06 mars 2007

Jim Derogatis - Lester Bangs, mégatonnique rock critic

Mégatonnique rock critic est une biographie de Lester Bangs, critique rock américain des années 70 et 80 et icône de la presse underground de l'époque. Une des plumes les plus célébrées du temps du flower power, puis, au moment de l'apparition du punk. Rolling Stone, Creem, le New Musical Express et le Village Voice ont accueilli ses chroniques enflammées, acerbes et sans concessions. Des chroniques qui se voulaient aussi énergiques et puissantes que le son rock.


Lester Bangs est né Leslie Conway Bangs en décembre 1948. Il voit le jour dans la bourgade d'Escondido, dans le sud de la Californie. Son père meurt alors que Leslie est encore enfant. Sur sa mère, témoin de Jéhovah, repose alors l'autorité dans la famille. Elle tente d'inculquer à sa progéniture des principes et une morale religieuse ferme.
Leslie se fait appeler Lester et dévore les écrits de la beat generation. Kerouac, Burroughs, Ginsberg mais aussi Bukowski et Hunter S. Thompson constituent son panthéon. Il remplit rapidement ses premiers cahiers à spirales. Des poèmes, des récits autobiographiques mais aussi ses premières critiques de disques.
Kick out the jams du MC5 sort en 1969. Lester, depuis quelques mois déjà, envoie ses articles aux différents magazines underground de la côte ouest. Il aime écrire. Rolling Stone, créé deux ans auparavant par Jann Wenner (un ancien élève de Berkeley), publie la critique de Kick out rédigée par Lester. Une critique violente alors que le groupe de Détroit connaît un immense succès à l'heure de la contre-culture. "C'est de la boue" écrit-il. Quelques années plus tard il se rétractera pour encenser l'album. Les débuts sont à l'image du bonhomme. Une histoire d'ombres et de lumières, une tentative de réexploration des sentiers beat.
Alcoolique notoire misanthrope. D'une instabilité terrifiante. Lester Bangs pouvait écrire une ode critique passionnée de plusieurs milliers de mots sur le Transformer de Lou Reed. Mais ensuite insulter son idole lors de leur première rencontre. Il traita Led Zepellin de "pédales émaciées" et bouillit de respect devant Blank generation de Richard Hell and the Voidoids, un des premiers manifestes punk américain. Il n'eut de cesse d'ingurgiter barbituriques et de passer des nuits à maculer des feuilles de ses entrailles acides.
Jamais dans la masse ou la majorité. Lester Bangs navigait au large. A contre-sens souvent. Il accompagna les débuts du punk (on lui prête d'ailleurs l'invention du terme) et se rendit à Kingston dans l'Ark studio de Lee Perry. Astral Weeks était un de ses disques préférés. Il acclama David Bowie, descendit Bob Marley et rencontra William Burroughs. Il mis en musique ses textes et forma un groupe médiocre qui implosa en quelques concerts. Il chia sur le punk qu'il avait accompagné et se réfugia dans le free jazz. En quelques anecdotes se devinent facilement les contours d'un personnage romanesque.
A 33 ans, l'âge du Christ, il fut retrouvé mort sur son sofa, les yeux ouvert et un vynil tournant sans fin sur sa platine. Il écoutait "We don't need a reason" du groupe anglais Dare.


Lester Bangs fut certainement le critique musical le plus lu et acclamé dans l'histoire du genre. Errant dans les marges et provocateur, il fut admiré telle une rock star. Pour autant, ne peut-on pas réduire Lester Bangs à une simple création romanesque décadente en quête de beat attitude? A une plume talentueuse nourrie d'acide?
Quoiqu'il en soit, Mégatonnique rock critic reste une lecture plaisante, bourrée d'anecdotes et de pistes musicales à explorer. Une fois le bouquin refermé, je me suis dit : "C'est pas mal. Un peu anecdotique mais pas mal". Viscérale conclusion...

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05 mars 2007

Goldie - Timeless

A la conquête de l'ouest...

Pour tous ceux qui se sont déja penchés sur l'histoire de la jungle et de la drum'n'bass, le nom vous est probablement familier. Pour les autres, il convient de présenter le Monsieur.

Goldie, de son vrai nom Clufford Joseph Price, est un artiste à multiples facettes. Il est d'abord graffeur (80s'), puis participe à des projets musicaux avant de monter son propre label, Metalheadz, un pionnier dans le domaine de la drum'n'bass.

A ses heures perdues, l'homme aux dreads blondes couleur or (coupées depuis!) sévit comme acteur, apparaissant ainsi aux cotés de Pierce Brosman dans The world is not enough et dans Snatch.

L'artiste est reconnu par ses pairs pour ses talent musicaux et picturaux. On retrouve parmi les fans les non pas moins célèbres David Bowie, aux gouts ecclectiques (Bowie appréciait aussi Kraftwerk, c'est dire!!) et Noel Gallagher.

Mais l'album, Timeless. Sans temps ou plutôt éternel. Enfin, tout au moins Timeless.
Le disque s'ouvre sur un magnifique track de 21 minutes: Inner City Life aux manifestations sonores contrastées. Sur un rythme lancinant, Goldie calque quelques voix féminines, des sons excentriques comme le crecellement d'un serpent à sonnette...Mais c'est le rythme, cassé, cassant, alternant les ambiances détendues et stratosphérique où l'impression de vide spatial vous emporte le temps d'un instant, le temps d'une chanson.

Saint Angel est un morceau typique de drum'n'bass speed, avec un claqué des caisses claires soutenues et entrainant. L'album s'étoffe avec le très jazzy State of Mind, chanté et succulent. Dans les morceaux qui suivent et jusqu'à l'extase provoquée par Sensual, Goldie semble caresser un style classique de drum'n'bass mais il faut bien se rendre compte de la relative nouveauté du genre pour l'époque.

En effet, le temps s'arrête agréablement avec Sensual, sorte de venin sonore hypnotique qui vous clouera au siège alors que vos jambes vibrent pour vous.

Sorti en 1995, cet album sera suivi par Ring of Saturn puis Saturnzreturn et enfin Sine Tempus l'année dernière, après une période de creux de 7 ans.

Aux grands desespoirs de nos lecteurs curieux et assidus, aucun lien sur radioblog mais en s'aventurant plus avant sur les torrents, vous avez quelques chances de le rencontrer.

Le Myspace

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A lire aussi : Aphew Twin - Windowlicker (1999)
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Midlake - The Trials of Van Occupanther (2006)

Je crois que j'ai commencé cet article il y a près d'un mois avec la ferme intention de dire du mal de ces péquenots texans de Midlake. Balafrer ce disque de pop dégoulinante qui avait pour moi tout l'attrait d' un misérable chewing-gum nostalgique. Bref, le disque me semblait grandement inintéressant et plat. Propre mais sans âme.
Désormais, que dire ? Et bien simplement que je me suis fait avoir... sâlement avoir à l'épreuve de la réécoute. Je trouve du charme à ce disque. De la beauté même.
Donc Midlake, déjà, ça vient du Texas. Vous voyez le truc... une terre de cow-boys taciturnes à chapeaux. Et malgré cela, et le fait que tous les américains soient des cons finis. Et malgré le fait que le plus connu des texans soit aussi le président du pays. Malgré toutes ces raisons de ne pas comprendre les autres et de se comporter comme des cochons incultes. Malgré tout cela, les ptits gars de Midlake jouent à merveille une pop "bien ouvragée", comme on la qualifierait dans les milieux autorisés. Les milieux autorisés, comme vous le savez, on y a pas accès donc on les ignore.
Les mecs de Midlake, ce sont 5 jeunes types : les 2 Eric, McKenzie, Paul et Tim (le chanteur). The trials of Van Occupanther est leur second album. Le premier, Bamnan et Silvercock, étant sorti il y a deux ans, en 2004. Le disque ne déclenche alors guère d'enthousiasme et, à vrai dire, est un peu pourri. Les membres du groupe retournent à leur quotidien et reprennent leurs boulots loin de la musique. Prof ou réparateur informatique. Remis en scelle par le label Bella Union (qui a notamment produit Kid Loco), et avec la collaboration de Simon Raymonde, membre des Cocteau Twins, The Trials voit le jour et signe un joli retour.
L'album est acclamé par la presse et célébré comme l'un des meilleurs albums de ces dix dernières années. De quoi vous rendre sceptique. Exactement mon état d'esprit lors de ma première écoute. Et surtout, après ma première écoute. A première vue, c'est de la pop, oui. Bien faite de surcroît, et proprette comme j'aime à le dire. Mais rien de bien excitant.
Ce n'est qu'en réécoutant l'album que je découvre une noble mélancolie portée par de classieuses vagues instrumentales. Des vagues qui se savent parfois se faire audacieuses. "Roscoe" est le premier des onze titres. La voix complaignante de Tim Smith (original comme nom) est d'emblée en harmonie avec des riffs de guitares puissants, virils. Le deuxième titre est plus champêtre, mais la légèreté disparaît rapidement dans un vague à l'âme vocal, délicatement. The Trials of Van Occupanther égrène au fil des pistes une pop-rock folkisante toute en beauté, finesse et humanité. Organique parfois. Je crois que je pourrais me répandre facilement sur de nombreux détails de la musique de Midlake mais au lieu de cela je préfère déférer toutes ses douceurs à vos oreilles amatrices.
Le mécanisme buzz turbine à outrance et The Trials of Van Occupanther n'est certainement pas l'un des meilleurs albums des dix dernières années. Cependant, l'on cotoie parfois une inquiétante pureté à l'écoute de Midlake et de son chanteur Tim Smith. Une inquiétude que l'on ne peut repousser, comme envoûté. Plus étrange que le paradis.

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Kiddus I - Inna de Yard (2005)

C’est un premier album que certains attendaient depuis plus de trente ans ! Franck Dowding est né en 1944 en Jamaïque, et il fait de la musique depuis l’âge de quatre ans. Il a traîné ses guêtres dans les quartiers chauds de Kingston, à Three Miles, Trenchtown ou Riverton City. Après l’école puis la chorale, étape quasi indispensable pour tout chanteur jamaïcain, Franck Dowding, qui ne se fait pas encore appeler Kiddus I, se met à la batterie, à la trompette puis au piano et à la guitare. Mais il avoue lui-même « ne pas être terrible sur ces deux derniers instruments!"
C’est en 1976, que Franck « Sheperd » Dowding, connaît son premier et presque seul succès. Dans le film « Rockers » il interprète le titre « Graduation in Zion » qui marque une génération d’ados européens en manque de bonnes vibes. Enregistré deux ans plutôt chez Jack Ruby, c’est finalement grâce à Ted Bafaloukos réalisateur de « Rockers » que « The Sheperd » sort de l’anonymat. Il lance son propre label « Sheperd » sur lequel il enregistrera onze titres dont « Security » et « Cry wolf » , enregistrés au Black Ark studio de Lee Perry .
1978 est une date importante pour une Jamaïque déchirée par les crimes politiques et l’escalade meurtrière dans laquelle se sont lancés les deux principaux partis politique de l’époque, le Jamaica Labour Party (JLP) et le People’s National Party (PNP). Liés au Gunsmen et aux syndicats du commerce, les deux partis transforment souvent les campagnes électorales en règlement de comptes géants. La Jamaïque est au bord de la guerre civile. A l’initiative de plusieurs figures du reggae dont Bob Marley, rentré deux mois plutôt de Londres, le « One Love Peace Concert » tente de réconcilier les Jamaïcains avec la politique. L’histoire en retient la poignée de main entre Michael Manley et Edward Seaga, les deux leaders politiques. Les amateurs de musique, eux, ne voient que les prestations des 16 meilleurs groupes de reggae du moment dont « The Meditations », «The Mighty Diamonds », « Culture », « Dennis Brown », « Peter Tosh », « Bob Marley and The Waylers » et « Ras Michael and The Sons of the Negus ». A l’époque Franck “Shepperd” dirige une communauté, lieu de rencontre entre les gamins des ghettos et les musiciens rastas. Cuisine, culture de l’herbe, discussions ésotériques et musique, autour d’un ou plusieurs joints, il n’est pas rare de rencontrer Gregory Issacs, Jacob Miller, ou Ras Michael palabrer pendant des heures. C’est en effet avec « Ras Michael ans the Sons of the Negus » que « The Shepperd » a participé au « One Love Peace Concert » du 22 avril 1978.
A cette occasion, il a d’ailleurs attaqué vigoureusement les hommes politiques corrompus et les policiers véreux. Cela ne lui sera pas pardonné ! La communauté est fermée en 1979 avant d’être rasée. Sherpperd lui doit fuir. Il part pour la Californie et l’Angleterre. Il fournit quelques titres, enregistre peu mais écrit beaucoup.
Ce n’est qu’en 2004 qu’il enregistre son premier album « Kiddus I Inna de Yard » sur le label français Makasound. Cet album, le deuxième dans la série « Inna de Yard » après celui d’Earl « Chinna » Smith est conçu dans l’arrière cour de la maison d’Earl, en acoustique dans le plus pur style Nyahbingi de retour aux traditions. Juste une ou deux guitares, caressée par Earl Chinna Smith lui même, et quelques percussions légères de Kiddus I, Kush MacAnuf (le fils de Winston) et de Ras Michael Junior. Le mixage fait, le disque peut sortir en 2005. Les instruments minimalistes, attirent le reggae militant de Kiddus I vers le blues et la soul. Sa voix grave et profonde lui redonne enfin la place qu’il mérite dans l’histoire tourmenté du reggae jamaïcain. Les compositions sont longues, appliquées et servent parfaitement le concept acoustique adopté par Makasound. Kiddus I, qui n’est rentré définitivement en Jamaïque qu’en 1992, s’est trouvé confronté au dancehall, « une musique négative qui est allée trop loin ». Pour lui « il est temps pour le monde entier de se tourner vers le « truth and rights », un retour aux instruments loin des ordinateurs ». Lui qui n’a enregistré qu’un album, en trente ans, ajoute sans regret, « un cycle arrive à sa fin, c’est à nous anciens du business de revenir et reprendre nos carrière en main ». Espérons, que nous n’aurons pas à attendre 30 ans pour écouter le deuxième album de Kiddus I, le dernier « berger de l’industrie du disque jamaïcain».

Un extrait du film "Rockers", première apparition de Kiddus I.


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02 mars 2007

Marvin Gaye - Trouble Man (1972)

C'était l'époque des Black Panthers, des peignes plantés dans les afros, des macs arborant des vestes en skaï et des plumes sur leurs chapeaux. L'époque où les noirs d'Amérique se créaient enfin leurs héros, de l'inspecteur Shaft à Sweet Sweetback, et où James Brown hurlait à s'en craquer les cordes "Say it loud! I'm black and i'm proud!". Pour accompagner les tribulations cinématographiques de Robert Hooks ou Pam Grier, les plus grands musiciens composaient de véritables bijoux, souvent bien supérieurs aux films eux-mêmes. En général, ces disques sortaient sous les fameuses étiquettes Stax ou Motown. C'est sur ce dernier label que parut, en janvier 1973, l'une des plus belles bandes originales que je connaisse, celle de "Trouble Man", entièrement composée par Marvin Gaye.

Bien moins célébré que "What's going on?" (1971) ou "I want you"(1976), ce chef-d'oeuvre est pourtant l'un des lieux où le génie du roi Marvin pour l'orchestration se dévoile avec le plus d'indécence. La sophistication extrême de cet album n'a rien d'étonnant quand on sait que son auteur était véritablement obsédé par les arrangements. Ici s'enchevêtrent de discrets pianos, de caressants cuivres et une guitare satinée, là le wah-wah d'une basse et de frissonnants violons . Comme souvent à l'écoute du maître, une terrassante sensation de pureté s'élève, gonflée par une voix inimitable, cristalline, peut-être la voix la plus love qu' aie jamais possédé un homme. Son timbre, sur certains morceaux, a la couleur du drame, et nous rappelle que, deux ans auparavant, le chanteur avait perdu Tammi Terrell, l'amour de sa vie. D'autres plages, plus enjouées, distillent un groove californien de circonstance - Marvin Gaye avait posé ses valises à Hollywood, cette année-là.

Eclipsé par les deux énormes succès que furent "Shaft" d'Isaac Hayes (1971) et "Superfly" de Curtis Mayfield (1972), autres monumentaux classiques de la Blaxploitation, "Trouble Man" assèche mon stock de superlatifs. Un de ces disques de chevet qu'on a envie de garder pour soi. Mais bon, puisque c'est vous...

Comment choisir parmi ces treize titres ? Peut-être en suivant les arabesques sonores de Trevor Lawrence et son saxophone, déchirantes sur "Poor Abbey Walsh", suaves et impressionnistes sur le "Theme From Trouble Man" avant d'attraper une fièvre funky pour "T Stands For Trouble". Mais que dire de ce "T plays It Cool", qu'on croirait enregistré hier, et où Marvin annonce, avec son synthé moog, la venue prochaine de la musique électronique? Le disque ne durant que 38 minutes, le plus raisonnable reste de se l'enfiler cul-sec en offrant une petite pensée à ce très grand monsieur, tué par son père le 1er avril 1984, date funeste pour tous les souljunkies.
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Un extrait :



Et la bande-annonce du film, pour se mettre dans l'ambiance ("Now I'm comin' to get yo honky ass !") :


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Katapult - Various Artists vol.3 (2007)

Les dingos de chez Katapult sont des artisans de la house. Ils ne se piquent pas de sortir des concept-albums, de remixer Cerrone ou d'enregistrer avec des orchestres symphoniques. Non. Eux, leur dada, c'est juste de balancer la galette, de faire swinguer les jambons, virevolter les croupes, de fouetter les esgourdes à coups de platines.


La plupart des titres de cette troisième compilation du collectif parisien sont plutôt musclés, avec des beats pilonnants et d'énormes infra-basses. C'est de la house minimale, certes, mais sans froideur excessive car sous perfusion de funk. De la musique festive, en somme. Ce nouvel épisode se distingue pourtant des précédents lorsqu'il se permet des plongées dans une électro plus saccadée, ou une pop déglinguée, à l'image de "Wet" d'Electroménager où une voix bien brittish scande : " We want you liquid! We want you wet!". Quelques invités - complètement inconnus, je dois l'avouer - viennent en renfort des habitués de la maison que sont Automat, Cabanne ou Ark, vieux mercenaires de la scène française. Parmi ces apparitions on appréciera celle de la Suissesse Sonja Moonear, dont le "99 Erikas" lorgne vers une techno sombre à la Josh Wink.


Sans être grandiose, cette petite compile sortie début février fait son boulot très proprement. Plus éclectique que les premiers volumes, elle n'en reste pas moins fidèle aux fondamentaux du crew Katapult que sont la danse et la bonne humeur. A réserver, toutefois, aux amateurs de sons qui tabassent.

Côté playlist, le "2002" du singulier duo Nôze s'impose dès la première écoute, avec ses ahurissants échantillons de grattements et de cuica - ce petit tambour brésilien gémissant - qu'enveloppe un synthé dense et grinçant. Un morceau que je classe immédiatement au rayon "Classiques". Les Cerveaux Lents, autre binôme composé d'Ark et de Mikael Weill, proposent un "In The Crack" plus basique dont le groove parvient à pénétrer les membranes les plus isolées du cerveau. Fort taux de pénétration également pour le "Prelude 4" d'Automat, aux charmantes résonances 80's.

Les curieux peuvent jeter un oeil sur la page du label Karat, qui abrite les Katas :

http://www.myspace.com/karatrecords

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01 mars 2007

Kabal - Etats d'âmes (1998)

C’est un ovni qui gravite – ou plutôt gravitait – au large, à des années-lumière de la planète du rap français. Kabal n’existe plus en tant que groupe, mais il a à n’en pas douter laissé une empreinte indélébile dans le crâne de ceux qui scrutaient les ténèbres rapologiques à l’affût d’un scintillement de génie.

Des instrus sombres, un flow poussif, des lyrics laborieux… Dans Etats d’âmes, c’est un rap ésotérique que les deux rappeurs D’ et Djamal nous livrent. Absentes, les chroniques banlieusardes ras-des-pâquerettes. Exit, les paroles bassement explicites. L’expression métaphorique et analytique est poussée à son paroxysme, et mise au service de l’engagement. Comme dans « Au bord du ruisseau » : « Ces architectes à chier ont fait germer la graine fertilisée par l’accord des gouvernements contraints à résoudre le problème du logement dans l’urgence. Alors ils manigancent, pensent faire pousser leur semence, puis la rasent au bout de deux décades. Fade constat que de voir ces tas de plantes crades, malades, laissées à l’abandon, en jachère. Alors on laisse la jeunesse contempler les restes, se contenter de cet air. » Après avoir bien appris la leçon, il semblerait que les élèves de « L’Académie Mythique » se soient propulsés à la vitesse d’une comète devant le maître.

Car c’est dans l’ombre de la galaxie Assassin que Kabal a fait ses premiers pas, dans les années quatre-vingt-dix. Plusieurs featurings aux côtés de Rockin’Squat (dont « L’underground s’exprime » en 1995), une participation à l’album Mic’Smokin de l’excellent groupe liégeois Starflam (1997), accompagnent la parution, au sein d’Assassin Productions, du premier EP La conscience s’élève, en 1996 (très bon CD, je l’ai prêté il y a longtemps et on me le rendra un jour inch’allah…).

Album opaque, insondable, dérangé, obsédant, Etats d’âmes contient 19 titres sur lesquels guitares et basse viennent grossir les obscures productions et les scratches éclairés de DJ Toty. Là-dessus se répondent les voix grinçantes et schizophréniques des deux MC’s – criarde pour Djamal, rocailleuse pour D’ –, au rythme saccadé plus que balancé des soubresauts de leurs dreadlocks. Le résultat est déroutant, on accroche ou pas. Peut-être cet opus fait-il partie de ces albums impénétrables qu’il faut écouter plusieurs fois avant d’en faire craquer la carapace… Toutefois, certains morceaux sont plus immédiats : ainsi de l’abyssal « In my lifetime » (featuring U.P.S The Protector), ou de « L’autre monde », plus planant (avec la rappeuse Melaaz). Un mot également sur « Le dormeur du val » : les rappeurs y déclament leur prose sur une instru vaporeuse de Doctor L (un autre historique d’Assassin), sur un ton posé autant que reposé qu’on ne pensait pas alors à appeler « slam ».

C'est d'ailleurs à cette discipline que D’ s’est converti une fois achevée la course éphémère de l’étoile filante Kabal. Il officie maintenant au sein du collectif Spoke Orchestra, tandis que Djamal a fondé In Vivo avec un ex-guitariste du groupe de métal Lofofora et un joueur de sitar.





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Yosh - Big Trouble (2005)

Voilà un petit groupe que j’ai découvert en 2006 lors de la quatrième édition du Télérama Dub Festival au Glazart (Paris). Un excellent festoche, un peu cher, mais à la programmation surprenante et toujours très complémentaire. Entre autres cette année là, Adrian Sherwood, Twilight Circus ou Nucleus Roots.
Yosh faisait, après Masaladosa, la première partie d’un énorme live des toujours très professionnels Kaly Live Dub et d’Erik Truffaz trompettiste français du label Blue Note. Il faudrait d’ailleurs faire un article entier sur ce live dément !
Mais revenons à ce jeune groupe venu de l’ouest de la France. Formé à Rennes en 2002 par Manu Léonard et Renaud L’espagnol, Yosh est accompagné sur scène de Vincent Buré, ingénieur son, et des réalisations vidéos de VJ Romain Tanguy projetées sur écran géant à l’arrière de la scène.
Ils ont sorti leur premier maxi 45 tours en novembre 2004. Ce vinyle comportait trois titres repris sur l’album 4 titres sorti en mars de la même année. En 2005 c’est enfin le premier album « Big Trouble », sur le label rennais Foutadawa Prod qui produit également Percubaba. Ce premier opus de 14 titres, très variés, mixe, pendant environ une heure, dub, jungle, punk et bien sur drum’n bass.
A gros coups de beatboxes, de samples mais aussi de bonnes basses, Yosh délivre un album, dynamique et volontaire. « Big Trouble » est presque entièrement électronique. Il y a bien sûr les riffs de guitare électrique de Renaud, mais ici beaucoup de vibrations, d’échos et de rythmes drum n’ bass servis par Manu et ses machines maléfiques. Jeunesse oblige, ça part dans tous les sens, même si le tempo rapide sert de structure au disque. Notre plaisir n’est pas boudé devant les gros sons de dub n’ bass et lourds enchaînements comme sur « Sub and Dub » et « Brick War ». Le titre « Salaam » (et un featuring de Youssef El Medjad, joueur d’oud) cultive le style ethnique et plus orientalisant. A noter aussi un hommage sympathique à Gainsbarre sur « Enfant de P… tain » (« c’est beau un super U la nuit »), le tout teinté de messages anti Bush.
« Big Trouble » amène un peu de nouveauté «drum n’bass » et de vivacité dans le paysage dub français. C’est surtout un pari réussi pour les membres de Yosh qui avec leur démarche militante devrait bientôt refaire parler d’eux.




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Arcade Fire - Neon bible (2007)

Comment rester objectif face à cet album ? Funeral en 2004 avait produit chez moi l’effet d’une bombe, bouleversant à jamais ma façon d’écouter la musique. Ecoulé à plus d’un million d’exemplaire sur la planète rock, les huit canadiens venaient d’inventer la pop mélancolico euphorisante, issue de multiples paradoxes dont la voix de Win Butler, qu’on vénère ou qu’on déteste. Je n’irai pas plus loin, tout a déjà été dit sur cet album.

C’est donc non sans une certaine appréhension que je me suis plongé dans ce Neon Bible cru 2007 homonyme du roman posthume de John Kennedy Toole. Installation quasi religieuse pour un album qui ne l’est pas moins, puisque entièrement conçu au chœur d’une ancienne église. J’éteins mes lumières et allume ce qui doit l’être. Il m’aura fallu exactement pas moins de quatre écoutes pour atteindre le merveilleux du bout de l’oreille.

Onze chansons, plus courtes, plus denses, plus complexes et plus simples à la fois. Un dédale de sonorités aux envolées lyriques d’une tension de tous les instants. Orgues de barbarie, mandolines, harpes, violons, accordéons sont une fois de plus au menu d’arrangements tous plus grandiloquents les uns que les autres. Et cette voix proche de Morrissey, jamais fausse, toujours bouleversante, qui nous fait par moment, nous simples humains, fréquenter les étoiles.

Admiré par Chris Martin, acclamé par Bono, adulé par Bowie et monté par Markus Dravs et Scott Colburn (Animal Collective), Arcade Fire est rassembleur. Nul ne peut résister à ce son gothique, à cet océan de bruit, à cette explosion des oreilles et des sens, on ne sort pas indemne de cette véritable messe scénique, de cet amour de la musique étalé au grand jour. La lumière se rallume, je reprends mes esprits, je viens de faire un voyage, la musique ne sera plus jamais pareille.

D’une incroyable homogénéité, les titres s’enchaînent et se complètent. "Black mirror" d’abord et "Keep the car running" pour enfoncer le clou et laisser ses stigmates. Pause avec le titre éponyme. Ecoutez les premières notes de "Intervention" le volume au taquet et ne me dîtes pas que vos poils ne se hérissent pas sur vos bras. Le reste est beau, jusqu’à "No cars go", déjà entendu dans le premièr Ep mais qui a subi là un sévère coup de speed. Et c’est le très blues "My body is a cage" qui conclut cette bible lumineuse sans qu’on n'ai vu le temps passer. L’attente du troisième opus risque d’être un sacré chemin de croix, enfin je crois…

En bref: Il est un peu tôt pour déclarer Neon Bible meilleur disque 2007, et pourtant... Exercice réussi du deuxième album, au moins aussi bon que le monstrueux Funeral entre envolées lyriques et rock baroque grandiloquant. Chef d'oeuvre.



"Intervention" :

Et pour vous convaincre de l’énergie du groupe, "No cars go" en live à Rock en Seine :


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26 février 2007

Socalled - Ghetto-Blaster (2006)

On découvre le phénomène dans un café-concert de Montréal : sur scène, Josh Dolgin, alias Socalled, tient tout à la fois du chef d’orchestre et de l’homme-orchestre. Un hochement de tête en direction de la très country Katie Moore, et la chanteuse, longs cheveux grisonnants et lunettes aux larges montures noires, entame le refrain. Lui plonge vers son sampler avant de s’emparer d’un accordéon. De nouveau, un signe du menton : un rappeur monte sur scène et son flow vient à son tour gonfler le beat. Le jeu se calme : son maître saute de l’estrade pour faire pleurer le piano-bar au milieu du public : « Slaughter Freestyle »…

Ainsi est Socalled, touche-à-tout canadien (le monsieur est aussi photographe, réalisateur de films d’animation, magicien…) qui assaisonne hip-hop et électro d’une sauce klezmer particulièrement savoureuse. Et encore, la recette est loin d’être exhaustive. Sur GhettoBlaster, une quarantaine d’artistes de divers horizons musicaux sont venus mettre la main à la pâte. Un projet rassembleur plus qu’un simple album, donc, un peu dans la veine de Gorillaz, mais pour un résultat résolument différent et plus homogène. Restent le côté expérimental et, surtout, la richesse de productions plus fouillées que brouillonnes. Et cette folie dont les samples de musique juive (des 78-tours de l’entre-deux-guerres) viennent prononcer le grain. Ajoutez à ça que Socalled ne sait pas seulement bien s’entourer (le rappeur québécois Sans Pression, le pianiste lounge Irving Fields, etc.), dompter les instruments, et mêler avec génie des sons improbables : derrière sa dégaine d’informaticien ébouriffé quoique dégarni se cache un MC de talent qui n’a rien à envier à ses invités.

Vous avez peut-être entendu « You Are Never Alone » - ou la chanson d’un « jewish cowboy » - sur les ondes françaises. Ca tombe bien, c’est un des meilleurs titres de l’album. Pour le reste, on apprécie « Let’s Get Wet », morceau électro aux accents orientaux, mais aussi le rap en yiddish de « Ich Bin A Border By Mayn Vayb », ou encore le plus traditionnel « Heart Attack Feeling ».

Au final, un album goûteux mais on reste un peu sur sa faim : trop d’amuse-gueules dans le menu, car sur les douze titres on compte pas moins de cinq interludes, intro ou remix. On peut toujours se rassasier en écoutant l’album précédent intitulé The Socalled Seder, sur lequel Josh Dolgin avait notamment invité Matisyahu, son équivalent new-yorkais et reggae en matière de musique juive.



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Sean Lennon - Concert à Bordeaux 22/02/07

En complément de la chronique de l’album My friendy fire, je suis allé écouter en compagnie de Sonia le concert de la dernière progéniture Lennon. Le moins que l’on puisse dire c’est que ce gars est plutôt cool, pas plus de 5 min sur scène et on aimerait déjà être son pote. Look atypique : jean chemise cravate veste grosses lunettes barbe et cheveux en pétards, ni vieux ni jeune, ni gros ni maigre et juste assez francophone pour nous faire rire : "Ouais j’aime la France parce que la France… c’est cool !" ou alors "Celle là je vais la jouer seul, je suis pas égoïste mais bon j’ai envie… alors c’est cool".

Précédé en première partie par un groupe italien dont je n’ai pas retenu le nom, mais surtout par une invitée surprise nommée Martha Wainwright (pour ceux qui connaissent, la petite sœur de Rufus Wainwright, excusez du peu), une sorte d’Anaïs à l’américaine, un peu à l’arrache mais qui fait taire tout le monde quand elle commence à chanter, le bon Sean reprend enfin sa guitare. Il débute par "Spectacle" ma préférée alors forcément j’aime. Les chansons s’enchaînent et je ne peux que constater avec quelle facilité les 11 titres du dernier album sont déjà si bien enregistrés dans ma mémoire, tout comme dans celle de So qui l’a pourtant moins écouté que moi. Je confirme donc une grande habilité pour le monsieur à écrire des chansons pop simples et directes, qui touchent le plus grand nombre, hommes, femmes, jeunes, vieux, rockeurs mélomanes de longue date ou simple curieux. Une seule chanson du premier album injustement boudé par la majorité bien pensante, la première qu’il ait écrite, à 19 ans, ainsi qu’un titre inédit, écrit il y a tout juste deux semaines qui confirme si besoin est que Lennon a encore des cordes à son arc, et à sa guitare par la même occasion.

Un concert simple, efficace, dans une ambiance de feu très "friendly". Ecoutez ces cd si vous n’en avez pas encore eu l’occasion et regardez ces clips, tous très originaux. Une première à noter, un concert à Barbey désormais 100 % non fumeur, plutôt agréable il faut dire même si du coup les machines à fumée tournaient à plein régime afin de recréer l’ambiance. Une fumée artificielle pour une musique qui ne l’est pas, elle.

A lire aussi : Sean Lennon - Friendly Fire

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25 février 2007

Pull Up remix! Million Dan au Nouveau Casino. Deja Mythique


Yo! Pull Up!!!....Pull Up! Pull up, pull Up!!! Inconnu du grand public, ce jeune rappeur en provenance directe de UK commence à faire parler de lui. Et hier soir, les fans de la première heure se pressaient devant le Nouveau Casino. Entouré de son DJ, le prénomé DJ Def K, épaulé de son wingman au flow retentissant, j'ai nommé Pesci, il a posé deux heures durant dans une ambiance chaude et quasi irréelle.
Pas moins de 3 Djs de hip hop et drum'n'bass se sont succédés pour suivre la cadence, démoniaque, imposée par le Jeune british. C'est l'équipe du Santa Crew, dans laquelle on retrouve Poupa Dancer, Dj Sunta et Fla Kubik'n'chten, qui l'a invité pour chauffer le public et faire valoir sa marque, fraiche et joviale, soutenue et cordiale. Rien qui ne s'approche du rap US, souvent violent et rébarbatif avec de lourdes basses et des insultes à tout bout champ. Non ici décidément, c'est le flow qui compte, l'énergie, l'interaction avec The audience. On pouvait ainsi entendre "when I say yo, you say yo"..."Yo!: Yo oooo!".
Enfin, que du bon quoi...
Pour l'instant aucun disque pour le jeune homme mais une mixtape annoncée pour les prochains jours.
Si je devais résumer, c'est un rap purement UK avec des "lovely" par ci, des "wicked" par la, de la joie de vivre et de grandir. A voir en concert absolument et à surveiller (pour les amateurs de comètes)
Les curieux se proméneront ici, ici et la pour en apprendre davantage.

Vadz


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24 février 2007

The Clash - From London To Jamaica (Live in Montego Bay, 27/11/82)

Vous connaissez Joe Strummer et ses acolytes, inutile d'en faire une tartine. Vous savez sûrement qu'à la fin des années 70, en Angleterre, les Clash et d'autres groupes de punk se sont acoquinés avec d'excellents groupes de reggae comme Steel Pulse et Misty In Roots, dans le cadre du mouvement "Rock Against Racism". Aussi incroyable que ça puisse paraître, ce mouvement est né en réaction aux déclarations très douteuses d'Eric Clapton et de David Bowie. Le premier avait invité ses fans à voter pour l'ancien ministre conservateur Enoch Powell (auteur d'une intransigeante loi anti-immigration) lors d'un concert à Birmingham en août 1976. "L'Angleterre devient surpeuplée", avait-il affirmé, avant d'ajouter que voter Powell permettrait d'éviter au pays de se transformer en "une colonie noire" (!). Quant à Bowie, il avait clamé dans un magazine que le Royaume-Uni était "prêt pour un leader fasciste" - il revint plus tard sur cette énormité en prétextant un "abus de substances".

"Rock Against Racism", lancé par Red Saunders et Roger Huddle, édite d'abord un fanzine et organise de petits concerts pour se faire connaître. De nombreux musiciens et intellectuels apportent leur soutien à la cause, si bien qu'elle prend rapidement de l'ampleur. L'apothéose, c'est le "Carnival Against The Nazis", en avril 1978, quand 100000 personnes marchent de Trafalgar Square au Victoria Park pour assister à un concert en plein air. Sur le programme figurent The Clash, The Buzzcocks, Steel Pulse, X-Ray Spex, The Ruts, Sham 69, Generation X et le Tom Robinson Band. Ces groupes d'horizons divers improvisent ensemble pour faire l'éloge de la mixité.

La preuve ultime de ce métissage est sans doute le live enregistré au Bob Marley Festival, à Montego Bay, le 27 novembre 1982. J'aurais bien aimé être présent, ce soir-là. The Wailers, Toots & The Maytals, The B52's, The Grateful Dead et bien d'autres se sont succédés jusqu'au petit matin. Les Clash montèrent sur scène vers 4 heures, survoltés, pour livrer une de leurs meilleures performances disponibles sur bande. Les tubes du groupe, cuisinés à la sauce reggae, ne perdent rien de leur énergie primitive. Au contraire. Les guitares massives de "Radio Clash" en témoignent. Le batteur Terry Chimes, qui jouait pour la dernière fois avec la formation, est terriblement impressionnant. Et, ce qui ne gâche rien, l'enregistrement s'avère très correct, bien qu'il s'agisse d'un pirate.

"Guns Of Brixton", "London Calling" et "Straight To Hell" conviennent particulièrement au traitement dub opéré lors de ce set jamaïcain. La palme des basses les plus lourdes revient incontestablement à "Junco Partner", tandis que "Rock The Casbah" n'a jamais été aussi dépouillée. Ma préférée : "The Magnificent Seven", dont deux versions figurent sur le vinyl. Seule déception : l'intro et le dernier titre du concert, "I Fought The Law", sont absents du disque.

Aucune trace de ce live sur Radioblog et Youtube, alors voici "The Magnificent Seven" et "Guns Of Brixton" en version studio, ça ne peut pas faire de mal :




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"Toucher des légendes" - Entretien avec Jean-Daniel Beauvallet

The Doors, The Who, Joan Baez, Deep Purple sont en tournée cette année. The Pixies et plus récemment The Police et Genesis sont réunis à nouveau et prêts à sillonner les salles de concert. Les papys du rock sont bel et bien de retour. Jean-Daniel Beauvallet, rédacteur en chef de la rubrique "Musiques" des Inrockuptibles nous décode ce phénomène.


Il semble qu'aujourd'hui nous assistions à un retour du rock des années 60 et 70, notamment avec la reformation de certains groupes et la reprise de leurs tournées. Faut-il y voir une histoire de gros sous ou un véritable défi musical ?

Jean-Daniel Beauvallet : Il n'y a généralement pas de défi musical. Ce n'est pas le cas pour The Who, Deep Purple ou The Doors [qui ont repris une tournée sous le nom de Riders on the storm]. Il s'agit là principalement d'une histoire d'argent. Ces groupes ne vendent plus de disques et du coup organisent des tournées. Cependant, il y a aussi la volonté pour certains de revenir à des choses plus simples, plus basiques. Jouer de la musique devant un public. Sting n'a par exemple pas besoin de faire des tournées pour gagner de l'argent. Je pense qu'il s'agit dans ce cas d'une pure question de plaisir. La reformation de The Police peut être un défi musical pour ses membres mais je pense qu'avant tout, il s'agit de prendre du plaisir, de retrouver un contact avec le public.


Justement, quel est le public visé par ses papys du rock qui remontent sur scène ?

Quand on se rend dans les concerts des Pixies, des Doors ou de Deep Purple par exemple, on se rend compte que le public est composé à 50% de jeunes et à 50% de fans de toujours, plus âgés. C'est justement une des motivations et un des défis pour ces groupes qui ont été formés il y a 30-40 ans : toucher les "kids", les jeunes. Des jeunes qui ont souvent découvert leur musique par le net ou par leurs parents et qui se rendent en concert pour avoir un contact avec des légendes vivantes. Et ce, même si les membres du groupe reformé ne sont pas exactement les membres originels. Ils veulent voir jouer des noms mythiques. De plus, les jeunes ont de l'argent et n'hésitent pas à investir 50 ou 60 euros pour aller voir des idoles. Il est intéressant par ailleurs de remarquer que ces groupes sont capables de remplir des zénith entiers mais ne vendent quasiment pas d'albums. Tout tourne autour du fait de "toucher des légendes". C'est ce que le public recherche essentiellement.


Est-ce de la nostalgie pure ou plutôt un retour à la mode du rock des années 60 et 70 ?


Pour certains, il y a clairement de la nostalgie. De plus, les fans de rock qui avaient une vingtaine d'années dans les années 70 n'avaient pas forcément l'argent pour aller voir leurs groupes favoris en concert. Aujourd'hui, ils peuvent avoir accès à un certain pouvoir d'achat et donc se permettre d'aller voir leurs idoles en live. Pour les "kids", le rock de ces années-là est effectivement à la mode. Pour la simple est bonne raison qu'aujourd'hui les nouveaux groupes n'inventent plus de langues nouvelles mais plutôt de nouvelles façons d'agencer les restes. La course en avant du rock est ralentie et on joue aujourd'hui avec les héritages. Internet a un rôle crucial dans la diffusion des anciens groupes auprès des jeunes. Internet a opéré une mise à plat du temps. Il n'y a plus de raretés, tout est disponible. On peut se procurer sans problème l'intégrale des Doors ou des Stooges. De ce fait, aller à la recontre de Ray Manzarek [le fondateur des Doors] ou d'Iggy Pop en concert reste la dernière rareté.


Les "tribute bands", formations qui rendent hommage à un artiste ou à un groupe en reprenant leur répertoire, participent-ils à ce retour à la mode ?

Les formations "en hommage à" participent effectivement à la redécouverte de certains groupes et au sentiment de nostalgie. A l'origine, les "tribute bands" sont nés en Australie car le pays était souvent à l'écart des grandes tournées. C'est un phénomène qui est donc né de frustrations mais que le public prenait avec dérision, sachant clairement qu'il y avait devant eux une vraie supercherie qui se jouait. Aujourd'hui, les gens se rendent à une soirée "tribute" car ils n'ont pas eu l'occasion de voir le groupe original et souvent dans des cas où des membres du groupe sont décédés. On peut penser ici à Queen et Freddie Mercury dont les "tribute bands" sont légion. On va à un concert "en hommage à" pour revivre une expérience musicale et passer une bonne soirée. Prendre du bon temps simplement. Le public se fout de ne pas avoir les originaux en face de lui. Il s'agit d'une mise en scène. C'est du théâtre, du cinéma, une sorte d'illusion collective acceptée par tous. Mais le phénomène des "tribute" est à mettre directement en relation avec le rock qui est produit aujourd'hui. Les Strokes, par exemple, sont une sorte de tribute au Velvet underground de Lou Reed. Comme je l'ai dit avant, la course au rock est ralentie. Du coup, le retour aux "classiques" semble naturel, ne serait-ce qu'en raison de leur disponibilité.


Si les "tribute bands" et le retour des papys du rock sont en relation avec la production rock d'aujourd'hui, peut-on y voir une tendance à long terme ?

C'est un peu la même chose qu'avec l'arrivée du CD dans les années 80. A ce moment-là les producteurs on pût se dire qu'il n'était pas judicieux de sortir beaucoup de nouveautés, que les gens allaient acheter des classiques et renouveler leur discothèque dans le nouveau format CD. Ce fût le cas. Aujourd'hui avec Internet, le public, et en particulier les jeunes, redécouvre un catalogue immense de disques. Du coup, les vieux routiers du rock ont la côte ainsi que les "tribute bands", mais on peut penser que ce "revival" se calmera dans quelques années, pour laisser davantage de place au rock contemporain chez le grand public.


Propos recueillis par Fab.

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22 février 2007

Walk the line - Johnny Cash

Réalisé par James Mangold en 2006 avec Joaquin Phoenix et Reese Witherspoon en tête d’affiche, Walk the line retrace une partie de l’histoire de "l’homme en noir", le musicien Johnny Cash. Pour moi il fait partie de ces noms que l’on connaît mais dont on ignore ce qu’ils ont vraiment fait. Le film, suivant le schéma plutôt classique du film biographique romancé (à la façon de "Ray") retrace les débuts de Johnny Cash, depuis son enfance dans le Tennesse et la perte de son frère (tout comme Ray Charles et tout comme Joaquin Phoenix), en passant par son premier job ingrat de commercial, son passage dans l’armée où il achète sa première guitare, puis enfin l’arrivée du succès avec tout ce qu’il comporte quand on parle rock’n roll : drogues, alcool, violence. Le film dévoile comment Johnny n’a pas réussi à assumer sa vie de famille monotone avec l’excitation des tournées et la passion qui l’animait pour la deuxième femme de sa vie, June Carter. Et c’est un bonheur d’assister aux multiples clins d’œil musicaux que nous donne ici le réalisateur, de la rencontre avec l’excentrique Jerry Lee Lewis jusqu’au dealer de la bande, un certain Elvis Presley, tout y est.


Il faut savoir que les acteurs ont été choisis par Johnny Cash et June Carter en personne et qu’ils ne sont absolument pas doublés durant le film, ce sont eux qui interprètent la totalité des chansons. Autres anecdotes, la mère du vrai Johnny Cash, Shelby Lynne joue son propre rôle dans le film. Ray Orbinson, compagnon de Johnny, est joué par Jonhatan Rice, chanteur anglais et frère de Damien Rice. Dommage que Roseanne Cash, fille de Johnny et elle aussi chanteuse ne fasse pas d’apparition dans le film. Le film qui a beau être complet élude pourtant les passages plus politiques de la vie de Cash lorsqu’il rencontra le président Nixon au sujet de l’état des prisons américaines. La rencontre et la collaboration avec Dylan est également absente du film. En tout cas, force est de constater que les acteurs sont excellents, notamment Reese Witherspoon (en brune) que j’avais l’habitude de voir dans des comédies légères et qui là m’a complètement bluffé.


Walk the line fut pour moi l’occasion de découvrir l’univers musical d’un artiste blanc inspiré du folk, du country et d’hymnes religieux américains chantant de la musique noire et ayant inspiré toute une génération d’artistes. Il ne me reste plus qu’à me ruer sur ses anciens enregistrements, notamment ses concerts enregistrés en prison avec Dylan. Qu’elle est belle cette époque où le rock n’était pas encore électrique…

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