17 février 2008

Crocodiles - Evolution (2007)

Cela faisait un moment que je souhaitais vous présenter les Strasbourgeois de Crocodiles... Le groupe est né en 2005 de la rencontre d'Adrien Moerlen, 25 ans à l'époque, et Benjamin Voituriez, de dix ans son aîné. Si Benjamin a déjà évolué dans plusieurs formations de la région, en tant que guitariste, Adrien est vierge de toute expérience musicale, en dépit d'un héritage familial loin d'être négligeable. En effet, son père Pierre avait été le batteur du mythique groupe de rock progressif Gong (article à propos de Gong), fondé en 1967 par l'Australien Daevid Allen. Il participa aussi à Magma, collabora avec Biréli Lagrène ou Mike Oldfield, et parcoura sans répit la planète de concerts en enregistrements. Malgré cette ascendance, Adrien n'attrape pas le virus. Il s'essaye à la batterie puis à la guitare mais laisse rapidement les instruments prendre la poussière.

La découverte de la musique industrielle de l'autre côté du Rhin puis les premiers manifestes post-punk et new wave changent la donne. David Bowie, Joy Division, Wire, Devo tournent très vite en obsession chez le jeune homme. Ce goût pour des sons torturés et décalés il le partage avec Benjamin Voituriez, son patron en journée, qui voit en Adrien un « créatif » et lui propose un soir de s'essayer à quelques reprises. Ce premier after-work musical s'ouvre avec le classique « She's lost control » de Joy Division. La sauce prend plutôt bien et les deux comparses sont très rapidement rejoints par d'autres musiciens. Des connaissances et des amis d'amis. Crocodiles, référence à l'album du même nom d'Echo and the bunnymen, est alors né. Le groupe compose quelques titres sous influence punk new wave et se produit pour la première fois sur scène fin 2005. Un peu à la surprise générale, le public accroche et Adrien Moerlen prend ses marques au micro. "Je ne sais plus comment on nous a contacté pour jouer ce soir-là mais nous nous sommes retrouvés pour la première fois sur scène. A la fin du concert, des gens sont venus nous féliciter pour notre musique. Ca nous transmis une énorme motivation et nous nous sommes mis à travailler de plus en plus sérieusement" se souvient le bassiste du groupe, Sebastien Metzger.

Les Crocodiles répètent après le boulot et prennent du coffre en live. En l'espace de deux ans, ils brûlent les étapes : un album autoproduit (Evolution), de nombreux concerts, une critique dythirambique des Inrocks et la signature avec un tourneur. Et surtout une musique de qualité qui, étonnamment, ne laisse jamais transparaître la jeunesse d'un groupe presque nouveau-né. Pour 2008, pas question de lever le pied, les Alsaciens viennent tout juste de présenter un nouvel album azimuté, intitulé Project White.


Evolution est la première production du groupe et pour ma part, elle m'a bluffé. Derrière un visuel particulièrement soigné (Benjamin et Adrien travaillent dans la pub), des compositions maîtrisées et nerveuses. Vraisemblablement les Crocodiles ont les dents longues. Les titres oscillent entre pure énergie punk et profonds errements new wave. Adrien Moerlen déclame ses textes en anglais se fait tour à tour planant, enragé et distant. Mais toujours charismatique. Guitare et clavier se distinguent et se montrent entreprenants. Le rythme est saccadé et la partie instrumentale sait se faire sauvage. Devo n'est jamais loin. L'ensemble a un côté baroque et est terriblement séduisant. Mentions spéciales à deux titres : l'excité « The-16 string ouverture » et « Aart ».


En bref : D'une étonnante assurance, du rock punko-new wave en provenance de mes faubourgs alsaciens. A découvrir et à suivre.




Ecoutez l'album des Crocodiles dans l'iPod player (en dessous de la colonne de disques à gauche).

La page myspace de Crocodiles.

La page myspace du Project White.


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15 février 2008

Daniel Darc - Amours Suprêmes (2008)

Un nouvel album de Daniel Darc est toujours un événement, ne serait-ce que par sa rareté, il y en a eu 5 en un peu plus de 20 ans - si l'on inclut celui co-écrit avec Bill Pritchard. Et bien que 4 années seulement séparent ce nouvel opus du précédent, Crevecoeur (2004), Amours Suprêmes est aussi l'opportunité de dresser un bulletin de santé de notre loser préféré.
Bon, l'humeur quoi qu'empreinte de fantaisie, n'est pas au beau fixe, elle est même un peu Darc, à l'image de sa pochette qui dans un magnifique portrait, ne prend pas la peine de mentionner le prénom de l'artiste ! Clin d'oeil au come-back triomphant de 2004 ? Peut-être. Il n'est plus besoin en effet de présenter cet auteur hors-normes dans nos contrées ; et il est par ailleurs quelque part rassurant au pays (hélas!)natif de Benabar et celui ( doublement hélas!) adoptif de Garou de voir le Darc inonder les gondoles à CD.
Comme on ne change pas une équipe qui gagne, Daniel a jugé judicieux de collaborer à nouveau avec Frederic Lo qui avait mis en musique et de fort belle manière on le sait, l'album précédent. Steve Nieve et Pete Thomas, légendaires Attractions, sont de l'équipée.
Deux faits marquants : la tendance toujours plus prononcée à l'épure. Darc s'affirme de plus en plus comme un folkeux et rejoint ses maîtres Johnny (Cash) et Bob (Dylan) dans leurs rêches aspérités, pas au niveau de la voix oh non ! mais dans cette manière acérée et sèche de délivrer ses mots (l'homme, on le sait, a le verbe imparable). Dès "Les remords" et son refrain abrupt, on pressent l'humeur peu badine de cet album où formules candides et imparables ("Quand je mourrai j'irai au paradis/c'est en enfer que j'ai passé ma vie" ), ("Un an et un jour mon amour, si personne ne t'a trouvée/ Je viendrai te chercher") côtoient formules plus faciles (le titre "La Vie Est Mortelle").
Cette sobriété assumée dans les arrangements en comparaison duquel le chef d'oeuvre de 1994, Nijinsky paraîtrait (c'est un comble !) presque surproduit, conduit Amours Suprêmes à certains écueils, à savoir que là où prime le texte, la mélodie fait parfois défaut.
Ainsi, et nonobstant l'étincelante musicalité du morceau-titre, sorte de blues lancinant imparable, du single mentionné plus haut, c'est peu de dire que le disque ne frappe pas par son immédiateté de composition. On a connu Frederic Lo plus inspiré que sur ce médiocre "La Seule Fille Sur Terre", suite d'accords bien convenue au piano -en fait, pompage éhonté du "Prettiest Star" de Bowie-  et que dire de ce naufrage que constitue "L.U.V", rencontre au sommet avec un autre monstre sacré Bashung, pour ne pas le citer, où non content de nous infliger un embryon de mélodie, notre beau ténébreux décline une série de clichés en anglais (bâillements).
Sur pareil album, on l'aura compris, ce sont les mots les moteurs de la force, le meilleur exemple étant ce troublant, effrayant et très beau "Environ" ("Environ je dispose/De presque un peu moins que rien") qui clôture Amours Suprêmes et qui nous surprend à craindre le pire pour la santé mentale et physique -surtout- de Darc. Entre interviews tragi-comiques où l'homme convoque son intelligence à la lisière d'Alzheimer -il commence mais ne finit jamais ses phrases, oublie les questions en cours de route- et même si on l'imagine soigner son mythe forcément moins destroy sur disque, Darc se met en danger, on craint pour sa survie !
Ce n'est pas le moindre des paradoxes d'un artiste qui depuis peu, armé d'un chauffeur, d'un staff et d'une maison de disques dévoués à sa cause, n'a jamais paru plus funambule de sa destinée !
Pitié, Lord ! Encore beaucoup de Daniel Darc en têtes de gondole ces prochaines années, et sans lui faire injure, car ce compositeur lui a véritablement réinsufflé la force de faire des disques, peut-être un autre collaborateur que Lo serait-il le bienvenu pour le prochain opus !

En bref : un disque en demi-teinte du plus magnifique de nos rockeurs, avec quelques indéniables réussites ("Les Remords", "J'irai au Paradis","Un An et Un Jour", "Amours Supremes", "Environ"), mais dont les compositions ne rendent pas toujours justice aux superbes mots de l'auteur !


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Dusty Kid - Luna EP (2007)

Je ne me risque pas trop en disant que ce jeune homme est une des sensations électroniques du moment et animera probablement les colonnes des magazines spécialisés cette année. Sur les platines des plus grands dj's, enchaînant les maxis depuis deux ans, Dusty Kid fait feu de tout bois et s'impose sur les dancefloors. Le garçon, Paolo Alberto Lodde de son vrai nom, a la vingtaine (il ne veut pas donner son âge exact), il est né à Cagliari en Sardaigne et semble pouvoir pondre les hits les uns après les autres. Avec le retour de l'italo-disco et maintenant un son techno qui émerge de la botte, 2008 pourrait être italienne.


Parmi la constellation de maxis livrés par Dusty Kid c'est Luna qui m'a tout particulièrement secoué. Le EP, produit par le label berlinois Bpitch Control d'Ellen Allien, se distingue des autres compositions plus techno, parfois de moins bon goût, du jeune italien. Mes oreilles rejetant par exemple le hit The cat, dont les vocaux, à mon grand désespoir, me renvoient vers le titre Sex de Benny Benassi. Déjà entendu. Luna m'entraîne par contre vers de délicieuses pentes lyriques et sensitives à la Gui Boratto. Beaucoup plus coquin.


Luna s'ouvre pianissimo sur un petit beat à la fois scintillant et arrondi. Instant de placidité avant la transe. Le morceau gagne très rapidement en vitesse et en vélocité dans une boucle entêtante et tubulaire. Puis le thème s'impose presque dans l'urgence et entame sa traque. Peu à peu, il nous enveloppe jusqu'à nous submerger totalement. Le son de Dusty Kid ne nous invite pas à l'évasion et à l'élévation, il nous y contraint avec finesse. Pas de réflexion ou de temps de latence nécessaires. La servitude est volontaire, et le corps s'alanguit dans un abandon total à la musique. De courts intermèdes plus low tempo nous laissent stagner en lévitation avant que le beat, frénétique, ne nous saisisse à nouveau. La production est propre et efficace. Et à chaque instant Luna semble nous convier à envahir le dancefloor le plus proche pour un moment de transe. De la techno fine et passionnelle. Dusty Kid devrait sortir un album dans l'année. A n'en pas douter, il faudra y jeter une oreille.
Il faut signaler que le maxi contient deux remixes. Lee Van Dowski se distingue dans cet exercice et réalise une version plus ambiante et métallique de Luna. A la fois obscure et erratique. Pas désagréable du tout...


En bref : Techno élégante et transcendante. Une implacable invitation au clubbing.




Le site myspace de Dusty Kid où vous pourrez écouter Luna.


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14 février 2008

Gonzales - Soft power (2008)

La plupart d’entre vous connaissent déjà Jason Beck, alias Gonzales. Peut-être par ses excellents morceaux "So Called Party Over There" (repris ici en version "White Gloves") ou "Take Me To Broadway". Par Solo Piano, son dernier projet, ou par son DVD From major to minor. Ou est-ce en tant que co-réalisateur des albums de Feist, ou producteur de Katerine et Teki Latex ?

Toujours est-il que l’auto-proclamé Worst MC prend un nouveau virage avec Soft Power, un album teinté d’humour et d’autodérision (que l’on retrouve sur le titre "Apology" mais aussi dans les teasers de l’album), passant du plus kitsch de ce qu’a pu être la musique des années 70, à des morceaux dans lesquels on retrouve le génie de Gonzo derrière son piano. Nous sommes loin du hip-hop de Gonzales Über Alles et plus proches de la version « crooner » du titre de Daft Punk "Too Long", qu’il avait réalisée en 2002. Ceux qui s’attendent à retrouver le flow des 3 premiers albums du génie canadien risquent d’être surpris par des titres comme "Slow Down", "Unrequited Love", ou l’hymne disco "Let’s ride". En revanche, l’ambiance « costume rose » semble être toujours là, avec Gonzales posant en Napoléon, ou en costume ringard/nœud-pap’ et peignoir sur une plage.

Sans entrer dans un débat du type de ceux qui hantent les fans de Pink Floyd ou de Radiohead, on peut constater que Solo Piano et Soft Power sont deux titres d’albums à neuf lettres et qui partagent les mêmes initiales. Aucune idée du message subliminal que ceci peut cacher. La ressemblance s’arrête là. Pas un seul morceau purement instrumental sur les 10 tracks de l’album.
Après un passage par la Laiterie de Strasbourg le 5 avril, Gonzales sera sur la scène de l’Européen, du 22 au 26 avril, avec Mocky, So-Called, Katie Moore et Matthew Flowers, les membres du Together Ensemble. La sortie du 6e album de Gonzales est programmée au 7 avril 2008.

BS

En bref : Le génie de Gonzales saveur 70’s concentré dans un excellent album, toujours aussi barré, comme on l’aime.




Un teaser:


"So called party over here" en live (extrait du DVD From major to minor):


Le Myspace

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Digable Planets - Reachin (a new refutation of time and space) (1993)

En 1993, bien loin du gangsta rap de la côte ouest, les Digable Planets s’engouffrent dans la brêche jazzy ouverte par De La Soul, A Tribe Called Quest ou Arrested Development, et accouchent d’un album au nom abracadrabrantesque : Reachin’ (a new refutation of time and space). Incarnation d’une branche intellectuelle, volontiers surréaliste du hip-hop US, le groupe de Brooklyn atteint alors des sommets dans l’utilisation du sample jazz-funk.

L’album entier repose en effet sur des échantillons triés sur le volet de certains des plus grands artistes de la musique noire américaine. Des samples “grillés”, dirait-on aujourd’hui, mais dont l’utilisation, à cette époque, n’avait rien d’honteux. Sonny Rollins, Art Blakey, Curtis Mayfield, Eddie Harris et jusqu’aux Last Poets sont convoqués au festin. Mais s’il suffisait d’aligner les jolis samples pour faire de bons disques, nous serions tous musiciens... Quand la basse majestueuse du "Devika" de Lonnie Liston Smith ouvre "Pacifics", les Digable ne se contentent pas de profiter de sa puissance, mais la magnifient. Ils disposent pour cela d’armes de choix, à commencer par le flow des trois MCs, Doodlebug, Butterfly et Lady Bug. Des flows purs, jamais agressifs, presque candides. Particulièrement impressionnante, Lady Bug parvient, à une époque où les rappeuses se comptaient sur les doigts d’une main, à surpasser ses partenaires masculins par sa capacité à varier les tons et les atmosphères.

Autre arme de gros calibre : un fabuleux duo de producteurs. Seul Butterfly est crédité dans le livret, mais il était en fait épaulé par un dénommé Silkworm. Celui-ci fera ensuite une brillante carrière solo, distillant indifféremment soul, house et trip-hop sous le nom de... King Britt. Silkworm et Butterfly enrichissent l’instru de claviers psychés et de beats qui claquent sans heurter. Moogs limpides en toile de fond, les DP déploie des lyrics empreints d’une “coolness” imperturbable. S’inscrivant dans la tendance afro-chic de l’époque, fin mélange de négritude revendiquée, d’esthétisation de la vie dans le ghetto et de réminiscences des années 60 et 70, ils se muent en storytellers pour raconter une journée de “chill” à New-York ("Pacifics"), militent pour l’avortement (Butterfly dans "La femme fétal") ou se tapent une bonne tranche d’égo-trip ("Nickel bags").

Reachin’, disque d’or dès sa sortie, permet aux Digable Planets de rafler un Grammy Award. Le single ultra-funky "Rebirth of slick (cool like dat)" est sur toutes les lèvres et campe dans les charts pendant de longs mois. L’année suivante, leur deuxième album, le sous-estimé Blowout Comb, ne connaîtra pas le même succès, ce qui entraînera la dissolution du groupe en 1996. Recomposé en 2005, le combo a fait paraître une compilation incluant quelques inédits, et prépare actuellement un nouvel album qui devrait voir le jour cette année, après 14 ans d’attente.

En bref : L’un des cinq plus grands albums de hip-hop jazzy de l’Histoire.




Le clip de "Rebirth of slick (cool like dat)":


Le site officiel
Le Myspace
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13 février 2008

Lightspeed Champion - Falling off the lavender bridge (2008)

Je voudrais témoigner ici d'une injustice. Comment se fait-il que moi, à l'âge de 21 ans j'en étais encore à me crever les boutons en jouant à Fifa (j'exagère) et que Dev Hynes, lui, en soit à produire des albums qui recueillent l'unanimité des critiques internationales tout comme son pote Conor Oberst de la même génération? Et d'ailleurs comment passer après cette horde de textes dithyrambiques qui inondent la toile? En acquiescant. Oui, après le buzz Test Icicles emporté par son succès aussi court qu'intense, le guitariste black et binoclard (Quelle pochette!) Devon Hynes est un génie inattendu. Il nous pond avec Falling off un grand disque de country brit pop, rempli d'allégresse et de mélodies évidentes. "Je suis un fan de refrains, mélodies et harmonies". Bin voyons. C'est juste ça alors? "Le format album m'obsède, j'en ai plein la tête et il faut que ça sorte". Ah ouais quand même. Et c'est ainsi qu'après moult Ep, covers et appropriations (dont un album de Green Day en entier), Fallin off est cohérent, homogène et grandiose.

Sur douze titres, déjà de nombreux élans tubulaires, Tell me what it's worth, classique et efficace, Galaxy of the lost, ultra sucré et magnifique ou encore Dry Lips genre comédie musicale parfaite. Sans oublier Midnight surprise, le Bohemian rapsody de Devon, autobiographique et multiple, délicat et lumineux, sur près de 10 minutes. Morceau particulier, I could have done this myself, sorte de Weezererie touchée par la grâce. Sur les thèmes du premier amour, de la masturbation ou de la prostitution, l'album ne connait aucune baisse de régime (ou très peu). Inspiré par les Zombies, Costello et Neil Young, Devon fait preuve d'un talent de composition immense en se réinventant lui même au travers d'un disque sucré et accessible mais jamais facile.

Produit au Nebraska avec l'aide de Mike Mogis l'ancien de chez Bright Eyes et distribué par la maison qui se trompe rarement, Domino, cet album bi national anglais américain contient son lot de ritournelles efficaces, débridées et multicolores. Un zeste de folie plane sur ce disque finalement assez calme, comme un coup de maître de standard pop. Mais c'est tourné vers l'Amérique que sonne ce premier album solo réalisé avec le choeur d' Emmy The Great, personnalité du milieu. Et dire que nous nos jeunes à nous ils font la StarAc. Ils pourraient pas se taire un peu et écouter ce que vient de réalisé le jeune Devon Hynes, l'album de ce début d'année, celui qui met la barre très haut aux autres. Le deuxième est déjà en préparation. Next big thing? Assurément.

En bref : Sur un air sucré et captivant, un nerd américano anglais de 21 ans remet la folie pop folk de 67 au goût du jour. Immanquable.


2 clips : Tell me what it’s worth et Galaxy of the lost en live




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12 février 2008

Jamie Lloyd - Trouble within remixes 2 : Drumpoet Community mixes (2008)

Soyons clairs, cette deuxième paire de relectures de l’Australien Jamie Lloyd n’a rien de très novateur. Soultourist et Quarion, membres du collectif zürichois Drumpoet Community, y creusent le sillon déjà bien profond de la deep house jazzy. Si j’éprouve le besoin de vous parler de ce maxi, c’est parce qu’il est accrocheur et très abouti, à la fois méditatif et dansant. Et aussi pour vous signaler la qualité d’un petit label, établi à Sydney, qui porte le nom un rien mégalo de Future Classic.

Claviers passés au phaser, petit sample de voix féminine, acidité bon enfant et candeur baléarique... Le remix de "You out or in ?" par le quatuor Soultourist est une de ces sucreries vénéneuses à ne goûter qu’avec mesure sous peine d’indigestion. Son arôme me rappelle un tube du début des années 1990 - "Sweet Harmony", des Beloved, pour ceux qui s’en souviennent. Un ton en dessous, Quarion, Helvète récemment installé, comme tant d’autres, à Berlin, squatte la face B avec sa version de "May I ?", qui sonne comme un éloge de la sobriété. Trop, peut-être, puiqu’après une ascension placide sur le dos d’une basse dodue, le morceau nous laisse un peu sur notre faim. Belle production, cependant, maîtrisée et charnelle. Pas de doute, Jamie Lloyd, artiste assez inégal qui s’abîme parfois dans une électronica lounge un peu mièvre, bénéficie ici de remixeurs de bon goût. Un disque réunissant tous les remixes de l’album devrait sortir dans les semaines qui viennent. A suivre, donc.

En bref : les Zürichois de la Drumpoet Community signent deux beaux remixes deep-house de facture classique.



Les pages Myspace de Jamie Lloyd, Drumpoet, Soultourist, Quarion et Future Classic.
Les sites de Drumpoet, Soultourist et Future Classic.

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The Wee Turtles - This is your land (2000)

Fabi ne s'était pas trompé en me ramenant cette galette à l'appart un après-midi d'août. Il faut dire, le post-it accolé à la pochette laissait présager de mon futur enthousiasme. Ceci dit ne comptez pas trouver une quelconque documentation en français sur cette formation car The Wee Turtles reste un groupe anecdotique, en dehors du faisceau des projecteurs. "Garage pop, entre Elf Power et Apples In Stéréo". C'est ce que disait le post-it. Effectivement, Fabi n'était pas tombé bien loin de mon pseudo label adoré, Elephant 6, feu le collectif d'Athens qui comptait dans ses membres Neutral Milk Hotel ou Olivia Tremor Control. Un cadeau parfait, je nage dans mon univers.

Joes Croxton, Brian Crews, Robbie Beers et Phil Horan sont 4 américains qui sur un coup de tête s'emparent d'une citation des Simpsons (un épisode sur les Wee turtles) et qui en font un disque lo-fi, 4 pistes sur certains titres, limite Guided By Voice. 14 titres, 40 minutes, le moins que l'on puisse dire c'est que c'est catchy. Avec un humour évident, le quartet indie pop n'échappe pas non plus aux influences classiques, Kinks et Beach Boys, auxquels le titre Summer song est même consacré. Ils ne se prennent pas au sérieux et marrient à merveille des choeurs baba cool ensoleillés avec d'énergiques et parfaites guitares.

Mis de côté des bouts de plage bruitistes, This is your land donne en général envie de rouler sur nationale la vitre ouverte le bras ballant. La patte Chris Bishop (Elf Power, The Gerbils...) est ici largement identifiable parmi d'autres, entre geek pop, garage et enthousiasme sixties. C'est gai, c'est du plaisir, merci Fab. Wee will rock you!

En Bref: Guitares sixties acérées et chansons lo-fi pop forment le quartet The Wee Turtles. Ne cherchez pas plus loin. Et c'est déjà bien.




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09 février 2008

Public Image Ltd - Album (1986)

Qu'il soit permis de rendre hommage à l'une des plus grandes figures tutélaires de la "pop" anglaise : il faut redécouvrir en effet l'un des grands disques des 80's, dont le maître d'oeuvre fut John 'Fuck and rrrrrot" Lydon.

Nous sommes en 1986 : en rupture de ban de PiL, son mythique et génial "2ème" groupe, tout simplement inventeur d'un dub blanc qui n'en finit plus d'être décliné aujourd'hui, Lydon recrée de toute pièce un groupe qui n'a de PiL que le nom et qui ne cessera d'être à géométrie variable jusqu'à l'avis de décès officiel dix ans plus tard....avant la remise en route ultérieure.

Johnny se découvre une nouvelle conscience politique, fait jouer les racines irlandaises, et dans un (d)étonnant mélange de heavy metal et de world parsemé de sitar et de digeridoo, se lance dans un faux premier album solo. Intitulé à l'avenant et selon le support Album, Compact ou Cassette -on imagine le même disque de nos jours intitulé MP3 File- ce curieux disque post-moderne et irrésistiblement conceptuel, qui reprend le "second verse/same as the first" des Ramones, invite à une sorte de transe, un mantra d'écorché vif, où tour à tour, des sujets tels que l'Apartheid, l'estime de soi, la trahison d'un ami resurgissent.

Les participants au projet sont tous des pointures, qu'on en juge : Ginger Baker, batteur spasmodique qui a sévi dans Cream, Ryuchi Sakamoto et ses synthés "orientaux", et surprise, un guitariste tout aussi virtuose que d'ordinaire péniblement démonstratif, rien de moins que Steve Vai. Et le tout est orchestré par Bill Laswell.

"Rise", premier single, l'une des 7 longues pièces de l'album, et sans doute l'un des plus imparables singles des mornes 80's, voit Lydon le long d'un clip sous forme de chaos, gesticuler en pantin désarticulé et système pileux carotte. Tous les morceaux enchainés sans temps mort, portent la même urgence, la même folie et attestent du talent retrouvé de Lydon dans l'écriture. Les batteries monolithiques dont on ne peut guère trouver d'écho moderne plus approchant que celles du 10000 Herz Legend de Air pourfendent l'air.
Le mantra de Lydon, les guitares survoltées dont l'invraisemblable solo final de Vai sur "Ease" - il a quand même déclaré qu'il s'agissait du meilleur de sa carrière -  et son intro putassière très 80 au DX, achèvent d'asphyxier l'auditeur, le rouent de coups, le laissent groggy, avant l'accalmie finale, celle qui lui permet de se relever, éprouvé.

Et de comprendre qu'il vient d'écouter un grand disque. "May The Road / Rise With You !"

En bref : album atypique -jusqu'à son titre- et l'un des moins représentatifs d'un groupe alors dissous, Album n'en demeure pas moins une curiosité, une incongruité (de plus) à redécouvrir.



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Four Tet - Dialogue (1999)

Kieran Hebden n’a jamais éprouvé le besoin de quitter son île. Il s’est aménagé un petit carré de terre ferme sur lequel il peut cultiver et labourer à l’envi sa parcelle musicale. Pas isolé et reclus pour autant, il emprunte aussi bien au hip-hop, à la pop en passant par la musique contemporaine. Les réalisations au sein ou au-dehors de Four Tet illustrent son goût pour l’expérimentation, pour une pratique variée des matériaux musicaux.

Avec ses potes de lycée Adem Ilhan et Sam Jeffers. il forge ses outils avec Fridge, groupe de post-rock. Parallèlement, Il crée le projet Four Tet, dont il est le seul membre. En 1998, il enregistre, non sans un certain humour, un morceau de 36 minutes et 25 secondes, "Thirtysixtwentyfive" sur le label britannique indépendant de Trevor Jackson, Output Recordings. Musique électronique « extatique », il développe un style particulier dans lequel il sample des sonorités venant du hip-hop ou du jazz. Hebden sort au sein de différents labels une tripotée de remixes allant de Radiohead à Aphex Twin en passant par Madvillain et le précurseur du minimalisme, Steve Reich. En 2006, une collaboration avec le percussionniste jazz Steve Reid débouche sur deux albums, The Exchange Session vol. 1 et 2, aux sons grinçants et grouillants, totalement flippés. Dialogue, premier album en tant que Four Tet, dégage une ambiance ouatée, plus confortable.

Premier morceau de l’album, "The Space of Two Weeks" ouvre l’espace des possibles : dialogue avec un objet de contemplation invisible. Les cordes aménagent une introduction douce vers des compositions enlevées. Les cordes caressent les battements de la percussion. La morphologie du morceau suggère, laisse à peine deviner, mais l’objet finit toujours par s’échapper. Les pistes sont constamment brouillées. Du torturé "3.3 Degrees from the Pole" au soulagé "Misnomer", on hésite mais la curiosité reprend le dessus. La chose est polymorphe : elle se transforme encore sur "Liquefaction". "Calamine" souligne l’entrée dans un élément incertain, volatile, éthéré. Vingt milles lieues sous la mer, perdu dans l’espace. Seul dans le noir, on aperçoit une faible lumière, lointaine. Near-Death Experience and the Afterlife ? Va savoir. Pourtant il me semble bien l’avoir aperçu, cette lumière.

En bref : Assez progressif, le premier album de Four Tet chemine sur des sentiers molletonnés formés par des percussions hip-hop et des samples jazz.



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08 février 2008

Guillaume & the Coutu Dumonts - Petits djinns (2007)

Même s’il vit depuis l’an dernier à Berlin, Guillaume Coutu Dumont est l’un des fleurons de la scène électronique montréalaise, aux côtés de Stephen Beaupré, The Mole ou du divin Akufen. Entre cut-up compulsif et funk primitive, ses productions ressemblent d’ailleurs fortement à celles du susnommé, quelques touches de jazz et d’africanisme en plus. Son dernier maxi, Petit Djinns, n’échappe pas à la règle. Raffiné, ludique et groovy, c’est un parfait reflet de l’érudition et de la curiosité du musicien.

D’abord percussioniste dans un groupe de funk, GCD entame des études de percussions latines et classiques en 1998 avant de découvrir la composition électroacoustique, qu’il explore à l’université. Il rejoint alors le collectif de jazz contemporain [iks]. Deux albums et un séjour de plusieurs mois au Sénégal plus tard, il décide de se consacrer corps et âme à la composition. Enamouraché de techno, de musique concrète, de jazz et de world, le Québecquois fonde successivement Egg, Luci, et Chic Miniature, trois duos aux sons complémentaires. Sous son nom, accompagné ou non par ses clônes mentaux que sont les Coutu-Dumonts, il agit pour le compte de maisons de connoisseurs (Oslo, Get Physical,Musique Risquée ou Mutek) sur lesquelles il signe quelques maxis décontenançants, et même un album, Face à l’Est (2007), passé totalement inaperçu en France.

Cette fois, GCD est sur Circus, le label des excellents Nôze, pour nous présenter trois titres splendides, trois Petits Djinns. "Sous l’arbre", le premier organise une orgie micro house et convoque la tension du funk nigérian et de ses cuivres alambiqués. Un singulier accord entre le tribalisme des Masters At Work et la rigueur laborantine de Ricardo Villalobos. Le second, nommé "Yone", traîne une nonchalance trompeuse sur un beat sec orné de balafons et de parcimonieux claviers. Ce coup-ci, c’est l’influence du jazz éthiopien, façon Mulatu Astatke, qui domine largement le débat. "Chilly Willy" ferme la marche avec ses choeurs siphonnés et ses faux-airs de big band des années 1930. On imagine le travail titanesque qu’a du fournir Guillaume Coutu Dumont pour ce petit maxi sorti fin novembre 2007. Et on applaudit des deux oreilles.

En bref : Elégant maxi de micro house sauce maffé par une étoile montante de la scène québecquoise.




Pour ceux que ça intéresse, une interview assez complète de GCD :



Son Myspace

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06 février 2008

Figurines - When the deer wore the blue (2007)

Certainement pas le disque de l'année et pourtant une mine d'or de chansons pop vintage. Figurines c'est le nouveau The Figurines, sans le Ze. Groupe danois qui après un relativement remarqué Skeleton continue son bonhomme de chemin indie en devenant plus mature et plus intelligent. Pas de révolution mais beaucoup d'élégance dans ce genre si cher aux Shins, Caribou et consorts. Faiblement médiatisés mais mis en avant par une pochette superbe à mon sens, les Figurines ont la concurrence rude mais grâce justement à l'inspiration de leurs voisins nordiques, des canadiens et des sixties, ils s'en sortent haut la main.

When the deer et un disque typiquement pop, chargé d'une énergie positive imparable (Hey girl), adulte et lumineux. Et si je vous dis pop, positif et lumineux vous me dîtes? Brian Wilson évidemment. Maintes fois invoqué dans ce disque par The air we breathe notamment qui n'échappe pas aux harmonies vocales si évocatrices. Half awake, Half aware fait quant à lui office de Kinks test de service. La voix de Christian Hjelm plane sur de grandes plages harmoniques aux mélodies gambadantes. Mercury Rev s'en mordrait les doigts.

When the deer ne bouscule pas mais sait émouvoir tout en restant cohérent. Et finalement, on s'aperçoit bien vite que la première face de l'album est parfaite, somptueuse. Drove you miles et sa basse soignée, Let's head out et sa guitare surf si oldschool. Et puis on retourne. Et puis c'est pareil. Pas de titre en dessous, c'est court, c'est élégant et efficace, jusqu'au bout du bout de la treizième piste. NME l'avait vu, Morningside (Oh no ono) l'avait senti, et moi j'écoute et je trouve ça carrément bien. Ouais, vraiment bien.

En bref: Des nordiques à bonnets chaussent leurs boots pour nous délivrer 13 incantations pop influencées sixties d'une grande qualité et surtout d'une voluptueuse dignité.
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Le clip "Let’s head out" :


Les chansons mentionnées plus haut :

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05 février 2008

Sammy Decoster & Fink le 01/02/08 à Bordeaux

Des affiches de grands noms du jazz aux murs, une lumière tamisée boisée, des arcades qui en ont vu, tel est le cadre du Comptoir du jazz, gavé jusqu'à la gueule ce pluvieux vendredi soir de février. Dans un coin, Sammy Decoster se prépare. Personnage complexe de 24 ans, Sammy est difficile à cerner. Inscrit en minimaliste garage sur son Myspace, amoureux d'Elvis depuis le plus jeune âge, un physique de Johnny Depp avec l'humour de Brice de Nice, Sammy est spécial. Et puis il chante. Et puis il joue. Et ça marche. Blues rural, micro reverb de fou, fantôme de Jeff Buckley pas bien loin, les hurlements du garçon implosent dans le public qui ne sait s'il doit être captivé ou s'il doit retourner à sa bière. Et pourtant sans fausses notes, Sammy prouve qu'on peut aussi faire du folk en français, avoir la prestance d'un Morrisson et s'amuser à faire le kakou devant de nombreux fans à dominante féminine. Fink, qui tourne avec Sammy dans son van, avant même d'avoir commencé son concert, a déjà fait le bon choix de sa première partie. A suivre, avec un album à venir qui s'annonce intéressant, inspiré selon l'intéressé par la campagne et le barbecue. Bin voyons.

Et donc Fink. La surprise Ninja Tune qui sort de ses sentiers battus électroniques pour propulser sur le devant de la scène cet anglais de Brighton, accompagné en tournée par un batteur et un bassiste (excellents et avenants). Et le trio fonctionne à merveille. Vraisemblablement l'album Biscuits for breakfast réalisé à la Do it yourself a rameuté son lot de fidèles. Les gens connaissent les titres et en redemandent. Looké comme un Fred sans Omar, nature peinture, Fink trouve que "Le folk c'est trop de barbes et de gens qui sautent". Il n'a pas tort. Distance and time, son dernier opus produit par Andy Barlow (Lamb) et enregistré en prise unique reprend la recette des compos blues, hululées d'une voix soul juste ce qu'il faut et accompagnées d'un jazz épuré. Fan de John Lee Hooker, il confie que "Le plus difficile est d'avoir une vibe acoustique". Il l'a, sans soucis ni fioritures. Fink tire sa force de sa gentillesse qui met tout le monde d'accord sur des ballades mélodiques de guitare sèche langoureuse. Les titres Blueberry pancakes et Pretty little thing font leur effet et sont rappelés en rappel justement, l'ami commençant à être à cours de compos au bout d'un concert qui m'aura laissé le même goût dans les oreilles que celui de Gravenhurst. Fink et Nick Talbot sont de la même trempe. Je les suspecte même d'être cousins de son...

En bref: Un jeune français virtuose de la blues guitare bouscule Johnny Cash et Elvis sur sa reverb abyssale pendant qu'un anglais et ses potes voguent sur des nuages folk d'une grande sobriété. Efficace.



Le myspace

Le clip fait maison de Sammy :
the drive

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Le titre Biscuits en live :




A lire aussi : Gravenhurst - Concert à Bordeaux le 14/11/07
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Crédit Photo Pierre Wetzel © http://www.e-photographie.net/

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03 février 2008

Ratatat - Classics (2006)

Parfois, je m'endors, je commence à rêver. Presque instantanément, je me retrouve perdu dans la jungle. Il fait nuit, mais le reflet de la lune m'éclaire suffisamment pour que je trouve mes repères : je suis entouré par une végétation luxuriante. Les arbres sont démesurément grands, ils s'élancent vers le ciel en cherchant la lumière. Ils se sont voués tout entier à cette quête : leurs branches se développent méthodiquement pour capter le moindre rayon. Leur maillage quasi hermétique m'enferme. Heureusement, je vois toujours le ciel, et je distingue encore la lune.

Le sol est recouvert d'herbes touffues, de feuilles ; des fruits pourrissent dans l'humidité du sol. De grosses plantes aux couleurs chatoyantes se distinguent de la masse sombre formée par la végétation. Je marche en sachant qu'à tout instant, je risque de tomber sur des créatures hostiles. C'est le Douanier Henri qui me l'a dit : une fois, un nègre s'est fait attaqué par un jaguar ! Mais les similitudes s'arrêtent là.

Car pas de jaguar. Ratatat fait sortir du bois un intrépide Wildcat. Un morceau élégant à la démarche chaloupée, il avance, traîne le pas, supérieur. Il n'a pas l'air dangereux. Plusieurs fois, il grogne d'arrogance pour bien faire signifier sa présence. On se laisse entraîner, happer par son jeu. Il est facile de se faire hypnotiser ! En atteste Gettysburg et ses riffs vigoureux, tout en circonvolutions, ressassant irrémédiablement le même thème. Métronome. Il en exhale une puissante mélancolie. Les compositions reposent essentiellement sur l'emploi d'une puissante ligne de basse. Elle lèche, râpe et accroche un peu, mais soigne toujours ses boucles mélodiques. Guitare et clavier flânent conjointement, sans se presser. Ils déambulent sur Montanita, un peu las, graves et tristes ; se retrouvent adagio sur Loud Pipes. Déjà, Nostrand clos le spectacle et il est temps d’émerger, heureux de se réveiller.

Classics est le deuxième opus instrumental de Evan Mast (E*Vax) et Mike Stroud qui forment le groupe new-yorkais. Il se situe dans la continuité du premier album éponyme : on retrouve ces mêmes ambiances, puissantes et étouffées, ces riffs entêtants, entraînés par des basses lourdes et rondes.

Jamais avares dans leur tambouille, deux autres albums, Remixes (2004) et Remixes Vol. II (2007) dispensent, quant à eux, des reprises de canons hip-hop assaisonnés par le soin de deux DJ.

En bref : L’abum projette rapidement dans une jungle musicale dense, presque étouffante avec ses boucles entêtantes et des riffs griffants et mordants. Animal.



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Oh no ono - Yes (2007)

Que dire de ce disque, premier jet du groupe danois Oh no ono ? Et bien déjà, qu'il me laisse un peu baba et halluciné. Preuve s'il en faut de la vitalité musicale nordique, les Oh no ono, cinq garçons de la petite ville d'Aalborg, ont défrayé la chronique pop et envahi les ondes radio en 2006 avec un EP en forme de manifeste : « Now you know Oh no ono ». Surfant sur cette vague, ils enchaînent les dates de concert et pondent fin 2007 leur premier album, simplement intitulé Yes. Explosion sonore aux multiples couleurs et saveurs, entre pop, disco, punk, rock et grain de folie, c'est un vrai régal. Des compositions survitaminées et psychotropes, je reste sur le cul.

Je pourrais vous dire communément que ces cinq garnements ont ingurgité cinquante ans de musiques avec une double ration d'années 80 et réagencé tout ça avec génie. Le trait serait trop simple, quoique juste.

« The strawberry festival » (!) qui ouvre l'album nous berce de ses profonds arpèges de piano et de ses nappes électroniques. Et l'on se laisse emmitoufler sans résistance par cette douce couverture avant d'être subitement désarçonné par le beat disco de « The shock of the real ». Ses inattendus claquements nous sortent de notre torpeur et nous entraînent directement sous la boule à facettes. La joie succède instantanément à la surprise pour succomber à la voix haute perchée du chanteur Malthe Fischer. Jusqu'à la liesse. Bien aidé par des sons « wawa » saisissants et des solos de guitare et de piano estampillés eighties.

Sur « Keeping warm in cold country », les rejouissances se poursuivent en mode punk dégénéré, si ce n'est pas un pléonasme, et toujours avec une énergie dévastatrice carrément amphétaminée. On en comprend que mieux le titre de la chanson. Les plages sont courtes et peu de répit est permis. Le souffle nous en est coupé lorsque déboule tambour battant « Practical money skills for life », après une courte introduction grandiloquante. Une bombe de strass et de paillettes. Totalement grisante à en devenir ubiquiste, dupliqué sous les cieux lumineux du plus beau des dancefloors.

La chevauchée se poursuit avec le cinquième titre pop-punk « Ba Ba Baba Ba Ba well anyway » avant de basculer dans une pure balade à fleur de peau, « Sunshine and rain at once ». C'est presque déconcertant d'aisance. Les Oh on ono changent de peau frénétiquement avec une grande maîtrise. D'autant plus surprenant que leur rencontre remonte à cinq années seulement. Bref, un album fou et jouissif où sont convoqués une kyrielle de pères bienveillants. Abba, Bowie, The Ramones, Blondie, les Beach Boys... au final comme bon vous semblera.


En bref : Sous des airs presque naïfs, un premier album déroutant d'originalité et d'énergie. De la pop hallucinatoire enflammée à la sauce disco-punk.





« Practical money skills for life » :


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Le clip de "Keeping warm in cold country" :






La curieuse reprise de "John Sinclair" (de John Lennon et Yoko Ono) par les Oh no ono :





Site et myspace de Oh no ono

A lire : rubrique pop


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