19 décembre 2025

Balcony's Paradise - Spot The Difference (2025)

 Lorenz O'Tool est un musicien Berlinois ayant oeuvré dans divers groupes underground, qui en 2021 lance son projet Balcony's Factory avec son ami australien, le batteur Jeremy Tayler. Enregistré dans leur maison-studio de Tasmanie à la vue imprenable d'où le blaze du groupe, leur premier album (sans tires) donne à entendre  une folk cafardeuse lo-fi qui ferait passer les premiers disques de Daniel Johnston pour du Burt Bacharach. Ce sophomore à la superbe pochette avec ses nénuphars sérigraphiées, le surpasse et enfonce le clou.

Amateurs de pop léchée, de voix cristallines à la justesse impeccable ainsi que d'envolées instrumentales et de guitares accordées, passez votre chemin. Ce disque auquel on aurait tort de renoncer  dès la première écoute est de ceux qui se méritent même si le procédé et la démarche arty ont de quoi intriguer voire agacer. Spot The Difference a été enregistré sciemment dans un grille-pain immergé au fond d'une piscine. Comment peut-on expliquer sinon ces gouttelettes tombant à intervalles réguliers sur la console....à moins que bien sûr il ne s'agisse tout bêtement d'une reverb un peu forcée. Bon, au-delà de l'exercice de style déjà éprouvé et qui renvoie à certains de nos plus beaux fleurons de folk neurasthénique - le regretté Daniel Johnston déjà cité, Sparklehorse, Palace Music, Smog bref tous les grands cabossés - Balcony's Factory dispose d'un talent indéniable. Celui d'emmener très loin des morceaux déchirés et déchirants (magnifique "Fishing next to the lilies", les nénuphars encore), d'arrêter les titres qui viennent à peine de commencer ("Hollow diary", "Time after time"), et aussi de faire sonner des guitares comme des dulcimers (l'intro de "Spot the difference", autre réussite).
Et alors qu'il reprenaient les Beatles via John Lennon dans le premier album éponyme, le binôme s'octroie pas moins de quatre reprises pour un album dépassant à peine la demi-heure et ces titres-là comptent parmi les pics de Spot The Difference : d'abord un "Silly girls", classique des TV Personalities joué à la hussarde et à l'identique. Puis deux morceaux de M.O.T.O (Master Of The Obvious), groupe-culte de Louisiane du milieu des années 80 et ce sont les formidables "Alone with a crowd" et "But of course" qui sont revisités. Il y a aussi le "Weird Ways" de Jeff Clarke des Black Lips dans son projet solo Demon's claws. Avec  le chant anémié d'"Aftermoon" et les accents punk débraillés de "Lovelonging" et "College knowledge" qui n'auraient pas déparé sur le premier Parquet Courts, on touche là d'autres sommets d'un album bringuebalant mais qui miraculeusement fonctionne en rappelant à notre souvenir les meilleurs inadaptés de l'indie rock"

Spot The difference, titre second degré s'il en est, permet d'envisager à nouveau un underground de musique blanche et blafarde avec sérénité. Avec trois fois rien : deux micros, une batterie, une chambre d'écho avec ici ou là quelque partie de saxophone. Et au détour d'un titre, de percevoir une mélodie qui dans son plus simple appareil, touche au coeur.
Miraculeux.

En bref : difficile de comprendre pourquoi on accroche tant à ce disque fauché. Mais le fait est qu'au-delà de la pose et du parti pris lo-fi, le binôme germano-australien parvient à rendre crédible cette collection d'accords simples pourtant sur le fil et prêts à se casser la figure. Idéal pour les fins de soirées avinées.


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17 décembre 2025

Iglú - Rainbow (2025)

 Découverts lors d'un festival sur l'île hospitalière de Kampa, Iglú  est un quatuor Praguois actif depuis une dizaine d'années lorsque parait Rainbow son véritable premier album. Gravé directement des masters et ne procédant donc pas d'un pressage universel, ce disque bénéficie donc d'une sonorité roots que lui confèrent certaines plages - la prise de son sur "Křidlyka Muši" étant un exemple parlant.

Déjà auteurs d'un Ep 6 titres en 2021 dont la plupart des titres se retrouvent sur Rainbow, le groupe emmené par l'étonnante Julie Gubelova au chant et saxophone se voit vite étiqueter comme une formation de funk blanc. En vérité ils ont plus à offrir que d'être sur le papier un simple groupe de bal. De funk blanc ou en tout cas de rythmes chaloupés à faire bouger le popotin, il en est certainement question dans "Velkej Bill" et notamment sur le très incisif "Vetni Lečery". Ensemble plutôt inclusif et prônant  tolérance et universalité - ces rares titres plus pop et plus longs  chantés en anglais ("Helicopter people", "Rainbow"-  le groupe de Julie Gubelova navigue de la jam bluesy ouatée (" "Křidlyka Muši")  au ska débridé '"Teepee", l'intro à l'avenant de "Veselá O Válce"  ou la rythmique reggae ("Kůže")  sans jamais se départir de cet esprit festif qui le caractérise. La chanteuse volontairement ou pas joue de son androgynie et de son timbre vocal atypique. Sons de guitare nimbés de chorus et solos juteux et revigorants dans leur simplicité, Rainbow dispose de pas mal d'atouts pour séduire l'auditeur en dépit de la barrière de la langue.

Le saxophone, instrument très années 80 et parfois embarrassant dans ce qu'il véhicule, est ici utilisé avec parcimonie et souligne plus qu'il ne barbouille  l'ensemble. Le quatuor, féru de pop classique et.....de Nick Cave fait plus que sans sortir avec honneur et l'auditeur avisé ne pourra que suivre l'actualité de ce groupe et de cette auuto-production du label OSA.
Czech your money maker!

En bref : un des secrets les mieux gardés....et tchèque : groupe protéiforme d'obédience funky et dansante. Des musiciens aguerris drivés par une chanteuse-saxophoniste à l'androgynie stupéfiante.


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14 décembre 2025

Les Roche Martin - s/t (2025)


 C'est l'histoire d'un gars et de deux filles qui se rencontrent en Espagne. Elles (les soeurs Sanson) sont musiciennes et lui joue de la guitare et écrit des chansons.Violaine et Véronique se lient d'amitié avec François Bernheim et le trio qui prend les choses à la coule décide de prendre pour avatar les deux noms de famille les plus usités de France : ça aurait pu donner les Dupond Dupont ; ce sera donc les Roche Martin.

 Détail amusant, si le recul nous permet de savoir quel membre du trio a construit une carrière couronnée du succès, ce n'est en définitive pas Véronique Sanson qui est la plus impliquée dans la composition ; Violaine et François se taillant en effet la part du lion. Dans leurs deux EP's extrêmement rares parus chez Odeon - enfin le deuxième est juste référencé et on ne lui connaît que leur arrangeur le grand Hubert Rostaing comme possesseur - ce sont huit morceaux d'obédience pop que le trio met en avant.
Warner a eu la bonne idée de donner une deuxième vie à ces titre mythiques et ravissants qui font le bonheur des fans et pas uniquement ceux de Véronique Sanson. Le tout sous une pochette iconique et reproduite par le groupe près de 60 ans après. On notera et appréciera la très politiquement incorrecte pose avec cigarettes.
 Le premier EP qui une sorte de best-of du savoir-faire des Roche Martin propose le grandiose "Les mains dans les poches" de Violaine aux vocalises irrésistibles, aussi connu sous le sobriquet de "Macbird" (son héros) : basse qui s'insinue, petites touches discrètes d'orgue, breaks affolants ; ce titre est un must have qui devrait figurer en bonne place dans la série Whizzz éditée par Born Bad. Textes poético absurdes ("Déchéance"qui annonce Stereolab avec 20 ans d'avance, pas moins)  ou priapiques ("Seul avec vous deux / J'étais très heureux /  Deux femmes pour moi / J'étais le pacha") dans "C'est toi qui a gâché notre vie", sa trompette bouchée et les choeurs délicieux des deux soeurs répondant au décadent François. Ce dernier signe ces deux derniers titres. "Nathalie's blues" et sa dramaturgie, superbe nouvelle composition de Violaine complète le premier EP.
Terminant la première face, le deuxième EP jamais vraiment sorti, officieusement pour des bisbilles entre François Bernheim et le producteur Claude-Michel Schönberg,  reprend les recettes du premier avec toujours une grande richesse d'arrangements/ Les titres -phares en sont "Tu as peur du bruit" avec ses ornements classiques et son clavecin à nouveau oeuvre de Violaine. Avec Maria de Tusha" qu'elle reprendra avec succès lors de sa carrière solo, Véronique signe son premier titre sous la férule bienveillante de ses deux compagnons. La face B de cette compilation consiste en 8 titres quasi exclusivement folk et presque tous de la plume de François Bernheim. Ceux-ci sont dans l'ensemble plus dispensables mais restent néanmoins des must-have pour les adorateurs du groupe. On retient notamment l'adorable "Miss gaffe" seul titre connu jusqu'alors, paru dans l'intégrale de Véronique Sanson et visible sur Youtube. Imaginez un Peter Paul and Mary inversé et un texte loufoque  évoquant le Michel Polnareff de "Oh ! Louis" ....le tout susurré par la voix mutine de Violaine.

Les destins se sont donc inversés : Véronique Sanson aura donc fait la carrière internationale triomphale que l'on sait ; tandis que sa soeur Violaine toujours musicienne à ses heures a fait carrière dans le droit et le management. Que ce soit dans la musique - François Bernheim a plusieurs disques à son actif dont un fabuleux EP  ("Tom" qui a eu lui les honneurs de Wizzz, sorti juste après le split du groupe). Il deviendra directeur artistique chez Barclay, deviendra l'homme de l'ombre derrière les Poppys et pour les cinéphiles, sera l'une des victimes de la veuve noire Isabelle Adjani dans le troublant Mortelle Randonnée  de Claude Miller. Fin de l'histoire.

En bref : l'une des rééditions les plus réjouissantes de l'année en ce qu'elle met en lumière l'un de nos plus éphémères groupes sixties même pas yéyé. Une certaine conception de l'orfèvrerie pop.   









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12 décembre 2025

The Lemonheads - Love Chant (2025)


 Les années 2020's auront été fertiles en retours réjouissants pour ce qui est du rock indé. The The et plus près de nous d'autres mastodontes comme Stereolab, Pulp ou My Bloody Valentine (je fais sur moi) sont revenus aux affaires (mais étaient-ils vraiment partis ?) ; de cela on ne peut que se féliciter.
En 2025 Evan Dando est aussi de la partie avec ce qui doit être son 11ème album à peine dans une carrière qui a tout de même commencé tout à la fin des années 80.

Revenu de tout, de la dope et des avanies et légèrement plus buriné qu'au temps de la splendeur de It's A Shame About Ray (92) et Come On Feel....(93), le contemporain et frère d'armes de Sebadoh, Dinosaur Jr., Pavement et de tout cet aréopage de brailleurs velus lo-fi tant chéris revient avec Love Chant, album court, remuant, globalement inégal voire bâclé tel à son habitude mais au charme qui fait mouche. Désormais installé et filant le parfait amour au Brésil, le beau gosse qui ne s'est pas pour autant converti à la bossa, nous livre.....11 déflagrations lo-fi dans son style caractéristique : une prise de son à la va-comme-je-te-pousse, une alternance chansons tendres - superbe et émouvante "Together is all I'm after" malgré une intro foutraque - et des guitares crades et juteuses - tiens mais c'est bien sûr ! c'est la crinière de Jay Mascis que l'on voit pourvoyeuse d'un solo à la manière de et irrésistible dans le clip du single "Deep end"! Chouette.
Dans le registre énervé, un autre single le bien nommé "In the margin" emporte aussi l'adhésion. Belle voix mâle qui évoque tour à tour Stephin Merritt (Magnetic Fields) ou bien Kevin Ayers, Le perdant magnifique est à l'occasion rejoint pas sa garde rapprochée ; on reconnaît ainsi la fidèle et ex-membre emblématique Juliana Hatfield aux choeurs. L'album s'achève par un autre titre épatant que l'on imagine et pas que graphiquement, plus dédié à la légende des Thirteenth Floor Elevators qu'au boxeur Balboa ("Roky").
Ce sont là les 4 uniques chansons marquantes d'un album par ailleurs agréable et revigorant à l'écoute ; le reste étant plus anecdotique. Mais rien que pour ces chansons-là, il convient d'investir, d'autant que la pochette ultra-colorée (et plus encore dans sa version picture-disc) est superbe.

C'est bien là la trajectoire des beautiful losers, encore plus lorsqu'il s'agit de frayer dans une niche musicale : ils sont là où on ne les attend pas. Revenu le 18 septembre pour un concert acclamé au Café de la Danse, Evan Dando joue vite fait une poignée de morceaux de son nouveau disque tout en en ignorant une bonne partie. Resté près de 20 ans sans enregistrer le moindre disque de nouvelles chansons - les deux précédentes oeuvres étaient constituées de reprises - le voilà avec un nouvel album sous le coude avec Apollo Nove son nouveau producteur fétiche brésilien.
Le monde appartient à nouveau à Evan Dando.

En bref : même s'il passe en dessous des radars des media mainstream, le retour de l'ex-cabossé mais flamboyant Evan Dando et de ses Lemonheads ne peut que faire plaisir. Rien de neuf sous le soleil du Brésil si ce n'est un nouveau disque tout à fait digne.

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26 juillet 2025

Collection D'Arnell-Andréa - Villers-Aux-Vents (Février 1916) - 1994

Lorsque Jean-Christophe D'Arnell et Chloé Saint-Liphard créèrent cette escouade à l'intitulé en apparence alambiqué au début des années 90, se doutaient-ils que leur musique traverserait son époque et que forte d'une quinzaine d'albums elle resterait ainsi vivace près de quatre décennies plus tard ? D'autant que leur complice Pascal Andréa également du voyage et dont le patronyme serait le seul legs devait rapidement les quitter avant d'avoir même enregistré et de s'être produit en concert.
Et qu'accessoirement la musique pop en France mis à part Kat Onoma était peu propice aux sentiers non battus, condamnant de fait le groupe à vivoter dans une niche.

Si Collection D'Arnell-Andréa n'est pas devenue un best-seller et a tous les dehors de la formation culte, le groupe originaire de la région d'Orléans a même en se faisant rare écumé les scènes européennes et a recueilli les faveurs du Melody Maker  ; ce qui n'est pas rien. Le son de ce collectif inclassable à l'occasion septuor est souvent assimilé à la scène dark wave et son art se prête aussi bien à une pop mâtinée de symphonique que de gothique : la voix d'elfe habité de Chloé étant pour beaucoup dans le son du groupe. Mais pas seulement. Car dès ses débuts Jean-Christophe D'Arnell démiurge en chef et fan de......rock gothique - il voue un culte à Siouxsie And The Banshees et à Cocteau Twins, influences palpables -  ainsi qu'à des compositeurs fin 19ème tels Debussy ou Fauré, a échafaudé une cathédrale sonore autour de ses claviers et synthétiseurs dont un fidèle DX21. Tout en entremêlant ces sonorités plus organiques et plus chaudes d'alto ou de violoncelle, omniprésent dans la patte sonore unique de CDAA, et tenu très tôt par Xavier Gaschignard. On ne peut s'empêcher de penser évidemment au duo mythique australien Dead Can Dance auquel le groupe  a souvent et parfois abusivement été comparé. Autre influence avouée.

D'Arnell et ses complices sont obsédés par Dame Nature et aiment bien conceptualiser leur art. C'est au détour d'images stéréoscopiques sur la Grande Guerre qu'émerge l'idée du très dense 4ème lp qu'est Villers-Aux-Vents (Février 2016). Visions de tranchées; de corps déchiquetés, de terrains de bataille qui donnent jusqu'à leur nom aux chansons ("Verdun" ou l'extraordinaire "Le Chemin des Dames auquel Chloé confère une intensité à donner le frisson). Les paroles poétiques (des rimes à tous les étages) sont quasi exclusivement rédigées en français ; ce qui est à mettre au crédit du groupe. Mais à la vérité, on se surprend tout comme avec Cocteau Twins à percevoir la voix lead féminine comme un instrument psalmodiant et faisant partie du mix. L'effet conjugué du chant et du ton sépulcral est particulièrement envoûtant sur le titre d'ouverture '('Les cendre-lisières") devenu rapidement l'un des points d'orgue des concerts. Tout comme "L'aulne et la mort" ; ces deux titres sont à eux seuls annonciateurs d'une rythmique beaucoup plus rock et rentre-dedans que sur les longs formats précédents de CDAA. Les ambiances solennelles et recueillies sont toujours de mise et "Le chemin des Dames" en est un parfait exemple mais que dire du funèbre "L'ornière" :

 "Ainsi nous ressemblons / aux profondes ornières / Exode sillage des âmes et des cris / Soldats marchant recrus aux furtives frontières,  / "L'assaut, les baïonnettes, la troupe sans vie." Beau et glaçant.

Collection D'Arnell-Andréa a réussi ce tour de force de ne jamais reproduire un disque à l'identique, alors même que sa musique est profondément estampillée et frappée du sceau gothique et lyrique. Cirses Des Champs (1996) qui lui succède emprunte ainsi un tour plus folk. Quand The Bower Of Despair (2004) inhabituellement chanté en anglais reviendra par exemple aux ruades rythmiques de Villers-Aux-Vents (Février 1916). Mais si les réussites de la discographie de CDAA sont nombreuses, difficile de revenir à autant de fièvre que dans ce recueil pas très poilant certes mais divinement poilu.


En bref : à la fois gothique, symphonique et avec un son rock plus acéré qu'à l'accoutumée, ce disque de Collection D'Arnell-Andréa est en vérité un objet inclassable empreint de poésie et de lyrisme. Fascinant.

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25 juillet 2025

Comet Gain - Letters To Ordinary Outsiders (2025)

On est presque étonné voire déçu que le couple qui orne la pochette de ce très beau 10ème album de David "Feck" Christian (hors projets annexe et solo) ne soit pas celui mythique à la scène comme à la ville de Carole King et Gerry Goffin. L'une des plus mythiques paires de songwriters du Brill Building. D'abord parce que ce choix eût été raccord avec le reste de la discographie lettrée et référencée du sextet de David Christian. Ensuite parce que le visuel reproduit jusqu'à la maquette et les teintes d'une compilation  de la dame.
Enfin, parce qu'avec Comet Gain à travers les indices semés par son démiurge, tout est toujours à l'avenant du bon goût des gloires passées.


Lorsque commence l'aventure en 90 avec l'excellent Casino Classics (1995), probablement l'une des pierres angulaires d'une ample discographie - citons aussi City Fallen Leaves (2005) - le groupe à géométrie variable de David Christian devient très vite l'un des secrets les mieux gardés du Royaume-Uni. On devine sans peine que John Peel en est gaga. Tout ce qui est paria, derelict, artiste culte plus ou moins installé dans le coeur du public se voit cité, choyé par le groupe lui-même chouchou d'une cohorte de fidèles qui même dans la confidentialité ne lui fera jamais défaut. C'est Dan Treacy le leader abîmé des Television  Personalities (excusez du peu) qui rédige les notes de pochette de ce premier disque. Par la suite et comme s'il s'interdisait de devenir populaire ou plus sûrement assumait son intégrité artistique d'outsider, Christian n'aura de cesse de crier son amour à d'autres héros tels que Roky Erickson ou plus près de nous Robyn Hitchcock ou Julian Cope.
En guise de bilan, l'artiste qui vit désormais à Bordeaux avec sa compagne Anne Laure Guillain qui officie aux claviers, délivre à ses fans tout au long de 2024 des chansons comme autant de chroniques nostalgiques sur les rêves évanouis. L'auto-dérision est évidemment de mise. La plupart figurent sur Letters To Ordinary People  et sont enrichies d'autres témoignages  ; et cela donne ce magnifique album. Témoignage, le mot est adéquat puisque quasi chaque titre se voit entrecoupé d'un interlude de présentation où David s'adresse à un interlocuteur de ses connaissances. Ce sont deux notes entêtantes de piano qui ouvrent et reviennent tout au long de la très mélancolique "The ballad of the lives we led" où l'amour fait office d'épiphanie. Les chansons naviguent entre une pop indé délicieuse rehaussée à l'occasion de "trompettes indés" ("If they can't find the way then there's no way out". Beau comme du Michael Head  ; un autre héros. Forcément. 
"Beat of the veins" est l'incartade pop endiablée avec choeurs à l'unisson : pas forcément le titre le plus représentatif de l'album mais destiné néanmoins à faire une carrière honorable en single. La chanson "odd" de l'album avec "Ashtray cult", ode aux freaks des cimetières qui sonne comme un inédit de Jon Spencer.

Dans "We were paintermen" David Christian rend hommage à d'anciens acolytes musicaux et non il ne s'agit donc pas d'une citation mod envers The Creation, l'une de ses marottes. Officiellement... "Threads!" est un hilarant name-dropping vestimentaire aux illusions dandy perdues, son "Dedicated follower of fashion" à lui. Sur cette chanson, Christian évoque vocalement et pas qu'un peu Conor Oberst (Bright Eyes) quand artistiquement le morceau évolue en territoire The Fall. De même lorsque le chanteur est suppléé, c'est Rachel Evans l'une des plus anciennes membres du groupe qui s'y colle. Notamment sur les superbes "Yeah, it's a wonderful life, but there's always further you can fall" (ces titres !) ou les deux sentiments-clés de l'album, espoir et esprit désabusé sont conviés. Il y a aussi "Buildings", l'un des fleurons de Letters....Sur ces deux titres, on ferme les yeux et c'est la veine tendre et surannée de Ray Davies qui nous étreint une nouvelle fois par le truchement d'un organe offrant une troublante similitude de timbre avec Eleanor Friedberger des Fiery Furnaces. "Danbury road" emprunte le même chemin Kinksien.

Qu'un groupe fût-il l'oeuvre d'un seul homme trace ainsi son chemin sur plusieurs décennies force le respect. Intégrité et songwriting affirmé - car David Christian est un conteur, de la race des grands - sont  sans doute la clé des oeuvres marquantes. L'Histoire saura rendre justice à ces héros ordinaires.


En bref : deux décennies célébrées par l'un des secrets les mieux gardés du rock indé britannique. Et l'un de ses magnifiques fleurons songwriters David Christian. S'il y avait un groupe que personne ne connaît à sauver...

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14 juillet 2025

The B-52's - Whammy! (1983)

Le 4ème long format des B-52's prend les fans à rebrousse-poil. Essentiellement acoustique jusqu'alors, le quintette d'Athens fort des hits revisités de Party Mix!  (1981), va en effet se piquer au jeu du synthétique. L'une des raisons principales étant le parti-pris du batteur Keith Strickland qui s'est lassé de son instrument et souhaite s'orienter davantage vers les synthés et la guitare. Celle-ci et on y revient, est encore tenu par le fabuleux Ricky Wilson, musicien adepte du less is more, au jeu et aux accordages inclassables. Ce dernier s'est fait connaître avec ses acolytes, son pote Keith,  sa soeur Cindy (chant) et Kate Pierson (chant, claviers) et Fred Schneider (chant parlé).

Le quintette le plus camp de la galaxie - les choucroutes des filles, leurs frusques improbables,  les membres tous queer excepté Cindy - ont déjà triomphé via deux précieux premiers albums plus communément appelés le jaune et le rouge ; comme l'on disait naguère le bleu et le rouge pour les deux compilations multiplatinées des Beatles. Sur le rouge intitulé Wild Planet et qui est peut-être son sommet créatif, les B-52's créent cette musique hybride faite de rock and roll fifties et de pop hédoniste. Les voix souvent à l'unisson de Cindy, enfantine et suraiguë,  et de Kate plus grave, chantent d'irrésistibles hymnes d'inspiration comics SF mâtinés de textes de séduction aussi bien soumis que mutins. Et tout ce petit monde gesticule sous le son aigrelet du Farfisa tenu par Kate. Pas de solo, pas de saturation inutile, l'esprit de danse et de fun est ce qui prévaut.
Après le semi-échec de Mesopotamia (1982) l'album précédent produit par David Byrne, un certain nombre de titres laissés sur le carreau lors de ces sessions sont remis en jeu pour Whammy!
Pour les raisons évoquées, la rythmique devient principalement synthétique et on en a un aperçu dès "Legal tender" qui chante la gloire de la contrefaçon de billets de banques. Le rythme est assez lent mais comme toujours avec les B-52's, assez lascif. Est-ce l'influence vaudou du studio de Nassau où est enregistré le disque ? En tout cas, "Whammy kiss" qui célèbre l'envoûtement par le baiser "whammy" devient très vite un autre classique du groupe. Tout comme l'hilarant "Song for a future génération" où en vrai geeks de culture trash, les membres du groupes se présentent tour à tour sous des atours de créatures SF. "Trism" a également ses airs futuristes bien que l'on ne sache trop s'il ne s'agit pas en fait d'une simple achronie. Pas besoin de chercher trop loin sur l'odyssée en absurdie de "Butterbean, envoyée au taquet avec la guitare twang tourbillonnante de Ricky. Que l'on retrouve également sur l'une des autres réussites de l'album (elles sont nombreuses) "Queen of Las Vegas" et son déchirant "Dont leave me..." asséné par Cindy.
Pour le reste, un inhabituel instrumental pour clôturer l'album ("Work that skirt") et une reprise plutôt anodine d'un morceau de Yoko Ono ("Don't worry") mais toujours plus écoutable que l'original et voilà le contenu d'un disque peut-être un peu trop passé sous silence mais l'un des favoris du groupe et qui mérite sans aucun doute d'être réévalué. Pour des raisons contractuelles, "Don't worry" sera retiré des futurs pressages et remplacé par "Moon 83", remix d'un morceau emblématique du premier album ("There's a moon in the sky")

Whammy! est aussi hélas le dernier album auquel participera intégralement le génial Ricky Wilson. Ce dernier atteint du syndrome HIV décédera brutalement deux ans plus tard et alors que l'excellent Bouncing Off The Satellites (1986) est en partie écrit. Raison de plus si besoin était,d'apprécier son jeu minimaliste et unique sur cet hymne clubbien qu'est Whammy!

En bref : le baroud d'honneur in extenso des B-52's dans leur mythique formation originelle. De la SF à gogo et des chansons délirantes toujours animées de l'esprit fun et danse du popotin des Fab Five d'Athens.

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09 juillet 2025

Death In June - But, What Ends When The Symbols Shatter? (1992)

Dans le grand chapelet de terminologies musicales, le terme "folk" a souvent été malmené voire affublé d'extensions absconses. Passe pour la scène acid-folk de Frisco encapsulée par Jefferson Airplane dans la bascule des seventies ; mais quid de la scène antifolk US du début des années 2000 qui désignait une espèce de punk acoustique certes, débraillé et lo-fi. Et que dire du courant neofolk de la décennie précédente.....de la folk sans doute mais plus blafarde et austère qu'autre chose ; en tout cas que vient faire le préfixe "neo" là-dedans. Dont acte.

Lorsque Douglas Pearce crée l'entité Death In June au début des années 80 en compagnie de deux acolytes dont il se sépare très vite, sa musique est celle d"une synth pop industrielle très mélodique entre Cabaret Voltaire à son plus martial et...Depeche Mode pour le versant primesautier. A partir de The Wörld Thät Sümmer (1986), tout est consommé et l'ancien punk anarchiste du groupe Crisis se retrouve seul aux manettes de son "groupe" phare, occasionnellement secondé par son complice David Tibet de Current 93 ; nous y revenons. Dorénavant, Death In June sera en outre largement associé à la scène gothique.

Il faut revenir sur le contexte sulfureux autour du groupe et de la personnalité de son leader. Déjà ce patronyme qui bien que son créateur s'en défende mollement fait référence à la Nuit des longs couteaux, synonyme de purge Hitlérienne envers ses opposants nazis. Mais Joy Division n'avait pas fait autre chose en s'affublant d'un nom dédié aux bordels das camps de la mort. La comparaison avec le légendaire groupe mancunien ne s'arrête pas là puisque dans cette 7ème oeuvre considérée comme la plus aboutie de Death In June, une statue issue d'un complexe sportif celui-là issu du Foro Italico de Rome, orne la pochette.
Douglas Pearce est un personnage torturé , connu pour ses outrances revendiquées : uniformes et décorum renvoyant à l'esthétique nazie, obsession pour les écritures runiques, une homosexualité exacerbée et assumée, la part sombre de l'homme, la guerre.... Cette dernière sert d'ailleurs de champ lexical à nombre de textes très noirs de But, What Ends When The Symbols Shatter? comme par exemple "The giddy edge of light". Les "disappointment", "dust", "sorrow" (l'admirable et hanté "The golden wedding of sorrow") abondent. Les guitares folk cristallines uniques sont désormais la marque de fabrique de Pearce sur ses disques, qui ne lésine pas ici sur les effets sonores et sur certaines enluminures de cuivres et de cordes qui lui confèrent une patine onirique. L'autre versant auditif du cauchemardesque masque de carnaval vénitien dont s'affuble le musicien très tôt dans sa carrière.
Les références littéraires et musicales abondent : Stuart Pearce reprend 4 musiques et textes d'une communauté gospel au destin mortifère mais on souhaite bon courage à quelque musicologue que ce soit de trouver la moindre ressemblance avec l'oeuvre du People's Temple's Choir dans la religiosité de "He's disabled", "The morning bench", "Because of him" ou "Little black angel".

Passé l'odeur de soufre de notre homme qui s'offre deux parenthèses aérées avec David Tibet chanteur lead sur "Daedelus riding" et "This is not paradise", But, What Ends When The Symbol Shatter? amène des moments réellement enchanteurs - les notes tristes du piano de "Death is the martyr of beauty", 'The golden wedding of sorrow", "Ku ku ku" (non il ne s'agit pas du  sinistre KKK), "Hollows of devotion", le morceau-titre... Il faut donc faire fi de l'influence forcément Maurassienne présidant à l'oeuvre de guerre de T.S. Eliot infusée ici. Afin de se délecter de cette musique totalement obsédante et belle. Dont le crescendo final vers son locked groove n'est pas sans rappeler à nouveau......... Closer.

Flirter avec le Diable et en payer le prix de la censure ? Séparer l'homme de l'oeuvre ?  Il n'en a jamais autant question ici.

En bref : le parcours tortueux et sujet à caution d'un ex-ponte de la synth pop vers des territoires folk plus apaisés. On peut faire abstraction de la poésie et des textes très sombres de Death In June et reconnaître sa beauté à cette folk magnifiquement austère.

 



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04 juillet 2025

Sibylle Baier - Colour Green (1973 / 2006)

Il est des découvertes affolantes et qui ne sont aucunement usurpées par le cliché de l'artiste culte. D'ailleurs jusqu'en 2006, Sibylle Baier, musicienne amateur et actrice à ses heures, n'est pas encore une artiste culte puisqu'elle est une parfaite inconnue.

C'est en furetant dans le grenier de ses parents en 2004 que Robby son fils musicien et producteur de son état, découvre des bandes magnétiques. Piqué de curiosité il les joue et découvre une bonne dizaine de vignettes chantées par la douce voix de sa maman. 
Le monde ébahi ne va pas tarder à découvrir Sibylle Baier.

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29 juin 2025

TINALS - An 8 - Paloma (Nîmes) - 28/06/25

 

INFECTIOUS GROOVE

Moins d'occasions de s'enthousiasmer en ce deuxième et dernier jour de TINALS 2025. Une fois encore, les meilleures choses se passeront en intérieur. Car une fois passé sous une chaleur accablante le set un peu pute de Almost Monday - le monde a-t-il vraiment besoin de nouveaux Arctic Monkeys dans leur virage rock de stade - retour en intérieur pour goûter à la soul jazzy gentiment ourlée de MRCY (photo ci-dessus), émanation d'un binôme chanteur et producteur. 
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TINALS - An 8 - Paloma (Nîmes) - 27/06/25


THE SIX YEARS ITCH

Revenu d'un hiatus et d'une réflexion de près de 7 ans, le TINALS festival incontournable de la cité gardoise renaît de ses cendres. Affublé curieusement de l'extension "Beau weekend", le TINALS a réduit la voilure, ne propose plus que deux jours de programmations, lesquels ne comportent plus de noms ronflants. Qu'à cela ne tienne, une part belle a été accordée à l'éclectisme.

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13 juin 2025

The Beach Boys - Sunflower (1970)

Avant que l'affaire ne tourne au sale avec les inévitables fâcheries fratricides, une inspiration en berne et l'irruption dans la saga Wilson du redoutable Dr Landy, voici l'un des derniers grands actes de bravoure des Beach Boys. Après cela il restera le sommet Surf's Up (71), Holland (73) et ce sera à peu près tout. Tous les membres du groupe sont photographiés dans un bel et rare unisson ; ce qui est rare. Al Jardine manquait à l'appel sur les premiers albums surf et était remplacé par David Marks. Entre temps revenu de ses années d'étude, le même Jardine manquait à nouveau la photo d'illustration sur le voilier pour Summer Days (and Summer Nights!!) de 1965 pour cause de dysenterie.

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07 juin 2025

The Jesus Lizard - Epicerie Moderne (Feyzin) - 04/06/25

(de gauche à droite ; David Wm. Sims, Mac Mac Neilly, David Yow et Duane Denison)
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Dans la foulée de l'excellent Rack leur album de reformation célébré en 2024, les mythiques Chicagoans de The Jesus Lizard s'offrent une belle tournée européenne. La France n'est pas ignorée : c'est ainsi qu'après une date à l'Elysée Montmartre, c'est au tour de la Capitale des Gaules et plus exactement sa banlieue d'être visitée.

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02 mai 2025

Hugh Cornwell - Cargo de Nuit (Arles) - 01/05/25

Rendez-vous avec la légende des Hommes en Noir pour ce jour de travail chômé. En formation très resserrée - une basse, une batterie et c'est tout - l'autre homme fort des légendaires Stranglers des 15 premières années, armé de sa Telecaster revisite pendant près de deux heures son riche répertoire.


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07 mars 2025

The 13th Floor Elevators - The Psychedelic Sounds Of The 13th Floor Elevators (1966)

L'album qui encapsule les années psychédéliques du garage US ne contient pas l'ombre d'un effet psychédélique. Bon il y a bien une cruche électrifiée à l'arrière-plan mais pourquoi pinailler !

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