19 janvier 2011

Visti & Meyland - s/t (2010)

Je ne remercierai jamais assez Dave de m’avoir poussé à écouter "Stars", track de l’année selon moi et tête de gondole d’un album jouissif de bout en bout. Personne, je dis bien personne n’en a parlé (ou alors qu’il se lève maintenant ou se taise à jamais) et pourtant… Certes le duo à l’origine de ce disque n’est pas au top niveau communication, c’est même un bel euphémisme. Même ceux qui lisent ce blog depuis le début ont sans doute oublié l’interview et la chronique par Fabien de cet énigmatique danois qu’est Peter Visti. Ancien footballeur reconverti sur le tard à la musique baléarique, on sait très peu de lui. C’est encore pire pour son comparse Jakob Meyland quasi absent du web. Mais les deux amis travaillaient ensemble depuis 2003 pour jeter en pâture l’année dernière cet OVNI disco, au sens noble du terme.


Commençons donc par "Stars". La basse disco qui entame, les guitares qui s’installent, puis la rythmique qui les rejoint tranquillement. Quelques notes de piano puis des nappes de synthé bien troussées. Un bébé qui pleure. Le piano qui se fait sa place, les synthés qui s’accrochent. Le morceau prend son temps puis des voix incantatoires qui annoncent l’explosion à 3’50", l’une des plus belles de 2010. Le son qui se fait plus fort et ce piano qui continue de nous entraîner. Le synthé qui se fait dramatique, mais pas trop. Et enfin cette voix sourde et pleine de relief qui en enchaîne une autre plus agressive. C’est parti pour un délicieux couplet / refrain "Just follow me / I’ll show you the way to the stars". Simple mais efficace. Les voix se muent en chœurs de l’armée rouge et le morceau qui continue encore de monter. Le duo vient d’inventer la prog disco funk en 8’18". On en reste sans voix.


Et des morceaux comme ça il y en a d’autres. Comme "Yes Maam" le premier morceau qui les a fait connaître ensembles. C’est un morceau d’électro disco minimal, avec guitare classique, et psaumes de "negro spiritual" comme ils disent. Le credo "All night long" est récité en boucle et le tout est dansant à souhait, sans aucune vulgarité. Il y a aussi les huit autres minutes de "Leave your worries". Encore cette voix venue de l’espace, qui annonce les instruments au fur et à mesure qu’ils se rajoutent : "Here come the bass". Qui prend son temps. "Here come the drum". Puis "Here we’re introducing the piano". Au milieu, c’est un break déchirant de voix / piano qui annonce encore à 3’50" (coïncidence ?) la deuxième énorme explosion de ce disque, et donc de l’année : "One word only / It’s love". Je vous laisse découvrir par vous-mêmes.

Tous les titres ne sont pas comme ça non plus. Mais le niveau ne baisse jamais franchement. "The Chair" est aussi un rock cosmique de haute volée mené tambour battant sur un rythme pulsatoire qui fait son effet. A l’image du reste du disque, ce tracks est à la fois taillé pour le dance floor ET pour le canapé. Etrange comme situation. Il y a même une reprise : "Nightclubbing" de Grace Jones. Pas mal. Vous reprendrez bien un petit dub oriental ? Mais bien-sûr puisque "Slowly" est là pour faire tampon avant le funky "I’m scared" et son refrain que je ne comprends sur le cannabis. Un génial texte scaté et obsédant plus tard ("Diggy dang" ?!?), "Something in the way" clôt le trip avec beaucoup trop de miel pour moi, c’est dire. La seule fausse note à mon goût. Ah oui, il y a quand même un long jam de onze minutes à la fin. Pour le fun.

En bref : aussi bien destiné aux néophytes qu’aux initiés, Visti & Meyland selon le nom de ses créateurs est un disque universel de prog disco susceptible à la fois de vous faire squatter le salon et de vous faire décoller sur dance floor. Salutaire et tout bonnement génial. Une bonne claque dans la gueule.




Seules infos disponibles, sur le site du label Bear Funk

A lire aussi : Peter Visti, interview et chronique

"Stars" :



"Yes Maam" avec un flow hip hop :



"The Chair" :


Lire la suite

Ef - Mourning Golden Morning (2010)

Salué unanimement par la critique, Mourning Golden Morning, est le troisième opus du groupe Ef. Après plusieurs EPs et deux albums studios, c’est la première fois que les suédois délèguent la production à une personne externe au groupe mais non des moindres : Magnus Lindberg, batteur et producteur du groupe de post-hardcore Cult of Luna. Ils conservent néanmoins leur autonomie en se distribuant par leur propre label : And The Sound Records.


Si le noyau dur du groupe compte seulement trois membres Tomas, Daniel et Niklas, le son ne saurait être aussi organique sans une flopée d’autres membres. Leur Myspace en dénombre huit de plus, pas étonnant que certains morceaux aient des allures d’orchestres (violons, cuivres, mélodica, accordéon, piano...). Les sonorités ne sont d’ailleurs pas sans rappeler celles des islandais de Sigur Rós. Mais on les retrouve sur scène avec des groupes tels que The Album Leaf, 65 Days Of Static ou Caspian.

La première piste, "Escapade #1", la plus courte, nous plonge progressivement dans l’atmosphère de l’album à coup de grosse instrumentation. Les violons ont tôt fait de se dissiper pour laisser place aux accords saccadés du piano soutenus par une batterie dynamique et les arpèges brillants d’une guitare ("Sons of ghosts"). La totale maîtrise du trio suédois saute aux yeux : les mélodies se succèdent, nous tiennent en haleine et déclenchent une foule d’émotions (on en chialerait presque tellement c’est beau). Les morceaux sont savamment construits : alternance de mélodie posées, d’envolées épiques voire violentes et breaks subtils. C’est d’ailleurs cette finesse dans la construction des morceaux qui est louable et permet au groupe d’éviter de tomber dans l’écueil de nombreuses formations de post-rock : la redondance. Ici chaque thème est bien dosé, et s’enchaîne avec une aisance déconcertante. Quelques bribes de chants de-ci de-là complètent l’ensemble.

Après les deux premiers titres, "K-141 KYPCK" (hommage au sous-marin russe coulé en 2000 ?) frappe par sa rythmique implacable d’entrée de jeu. Elle s’estompe peu à peu pour laisser place à la complainte mélancolique de la guitare. "Longing for colours" nous séduit avec une belle alchimie entre les deux voix et une ascension maîtrisée. "Fyra" développe un thème aérien à la Pacific UV, tout en finesse, pendant les trois quarts du morceau avant de s’estomper pour laisser place à une rythmique presque tribale renforcée par le rugissement d’une guitare shoegaze (on pense à l’ouverture de The Besnard Lakes are the roaring night). La rythmique s’étend sur le morceau suivant, le sublime "401 LWA", envoûtant et planant à souhait. Puis "Alp Lugens and Beyond" nous surprend par son calme apparent et son explosion violente confirmant leur capacité à varier les intensités.

En bref : cet album post-rock s’avère une réussite de bon augure pour la suite de leur carrière, et nous rappelle combien les pays nordiques n’ont de cesse d'exporter de nouvelles perles (sans doute une question de climat).





Le site et le Myspace

"401 Lwa" :



Le groupe fait sa propre promo, non sans humour :



Lire la suite

18 janvier 2011

Jacques Greene - The Look EP (2010)

Si j’ai bien compris, ce que la presse spécialisée appelle "UK funky" ou "funky house" est une sorte de mélange entre deep-house et UK garage. Selon les artistes, les sonorités peuvent également être assez proches du dubstep. Le genre est assez neuf et les sorties abondent, pas toujours de très bonne qualité, même si un label comme Nightslugs a rapidement tiré son épingle du jeu. J’ai beau avoir apprécié quelques-uns de leurs tracks, cet EP de Jacques Greene, paru fin 2010 sur le label écossais LuckyMe, est le premier disque d’UK funky à me flanquer de tels frissons. Ce qui s’avère assez paradoxal, puisque le producteur de 21 ans (on ne s’étonne même plus de l’âge de ces types) ne vient pas de la perfide Albion mais de Montréal, où se développe une scène plus qu’intéressante.


Pour autant, l’influence de la nouvelle génération londonienne se ressent à chaque seconde de The Look. Greene doit beaucoup à Mount Kimbie ou au James Blake première mouture, en témoigne sa manière de moduler les samples de voix R&B, dont il use sans réserve sur 3 des 4 titres du disque. Son utilisation des synthés rappelle par moments Joy Orbison et le versant le plus mélodique du dubstep, comme sur "Holdin’ On", mais surtout la house de Chicago et de New York. L’ensemble de l’EP est excellent, avec un petit plus pour "Good Morning" et son piano hypnotique, et un autre pour "Tell Me", qui concentre les qualités des trois autres sur quatre minutes deep de chez deep. C’est dansant, ouvragé, parfaitement dans l’air du temps : Jacques Greene est programmé pour cartonner !

En bref : entre deep-house et "UK funky", le premier EP d’un très prometteur gamin Montréalais.



Jacques Greene sur Myspace et Soundcloud
Le site et le Myspace du label écossais LuckyMe



Un beau remix de "The Look" par l'Ecossais Koreless :


Lire la suite

17 janvier 2011

James Blake - s/t (2011)

Il avait annoncé la couleur avec "Limit To Your Love", mais cette fois-ci, c’est officiel : James Blake est le premier crooner de l’ère dubstep – ou post-dubstep, comme vous voudrez. Le premier à ne pas se contenter de quelques samples et à oser mettre sa propre voix, déformée ou non, au centre de son processus créatif. En fait d’un album de dubstep, ce premier effort est bien davantage un album de soul, voire de gospel, qui se sert des idées rythmiques, des basses et des effets du dubstep pour donner plus de force à ses incantations. Avec toute l’arrogance de ses 22 ans, le Londonien avait annoncé fin 2010 lors d’une interview qu’il proposerait quelque chose de totalement novateur. La promesse est tenue, et de quelle manière !

Ceux qui l'ont suivi au fil de ses excellents EP savent à quel point ses productions ont évolué, en à peine un an. Alors que CMYK se destinait directement au dancefloor en utilisant des boucles R&B, Klavierwerke témoignait déjà d’une volonté de se forger un style plus posé et épuré, centré sur la voix et le piano. Ce premier album est l’aboutissement de cette démarche puisqu’il est exclusivement composé de chansons, et c’est me semble-t-il une première pour un disque du genre. James Blake veut visiblement devenir au dubstep ce que Jamie Lidell est à l’électronica, et il en a les moyens : en plus d’être un producteur de génie, il se révèle, lorsqu’il débranche l’auto-tune, un excellent chanteur, dont le timbre plein de vulnérabilité se rapproche parfois de celui d’un Antony Hegarty – c’est flagrant sur "Give Me My Month".

Je n’ai pas fouillé dans son passé pour savoir si Blake avait été enfant de chœur, toujours est-il que le gospel et les musiques sacrées en général imprègnent la quasi-totalité de cet autoportrait sonore. A diverses reprises, comme sur "Measurements", il superpose les pistes vocales et crée sa polyphonie personnelle, presque grégorienne. Les morceaux se basent souvent sur la répétition d’une ou deux phrases, à la manière de mantras, ou de psaumes. Les claviers eux-mêmes rappellent les concerts d’orgue dominicaux donnés dans les petites églises de quartier. Ainsi l’album dégage une forte aura spirituelle, encore accrue par une science consommée du dépouillement et du silence, pour ne pas dire du recueillement. Amen.


Pièce centrale et single évident, "Limit To Your Love" a déjà fait le tour du net. A bas volume, cette reprise de Feist peut passer pour une simple ballade, très propre sur elle. Mais en augmentant un peu les décibels, on découvre une basse souterraine monstrueuse, semblable au tourniquet sonore des pals d’un hélicoptère. L’instru est plus que minimaliste : squelettique. Il n’y a pas une note de trop. C’est une réussite indéniable qui marque, par son côté très pop, l’entrée du musicien dans le mainstream. Les puristes peuvent toujours faire la moue et crier au scandale, car c’est une légion de fans que Blake a acquis à sa cause avec cette seule chanson. Et puis ils pourront toujours se rabattre sur des tracks au traitement électronique moins discret, comme l’autotunée "Unluck", ou ma préférée, "I Never Learnt To Share".

Dans cette complainte, qui balance entre tristesse et résignation, Blake répète inlassablement une phrase lugubre et énigmatique : « My brother and my sister don’t speak to me/But I don’t blame them », tandis que les strates de synthétiseurs, d’effets gazeux et de bruit blanc s’amoncellent. A la fin du titre, la voix semble émerger du fond d’un geyser. Ce procédé qui consiste à densifier le son pour passer du dénuement le plus complet au chaos se retrouve sur l'autre poids lourd qu'est "Wilhelms Scream", avec le même effet saisissant.

Après avoir à ce point taquiné les limites du genre, je doute que James Blake revienne un jour à ses premières amours dubstep et nous livre un nouveau CMYK. Il suffit d'ailleurs de lire ses interviews pour s'apercevoir qu'il puise davantage son inspiration dans le R&B, la musique contemporaine, ou dans la pop neurasthénique de The xx que chez Scuba, Kode9 ou Shackleton. Pour ma part, après avoir mis quelques jours à l’apprivoiser, je ne peux plus me passer de cet album que beaucoup, j’en suis sûr, vont adorer détester.

En bref : James Blake fait le lien entre dubstep, soul et gospel sur cet autoportrait d'une maîtrise presque effrayante pour son jeune âge. Vibrant, hivernal, d’une beauté dense et surnaturelle, c’est le premier grand disque de 2011.





A noter que James Blake sera en concert à la Maroquinerie le 25 avril prochain.

Le site et le Myspace de James Blake

A lire aussi : James Blake - Klavierwerke (2010)

Best New Music: James Blake - "I Never Learnt To Share" by Speaker Snacks

James Blake défendra son album en live avec un batteur et un guitariste. Un aperçu avec Wilhelm Scream, enregistré dans les studios de BBC1 :




Lire la suite

14 janvier 2011

Red Rack'em - All I Ever Wanted (2010)

Sorti dans la plus stricte confidentialité (300 copies) début 2010, ce maxi a tellement circulé de mains en mains et sur le net qu’il bénéficie aujourd’hui d’un nouveau pressage, toujours sur le label londonien Untracked. C’est surtout "In Love Again", en face B, qui récolte à juste titre les louanges des Dj et des blogueurs. Red Rack’em, alias Danny Berman, a eu la bonne idée de se servir d’échantillons de voix et de synthés d’un des morceaux les plus princiens d’Outkast, "Prototype" (issu de The Love Below), pour construire une pièce de deep-house soyeuse et éthérée, longue en bouche, calibrée pour les afters ou pour illuminer un dimanche grisonnant.

La réalisation est aussi simple que le concept, à base de pads mélodiques et de congas. Et c’est justement parce que le producteur de Nottingham fait œuvre de classicisme que ce track peut prétendre à la postérité. Le reste de l’EP, en revanche, s’oublie assez vite, que ce soit le dubby "Beginner’s End", un poil soporifique, ou la tentative à moitié réussie de funk sale à la Moodymann de la face A. Un seul titre à se mettre sous la dent, donc, mais quelle tuerie… A se procurer toutes affaires cessantes !

A noter : Red Rack’em a sorti son premier album, The Early Years, fin 2010 sur Bergerac. Pas encore écouté, je vous en parlerai si ça vaut le coup.

En bref : Red Rack’em met Outkast à la sauce deep-house pour un classique qui méritait bien un petit repressage.



Le site de Red Rack’em, avec des liens pour son show radio et ses podcasts
Le site du label Untracked

A lire aussi : Genius of Time - Gliese 581g (2011)



Lire la suite

Genius of Time - Gliese 581g (2011)

Si le pays est fameux pour ses groupes indie rock et ses producteurs disco, il n’est pas très fréquent d’entendre de la bonne house en provenance de Suède. Non pas que les talents manquent, mais en dehors de The Field et, plus récemment, d’Axel Boman, les rares DJ à s'être faits un nom donnent dans la dance de stade, pour ne pas dire de supermarché, à l’image de la Swedish House Mafia. C’est pour remuer un peu la scène underground locale que Dorisburg et le duo de Gothenborg Genius Of Time (Nils Krogh et Alex Berg) ont créé Aniara Recordings l'an dernier. Gliese 581g est déjà leur troisième sortie, et avec des vinyles de cette qualité, le label a certainement de beaux jours devant lui.

La basse nu disco, les percus et les gros handclaps du morceau-titre m’ont immédiatement fait penser à "Caught Up" de Metro Area, jusqu’à l’apparition d’un petit riff de synthé très 90s, qui brouille un peu les pistes. Puis les inévitables nappes, moelleuses et charnelles, font finalement pencher le curseur du côté d’une deep-house luxueuse mais sobre, digne des meilleurs labels allemands du moment, quoique légèrement plus lente que la moyenne. En face B, "Science Fiction" est beaucoup plus sec et rythmique et ne présente, en ce qui me concerne, que peu d'intérêt.

Pour info : Gliese 581 g est le nom d’une exoplanète dont la découverte a été annoncée en 2010. Située dans la constellation de la Balance, elle présente une masse et un rayon similaires à ceux de la Terre, et serait située dans une zone habitable. Son existence n’a pour le moment pas été confirmée.

En bref : deep-house lente et addictive en provenance de Suède.



Le site d'Aniara Recordings

A lire aussi : Francis Inferno Orchestra - Meet Me In Salt Lake City

Genius of Time - Gliese 581g by Aniara Recordings

Un (superbe) live de Genius of Time enregistré à Noël 2010:
Nr. 38: Genius of Time live (Aniara, Royal Oak) by ROOF.FM
Lire la suite

13 janvier 2011

Botibol - Born From A Shore (2011)

Ce n’est plus du chauvinisme de remarquer que la scène pop bordelaise commence à bouillir. Ici et là des projets plus intéressants les uns que les autres y voient le jour. Et s’il y en a un que l’on attendait de pied ferme, c’est bien celui de Vincent Bestaven désormais débarrassé de son préfixe Mr au profit d’un Botibol pur et simple. Celui qui un temps reprenait "Grace" presque mieux que qui l’on sait, et qui préparait le terrain avec deux Ep de qualité mais manquant de grandeur, revient aujourd’hui chez Hiphiphip Records avec un premier album qui place la barre très haut pour tout aspirant folkeux français.

J’avoue j’avais peur. Peur que Vincent reste coincé derrière cette influence qui lui sied si bien. Mais heureusement le jeune homme a su trouver son style et reléguer le spectre de Jeff Buckley aux oubliettes. Seul "3 am" porte encore les stigmates du songwritter défunt, tant dans la voix que dans la guitare folk dépouillée. Pour le reste, il faut dorénavant chercher du côté d’une pop débridée type The Dodos. C’est surtout vrai sur l’urgent "We were foxes" par exemple, qui n’a pas honte quand il le faut de revenir à la langue de Molière.

Qui dit The Dodos dit aussi Grizzly Bear, notamment sur le mélancolique "Jo cowboy" et ses arrangements soignés. On croirait entendre un groupe alors qu’il ne s’agit que de Vincent armé de guitares, samplers et claviers, avec tout de même l’aide de Romain (Crane Angels) à la batterie. C’est le nouveau côté pop de la musique de Botibol, encore mieux représenté par les deux futurs tubes "Friends" et "Through the mountains". Intro xylo, morceau qui galope et magnifique break à 1’45" pour l’un, rythme oriental et sens mélodique pour l’autre, il n’y a rien à dire c’est superbement exécuté.

Il y a aussi du blues ("Filling a hole"), de la pop pastorale à la Fleet Foxes ("Walk slowly") et un très personnel low tempo final ("Oh son") qui permettent de diversifier un disque pas si évident que ça en première écoute, mais qui gagne en maturation avec le temps, comme un bon Bordeaux.

En bref : disque de pop cristalline à la hauteur de ses influences américaines, Born From A Shore est un immanquable de ce début d’année.




Le Myspace

A lire aussi : The Dodos - Visiter (2008) / Time To Die (2009)



Lire la suite

10 janvier 2011

Concours - Family Of The Year en concert à la Maroquinerie, places à gagner


Cette année la Family Of The Year nous a définitivement tapé dans l’œil. L’intuition que sous ses faux-airs hippie on a à faire à quelque chose de grand, quelque chose de prometteur. Après la chronique et l’interview, on a voulu pousser le triptyque jusqu’au bout et aller voir ce que cela donne sur scène. Et vu qu’ils passent le 11 février prochain à la Maroquinerie, c’est l’occasion qui a fait le larron. A cette occasion, Dodb et Speakeasy vous proposent de gagner l’une des deux places mises en jeu. Pour cela il suffit de répondre à la question suivante :

Quelle autre "Family" a déjà été chroniquée sur Dodb ?

Et d’envoyer vos réponses à contact@desoreillesdansbabylone.com avant le 6 février prochain. Bonne chance à tous.

Le Myspace de Family Of The Year, celui de la Maroquinerie et celui de Speakeasy

L’interview et la chronique de Family Of The Year

"Summer girl" :



Lire la suite

05 janvier 2011

Interview - Franck Rabeyrolles (Double U) pour la sortie de la compile Wooly Jumpers (Wool Recordings)


Franck Rabeyrolles aime tricoter du bon son. Le patron du label montpelliérain Wool Recordings sort la première compilation de la maison : Wooly Jumpers ,un petit bijou de dix-huit titres. On y retrouve des perles inédites, d’autres difficiles à trouver car sorties en édition limitée en vinyles. Il y a là des invités et des artistes du label. Un précieux sésame pour découvrir l’univers subtil de ce label à sensibilité post-folk, entre musique psychédélique, influences seventies et sonorités électroniques. Rencontre avec Franck Rabeyrolles, activiste de la scène montpelliéraine et d’ailleurs.

Quand as-tu créé le label, peux-tu nous dresser son portrait, sa couleur, le nombre d'artistes passés par là ? Pourquoi une compile maintenant ? Tu es basé à Montpellier mais tu as beaucoup de contact avec l’Angleterre ?

La création du label ce doit être 2004. Au départ, c'était pour le premier album de Double U. Il y a eu le premier Ep de Collage et quelques maxis... Puis il y a eu une période de silence de 2005 à 2008. Ça fait deux ans que je m’y suis vraiment consacré à nouveau. Notre catalogue est encore très petit, mais ça s’étoffe doucement : Collage, Sarabeth Tucek, Luther Russell, Laetitia Sadier, Franklin, Double U, Suddenly Sunshine

Pour ce qui est de la couleur on va dire que c'est une maison d'artistes qui abrite des projets d'artistes. Notre spécificité c'est d'être assez vinyle et pressage limité... La couleur est plutôt pop mais au sens moderne crossover divergent. On peut passer d'un projet folk à quelque chose de beaucoup plus électronique sans souci... Je sors des disques au coup de cœur. La compile c'est justement pour permettre aux gens de mieux voir ce que nous avons envie de faire. On comprend mieux notre philosophie générale à travers ce disque, ce côté un peu transversal. Il est vrai que notre distributeur principal est Anglais alors c'est un peu notre point d'ancrage. La France a du mal à reconnaitre la qualité de ses artistes, de ses labels, des acteurs de la scène indé en général, ce qui explique l’envie "d'ailleurs". Et puis tout est tellement "codé" ici…

On voit des noms peu connu comme le néo-zélandais Connan Mockasin et son univers fantastique, Peter Broderick qui invite au voyage mais aussi le New-yorkais Luther Russel ou Lesser Gonzalez, américain d’origine cubaine, signé sur Carpark. C’est finalement une compile éclectique. Comment as-tu procédé pour inviter tout ce monde sur la compile ?

L'éclectisme est un mot parfois un peu fourre-tout. O n’a pas cherché ce côté patchwork vraiment. Ça s'est fait sur des rencontres, des coups de cœur. Il est vrai qu'il y a un côté assez worldwide. Mais c'est plus le côté "global" "internet" de notre société qui est comme ça. Tu as parlé de voyage… ce mot me parle. Moi j'aime le nomadisme par dessus tout en musique. Pour avoir ces artistes sur la compile je ne cache pas que ça a été un peu long et un peu usant des fois. Il y a quand même 18 morceaux, ça fait pas mal d'artistes et de labels à contacter et à rassurer...


La compile commence par un morceau qui date de 1969, curieux pour présenter ce que fait le label ? En quoi "Drug song" a-t-il son importance ici ?

Un ami m'a fait découvrir la musique de Dave Bixby et j'ai eu le coup de foudre pour ce folk complètement hanté, religieusement beau. J'ai pris contact avec lui et ça s'est fait le plus simplement du monde... "Drug song" c'est aussi pour le côté "Song writing". Je crois que c'est une valeur très importante pour le label. Le côté écrire de belles chansons, peu importe comment, avec qui, avec quoi, c’est l'écriture…

Ce n’est pas la première fois qu’on voit le nom de Laetitia Sadier (ex-chanteuse du groupe anglais Stereolab) associé à Wool Recordings. Quelles ont-été vos collaborations passées ? Statues est un morceau nouveau ?

On a rencontré Laetitia à Londres pour un concert de Franklin [l’un des pseudos de Franck], puis on a pris contact par email. Elle a participé à un morceau du dernier Double U, "Interludic". Elle nous a donné une version très minimale et épurée de Statues qui est aussi sur son album mais pas dans la même version. On a un autre projet de disque avec Laetitia pour 2011.

Quels sont les morceaux inédits, et ceux qui existaient déjà ?

Les morceaux de Montag, Lesser Gonzales, Sarabeth Tucek, Double U, Castanets, Luther Russell... sont complètement inédits. Les autres sont déja sortis mais la sélection est pointue. Certains artistes ne sont pas distribués en France. Au final ça fait pas mal d'inédits tout de même…

Sunddenly Shunshine, groupe montpelliérain, vient tout juste de sortir un premier Ep chez toi, tout comme les Italiens de A Classic Education (label Lefse Records), c’est une belle promo. Tu peux nous en parler ?

Pour les Suddenly Sunshine c'est une histoire d'amitié et de musique... J'ai tout de suite accroché à l'idée d'enrichir leur folk avec des arrangements de cuivres et cordes. On va travailler sur un album. Je me suis pas mal investi sur ce disque au niveau de la prod, j'ai joué aussi dessus, j'aimerais bien que ca marche pour eux. Stéphane des Suddenly est un mélomane fou et on se connait depuis très longtemps. C'est important d'être bien avec les artistes pour un label. La relation juste financière ou administrative est très déprimante si on en reste là avec les artistes qu'on signe.

C'est le premier projet vraiment français que je sors. Je suis très heureux avec ce disque, on est allé au bout des choses avec la pochette, le remix de Isan… Pour Classic Education, des choses sont prévues mais dans le futur. On devait sortir leur 8 titres en Europe, ça ne s'est finalement pas fait. Ils sont sur la compile, on adore leur musique ici et on espère bien faire quelque chose d'ici peu.

Tes coups de cœur parmi les 18 tracks.

Je n'ai pas de préférences, vraiment. C'est vrai que Connan Mockasin c'est très séduisant, très "Catchy". Wolf people aussi, le côté stoner / garage ne me déplaît pas non plus…

Des artistes que tu souhaites particulièrement présenter ?

On a deux projets important début 2011. Deux 45 tours : un de Franklin avec un remix de Com Truise, le remix est assez fou, Com Truise a un son unique, il a déjà remixé Neon Indian, Twin Shadow, ça buzz déjà beaucoup pour lui. Il y a aussi ce single avec War on drugs mais je ne peux pas en dire plus… Et aussi, plus tard, ce disque avec Laetitia Sadier et l'album de Franklin. De quoi bien s'amuser.

Dans la compile, on retrouve tes tracks avec tes différents projets, Double U et Franklin, en quoi différencies-tu leurs univers ? Ce sont des morceaux inédits ?
D'autres projets perso sont prévus pour 2011 ?


Oui les morceaux sont inédits. Double U c'est le côté mélo plus introspectif et Franklin le côté plus "psyché", moins "chanson"… C'est de la douce schizophrénie, rien de grave. À part l'album de Franklin, pas de nouveau pseudo en perspective. C'est vrai que faire un album Franck Rabeyrolles ça me tente bien… Mais ca va finir en total ego trip tout ça !

C'est justement pour échapper à ça que j'ai eu envie de reprendre le label de façon très sérieuse depuis deux ans. C'est un fabuleux moyen d'expression que j'ai envie de partager avec pleins de gens. Je pense que ce n'est que le début de l'aventure même si le contexte est plutôt difficile.

On peut espérer un concert pour 2011 qui réunisse un maximum de ces artistes ?

Pas vraiment de soirée Wool prévue pour le moment. Mais faire un plateau en réunissant quelques artistes disponibles dans une belle salle ça me dirait bien.

Un volume 2 est-il prévu ?

Trop tôt pour le dire. Je n'ai pas envie de faire de cette compile un truc routinier. On verra, il faut d'abord que les gens l'écoutent, l'aiment et l'achètent. Car tout part de là.


Le site de Wool Recordings et le Myspace

Dave Bixby - "Drug Song" :



Connan Mockasin - "It’s Choade My Dear" :



Lire la suite

04 janvier 2011

Concours - Phantom Band en concert à la Maroquinerie, places à gagner


Souvenez-vous, depuis le début nous avons défendu bec et ongles le rock faussement progressif du sextet écossais ectoplasmique. C’était il y a deux ans. Cette année, nous avons volontairement fait silence sur leur deuxième opus The Wants à peine plus accueilli sur nos terres que son grand frère. Bien qu’ayant conservé sa singularité et sa noirceur, le groupe a semble-t-il peiné à trouver de nouvelles mélodies. Je ne dis pas que The Wants est mauvais, loin de là, mais pour moi il n’apporte pas grand-chose à l’immense Checkmate Savage. Mais ça ne semble être qu’un avis personnel et quoi qu’il en soit le Phantom Band reste un bel espoir pour les prochaines années.

Pendant ce temps-là, le groupe viendra défendre sa musique sur les planches de la Maroquinerie à Paris le 10 février 2011, un événement à ne surtout pas manquer. A cette occasion Dodb et Speakeasy vous proposent de tenter votre chance pour gagner l’une des deux places mises en jeu. Pour cela il suffit de répondre à la question suivante :

Quel autre groupe de Glasgow a déjà été chroniqué sur Dodb ?

Et d’envoyer vos réponses à contact@desoreillesdansbabylone.com avant le 5 février prochain. Bonne chance à tous.

Le Myspace du Phantom Band, celui de la Maroquinerie et celui de Speakeasy

L’interview et la chronique de Phantom Band

"Mr Natural" :



Lire la suite

29 décembre 2010

Sleigh Bells - Treats (2010)

Après quelques écoutes de Treats premier album de Sleigh Bells (les "grelots" en français), on a du mal à croire la biographie du groupe : un duo peut-il vraiment produire un son si nerveux et abouti ? Nouveau venus du noise-rock, Derek Miller et Alexis Krauss livrent bataille sur onze titres subtils d'un lo-fi adouci par la voix, féminine à l'extrême, d'Alexis.

Pas facile de se faire une place dans le monde de la noise-pop quand il n'est assimilé qu'à du bruit. Seulement les Sleigh Bells dégainent tous leurs atouts pour sortir du lot. S'ils se démarquent c'est parce qu'ils créent un univers d’associations étonnantes. Le chant d’Alexis Krauss évoque le cliché du campus américain chouchou de la télévision avec ses intonations de cheerleader. L'instrumental puissant et le voile que représente ce son lo-fi apparaissent, à première vue, en totale contradiction avec le monde suggéré par la voix d'Alexis. Mais le duo sait marier les deux univers et nous donne l’impression que l’on peut avoir des cheerleaders rock’n’roll, que le premier match de football américain de la saison peut être ouvert avec le tube "Tell ‘em" et que tout le monde apprécierait ses "Infinity guitars".

C'est justement sur "Infinity guitars" que l'on ressent le plus la parfaite conciliation entre ces deux mondes : un arrière-plan définitivement rock’n’roll surplombé par la voix féminine d’Alexis, sur un rythme haché qui n’en finit pas de nous rappeler les slogans de ces fameuses pom-pom girls. C'est cette association incongrue mais parfaitement balancée qui les empêche de tomber dans le cliché d’un côté comme de l’autre.

Une impression intéressante après quelques écoutes de l'album est qu'il fait appel à nos souvenirs et à nos sens. Sur "Straight a’s" par exemple, le son rappelle la recherche de la bonne fréquence sur un poste radio, le crépitement sonore est accordé à l’excitation d’enfin capter le son net d’un titre radio-friendly, elle-même renforcée par les cris suraigus qui rappellent un peu Kap Bambino.

Si l'on juge l'album Treats trop vite, il est facile de lui reprocher sa répétition qui agace aux premières écoutes. Mais en allant plus loin, on ne peut qu'admettre l'originalité d'un tel disque ! Le thème des cheerleaders évoqué par l'artwork est loin d'être omniprésent et le duo nous emmène bien loin si l'on veut bien prêter une attention subtile à ces titres. La sensualité est elle aussi au rendez-vous sur "Run the heart" dont le rythme transpirant met d'autant plus en valeur la voix voluptueuse d'Alexis. Sur ce disque se cache même une presque-ballade à l'aura apaisante : "Rill rill", glissée là judicieusement et qui marque une pause avant la terrible "Crown on the ground" au lo-fi acide que l'on apprécie à faible dose.

Un autre point fort de cet album est son aspect compact : des rythmes hachés et réguliers et la voix d'Alexis Krauss permettent de mieux avaler cette noise-pop dont on ne se lasse finalement plus.

En bref : un album que l'on pourrait vite abandonner mais qui mérite une écoute en profondeur pour révéler son caractère original et sa fraîcheur enfouie.




Le Myspace

"Infinity guitars" :



"Treats" :


Lire la suite

The Bees - Every Step’s A Yes (2010)

On a quand même tous la mémoire assez courte. Il existe ce groupe là-bas, sur l’Ile de Wight, qui depuis huit ans nous avait livré trois albums géniaux (dont deux excellentes chroniques ici-même, elles aussi oubliées et non commentées), que tout le monde ici bas s’évertue insolemment à ignorer. Que nous faut-il de plus ? Des concerts à emporter, des gros festivals, des clips qui buzzent ? The Bees ne fait rien de tout ça, à peine quelques coups d’éclat par-ci par-là ("Chicken payback", "Minha Menina"). Mais à chaque fois on oublie que ça vient d’eux, et on repart dans notre course effrénée de la découverte du prochain groupe de pop un brin psyché américain. Sur ce quatrième essai, c’est "Winter rose" le joyau qui a lui seul devrait multiplier comme des pains la reconnaissance du groupe. Alors pour la troisième fois (et sans doute pas la dernière), rendons ici à Paul Butler ce qui doit lui être rendu.

Le Paul Butler en question, il est allé passer quelques temps en Amazonie avec son pote Devendra Banhart. Probablement fort de quelques substances indiennes, Paul y a co-produit le What Will We Be de son ami. Mais il y a aussi consolidé ses premières aptitudes à la bossa nova et à la samba, en témoigne le morceau final de ce disque, les cinq minutes instrumentales et bouillantes de "Gaia". Paul Butler n’y construit rien d’autre qu’un moment dément de samba mariachi qui rencontre la guitare de Crosby Stills & Nash et leur "Darkstar". Voilà comment The Bees considère un gros final. Rares sont les groupes à se permettre ça sur un disque à priori estampillé rock indé. C’est la force de ce groupe (et peut-être aussi sa faiblesse à la réussite), insuffler un vent chaud venu de pays où écouter du reggae, du dub, du funk n’est pas une tare. Et cette musique en ressort grandie.

Si rien ne se ressemble vraiment sur ce disque (et comme sur tous les autres de leur discographie), on dégage quand même quelques habitudes : une guitare ou deux guitares acoustiques, des harmonies vocales, un coup d’orgue, et surtout ces percussions mixées très en fond. L’impression est aérienne, chaleureuse, et profondément laid-back, dans un genre Simon & Garfunkel. Comme pour les Kinks, l’après-midi y est ensoleillé. Mais ceci n’est qu’une base, et les surprises sont nombreuses. Un voyage dans l’inconnu.


Les plus flagrantes, elles sont au début. "I really need love". Une déclaration au public ? Du genre : "Mais c’est pas possible, comment pouvez-vous m’ignorer à ce point ?" (très peu de chroniques en français sur le net à ce jour). Deux accords, un sitar, une intonation gospel et c’est parti, classique instantané ! Plein de soul et de classe. Puis "Winter rose" dont on a parlé plus haut. Un sommet. Des quelques notes introductives de guitare jusqu’au dub implacable de la suite. Un style indéfinissable qui plairait à Nova, à base de cuivres, de voix et d’effets venus d’ailleurs. La version de Nicolas Jarr est elle aussi un bijou.

Comme si ça ne suffisait pas ils ont mis "Silver line" après, un single pastoral que ne renieraient pas les Monkees. La mélodie y est encore une fois extrêmement accrocheuse. Quant à "Skill of the man", c’est cool comme du Beta Band, et "Pressure makes me lazy", trippé comme un bon Animal Collective.

En bref : sans doute un sommet de plus pour le groupe anti conformiste The Bees (A Band Of Bees aux USA !?!), chaque titre de Every Step’s A Yes vaut son pesant d’or. De la première à la dixième écoute ce disque est un régal. Du groove, des singles en veux-tu en voilà, une vraie passion de la musique, si je pouvais voter à nouveau pour 2010, je ne ferais pas deux fois la même erreur, et je consacrerais à The Bees la place qu’ils méritent.




A lire aussi : The Bees - Sushine Hit Me (2002), The Bees - Free The Bees (2004)

Le Myspace

Les trois premiers titres de l'album, à vous d'écouter la suite :







Lire la suite

23 décembre 2010

Mount Kimbie - Crooks & Lovers (2010)

Depuis la sortie de ce premier album en juillet dernier, le cas de Mount Kimbie a été abordé par à peu près tout ce que la planète compte de médias musicaux, sauf peut-être Taratata et Fan de. Avec leurs mélodies flottantes et leur approche très ouverte du dubstep, Dominic Maker et Kai Campos sont parvenus à régaler les puristes du genre tout en fédérant un public plus large, comme le prouve leur présence dans le top des blogueurs 2010. Un accueil très favorable qu’ils doivent sûrement au calme, à la sérénité rayonnante qui se dégagent de leurs productions, mais également à leurs accointances avec la soul, le post-rock ou l’électronica des années 90. Il faut l’avouer, Crooks & Lovers est d’approche plus aisée que la plupart des disques de sa catégorie pour des oreilles non aguerries.

Exit les basses cataclysmiques et la morosité urbaine, place aux miniatures délicates, fragiles, qui ne tiennent parfois que sur une idée, ou sur trois notes. La plupart des courtes plages de l’album ressemblent davantage à des esquisses qu’à des œuvres abouties, et pourtant, leur association fonctionne à merveille. Même les cuts bien abrupts, comme à la fin de "Field", collent bien au côté ludique des bidouillages du duo. La beauté émerge ici du fragmentaire, de l’accidentel, des rencontres fortuites d’un riff de guitare et d’une cascade de bleeps, de boucles vaporeuses et de beats savamment déconstruits.

Baignant dans l’optimisme ou dans une tendre nostalgie, les mélodies de Mount Kimbie n’ont pas grand-chose à voir avec les nappes menaçantes des pionniers du dubstep, sauf peut-être sur la très efficace "Blind Night Errand". Entre pop enfantine, R&B concassé à la James Blake, UK garage et hip-hop déglingué à la Flying Lotus, la palette de ces aquarellistes est ultra-large et contrastée. Pour autant, le résultat n’a rien d’un fourre-tout incohérent. Ses 35 minutes s’écoulent avec une grande fluidité.

Si des joyaux comme "Mayor" ou "Ode To Bear" se détachent naturellement du lot, Crooks & Lovers doit s’écouter d’un bloc, ne serait-ce que pour apprécier la finesse de titres de transition plus modestes comme "Adriatic", une sorte de blues baléarique qui amène doucement le housey "Carbonated". Apparus en 2009 avec un EP proche de la perfection (Maybes), les Londoniens ont, en 2010, fait leur entrée dans le club très fermé des artistes dubstep à avoir réussi le passage au format album. Et méritent amplement la hype qui les entoure depuis plus d’un an.

En bref : Le premier effort de Mount Kimbie délaisse le côté sombre du dubstep pour quelque chose de plus doux et ouaté. Un disque rayonnant, aventureux mais accessible, aussi intéressant pour ses mélodies aériennes que pour ses textures travaillées au scalpel.



Le Myspace de Mount Kimbie
Le site et le Myspace de Hotflush Recordings

L'intégralité de l'album en écoute ici









Lire la suite

22 décembre 2010

Clinic - Bubblegum (2010)

Jusqu'à ce 6ème et nouvel album des liverpuldiens de Clinic, le meilleur disque du groupe restait, -et restera peut-être- la première compilation éponyme de 1999, regroupant leurs 3 infernaux premiers EP's.

La faute sans doute à la systématisation d'une démarche musicale qui au gré des livraisons régulières, n'aura guère varié d'un iota lors de la bonne décennie qui leur sert de carrière désormais. Démarche qui reposait on le rappelle, sur une sorte de punk pop énervé, mâtiné de guitares révérbérées façon surf, et parfois saupoudrées de mélodica, petite touche personnelle du combo de Ade Blackburn.

Ajouté à ce pédigrée atypique, l'anonymat dans lequel se complait le groupe n'était le gimmick rigolo des masques de chirurgien arborés sur scène, pouvait légitimement laisser penser que la visibilité du groupe allait rester désespérément virtuelle, et que celui-ci allait usiner bon an mal an ses disques monochromes réhaussés de quelques chansons accortes sans plus jamais défrayer la chronique.

Je ne connais pas les "scores" de Bubblegum, toujours à relativiser à l'aune d'Internet et du téléchargement "gratuit", mais il semble que l'accueil réservé par la critique au disque est à la hauteur du nouvel et ambitieux virage à 180° qu'il prône.

Clinic a semble-t-il intégré que sa pérennité passait par une certaine remise en cause de ses idéaux. Et les voila qui reviennent avec une œuvre apaisée, laid-back, pop classieuse, louchant parfois vers le kraut -l'instru "Un Astraunauta in Cielo".

La voix doucereuse et plaintive de Ade s'insinue dans le très contemplatif single d'ouverture ("I'm Aware"), dans un univers naguère défriché par Stereolab, (la languide et lounge "Bubblegum"), et ne réitère qu'à de très rares moments les tempos énervés d'autrefois ("Lion Tamer", "Evelyn"). A ce titre, la rêveuse "Baby" réminiscente du Velvet du 3ème album, est magnifique.

Pour le reste, recueillement et sensibilité sont au casting d'un opus rêveur qui a su faire voir la lumière à Beauf, et n'aura jusqu'à son épilogue -"Freedom Waltz" qui louvoie sur les terres de Swell, c'est dire ! - ou l'effarouché "Orangutan", rien à voir avec de la bubblegum music.

En bref : la très intéressante remise en question et en sons d'un groupe britannique atypique. Jamais hype une fois son quart d'heure de gloire passé, Clinic invite à découvrir son univers sensible et intrigant, fût-ce par son disque le moins représentatif.




le site, le Myspace

"I'm Aware" :




Lire la suite

21 décembre 2010

Midlake - The Courage Of Others (2010)

Je me souviens Noël dernier, The Courage Of The Others troisième albums des Texans de Midlake s’apprêtait à sortir pour l’hiver, et sans le savoir à l’époque, allait m’accompagner pour de nombreux mois. Depuis du temps a passé et le disque en question a pu être passé à la moulinette des critiques musicaux de tous horizons. Des avis partagés, de l’élogieux quatre clefs chez Télérama au violent 3.6 chez Pitchfork. Parce que Tim Smith et sa troupe s’éloignaient (pas tant que ça au final) de la gentille pop harmonique de The Trials Of Van Occupanther et de son magnifique porte drapeau "Roscoe", pour monter un concept album non avoué, certains ont décroché. Il faut dire que le disque est formel, c’est clair. L’ambiance est au recueillement et on nage en plein low tempo. Mais ce qui le sauve et le fait côtoyer des sommets, c’est cette mélancolie si puissante que l’on n’avait pas retrouvée depuis la séparation de Grandaddy. Des poils hissés sur les bras à chaque instant.

Midlake est donc à présent une secte mystique et pastorale sous capuche et grosse barbe, qui au fond d’une forêt humide et austère délivre un folk ancien et médiéval d’obédience anglaise late 60’s : Pentangle mais aussi Fairport Convention ("The hiring fair" aurait pu aisément se retrouver sur ce disque). Alors c’est sûr, ceux qui sont allergiques à ces références n’aimeront pas. En fait cela fonctionne sur cet album comme avec un coup de foudre. On l’a dans la peau ou pas. Ca ne prend pas mille écoutes pour se savoir. On sait immédiatement si "Core of nature" nous transperce ou pas.


A présent recevons les critiques. Le disque serait redondant, monotone, linéaire… Soit. Moi je vois The Courage Of Others comme un vrai "album", une œuvre complète de 46 min qui ne peuvent s’écouter autrement que dans l’ordre et en profitant au maximum (au casque) de cet atmosphère unique, intemporelle et désespérée. Comment ne pas rentrer dans ce "Rullers, rulling all things" monumental d’intensité épique ? Quoi d’autre ? Ah oui, trop produit, trop de flûtes… Soit. Ma foi oui, mais pas plus que chez Blue Öyster Cult qui est ici évoqué par l’immense "The horn". La voix aussi. Certains l’entendent désintéressée et monocorde. C’est vrai si l’on y pense. Moi je la trouve au contraire possédée, question de bonne volonté sans doute.

Et puis aussi parce que perdus au milieu de tout ça il y a des titres immenses comme l’envoûtant "In the ground", mais aussi l’ambiance confessionnal d’ "Acts of man", la valse électrique "Winter dies", et "Small mountain". Cinq ou six singles sur un album raté, ça n’est pas si mal non ?

En bref : alors que The Trials Of Van Occupanther était automnal, The Courage Of Others est délibérément hivernal. Sans aucun humour, Midlake prend un malin plaisir à brouiller les pistes et à assumer coûte que coûte un folk des grands espaces moites et tristes. Il n’y a qu’à se laisser embarquer.




Le Myspace et l’album en streaming

A lire aussi : Midlake - The trials of Van Occupanther (2006)

"Rullers, rulling all things" magnifiquement collé (pour les initiés) aux images magiques du dernier plan du Stalker de Tarkovski (la pochette est d’ailleurs tirée d’ Andrei Roublev du même Tarkovski) :



Lire la suite