15 avril 2007

Makossa + Megablast - Kunuaka (2007)

Sur Mama, titre inaugural de cet étonnant album, le sénégalais 3gga adresse, en français, des louanges à Jah et fait les présentations sur un broken beat dévastateur qui fait songer à 4 Heroes : "C'est le son de Makossa et Megablast, à Vienne...". Car ce sont bien deux blancs-becs viennois qui concoctent cette mixture rafraîchissante d'afrobeat et d'électro - au sens large du terme. Vienne n'est pas forcément liée, dans nos imaginaires, à une idée de diversité et d'ouverture musicale. Et pourtant, notamment autour du label G-Stone de Kruder & Dorfmeister, s'est peu à peu constituée, dans la capitale autrichienne, une scène électronique plus qu'intéressante.

Tenez Marcus Wagner-Lapierre aka Makossa, par exemple. C'est un peu le pape des Djs locaux, et il anime depuis 13 ans, sur une radio nationale, l'émission hebdomadaire Swound Sound System, spécialisée, d'après le site de G-Stone, dans une "deep, dope, dub & dirty funky, afro, cosmic influenced electronica" (sic). Des recherches tous azimuts qui ne pouvaient que séduire Megablast. De son vrai nom Sacha Weisz, celui-ci est passé par le hip-hop et le reggae avant de s'intéresser à l'acid house et à la techno.

La recontre de ces producteurs érudits s'est d'abord matérialisée dans le maxi Kunuaka / Like A Rocket, un gros carton de 2006 porté par des percus foisonnantes et une basse grasse et sale. L'album, qui inclut les deux titres, est du même tonneau. Lyrics toastés ou slamés par les MCs de la galaxie G-Stone, harmonies synthétiques et rythmiques addictives sont les constantes de ce Kunuaka, sans temps mort ni faute de goût. Même les excursions cubaines Porque et Que pasa, avec la chanteuse Cleydys Villalon, sont de complètes réussites.

La voix chaude et roublarde de Ras T-Weed épuisera les résistances des plus exigeants des dub lovers sur Rip it up, un dub explosif de plus de huit minutes - proche du travail de Rythm & Sound, dont je vous toucherai deux mots prochainement. Find it up (feat. Farda P) s'en sort pas mal non plus au rayon échos jamaïcains... Mais le meilleur de cet album est bien dans l'enchaînement dévastateur Mama / Kunuaka / Like a rocket, qui rénove sérieusement l'afrobeat en trouvant le chemin d'une transe tribale originelle.

Une belle gestion des silences et des breaks renforce encore la puissance d'une musique déjà salement efficace, à l'écoute de laquelle il faudrait être anesthésié pour ne pas secouer la tête. Assurément une des belles surprises de ce printemps 2007.

En bref : afro-beat, hip-hop et house composent le cocktail gagnant de ce duo viennois.



Interviews, extraits et images de live :


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14 avril 2007

Starflyer 59 - My island (2006)

Qui a dit que l’indie rock chrétien californien n’était pas productif ? Créé de toute pièce en 1993 par Jason Martin, auteur et multi instrumentaliste, Starflyer 59 compte aujourd’hui quatre membres mais a vu défiler du monde. Avec deux premiers albums sans noms, Gold et Silver, SF 59 avait vite été catalogué comme groupe de shoegazing, ce sourant du rock alternatif apparu en Angleterre à la fin des 80’s et popularisé par My Bloody Valentine dans lequel les guitaristes ne regardent que leurs pieds et abusent d’effets de distorsion et de fuzz. La voix est généralement en retrait et le sens mélodique au rendez-vous.

Mais voilà, tout n’est pas si simple et SF 59 qui a sorti quasiment un album par an depuis sa création a peu à peu adouci ses bien lourdes guitares pour les rendre plus pop, plus college rock même diront certains. On nage maintenant dans une musique à la Weezer, Nada Surf ou Manic Street Preachers dans lequel les refrains s’assument et s’enfilent comme des perles autour de chansons ultra courtes et plutôt bien enlevées. C’est agréable aussi parfois d’écouter quelque chose qui ne se prend pas la tête, qui est accessible dès la première écoute et qui, si vous avez le malheur de le réécouter ne vous lâchera plus de la journée. Sous leur apparente simplicité et leur fausse modestie, les arrangements ont gagné en efficacité par rapport aux précédents disques qu’il n’est pas forcément nécessaire d’avoir écoutés pour apprécier celui ci. My island me semble être une porte d’entrée dorée pour rentrer dans la riche discographie d’un groupe plutôt discret médiatiquement, du moins de ce côté ci de l’Atlantique. S’il fallait emporter un disque sur une île, My island pourrait être celui là.

Album extrêmement homogène, My island n’affiche pour ma part que deux coups de mou au compteur, en 5 et en 9, mais pour le reste… c’est que du bon. L’enchaînement de The Frontman jusqu’à Division est tout bonnement exceptionnel. Le titre éponyme My island a certainement tourné très longtemps en boucle dans la chambre des Strokes. Ne me dîtes pas que le refrain de Pearl of great price ne vous fait pas vous lever de votre siège. C’est simple, c’est beau, c’est bon, courrez y les yeux fermés.



Sur la vidéo ne vous fiez pas au groupe qui joue, ce sont des acteurs, Jason Martin et sa bande sont autrement plus âgés et rock and roll.


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12 avril 2007

Liars - Drum’s not dead (2006)

Je ne sais pas pourquoi je pensais ça, mais je croyais que Liars était en fait LES Liars, rien d’autre qu’un Strokes ou Killers de plus. Alors j’écoute et là, BIM ! Ce trio new yorkais est en fait un groupe alternatif sacrément expérimental. Drum’s not dead est un savant concept album autour de la batterie et de deux personnages imaginaires, Drum, côté positif de la musique et Mount heart attack qui prend ici la forme d’une angoisse à la Radiohead. Depuis 6 ans et 3 albums, la bande d’ Angus Andrew cherche et part dans des directions où on ne les attend jamais, réinvente tout à chaque fois et atteint avec DIND un sommet d’intelligence.

C’est à Berlin très loin de la grosse pomme que cet univers sonore singulier a pris forme. Sans comparaison actuelle possible, c’est un post punk noisy, hypnotique et obsédant qui fait de cette musique un sujet complexe où l’on ne rentre pas dès la première écoute, où chaque nouvelle dose fait apparaître des pans entiers de passages subtils et malins. On pourrait écrire des théories sur cette création, elle n’est rien de moins qu’un fabuleux voyage au cœur de profondes rythmiques de batteries déconcertantes et épatantes.

Tantôt tribal (comme Animal Collective) avec ses didgeridoos, ses cithares et son chanteur chamanique à la Tom Yorke, tantôt malsaine et éprouvante, c’est une véritable transe urbaine couplée à un post rock ingénieux et inventif. Maintenant, je comprends que l’on puisse être hermétique à cet album que David Lynch ou Stanley Kubrik n’auraient pas refusé pour une bande originale. Moi même je ne peux pas dire si j’aime, mais je ne peux que remarquer le côté créatif et pertinent de ce travail. Que vous pensiez que Liars soit des génies ou des fous, écoutez, ça vaut vraiment le détour.

Si vous voulez franchir des barrières sonores, passez vous Hold you drum perdu quelque part entre le Velvet et Mogwaï. Be quiet Mr Heart Attack, carrément tribale plaira à ceux qui n’aiment pas les mélodies et préfèrent les rythmes à la manière du dub. It fit when i was a kid vous entraîne dans un rythme carrément planant. Enfin, It’s all blooming finira de vous achever. Relevez vous, ce n’est que de la musique.






Pour info, le disque est accompagné d’un DVD avec moult courts métrages sensés accompagner la musique.

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09 avril 2007

Noze - Remember Love (2007)

Juste un petit post pour vous signaler un morceau qui m'a retourné dès les premières notes. Il est encore tout frais puisque sorti en février. Je vous avais déjà parlé du duo français Nôze à l'occasion de la sortie de la dernière compile Katapult. Ezechiel Palhes et Nicolas Sfintescu refont parler d'eux grâce à un track fantastique agrémenté d'un remix, le tout sur le label MBF. Le début de la version originale de Remember Love est à se taper la tête contre les enceintes : une boucle de piano qui sonne furieusement old-school house. Pendant quelques secondes, on croirait entendre un disque de Derrick May ou d'un ancien de Chicago. Puis un beat syncopé nous téléporte dans un présent plus minimal. Là-dessus viennent se placer les voix des deux compères, qui chantent en english. Le remix présente moins d'intérêt, mais rien que pour l'original, ce vinyle est un must !

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Los Hermanos - On another level

Alors... Nous y voilà... Pour mon premier post il fallait bien que j'apporte un truc parfait... quelque chose d'irréprochable...

Donc quand les p'tits gars de Detroit Gerald Mitchell & DJ Rolando ont décidé de taffer ensemble, le tout post-produit par DJ Dex et Santiago Salazar (S²) et sorti chez Underground Resistance (le myyyyyythique label de techno de Detroit, of course) avec une distrib' par Submerge, ça donne une petite tuerie... Je dirais: "Meilleur Album techno des 10 dernières années", tout simplement.



En plus, ce qui est horrible, c'est que sur scène, ils sont aussi bons, voire meilleurs, que sur le disque! (Ah...tant de souvenirs...) Checkez la vidéo d'un extrait del famoso "Jaguar" de DJ Rolando et plus de news sur le site de Submerge.

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06 avril 2007

Candi Staton - "Candi Staton", "His hands"

En plus d'avoir une gouffa impressionante, cette diva saura vous envoûter avec sa voix.
Canzetta Maria Staton, originaire de l'Alabama a avant tout percé dans le milieu du gospel. Son talent est passé par la country, disco soul mais surtout la soul pure et dure. Son caractère a percé à travers les âges avec une vibe indémodable.
A soixante ans elle entame une tournée en Angleterre, à croire que la soul aide à rester jeune!

Alors un conseil, laissez vous porter par sa superbe voix et les rythmes bien R'n'B (le vrai rythm and blues from US et non pas celui rendu célèbre par des stars de télé réalité ou jeunes talents en quête de gloire et non pas du bien être!). Alors bonne écoute!






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05 avril 2007

Amy Winehouse - Back to black (2006)

Aux premières intonations de voix, je me demande si un croisement entre Anastacia et Macy Gray version rhythm and blues peut fonctionner. Puis la musique s’affirme avec fantaisie et Amy Winehouse lui répond en finesse, de plus en plus convaincante. Définitivement c’est autre chose. On se laisse facilement porter par ce Back to black, album « black love » servi par une hôtesse délicate et de bon goût. Une surprise bien sympa, me dis-je.

Amy Winehouse est une petite britannique de 23 ans, fan des sixties et en particulier des Shangri-Las. En 2003, donc plus jeunette encore de trois annuités, elle sort son premier album, Frank. Un son mature estampillé soul music aux accents jazz. Gros carton en Angleterre et aux States. La France loupe ce disque (enfin plutôt Univers-sale) et percute sur sa seconde livraison, la dénommée Back to black, sortie en 2006 outre-manche. Une produit bien ficelé de Salaam Remi (The Fugees) où je découvre une très belle voix soul sur des instrumentaux variés et efficaces. Le disque conte une succession d’histoire d’amour et de cul dans un style référencé « bad girl ». Car la demoiselle se la joue bad. Dans le texte et à la ville. Bourrée sur les plateaux télé. Bourrée sur scène. Loupant parfois ses propres concerts. « Ils ont voulu m’envoyer en cure de désintox et j’ai dit non, non, non », ainsi débute la premier titre de l’album. Plus qu’une simple coïncidence, un annonce de la tonalité de ce Back to black. La jeune fille a un talent certain, la langue bien pendue et une bonne gouaille. Une équation qui donne de l’épaisseur à un album aux textes néanmoins sans grand intérêt et que je prenais, dans un premier temps, pour une énième production pop à la mode. Les préjugés sont rapides.

Pour faire rapide, un disque de caractère, très contemporain, moins jazzy que le précédent album Frank, mais mariant harmonieusement les influences. Rhythm and blues, soul, pop voire ska pour « Just friends ». Pour les curieux et les curieuses.

Côté liste de lecture, je vous épargne « Rehab », présent sur radioblog mais bien trop r’n’b et horripilant. Le reste du cd est, par contre, plutôt agréable. Trois amuse-gueules pour vos oreilles : le très clairement soul « You know I’m no good » aux parties cuivres parfaitement ajustées, ainsi que les deux spleens « Back to black » et « Wake up alone ». Bon appétit mais gare à l’indigestion. Ca peut venir et surprendre rapidement.
Fab.







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04 avril 2007

Prince - Black Album (1987 / 1994)

L'histoire du Black Album est emblématique du personnage complexe, à la fois détestable et génial, qu'est Prince. En 1987, un an après le double album Sign O' The Times, il enregistre 8 morceaux qu'il prévoit d'abord de sortir sous le nom de Funk Bible. Il les compile finalement dans un disque noir, sans titre et sans nom. 100 éditions promotionnelles sont lâchées dans la nature avant qu'il ne décide subitement de laisser l'album au placard. Dans sa schizophrénie délirante, alimentée par un usage abusif de drogues, Prince s'est en effet créé un double qu'il a affublé du pseudonyme unisexe Camille. Or, Camille n'est pas satisfait(e) de ce que fait Prince. Mais alors pas du tout.

Camille aime Dieu, l'amour, le soleil et déteste les paroles lubriques et violentes de son alter-ego. Il (ou elle) veut désormais se faire l'apôtre du divin. Dès lors, la carrière du Love Symbol entame une triste phase de déclin qui ne cessera qu'avec le splendide Rainbow Children de 2001. Et pour inaugurer ces quatorze ans de trou, en lieu et place du Black Album, l'artiste sort Lovesexy, l'un de ses plus mauvais albums, une sorte de guimauve merdique, ridicule, saturée de bonnes intentions. Gide disait qu' on ne fait pas de bonne littérature avec des bons sentiments. On peut être d'accord ou pas, mais la formule convient assez bien à la musique de l'auteur de Purple Rain. Alors que Lovesexy est pétri d'amour et sans intérêt, l'album noir est un condensé de sexe et de haine qui ravira tous les amateurs de funk. Jamais le nain de Minnéapolis n'avait été si brutal.

Ses paroles, d'abord. Auparavant, pour parler de cul, il était plutôt dans la suggestion, y allant de sa petite métaphore. Ici, ça dégouline clairement, ça sue, ça fornique de manière complètement obscène. Le disque regorge notamment d'orgasmes simulés (dans Superfunkycalifragisexy en particulier). Une ambiance très gangsta se dégage de l'ensemble, d'autant que Prince rappe beaucoup plus qu'à l'accoutumée. Quant à la musique, elle est aussi d'une sauvagerie inédite. Evidemment il y a la petite ballade pourrie sans laquelle Prince ne serait pas Prince - ce coup-ci, c'est When 2 are in love. Mais les sept autres titres ne font pas dans la dentelle, avec des boîtes à rythmes qui s'entrechoquent (80's obligent), des hand clappin' et des distorsions qui se superposent. La caisse claire est si lourde sur certains titres qu'un mal de crâne peut facilement survenir.

Le son ressemble à s'y méprendre à du George Clinton : de la pure P-funk, surchargée de cuivres, de keyboards hurlants et de parties de basse en slapping à la Marcus Miller. C'est 2 Nigs United 4 West Compton que je retiendrais si je devais choisir un morceau. Cet instrumental speedé résume parfaitement l'esprit orgiaque de ce disque, initialement destiné à fermer les clapets de ceux qui trouvaient Prince trop pop.

Epilogue : après la décision de Camille, le Black Album devient l'un des albums les plus piratés de tous les temps - on parle de 500 000 bootlegs vendus. Les collectionneurs déboursent jusqu'à 5000 euros pour posséder une édition originale. En 1989, un groupe enregistre même, en Allemagne, une version très bien imitée qui disparaît des bacs au bout d'une semaine. Ce n'est qu'en 1994, lorsque Prince vide toutes les vieilles bandes de son placard pour plier son contrat avec la Warner, que sort officiellement l'objet de toutes les convoitises.

En bref : un des disques les plus méconnus de Prince. Une bombe funky sans concession à (re)découvrir absolument.



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Nicole Willis and the Soul Investigators - Keep reachin' up (2006)

Alors voilà ce que j’appelle du travail de qualité, bien léché et propre comme tout. Nicole Willis et les Soul Investigators, c’est en substance la rencontre incongrue entre une diva de la soul et une surprenante formation funk finlandaise. Au final, on obtient une soul-funk excellente et un album qui s’écoute de bout en bout avec délectation. Troisième galette pour Miss Willis tout comme pour ce funky band de talent venu du nord. Evidemment, les bonnes sorties comme celle-ci étant rares, comment pouvais-je ne pas vous soumettre cette perle.

Dès les premières notes de « Feeling free », le premier titre de l’album, soul et funk fusionnent en un son mat parfaitement calibré qui nous empoigne littéralement. La voix virtuose de Nicole Willis entre en scène magnifique, et nous voilà dedans. Quand nous en ressortons, 11 plages plus tard, le plaisir n’a été que trop bref. Entre revival Motown, mélancolie bluesy et soul-funk, le son est toujours impeccable, captivant. Ancienne choriste de Curtis Mayfield, Nicole Willis nous enveloppe de son chant anachronique et notre salon prend des allures de Détroit. Impression physique de présence. Simplement. Elle nous bouscule parfois d’un son funky plus remuant mais sait se faire douce pour un blues millimétré. « Blues downtown » par exemple. Les Soul Investigators, de leur côté, jouent leurs partitions à merveille et s’illustrent. Jamais à court de break et de solo ils marquent leur présence avec un son brut et toujours juste. Réellement une belle rencontre.
Aussi, je ne peux que vous inviter vigoureusement à partager cette grâce. Même ma mère en est. Un seul titre en guise d’invitation mais pas le plus mauvais, « My four leaf clover ». Les amateurs de soul seront d’accord avec moi, j’espère.
Dans un registre légèrement plus funk, je vous signale aussi le disque soigné de Sharon Jones, Naturally, de quoi vous mettre de bonne humeur et refouler vos instincts misanthropiques. Exquis.
Fab.



Une petite interview de Nicole Willis réalisée pour le site wegofunk :


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The Smashing Pumpkins - Machina, The Machines of God (2000)

The Smashing Pumpkins c’est un peu l’histoire d’Icare, un groupe, ou plutôt un homme, qui a voulu toucher la perfection du rock and roll de trop près et qui s’en est brûlé les guitares. On ne reparlera pas ici une fois de plus du leader charismatique et égocentrique sa majesté Billy Corgan.

Pourtant en 2000, comme pour fêter le nouveau siècle, les citrouilles de Chicago sortent leur cinquième et ultime album officiel, un album concept sur une sombre histoire de machine. Sonnant à la fois comme un retour aux sources (avec le retour du batteur prodige Jimmy Chamberlin) et comme un dernier adieu, Machina est une pièce incontournable du début des années 2000, entre beauté triste et violence sonore.

Comme tous les grands disques il aura fait couler beaucoup d’encre, des détracteurs de Corgan (ils sont nombreux), jusqu’aux plus grands fans pas tous d’accord. Je me trouve au milieu en tant que simple admirateur d’une courte carrière franchement exceptionnelle. Nul autre groupe ne dégage cette rage et cette mélancolie, ce métal pop mélodique. Quand on l’écoute on se dit : Bon dieu mais c’est ça la musique! Et l’espace d’un instant de confusion on s’imagine qu’il n’y a plus qu’eux sur terre, ce disque, et vous.

Si vous ne voyez pas où je veux en venir, Machina c’est plus d’une heure et quart de tremblement de terre cérébral et musical où tous les sens ne sont plus exactement à leur place. Un groupe et un disque qui ont marqué leur époque.

Dans cette histoire je me sens obligé de vous parler de toutes les chansons, du puissant Everlasting Gaze au refrain céleste de Stand inside your love, en passant par le solo de guitare énorme de I of the morning et le parfait The sacred and profane. Mais j’oublierais alors la sublime ballade Try try try et mon morceau de bravoure, Heavy metal machine, dure à écouter mais de quel niveau! Et puis la deuxième partie de Glass and the ghost children (quel titre déjà!) et son rythme ultra planant.

Pour info, le groupe a sorti en 2002 la suite de Machina, Machina II – The friends and ennemies of modern music, au titre prémonitoire puisque pour faire la nique à leur maison de disque ils ont distribué le disque gratuitement sur internet à leur fans. Ultime rebondissement, les Smashing Pumpkins se reforment et vont sortir un nouveau disque, Zeitgeist le 07/07/07, comme par hasard.
A voir le très beau clip de Stand inside your love:



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03 avril 2007

Keith Hudson & The Soul Syndicate - Nuh skin up (2007)

3ème réédition après Pick a dub en 1994 et Brand en 1995 de l’album original sorti chez Joint international (sic) en 1979, Keith Hudson a la folie des chiffres en lui. Né à Kingston en 1946, il commence le dub en 1968, s’exile à New York en 1976 pour cause de pression jamaïcaine et enfin meurt en 1984 à l’âge de 37 ans d’un cancer du poumon (re-sic) pour cause de plante jamaïcaine. The dark prince of reggae comme on l’appelle aura surtout provoqué une influence posthume. D’une famille de musiciens, il voulait être dentiste mais rencontre les Skatalites. De là lui prendra l’idée de créer les bases du dub jamaïcain avec l’aide de ses amis, U-Roy, Jonhn Holt et Big Youth. Auteur de Ace 90 skank le fameux tube de ce dernier, Keith Hudson contribua à écrire de sombres et profondes variations dub, peut être les plus énigmatiques et surprenants morceaux de la catégorie.

Le Soul Syndicate rend ici le tout ténébreux, âpre, vaporeux, profond, planant. Minimaliste, ce dub de canapé offre à chaque instant la sensation que son cœur va s’arrêter au prochain beat. Il défriche alors à l’époque le dub à la machette dans une forêt jamaïcaine toute dévouée au reggae. Keith Hudson casse les rythmes et dérange. A cause de cela, il n’est pas aimé dans son pays et migre à New York. Enfin migre c’est un euphémisme. Capable de lumière sur Bad Things, il assombri l’ambiance sur Mercy, sans doute ici capable de tous les paradoxes. Un monument.

A écouter l’enchaînement Ire Ire et Desiree, deux titres qui se répondent mutuellement, ou encore le parfait Commitment.

Ju.

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02 avril 2007

Air - Pocket Symphony (2007)

On pourrait reprocher à Air de ne pas avoir bougé d'un iota depuis Talkie Walkie, sorti en 2004. Ce serait légitime. La recette fonctionne, et les deux Versaillais l'ont compris depuis longtemps. Toujours les mêmes voix impersonnelles aux relents porno-chic, les mêmes arpèges au piano et le même format pop : de ce point de vue, Pocket Symphony est bel et bien, comme me le disait Fab voilà quelques jours, "interchangeable" avec son prédécesseur. Certes, c'est un peu facile. Voire irritant. Mais comment reprocher au binôme de continuer sur sa lancée, alors qu'il a vendu 800 000 exemplaires de son dernier opus, et qu'il est le seul à détenir les clés de cette électro-pop intimiste ?
On pourrait également blâmer le duo pour la mièvrerie bobo de ses paroles, qui volent très haut... Dans Mer du Japon par exemple, elles se résument à ceci : "Je perds la raison / Dans la mer du Japon". Mais comment l' accuser de niaiserie quand, depuis Sexy Boy, il s'amuse à trouver les refrains les plus légers et les plus kitschs pour coller à ses univers easy-listening ?

Il faut bien l'admettre, Pocket Symphony est un disque léché, très agréable à écouter. On y retrouve la quiétude ouatée des Premiers Symptômes (1997) et surtout de Moon Safari (1998). En ouverture, Space Maker, limite Pink Floydien, est d'une classe folle, avec sa simplissime guitare acoustique et ses accords plaqués. Photograph est un autre bon moment, ponctué par la flûte de Magic Malik. Toutefois, aucun titre ne se détache franchement du lot, comme c'était le cas de Run ou de Surfin' On A Rocket sur Talkie Walkie.

La seule évolution que je note depuis 2004, c'est un glissement de plus en plus net vers la chanson. Nicolas Godin et Jean-Benoît Dunckel poussent eux-mêmes la chansonnette sur plus d'un titre. Petite précision à l'intention de leurs fans (dont je ne suis pas), les voix de Jarvis Cocker (Pulp) et Neil Hannon (Divine Comedy) se font également entendre sur deux morceaux. Mais ces invités ne font pas monter la mayonnaise. L'utilisation du koto et du shamizen (une sorte de banjo japonais) non plus. On était de toute manière rompus à ces sonorités extrême-orientales depuis la B.O. de Lost In Translation.

En bref : Pocket Symphony est à la fois le travail le plus accompli d'Air à ce jour et, peut-être, le moins intéressant. D'une élégance lisse, et parfois carrément chiante. On guette en vain la petite faille, l'imperfection qui donnerait du relief à cette symphonie de poche. Si le prochain album sonne encore pareil, je décrocherai définitivement.








Le clip de Once Upon A Time (à la batterie, c'est Tony Allen!) :


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Llorca - New Comer

Mais c'est bien sûr! Pourquoi ne vous en ai-je pas fait part plus tôt? Le premier album de Ludovic Llorca, créatif musical lillois, est tout simplement une merveille. Le genre d'album laissant des traces que le temps ne saurait effacer et qui après quelques années "d'oubli" se réécoute avec plaisir. New Comer est donc le premier chapitre musical de Llorca, sorti en avril 2001 dans les bacs.
Mélange de jazz et de musique électronique - si je n'emploie pas le terme d'électro c'est tout simplement parce qu'il s'applique mal à la douceur de cet album - ce premier opus rappelle les créations d'autres artistes du genre, comme Ludovic Navarre aka Saint Germain, ou encore Soel.
Suite au succès de cet album, Llorca enchaîne les lives autour du monde en compagnie d'une chanteuse et de cinq musiciens. Les rythmes des titres de New Comer ont des sonorités bien afro et funky qui régalerons les adeptes du genre.
Mais au fait qui est Ludovic Llorca? Ce jeune artiste lillois, né en 74, a très vite baigné dans le mélange de la music afro, jazz et funk par sa mère adepte des night-clubs et d'autre part, son père, lui, a apporté une graine technologique à sa culture. LL a commencé sa "carrière" musicale par la création de musique pour jeux vidéos, il n'a alors que 14 ans. En 1997, il envoie une démo de ses créations musicales au label FCommunications, créé par deux pionners de la scène électro, d'une part Laurent Garnier et d'autre part Eric Morand. Cette collaboration a donc donné naissance à ce label pendant les 80's, sur lequel ont signé de nouveaux talents comme par exemple Saint Germain, ou encore Shazz. Le succès de FCom évolue de plus en plus avec le temps en accueillant les jeunes créatifs du moment et en diversifiant les styles. Leur slogan devient alors "Electronic with no limits". On passe ainsi d'une vague jazz à de la musique plus électronique comme celle de Flat Erik aka Mr Oizo.
C'est donc grâce à FCom que l'album New Comer est né et a eu énormément de succès, et que son créateur a multiplié les EP autour du monde. Cependant, un gros vide musical s'est installé après ce succès, et le second album "Playlist" laisse perplexe un grand nombre d'admirateurs du premier opus. En tout cas on ne peut regretter cette compo électro jazz et ses titres phares "Indigo Blues" avec la voix envoûtante de Nicole Graham et "My precious thing".





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31 mars 2007

Gui Boratto - Chromophobia (2007)

Une énorme claque. J'attendais un album électronique de cette trempe depuis le Trentemoller récemment chroniqué. Ce Chromophobia, sans lui ressembler, entraîne de semblables vertiges et nous transporte en un lieu déroutant où tech-house et électronica font bon ménage. Guilherme Boratto, comme son cousin nordique, aime de temps en temps brider son moteur technoïde et s'arrêter le long de la route pour une pause comateuse, avant de repartir en trombe au moment le plus inattendu. La comparaison s'arrête là. Boratto est bien plus acide que Trente, moins pop aussi. Et, peut-être parce qu'il vient de Sao Paulo, ses productions sont plus colorées, bien que souvent teintées d'ombres spleenétiques. C'est en tout cas ce qu'on a entendu de plus chaud en provenance du sobre (et exigeant) label allemand Kompakt, basé à Cologne.

Gui Boratto, c'est un peu le Mac Gyver de la house. Il vous fait un beat avec le frottement d'un balai et le crépitement d'un bain moussant, une mélodie avec un crissement de ferrailles et un téléphone foireux... Il récolte les sons partout où il le peut puis les écorche, les déchire et les rassemble avec une technique proche du cut-up. Ce collage psychédélique malmène sainement les oreilles, entre sueurs froides et progressions euphorisantes. Pour un premier essai, Chromophobia, sorti début février, est particulièrement abouti. Des albums d'une telle envergure dépassent le cadre restreint de la tech-house minimale et définissent un son bien actuel, un son qui va inévitablement inonder la planète. Et plus vite qu'on ne le croit.

Les treize mets que nous sert Boratto se dégustent avec une joie égale. Inutile donc de les décliner un à un, même si je me sens obligé de signaler la montée minutieuse et clinique de "Mr. Decay" et le son granuleux de "Gate 7".



En bonus, "Arquipelago", le vinyle qui l'a fait connaître :


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29 mars 2007

Aphex Twin - Windowlicker (1999)

Mais qui se cache donc derrière ce nom bizarre? Vous le savez peut-être déja, il s'agit d'un jeune irlandais né Richard D. James en 1971.
Il officie depuis une bonne et grasse dizaine d'année (ouais d'accord une quizaine) en tant que DJ et compositeur de musique électronique en marge des sons commerciaux. L'homme est complexe (il alterne les surnoms) et sa musique aussi. Il sublime la technique (il parcourt le monde pour acheter de vieux synthés, les bricole et les customize!!) allant jusqu'à travailler les sons bruts directement sur leur fréquence, comme un ébeniste ferait avec des essences de bois. Il crée toutes les jaquettes de ses releases et se plaît à modifier des photos de bimbos en remplaçant leur tête par la sienne.

Sa spécialité? Toutes: drum'n'bass, acid techno, ambient (Selected Ambient Work 85-92). Son son? Celui-ci par exemple: Windowlicker, titre éponyme du single (3 titres) qui le consacre en 1999.
Ou encore celui-la: Nannou (qu'il dédit à sa future ex-petite amie française que l'on peut entendre souffler "j'aime donner des croquettes au chien" dans Windowlicker.
Un son métallique, avec un usage exhaustif de la distorsion, la récupération de sons de jouets...Bien que Windowlicker, dans les bacs en 1999, atteigne le top 20 en UK, le son d'Aphex Twin reste difficile à écouter et apprécier. A vous de voir, comme toujours...
Pour tous ceux qui sont intéressés, il faut savoir que Windowlicker fut produit sous l'excellent label WARP auquel adhérent des artistes comme Laurent Garnier, Nightmares on Wax, Squarepushers...
Pas la peine de s'attarder sur une description finie et limitée d'une musique qui, elle, ne semble pas l'être.

Sur suggestion du maestro Dave:

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