27 février 2026

Bar Italia - Elysée Montmartre (Paris) -26/02/26

 


Il est des concerts dont on n'attend pas grand chose et qui remplissent in fine largement l'office.  Celui de l'une des dernières sensations indé (bien qu'ils aient déjà cinq albums sous le bras), permet de mesurer les étonnants progrès de ce trio londonien accompagné d'une accorte session rythmique. Introduits par le revigorant et très à propos "Music to watch girls by'' de la vieille gloire Andy Williams, Bar Italia va asséner sans temps mort une vingtaine de titres. Une bonne partie est bien entendu extraite de Some Like It Hot  leur petit dernier et à la dynamique tres appréciée du groupe (mention spéciale au triptyque ''My little Tony'', ''Fundraiser'', ''I make my own dust'') ; celui-ci se distingue par le jeu croisé des trois voix de ses membres qui alternent le chant lead. Rusé.

Il paraît déjà lointain le temps où Bar Italia se révélait impossible à googliser et où leur musique sonnait un peu trop post punk air du temps pour être honnête. Nous avons affaire là à une formation idéalement pop et qui sait ruer dans les brancards.

Pour les chanceux  et ou autres sudistes, le groupe sera notamment l'une des figures de proue de la prochaine edition du This Is Not A Love Song, deuxième du nom sous son nouvel intitulé Beau Weekend. A ne pas manquer.


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15 février 2026

The Boo Radleys - Paloma (Nîmes) - 13/02/26

(Rob Cieka + Sice)
Courtesy of Olivia Marco

On poursuit notre résidence au mythique Paloma avec ce soir de la pop indé de premier choix. C'est.d'abord le quatuor cévenol By The Bay qui s'y colle. Dans le rôle du support band sachant payer son tribut à ses mentors, le groupe régional de l'étape decouvert dans un précédent festival distille quelques vocalises la-la-la de bon aloi. Et on se surprend déjà à mémoriser certains titres ; ce qui est toujours bon signe.

Derrière, les mentors justement. Survivants humbles de la Britpop (ils n'en sont pas encore à donner dans la tournée de stades à tarif dynamique), les Boo ont su compter parmi les meilleurs pourvoyeurs de tubes du temps de leur grandeur. Ca tombe bien car de refrains aguicheurs, il va être fortement question en ce vendredi pluvieux. Emmené par un Sice débonnaire et hilare (pour l'accent français à y suspendre son pardessus, il faudra en revanche repasser), le trio originel orphelin depuis des années du démiurge Martin Carr envoie du bois. Renforcé par un très bon guitariste et accompagné d'une trompette soulignant l'ensemble de ses hits, Sice ouvre l'affaire avec un ''C'mon kids'' endiablé. Suivront moult morceaux de bravoure tels que ''Wish I was skinny'', ''Find the answer within'', ''Wake up Boo'' ou bien encore un revigorant ''I hang suspended. Alors que nombre de chanteurs tendent à baisser leur tessiture l'âge aidant, ce dernier titre se voit inhabituellement jouer en si soit deux demi-tons plus haut que la tonalité originelle. C'est assez rare pour être signalé et tend à prouver que Sice et son registre tres aigu tiennent encore la route. 

Bien sûr il s'en trouvera pour renacler à l'absence de tubes, ces '' Everything is sorrow'', ''Heaven's at the bottom of this glass'' ou bien encore ''Eurostar'' (NDA). D'autant que Sice annonce un dernier morceau non suivi de rappel et que n'a toujours pas été joué ''Lazarus'', LE morceau des.Boo Radleys qui a fait leurs riches heures chez Bernard Lenoir. Mais le trompettiste de réapparaître et la jam d'intro de ''Lazarus'' sans doute la plus excitante de son epoque avec celle du ''I am the résurrection'' de Stone Roses de se faire enfin entendre.
Ouf !!

 


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11 février 2026

Adam Green - Paloma (Nîmes) - 10/02/26


                                                 Courtesy of Laurent Elfassy

Marinière , jeans tombants et KFC

Le retour d'Adam Green aux affaires fait bien plaisir. Où l'on s'aperçoit que ce trublion à la discographie déjà conséquente (une bonne douzaine d'albums) n'a rien perdu de sa popularité ni de sa bonhomie.
Remis au goût du jour et adoubé il y a 3 ans sur une double compilation où des pointures (Regina Spektor, Sean Lennon, Lemon Twigs, Lemonheads...) reprenaient son répertoire, le set du new-yorkais fait la part belle aux chansons courtes (2'30 /3"30"" au garrot) qui sont de toute façon l'ADN de son catalogue.
Succédant à son mentor et ami Cody Turner auteur d'une honnête prestation blues-country, l'artiste manifestement sous le charme des KFC locaux, enchaîne les "tubes". La grosse vingtaine de morceaux balancés en un peu plus d'une heure et demie sont repris en choeur par le public. Adam Green prodigue, distribue force baisers et poignées de main. Ils sont tous là ou presque, couvrant l'ensemble de son historique, les "Gemstones", "Jessica", "Carolina", "Emily", "We're not supposed to be lovers","Dance with me", beaucoup de singles en l'occurrence connus de tous.
Entre breaks, accélérations subites (l'admirable gigue de "Gemstones", celle de "Carolina" et son pont inattendu qui cite ....les Bangles), c'est un régal de bout en bout. Vêtu d'une marinière, de jeans tombants menaçant à tout moment de dévoiler son intimité et accompagné d'un violoniste percutant, Adam Green n'oublie pas de citer des titres de ses 3 ep's réunis récemment sous son nouvel album Chop Off Heads With Me.
Adam Green ou l'artiste no bullshit par excellence. 


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27 décembre 2025

Top Dodb 2025


18 ans plus tard, la terre entière s'arrête encore de tourner en attendant désespérément le top albums de fin d'année Des Oreilles Dans Babylone. Avec des rangs toujours plus clairsemés certes, mais avec trois propositions différentes ! HIPHOP, NICKX et JU, les trois piliers indécrottables se font un plaisir dans les quelques mots et images qui suivent de vous rappeler ce que vous avez peut-être manqué cette année. Bonnes fêtes et à l'année prochaine !


HIPHOP


1) CARDIACS - LSD - Alphabet business concern  

Toute la famille Cardiacs se retrouve pour rendre un dernier hommage au défunt Tim Smith, le chanteur historique, sans ménager sa peine : 17 morceaux qui condensent le savoir faire du groupe, le génie mélodique et harmonique de son chanteur compositeur.

 

2) IGORRR - Amen - Metal Blade records

Igorrr change de braquet et réalise ses fantasmes musicaux : véritable choeur d'église, arrangements baroques et classiques, guests de luxe, et accord plaqué au piano par un tractopelle !

 

3) CORONER - Dissonance theory - Century media 

Le retour d'un excellent groupe de trash technique disparu des radars, qui n'a jamais daubé sa musique dans l'espoir de passer à la radio.

 

4) REVOCATION - New Gods, New masters - Metal Blade records

Un groupe de trash death virtuose à deux guitares qui ne change pas sa formule mais qui a suffisamment d'idées musicales pour ne pas lasser.

 

5) JESSICA 93 - 666 tours de périph' - Born bad 

J'ai toujours regardé ce gars d'un peu haut , mais je me suis fait avoir par ce disque : tel un blues archaique avec un seul accord, il  repose sur pas grand'chose, mais a une âme.





JU


1. Arthur Satan - A Journey That Never Was (Born Bad)

En ce qui me concerne, le game était plié dès le mois de janvier. Dès les premiers arpèges de clavecin de "The death of a king" on sentait que le bordelais avait changé de catégorie. Jusqu'à présent relativement hermétique à son univers, je ne pouvais plus que succomber et me faire accompagner toute l'année par un double album parfait de bout en bout. Pink Floyd ("A cold Morning"), Beatles ("My Valentine", "Lovely Suzy), Beach Boys ("Glamosaurus Rex"), Ty Segall ("To please you all") et enfin "The Pagan Truth", ça fait déjà beaucoup pour un seul disque. Indépassable en 2025 pour qui y a jeté ne serait-ce qu'une oreille.


2. Jerskin Fendrix - Once Upon a Time... In Shropshire (Untitled Recs)

A l'opposé sur la timeline 2025, puisque découvert pour ma part en décembre, cet artiste inclassable, déjà bien connu des cinéphiles mélomanes puisque coupable des bande sons des trois derniers films du réalisateur grec dérangé Yorgos Lanthimos. On reconnait ça sur l'extraordinaire ouverture "Beth's farm" qui m'a littéralement sauté à la gueule en voiture et en radio sur France Inter chez l'ami Michka Assayas. Le reste est un voyage intriguant de pop progressive et pastorale à la Sufjan Stevens (Princess), parfois très électrique ("Sk1"), ou même quasi a capella ("Sk2") voir carrément jazz bruitiste ("Jerskin Fendrix freestyle"). J'étais pas prêt à me faire bousculer comme ça en décembre.


3. Cameron Winter pour l'ensemble de sa carrière depuis un an (Getting Killed sous le nom de Geese et Heavy Metal en solo)

Bon. Ok. J'avais, je ne sais pourquoi, pas trop envie d'aimer, et du mal à rentrer dedans à la première écoute, mais je ne peux finalement que m'incliner devant tant de talent. Je peux comprendre que certains soient allergiques à cette voix de baryton sans concession - on pense à Anohni ou à Alec Ounsworth (Clap Your Hands Say Yeah, ça nous rajeunit pas) et elle ne laisse pas indifférent. Mais franchement, des morceaux comme "Nausicaa (Love will be revealed)" en solo ou "Au pays du cocaine" en Geese" m'ont déjà durablement marqué. Le mec a indéniablement un truc. Et une carrière devant lui.


4. Other Lives - Volume V (Pias)

Alors eux tous le monde les a oubliés. Ils font partie de ces vieux noms qu'on a aimé, qu'on écoute avec plaisir mais dont on n'attend plus rien d'excitant. Au même titre Midlake ou encore The Besnard Lakes qui ont tout deux sorti deux chouettes albums cette année, mais pas de là à figurer dans mon top. Mais il y a quelque chose de plus dans ce Volume V. L'impression d'écouter des classiques instantanés ("What's it gonna take", "Versailles", "Heading west" - en fait au moins les cinq premiers morceaux - du registre pop Morriconien indissociable des qualificatifs "cinématographique" et "grands espaces". Quelle flamme !


5. Andrea Laszlo De Simone - Una Lunghissima Ombra (42 Records)

Un nouvel album du meilleur musicien italien du moment ne pouvait pas ne pas figurer dans mon top. Il aurait vraiment fallu une grosse bévue. Et j'ai presque eu peur aux premières écoutes de ne pas retrouver tout de suite la magie du bien nommé mini album culte Immensita. Mais elle est bien là, un titre sur deux, ("Riccordo tattile", "La Notte", "Aspettero", "Un momento miglioro") et Andrea déroule son univers vintage mélancolique italien avec une beauté déconcertante. Je veux vivre dans ce monde là.


6. Oracle Sisters - Divinations (Wizard Artists)

Arrivé très tôt cette année aussi, le meilleur disque de psych pop 2025 est français ! "Marseille" et ce sont mes bonnes vielles marottes de Seventeen Evergreen, MGMT et autres Black Bones qui ressurgissent. "Alouette", "Blue left hand", "Talk is cheap" ou encore "Divinations" feraient pâlir d'envie les groupes précédemment susnommés. Ne réinvente pas la roue mais peut-être l'essieu.


7. Cola Boyy - Quit to Play Chess (Record Makers)

Je l'avais presque oublié celui-là. Pourtant Dieu sait que je l'ai écouté cet été. Si vous ne connaissez pas vous devez vous jeter sur ce disque, et son prédécesseur. Il y aurait une chronique entière à faire sur Cola Boyy, artiste au destin hors norme. Pour la faire rapide, il est né en 1990 avec une malformation qui lui a valu - entre autres - l'amputation d'une jambe, et après une carrière aussi courte qu'intense, il s'est éteint l'année dernière à 34 ans. Sur son premier album on retrouve en featuring, excusez du peu : Air, The Avalanches, Myd, Bon Voyage Organisation, MGMT, John Carroll Kirby, ça laisse pantois... Sa recette : une pop carrément funk chantée avec une voix d'enfant, qui ne ressemble vraiment à rien d'autre. Culte.


8. Hollie Cook - Shy Girl (Mr Bongo)

Hollie Cook n'en est plus à son coup d'essai et Mr Bongo a toujours su mettre en avant sa pop mâtinée de soul et de reggae. Mais sur ce nouveau disque la recette semble avoir trouvé son parangon tant tout semble couler de source. La cure de soleil qu'il nous fallait pour cet hiver. Ni plus ni moins.




NICKX


1 VIRNA LINDT : Danube (THE CAMPUS)

Le disque vaporeux et envoûtant de l'année; mené par une ex-égérie pop qui n'avait pas édité d'albums depuis 40 ans. Un retour aux affaires époustouflant de grâce, de sensualité et de sonorités enchanteresses. Avec en sus, une chanson tout bonnement entêtante qui justifie à elle seule la possession de l'album. Quand l'organique fusionne avec le sensoriel.

2 BALCONY'S PARADISE : Spot The Difference (Bretford Records)

Difficile de comprendre pourquoi on accroche tant à ce disque fauché. Mais le fait est qu'au-delà de la pose et du parti pris lo-fi, le binôme germano-australien parvient à rendre crédible cette collection d'accords simples pourtant sur le fil et prêts à se casser la figure. Idéal pour les fins de soirées avinées.

3 COMET GAIN : Letters To Ordinary Outsiders (Tapete)

Deux décennies célébrées par l'un des secrets les mieux gardés du rock indé britannique. Et l'un de ses magnifiques fleurons songwriters David Christian. S'il y avait un groupe que personne ne connaît à sauver...  

4 IGLU : Rainbow (OSA)

Un des secrets les mieux gardés....et tchèque : groupe protéiforme d'obédience funky et dansante. Des musiciens aguerris drivés par une chanteuse-saxophoniste à l'androgynie stupéfiante.




5 THE DIVINE COMEDY  : Rainy Sunday Aternoon (Divine Comedy Records)

Revenu en grâce après une poignée d'albums quelques peu décevants, Neil Hannon dans un chant grave et chevrotant qui n'est pas sans évoquer celui de Paul Webb (Rustin Man), prouve si besoin qu'il est bien l'un des songwriters essentiels de sa génération. Ici c'est la perte du père qui guide cette émouvante et très feutrée nouvelle collection.
Avec un pic, l'emprunt littéraire "The heart is a lonely hunter". Superbe.

6  THE LEMONHEADS : Love Chant (Fire Records)

Même s'il passe en dessous des radars des media mainstream, le retour de l'ex-cabossé mais flamboyant Evan Dando et de ses Lemonheads ne peut que faire plaisir. Rien de neuf sous le soleil du Brésil si ce n'est un nouveau disque tout à fait digne. 

7  LES ROCHE MARTIN : s/t (Warner)

L'une des rééditions les plus réjouissantes de l'année en ce qu'elle met en lumière l'un de nos plus éphémères groupes sixties même pas yéyé. Une certaine conception de l'orfèvrerie pop.

8  PORTUGAL. THE MAN : Shish (Knik Records)bbb

Rien de neuf sous le soleil d'Alaska si ce n'est que la tribu Portugal. The Man met depuis peu des mélodies plus tarabiscotées dans ses créations pop, sortant petit à petit de la zone de confort flashy et criarde qui aura fait son succès. Ce qui depuis Chris Black Changed My Life l'album précédent, leur va mieux au teint : et par là-même occasion, nous sied davantage.

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22 décembre 2025

Virna Lindt - Danube (2025)

 Dans le genre retour en grâce et retour tout court, celui-ci se pose un peu là. Sachons d'abord gré à Bertrand Burgalat de nous avoir alertés sur le come-back musical de cette ancienne égérie suédoise découverte  au milieu des années 80 et abondamment relayée par le journaliste Bernard Lenoir dans ses immanquables émissions sacerdoces. L'adorable blonde Hitchcokienne comme décrit très justement sur son Bandcamp, découverte avec le sautillant "Attention Stockolm" single paru en 1981, revient donc aux affaires ......40 après son deuxième album. L'attente valait la peine.

Quelques singles isolés avaient certes donné la voie ces dernières années, les très éthérés "Once" et "Out cold" d'ailleurs présents ici.
Publié d'abord exclusivement en digital - les fans ont déploré la non-sortie initiale en format physique de Danube  - sous un magnifique portrait de Virna, mais avec un visage pareil pouvait-il en être autrement ; la musicienne toujours accompagnée de son mentor et pygmalion Tot Taylor, multi-instrumentiste renommé, compose et co-produit avec celui-ci 11 titres beaucoup moins pop que ceux auxquels elle nous avait habitué. Peu de tempos enlevés en dehors de ceux de "Once" après une intro des plus vaporeuses "Playpower" ou d'"Avant-garde (pts 1 & 2)" composé pour un film français et qui envoie toutes proportions gardées du bois  ; le titre détonne un peu d'ailleurs. De manière générale, dans ses climats ouatés voire ambient sur nombre de ses pistes, l'album se révèle propice à des rêveries cinématographiques. Il est d'ailleurs permis de voir un clin d'oeil au septième art et au "Danube incident" du grand Lalo Schiffrin qui compte certainement dans les influences du binôme Lindt-Taylor. Et que dire de ce "Lelouch", court intermède  dont on ne comprend pas grand chose aux paroles mais qui s'inscrit dans le champ lexical.
La voix diaphane de Virna Lindt, les boucles ainsi que les multiples effets de mix lancinant où toutes les nappes de claviers sont mêlées avec les très nombreux instruments acoustiques et électriques, modulateurs en tout genre, ne sont pas sans évoquer les moments les plus doucereux et apaisés de My Bloody Valentine. Ce n'est d'ailleurs pas le moindre attrait du disque que d'avoir su créer pareil magma sonore qui tend à principalement évoquer l'électronique quand tant de musiciens (une bonne dizaine et au moins le triple d'instruments vintage) sont présents. L'electro n'est jamais loin, on pense aussi aux savoureuses donzelles de Ladytron.

Tout grand disque comporte au moins  une ou deux chansons mémorables. Ici il y en a bien entendu plusieurs mais retenons quand même la très enjouée et aux accords majeurs "The like song" "Powerplay" instrumental majestueux et Burgalatien en diable. Et  évidemment "Silver sky", titre magique et parmi les plus organiques qui reprend la ligne d'accords introductive du morceau-titre joué au Prophet 5.
Vu que pour le Groenland et le Danemark c'est mort, demandons à présent asile à la Suède.


 En bref : le disque vaporeux et envoûtant de l'année; mené par une ex-égérie pop qui n'avait pas édité d'albums depuis 40 ans. Un retour aux affaires époustouflant de grâce, de sensualité et de sonorités enchanteresses. Avec en sus, une chanson tout bonnement entêtante qui justifie à elle seule la possession de l'album. Quand l'organique fusionne avec le sensoriel.

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19 décembre 2025

Balcony's Paradise - Spot The Difference (2025)

 Lorenz O'Tool est un musicien Berlinois ayant oeuvré dans divers groupes underground, qui en 2021 lance son projet Balcony's Factory avec son ami australien, le batteur Jeremy Tayler. Enregistré dans leur maison-studio de Tasmanie à la vue imprenable d'où le blaze du groupe, leur premier album (sans tires) donne à entendre  une folk cafardeuse lo-fi qui ferait passer les premiers disques de Daniel Johnston pour du Burt Bacharach. Ce sophomore à la superbe pochette avec ses nénuphars sérigraphiées, le surpasse et enfonce le clou.

Amateurs de pop léchée, de voix cristallines à la justesse impeccable ainsi que d'envolées instrumentales et de guitares accordées, passez votre chemin. Ce disque auquel on aurait tort de renoncer  dès la première écoute est de ceux qui se méritent même si le procédé et la démarche arty ont de quoi intriguer voire agacer. Spot The Difference a été enregistré sciemment dans un grille-pain immergé au fond d'une piscine. Comment peut-on expliquer sinon ces gouttelettes tombant à intervalles réguliers sur la console....à moins que bien sûr il ne s'agisse tout bêtement d'une reverb un peu forcée. Bon, au-delà de l'exercice de style déjà éprouvé et qui renvoie à certains de nos plus beaux fleurons de folk neurasthénique - le regretté Daniel Johnston déjà cité, Sparklehorse, Palace Music, Smog bref tous les grands cabossés - Balcony's Factory dispose d'un talent indéniable. Celui d'emmener très loin des morceaux déchirés et déchirants (magnifique "Fishing next to the lilies", les nénuphars encore), d'arrêter les titres qui viennent à peine de commencer ("Hollow diary", "Time after time"), et aussi de faire sonner des guitares comme des dulcimers (l'intro de "Spot the difference", autre réussite).
Et alors qu'il reprenaient les Beatles via John Lennon dans le premier album éponyme, le binôme s'octroie pas moins de quatre reprises pour un album dépassant à peine la demi-heure et ces titres-là comptent parmi les pics de Spot The Difference : d'abord un "Silly girls", classique des TV Personalities joué à la hussarde et à l'identique. Puis deux morceaux de M.O.T.O (Master Of The Obvious), groupe-culte de Louisiane du milieu des années 80 et ce sont les formidables "Alone with a crowd" et "But of course" qui sont revisités. Il y a aussi le "Weird Ways" de Jeff Clarke des Black Lips dans son projet solo Demon's claws. Avec  le chant anémié d'"Aftermoon" et les accents punk débraillés de "Lovelonging" et "College knowledge" qui n'auraient pas déparé sur le premier Parquet Courts, on touche là d'autres sommets d'un album bringuebalant mais qui miraculeusement fonctionne en rappelant à notre souvenir les meilleurs inadaptés de l'indie rock"

Spot The difference, titre second degré s'il en est, permet d'envisager à nouveau un underground de musique blanche et blafarde avec sérénité. Avec trois fois rien : deux micros, une batterie, une chambre d'écho avec ici ou là quelque partie de saxophone. Et au détour d'un titre, de percevoir une mélodie qui dans son plus simple appareil, touche au coeur.
Miraculeux.

En bref : difficile de comprendre pourquoi on accroche tant à ce disque fauché. Mais le fait est qu'au-delà de la pose et du parti pris lo-fi, le binôme germano-australien parvient à rendre crédible cette collection d'accords simples pourtant sur le fil et prêts à se casser la figure. Idéal pour les fins de soirées avinées.


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17 décembre 2025

Iglú - Rainbow (2025)

 Découverts lors d'un festival sur l'île hospitalière de Kampa, Iglú  est un quatuor Praguois actif depuis une dizaine d'années lorsque parait Rainbow son véritable premier album. Gravé directement des masters et ne procédant donc pas d'un pressage universel, ce disque bénéficie donc d'une sonorité roots que lui confèrent certaines plages - la prise de son sur "Křidlyka Muši" étant un exemple parlant.

Déjà auteurs d'un Ep 6 titres en 2021 dont la plupart des titres se retrouvent sur Rainbow, le groupe emmené par l'étonnante Julie Gubelova au chant et saxophone se voit vite étiqueter comme une formation de funk blanc. En vérité ils ont plus à offrir que d'être sur le papier un simple groupe de bal. De funk blanc ou en tout cas de rythmes chaloupés à faire bouger le popotin, il en est certainement question dans "Velkej Bill" et notamment sur le très incisif "Vetni Lečery". Ensemble plutôt inclusif et prônant  tolérance et universalité - ces rares titres plus pop et plus longs  chantés en anglais ("Helicopter people", "Rainbow"-  le groupe de Julie Gubelova navigue de la jam bluesy ouatée (" "Křidlyka Muši")  au ska débridé '"Teepee", l'intro à l'avenant de "Veselá O Válce"  ou la rythmique reggae ("Kůže")  sans jamais se départir de cet esprit festif qui le caractérise. La chanteuse volontairement ou pas joue de son androgynie et de son timbre vocal atypique. Sons de guitare nimbés de chorus et solos juteux et revigorants dans leur simplicité, Rainbow dispose de pas mal d'atouts pour séduire l'auditeur en dépit de la barrière de la langue.

Le saxophone, instrument très années 80 et parfois embarrassant dans ce qu'il véhicule, est ici utilisé avec parcimonie et souligne plus qu'il ne barbouille  l'ensemble. Le quatuor, féru de pop classique et.....de Nick Cave fait plus que sans sortir avec honneur et l'auditeur avisé ne pourra que suivre l'actualité de ce groupe et de cette auuto-production du label OSA.
Czech your money maker!

En bref : un des secrets les mieux gardés....et tchèque : groupe protéiforme d'obédience funky et dansante. Des musiciens aguerris drivés par une chanteuse-saxophoniste à l'androgynie stupéfiante.


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14 décembre 2025

Les Roche Martin - s/t (2025)


 C'est l'histoire d'un gars et de deux filles qui se rencontrent en Espagne. Elles (les soeurs Sanson) sont musiciennes et lui joue de la guitare et écrit des chansons.Violaine et Véronique se lient d'amitié avec François Bernheim et le trio qui prend les choses à la coule décide de prendre pour avatar les deux noms de famille les plus usités de France : ça aurait pu donner les Dupond Dupont ; ce sera donc les Roche Martin.

 Détail amusant, si le recul nous permet de savoir quel membre du trio a construit une carrière couronnée du succès, ce n'est en définitive pas Véronique Sanson qui est la plus impliquée dans la composition ; Violaine et François se taillant en effet la part du lion. Dans leurs deux EP's extrêmement rares parus chez Odeon - enfin le deuxième est juste référencé et on ne lui connaît que leur arrangeur le grand Hubert Rostaing comme possesseur - ce sont huit morceaux d'obédience pop que le trio met en avant.
Warner a eu la bonne idée de donner une deuxième vie à ces titre mythiques et ravissants qui font le bonheur des fans et pas uniquement ceux de Véronique Sanson. Le tout sous une pochette iconique et reproduite par le groupe près de 60 ans après. On notera et appréciera la très politiquement incorrecte pose avec cigarettes.
 Le premier EP qui une sorte de best-of du savoir-faire des Roche Martin propose le grandiose "Les mains dans les poches" de Violaine aux vocalises irrésistibles, aussi connu sous le sobriquet de "Macbird" (son héros) : basse qui s'insinue, petites touches discrètes d'orgue, breaks affolants ; ce titre est un must have qui devrait figurer en bonne place dans la série Whizzz éditée par Born Bad. Textes poético absurdes ("Déchéance"qui annonce Stereolab avec 20 ans d'avance, pas moins)  ou priapiques ("Seul avec vous deux / J'étais très heureux /  Deux femmes pour moi / J'étais le pacha") dans "C'est toi qui a gâché notre vie", sa trompette bouchée et les choeurs délicieux des deux soeurs répondant au décadent François. Ce dernier signe ces deux derniers titres. "Nathalie's blues" et sa dramaturgie, superbe nouvelle composition de Violaine complète le premier EP.
Terminant la première face, le deuxième EP jamais vraiment sorti, officieusement pour des bisbilles entre François Bernheim et le producteur Claude-Michel Schönberg,  reprend les recettes du premier avec toujours une grande richesse d'arrangements/ Les titres -phares en sont "Tu as peur du bruit" avec ses ornements classiques et son clavecin à nouveau oeuvre de Violaine. Avec Maria de Tusha" qu'elle reprendra avec succès lors de sa carrière solo, Véronique signe son premier titre sous la férule bienveillante de ses deux compagnons. La face B de cette compilation consiste en 8 titres quasi exclusivement folk et presque tous de la plume de François Bernheim. Ceux-ci sont dans l'ensemble plus dispensables mais restent néanmoins des must-have pour les adorateurs du groupe. On retient notamment l'adorable "Miss gaffe" seul titre connu jusqu'alors, paru dans l'intégrale de Véronique Sanson et visible sur Youtube. Imaginez un Peter Paul and Mary inversé et un texte loufoque  évoquant le Michel Polnareff de "Oh ! Louis" ....le tout susurré par la voix mutine de Violaine.

Les destins se sont donc inversés : Véronique Sanson aura donc fait la carrière internationale triomphale que l'on sait ; tandis que sa soeur Violaine toujours musicienne à ses heures a fait carrière dans le droit et le management. Que ce soit dans la musique - François Bernheim a plusieurs disques à son actif dont un fabuleux EP  ("Tom" qui a eu lui les honneurs de Wizzz, sorti juste après le split du groupe). Il deviendra directeur artistique chez Barclay, deviendra l'homme de l'ombre derrière les Poppys et pour les cinéphiles, sera l'une des victimes de la veuve noire Isabelle Adjani dans le troublant Mortelle Randonnée  de Claude Miller. Fin de l'histoire.

En bref : l'une des rééditions les plus réjouissantes de l'année en ce qu'elle met en lumière l'un de nos plus éphémères groupes sixties même pas yéyé. Une certaine conception de l'orfèvrerie pop.   









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12 décembre 2025

The Lemonheads - Love Chant (2025)


 Les années 2020's auront été fertiles en retours réjouissants pour ce qui est du rock indé. The The et plus près de nous d'autres mastodontes comme Stereolab, Pulp ou My Bloody Valentine (je fais sur moi) sont revenus aux affaires (mais étaient-ils vraiment partis ?) ; de cela on ne peut que se féliciter.
En 2025 Evan Dando est aussi de la partie avec ce qui doit être son 11ème album à peine dans une carrière qui a tout de même commencé tout à la fin des années 80.

Revenu de tout, de la dope et des avanies et légèrement plus buriné qu'au temps de la splendeur de It's A Shame About Ray (92) et Come On Feel....(93), le contemporain et frère d'armes de Sebadoh, Dinosaur Jr., Pavement et de tout cet aréopage de brailleurs velus lo-fi tant chéris revient avec Love Chant, album court, remuant, globalement inégal voire bâclé tel à son habitude mais au charme qui fait mouche. Désormais installé et filant le parfait amour au Brésil, le beau gosse qui ne s'est pas pour autant converti à la bossa, nous livre.....11 déflagrations lo-fi dans son style caractéristique : une prise de son à la va-comme-je-te-pousse, une alternance chansons tendres - superbe et émouvante "Together is all I'm after" malgré une intro foutraque - et des guitares crades et juteuses - tiens mais c'est bien sûr ! c'est la crinière de Jay Mascis que l'on voit pourvoyeuse d'un solo à la manière de et irrésistible dans le clip du single "Deep end"! Chouette.
Dans le registre énervé, un autre single le bien nommé "In the margin" emporte aussi l'adhésion. Belle voix mâle qui évoque tour à tour Stephin Merritt (Magnetic Fields) ou bien Kevin Ayers, Le perdant magnifique est à l'occasion rejoint pas sa garde rapprochée ; on reconnaît ainsi la fidèle et ex-membre emblématique Juliana Hatfield aux choeurs. L'album s'achève par un autre titre épatant que l'on imagine et pas que graphiquement, plus dédié à la légende des Thirteenth Floor Elevators qu'au boxeur Balboa ("Roky").
Ce sont là les 4 uniques chansons marquantes d'un album par ailleurs agréable et revigorant à l'écoute ; le reste étant plus anecdotique. Mais rien que pour ces chansons-là, il convient d'investir, d'autant que la pochette ultra-colorée (et plus encore dans sa version picture-disc) est superbe.

C'est bien là la trajectoire des beautiful losers, encore plus lorsqu'il s'agit de frayer dans une niche musicale : ils sont là où on ne les attend pas. Revenu le 18 septembre pour un concert acclamé au Café de la Danse, Evan Dando joue vite fait une poignée de morceaux de son nouveau disque tout en en ignorant une bonne partie. Resté près de 20 ans sans enregistrer le moindre disque de nouvelles chansons - les deux précédentes oeuvres étaient constituées de reprises - le voilà avec un nouvel album sous le coude avec Apollo Nove son nouveau producteur fétiche brésilien.
Le monde appartient à nouveau à Evan Dando.

En bref : même s'il passe en dessous des radars des media mainstream, le retour de l'ex-cabossé mais flamboyant Evan Dando et de ses Lemonheads ne peut que faire plaisir. Rien de neuf sous le soleil du Brésil si ce n'est un nouveau disque tout à fait digne.

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26 juillet 2025

Collection D'Arnell-Andréa - Villers-Aux-Vents (Février 1916) - 1994

Lorsque Jean-Christophe D'Arnell et Chloé Saint-Liphard créèrent cette escouade à l'intitulé en apparence alambiqué au début des années 90, se doutaient-ils que leur musique traverserait son époque et que forte d'une quinzaine d'albums elle resterait ainsi vivace près de quatre décennies plus tard ? D'autant que leur complice Pascal Andréa également du voyage et dont le patronyme serait le seul legs devait rapidement les quitter avant d'avoir même enregistré et de s'être produit en concert.
Et qu'accessoirement la musique pop en France mis à part Kat Onoma était peu propice aux sentiers non battus, condamnant de fait le groupe à vivoter dans une niche.

Si Collection D'Arnell-Andréa n'est pas devenue un best-seller et a tous les dehors de la formation culte, le groupe originaire de la région d'Orléans a même en se faisant rare écumé les scènes européennes et a recueilli les faveurs du Melody Maker  ; ce qui n'est pas rien. Le son de ce collectif inclassable à l'occasion septuor est souvent assimilé à la scène dark wave et son art se prête aussi bien à une pop mâtinée de symphonique que de gothique : la voix d'elfe habité de Chloé étant pour beaucoup dans le son du groupe. Mais pas seulement. Car dès ses débuts Jean-Christophe D'Arnell démiurge en chef et fan de......rock gothique - il voue un culte à Siouxsie And The Banshees et à Cocteau Twins, influences palpables -  ainsi qu'à des compositeurs fin 19ème tels Debussy ou Fauré, a échafaudé une cathédrale sonore autour de ses claviers et synthétiseurs dont un fidèle DX21. Tout en entremêlant ces sonorités plus organiques et plus chaudes d'alto ou de violoncelle, omniprésent dans la patte sonore unique de CDAA, et tenu très tôt par Xavier Gaschignard. On ne peut s'empêcher de penser évidemment au duo mythique australien Dead Can Dance auquel le groupe  a souvent et parfois abusivement été comparé. Autre influence avouée.

D'Arnell et ses complices sont obsédés par Dame Nature et aiment bien conceptualiser leur art. C'est au détour d'images stéréoscopiques sur la Grande Guerre qu'émerge l'idée du très dense 4ème lp qu'est Villers-Aux-Vents (Février 2016). Visions de tranchées; de corps déchiquetés, de terrains de bataille qui donnent jusqu'à leur nom aux chansons ("Verdun" ou l'extraordinaire "Le Chemin des Dames auquel Chloé confère une intensité à donner le frisson). Les paroles poétiques (des rimes à tous les étages) sont quasi exclusivement rédigées en français ; ce qui est à mettre au crédit du groupe. Mais à la vérité, on se surprend tout comme avec Cocteau Twins à percevoir la voix lead féminine comme un instrument psalmodiant et faisant partie du mix. L'effet conjugué du chant et du ton sépulcral est particulièrement envoûtant sur le titre d'ouverture '('Les cendre-lisières") devenu rapidement l'un des points d'orgue des concerts. Tout comme "L'aulne et la mort" ; ces deux titres sont à eux seuls annonciateurs d'une rythmique beaucoup plus rock et rentre-dedans que sur les longs formats précédents de CDAA. Les ambiances solennelles et recueillies sont toujours de mise et "Le chemin des Dames" en est un parfait exemple mais que dire du funèbre "L'ornière" :

 "Ainsi nous ressemblons / aux profondes ornières / Exode sillage des âmes et des cris / Soldats marchant recrus aux furtives frontières,  / "L'assaut, les baïonnettes, la troupe sans vie." Beau et glaçant.

Collection D'Arnell-Andréa a réussi ce tour de force de ne jamais reproduire un disque à l'identique, alors même que sa musique est profondément estampillée et frappée du sceau gothique et lyrique. Cirses Des Champs (1996) qui lui succède emprunte ainsi un tour plus folk. Quand The Bower Of Despair (2004) inhabituellement chanté en anglais reviendra par exemple aux ruades rythmiques de Villers-Aux-Vents (Février 1916). Mais si les réussites de la discographie de CDAA sont nombreuses, difficile de revenir à autant de fièvre que dans ce recueil pas très poilant certes mais divinement poilu.


En bref : à la fois gothique, symphonique et avec un son rock plus acéré qu'à l'accoutumée, ce disque de Collection D'Arnell-Andréa est en vérité un objet inclassable empreint de poésie et de lyrisme. Fascinant.

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25 juillet 2025

Comet Gain - Letters To Ordinary Outsiders (2025)

On est presque étonné voire déçu que le couple qui orne la pochette de ce très beau 10ème album de David "Feck" Christian (hors projets annexe et solo) ne soit pas celui mythique à la scène comme à la ville de Carole King et Gerry Goffin. L'une des plus mythiques paires de songwriters du Brill Building. D'abord parce que ce choix eût été raccord avec le reste de la discographie lettrée et référencée du sextet de David Christian. Ensuite parce que le visuel reproduit jusqu'à la maquette et les teintes d'une compilation  de la dame.
Enfin, parce qu'avec Comet Gain à travers les indices semés par son démiurge, tout est toujours à l'avenant du bon goût des gloires passées.


Lorsque commence l'aventure en 90 avec l'excellent Casino Classics (1995), probablement l'une des pierres angulaires d'une ample discographie - citons aussi City Fallen Leaves (2005) - le groupe à géométrie variable de David Christian devient très vite l'un des secrets les mieux gardés du Royaume-Uni. On devine sans peine que John Peel en est gaga. Tout ce qui est paria, derelict, artiste culte plus ou moins installé dans le coeur du public se voit cité, choyé par le groupe lui-même chouchou d'une cohorte de fidèles qui même dans la confidentialité ne lui fera jamais défaut. C'est Dan Treacy le leader abîmé des Television  Personalities (excusez du peu) qui rédige les notes de pochette de ce premier disque. Par la suite et comme s'il s'interdisait de devenir populaire ou plus sûrement assumait son intégrité artistique d'outsider, Christian n'aura de cesse de crier son amour à d'autres héros tels que Roky Erickson ou plus près de nous Robyn Hitchcock ou Julian Cope.
En guise de bilan, l'artiste qui vit désormais à Bordeaux avec sa compagne Anne Laure Guillain qui officie aux claviers, délivre à ses fans tout au long de 2024 des chansons comme autant de chroniques nostalgiques sur les rêves évanouis. L'auto-dérision est évidemment de mise. La plupart figurent sur Letters To Ordinary People  et sont enrichies d'autres témoignages  ; et cela donne ce magnifique album. Témoignage, le mot est adéquat puisque quasi chaque titre se voit entrecoupé d'un interlude de présentation où David s'adresse à un interlocuteur de ses connaissances. Ce sont deux notes entêtantes de piano qui ouvrent et reviennent tout au long de la très mélancolique "The ballad of the lives we led" où l'amour fait office d'épiphanie. Les chansons naviguent entre une pop indé délicieuse rehaussée à l'occasion de "trompettes indés" ("If they can't find the way then there's no way out". Beau comme du Michael Head  ; un autre héros. Forcément. 
"Beat of the veins" est l'incartade pop endiablée avec choeurs à l'unisson : pas forcément le titre le plus représentatif de l'album mais destiné néanmoins à faire une carrière honorable en single. La chanson "odd" de l'album avec "Ashtray cult", ode aux freaks des cimetières qui sonne comme un inédit de Jon Spencer.

Dans "We were paintermen" David Christian rend hommage à d'anciens acolytes musicaux et non il ne s'agit donc pas d'une citation mod envers The Creation, l'une de ses marottes. Officiellement... "Threads!" est un hilarant name-dropping vestimentaire aux illusions dandy perdues, son "Dedicated follower of fashion" à lui. Sur cette chanson, Christian évoque vocalement et pas qu'un peu Conor Oberst (Bright Eyes) quand artistiquement le morceau évolue en territoire The Fall. De même lorsque le chanteur est suppléé, c'est Rachel Evans l'une des plus anciennes membres du groupe qui s'y colle. Notamment sur les superbes "Yeah, it's a wonderful life, but there's always further you can fall" (ces titres !) ou les deux sentiments-clés de l'album, espoir et esprit désabusé sont conviés. Il y a aussi "Buildings", l'un des fleurons de Letters....Sur ces deux titres, on ferme les yeux et c'est la veine tendre et surannée de Ray Davies qui nous étreint une nouvelle fois par le truchement d'un organe offrant une troublante similitude de timbre avec Eleanor Friedberger des Fiery Furnaces. "Danbury road" emprunte le même chemin Kinksien.

Qu'un groupe fût-il l'oeuvre d'un seul homme trace ainsi son chemin sur plusieurs décennies force le respect. Intégrité et songwriting affirmé - car David Christian est un conteur, de la race des grands - sont  sans doute la clé des oeuvres marquantes. L'Histoire saura rendre justice à ces héros ordinaires.


En bref : deux décennies célébrées par l'un des secrets les mieux gardés du rock indé britannique. Et l'un de ses magnifiques fleurons songwriters David Christian. S'il y avait un groupe que personne ne connaît à sauver...

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14 juillet 2025

The B-52's - Whammy! (1983)

Le 4ème long format des B-52's prend les fans à rebrousse-poil. Essentiellement acoustique jusqu'alors, le quintette d'Athens fort des hits revisités de Party Mix!  (1981), va en effet se piquer au jeu du synthétique. L'une des raisons principales étant le parti-pris du batteur Keith Strickland qui s'est lassé de son instrument et souhaite s'orienter davantage vers les synthés et la guitare. Celle-ci et on y revient, est encore tenu par le fabuleux Ricky Wilson, musicien adepte du less is more, au jeu et aux accordages inclassables. Ce dernier s'est fait connaître avec ses acolytes, son pote Keith,  sa soeur Cindy (chant) et Kate Pierson (chant, claviers) et Fred Schneider (chant parlé).

Le quintette le plus camp de la galaxie - les choucroutes des filles, leurs frusques improbables,  les membres tous queer excepté Cindy - ont déjà triomphé via deux précieux premiers albums plus communément appelés le jaune et le rouge ; comme l'on disait naguère le bleu et le rouge pour les deux compilations multiplatinées des Beatles. Sur le rouge intitulé Wild Planet et qui est peut-être son sommet créatif, les B-52's créent cette musique hybride faite de rock and roll fifties et de pop hédoniste. Les voix souvent à l'unisson de Cindy, enfantine et suraiguë,  et de Kate plus grave, chantent d'irrésistibles hymnes d'inspiration comics SF mâtinés de textes de séduction aussi bien soumis que mutins. Et tout ce petit monde gesticule sous le son aigrelet du Farfisa tenu par Kate. Pas de solo, pas de saturation inutile, l'esprit de danse et de fun est ce qui prévaut.
Après le semi-échec de Mesopotamia (1982) l'album précédent produit par David Byrne, un certain nombre de titres laissés sur le carreau lors de ces sessions sont remis en jeu pour Whammy!
Pour les raisons évoquées, la rythmique devient principalement synthétique et on en a un aperçu dès "Legal tender" qui chante la gloire de la contrefaçon de billets de banques. Le rythme est assez lent mais comme toujours avec les B-52's, assez lascif. Est-ce l'influence vaudou du studio de Nassau où est enregistré le disque ? En tout cas, "Whammy kiss" qui célèbre l'envoûtement par le baiser "whammy" devient très vite un autre classique du groupe. Tout comme l'hilarant "Song for a future génération" où en vrai geeks de culture trash, les membres du groupes se présentent tour à tour sous des atours de créatures SF. "Trism" a également ses airs futuristes bien que l'on ne sache trop s'il ne s'agit pas en fait d'une simple achronie. Pas besoin de chercher trop loin sur l'odyssée en absurdie de "Butterbean, envoyée au taquet avec la guitare twang tourbillonnante de Ricky. Que l'on retrouve également sur l'une des autres réussites de l'album (elles sont nombreuses) "Queen of Las Vegas" et son déchirant "Dont leave me..." asséné par Cindy.
Pour le reste, un inhabituel instrumental pour clôturer l'album ("Work that skirt") et une reprise plutôt anodine d'un morceau de Yoko Ono ("Don't worry") mais toujours plus écoutable que l'original et voilà le contenu d'un disque peut-être un peu trop passé sous silence mais l'un des favoris du groupe et qui mérite sans aucun doute d'être réévalué. Pour des raisons contractuelles, "Don't worry" sera retiré des futurs pressages et remplacé par "Moon 83", remix d'un morceau emblématique du premier album ("There's a moon in the sky")

Whammy! est aussi hélas le dernier album auquel participera intégralement le génial Ricky Wilson. Ce dernier atteint du syndrome HIV décédera brutalement deux ans plus tard et alors que l'excellent Bouncing Off The Satellites (1986) est en partie écrit. Raison de plus si besoin était,d'apprécier son jeu minimaliste et unique sur cet hymne clubbien qu'est Whammy!

En bref : le baroud d'honneur in extenso des B-52's dans leur mythique formation originelle. De la SF à gogo et des chansons délirantes toujours animées de l'esprit fun et danse du popotin des Fab Five d'Athens.

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09 juillet 2025

Death In June - But, What Ends When The Symbols Shatter? (1992)

Dans le grand chapelet de terminologies musicales, le terme "folk" a souvent été malmené voire affublé d'extensions absconses. Passe pour la scène acid-folk de Frisco encapsulée par Jefferson Airplane dans la bascule des seventies ; mais quid de la scène antifolk US du début des années 2000 qui désignait une espèce de punk acoustique certes, débraillé et lo-fi. Et que dire du courant neofolk de la décennie précédente.....de la folk sans doute mais plus blafarde et austère qu'autre chose ; en tout cas que vient faire le préfixe "neo" là-dedans. Dont acte.

Lorsque Douglas Pearce crée l'entité Death In June au début des années 80 en compagnie de deux acolytes dont il se sépare très vite, sa musique est celle d"une synth pop industrielle très mélodique entre Cabaret Voltaire à son plus martial et...Depeche Mode pour le versant primesautier. A partir de The Wörld Thät Sümmer (1986), tout est consommé et l'ancien punk anarchiste du groupe Crisis se retrouve seul aux manettes de son "groupe" phare, occasionnellement secondé par son complice David Tibet de Current 93 ; nous y revenons. Dorénavant, Death In June sera en outre largement associé à la scène gothique.

Il faut revenir sur le contexte sulfureux autour du groupe et de la personnalité de son leader. Déjà ce patronyme qui bien que son créateur s'en défende mollement fait référence à la Nuit des longs couteaux, synonyme de purge Hitlérienne envers ses opposants nazis. Mais Joy Division n'avait pas fait autre chose en s'affublant d'un nom dédié aux bordels das camps de la mort. La comparaison avec le légendaire groupe mancunien ne s'arrête pas là puisque dans cette 7ème oeuvre considérée comme la plus aboutie de Death In June, une statue issue d'un complexe sportif celui-là issu du Foro Italico de Rome, orne la pochette.
Douglas Pearce est un personnage torturé , connu pour ses outrances revendiquées : uniformes et décorum renvoyant à l'esthétique nazie, obsession pour les écritures runiques, une homosexualité exacerbée et assumée, la part sombre de l'homme, la guerre.... Cette dernière sert d'ailleurs de champ lexical à nombre de textes très noirs de But, What Ends When The Symbols Shatter? comme par exemple "The giddy edge of light". Les "disappointment", "dust", "sorrow" (l'admirable et hanté "The golden wedding of sorrow") abondent. Les guitares folk cristallines uniques sont désormais la marque de fabrique de Pearce sur ses disques, qui ne lésine pas ici sur les effets sonores et sur certaines enluminures de cuivres et de cordes qui lui confèrent une patine onirique. L'autre versant auditif du cauchemardesque masque de carnaval vénitien dont s'affuble le musicien très tôt dans sa carrière.
Les références littéraires et musicales abondent : Stuart Pearce reprend 4 musiques et textes d'une communauté gospel au destin mortifère mais on souhaite bon courage à quelque musicologue que ce soit de trouver la moindre ressemblance avec l'oeuvre du People's Temple's Choir dans la religiosité de "He's disabled", "The morning bench", "Because of him" ou "Little black angel".

Passé l'odeur de soufre de notre homme qui s'offre deux parenthèses aérées avec David Tibet chanteur lead sur "Daedelus riding" et "This is not paradise", But, What Ends When The Symbol Shatter? amène des moments réellement enchanteurs - les notes tristes du piano de "Death is the martyr of beauty", 'The golden wedding of sorrow", "Ku ku ku" (non il ne s'agit pas du  sinistre KKK), "Hollows of devotion", le morceau-titre... Il faut donc faire fi de l'influence forcément Maurassienne présidant à l'oeuvre de guerre de T.S. Eliot infusée ici. Afin de se délecter de cette musique totalement obsédante et belle. Dont le crescendo final vers son locked groove n'est pas sans rappeler à nouveau......... Closer.

Flirter avec le Diable et en payer le prix de la censure ? Séparer l'homme de l'oeuvre ?  Il n'en a jamais autant question ici.

En bref : le parcours tortueux et sujet à caution d'un ex-ponte de la synth pop vers des territoires folk plus apaisés. On peut faire abstraction de la poésie et des textes très sombres de Death In June et reconnaître sa beauté à cette folk magnifiquement austère.

 



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04 juillet 2025

Sibylle Baier - Colour Green (1973 / 2006)

Il est des découvertes affolantes et qui ne sont aucunement usurpées par le cliché de l'artiste culte. D'ailleurs jusqu'en 2006, Sibylle Baier, musicienne amateur et actrice à ses heures, n'est pas encore une artiste culte puisqu'elle est une parfaite inconnue.

C'est en furetant dans le grenier de ses parents en 2004 que Robby son fils musicien et producteur de son état, découvre des bandes magnétiques. Piqué de curiosité il les joue et découvre une bonne dizaine de vignettes chantées par la douce voix de sa maman. 
Le monde ébahi ne va pas tarder à découvrir Sibylle Baier.

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29 juin 2025

TINALS - An 8 - Paloma (Nîmes) - 28/06/25

 

INFECTIOUS GROOVE

Moins d'occasions de s'enthousiasmer en ce deuxième et dernier jour de TINALS 2025. Une fois encore, les meilleures choses se passeront en intérieur. Car une fois passé sous une chaleur accablante le set un peu pute de Almost Monday - le monde a-t-il vraiment besoin de nouveaux Arctic Monkeys dans leur virage rock de stade - retour en intérieur pour goûter à la soul jazzy gentiment ourlée de MRCY (photo ci-dessus), émanation d'un binôme chanteur et producteur. 
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