07 mai 2008

Interview Gonzales - 3/4

Suite de l'interview audio du musicien canadien Gonzales, à l'occasion de la sortie de son nouvel album Soft Power.

#3 - Gonzo revient sur son orientation vers le rap pour son second album The Entertainist (2000) ainsi que sur ses incessants revirements de styles. Superfificiel, opportuniste, sans goûts, méprisant, l'autosacré "showman capitaliste maître ès communication" sculpte et déroule son personnage.




A lire aussi : Interview Gonzales 1/4 ; Interview Gonzales 2/4
La chronique de Soft Power
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06 mai 2008

Art Bleek - Euphorized EP (2008)

C'est l'éternelle querelle des anciens et des modernes, et pour certains une conviction profonde, la virtuosité musicale serait à chercher du côté des instruments traditionnels, resteraient à la musique électronique l'astuce et le bon goût, tout au plus. Pour nous tous une évidence, l'électro est affaire de virtuosité. Et le jeune Parisien Art Bleek, pianiste et saxophoniste de formation, de son vrai nom Arthur Pochon, en offre une brillante démonstration, en compositeur appliqué et, oserais-je dire, précoce. Un frenchy bluffant, qui fait mériter à son label, Connaisseur recordings, son prétentieux patronyme.


Le parcours d'Arthur Pochon est digne d'un véritable érudit de la musique. Diplômé du Conservatoire de Paris et du département de musicologie du Boston College, le garçon balade son saxophone dans de nombreuses formations de la capitale française, jazz, nu-jazz, bossa nova, et travaille dans une major avant de publier ses premières compositions en 2001. Il signe chez le label Lounging Records (inconnu au bataillon) et sort un premier album confidentiel avant d'enquiller quelques titres pour les Hollandais de Rush Hour puis pour Connaisseur recordings.

Art Bleek livre ici un maxi loin de ses territoires jazz de prédilection mais terriblement magnifique. Trois titres classieux entre deep-house et minimale, démonstration d'un sens aigu de la mélodie et de l'écriture. Vraiment impressionnant. Sur la troisième piste du EP, Arthur Pochon en vient à tutoyer effrontément Carl Craig et se pare d'un son « Detroitish ». La garçon ne se dégonfle pas et soutient la comparaison.

« Euphorized », qui occupe la première face du disque de ses huit savoureuses minutes, est une pure pièce de deep-house rutillante et entraînante. Dire de ce titre qu'il porte bien son nom relève de la plus pure tautologie lorsqu 'émerge du laptop du Français un thème imparable aux sonorités pressées, toutes aussi furtives que délicieusement arrondies. Le rythme est frénétique et insaisissable. La première réaction est physiologique, le corps comprend et succombe. Dans un second temps, c'est la virtuosité de l'homme qui interpelle. L'éclat de sa composition nous aveugle, la pièce est parfaitement maîtrisée. Et sans répit, Art Bleek nous hisse dans ses profondeurs digitales, à la fois immatérielles et caressantes. C'est deep et la frappe est chirurgicale. L'aiguille pénètre sans forcer, le fluide se répand. La chaleur monte doucement.

Passé ce fabuleux moment de débauche abyssale, la face B du maxi ne provoque ensuite pas tout à fait la même transe, mais elle donne humblement la preuve de l'habileté de son géniteur. « Night Station » est plus aride et sèche qu' « Euphorized ». Son beat obsessionnel martèle sans répit le crâne, à en devenir lascinant. Lorsque les clochettes de « Snow Landscape » lui succèdent, nous devenons légers, illuminés, radieux. Hilares. Nous sommes au Pays des merveilles, pioupioutements d'oiseaux, atmosphère bienveillante, tout est là. Sur ce paysage sonore onirique, Art Bleek invite alors un beat jazzy que ne renieraient pas les pères de la techno de Detroit. Les deux parties communient. L'enchantement prend. La démonstration du Français est sans bavure.


En bref : Un Parisien classe, sous influence jazz, compose une pièce deep-house de choix. Un met raffiné et éclatant en bouche. Immanquable.




Le myspace d'Art Bleek (maxi en écoute)


A lire aussi : Jamie Lloyd - Trouble within remixes 2 (2008)



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Why ? - Concert au Son' Art de Bordeaux le 01/05/08

Quand il y a deux mois j'ai appris que Why ? était programmé dans ma petite salle fétiche, je n'avais alors qu'une vague idée au sujet de la formation californienne en question. L'achat compulsif et l'écoute prolongée de Alopecia leur 3ème LP avait doucement fait monter l'excitation en moi, prenant peu à peu conscience du caractère quasi culte (le mot est lâché) acquis au fil des années par son leader, le MC reconverti Yoni Wolf, ancien cLOUDDEAD et co fondateur de l'excellent et exigeant label Anticon (Alias, Dosh, Sole...). Depuis 1998 le groupe à géométrie variable mais familiale s'est appliqué à livrer une poignée d' Ep orientés hip hop mais toujours teintés de de rock indé. Sur le haut du panier, deux LP discrets mais acclamés, l'imprononçable Oaklandazulasylum et le très Wilsonien Elephant Eyelash en 2005. Hors en cette année 2008, grâce à l'une des sept dates programmées en France, j'allais pouvoir me faire ma propre idée et vous rapporter mes impressions.

A première vue le public bordelais semble plutôt bien renseigné, la salle se remplit à vitesse grand V jusqu'à devenir gavée comme une ouaille. La scène indé du cru semble s'être rassemblée et je croise au fil de ma progression épaule contre épaule Mr Botibol, Plim Plim et autres membres de Calc. Le toujours parfait Martial Jesus Selector s'occupe à merveille des interludes et enchaîne sans vergogne titres oubliés de Laurent Voulzy, tubes inter planétaires de Kate Bush et pépites trop peu connues de Sebadoh ou Silver Jews, attisant ainsi la curiosité d'une audience connaisseuse et raffinée, bien que souvent lourdement chargée en pilosité. Pour info, Alopecia étant un synonyme de calvitie, et donc en extrapolant un peu, de peur ressentie par les groupes chevelus de perdre capillarité et inspiration par la même occasion. Et si l'on suit ce raisonnement ce soir, que ce soit sur scène ou dans la salle, il doit y avoir une sacré inspiration.

Passé l'ouverture folk lo-fi sur laquelle je ne m'étendrai pas du bordelais Sylvain alias Dr Cosmos & Friends, le concert peut commencer (pas trop tôt me direz-vous après deux chapitres torturés). D'entrée l'on retrouve la sophistication du son Anticon, d'un goût parfait, en relief, coloré, bouillonnant. Yoni, mis en avant sur la scène, alterne ou combine phrasé nasillard et percus simplistes. Son frère, Josiah, l'accompagne à la batterie tandis qu' Andrew Broden et Mark Erikson échappés de Fog s'occupent de la basse et des claviers. Et petit à petit, sans coup d'éclat tonitruant, le crossover entre pop et spoken word (parfois proche de Beck) fait son effet et l'on comprend ce qui rend cette musique si divertissante et variée. Là où Stephen Malkmus (Pavement) vient de sortir un disque rock classique, Why ? joue à fond la carte de la coolitude. La décontraction nerd incarnée.

Mention spéciale à mon voisin de droite, qui en épata plus d'un ce soir là en récitant mot pour mot les textes poétiques et pseudo engagées de Yoni. La set list, exemplaire elle aussi, a forcément taillé sa part du lion dans le dernier opus. The vowels part 2, Good Friday, These new presidents ou le dernier single The hollows sont déjà exaspérants de qualité et de maîtrise. Ce disque, bien produit (euphémisme!) et accessible, offre des schémas mouvant sans cesse, chaloupés, évoluant de satyre gangsta en soul kitch et jouissive. Pourtant moins smilesque que son prédécesseur, je pense que l'on peut parler de coup de génie. Et lorsqu' après le rappel syndical, les lumières se rallument et Martial balance un bon Dan Deacon, je n'ai plus qu'une seule envie, courir chez moi, me passer le disque en boucle et surtout vous y inciter.

Le Myspace, le site d’Anticon et l'organisateur Organ Phantom

Les clips de Song of the sad assassin et le plus ancien Rubber Traits :

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05 mai 2008

Tender Forever - Wider (2007)

Petit post pour grand talent. Bénéficiant d'une plus large diffusion que son prédécesseur The soft and the hardcore (produit par Calvin Johnson), Wider s'offre enfin de plus larges horizons (je sais elle était facile). Pour les présentations, Tender Forever c'est en fait Mélanie Valéra, jeune bordelaise exilée aux states afin de concocter depuis 2005 une sorte de folktronica intime et ouvert. Ouvert parce que les assemblages lo-fi des débuts, même s'ils sont encore légion, laissent la porte ouverte à un r'n'b Timberlakien (In the backyard) sans jamais tomber dans le vulgaire, bien au contraire.

Mélanie, en l'espace de 12 compositions raffinées et écorchées dépassant rarement les 3 minutes continue son rêve américain (chez K Records) en poussant plus loin les possibilités de son home studio. Rapprochée souvent et à juste titre de la pop des Young Marble Giants avec un zeste de fragilité Feistienne, Mélanie et sa boule d'énergie deviendront bien vite indispensables à votre platine, pour démarrer la journée d'un bon pied et affronter les affreux embouteillages. Et fait non négligeable, votre copine devrait adorer.

En bref : Un deuxième disque pop très abouti pour une artiste française insaisissable et attachante. A soutenir sur scène si vous en avez l'occasion.
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Le Myspace et le distributeur français Vicious Circle

Acheter le Cd ou le Mp3

Le clip de How many :


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A lire aussi : Julie Doiron - Woke myself up (2007)
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30 avril 2008

Jona - Manta (2008)

Combien d’années de pratiques sont nécessaires pour s’affirmer musicien accompli ? Jonathan Troupin a joué de la guitare pendant douze ans ; le Belge, grand amateur de Joe Satriani, ne fait donc plus partie de la catégorie des débutants. Ingénieur du son depuis 2000 – le garçon est né en 1983 –, il utilise ses multiples expériences sonores au service de la musique électronique. Après avoir forgé ses premières armes au sein de divers labels, Jonathan alias Jona, intègre en 2006 Get Physical, dont The Learnings marque son passage au niveau supérieur. Il en tire ses premières leçons : ne pas avoir peur de faire des erreurs, elles font partie du processus d’apprentissage. Avec son nouvel EP "Manta", il s’aventure dans une techno-house dense et angoissante.

Le fait d’avoir côtoyé M.A.N.D.Y., Booka Shade ou encore Daso au sein de l’écurie Allemande a très certainement permis au jeune Dj d’éviter certains écueils. L'éponyme Manta s’attaque de front à une pente abrupte doublée d’une piste ardue. Pour y parvenir, tous les coups sont permis, voire conseillés. Un kickdrum risque-tout balise la piste. Le track prend de l’altitude pendant qu’un motif étourdissant nous fait souvenir du vide en contrebas. La face B "Amon" interdit tout retraite. Mal des cimes sur le dancefloor ou emporté dans une avalanche, la progression effrénée fait craindre une chute fatale. L’EP touche à sa fin avec un "Exoplanet Dub" spacieux, ballotté au gré d’une rythmique plus indulgente qui nous rappelle le côté ludique des productions de Jona.

En Bref : Le Manta fait apparaître une autre face du jeune producteur Jona où les trois titres garantissent la mise sous pression de la piste de danse.




Son MySpace
Le MySpace de Get Physical


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Interview Gonzales - 2/4


Suite de l'interview audio du musicien canadien Gonzales, à l'occasion de la sortie de son nouvel album Soft Power.

#2 - Gonzales nous parle de son arrivée à Berlin en 1999, prémisse à son premier album solo Über Alles, de sa place au sein de la scène "underground" de la ville allemande et de sa conception "capitaliste" de la musique. Bonne écoute.









A lire aussi : Interview Gonzales 1/4
La chronique de Soft Power.

Quelques titres de l'album Über Alles :

free music


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29 avril 2008

Pete & The Pirates - Little death (2008)

Comme quoi des fois, il est bon de se laisser happer par un nom ou une pochette. Deuxième fois qu'il passait sous mes yeux, je n'allais pas le rater. Ni trop sucré ni trop grandiloquent, le quintet originaire de Reading s'avère être pour ceux qui le connaissent, avec Vampire Weekend, le groupe anglais à écouter en ce moment. Sorti en février dernier dans le quasi anonymat, parce qu'aux antipodes de la nouvelle tendance britannique nu rave, cette petite mort orchestrée en musique se révèle impressionnante dès la première écoute. Et comme The Coral ou Arcade Fire, qui pourraient être leurs parents adoptifs, leur premier album est parfait, accessible à tous et immédiatement immédiat. Comme si à 20 ans ils avaient déjà assimilé toutes les ficelles de l'écriture pop classique, des Beatles aux Kinks. Des airs entendus il y a 10 minutes, et pourtant déjà si familiers, comme portés par les fantômes de ces derniers. Je n'avais pas ressenti ça depuis longtemps. Véridique.
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Profondément ancrés dans la campagne anglaise loin du star system, Peter, Jonny, david, Peter et Tommy ont ce je ne sais quoi qui lorgne vers l'indie US, new-yorkaise notamment. Enregistré chez le label anglais Stolen recordings et produit par Gareth Parton (The Beta Band, The Go! Team), Little death est un disque pop (rock?) contemporain parfait. Mr Understanding est tubulaire à souhait, tout comme Knots, il n'y a rien à redire, ce sont déjà des classiques. Pourtant le schéma est simple: guitares, basse, batterie et chants. Mais chaque titre est singulier, dans le riff de guitare, le roulement de batterie, le pincé de corde et la voix que l'on découvre finalement double, mix décalé de celle de Peter et de celle de Tommy. Inévitables dans le genre, les handclaps de Come on feet, l'énergie de Lost in the woods, la douceur de Humming, en fait tout l'attirail d'une pop rêveuse et ensoleillée. Je pourrais aussi parler de la rythmique très Belle & Sebastien de She doesn't belong to me, ou du dernier des treize titres, Brights lights, coup de génie au riff intransigeant. Enfin je ne peux que vous conseiller d'écouter ma best one, Song for today; les mots me manquent.
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En bref : 5 jeunes anglais ont tout compris mieux que les autres et livrent un premier disque pop rock parfait. Outsiders de l'année.
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Le Myspace et le site officiel de Pete & The Pirates

Pour vous convaincre, les clips de Mr Understanding, Knots et She doesn' t belong to me :



Pete and the Pirates - She Doesn't Belong To Me

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A lire aussi : The Coral - The Coral (2002)
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Hjaltalín - Sleepdrunk Season (2007)

Notre jeunesse blasée, née après les grandes apparitions, contrainte à n'écouter que des sons post-anything, peut se réjouir et s'émouvoir d'entendre la nouvelle énergie vitale d'Arcade Fire se répandre en floraison saisonnière dans toute sa sphère d'influence nordique, de ses pairs canadiens (Wolf Parade), à la Suède (Happiness), en passant ici par un gué islandais. En tant que premier symptôme, discret mais remarquable, Hjaltalín, groupe qui monte en son pays (Iceland Airwaves et passages TV) mais invisible ailleurs, est déjà bien précieux. Pourtant le groupe a tout de la formation twee, de virtuoses classiques aux envies de pop régressive, loin des clair-obscurs de la troupe montréalaise.
Sleepdrunk Season se présente comme un tourbillon de guitares, de choeurs, de cordes et de vents, pris dans une ronde à mener les mains en l'air. La première piste, instrumentale et théâtrale, pose l'horizon d'attente: Hjaltalín veut jouer de la pop en remplaçant le plus possible les guitares par des instruments classiques, avec un esprit proche de celui de groupes écossais comme Belle & Sebastian ou Camera Obscura. Anciens bons élèves bien élevés, on veut désormais jouer de la musique, se jouer de la musique. Alors on tire, on pousse, on se retourne, on questionne. Crescendo, decrescendo, en anglais, en islandais : nos chansons seront ludiques. Bingo, Uno, Famille! Le disque est à ce titre incroyablement réussi : l'auditeur, s'il accepte de se prendre au jeu, est physiquement pris dans la ronde, qui tourne dans un sens puis dans l'autre, toujours avec adresse, dans une joie bon enfant. Sur Traffic Music et Goodbye July / Margt Ad Ugga, la basse gambade, les mélodies sont fines, malicieuses, malines, délicieuses. Celui qui se prend au sérieux refusera de jouer à l’innocence manifeste, dès le départ repoussé par les voix masculine et féminine, instruments les moins maîtrisés de l’ensemble. Certes on pourra reprocher une certaine paresse d’écriture à mi-album, peu convaincu par Debussy et Selur, et leur jeu de répétition à l’envi, jusqu’à ce qu’on en comprenne la règle, comme inventée de toutes pièces à l’instant même : ces chansons s’apprécieront sur la durée, et on en redemandera d'ailleurs. Les tendances mielleuses de The Trees Don’t Like The Smoke peuvent rebuter, mais on acceptera néanmoins de la suivre, main dans la main ; on aimera d’autant plus le moment où, à mi-parcours, il faudra s’asseoir, fermer les yeux et rêvasser, encore tout étourdi d’avoir tant donné de la tête.

En effet de temps en temps, ici et là, le disque touche à un autre niveau. Au creux des vagues, façonnées au souffle, Hjaltalín impose ses rêveries d’adolescents lettrés, "wrapped up in books". Sleepdrunk Season est ainsi ponctué de doux passages, de parenthèses enchantées, à l’image du grave Kveldulfur. Entre deux élans baroques excentriques, I Lie est impressionnant de sobriété, et plonge l’auditeur dans une belle torpeur. Les cordes, pincées avec mesure, contrastent justement avec celle du chant. Il n’y a pas de sens unique. Ces petites dépressions sont autant d’appels d’air, qui permettent de repartir d’un pied plus fort.

Et c’est là, quand l’esprit twee rencontre une énergie électrique surprenante, née du triste et domptée en spirale ascendante, que l’album est le plus touchant. C’est celui d’une jeunesse qui a écouté les grands d’Arcade Fire ; la puce à l’oreille, ce sont ces guitares graves, ces roulements de batterie, ces lacés de violons qui foncent vers la fin des chansons. Ce sont ces grands élans de vie auxquels on donne tout puisqu’il n’y a rien d’autre. Hjaltalín semble, grâce aux maîtres canadiens, avoir entrevu les épreuves de la vie et de la mort sans les avoir traversées. On choisit l’innocence parce qu’on a peur, mais déjà on se défend contre ce qui nous attend. La composition de The Boy Next Door est dans ce sens la plus représentative : le naïf, le romantique, l’expressioniste. Nous les avons reconnues, ces grandes embellies diurnes, ce sont les mouvements de vie de notre jeunesse.

En bref : Pour les amateurs, de la pop baroque à chœurs, à cordes et à vents qui assume sa géographie et propose un jeu d’équipe rafraîchissant, entre l’esthétique twee écossaise et une énergie électrique bien canadienne.
La vidéo de l'onirique Sleepdrunk Season II :



Et Goodbye July/Margt Ad Ugga, mini tube dans une émission TV:


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28 avril 2008

Interview - Bvdub

Soldat de l’ombre de la deep-techno, Brock Van Wey, alias Bvdub, vit à San Francisco. N’espérez pas pour autant, si vous passez dans le coin, le croiser dans les clubs de la cité californienne: le tatoué préfère rester seul dans sa chambre, devant ses machines. Là, il se plonge dans ses souvenirs, tente de s’accrocher aux instants évanouis, aux sensations sans cesse fuyantes. Et pour stopper l’insupportable écoulement du temps, il le fige dans une musique d’une épanouissante tristesse, entre dub futuriste - même s’il s’en défend- et house rêveuse.

Secret, il rechigne à parler des machines qu’il utilise ou des influences qui le nourrissent. Il préfère évoquer ses motivations intimes et métaphysiques. Profondes, en somme. Rencontre avec un type très deep.

Qui es-tu et comment as-tu rencontré la musique électronique ?

Je suis Brock Van Wey, je suis né et j’ai grandi dans la baie de San Francisco, en Californie. J’ai fait ma première rencontre avec la musique électronique en 1992 en entendant “Spice”, de Eon, tard la nuit lors d’un show radio mixé. Ça peut paraître très cliché, mais dès la première seconde, j’ai su que j’entendais quelque chose qui allait changer ma vie pour toujours. Je pense que quand on est jeune, on a souvent cette impression. Cette fois, c’était vrai.

Qu’écoutais-tu pendant ton enfance ?

Ça va probablement en surprendre quelques-uns, mais à l’époque, j’écoutais du heavy-metal. Mon voisin était plus âgé que moi et il me prêtait des disques d’Iron Maiden. Quand j’ai eu neuf ans, je suis allé au magasin du coin et j’ai acheté mon premier vinyl, “Shout at the devil”, de Motley Crüe. Ensuite je suis passé au trash et au death metal. A douze ans, j’allais tous les week-ends voir des groupes locaux comme Testament, Forbidden, Death Angel et Metallica. J’étais un gamin très enragé. Les concerts m’ont permis de voir que je n’étais pas seul dans ce cas.
Je pense qu’un paquet d’artistes techno d’aujourd’hui te diraient qu’ils ont grandi avec la musique électronique et la synth-pop des années 70 et 80. Pour ma part, je n’en écoutais absolument pas.

Quelles sont tes principales influences ?

Quand je m’asseois pour faire un track, la seule chose que j’ai à l’esprit, c’est la situation, l’émotion, la sensation que je veux transmettre. La musique que je fais est la bande son de ma vie - comme tout le monde, je suppose. S’il y a des influences, elles sont subliminales.

Comment travailles-tu ?

Je bosse dans un coin de ma chambre, j’ai une installation un peu bordélique. Désolé, mais je garderai pour moi mes petits secrets de fabrication. Pas parce que je pense que mon équipement ou mes méthodes sont géniales, mais parce que j’ai eu à passer par un tas d’essais et d’erreurs pour trouver le son qui fonctionne pour moi. Pour chaque personne, il y a un processus complètement différent. C’est nécessaire de passer par là.

On dit de toi que tu fais de la “dub-techno”. Que signifie cette musique pour toi ?

La deep-techno (et la musique “deep” en général) est tout pour moi. Tout ! Notez que je dis “deep” et pas “dub”, parce que je ne suis pas un artiste dub-techno. Beaucoup m’ont défini comme ça, et ça m’ennuie un peu. Je n’écoute pas de reggae ni de dub, même si ma musique est influencée par ces genres. Bien sûr, je mets du delay sur les accords, parfois... Mais est-ce que ça fait automatiquement de moi un artiste dub-techno ? Je ne crois pas. Peut-être que de nos jours la “deep-techno” et l’”ambient-techno” n’existent plus vraiment. Peut-être que je suis juste vieux jeu. Il me semble qu’aujourd’hui, dès que la techno atteint une certaine profondeur, elle est considérée comme “dub”. Mais tous les disques de “dub-techno” ne sont pas “deep”...














La plupart de tes morceaux sont tristes et nostalgiques. Comment l’expliques-tu ?

Il y a une raison très simple à ça. Je suis une personne très triste et nostalgique. Je l’ai toujours été. J’ai toujours passé la majorité de mon temps à penser aux moments passés que je ne pourrai jamais revivre, aux rêves et aux idéaux qui ne se sont jamais matérialisés, à ce qu’aurait pu être mon futur. Pour moi, il n’y a jamais réellement de présent car, techniquement, la vie est une série de souvenirs et d’espoirs. La musique permet la capture des instants passés tels qu'on se les remémore, ou des instants futurs tels qu’on voudrait les vivre. Que la chose se passe réellement, ou que le souvenir que tu gardes d’un moment soit exact, cela n’a pas d’importance. Parce que l’essence de ce moment restera pour toujours dans la musique... Et pour les quelques minutes que dure un morceau, tout ça devient vrai.

Tu as lancé récemment ton propre label, Quietus. On peut en savoir plus ?

J’ai lancé Quietus à la fin de l’année dernière pour mettre à dispo un forum, pour moi-même et pour les artistes que j’admire afin qu’ils puissent enregistrer la musique la plus personnelle possible. Une musique qui soit le reflet de ce qu’ils sont en tant qu’artistes et en tant que personnes. J’avais entendu trop d’amis me dire que leurs tracks étaient rejetés par des labels sous prétexte qu’ils étaient “trop ambient”, “trop deep” ou trop je-ne-sais-quoi. Moi-même, j’ai eu pas mal d’expériences similaires et, à force, c’est vraiment saoûlant.
Quietus est un label dédié au CD-R. Chaque disque est tiré en édition limitée. Ce n’est pas fait pour créer de la hype et de la demande, c’est simplement parce que je fais chaque copie moi-même, à la main. L’artwork de chaque disque est unique. Je prends moi-même la photo en écoutant le morceau en boucle dans mon casque, pour que l’image capture au maximum les sensations de la musique... telle que je la sens, du moins. Je veux que chaque disque soit une sorte de carte postale de l’artiste à l’auditeur. Tout ça prend un temps fou, mais pour moi, ça vaut le coup.

Parle-nous de la vie nocturne à San Francisco...

Je suis probablement la pire personne pour te parler de ça. Je n’ai pas foutu les pieds dans un club depuis plus de sept ans. Je suis probablement l’homme le plus casanier que tu rencontreras jamais. J’ai passé dix ans à écumer les fêtes underground, les clubs et les “house parties” tous les soirs de la semaine, que ce soit pour mixer ou pour faire la fête. Je m’en souviens comme des meilleures années de ma vie. Mais à San Francisco la scène underground s’est véritablement effondrée à la fin des années 90. Il n’y a plus que des clubs de house commerciale ou de trance progressive qui ne sont là que pour le fric. J’ai donc totalement cessé de sortir. En 2001 j’ai officiellement arrêté de tourner en tant que DJ. J’étais dégoûté de la tournure que ça prenait. C’est vrai que j’ai toujours été un peu casanier, mais, ces derniers temps, j’ai atteint des sommets. Je passe l’essentiel de mon temps dans la solitude de la grande ville, et j’aime ça.

Quel est ton programme pour 2008 ?

Beaucoup de choses excitantes... Des sorties en vinyl sur Styrax, Millions of Moments et Pronounce; mon premier disque ambient en long format sur Shoreless, mais aussi une sortie sur mon propre label, Quietus. Et puis il y a un projet sur Southern Outpost, qui vient d’être enregistré. Les 100 premiers exemplaires contiendront une version en cassette audio (avec deux bonus tracks).

Ta playlist du moment ?

1. Remote_ - Solitude (Smallfish)
2. Quantec - Thousands of Thoughts (Quietus)
3. Khonnor - Handwriting (Type)
4. Shuttle 358 - Understanding Wildlife (Mille Plateaux)
5. Fenton - Pup (Plop)
6. Sade - Lovers Rock (Epic)
7. Cottage Industries 4 (Neo Ouija)
8. Ezekiel Honig & Morgan Packard - Early Morning Migration (Microcosm)
9. Boy is Fiction - Boy is Fiction (List)
10. Norken - Our Memories of Winter (Combination)

Propos recueillis par Dave

Le site (très dépouillé) de BvDub
Son MySpace
Le site de Quietus Recordings

Le MySpace du label

A lire aussi : Styrax / Various Artists - In loving memory 3:4 + BvDub - Requited love (2007)
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Seth Troxler & Patrick Russell - Valt Trax (2008)

Seth Troxler vient d’une ville au nom trop invraisemblable pour qu’on le taise : Kalamazoo, Michigan. Une bourgade située au milieu de nulle part, mais tout de même à mi-chemin entre Detroit et Chicago. A 15 ans, après avoir emménagé à Detroit avec sa famille, il récupère un paquet de disques de son père, des classiques house et disco des labels Dance Mania, Metroplex ou DJ International. Un peu plus tard, il découvre les expérimentations minimales de Richie Hawtin, puis de labels européens comme Perlon, qui le marquent durablement. Très précoce, il signe ses premiers tracks avant sa majorité sur Spectral, Items & Things, FXHE... A chaque sortie, son style s’affine. Aujourd’hui, le producteur habite Berlin et sort chez les Français de Circus Company un maxi qui garnit déjà les DJ bags dans le monde entier.

Valt trax est issu d’une collaboration du jeune homme avec Patrick Russell, vétéran des nuits de la Motor City, qui n’a jamais eu à percer sur disque pour se faire un nom, au moins localement. On suppose que la froideur extrême des nappes de “Doctor of romance”, en face A, n’est pas étrangère à la présence de cet ancien combattant. D’un classicisme total, ce morceau sombre mêle un kick sec et mat à des halètements tribaux. Une odyssée mentale régressive qui fera pleurer de joie les fétichistes de la techno de jadis. Irréprochable. La face B, plus druggy, est aussi plus discutable. Si l’incursion dans le dub de “Last date” est stimulante au premier abord, elle finit par ressembler à une version paresseuse des prods de la catégorie (Styrax, Millions of Moments...). L’agressif “Love spray” se révèle plus attrayant, plus angoissant aussi, avec son mood très industriel et nébuleux. Pas de quoi faire oublier la première face, toutefois.

En bref : Le très old-school “Doctor of romance”, en face A, marque l’entrée du jeune producteur tech-house Seth Troxler dans la cour des grands.



Le myspace du label français Circus Company
Le myspace de Seth Troxler

A noter : Il signera cette année, sous le nom de Sex Trothler (!), un premier album sur Wagon Repair.

A lire aussi : Guillaume & the Coutu Dumonts - Petits Djinns (2007)
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27 avril 2008

Interview de Gonzales - 1/4


A l'occasion de la sortie de son nouvel album Soft Power, petit portrait audio en quatre volets du musicien canadien Jason Beck, alias Gonzales, ce "génie musical", selon les mots de son camarade et collaborateur Renaud Létang. Bonne écoute.

#1 - Aujourd'hui Gonzo évoque son enfance et sa formation précoce à l'art de la scène.
(lecteur audio ci-dessous)









A lire aussi : Gonzales - Soft Power (2008)
Le myspace de Gonzales

La vidéo de son titre "Working together", extrait de l'album Soft Power :



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26 avril 2008

Swell - South of the Rain and Snow (2007)

Ce nouvel et inattendu album du groupe de Frisco ou de ce qu'il en reste, n'a pas défrayé la chronique, c'est le moins qu'on puisse dire. Sorti en toute fin d'année 2007 dans un anonymat comparable à celui des Mabuses -les media ne sont pas tendres avec les ex-gloires du rock indé-, il donne à offrir un Swell tel qu'on n'avait pas l'habitude de l'entendre, souffreteux et mélancolique certes mais aussi et surtout, acoustique et alangui de bout en bout !

Point de son de guitare brisée sur l'autel des larsens, tout ici est en retenue, en demi-teinte. David Freel, dont dont on a grand peine à identifier le grain de voix susurre et aligne dans un souffle deux titres totalement folk hors-du temps. Impossible de vérifier mes hypothèses de line-up ; le livret est aussi disert qu'un communiqué de presse. Tout juste y lit-on le nom d'un batteur qui semble-t-il participe à l'ensemble du disque : plus de Sean Kirkpatrick donc, noyau central du trio originel, quid de Monte Vallier ?

En tout cas, le nouveau batteur de Swell sonne comme l'ancien : à l'étouffé, avec toujours ces sonorités velvetiennes si chères au groupe ! Le disque dans tout ça ? Disons que ça étonnerait fort qu'il aille le disputer au Thriller de Michael Jackson en terme de vente ! Sorti en catimini et distribué par le groupe lui-même, South.. dont on aura du mal à extraire un refrain à fredonner sous la douche, est de ces disques qui s'écoutent, se réécoutent, se méritent dit-on souvent, dans une agréable langueur, par trop uniforme il est vrai/

Difficile de faire surnager tel morceau plutôt qu'un autre : ceci n'est pas un concept, plutôt une humeur, avec toujours ces sonorités dépouillées et sépulcrales qui sont l'apanage du groupe. Manque le pendant electrique donc, et l'uniformité, le ronron guettent ce disque ! A mille lieues de Whenever You're Ready, le précédent "album du retour" de 2004.

En bref : la carcasse encore fumante du rock indé de Frisco s'agite toujours, mais elle aura bien du mal, en dépit de sa beauté intrinsèque, à échapper à l'équarisseur musicologue.

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24 avril 2008

Dalton & Dubarri - Success & Failure (1976)

Qui de nos jours écoute encore Dalton & Dubarri à la maison? Qui s'en souvient même? Se retrouver avec un disque comme ça entre les mains et vouloir en savoir d'avantage c'est se résoudre à attraper son dico d'anglais et plonger au plus profond des archives seventies, comme on peut. On y apprend que le blanc bec en costume noir sur la pochette s'appelle Gary Dalton et que son look iconoclaste n'a d'égal que son multi instrumentalisme chronique (bassiste, guitariste, clarinettiste et chanteur). Son compère en blanc, c'est Kent Dubarri, chanteur et percussionniste soul blues de son état. Ne figurant pas sur la photo, l'organiste Rick Allen, non des moindres apparemment, rajoute sa touche Hammond B-3 à un show qui sonnait déjà pas mal Californie hippie.

Malgré les attentes qu'ont pu susciter un tel trio à cette époque, le projet Dalton & Dubarri ne dura pas bien longtemps. Un album éponyme en 1973, Good head en 1974 et ce dernier 2 ans plus tard ont été incapables de lancer le succès commercial du groupe. Ce n'est pas faute pourtant d'avoir assuré une bonne poignée de premières parties pour grosses pointures (Rod Stewart, Doobie Brothers, Beach Boys...). Le disque lui, sonne comme une BO de Jackie Brown, où chaque morceau de classical rock possède les qualités cachées pour faire valoir un personnage tarantinesque à l'écran. Avec plus de 30 ans de recul, même sans succès commercial, cette musique typique seventies a acquis une classe éclatante, un charme évident de nostalgie, d'une époque de folie. Malheureusement pour eux, le Grateful Dead ou le Jefferson Airplane étaient là avant. Des succès et des échecs, c'est le lot de tous les groupes, et ce disque pris au hasard (ou à l'intuition, Fab?) de rappeler qu'avec les années, un échec peut devenir un succès, au moins pour moi, l'espace d'une heure.

En bref : Anecdotiques et oubliés, 2 black & white brothers jouent de la musique qui a vraiment la classe, surtout 30 ans plus tard.
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22 avril 2008

Festival des Artefacts - Strasbourg, journée du 18 avril 2008

Au regard des précédentes éditions, le treizième Festival des Artefacts de Strasbourg fait figure de grand cru. Depuis quelques années, la programmation correspondait au profil de l’admirateur enthousiaste de chanson française et de rock festif-ska-reggae-punk. Cette configuration a contribué au bonheur des uns, mais a aussi occasionné un ennui mortel chez les autres. Certainement destiné à contrebalancer l’Ososphère, l’autre festival d'allégeance électronique, les Artefacts ont malgré tout, bien voulu insérer des éléments nouveaux. Les trois jours ont été subdivisés en trois thématiques – rock, chanson française, reggae – de façon à coller au plus près des orientations musicales du public, mais aussi d’intégrer une line-up cohérente dans un festival d’intérieur, disposant de l’unique scène du tout récent zénith strasbourgeois. Récit de la première journée.

Entrevu sur une photo, je ne m’étais encore jamais rendu dans ce jalon architectural et culturel remarquable (sic), le zénith le plus grand de France. De fait, j’ai été un peu surpris par la découverte de cette sorte d’objet non identifié de forme elliptique, dans un détour de la route. Le bâtiment m’a plus ébloui par la toile orangée dont il est recouvert que par sa conception architecturale. Mais, après avoir assisté à la séance de balance, j’ai rapidement été impressionné par l’acoustique de l’ouvrage.

En ce milieu d’après-midi, le lycéen est présent en masse. Ils attendent patiemment dans une longue file. Dès l’ouverture des portes, de petits groupes d’adolescents cavalent, pressés de se positionner au-devant de la fosse pour profiter au maximum de la musique de Gogol Bordello, troupe new-yorkaise de punk foutraque, fortement influencée par les musiques tziganes. La prestation enflammée de la formation provoque une furieuse agitation et je me surprends même en train de remuer discrètement au son de leurs rythmes effrénés.
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La pagaille à peine terminée, l’insoutenable attente du concert des BB Brune s’installe. À boire des bières et à fumer des cigarettes dans une désagréable atmosphère de courants d’air, il fait bon de papillonner en slim, Ray-ban, thermobrossage impeccable. La raréfaction progressive des slims signifie que le concert a déjà commencé. Assez dubitatif devant ce groupe mais ne voulant pas faire preuve de mauvaise foi, je m’aventure de quelques mètres dans la fosse avant de me replier stratégiquement dans les gradins. Pendant ce temps, le chanteur des BBB scande, entre les morceaux, d'héroïques « bien ou bien ? ». Mal, je préfère m'en aller fumer dans les courants d’air. S’en suivent deux interminables heures d’attente, prestation de Serj Tankian, voix de SOAD, incluse.
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Mais l’espoir renaît avec l’arrivée de Birdy Nam Nam. Leur prestation ne diffère pas de la description de Ju pour le festival Garorock : son énorme, effet de lumières… On se croirait à un live des Daft Punk, ou plutôt de Justice tant ils utilisent la saturation des sons à outrance. Efficace sur le dancefloor avec un avant-goût de simple introduction de la formation suivante du nom de… Justice. Ces derniers livrent un show sans grande originalité, mais transforment la fosse en un marécage de transpiration. Encore sec, je retourne prendre une bière.
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La fatigue accumulée tout au long de la journée disparaît soudainement, comme diluée dans le live de Vitalic. Loin de la copie conforme de son album, sorti il a bientôt trois ans, il livre contre tout attente une techno imprévisible. Tantôt emmené par des beat monumentaux, tantôt abandonné par l’introduction d’éléments hétérogènes – bouts d’italo-disco, plages jazzy – , le set est malheureusement marqué par des coupures intempestives, réduisant à néant l’élan pris au cours de ses morceaux. Depuis le live de Justice, la salle s’est considérablement vidée. Mais Mix Master Mike, Dj des Beasty Boys, enchaîne presque immédiatement. Il tire habilement les ficelles des pauvres pantins désarticulés que nous sommes. Il fait voltiger Nirvana et MC Lyte sans aucune retenue. Le public crie au Sabotage. Il vacille, en redemande, et finit par s’écrouler sous le poids des décombres. Tout simplement épuisé.
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21 avril 2008

Field Music - Write Your Own History (2006)

Ceux qui ont connu Field Music avec leur premier album éponyme (2005) avaient sûrement vite oublié leur pop légèrement psyché, post-punk et arty, distante et confuse. Pourtant le groupe a sorti, l'année suivante, une collection de faces-B qui pourrait en faire le meilleur groupe pop anglais, loin du circuit agaçant des groupes pop punk jetables: humble, inspiré, solidaire. On entend sur cette compilation un vrai travail, minutieux, de l'écriture à la production. Une finition à la précision métronomique pour des chansons en costume trois pièces. Or on sent derrière nos orfèvres des moyens limités; le résultat tient sa beauté non pas de la richesse des matériaux, mais dans l'art et la manière de les accorder.

Si ces chansons fonctionnent si bien, c'est qu'elles donnent cette impression profondément émouvante d'être déjà pré-écrites quelque part dans notre imaginaire indie, qui n'attendait plus que le groupe idéal pour les interpréter. Ainsi les notes de piano de Trying To Sit Out apparaissent, bouleversantes, juste au bon moment pour nous faire craquer; le chant et la production de ce seul vers "I'll only make it worse", renvoie Breakfast Song à la mélancolie de nos propres rêves égarés.

Ce qui n'empêche pas Field Music de surprendre. Entre faux chapeaux de roues et fausses fins, fausses pistes et hors pistes (les rythmiques électro de I'm Tired, Test Your Reaction et Alternating Current), le groupe joue des codes et prend quelques risques heureux. Première surprise: le premier titre, avec ses choeurs introductifs, sa rythmique soutenue et ses cordes barrées, laisse augurer un disque twee et ludique, tandis que la suite révèle une mélancolie prégnante aux mélodies pop, élégantes et efficaces de bout en bout. Car ces titres restent indéniablement pop, au sens le plus noble, et sont dans ce registre les plus fins entendus ces dernières années. En effet le problème des groupes qui recherchent la perfection pop, c'est cette tendance à polir les chansons pour faire effet, alors que le résultat, faute de composition, frise l'ennui. Ces raretés de Field Music sont tout aussi polies, mais le polissage ne dénature pas le matériau: ce matériau-là est fait pour briller. La différence ici, c'est que le groupe atteint effectivement une perfection qu'il n'a pas cherché en soi, puisqu'il se sentait déjà vaincu, dépassé, limité. Ces chansons sont celles d'un groupe qui, ayant livré ce qu'il croyait être le meilleur de lui-même, déclare forfait et n'a rien à perdre, de beautiful losers provisoires, qui ont l'élégance sans l'arrogance: ici on ne construit pas de cathédrales.

D'où l'incroyable cohérence de cette compilation: chaque essai a été enregistré, de 2000 à 2005, avec la même application et la même implication, sans enjeu autre que la Chanson elle-même. Une collection de premiers singles, de ceux qui ont d'abord pensé court et bon avant de faire lourd et long (Jens Lekman a eu la même démarche, d'une compilation magnifique à un album indigeste), est souvent bien loin de l'inconsistance d'un vulgaire best of. Celle de Field Music ressemble à s'y méprendre à l'album pop de nos rêves, dont on sculpte les cadres au lieu de les briser.

En bref: Une collection de premiers enregistrements humbles et soignés; au final un album pop parfait.





La page myspace et le site officiel

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Le clip du premier titre, You're not supposed to :


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