27 octobre 2007

Fancy - Concert à Bordeaux le 26 octobre 2007

Le froid s’est définitivement abattu sur Bordeaux ce vendredi 26 octobre et c’est armé d’écharpe et de bonnet que je me rend au théâtre Barbey ce soir. Après avoir hésité avec le rock belge de Zita Zwoon, j’opte finalement pour l’une des sensation françaises du moment, j’ai nommé Fancy, d’autant plus que la première partie This is pop semble bien alléchante elle aussi. Pourtant, malgré deux bons brelans parisiens, l’histoire retiendra qu’il n’y a pas eu full.

Installés dans la salle club de Barbey, M, L et S les trois membres de This is pop entrent en scène visiblement décontenancés par le vide sidéral de la salle. 50 personnes à tout casser, sans doute la faute à la programmation chargée de cet automne. Passons. C’est donc tétons pointés vers un auditoire frileux que débute le premier set. En activité depuis deux ans, This is pop allie la puissance au dépouillement. Pas de batteur mais une boîte à rythmes qui fait son travail. Au final on se laisse facilement captiver par la présence compulsive et offensive de la chanteuse qui apporte une sacré touche de personnalité à un groupe qui sans ça, passerait presque inaperçu. Pourtant l’alchimie marche et les quelques titres écoutés sur Myspace sont bien rentrés dans mon cerveau. Il y a même des tubes. Personnel, riche en mélodies et chargé en énergie rock, This is pop n’est pas de la pop mais vaut plutôt le détour. Dommage seulement que le vide ambiant les pousse à provoquer le public en ces termes "on nous avait bien dit que les bordelais étaient des harangs froids et snobs" auquel ils se sont vu répondre un poli "parisiens de merde !". Seconde degré ou pas, allez savoir…

C’est enfin à Fancy de faire son entrée sur scène en faisant le choix de ne pas blâmer les présents et de le prendre à la rigolade. Il faut dire que le groupe a déjà fait les Eurockéennes, Rock en Seine et même la première partie de Daft Punk à Dublin devant des milliers de personnes, alors là focément… Fancy pour ceux qui ne connaissent pas c’est le groupe le plus anachronique du moment. Coupe afro d’un autre temps, costumes discos, maquillage à la Kiss et style androgyne assumé, ça fait déjà beaucoup, mais quand surgit la voix de Jesse Chaton (sic) on se dit que l’on n’est pas au bout de nos surprises. Aïgue au possible, elle cultive l’ambiguïté féminine et le côté ultra scénique. Dommage encore que cette bête de scène annoncée ne dispose ce soir que d’un petit mètre carré pour s’exprimer. Les musicos qui l’accompagnent, dans le même délire, participent au côté scénique du groupe.

On en oublierait presque la musique qui, il faut le dire, fait du bien par où elle passe. Les gars n’ont pas co écrit le Dance de Justice pour rien. Les Stones, Queen, Michaël Jackson et Diana Ross se sont donnés le rendez vous le plus improbable de ces années 2000. Tour à tout glam, funk, métal, rock et groovy, ces héros de bande dessinée alignent les tubes de leur dernier album dans une non ambiance presque attachante et n’hésitent pas à reprendre avec entrain le classique I’m so excited des 70’s. Si Fancy comptait tomber sur quelques fans ce soir, c’est raté. Ne sont présents que des curieux passionnés venus pour découvrir le phénomène. Cela donne lieu à de nombreux gags, le public présent étant incapable à la demande de Jesse de nommer un seul tube du groupe, ou même de chantonner l’intro d’une chanson. Même le succès de Seventeen n’est pas parvenu jusqu’ici. Heureusement, Jesse fait preuve de beaucoup d’humour et met dans sa poche l’aseemblée qui se sent du coup privilégiée.

Signés chez Disque primeur auc côtés des bordelais Adam Kesher, Fancy joue gentiement la carte de la provocation en dédaignant The Darkness ou encore The Rapture auxquels la critique rock a voulu les identifier. Ils auraient préféré Van Halen, Madonna même. Toujours est-il que Fancy sort plutôt génialement du cadre par son style et sa musique fantasque et certainement que dans quelques années, quand ils seront vraiment les Kings of the worlds, ils se souviendront alors de ce concert et ils relativiseront sur la notion de star. Espérons que This is pop ne se retienne pas seulement le côté Bordeaux Tombeau. De mon côté, ce semi échec de fréquentation m’aura fait découvrir deux groupes différents, complètement mis à nu, et donc complètement attachants.

http://www.myspace.com/thisispop

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26 octobre 2007

Fog - Ditherer (2007)

Avec sa pochette faussement rock collège américain, le 4ème album d'Andrew Broder a tout de ce qu'on pourrait appeler un faux disque simple. Pourtant, issu du prolifique label Ninja Tune, ce nerd américain de base s'est cette fois ci entouré officiellement de deux autres nerds (dixit Rock & Folk) pour former ce groupe aux hybridation soniques et mélodiques innovantes. Parce que les références sont là mais ne dominent pas, parce que ce disque est sous tension permanente, parce que vous n'avez pas fini d'en faire le tour, Ditherer mérite toute notre attention.

Sans véritable tube, l'adepte de Beck qu'est Andrew Broder tisse une suite logique de chansons post psychédéliques sur fond de refrains bruitistes parfois angoissants. Une sorte de pop infectée en quelque sorte. Car c'est guitares saturées au maximum que Fog nous plonge dans une ambiance électrique lo fi illuminée. Avec force bidouillages et bricolages, le trio égraine 11 titres plus riches les uns que les autres, tant par le côté imaginatif (l'utilisation de la batterie) que par leur faculté à ne pas choisir de genre et à bercer leurs mélodies d'accords menaçants mais pas trop.

Si on décortique de plus près, You did what you thougt évoque irrémédiablement le Bowie des 70's. Broder y joue à dérouter le rythme à coup de larsens lo fi pour filer tête baissée ver un grandiloquent final jazz. The last i knew from you, ma préférée, joue sur le terrain d'Arcade Fire et extirpe en 2 minutes et demi une sublime mélodie d'un chaos sonore maîtrisé. Ditherer, impénétrable et indescriptible jongle entre harmonies vocales, beat electro et orage de son tribal. Sur What gives?, la combinaison de voix de Broder et le duo basse batterie rappellent Thom Yorke et même pire, Muse. Les 10 minutes de On the Gallows auraient d'ailleurs largement pu figurer sur le récent In rainbow des gars d'Oxford. Je pourrais vous parler des heures encore d'Hallelujah daddy et son côté psyché, de Inflatable et sa pop façon Mark Lanegan, du presque Beatlesien I have been wronged ou enfin du début inquiétant et du final Stroksien du titre ouvrant l'album mais je préfère vous laisser découvrir ça tout seul.

Ca ne sera pas facile, c'est sûr. Rock & Folk avait choisi le dernier titre What's up freaks? pour figurer sur son monster cd de novembre. Pourquoi pas, si vous aimez les Byrds ou l'americana façon Neil Young. D'une férocité nonchalante, ce Ditherer vous entraîne dans un labyrinthe chargé de guitares et de mélodies finement cachées dont vous me direz des nouvelles. Ou pas.

En bref: Une intéressante exploration du rock sous toutes ses formes par trois nerds américains avertis et plutôt doués. Pas indispensable mais les curieux y trouveront leur affaire.


Seventeen Evergreen -Life embarrasses me on planet earth (2007)

L'electronic press kit de l'album, plutôt original lui aussi:






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14 octobre 2007

Squarepusher - Big Loada Ep (1997)

Impossible de continuer à chroniquer Electronica sans dire un mot de ce mastodonte anglais de 32 ans. Le bonhomme se promène dans la jungle des styles et des sons avec une aisance déconcertante à la basse et à la batterie. Il navigue plusieurs courants, alternant les rives électronique et jazz, remontant les eaux chaudes de l'IDM (Intelligent Dance Music) et du ragga. L'homme aux multiples alias - il officie aussi bien sous le pseudonyme de Duke Of Harringay que Tom Jenkinson, son vrai nom - mène sa barque depuis ses débuts aux cotés d'Aphex Twin et LFO sur l'excellent label Warp Records . Il faut dire que les 2 énergumènes se ressemblent. Tous les deux attaquent les sons et ne les ménagent pas. Squarepusher, à l'instar de son homologue français, jongle avec les beats énergiques et découpés et les morceaux mélodiques de basses ou de piano.

Big Loada n'est certes pas son EP le plus connu et le plus représentatif (Squarepusher s'est quelque peu rangé ces derniers temps, en laissant apparaître son image de bassiste au premier plan -- dernier concert en date à la villette cet été) mais rassemble tous les styles et méthodes du capitaine. A l'abordage!! (version Warp Records)
  1. A Journey To Reedham (7.am mix) (6:35)
  2. Full Rinse (2:26) featuring - MC Twin Tub
  3. Massif (Stay Strong) (6:27)
  4. Come On My Selector (3:24)
  5. The Body Builder (Dressing Gown Mix) (3:01)
  6. Tequila Fish (6:08)
  7. Jacques Mal Chance (Il N'a Pas De Chance) (0:48)

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11 octobre 2007

Art Brut - Concert à Bordeaux le 9 octobre 2007

C’est à vélo que je me rends ce soir au concert des anglais d’Art Brut aux dépends d’un autre show qui a lieu le même soir, celui d’ I’m from Barcelona, préférant pour un soir le rock post punk spontané à la pop hippie ensoleillée du nord. Atterri on ne sait comment dans mon baladeur, le premier jet Bang bang rock ‘n roll m’avait suffisamment fait bouger la tête ces dernières semaines pour que je décide de franchir le pas et profiter de leur passage en France.

La Converse aux pieds est de rigueur et la salle du BT59 continue de se remplir lorsque débute le hors d’œuvre de la soirée avec le duo mixte indépendant bordelais Minuscule Hey. Epaulés d’un véritable troisième larron sous forme d’une boîte à rythme, Laurent et Emily n’ont pas grand-chose à envier à Jack et Meg White. La même brutalité, la même manie de déconcerter les mélodies avec des compositions bancales et détraquées. Le binôme s’est fait connaître en soirée. Il pourrait d’ici peu en animer bien d’autres. J’ai pour ma part investit dans leurs maquettes, qui sait, ça vaudra peut-être quelque chose sur ebay dans quelques années.

Revenons à nos moutons et à la bande d’ Eddie Argos qui est ici ce soir pour dépoussiérer nos oreilles. Formation du sud de Londres active depuis 2003, Art Brut est surtout connu pour son leader charismatique Eddie Argos. Dandy malgré lui, Eddie est repéré et lancé par le label Rough Trade à qui il n’avait rien demandé. En 2005, il fait la couverture de Rolling Stone. Une franchise qui les dépasse se monte et voit naître des Art Brut 2, Art Brut 3… Pourtant, Eddie avoue sans complexe qu’il ne sait pas chanter. Pour faire vite, Eddie Argos c’est un peu Mr Tout le monde, le gars joufflu qu’on ne remarque pas derrière sa mèche, le gars qu’on entend rire à gorge déployée à une blague potache au fond d’un pub anglais autour d’une énième tournée de Guiness. Comme à l’accoutumée, c’est en chaussettes qu’il débarque sur scène et qu’il débute chaque set par un coup de pied Bruce Lee dans le vent.

Art Brut génère en général deux types de réactions : ceux qui aiment le côté parodique et auto dérisoire et ceux qui sont outrés et qui crient à la supercherie. Je préfère être du premier bord et savourer les textes lucides et sarcastiques de We form a band ou de Bad weekend. C’est vrai qu’ils ne se font pas que des amis en fustigeant les institutions en place que sont NME ou Top of the pops. Mais quand c’est fait avec humour et désinvolture, ça passe. Pour moi c’est le cas. Et puis au-delà des textes, ça dépote sévère. Jasper Future, nouvelle recrue à la guitare, use et abuse de grimaces et de mouvements de bras endiablés pour accompagner son jeu de cordes très punk. Ian Catskilkin joue le rôle de la seconde guitare et se livre régulièrement à du face to face avec son acolyte. Freddy Feedback, seule fille du band, reste quant à elle discrète en alignant ses basses au fil des chansons. Mickey B, impressionant à la batterie sera l’auteur de nombreux mouvements rythmiques originaux et participatifs avec le public qui ne demande que ça, participer, sauter, battre des mains, répondre en cœur.

Un concert d’ Art Brut c’est un peu ça, une pincée de Clash, une poignée de Fall et surtout une personnalité originale, lorsque Mr Argos décide de descendre avec nous et d’entamer une danse bras dessus bras dessous avec la foule. En l’occurrence le bras c’était le mien. Formidablement placé au premier rang, j’étais tellement loin d’Eddie que je pouvais lire à tout moment l’heure à son poignet. Sans être fan, ça fait toujours plaisir de partager ça avec un Monsieur de la musique. Ca les rend plus humains ces étoiles de l’industrie du disque.

Renvoyant mes craintes au tapis, la tracklist de ce soir tient plus qu’il ne faut la route : une quinzaine de titre et trois de mieux pour le traditionnel rappel. Bien sûr les hits sont là Bad weekend, Moving to L.A., Emily K et mon préféré, My little brother, hymne de revival brit rock d’un adulte qui découvre que son petit frère écoute du rock, "My little brother has just discovered rock & roll, he’s only twenty two and he’s out of control" . Tellement ça.

Ce soir et jusqu’en janvier 2008 les petits oiseaux sont sortis et ont capturé les moments, les fumeurs ont pu fumer et les non fumeurs aussi par la même occasion. J’essuie la sueur sur mon front et enfourche mon vélo. Je m’éloigne dans la nuit et le son d’Art Brut martèle encore mon cerveau. Je me prends alors à penser que finalement, c’est peut-être seulement ça, être rock en 2007.






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29 septembre 2007

Okkervil River - The stage names (2007)

Will Shef doit être content. Capitaine courageux menant de main de maître depuis 4 albums sa barque d'Okkervil River sur les rives d'un folk pop accessible et passionnant, Will s'est retrouvé seul sur les routes lors de sa tournée 2005, à écrire des textes éclairés sous forme d'hommage amoureux à la pop seventies au fond de motels miteux. Le tout à la sauce texane. D'une force émotionelle sidérante, Win signe en 9 morceaux un pavé colossal au final héroïque, renversant et jouissif à la fois. Il a puisé dans sa fibre littéraire et a écrit 9 histoires cohérentes démontrant un talent de parolier attachant. Sans aucun autre doute possible Okkervil River atteint le sommet de sa carrière.

On peut dire que le projet lui tenait à coeur, et c'est avec maîtrise et confiance en soi que Will peut enfin exprimer pleinement ses thèmes de prédilection avec plus de sobriété et de grandiloquence. D'une énergie positive immesurable, c'est une ode poétique sur les seventies, sorte de rock folk alternatif et entraînant. Grâce à un rythme bien plus soutenu que sur ses précédents albums, même les titres les plus calmes envoient (Savannah Smiles, Girl in port), sans doute à cause des récurrents handclaps et du nombre impressionnant d'instruments au compteur. L'oeuvre d'Okkervil River en sort grandie et essentielle.

C'est aussi cet amour pour la culture musicale qui fait la force et la maturité de ce disque. Plus One, concept original et ludique consistant à rajouter 1 à des titres de chansons connues, 99 Luftballoon se mutant en 100 Luftballoon, 7 miles high en 8 miles high... Cet extrait du Final Cut des Pink Floyd dans le title track, simple et beau, comme un merci à l'auditeur, pour lui avoir fait confiance. Sur Unless it's kikcs, les Stones et Neil Young ne sont pas loin. Will semble hurler au monde entier qu'Okkervil River n'est pas un groupe folk de bouseux mais bien un groupe rock cultivé et talentueux. Il semble inviter l'auditeur, par ses handclaps entraînants, à une grande balade faite de choeurs et de pianos, qui fait mouche sur chaque titre et qui vient enfoncer définitivement le clou sur the last titre, John Allyn Smith Sails, avec son coup de théâtre incroyable, ultime preuve de bon goût: un revirement de la chanson à mi- parcours qui vient reprendre le Sloop John B des vénérés Beach Boys, et le multiplier par puissance mille. Triomphant, Will semble jeter à la figure de son auditeur un "Je l'ai fait! Régalez-vous."

Mises à part leurs origines texanes communes, il existe de nombreuses similitudes entre Will et Win Butler d' Arcade Fire, sur les élans lyriques et le souffle habité notamment. Elaboré comme un vynil, sur 2 faces aux ambiances distinguées, la chanson folk traditionnelle et le Motown des années 67 semblent réconciliés et apaisés pour célébrer le classicisme des 70's, sur ces simples rimes parfaites "From the bridge on Washington avenue, the year of 72, i broke my bones". Avec Okkervil River, le label Jagjaguwar déjà producteur des très bons Besnard Lakes peut désormais compter sur une valeur sûre, sur un groupe qui ne sera plus jamais comme avant et qui pourrait marquer définitivement l'année musicale 2007. Indispensable.

En bref: Meilleur album 2007 pour moi (sans compter Neon Bible hors catégorie). Okkervil River devient un groupe majeur grâce à son disque à la fois le plus accessible et le plus abouti. Un chef d'oeuvre.
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Premier Single de l'album et pas forcément le meilleur, pour dire...


Souvenez-vous, For Real, premier "tube" d'Okkervil River...



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Barry White - Standing In The Shadows Of Love (1973)

Non, ceci ne concerne pas un album, ni un best-of ou même une compilation... Ce post concerne simplement ma chanson préférée du grand Barry White: "Standing In The Shadows Of Love".

Ce titre apparait sur le premier album du grand lover, disparu en 2003, "I've Got So Much To Give" (1973) ; mais comme beaucoup de titres forts de ces années là, c'est une reprise. La version originale date en effet de 1966 et était chantée par The Four Tops, quartet grandement reconnu de l'époque. Le titre fut écrit & composé par le premier trio de producteurs multi-recompensé de Motown: Brian & Eddie Holland en compagnie de Lamont Dozier. La version d'origine est relativement semblable à celle de White; surtout au niveau du refrain, qui conserve exactement les mêmes tonalités. Les couplets sont tout de même plus "soul" dans la version de 1973 et les envolées vocales de l'auteur de "Honey Please, Can't Ya See" leurs donnent plus de corps et de profondeur. Cette chanson possède une rythmique vraiment forte, très marquée, en comparaison d'autres tubes de Barry White & les choeurs féminins lui donnent une dimension sensuelle inatendue.

On remarquera que la première version de White durait 8 min 02s alors que la version la plus répandue, celle du best-of de 1975, Barry White's Greatest Hits, est un edit de moins de 5 min 30s.

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21 septembre 2007

David Lynch's Inland Empire Soundtrack (2007)

Pour certains, David Lynch est le Dieu Vivant du Cinéma. Pour d'autres, il est le plus fin des escrocs du septième art, capable de faire passer de longues incohérences pour des chefs-d'oeuvres hermétiques. Mais tous ou presque seront d'accord pour lui reconnaître un talent majeur, celui d'imbriquer les images et les sons. De ce point de vue, les 172 minutes d'Inland Empire représentent le sommet de son art.

Pour tous ses derniers films, le maître avait travaillé avec Angelo Badalamenti, qui lui avait fourni la plupart des symphonies schizophréniques de Twin Peaks, Blue Velvet, Lost Highway ou Mulholland Drive. Cette fois, Lynch vole de ses propres ailes. On connaît sa versatilité, ses débuts en tant que peintre, son amour du yoga et de la méditation, les mille et une formes qu'il peut donner à ses cauchemars... mais on connaît moins, il faut bien le dire, le Lynch musicien, auteur, cette année, d'un album forcément dérangeant, intitulé The air is on fire.

Au total, huit titres sur les 17 de cette bande originale sortie tardivement (quasiment un an après la première diffusion du film) sont issus du cerveau torturé du cinéaste. Parmi ces compositions lynchiennes, on retiendra surtout Ghosts of love, un blues industriel et ultra-éthéré où Lynch chante à travers un vocoder quelques couplets qui lui vont comme un charme : "Strange, strange, what love does...". Polish night music n°1, avec le pianiste Marek Zebrowski, se distingue aussi par la somptueuse opposition de cordes inquiétantes et d'un piano léger comme un rêve. Un morceau qui illustre bien la thématique du dédoublement chère au réalisateur, et qui s'applique à ce disque comme aux précédents.

On passe ainsi de la fraîcheur latine du fameux Three to get ready de Dave Brubeck aux sombres dissonances de compositeurs contemporains polonais tels que Boguslaw Schaeffer ou Krzystof Penderecki, de la naïveté sixties de Little Eva avec The Locomotion au rock astucieux de Beck et de son Black tambourine. Le disque (comme le film) s'achève sur Sinnerman de Nina Simone, déchirante prière au LORD qui tranche encore nettement avec le reste. Ceux qui connaissent le cinéma du bonhomme réussiront à trouver, à l'aide des images enfouies dans leurs crânes, une cohérence à ce foutoir sonore. Pour les profanes, l'écoute risque d'être plus éprouvante, voire complètement déboussolante.

Moins agressive que celle de Lost Highway (où figuraient notamment Nine Inch Nails et Rammstein), peut-être moins envoûtante que celle de Mulholland Drive, la BO d'Inland Empire, comme le film dont elle est tirée, s'éloigne encore un peu plus dans l'abstraction et dans la peur. Composant ses propres morceaux et piochant logiquement dans la musique d'avant-garde, le jazz et la pop, David Lynch plonge plus loin encore dans ses hallucinations et laisse chacun libre de l'accompagner, à ses risques et périls.

En bref : une B.O. en forme de bric-à-brac, entre soul, musique contemporaine et psychédélisme, pour faire l'inventaire de toutes les angoisses lynchiennes.



01. David Lynch - Ghosts of Love
02. David Lynch - Rabbits Theme
03. Mantovani - Colors of My Life
04. David Lynch - Woods Variation
05. Dave Brubeck - Three To Get Ready
06. Boguslaw Schaeffer - Klavier Konzert
07. Kroke - The Secrets of the Life Tree
08. Little Eva - The Locomotion
09. David Lynch - Call From the Past
10. Krzysztof Penderecki - Als Jakob Erwachte
11. Witold Lutoslawski - Novelette Conclusion (excerpt) / Joey Altruda - Lisa (edit)
12. Beck - Black Tambourine (film version)
13. David Lynch - Mansion Theme
14. David Lynch - Walkin' on the Sky
15. David Lynch/Marek Zebrowski - Polish Night Music No. 1
16. David Lynch/Chrysta Bell - Polish Poem
17. Nina Simone - Sinnerman (edit)
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18 septembre 2007

The Coral - The Coral (2002)

Merci aux Inrocks qui m'ont permis de découvrir ce groupe par le biais d'une chronique du numéro 609 oréolant The Coral qui, je cite, "met au monde le plus grand album pop de son époque", rien que ça. Il n'en fallait pas plus pour aguiser ma curiosité au point d'acquérir la discographie du groupe liverpoolien. Finalement et contrairement à ce qui était annoncé, "Roots and echoes" n'était pas l'album tant attendu, l'album salvateur de la génération anglaise. Par contre, The Coral, simple éponyme, il l'était, lui.

Ils sont 6, ils ont 20 ans ou presque, et rien ne leur est impossible (dixit Laurie). Eternellement à l'ombre d' Arctic Monkeys et de son armée, James Skelly et sa clique puisent leur inspiration dans les chants anciens des sixties et le psychédélisme indomptable des seventies. Le tout dans des Converse bien twentiz. Je suis tombé amoureux de ce groupe au travers de 4 albums assez complémentaires, le meilleur étant celui que vous lisez. Quand le rock allie inventivité et maîtrise pour rendre hommage au folk et au country.

Ca y est on la tient, la plus belle chanson de notre époque, Shadow fall, court reggae rocké, classique instantané à la fois fédérateur et brisant. Une image? Hum... une guitare insaisissable filant le train d'un voyageur chantant. Pas évident de s'en remettre. Faites moi plaisir écoutez-la. Dreaming of you, deuxième titre parfait où la musique atteint à la fois l'universalité des Beatles et l'underground des Kinks dans une ballade de guitare de plus. Il faut dire que Spanish main démarre fort avec son approche martialle et fanfaronne du rock anglais, presque américaine. I remember when, quant à elle, procure des hérissements de poil lors d'envolées vocales et instrumentales au final en montagnes russes éprouvantes que Space Mountain lui même n'aurait pas renié.

Riffs Strokes, claviers Doors, finesse des textes et mélodies amples, ces quatres là n'ont pas fini de faire parler d'eux. Encore faudrait-il que nous nous y mettions. Sans doute l'une des plus belles surprises personnelles de cette année, The Coral transporte là où je ne comptais même pas aller. Et ce n'est pas Fab qui dira le contraire.

En bref: Premier effort et clef de voûte d'une discographie déjà plantureuse, The Coral ne dément pas à la traditionnelle magie de l'album éponyme. Depuis maintenant plusieurs mois en boucle sur ma platine. Du bonheur en barre.


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22 août 2007

The Beta Band - The Beta Band (1999)

Vilain petit canard commercial et critique de la géniale discographie des Beta Band, l' ALBUM éponyme fut même rejeté par ses géniteurs, le traitant à l'orée de sa sortie de "Fucking awful"! Pourtant c'est celui ci qui accusa le plus ma curiosité et qui me pousse à vous faire découvrir un groupe à part, à mille lieues des rayons de disque destinés à remplir les poches des majors. Je sauverai ce disque!

D'origine écossaise, Stephen Mason, Robbin Jones, Josh Maclean et Richard Greentree créent en 1997 une musique psyché délirante et pop, ardue à définir. Pour les références c'est Syd Barett jouant avec les Beatles, c'est Beck chantant du Pink Floyd ou encore Eels tapant le carton chez les Beach boys. Du carton il doit sûrement en être question, ou plutôt du toncar pour soutenir leurs cigarettes qui ne doivent pas contenir que du tabac. Car il ne faut pas se leurrer, ce rock hallucinogène est avant tout destiné à accompagner les douces rêveries d'un auditoire enfumé et mélancolique.

Foutoir de génie, ou non, The Beta Band anime telles des marionnettes une fanfare électronique qui se dérobe sans cesse sous nos oreilles. On pense savoir où l'on en est, ok c'est du hip-hop (The Beta band rap), et puis merde c'est de la pop (It's not too beautiful), le passage se faisant généralement en une chute libre de notes dissonantes et perturbantes mais si généreusement accompagnatrices. "It's not too beautiful" justement, le plus singueulisable morceau de l'album s'il en est, transporte très loin grâce à sa pop nappée et atmosphérique. Ca en serait presque beau bordel. Comment peut-on abandonner ce morceau? Je ne comprends pas.

"Dance o'er the border", excellentissime selon moi, sorte de dub hip hop électronique, break dance sous acide qui pourrait aisément envoyer la clique à la clinique si un psy écoutait ça. Et puis il y a "BrokenUpADingDong", folk exalté d'une bande de hippies narcoleptiques. "Round the bend" c'est les Byrds qui rencontrent Radiohead, du n'importe quoi je vous dis!

Vous l'aurez compris, The Beta Band est un album à vivre ou à laisser, euphorique et planant, qui suppose d'accepter le fait de s'embarquer dans une grande fresque épique et droguée, lorsque la créativité psychédélique arrive à accoucher d'un son original et allumé. Non The Beta Band n'est pas un groupe Lambda. Non The Beta Band ne bande pas. Clairement hallucinant.


En bref: The Beta Band ou la folie incontrôlable au service de chansons planantes et obsédantes. A prendre ou à laisser, selon l'humeur et le degré de high du moment.





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20 août 2007

Entretien avec Nicolas Maslowski (Makasound)

Depuis quelques temps le label français Makasound remet au goût du jour des albums de reggae méconnus ou qui ne sont plus édités. Il porte aussi de nombreux projets avec des artistes comme Earl "Chinna" Smith ou Winston McAnuff. Pour en savoir plus sur cette maison hexagonale atypique, rencontre avec Nicolas Maslowski, un de ses créateurs.

Quand le label Makasound a-t-il été créé ? Par qui ? Dans quel objectif ?

Nicolas Maslowski : Le label s’est monté fin 2001, et le premier disque est sorti en mars 2002. C’était l’album de Winston McAnuff « Diary of the silent years ». Nous avons monté le label à deux – Romain et moi – suite à l’impossibilité de trouver un label assez couillu pour sortir cet album de Winston. Les maisons de disques nous disaient « il n’est pas connu », « il est trop vieux », etc…donc nous l’avons sorti nous-mêmes. C’est comme cela que tout à commencé. Donc le premier objectif était de sortir « Diary of the silent years ». Dès lors, nous avons réfléchi à la suite.

Quel est le principe directeur du label ? A quels impératifs vous tenez-vous ?

Le principe était donc de sortir des albums rares de roots, si possible inédits, mais en tout cas des trucs killers qu’on kiffait dans ma collection d’albums vinyles. De la grosse musique. Les premiers impératifs sur Makasound étaient donc de sortir de la bonne musique roots jamaïcaines, antérieures à 1984 (l’ère digitale). Je crois qu’on s’y est bien tenus sur l’ensemble de la collection Makasound qui compte aujourd’hui près de 20 références, le dernier en date étant The Slickers « Break Through ». Puis par la suite nous avons lancé d’autres labels, ou plutôt des collections comme Inna de Yard, Black Eye, ou encore Makafresh. Les différentes collections sont clairement individualisées sur http://www.makasound.com/. Tout ces noms embrouillent un peu les gens.

La série "Inna da yard" est l'un de vos projets que j'apprécie le plus, comment êtes-vous rentrés en contact avec Earl "Chinna" Smith pour enregistrer dans son yard ?

L’idée de la collection Inna de Yard m’est venue à Paris, en réfléchissant à comment produire des albums à coût réduits. La production d’album coûte cher, et nous n’avions pas les moyens de louer des studios,et tout ce que cela inclus comme dépenses. Comme nous voulions aussi produire des albums acoustiques, l’un dans l’autre Inna de Yard correspondait bien. Au départ, l’idée était d’aller de yard en yard, chez chaque chanteur qui aurait adhéré au projet. Puis j’ai exposé le projet à Winston pour voir ce qu’il en pensait. C’est lui qui m’a aiguillé vers Chinna, me disant que l’idéal serait de le faire chez lui puisqu’il a un home studio très basique mais qui suffirait. Quelques mois après nous étions en Jamaïque pour enregistrer quelques overdubs pour l’album de Winston avec Camille Bazbaz, « A Drop ». Chinna était au studio Harry J pour poser des guitares. Je lui ai exposé l’idée en 5 minutes et il a été directement emballé. Nous avons commencé la semaine suivante avec lui et avec Kiddus I. Puis Linval Thompson , Cedric Myton des Congos (avant qu’ils ne se réunifient), Ras Michael Jnr, The Viceroys, et Junior Murvin (http://www.innadeyard.com/ ). Nous avons en boite un Mighty Diamonds , un Prince Alla et encore plus de surprises.

Comment contactez-vous les autres légendes jamaïcaines que vous faites enregistrer ?

Depuis cinq années que nous nous rendons en Jamaïque plus sieurs fois par an, nous avons tissé une toile de contacts, notamment grace à Winston mcAnuff, mais aussi par nous-mêmes. Nous commençons à être connus sur place et il y a même des artistes qui nous sollicitent pour différents projets des quatre labels. Mais nous allons à notre rythme, et en fonction de nos envies.

Travaillez-vous entre la France et la Jamaïque ? Comment cela se passe ?

Nous sommes basés en France, à Paris, mais nous allons de une à trois fois par an en Jamaïque, principalement à Kingston. Il est possible qu’un de ces jours nous ayons un bureau là-bas, mais ça n’est pas encore fait.

A l'écoute de vos productions, on peut percevoir un choix, me semble-t-il, pour un reggae très acoustique et épuré, pourquoi ce choix ?

Ce choix était un parti prix de la collection Inna de Yard, retrouvez les chansons telles qu’elles ont été crées : le plus souvent avec une guitare et une voix. C’est en effet un choix délibéré. Nous voulions enregistrer des albums acoustiques, des disques apaisants comme celui de Kiddus I.

Pourquoi le choix aussi d'un reggae plutôt roots ?

Tout simplement parce que c’est celui que nous aimons le plus. Nous ne sommes pas du tout fermés aux musiques nouvelles, d’où qu’elles soient, mais le reggae roots nous touche particulièrement. J’adore Sizzla ou Group Home. On écoute plein d’autres musiques mais celle-ci est si particulière, unique et très sincère.

Quelle est la démarche pour rééditer un classique du reggae (je pense notamment à Alton Ellis) ? Surtout lorsqu'on est un label indépendant comme le votre ?

La démarche est assez simple : contacter l’artiste et/ ou le producteur du disque, puis se mettre d’accord avec lui. Par exemple pour Alton Ellis on est passé directement par lui après avoir été recommandé par Leroy Brown. Et quand j’ai contacté Leroy Brown (dont Willi Willaims m’avait donné le contact suite à notre déception de ne pouvoir sortir le Messenger Man puisque le deal était bouclé avec Blood & Fire), il s’est d’abord renseigné sur nous avant d’accepter d’avancer sur quoi que se soit. On a gagné une belle confiance de la part des ces artistes. Mais chaque projet est différent, comme chaque personne.

Que penses-tu du marché de la musique reggae ? En forme ou végétatif ?

Je pense que le marché du reggae est stable, en France du moins, mais qu’il reste faible par rapport au potentiel de cette musique. Il l’est depuis le début, depuis 1977 ou 78 où Marley a explosé, depuis que Gainsbourg à sorti ces deux albums reggae et que Bernard Lavilliers y a touché aussi. Mais je pense en même temps qu’il est dans une forme végétative, parce que trop mis à l’écart par rapport à son envergure. Bob Marley est le plus gros back catalogue d’Universal ! Et puis après tout dépend ce qu’on appelle reggae, ou ce qu’on met dans cette catégorie. Bob Marley est toujours le baobab qui cache la foret. Amener Winston la où il est aujourd’hui a été un vrai combat, et qui est loin d’être fini. Mais globalement le reggae souffre d’une mauvaise image, d’une image totalement fausse que les médias généralistes entretiennent : spliff, cocotier et nonchalance, ou homo phobie par exemple. On le présente toujours de manière idiote, comme une musique simple, peu créative et qui ne s’écoute que l’été, ou on le pointe du doigt pour dire : Attention, c’est dangereux, ils sont homophobes, ou ils sont racistes, ou encore ils fument de l’herbe, etc…je pense que c’est son coté radical, unitaire et sans concession qui fait peur, mais c’est dur à dire. Parfois quand je lis certains trucs (je pense notamment à l’article de V Mortaigne paru dans le monde il y a quelques mois) ou que j’entend des discours sur le reggae, j’ai envie de m’arracher les cheveux. A la télévision par exemple, en France, un rasta ne peut être que comique ; je pense la à une récente pub Fiat qui faisait référence à Rasta Rocket, ou à la rediffusion de la prestation de Nuls à l’occasion de la présence de Burning Spear sur un plateau de Canal +. Il a du être atterré. Même les quelques fois où Winston est allé sur des plateaux, j’ai entendu des phrases qui dépassent l’entendement. Déjà aucun d’entre eux n’est capable de prononcer son nom correctement, et je pense que c’est inadmissible de la part de journalistes. Mais aujourd’hui on tolère tout. D’ailleurs, il n’y a presque plus de journaliste dignes de cet appellation.
En même temps, tout le marché baisse aujourd’hui. Même pour nous sur notre petite niche. C’est pour cela que nous cherchons d’autres moyens de diffusions, comme par exemple la vente en ligne sur notre ite http://www.makasound.com/. Ca n’est ouvert que depuis quelques mois, en réaction…pour ne pas arrêter.

Peux-tu me citer L'ALBUM reggae MYTHIQUE pour toi ?

AAHHHH. C’est dur, un seul ? C’est pas possible. Il y a plusieurs Dennis Brown, probablement un Johnny Osbourne, L’album de Knowledge produit par Tapper Zukie, le « Messenger Man » de Willi Williams, « Forward on to Zion » de Abyssinians. Il y a plein de gros albums fondamentaux comme « War inna Babylon » de Max Romeo ou « Hail H.I.M » de Spear et puis il y a aussi plein de perles rares, comme par exemple le Mighty Three’s…

Propos recueillis par fabien.


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19 août 2007

Elvis Costello - Théâtre de Fourvières (Lyon) - 26/07/07

J'ai vu Elvis: il n'est pas mort comme on le prétend ! Trève de plaisanteries, car l'autre, le vrai (à l'état civil !), le King sera célébré comme il le mérite cette année !

Non, je veux parler bien sûr du plus célèbre binoclard du rock aux côtés de Buddy Holly ou autre Hank Marvin, le bien nommé Elvis Costello alias Napoleon Dynamite, the Emotional Toothpaste (eh oui!), the Man (rien que ça !), the Coward Brother ou bien plus sûrement Declan Mc Manus (son véritable patronyme)-c'est vrai que ça le faisait moins...

Arrivés une demi-heure avant l'ouverture de la billeterie en ce 26 juillet au théâtre de Fourvières, je remarque dans la famélique file d'attente qui se presse pour l'instant 3 choses qui me vexent: 1) ladite file d'attente confirme que Costello ne joue pas à guichets fermés, pure aberration en soi pour un tel artiste qui ne s'est pas produit en France depuis près de 10 ans 2) son nom, contrairement à Gad Elmaleh, ne figure même pas sur le long listing des artistes appelés à fouler le festival lyonnais 2007 3) les appareils photos sont proscrits, en revanche les portables (grosse hypocrisie), no soucy !!

Qu'à cela ne tienne, après avoir vérifié la servitude toute aussi jeune que tâtillone du personnel lisse et coincé du derche des placettiers (si!si!) du théâtre, Nini et moi investissons comme à notre habitude le premier rang du riquiqui hémicycle dont la scène, heureuse surprise est au même niveau, c'est-à-dire que pas de fosse, rien ! Comme le staff de Fourvières ne rigole pas, c'est assis en tailleur et pas bouger ! que nous attendons l'arrivée de The Man ! Particulièrement fébrile à l'idée de cette rencontre, je me suis déjà imaginé, en m'avançant mater le tracklisting, Elvis en personne dissimulé avec son chapeau derrière un ampli. Hélas ce n'était qu'un projo dont la mise en mouvement soudaine me fait rire silencieusement! Pugnaces, nous osons une bière servie par un saisonnier au pédigrée de barman bac moins 1 (même moi je mets moins de mousse !!) : peine perdue, elle est infame !

A 21H30 tapantes, et alors que l'enceinte s'est remplie jusqu'à la gueule, c'est avec beaucoup d'émotion que je vois arriver Costello. Cette excitation est partagée par la jeune fille d'à côté venue avec une poche pleine de 45t vintage de l'Homme, promise à une future dédicace. Elvis est suivi de son backing-band de ryhthm&blues (4 blacks infernaux aux cuivres !), un 2ème guitariste, section rythmique et bien sûr monsieur Allen Toussaint prenant place au piano à queue. Bien que tirant ostensiblement la gueule, l'incomparable Steve Nieve des Attractions (légendaire backing-band du Maître) est à l'orgue ! Physiquement méconnaissable avec sa barbe de loup de mer, Nini lui décerne le titre de sosie de l'été ; c'est un private joke dont nous rions beaucoup !

Ouane, tou, frit, fore et ça démarre chaloupé, swinguant tout ce qu'on veut : l'ensemble de The River In Riverse son dernier effort partagé avec Toussaint est à l'honneur, mais très vite, Elvis sensible à l'enthousiasme des premiers rangs -où il se balade à la coule micro en main- revient en scène et d'un geste nous incite à nous rapprocher ! Les crampes naissantes (remember position en tailleur !) et l'excitation palpable sont autant d'éléments déclencheurs ! Elvis Costello est en grande forme ! Son vibrato si caractéristique, sa voix magnifique est aussi puissante qu'il y a 30 ans, témoins ces quelques essais a capella que peu de rockers de sa génération iraient se permettre ! Avec son jeu de guitare si minimaliste mais unique en son genre, Elvis balance son nouvel album donc, entremèlé de vieilles scies revisitées à la sauce New Orleans !

Comme prévu sur le tracklisting, nous avons droit à un "Pump It Up"d'anthologie, un "Watching The Detetctives", reggae séminal d'abord méconnaissable et à moult titres de Get Happy (normal, album d'obédience northern soul).

Le meilleur est à venir; ravi de l'accueil qui lui est fait, Elvis Costello légèrement empâté dans sa silhouette mais toujours dépositaire de cette patine de songwriter de génie (aucun rapport il est vrai !) oscille entre francs traits d'humour à la Woody Allen ("Il est sympa ce théâtre, il sera encore plus beau une fois qu'il sera terminé !") et moment d'émotivité pure : cette reprise d' I Want You, l'un de ses plus beaux morceaux, avec le seul Nieve au piano, lors du rappel ! Un rappel particulièrement goutu puisqu'il nous offre outre cette déchirante ode amoureuse, un brelan de titres dont l'imputrescible "Alison", entoné par tout un théâtre en fusion !

Alison, souvenez-vous, suckers, c'était il y a 30 ans : "A-a-a-a-a-a-a-a-lisooooooon ! My aim is true" qui donnait son titre à son légendaire premier LP, une époque où des artistes aussi essentiels que les Specials, Joe Jackson, Damned, Clash ou Wire sortaient leurs premiers disques, époque du punk mais déjà annonciateur du ska et de la new-wave !

Ultime retour avec le groupe au complet où il semble qu'enfin le service d'ordre très raide du string se détende peu à peu, leur chef finissant même par esquisser un sourire !

Ah, j'oubliais ! La jeune fille a eu droit en plein morceau à son barbouillage de pochettes de la part d'un Costello énamouré et particulièrement jovial il est vrai, l'henaurme section cuivres se disperse dans la nuit en tapant des mains complices ! Tout n'est qu' amour !

Le public constitué d'autant de néophytes que de fans de la première heure s'en va rassasié et heureux ! Restent 2 heures de route à se fader après un interminable circuit glauque (travaux à la bretelle d'accès de l'autoroute) dans l'univers de la prostitution lyonnaise ! Ce soir, je n'ai peut-être pas vu Dieu mais Elvis était là ! Et j'y étais !






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23 juillet 2007

Laurie Anderson - O Superman (1981/2007)

C'est parmi les disques de la mère d'un très bon ami à moi que nous avons découvert Laurie Anderson, alors que nous n'avions que quinze ans. Lors de nos vertes journées d'école buissonière, nous passions son disque en boucle sans bien le comprendre, fascinés par le rythme scandaleusement minimaliste d' O Superman (for Massenet).

En fait, nous aimions à tel point ce morceau de 8m 23s. que les autres titres de l'album passaient quasiment à la trappe. Après plusieurs années, je me suis quand même décidé à écouter les huit morceaux de Big Science et à les trouver magnifiques. Nonesuch a d'ailleurs réédité ce premier album il y a tout juste une semaine, après avoir réédité le dit morceau en maxi. Tout ça en prélude au retour de la grande dame de la musique contemporaine, copine de Philip Glass et David Bowie, avec un nouvel album studio, Homeland, pour 2008.

Si O Superman est pour Jules Massenet, c'est parce qu'il reprend le O Souverain du compositeur d'opéra français. Sorti confidentiellement sur 101 records, un minuscule label indé new-yorkais, ce titre se hisse à la deuxième place des charts UK en 1981, grâce au coup de pouce de John Peel, qui passe la version intégrale en boucle sur BBC Radio 1. N°2 des charts ! Pourtant, le motif ultra-répétitif, modelé par la voix filtrée de Laurie Anderson, ne répond pas aux canons du hit. Et le phrasé haché comme celui d'un robot, où chaque syllabe se détache, non plus. Peut-être le succès du morceau est-il simplement dû à son ampleur mélodique, irréelle, ou à l'utilisation futuriste des machines, violons trafiqués, orgues, vocoder ? A moins qu'il ne soit venu du caractère messianique de ses paroles...

"Here come the planes", fameuse phrase-climax de la symphonie, fit d'ailleurs un drôle d'effet aux new-yorkais venus écouter Laurie Anderson quelques jours seulement après le 11 septembre. Comme si on leur projetait, après coup, un rêve prémonitoire.

Morceau inexplicable par essence, poème majestueusement insolite, O Superman reste une de mes pièces sonores préférées. Musique contemporaine? Concrète ? Expérimentale ? Electronique ?... Peu importe quand l'étrangeté atteint ces sommets, quand la musique résiste à ce point à toute tentative d'éclaircissement, lévitant quelque part entre effroi et félicité.

En bref : ce poème expérimental, synthétique et planant est l'un des morceaux essentiels de la musique contemporaine.








Un site sur l'album Big Science
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22 juillet 2007

Garden Nef Party - Angoulême le 21/07/07

Majestueux cirque de nature dominant la ville d'Angoulême, la ferme des Valettes accueille pour une première édition une programmation digne des plus grands. Sur les 17.000 personnes ici ce soir, tout le monde a déjà vibré ces derniers mois sur les sons d'Arcade fire, de Clap yours hands, de Cocorosie, des Klaxons ou de LCD Soundsystem. Le show s'annonce grandiose.



Arrivé pile poil alors que le soleil estival brûle ses derniers rayons, le concert des Klaxons peut commencer. Le son est gigantesque, la scène est magnifique, toute l'assistance est tirée de sa torpeur douceureuse de fin d'après-midi. Les tubes s'enchaînent et viennent assoir une réputation à ces jeunes anglais qui soulèvent jeunes et vieux, rockeurs et clubeurs. Une sacré jeunesse.



Pas de répis puisque ça enchaîne direct sur les new yorkais de Clap your hands say yeah! Après deux albums impeccables, ce club des cinq enflamme un public apparemment très connaisseur, venu en partie pour cette très rare prestation en France. Alec Ounsworth avec son chant si spécial atteint une prestance de grande star du rock, image iconoclaste d'un contraste avec son physique de Gavroche à casquette. Une voix qui pousse si loin et qui arrangue sacrément les foules sur des mélodies proches de la perfection.



Demi teinte en revanche pour Panda Bear, Geologist et Deakon qui forment le trio expérimental des Animal collective. Expérimental peut-être un peu trop pour une deuxième scène qui aurait mérité les faveurs attribuées à la première. Ces dissonances pop résolument modernes ne touchent qu'en partie un public en attente d'autres groupes peut-être plus abordables un soir de festival.



Cocorosie et son petit cercle de fans se portent bien. Pas franchement surexcitant, le folk de nos soeurs Blanca et Sierra s'apprécie allongé dans l'herbe des Valettes, un brin de paille au coin des lèvres. Tez, le beat boxeur fou du groupe, prend le temps d'un morceau perso pour dérouler son flow qui scotche l'audience en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. Mais combien sont-ils dans sa bouche? La curiosité passée, le show se termine en douceur mais la fièvre monte.



Jamais je n'avais vu scène comme ça, une douzaine d'instruments répartis sur trois étages, un orgue suspendu, des projections et des néons, beaucoup de néons. Des néons et une bible géante pour déguiser la tournée française de ce Neon Bible tant attendu. Quatre dates en france seulement, le public d'Angoulême est gâté, il va enfin voir de ses propres yeux le phénomène qui ne cesse de faire parler les hautes sphères de la presse concernée comme le cercle de potes au fond de son canapé. Arcade fire en live, je confirme, quelle claque. Grâce à une mise en scène lumineuse et un mur du son constitué de plus de dix convives, cette nouvelle musique atteind des sommets d'énergie positive. Avec un public sous le charme et 100% lié à la cause qui reprend en choeur le refrain de chaque chanson pendant plusieurs minutes lorsque celles ci se terminent, les Arcade fire en seraient presque déroutés mais en ressortent galvanisés. Régine Chassagne surtout, qui caméra à l'épaule passe à la batterie sur un titre d'une puissance phénoménale, saute à l'accordéon, attrape la guitare pendant que Will Butler pose sa voix si pesante. Là encore les tubes du premier et du deuxième album s'enchaînent et déchaînent un public qui comprend peu à peu ce qui est en train de lui arriver et qui ne veut surtout pas redescendre sur terre. Instants magiques tout simplement pour une musique qui ne semble pas prête de s'arrêter. Merci.



Pour clore la soirée, le James Murphy de LCD soundsystem nous rappelle au passage qu'il est l'un des producteurs les plus talentueux de sa génération. Son électro rock sans répis, il secoue l'assistance qui livre ses derniers soubressauts d'énegie. Terriblement efficace, la musique de Murphy claque et jette, en met plein la tête. C'est l'heure de rentrer.
Vous l'aurez compris, grâce à une prestation musclée des Klaxons, le folk psyché fédérateur des Clap your hands et l'orgiaque messe scénique des Arcade Fire, le festival d'Angoulême atteint pour sa première éditon un sommet de musique indépendante en France. Un endroit où il fallait être ce soir.

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21 juillet 2007

The Bees - Sunshine hit me (2002)

Deuxième couche sur le blog pour les anglais décalés de The Bees. Loin des instrument informatisés et de la frénésie londonienne, c'est toujours sur la très productive île de Wight que Paul Butler et Aaron Flectcher nous ressortent tels des élèves studieux tous leurs talents acquis en terme de jazz, de funk, de reggae et de pop. Ces gars là savent tout faire et ont acquis dans l'anonymat le plus total la capacité à pondre des morceaux qui ne ressemblent à aucun autre, pas même entre eux.

Carte postale sonore d'une île lointaine et inconnue où on fait de la musique, de la vraie, ce sont des sons chauds de cuivre et de bois qui font imploser les normes de la musique nord / sud. Car c'est carrément les tropiques qui ressortent de cet enregistrement fait dans le jardin, de ces arrangements minutieux débités sur un ton décalé à un auditeur qui en redemande dès la première écoute. D'une langueur attachante qui part dans tous les sens, une douce tendance générale à la mélancolie émane de ces harmonies vocales à la beach boys, sur un reggae triste et lent ou sur un rythme carnaval.

Sunshine, titre éponyme mêle le jazz et le rock psyché sur un rythme nonchalant presque insolant. A minha menina, reprise des Os Mutantes emporte très loin dans l'harmonie gospel. Deux blancs qui font du roots, 2 titres reggae à la hauteur de ce qui se fait sur le marché, le tout sur des influences pas si pesantes. Le charme tranquille et posé de Punchbag annonce la couleur. Mon champion: Sweet like a champion, sans doute du à l'extrême mélancolie qui s'en dégage. Un morceau comme j'en rêverais, si je l'osais. Ca a l'air si simple, un hamac, un cocktail, l'océan et les abeilles de Wight qui vous enrobent de leurs nappes musicales ensoleillées. Une rareté brute dans un monde qui ne l'est pas moins.





http://www.myspace.com/thebeesofficial


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09 juillet 2007

Neutral Milk Hotel - In the aeroplane over the sea (1998)

Continuant mon pèlerinage au pays vallonné du rock indépendant américain, j'enfourne dans ma platine un disque à la pochette intrigante. Première écoute enthousiasmante, j'accepte ma mission de faire découvrir ce joyau à la fratrie de Babylone. Quelques recherches plus tard je réalise qu'en fait, In the aeroplane over the sea n'est pas du tout une relique oubliée mais bel et bien un album culte du milieu indépendant ayant inspiré la plupart des artistes du moment, d' Arcade fire à Wilco. Raté, je ne serai pas le Christophe Colomb de ce disque. Parlons en un peu quand même.

Membre de l'excellent collectif américain Elephant 6 dont je n'ai pas fini de vous parler au travers de groupes tels que Olivia tremor control ou le récemment médiatisé Of Montréal, c'est l'auteur compositeur interprète Jeff Mangum qui prend les rennes de ce deuxième et dernier album. Leader énigmatique et réservé, dépressif chronique, Jeff Mangum découvre le journal d'Anne Frank et ressort bouleversé par cette évocation de la deuxième guerre mondiale. De là naîtra l'idée et le concept de ce véritable tour de force musical.

Banjo, cornemuse, accordéon, piano, scie musicale, c'est l'armada complète de la pop biscornue qui est mise au service d'un univers fantasmagorique à l'imagination et au mysticisme délirant. Une orchestration majestueuse donc pour des compositions qui fuient le cadre établi mélodie/refrain et préfèrent s'aventurer au plus profonds de thèmes transcendants. La voix de Mangum, attirante ou repoussante, joue tantôt un punk furieux, tantôt un rock primitif, souvent un fuzz folk très lo fi dans ses grésillements et ses hésitations. Car ici ce sont véritablement les bases du folk indé qui sont posées avec le triptyque guitare acoustique/chanteur/instruments divers. Le résultat est un cirque rock impressionnant d'originalité et de bizarreries sonores en tout genre.

L'exemple le plus flagrant est la présence de deux plages instrumentales du plus bel effet, Fool et Untitled, contribuant à distiller avec classe ces évocations sans concession d'un monde de violence onirique et intime. Les deux première plages introductives du disque ne servent pour moi que de faire valoir au titre éponyme qui constitue un titre parfait et une réelle démonstration pour quiconque souhaitant faire de la pop un tantinet psyché aujourd'hui. J'en oublierai presque Oh Comely, ballade si simple avec tant de présence et Two merveilleuse conclusion en forme d'adieu grâce à qui Radiohead n'aurait jamais existé. C'est en fait chaque titre ici qui réinvente et qui grave le marbre de l'indie music à chaque instant.

En bref : Disparu sans laisser de traces, malgré d'excellentes critiques USA et Canada et un fabuleux accueil populaire, la musique de Jeff Mangum (qui revient en solo à la rentrée) reste et restera une référence et une source d'inspiration pour le milieu indépendant. C'est sans doute cela que l'on appelle un chef d'oeuvre.

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Le site du Collectif Elephant 6
Acheter  In the aeroplane over the sea chez l'International Records
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