société est composée d'architectes, de graphistes (notamment du Royal College of Art de Londres) et peut se prévaloir d'une direction artistique aiguillée par les Daft Punk. Kitsuné, « renard » en japonais, compte dans son écurie de nombreux artistes en plein boom. Parmi eux, The Klaxons, Digitalism, Hadouken !, Simian Mobile Disco ou encore Joakim. Avec une communication visuelle impeccable, des productions de qualité et de multiples partenariats commerciaux et musicaux rien ne semble pouvoir arrêter la boîte à tubes parisienne. Depuis peu, la label a même investi le terrain de la mode avec ses Kitsuné clothes, ligne de vêtements de facture classique mais au style franchement « bobo fashion ». A l'heure où débarque la quatrième compilation Kitsuné maison, entretien sommaire avec Jean, 24 ans, qui travaille pour le label depuis 10 mois à Paris, auprès du grand manitou Gildas Loaec.
L'interview a été réalisée à la base dans l'optique d'un article sur Internet et les métiers de la production, pour le méconnu périodique strasbourgeois Viva Cité (sic), d'où la teneur des questions.

D'après toi, dans quelle mesure Internet a bouleversé les logiques de production dans la musique ?

Jean : Internet a provoqué un changement de paradigme, c'est une sorte de révolution. On entre dans l'ère d'un nouvel modèle économique où la reproduction mécanique d'oeuvres musicales n'est plus centrale. Même si, chez Kitsuné, nous commercialisons des vynils et des compilations au format cd. Mais ce qu'il faut voir principalement, c'est que cette tâche n'occupe plus une place prépondérante. En outre, en ce qui concerne le rapport du public à Internet, on peut considérer que ce médium contribue à la création musicale par l'ouverture qu'il offre sur des genres divers. Internet met à disposition la mémoire musicale. Tous le monde y a accès et il s'agit clairement d'un effet positif d'Internet.

Quel regard portes-tu sur le succès de Myspace, en particulier chez les artistes et labels ?

C'est plutôt une création heureuse il faut le dire. Myspace est très populaire et beaucoup d'artistes s'y rencontrent. Les labels peuvent découvrir de nouveaux artistes dans une démarche beacoup plus active, à mon sens, que dans le passé. Kitsuné est évidemment présent sur Myspace (http://www.myspace.com/maisonkitsune), c'est un passage obligé. Hormis la recherche de nouveaux talents, on peut y annoncer nos soirées, nos sorties et faire écouter librement nos nouvelles productions au public.

Le boulot des labels se transforme avec Internet, qu'en est-il pour les artistes ?

Bien évidemment, Internet procure du réseau et des contacts pour les artistes et leur octroie une grande liberté et indépendance, artistique notamment. Il est plus facile de se faire connaître et de faire sa promotion. Pour autant, il faut se rendre à l'évidence, les artistes auront néanmoins toujours besoin des labels. Ils auront toujours besoin de réseaux de distribution forts, de promotion de tours. La direction est indipensable ainsi qu'un management sérieux.

On s'achemine vers des contrats de distribution exclusivement ?

Oui et non... j'ai bien le droit à une réponse de Normand.

Comment Kitsuné gère l'outils Internet ?

Avec beaucoup d'attention et d'énergie c'est certain. Kitsuné est une entreprise dynamique, créative et en développement. On ne peux pas négliger cet outils. Notre myspace est très vivant avec les annonces de toutes nos soirées et sorties (cd et vêtements), et la mise en libre écoute de nos derniers maxis, comme « Pogo » de Digitalism ou « Dance to our disco » de Punks jump up. Notre site Internet (http://www.kitsune.fr/) nous permet de faire un peu le même genre d'activité mais en plus approfondi, avec notamment la vente en ligne de nos produits. Le site et la page myspace véhiculent l'image du label, son identité visuelle. Nous avons aussi une forte activité sur les blogs. En fait, il n'y a pas grand chose de plus à dire si ce n'est qu'Internet est un outil de travail indispensable.

Quelles les moments forts à venir pour le label ?

La compilation Kitsuné maison volume 4 sort le 11 juin. C'est toujours un moment fort pour nous. Le public pourra retrouver de nombreux artistes qui travaillent avec le label, notamment Darkel, The Whip, Feist, Hadouken !, Thieves like us... des artistes qui ont sorti des maxis chez nous ces derniers temps. Cette compile n'est qu'une des actualités du label car nous avons aussi en perspective la sortie de l'album du groupe de rock anglais Cazals, que nous avons produit. Et aussi de nombreuses sorties vyniles toutes chaudes comme « Youth alcoholic » des suédois Fox N'Wolf et « Divebomb » des gars de Manchester de The Whip. Bref, nous ne sommes pas prêts de ralentir la cadence !

Propos recueillis par fab


Dans les bacs, Kitsuné maison 4 :

Darkel - "Be my Friend"
The Whip - "Divebomb"
Feist - "My Moon My Man" ( Boys Noize classic mix)
Foals - "Hummer"
Hadouken! - "Tunning In" (H! re-rub)
Passions - "Emergency"
Riot In Belgium - "La Musique" (Adam Sky remix)
Dragonette - "I Get Around" (Midnight Juggernauts remix)
Guns n' Bombs - "Corssover Appeal"
Punks Jump Up - "Dance To Our Disco"
Thieves Like Us - "Drugs in my Body"
Crystal Castles - "Knights"
Whitey - "Stay On The Outside"
Numero# - "Hit Pop Phones"
Worryin'





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Junior Cony – Peace Monger (2006)

C’est d’abord derrière ses machines et dans l’univers punk que Junior Cony s’est fait connaître et a évolué. Il débute comme sonorisateur des « Washington Dead Cats », passe aux platines puis au mix de « Ludwig Von 88 » et des « Béruriers Noirs », deux des groupes phares de la scène punk française. En 2003 il a d’ailleurs pris part au retour des Bérus sur scène lors des Transmusicales de Rennes.

Ce dee-jay, qui répond au doux prénom de Jean-Mi, s’engage très tôt dans le milieu alternatif parisien et ce n’est pas un hasard si son nouvel album « Peace Monger » paraît sur le label des Bérus « Folklore de la Zone Mondiale » (FZM).
Après être resté dans l’ombre de ses remuants et débridés créteux, il franchit le pas, et décide de sortir un album en 2003. Il signe chez Crash Disque, et se sert des riddims et des sons qu’il a expérimenté dans son « home studio la Zonmé » pour fignoler son premier album « Inna Roots Tradition ». Un album très posé, dans la pure tradition roots, avec machines électroniques, basses et claviers. Les titres s’enchaînent à merveille, invitant avec délectation à une douce paresse, à une glande maîtrisée. « Un bon petit dub » en somme.
La même année Junior Cony récidive avec cette fois l’aide de deux chanteurs de sound systems Shanti D et Mr. Irie. Les mélodies sont les mêmes, toujours aériennes, très tranquilles. Les deux voix, presque féminines, et les nombreux échos qu’entrelacent les volutes musicales de Junior Cony rendent ce deuxième album «At the Government Shop » plus dynamique et plus original.
Malgré deux albums plutôt bien reconnus par la critique et des performances scéniques aussi performantes qu’enfumées, Junior Cony reste en retrait de la scène dub française. Avec ce nouvel album, le talent de Junior Cony est confirmé mais il ne semble pas encore avoir pris toute sa dimension. En multipliant les collaborations, invitant d’autres artistes et s’ouvrant aux autres influences musicales, Junior Cony devrait sans doute faire reparler de lui. Peut être verrons nous bientôt un nouvel album reprenant les dubs de « Peace Monger » accompagné d’invités.

"Channel 77", extrait de "Peace Monger".



"Too Late Dub" avec Shanti D.


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