25 janvier 2008

Jeff Mills au Rex - Automatik 10 ans limited (19/01/2008)

C'est toujours pareil lorsqu'on voit des légendes. On n'est jamais à l'abri d'une déception, surtout quand il s’agit d’un Dieu vivant comme Jeff Mills. Mais le Wizard, pionnier de la techno aux côtés de Kevin Saunderson, Juan Atkins et Mad Mike Banks, fondateur en 1990 du label/groupe Underground Resistance, puis d'Axis (1991) et Purpose Maker (1995), n'est pas de ceux qui se reposent sur leurs lauriers.

Lui qui a toujours été d'une fidélité exemplaire au Rex et à ses soirées Automatik depuis 10 ans ne pouvait se contenter d'un mix routinier pour célébrer l'anniversaire de la doyenne des soirées techno françaises, hebdomadaire qui plus est. Le résultat : une déflagration sonore si retentissante que les prochaines nuits, quelles qu'elles soient, me paraîtront mornes pendant un bon moment. Pour chauffer la salle avant l'arrivée de la star, l'Espagnol Angel Costa, en navigation perpétuelle entre Mayorque et Francfort, balance un set lourd et pimpant où les infrabasses taquines de Loco Dice croisent la pop sous codéine de Trentemoller. Un warm-up idéal, même si d'intolérants adorateurs de Mills éructent quelques “Casse-toi” bien sentis. Vers 2h30, un homme noir, discret et peu communicatif, prend place dans la cabine DJ. Une vitre l'empêche d'être en contact direct avec les clubbeurs, lui qui ne semble pas extrêmement chaleureux.

D’emblée, le tempo monte, monte… Les synthés forment une nébuleuse moelleuse où l'âme ne peut se lover, contrariée par l'envie irréfragable de se mouvoir qui monte dans les jambes de chacun. Enorme son de Detroit. Dense et radical. Basique. Grandiose. Au moment le plus inattendu, au terme d'une progression répétitive et tendue, résonne soudainement le timbre pur d'un saxophone ténor. Le beat se tait. Le cuivre soulève les hurlements des danseurs, avant qu'une rythmique funky indécente ne transperce le Rex de part en part. Un piano façon early house embraye et accroche des sourires béats sur les faces. L'homme que l'on nommera Driv' manque de souiller son pantalon sous la pression de ce mix monumental. Quelques boucles acides plus tard, c'est un spoken word sensuel et brésilien qui vient titiller nos tympans. Ravage cérébral.

En dehors de son classique The Bells et de l’hymne house Move your body de Marshall Jefferson (1987!), je n’ai reconnu aucun disque et je donnerai volontiers quelques dollars à celui qui me fournira cette fabuleuse playlist. Au-delà de cette sélection judicieuse, la technique du maître, surtout, a frôlé l’irréprochable. Concentré sur ses trois platines, le visage fermé, il est resté sans faiblesse. Au petit matin, après des heures de gigotements extasiés, le courage nous a manqué pour honorer le retour d'Angel Costa aux platines. Ce n’était simplement pas possible. Pas après ça.

Le site d'Axis Records
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24 janvier 2008

Sebastien Tellier - Sexuality (2008)

Le fantasque barbu electro-volubile est de retour et l'on ne peut que s'en rejouir. Après ses escapades cinématographiques, pour les bandes originales de Narco et Steak, et deux ans après le très subtil Sessions Sebastien Tellier revient avec un album au titre évocateur : Sexuality. Un disque effectivement placé sous le signe de l'érotisme, et quoique non exempt de défauts (une prod' à mon goût globalement un peu trop léchée et légèrement formatée à la Air), une belle oeuvre à balader sur vos platines. Ambiance suave, feutrée et orgasmique garantie. Sebastien Tellier, une fois de plus hors des modes, parfois hors du monde à n'en pas douter...


Première impression kitsch avec un morceau d'ouverture imprimé d'un texte français aux profondeurs abyssinales... « Je sens la chaleur de l'été... je vois les filles qui changent de couleur de peau... je vois le ciel bleu t'épouser ». Petits accords de piano délicats et synthé cheesy à souhait. En fin de compte, belle introduction. Un ample synthé nous accueille pour le second titre de l'album, « Kilometer », aux surprenantes intonations rn'b. Des soupirs de plaisirs retentissent par moment. Et l'on comprend ce penchant « grivois » lorsque l'on connait Sébastien Tellier et notamment son récent diagnostique : « Je me suis aperçu que désormais seul le cul m'intéressait ». Limpide. En version soft ce pourrait être le leitmotiv de Sexuality, douce ode aux sens, aérienne et charnelle.


« Look », troisième titre de l'album bien nappé mais légèrement trop mou, me laisse quelque peu de marbre mais « Divine » est plus catchy et ma caboche se prend à dodeliner sur un beat plus enjoué. C'est sur le cinquième titre, « Pomme », que je sens mon sourire se graver. Nonchalant et excessivement libidineux ce morceau constitue la BO parfaite du film X des eighties. Sacré Seb'. Des orgasmes de femmes se détachent. Nous écoutons bien Sexuality, pas de doute. Mais c'est pourtant le doute et l'égarement qui m'envahissent ensuite sur « Une heure »... avant de retrouver un peu plus de chaleur avec l'entrée en piste de basses arrondies et lascives. La voix de Tellier pénétrent littéralement mes conduits auditifs. Explosion de sonorités enivrantes et fluides jusqu'à la lie.


Le registre change quelque peu avec « Sexual Sportswear » et ses synthétiseurs quasi-religieux. Titre en lévitation, son beat atmosphérique et spatial nous exile l'on ne sait où. On ne peut s'empêcher d'y saluer Guy-Manuel Homem Christo, moitié des Daft Punk et producteur de l'album. La love song « Elle » paraît ensuite bien fade avec ses synthés généreux et barbapapesques mais l'androïde « Fingers of steel » nous ressaisit aussitôt. En somme, Sebastien Tellier nous balade avec un doigté expert.


L'aventure se clôt sur « L'amour et la violence », magistral avec sa partie de piano classique grisante, ses déroutantes paroles en français et son crescendo de synthé stratosphériques. Trop d'ajectifs pour évoquer Sexuality mais voilà un album riche. Plutôt rare.


Atterrissage dans les bacs courant février. A noter, le très bon remix de « Sexual sportswear » par le pensionnaire d'Ed Banger SebastiAn. Un titre disponible sur le maxi de Sebastien Tellier « Sexual sportswear », évidemment.


En bref : Libidineux et charnel, un album électro enivrant qui recèle de trésors.





Sebastien Tellier - Sexual Sportswear









Sebastien Tellier - Sexual Sportswear(Sebastian rmx)









Le clip de Sexual Sportswear :




myspace.com/telliersebastien



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Rivers Cuomo - Alone, the home recording of Rivers Cuomo (2007)

Comment faire confiance à quelqu'un comme Rivers Cuomo plus communément appelé tête pensante de Weezer? Personnage insaisissable du paysage rock des années 90 et pourtant l'un des plus importants et prolifiques. Plus de 800 titres issus de son poignet, 10 ans de carrière et à son actif la paternité d'un genre qu'on appelle maintenant la power pop. Qui mieux que Weezer représente ce feeling adolescent d'une jeunesse californienne? Qu'il produise machines à tubes ou songwriting mélancolique, le binoclard solitaire est de toute façon à mille lieues de là où l'on croit qu'il est. Aux dernières nouvelles le monsieur prépare une bio qu'on dit colossale, pratique assidument la méditation Vipassana (allez savoir ce que c'est), assume une abstinence sexuelle de 2 ans (?!?), mais surtout, prépare en douce la sortie du prochain Weezer pour cette année avec l'aide du grand Rick Rubin.

Et donc que peut-on s'attendre à trouver dans un album comme celui-ci? Des face B, des démos, des unrealesed, des titres secrets cachés dans des bas de laine? Un peu tout ça en fait. A peu près dans l'ordre chronologique, à savoir de 1992 à 2007. Des reprises aussi de Gregg Alexander, Ice Cube ou Dion and the belmonts. Mais ce que les fans attendent surtout ce sont des morceaux issus de l'albôm phantôme de Weezer, celui qui aurait du voir le jour entre The Blue Album et Pinkerton, le mythique Songs from the black hole datant de l'époque où Weezer était encore béni et moins perturbé par la célébrité. Au final 18 titres au son inégal, irréguliers comme la carrière du groupe cité plus haut (même si je les ai tous aimés ces putains de disque, chacun à leur manière).

Effectivement, de Longtime Sunshine à Superfriend, on trouve les 5 meilleurs titres du disque, avec un style reconnaissable parmi cent autres. Rivers apparaît plus posé, plus sûr de lui. Blast off! est du pur Weezer. Tout comme la première version de Buddy Holly, celle enregistrée dans une chambre d'ado par un artiste complexe, la même que l'autre en plus brute. Wanda (You're my only love), et les années 90 revivent. Le plus beau titre folk. En queue de peloton, Little Diane et I was made for you (Rivers est fan de Kiss) sont là pour rappeler que s'il veut faire un tube, une chanson immédiate, il le fait. Comme ça. Tranquillou.

En Bref: Un disque sorti du placard de l'un de ces artistes inconnus mais majeurs dans la musique nineties. Toutefois réservé aux fans et aux curieux.
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"Blast Off!" le clip


Rivers Cuomo - Blast Off!
envoyé par epb21
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22 janvier 2008

Cat Power au Bataclan (21/01/2008)

Cat Power va mieux, et ça se voit. Ceux qui avaient vu son concert au Grand Rex l’année dernière n’ont pas été surpris. Moi qui ne l’avais pas vue depuis plus de trois ans, j’ai été bluffé par la transformation de Chan Marshall, de l’alcoolique angoissée et capricieuse à la star maître d’elle-même, généreuse et, semble-t-il, heureuse. La chrysalide faite papillon, pour reprendre la métaphore la plus usée du monde.


A la Boule Noire, en 2002, elle avait offert un concert somptueux et foutraque, seule en scène, martelant le parquet de coups de bottes appuyés lorsque, posée au piano, elle envoyait sa voix fêlée taquiner les étoiles sur les chansons de ses meilleurs albums, What would the community think (1996), Moon Pix (1998), ou Covers Record (2000). L’interprétation de Moonshiner, l’une des plus belles chansons de Dylan, avait atteint des sommets de beauté dépressive. A la Cigale, en 2003, entourée d’un groupe lassé par ses poses et ses divagations éthyliques, son show outrancier avait été assez mal accueilli, malgré l’intensité de certains titres auxquels violon et violoncelle conféraient un lyrisme débordant.

Mais c’est à sa (contre-) performance au Café de la Danse, en 2004, que je ne pouvais m’empêcher de penser en pénétrant l’enceinte du Bataclan, hier soir. Dans ce caveau froid comme la mort, devant un public apathique voire hostile, la belle nous avait donné le spectacle navrant de sa déchéance. Tenant une setlist griffonnée dans ses mains tremblantes, elle avait esquissé des ébauches de chansons émaillées de « Sorry… » et de fausses notes. Les sons restaient coincés dans sa gorge tant l’angoisse et les vapeurs de whisky l’étreignaient. Ne supportant pas la lumière des projecteurs, elle avait insisté pour les faire éteindre, si bien que, dans l’ombre, les spectateurs peinaient à distinguer ses traits. Elle était repartie pliée en deux, malade, désespérée. Certains avaient demandé, en vain, le remboursement de leurs billets. Un journaliste l’ayant interviewée à l’époque se rappelle avoir descendu un gros pack en deux heures d’entretien ponctuées par les rots sonores d’une demoiselle mal dans ses pompes.

Mais la nouvelle Chan Marshall est arrivée. Après avoir touché le fond et stoppé les concerts peu après la sortie de The Greatest (2006), son dernier album en date, la chanteuse originaire d’Atlanta a fait un tour en cure de désintox et s’est installée à Miami. Elle a maigri, bronzé, et repris goût à la vie. Dans la foulée, elle a préparé Jukebox, son deuxième album de reprises, sorti hier, où elle donne sa version, souvent méconnaissable, de ses morceaux de blues et de soul préférés. Un disque malheureusement un peu lisse, trop bien produit. Et c’est là le problème. De Cat Power, on attend, et c’est il faut bien le dire assez malsain, une fragilité excessive, un dolorisme apitoyant qui ne peuvent s’accorder avec une santé et un bonheur parfaits.

Quand, dans un tee-shirt blanc trop large et terriblement sexy, elle donne une version très rock de Satisfaction, on en vient presque à regretter celle du Covers Record, sombre et évanescente, tout en acoustique. Quand une voix pleine et franche nourrit de vibrations soul le mythique Naked if I want to (une chanson de Moby Grape présente sur le Covers records et reprise dans Jukebox), on pense en soupirant aux chuchotements sensuels de l’époque alcoolique. Il aura donc fallu se départir de ses souvenirs pour apprécier une artiste libérée de ses démons, se la jouant Janis Joplin sur des blues éraillés. Metal Heart, un de ses plus beaux titres, en sort même grandi. N’empêche. Il faudra s’y faire. Désormais, Chan demande qu’un projecteur éclaire son visage - « for the audience », se trémousse avec aisance, adresse des clins d’œil à ses fans et leur distribue des roses blanches. Curieuse métamorphose…

Sa page sur le site de son label, Matador




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18 janvier 2008

Akron/Family - Love is simple (2007)

Dans la série ce qu'il ne fallait pas manquer en 2007, Akron/Familiy fait figure de coup de coeur instantané (voir pochette). 3ème album déjà pour ces 4 new yorkais sang pour sang folk freaks soutenus par Young Gods, les protecteurs de Devendra Banhart. C'est plus particulièrement Michaël Gira (ex Swans) qui les a vraiment lancés, non sans un échange de bons procédés d'inspiration musicale avec les Angels of light. On nage dans ce monde là et la sonorité n'est pas sans rappeler Animal Collective. Contagieux, efficace, osé, fou. C'est un peu tout ça Love is simple. A la sauce Lennon, McCartney, Zappa, Young. Ultra fraternelles, ces transes hallucinées déchaînent amour, passion et espoir sur des refrains imparables.

Ed is a portal, premier véritable coup de gueule, avec sa foule en liesse et son rythme renversant. On se sent à la foire d'un marché. Larsens, changements de tempo, reverbs, accents celtiques et cascades de choeurs, tout est là pour se retrouver gentiment barré et dans un état second à l'écoute de ses chansons. Don't be affraid/Love is simple enfonce le clou par un slow sixties d'anthologie. Des choeurs angéliques vaguement synthétiques. Je pense au Beta Band sur le country rock psyché de I've got some friends, poussant par moment jusqu'au bruitisme lo fi pas toujours agréable. Mais les titre sont riches et rebondissent en cours de morceau, comme Queen savait le faire.

Après deux ans de tournée les 4 voix sont époustouflantes. Et puis il y a ces grands élans d'incantations hippies, puissants et mélodiques, véritables hymnes pour barbus à lunettes. Poussant parfois même le bouchon jusqu'au gospel noisie qu'est le magnifique There's so many colors, transe de 8min11 aux arpèges pop seventies, la guitare est magistrale et les chanteurs démentiels. Ou comment trouver le refrain qui tue sur Phenomena, fable liverpoolienne du plus bel effet. Ca transpire la musique. Pony's O.G. calme le rythme et revient à la ballade classique mais suspendue, quelque part. Enfin, dans le final Love, Love, Love 2, la boucle est bouclée en conclusion hédoniste, Love is simple, grâce à Akron/Family en tous cas.

En bref: Coup de coeur énorme pour ce quatuor hippie from New York qui revisite avec joie, bonne humeur et talent tout ce que la musique a fait de bien ces dernières années, dans le genre.

Love is simple en live rangé:


Ed is a portal en live bordélique:



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15 janvier 2008

Inauguration du Social Club (16/01/2008)

En lieu et place du déjà défunt Tryptique s’ouvrira mercredi 16 le Social Club, nouvelle boîte branchouille à la programmation solide et à l’ambition hypertrophiée, dirigée par des hommes d’expérience : Antoine Caton, Manu Barron (programmation du Printemps de Bourges, de Dour ou Villette numérique), Arnaud Frisch et Antoine Caudron (création de la Techno Parade, festivals Astropolis et Cabaret remixé ; label et tourneur UWe…). En plus de briguer la place de nouveau club de la hype parisienne, les heureux proprios souhaitent faire du lieu, conçu par le collectif d'architectes EXYZT, le rendez-vous incontournable des aftershows, défilés, expos numériques ou plastiques, conférences et tutti quanti. Ils y parviendront, sans nul doute, avec l’aide du célébrissime designer Laurent Fétis, capable de conférer une identité visuelle excitante à un chiffon souillé.

Pour déflorer le rutilant dancefloor, Etienne de Crecy, Midnight Mike, Gildas & Masaya (les boss du label Kitsuné), et Zongamin (Ed Banger) ne pourront que faire l’affaire. Et, pour annoncer la multiplication future des concerts au Social Club, les rockers belges de Das Pop viendront électriser les happy few détenteurs d’une invitation. La programmation des mois de janvier et février permettra aux absents de se rattraper très largement puisque se produiront, pêle-mêle, Carl Craig, Felix Da Housecat, Yuksek, SebastiAn, Busy P, Extrawelt, Teenage Bad Girl, The Hacker, Ivan Smagghe, Goose, 2 Many DJ’s et quelques dizaines d’autres anonymes… Alors, en espérant que l’accès au club réponde aux exigences démocratiques, souhaitons longue vie au Social Club !

Social Club, 142, rue Montmartre

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11 janvier 2008

Leslie Winer - Witch (1999)

Et si seulement quelqu'un pouvait rallumer la lumière ? S'il vous plait, car un mystère entoure le parfum de cet album sortit en 1999, soit quelques huit années après son enregistrement aux alentours de 1990-1991. Depuis, Witch demeure incompris, inexpliqué.

Le parcours de Leslie Winer est en clair-obscur. D'abord mannequin réputée, elle a fréquenté l'underground new-yorkais. Devenue l'amie et confidente de figures comme William Burroughs, elle aura une liaison avec Jean Michel Basquiat – auteur de la photo sur la pochette de l'album. C'est après avoir quitté sa carrière de mannequin qu'elle produit son seul disque pour tomber dans un quasi-anonymat. Depuis, elle ressurgit épisodiquement pour poser sa voix avec différents artistes (Bomb The Bass, Mekon).

Witch est enregistré en même temps qu'un certain Blue Line de Massive Attack. Mais avec des tonalités new wave et dub, il est difficile de l’assimiler directement à la vague naissante du trip hop. On retrouve néanmoins quelques prémisses dans ses compositions : des rythmes lents, une basse lourde, des mélodies à l'aspect généralement mélancolique et calme.

La musique de Leslie Winer superpose des rythmes auxquels ne correspondent pas nécessairement de mélodies définies. Sur le morceau N 1 ear, ils fonctionnent de manière indépendante : le rythme ne sert pas de mélodie, chacun emprunte des chemins différents. Sa voix, posée selon la technique du talk over, prend des tonalités à la fois suave et amère. Etouffée, sourde, on la sent dédaigneuse, inassouvie et indifférente. Et d'outre-tombe, elle ânonne un passé désincarné, un présent inefficace… sans importance. Monocorde, elle ne laisse rien transparaître. Sa musique n'est pas le lieu de l'exposition de ses sentiments, mais le réceptacle dans lequel elle a pris soin de les enfermer. De sa boite de pandore s'échappent des textes cruels, provocants, comme dans N 1 ear :

And if I get bashed I must have provoked it
And if I raise my voice I'm a nagging bitch
And if I like f**king, I'm a whore
And I don't wanna I never wanna
(you never wanna, you never wanna)

Mais elle sait aussi se faire plus pensive, notamment sur Dream 1 :

Yeah, keep it simple
Come on
I had the strangest dream
The book that I read
And the stone that I found

And the tree that I saw
And the animal that I knew
And the language that I spoke in
And the script that I wrote
Shall I?
Shall I tell you?
Shall I tell you what I've been dreaming?

Alors, manifestement punk, poétesse, contradictoire… Sorcière ? Fuck off ! Elle s’en fout la sibylle, elle ne m'a jamais menti ; elle ne s'est jamais trompée. Reste de la musique, et des paroles.

En Bref : A la fois monotone et nuancé, séduisant et repoussant, Witch cultive les paradoxes pour nous perdre dans un dédale onirique et raffiné.

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Midnight Juggernauts - Dystopia (2007)

Retenez bien ce nom, vous risquez d'en entendre parler. Enfilez votre combinaison spatiale musicale et installez vous bien confortablement. Température au sol: 18°, enceintes: ok, ampli: ok, platine: ok. Paré au décollage. Le trio électro fluo pop de Melbourne, après quelques maxis et remix chez Modular (il parait que c'est bien), livre en cette année 2007 un disque électro de science fiction biberonné aux synthés entêtants et exemplaires. Tel un voyage mystique à travers les années, les Aussies Vincent, Andy et Daniel revisitent (ou inventent) le space disco et accouchent d'un objet musical non identifié où rien n'est à jeter.

Ils ont fait la première partie US de Justice, ils ont la bénédiction des pères fondateurs de Daft Punk et ont des sérieux relents de culture eighties. Ils citent taquinement Metallica, Patrick Cowley (!) ou l'Electric Light Orchestra et on ne sait pas trop comment les définir. Pourquoi pas néo electro pop rock gothique rétro futuriste. Ca me va bien. Gothique parce que Sister of mercy n'est pas bien loin, pop parce Brian Wilson introduit le morceau Works converged et électro parce que bon voilà, ce disque est un peu une déclaration d'amour à Daft Punk. En témoigne la basse de Shadows ou encore Road to discovery. Sur ce dernier titre il n'y a qu'à écouter le récent Alive pour s'en convaincre. Et vous reprendrez bien un peu de Morricone, Twenty thousand leagues, un tsunami électrique aux synthés omniprésents. Tout comme cette voix caverneuse comme seul David Bowie sait la prendre.

Après une intro certifiée THX, Ending of an era rappelle étrangement Mademoiselle, avec son beat et ses choeurs et c'est mon coeur et mes couilles qui parlent. Parfois même, aux détours d'un couloir sonore nommé Dystopia, Midnight Juggernauts rencontre Air. S'en suit Into the galaxy, LE gros titre bien représentatif à l'intro déjà mythique de synthés distordus planants soulevés par des choeurs gonflés à l'hélium. J'imagine déjà le live. Ils ont digéré Discovery, on l'a compris. Tous les titres sont brillants et le disque ne baisse pas en intensité du début à la fin. Tombstone laisse KO, Nine lives laisse pantois. Arc en ciel laser aux sons analogiques et aux nappes vaporeuses, Dystopia rentre en orbite et se place directement dans le top ten des disques à avoir, dans le genre.

En bref: Space odyssée synthétisée et électro rock futuriste caractérisent ce disque d'enfer. Bien pensé dans l'air du temps et dans le respect des ancêtres, et dès lors, incontournable.



A lire aussi : Seventeen evergreen è Life embarrasses me on planet earth (2007)

Montes le son auditeur, et prends toi Into the galaxy et Tombstone dans la face:



MIDNIGHT JUGGERNAUTS - TOMBSTONE

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10 janvier 2008

Julie Doiron - Woke myself up (2007)

Allez, tant que j'y suis, pourquoi ne pas développer un peu plus sur la douce Julie Doiron. Découverte pour ma part à bord du split album avec Okkervil River et confirmée par sa participation discrète à la basse sur l'album Not on top d' Herman Düne, la canadienne compositeur interprète et mère de famille traîne déjà derrière elle une discographie conséquente. Je décide d'y rentrer par ce Woke myself up, premier pas vers l'électrification de ses chansons amorcée par l'apparemment excellent Goodnight nobody. Julie laisse alors éclater toutes proportions gardées son côté pop genre Laura Veirs.

Disque fulgurant, chansons immédiates ne dépassant pas les 3 minutes, je me lève déjà après avoir écrit ces quelques lignes pour retourner la galette. Julie confirme en un clin d'oeil tout le bien qu'on pensait d'elle. Toujours aussi léger et intime mais à l'acoustique moins minimaliste, ce dernier opus continue d'apaiser au fil des écoutes. Assistée pour l'occasion par Rick White (son ex) et ses anciens acolytes du groupe indé Eric's trip, Julie reste une conteuse d'histoires aux intentions sincères, sans fioritures, simple.

Swan pound donne immédiatement l'envie de monter le volume et de hocher la tête sur de lourdes notes qui nous arrivent en plein coeur. A ne surtout pas écouter en dépression. No more est par contre très entraînant. Si elle avoue écouter bien volontiers Lou Barlow ou Bob Dylan, Julie se défend d'une certaine tradition folk en utilisant guitare électrique et en évitant justement les accords folk. Le final de The wrong guy étant carrément branché au courant alternatif.

Lumineuse, chaleureuse et naturelle, Julie brosse dans le sens du poil sans jamais sacrifier son penchant lo fi ni l'effet enregistré dans le salon, en témoigne le miaulement du chat sur I Left down (volontaire?). En moins de 30 minutes Woke myself up devient votre meilleur ami sans aucune prétention au titre tant convoité de chef d'oeuvre. Juste de bien belles chansons.

En bref: Une demi heure d'introspection sans prétention entre une Canadienne au meilleur de sa forme et sa guitare. A écouter près du feu, lové dans une couverture avec un bon chocolat chaud.



L’album :

free music

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04 janvier 2008

Herman Düne - Not on top (2005)

Pour commencer l’année en douceur je vous propose de faire un saut dans le temps. C’était il y a 3 ans, ça aurait aussi bien pu être il y a 30 ans. Fidèle compagnon de mes déplacements de noël, ce Not on top s’est discrètement enfoncé dans mon cerveau, jusqu’à me redonner goût au voyage, au folk, à la simplicité, à la vie. Comme quoi des fois c’est pas si compliqué que ça la musique.

Herman Düne je connaissais le nom, j’avais comme tout le monde entendu parler de Giant en 2006, je les avais peut-être même déjà vus en festival, qui sait? Pourtant le moment de la découverte, le vrai, celui où on se met à écouter les paroles s’est passé bien plus tard, le nez collé à la vitre d’un TER et un casque sur les oreilles. C’est là que je me dis que le folk électro acoustique s’accorde si bien avec le déplacement, les paysages, les gens croisés ici ou là. Comme du Dylan en somme. Une influence planante renforcée par la voix nasillarde d’André et David Ivar. Ces deux là ne font rien comme tout le monde. Depuis 12 ans et sans déclencher plus de vagues que ça, les frères franco suédois travaillent sans relâche et auraient composé quelques 400 chansons. Rootsissimes et barbus jusqu’au ventre mais prolifiques, donc. Pour ce 7ème album enregistré à Leeds et paru sur le label Track and field, le duo s’est entouré du troisième bro, Neman le batteur et surtout de l’excellente artiste canadienne Julie Doiron (à découvrir) qui apporte par moments un petit côté Belle and Sebastian grâce à sa douce voix féminine.

C’est l’incroyable homogénéité qui surprend sur ce disque. D’un enregistrement mono à la Creedence Clearwater Revival, l’équipe nous pond comme si de rien n’était au moins 10 tubes sur 13 titres. Bon ok, ce sont 10 modestes tubes, pas des tubes de dancefloor, plutôt des tuyaux, des pailles si vous préférez, en fait le genre de titre qu’on semble comprendre et connaître depuis toujours. Dans le genre, Wathever burns the best baby, You could be a model ou Had i to know sont des merveilles d’ambiances feutrées pleines de fraîcheur. André et David s’accordent un titre chacun pour raconter des histoires tristes et drôles. On alterne en effet le déchirant Good for noone, Slow century ou Walk, don’t run et l’entraînant Little wounds (merci Dylan), Seven cities, That will never happen (où Julie est formidable) on enfin Not on top, le single énorme parsemé de guitares surf.

Tout dans ce disque respire la simplicité : les arrangements (autarciques), les orchestrations (absentes), les influences (de Lou Barlow à Neil Young en passant par Silver Jews), ou encore la pochette lo fi à souhait (avec pilosité affichée et bouteille alcoolisée traînant sur l’ampli). A présent un peu éparpillée, sous différents pseudos, la famille Herman Düne continue certainement de composer avec pudeur et persévérance des chansons intimes et authentiques qui me feront rêver. Même en 2008.

En bref : Résolument roots et authentique, c’est sans artifice aucun que ce simple disque de folk trouvera sa place dans votre vie, au moins le temps d’un voyage.



Le myspace

A lire aussi : Rio en medio - Bride of dynamite (2007)

L’album (pas dans l’ordre mais c’est pas très grave) :

free music


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22 décembre 2007

The Buzzcocks - I don't mind the Buzzcocks (1997)

I don't mind the Buzzcocks fait référence au célèbre Never mind the bollocks des Sex Pistols. C'est peu dire que le groupe se considère comme post-punk.

Moins connus que ces aînés "comètes du punk", The Buzzcocks font en effet figure de référence du punk moderne, dans lequel on retrouve des tonalités quasi pop, en tout cas rock.

La composition de cet album tardif est très inégale et ressemble à s'y méprendre à une mauvaise reprise d'un album de The Clash.
Les intros sont souvent acerbes et s'apparentent aux ouvertures de ces homologues "stars". Les voix, infantiles, plaintives sont souvent trop mesurées, trop calculées. C'est comme si on effaçait la revendication, qu'on gommait les ratures de l'encre Punk. C'est parfois énervant, parfois magnifique. La basse est savamment dosée, la batterie éclate, rapide et maîtresse.

Deux titres sortent du lot: "You say you don't love me", une reprise à la sauce buzzcocks d'un thème et d'une mélodie des Beatles et "I believe" qui, dîtes moi si je me trompe, est une pure merveille Kinksienne, aux sonorités enjouées et optimistes.

Très instrumental, "Late for the Train" tourmente les esprits en leur proposant un univers hypnotique rassurant et libérateur. On l'écoutera en boucle, le volume au maximum, sous café, pour en apprécier la puissance.
Les autres morceaux s'écoutent sans subjuguer. Un album inégal, donc, presque trop calme. Un album que je n'aurais pas eu le courage de nommer en référence à l'album phare des Sex Pistols.











free music


I believe en live:



Voir aussi:
L'article de Fab sur les Sex Pistols
Le site des Buzzcocks
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17 décembre 2007

England's dreaming - Jon Savage (1991/2006)

700 pages sur les Sex Pistols... à première vue on se dit que l'indigestion nous guette. Loin s'en faut. England's dreaming, bible sur les apôtres londoniens du punk, verse dans la radiographie intime et de qualité d'une révolution musicale (sociale). Finement documenté et habilement rédigé par un pur journaliste punk, le dénommé Jon Savage, l'ouvrage décortique le phénomène des Pistols. De leurs premiers squats adolescents à leur reformation en 1996 et à la sortie en 2000 du documentaire The filth and the fury. En passant bien évidemment par « l'incident Grundy » et le début de la lapidation publique du mouvement punk. Ces crasseux qui déclenchèrent la fureur d'une Angleterre conservatrice, torturée par le racisme.
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Jon Savage nous plonge littéralement dans les artères et les boyaux des quatres Pistols. Les fameux Johnny Rotten, Sid Vicious, Glen Matlock... L'on peut y sentir l'odeur de la manigance de leur manager-gourou situationniste Malcom McLaren. La fabrication d'un véritable concept de pop music visionnaire. Les rouages grinçants de son industrie. Et puis bien sûr la perte de contrôle, l'aiguille de trop et la réaction violente de rejet. Atmosphère gerbe sur le bitume garantie. On y croise la trajectoire de leurs géniaux voisins de The Clash mais aussi des destins plus obscurs... The Buzzcocks, The Heartbreakers ou encore The Damned... tous acteurs majeurs du punk britannique. Les visages américains des New York Dolls ou des Ramones se profilent et inspirent.

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Que dire de plus... si ce n'est que cet England's dreaming livre une autopsie profonde du cadavre toujours chaud du mouvement punk. L'occasion d'exhumer tant de cris oubliés. La crasse et la fureur. Evidemment.

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SAVAGE Jon, England's dreaming, Paris, Allia, 2002, 690 pages.

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En bref : Somme punk intime et richement documentée, une référence

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Biographie des Sex Pistols
Biographie de Jon Savage
A voir aussi : les books


Vidéo : Le 1er décembre 1976 les Sex Pistols sont invités par la BBC à la célèbre émission de Bill Grundy « Today Programme » pour remplacer au pied levé Queen. Aussi bourrés que le présentateur, sur le plateau les Pistols en viennent rapidant aux insultes. L'émission s'achève rapidement. Le lendemain la presse se déchaîne totalement. The Daily Mirror sort son fameux titre « The Filth and the Fury ». Bill Grundy est renvoyé dans la semaine de la BBC et des manifestations sont organisées devant le siège du label du groupe, EMI. La maison de disques ne tarde pas à dénoncer le contrat la liant aux quatre hérétiques. Les Sex Pistols se font passer à tabac à plusieurs reprises et les punks suivent. Vous avez dit Angleterre réactionnaire ?



Vidéo : le fameux « Anarchy in the UK »



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16 décembre 2007

Stars Like Fleas - The Ken Burns effect (2007)

On tient du lourd. Rares, mythiques, insaisissables sont des adjectifs qui s'appliquent à Stars Like Fleas, le groupe nouillorquais fondé en 1999 par la rencontre de Shannon Fields et Montgommery Knott. 9 membres pour celui ci, et des add on triées sur le volet indépendant. Grizzly Bear, TV on radio, Fierry Furnace, Mercury Rev. Du lourd je vous dis. Surtout quand c'est mixé par Nicolas Vernhes (Fisherspooner, Animal Collective, Cat Power) et mastérisé par Monsieur Valgeir Sigurdsson alias Sigur Ros. Mais parlons du disque un peu : musique improvisée, soulevées bruitistes, free jazz ou ultra pop, ces gars là sont les garants d'une musique remplie de singularités et d'esprit de liberté. Rideau.

Bon ok, la première impression peut être déconcertante (Kama's Hoax et son jazz à peine audible), peut-être même la deuxième. Mais après, on apprivoise ces nappes synthétiques de psyché pop, faites de harpes, de violons, de cloches, de saxo et d'ordis, entre autres. D'une quantité d'orchestrations différentes, Stars like Fleas expérimente, déroute, et se perd volontairement dans un imaginaire musical étourdissant. L'un des seuls groupes à savoir aussi utiliser le silence, le vrai, celui entre les notes, qui s'impose logiquement. D'un autre côté, Berbers in tennis shoes (sic) est le parfait hymne pop à la Shins, joyeux et aérien. Tout y est fluide, jusque dans les variations électro classiques de fin de titre. Shee for the woods, intro piano, violon (enfin je crois), roulement de tambour, voix, cymbales, le temps semble figé. Le 4-4-2 classique des ballades belles à mourir, passez la deuxième minute et tremblez sous le coup d'un always retentissant scandé interminablement par au moins cinquante hommes.

Après un premier LP à l'accueil critique dithyrambique mais peu diffusé, Stars like Fleas, distribué par l'excellent label bordelais Talitres, participe à sa manière à une musique éthérée pleine de magie, qui compte un bon paquet de perles mélodiques. Espérons leur de pénétrer d'autres foyers, d'autres chaînes hi-fi, d'autres oreilles, d'autres coeurs, d'autres rêves. Merci les gars.

En bref: D'un instrumental farfelu, 2 brooklynois instaurent par touches une rencontre imaginaire entre Brian Wilson et Robert Wyatt, à ne surtout pas manquer cette année.



Le myspace

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A lire aussi : The Liars – Drum is not dead


Encore une superbe video, qui fixe bien le moment, realisé par les Concerts à emporter:



#33.3 -STARS LIKE FLEAS - Falstaff
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13 décembre 2007

Horace Silver Quintet - Song for my father (1964)

Avec son snobisme, ses codes, sa complexité, le jazz peut faire peur. Comment l’approcher ? Par quel artiste, par quel disque commencer pour appréhender le patrimoine pharaonique de cette musique qui aura bientôt un siècle ? Evidemment, il y a le Kind of blue de Miles Davis, le jazz vocal à la Billie Holiday, les blues de Louis Armstrong et mille autres voies... Pour ma part, j’ai tendance à croire que le hard-bop funky et latin de Song for my father constitue l’entrée en matière parfaite.

Découvert par Stan Getz, Horace Silver travaille dès ses premières années d’activité avec Miles, Coleman Hawkins, Lester Young et Milt Jackson. Du sérieux, donc. En 1953, il fonde les Jazz Messengers avec Art Blakey, le batteur absolu. Durant cette période décisive, il façonne son style et incorpore au jazz le gospel et le RnB pour créer le hard-bop. Peu à peu, des éléments funky se greffent à ce patchwork d’influences déjà bariolé, et le hard-bop se mue en soul jazz. Song for my father, avec le Sidewinder (1963) du trompettiste Lee Morgan, est le manifeste de cette nouvelle ère placée sous l’égide du groove. Un disque facile d’accès, dansant et ouvertement hédoniste. Sur Blue Note, bien entendu.

Les breaks de batterie sont charnus, rebondissants. Le piano, percussif et virevoltant. Les cuivres papillonent sur des mélodies-friandises. A lui seul, le morceau éponyme suffit à tomber en pâmoison : sur un thème catchy à mort, Joe Henderson glisse l’un des plus beaux solos de saxophone jamais enregistré. Indescriptible. Sur le délicat "Calcutta Cutie", c’est Silver qui échappe à toute tentative d’analyse avec un solo bégayant et monkien percé d’éclaircies bluesy. L’ensemble est d’une rare cohérence, bien qu’issu de deux sessions différentes. Difficile de distinguer les deux quintets mis à contribution, chacun s’épanchant dans une même joie solaire dont la sincérité ne peut être mise en doute. La coloration latine de la majorité des titres sonne comme une exploration de ses racines par le pianiste puisque son père, John Tavares Silver, qui fume le cigare sur la pochette de l’album, était musicien au Cap Vert. L’année suivante, le fiston poursuivra cette quête des origines et sortira un Cape Verdean Blues (1965) au nom explicite. Une nouvelle bombe. Mais ça, c’est une autre histoire...

En bref : groove latin rayonnant pour cette pierre angulaire du jazz funky.




A lire aussi : One more time, de Mal Waldron
Acheter  Song for my father chez l'International Records

Parmi les innombrables reprises du morceau-phare d’Horace Silver (Leon Thomas, Steely Dan, Dee Dee Bridgewater...), je vous ai choisi celle du génial producteur hip-hop Madlib, à écouter après l'original.

free music



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11 décembre 2007

I'm not there - Todd Haynes (2007)

Choix à chifumi pour décider du film de ce soir, entre A la croisée des mondes, film fantastique enfantin ou I'm not there, antibiopic parfaite autour d’une icône insaisissable de notre fin de siècle. Le choix est en ma faveur. Yes! Pour ceux qui sont passés à travers, je vous fais le pitch: Alors c'est un gars, Bob Dylan, dont le nom n'est jamais mentionné, à différentes époques de sa vie, interprété par 6 acteurs différents dont Kate Blanchett en noir et blanc (sublime) ou encore Richard Gere en Billy The Kid (en rapport avec le film dont Dylan fut l'acteur) mais aussi un enfant noir, l’excellent Christian Bale et j'en passe.

Le résultat ? Un kaléidoscope visuel et sonore à travers les âges d'une Amérique pendue aux lèvres d'un homme multiple. Tour à tour poète, prophète, hors la loi, imposteur, comédien ou martyr de l'électrification du folk. Aucun des deux No direction home ou Don't look back n'avait traité avec tant d'objectivité et d’effets poupées gigogne un biopic, un individu même. C'est presque de la psychanalyse, c'est magnifique visuellement, ça ressemble parfois aux plans d’Anton Corbijn sur Control, c'est un puzzle poétique auquel on accède plus facilement, c'est vrai, en étant un minimum au courant du monsieur. Sans ça l'on passerait à côté de milliers de références, aux pochettes, aux titres, aux femmes, aux répliques cinglantes devant les journalistes.

Et puis bon, forcément on tient une BO en béton armé, constituée essentiellement de covers ultra select, interprétées par un casting VIP du folk moderne: Kim Gordon de Sonic Youth, Yo la tengo, Sufjan Stevens, Anthony (d'and the johnsons), Jack Johnson (!), Calexico et ce groupe formé pour l'occasion, Million dollar baskers avec aussi Tomy Garnier le bassiste de Bob Dylan, Smokey Hormel (guitariste de Beck, Tom Waits...) ou encore Nels Clive (bassiste de Wilco). Pas mal quand même, même si tous les morceaux ne sont pas dans le film.

Au final et en d'autres termes, je peux vous dire que ce film est un vrai puzzle implosé avec des plans millefeuilles et une mosaïque de sons americana clairs comme la roche, formant une collection de chansons évidentes de simplicité, pour tout le monde. Enfin, in extremis, Dylan le vrai cette fois, interprète en ultra gros plan sur l'harmonica, Like a rolling stone. Générique final. On a presque essayé pendant 2h15 d'être Dylan, et au fond, on est tous un peu Dylan.

En bref: Un docu-film fleuve aux multiples approches sur un mythe intemporel de la musique. Indispensable pour tout être ayant un coeur et des oreilles.



A lire aussi : la chronique de Johnny Cash, Walk the line

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