14 février 2011

The Black Angels - Concert au Bikini (13/02/2011)

Quelle belle année pour les aficionados du post-rock ! Après le retour de Godspeed You ! Black Emperor et en attendant les concerts de Mogwai et d’Explosions In The Sky (le 20 mai au Bataclan), The Black Angels étaient en concert au Bikini à Toulouse.

Déjà trois albums au compteur et deux passages en France pour le quintette du Texas qui semble avoir remis le psychédélisme au goût du jour. Et assez de morceaux pour une setlist plutôt variée bien que psychédélique d’un bout à l’autre. Il faut dire que le troisième album distille un rock fleurant les sixties et le soleil californien contrastant ainsi avec le drone sombre des deux précédents opus. Depuis leur premier passage en France en 2008, le combo a évolué et son nouvel album apporte un souffle nouveau – grâce, notamment, aux sonorités d’un orgue Vox et aux nombreux chœurs à la Beach Boys – idéal pour alterner avec leurs morceaux plus denses et progressifs.

Après une première partie assurée par Wall Of Death (trio parisien de rock psyché), les Black Angels font leur entrée et débutent directement avec "Bad vibrations ", morceau surprenant par son changement de rythme fulgurant. Les titres s’enchaînent rapidement en privilégiant surtout le premier album Passover et le dernier Phosphene Dream. Le groupe ne s’étend pas dans de longs discours, se présente en français, remercie poliment. La scène est plutôt dépouillée : la couverture du dernier disque est reproduite sur une i
mmense toile de fond mais c’est surtout l’éclairage qui soutient leur prestation.


Les Anges Noirs délivrent une musique aussi efficace sur scène qu’en studio, portée par des riffs ravageurs. La guitare de Christian Bland est souvent la première à ouvrir le bal avant d’être rejoint par les battements tribaux de la batterie (saluons d’ailleurs le jeu remarquable de Stéphanie Bailey usant à merveilles des toms basse). Sous un déluge de guitares vrombissantes dopées au fuzz et au tremolo, la voix caverneuse et hypnotique d’Alex Maas habite parfaitement les compositions psychédéliques du groupe. Son chant quasi-incantatoire, à grand renfort de réverb contribue au mysticisme de leur musique. Et quand il ne chante pas, celui-ci agite son tambourin et ses maracas entre les couplets.

Au bout d’une heure et demie (déjà 16 titres interprétés), le set s’achève avec le tubesque "Telephone" au swing entraînant. Un long rappel et c’est Alex Maas qui monte sur scène pour une chanson en solitaire, juste sa guitare et sa voix, suffisant pour capter l’attention du public. Le reste du groupe le rejoint pour entamer "Bloodhounds" et "You on the run" avant de rappeler les musiciens de Wall Of Death pour un final haut en couleur ("Manipulation").

Photos de Pierre Priot (Bikini, 13/02/2011) tirées de son site : Soit dit en Passant


A lire aussi : The Black Angels à l'Espace Tatry en 2008

Les Myspace des Black Angels, Wall Of Death et Bikini

"Telephone" en live chez Letterman :



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10 février 2011

VA - ESP Institute - Concentration Vol. 1 (2010)

Andrew Hogge, alias Lovefingers, n’est pas un inconnu pour ceux qui s’intéressent au disco déviant et aux musiques obscures des décennies 70 et 80. Pendant des années, il a contribué, grâce à son blog, à faire redécouvrir des centaines de perles méconnues qu’il ne s’est jamais fait prier pour remixer. Le 1er janvier 2010, le natif de Californie, aujourd’hui installé à Brooklyn, a posté un message fort bref pour annoncer la fermeture de ce fameux blog : "New decade, new projects", annonçait-il. Son nouveau projet n’a pas tardé à voir le jour. Label "philanthropique et pédagogique", comme se plaît à le définir son créateur, ESP Institute a sorti, l'été dernier, le premier volume d'une série de compilations dont les bénéfices sont reversés à une association de soutien des jeunes en difficulté via l’étude et la pratique de la musique, basée à LA.

Au-delà de la bonne cause, Concentration Volume 1 est surtout l’occasion de faire connaissance, si ce n’est déjà le cas, avec une sélection d’artistes parmi les plus talentueux des scènes cosmic et balearic. On a affaire à une belle brochette de nerds qui possèdent d’extensives collections de vinyles rares et oubliés et s’amusent à en faire des edits plus ou moins discoïsants. Ces gars-là savent que tout est bon pour faire triper les dandys barbus, hippies numériques et autres végétariens drogués : deep funk, pop, kraut, tropicalia, soft rock, bandes-sons de navets italiens… L’essentiel étant d’y infuser une dose significative de percussions, wah wah, cuivres, basses slapées et samples new age, et bien entendu des tonnes de synthétiseurs.

Le patron se charge lui-même de l’entrée en matière avec son impressionnante version de "Pescador" (de Sesto Falconi), introduite par un beat housey en sourdine avant de dérouler des guitares floydiennes et de s'achever en mode free jazz dans une mêlée de flûtes et de clochettes. Bumrocks enchaîne dans une veine pop psyché, mais y injecte des chœurs disco pour faire de "Piedra" une petite tuerie vintage. Parmi les autres incontournables : le drôle de reggae afro et moite des Japonais de Cos/Mes, la relecture par le Suisse Lexx d’une chanson de variété italienne au riff de synthé particulièrement obsédant ("Questo Amore", de Lucio Battisti - 1980), ou encore le blues speedé de "Rocks In Me" (d’Alexis Le-Tan & Lee Douglas), sa ligne de basse à réveiller un mort et son harmonica déglingué.

Ces titres absolument énormes en côtoient d’autres plus anodins, mais la qualité de l’ensemble reste élevée, suffisamment en tout cas pour espérer qu’un deuxième volet arrive très bientôt, et que ce beau projet s’inscrive dans la durée. En attendant je ne saurais trop vous recommander d’explorer le catalogue d’ESP Institute, les travaux de Lovefingers seul ou avec Lee Douglas au sein de Stallions, et les sorties de son autre label, Black Disco.

A noter : la compile n’est sortie qu’en CD mais certains titres sont disponibles sous la forme de 2 samplers vinyles.

En bref : il fait bon chiller avec Lovefingers et sa tribu internationale de barbus cosmiques, qui nous offrent ici une collection de remixes et edits d’obscurs joyaux funk, rock, afro et disco des années 70/80. Savamment psychédélique.



Le site de l'ESP Institute

A lire aussi : Gala Drop - Overcoat Heat EP (2010)

"Pescador", de Lovefingers :


"Piedra", de Bumrocks (edit de "California Music", de Curt Boettcher):


"Verliebt", de Lexx :


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08 février 2011

Blondes - Touched EP (2010)

Comme leurs potes de Teengirl Fantasy, les deux membres de Blondes, bien que basés à Brooklyn, se sont rencontrés dans le vivier à musiciens qu’est l’université d’Oberlin, dans l’Ohio. Eux aussi signés sur Merok Records, ils creusent le même sillon hype et arty, entre pop, ambient et dance music. Mais là où les disques de leurs confrères accrochent immédiatement l’oreille par leur côté ludique et lofi, le premier EP de Zach Steinman et Sam Haar est plus en retenue et nécessite quelques écoutes pour être apprécié à sa juste valeur et ne pas être relégué au rang de bouillie chillwave jetable. Quand je parle d’EP, il faut quand même que je précise que Touched contient presque quarante minutes de musique. Un peu plus long que l’ « album » de Mount Kimbie, à titre de comparaison.

Les deux New Yorkais aiment prendre leur temps, faire doucement monter l’intensité de leurs morceaux, par ajouts successifs de synthés, de chœurs filtrés, de vrilles acides et de claps, animés par une volonté sournoise de capturer l’auditeur sans en avoir l’air. "Moondance" et ses 11 glorieuses minutes de kosmische musik mâtinée de techno de Detroit en sont l’exemple idéal. Pépères, les Blondes font tourner leurs tracks aux alentours des 100 BPM et se foutent clairement de faire danser, à part peut-être avec "Paradise City", qui confirme de fort belle manière leur attirance pour la house des pionniers.

Ils sont plus intéressés par les états semi-comateux, les instrumentaux répétitifs, ou quasi-chamaniques, comme sur "You Mean So Much To Me", où le piano et les nappes syncopées enrobent de petites voix rythmiques qu’on croirait sorties d’un chant aborigène. Enregistré dans les conditions du live, Touched est un disque à dimension humaine, qui mise avant tout sur l a richesse et la variété de ses textures pour communiquer l’émotion, et y parvient le plus souvent. Peut-être un peu trop linéaire et nonchalant pour être grandiose, il reste une belle carte de visite pour ce jeune duo au son très organique et absorbant.

En bref : un bon et long EP de dance-pop rêveuse, dans la lignée de Teengirl Fantasy.



Leur Myspace
Blondes sera au Lieu Unique (Nantes) le 17 février.
Le Myspace et le site du label Merok

A lire aussi : Teengirl Fantasy – 7AM et Tropics – Soft Vision EP



BLONDES - Virgin Pacific



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05 février 2011

Mogwai - Hardcore Will Never Die, But You Will (2011)

Étrange titre sentencieux pour le septième album studio de Mogwai, deux ans après The Hawk is Howling. Les membres du groupe révèlent l’avoir pioché dans l'invective d’un ivrogne ce qui peut expliquer toute absence de signification au regard du contenu du disque. Une chose est sûre, il est la preuve de quelques changements chez nos cinq Écossais. D’abord, le retour du producteur de leur premier album studio, Paul Savage. Puis un changement de label pour la distribution américaine : Sub Pop -dont la liste de bons groupes produits est faramineuse (Low, Earth, The Album Leaf…)- succédant ainsi à la tâche de Matador.

Si l’on pouvait avoir des doutes sur la propension de Mogwai à se renouveler, Hardcore Will Never Die… y met fin. Au risque de perdre ses fans les plus mogwaiesques, le groupe prouve ici sa capacité à se réinventer en se détachant de l’étiquette "post-rock" -dont ils ne se revendiquent d’ailleurs pas- pour s’accorder de nouvelles influences : electro voire dance. Pourquoi un tel revirement ? Sans doute à cause des productions de leur propre label (Errors notamment). Sans compter le goût prononcé pour l’electro de Stuart Braithwaite (guitare, chant) et Barry Burns (guitare, claviers), devenus dj à leurs heures perdues. Pourtant cette évolution n’est peut-être que la suite logique de l’introduction des sons électroniques entreprise par Mogwai dès Rock Action en 2001 et concrétisée sur Happy songs for happy people (2003).

Les deux premiers titres donnent la couleur : les nappes de sons progressives de "White Noise" nous évoquent le Mogwai des premiers albums alors que le beat et la basse véloce de "Mexican Grand Prix" révèlent un véritable changement. Tout le disque est balloté de cette manière, alternant des morceaux "traditionnels" du quintette et des titres au souffle nouveau. Les sonorités qui avaient marqué un changement dans The Hawk is howling sont toujours bien présentes (orgue électronique, synthétiseurs) même si l’ambiance du disque s’avère totalement différente, moins mélancolique et plus spontanée. Le chant a même sa place sur certains titres, toujours sous l’effet du vocoder (rappelez-vous "Hunted By A Freak").

En tout cas, que l’on se rassure, les cinq écossais sont encore habiles pour nous embarquer et nous tenir en haleine sur des morceaux progressifs de six minutes ("Death Rays", "How To Be A Werewolf"). Habiles également pour façonner des ambiances planantes à l’explosion imminente ("Too Raging To Cheers"). On a juste affaire à quelques morceaux entraînants ("Mexican Grand Prix", "San Pedro") voire carrément surprenants ("George Square Thatcher Death Party"). Et puis, en guise de final, le sombre "You’re Lionel Richie" n’est pas sans évoquer le drone avec un riff de guitare digne de ceux du groupe Earth.

En bref : on pourra reprocher à cet opus de manquer de cohérence, d’être trop hétérogène ou alors on lui sera reconnaissant d’avoir su faire la part belle entre le Mogwai d’antan et les prémices (?) d’un renouvellement.




Le site officiel et le Myspace

"How To Be A Werewolf" :



"Mexican Grand Prix" :



Et comme la musique de Mogwai prend tout son sens en concert, ne ratez par leur passage en France :

le 17/03/11 : Le Trianon (Paris)
le 18/03/11 : L'Aéronef (Lille)
le 19/03/11 : La Laiterie (Strasbourg)
le 20/03/11 : Le Transbordeur (Lyon)
le 21/03/11 : Théâtre Lino Ventura (Nice)
le 22/03/11 : Le Bikini (Toulouse)
le 24/03/11 : Rock School Barbey (Bordeaux)
le 25/03/11 : Big Band Café (Caen)

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04 février 2011

Teengirl Fantasy au Point FMR (03/02/11)


Aussi appréciable que fût le set de Teengirl Fantasy, hier soir, je ne peux pas m’empêcher d’imaginer ce que la chose pourrait donner dans un club ou un festival, en pleine nuit, dans un climat, disons, plus euphorique que celui du Point Ephémère en début de soirée. C’est vrai que leur musique est très brumeuse et possède ce petit côté Animal Collective qui plaît tant au public « indie ». Mais elle est surtout influencée par tous les courants dancefloor de ces trente dernières années. C’est encore plus criant en live, puisque les deux étudiants américains solidifient le groove des morceaux phare de leur album 7AM à coups d’accords de synthé disco bien putes, de gros breaks hip-hop ou de voix dignes de la dance music la plus cheap des années 90.

Avec un tel traitement, leur tube "Cheaters" devient une arme de destruction massive qui fait lever tous les bras, même si c’est l’interprétation de l'un de leurs plus vieux titres, "Portofino", qui restera comme le moment le plus intense de la performance. C’est vraiment ce que le duo de l’Ohio peut offrir de meilleur, quelque chose d’à la fois très immersif et hédoniste. Le corps bouge de lui-même en réponse aux basses housey, tandis que le cerveau se perd dans les échos mélodiques des nappes. Les (rares) passages downtempo sont moins convaincants, à l’image d’un "Dancing In Slow Motion" dépouillé de son attrait principal, la voix de Shannon Funchess.

Côté spectacle, c’est évidemment assez minimaliste : deux belles tronches de geeks, sapées comme des sacs, concentrées sur leurs machines (mais sans laptop) et échangeant peu avec leur auditoire. Logan Takahashi est carrément statique, on ne voit même pas ses yeux, cachés derrière une frange un peu dégueu. Le barbu Nick Weiss a une gestuelle plus marrante, une manière assez spéciale de danser dos au public et de claquer les notes sur son clavier. Il manquera de perdre son calme en s’acharnant sur des drum pads sans en tirer un son – seule petite couille technique de la soirée.

Malgré quelques moments de flottement, leur show donne envie de prolonger la fête pendant de longues heures et de commettre des excès, ce qui est toujours bon signe. En espérant qu’un club parisien ait un jour l'idée lumineuse de les programmer pour les voir dans un contexte plus adapté.

Le site
et le Myspace

A lire aussi : Teengirl Fantasy - 7AM (2010)

"Cheaters" en live à Mexico il y a quelques mois (en attendant une vidéo du concert parisien) :


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03 février 2011

Wolf People - Steeple (2010)

Moi qui croyais tenir là le premier grand disque rock de 2011, je tombe de haut. Pour être un grand disque c’est est un, ça c’est sûr, mais il date de la fin d’année dernière, et était passé on ne sait comment au travers des griffes acérées de Dodb. C’est donc réparé, et Steeple, premier album du groupe anglais Wolf People après la démo Tidings début 2010 figure enfin dans nos lignes. Que dire sinon qu’il s’agit là d’un petit sommet de blues rock à l’ancienne façon Fairport Convention, voir Led Zeppelin par moments. En somme, comme le dernier Midlake, mais avec des couilles.

Si (pas comme nous) vous avez été déçus par les derniers Black Mountain et Besnard Lakes, il y a de fortes chances que cet opus vous plaise (tous trois chez Jagjagwar d’ailleurs). D’entrée de jeu, "Silbury sands" marque des points. Petit côté celtique porté par la voix de Jack Sharp, puis ces fameuses heavy guitares 70’s qui annoncent une maîtrise exemplaire. Changements de rythmes, solo, break, envolées, il y a tout pour faire un grand titre du genre. Sur "Tiny circle" c’est différent mais encore mieux. Une flûte Jethro Tull introduit un rock psyché gavé de groove. Tame Impala s’y était un peu essayé l’année dernière aussi, à leur manière.


Sur les sept titres qui suivent, les londoniens ne calment que très rarement le jeu. On y trouve notamment le heavy rock "Painted cross", la ballade folk traditionnelle (mais pas tant que ça non plus) "Morning born", la jam transcendantale "Cromlech" ou encore un autre très grand morceau : "One by from Dormey reach", morceau épique à souhait qu’a oublié d’écrire Led Zeppelin. Wolf People finit en planant, on n’en attendait pas tant.

En bref : un disque presque instantanément important, du blues rock anglais 70’s à l’état pur, nettement et facilement au dessus du lot.




Le site officiel

"Tiny circle" et "One by from Dormey reach" en live :





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02 février 2011

Joseph Patel & Aaron Brown - New Garage Explosion, In Love With These Times (2010)


Jay Reatard, Girls, Thee Oh Sees, Black Lips, Vivian Girls, Magic Kids, Ty Segall, The Barbaras, Wavves, The Oblivians, Davilla 666… Si ces noms ne vous évoquent rien et que vous n’êtes pas curieux, passez votre chemin. Si en revanche ça vous dit quelque chose et que vous avez envie d’en savoir plus, ou que vous êtes carrément fan, ce documentaire est fait pour vous. Conçu par deux réalisateurs de clips et le journaliste Mike McGoniga, le film se penche durant 1h15 (quand même) sur le renouveau du style "garage rock" que l’on vit depuis quelques années outre-Atlantique, notamment du côté de Memphis et Detroit. A priori non-édité en physique, New Garage Explosion est par contre disponible en streaming intégral (non sous-titré mais bon ça va), alors pourquoi se priver ?

Comme toujours on commence par nous présenter les racines : The Sonics, MC5, Black Flag pour n’en citer que quelques un. On en apprend un peu plus sur comment le punk est devenu garage. Pourquoi et comment ces gamins qui ont vu l’indie rock devenir trop complexe et prétentieux ont préféré rester simples. Et puis le film est dédicacé à trois personnalités décédées récemment : Alex Chilton (Big Star), Lux Interior (The Cramps) et Jay Reatard. Ce sont les apparitions de ce dernier (les images ont été tournées seulement trois mois avant sa mort) qui sont les plus emblématiques de ce mouvement. Rien n’y fait, il irradie de sa présence chaque scène où il apparaît, fidèle au possible à cet esprit d’auto destruction qui parcourt le genre. On le voit tour à tour génial, irascible, aimable, provocateur, merdeux, mais finalement sympathique. Une étoile filante respectée par tous ses pairs qui meurt à 29 ans alors qu’on lui en donnerait 15. Rien que pour ces scènes il faut voir ce film.

Mais tous les autres groupes ont aussi leurs petites anecdotes à eux, et toutes sont savoureuses. Autant de moments et de looks improbables, illustrant à merveille le rêve américain. Là-bas les jeunes s’emmerdent, alors ils font de la musique. Et comme ils n’ont pas un rond, ça donne des conditions très lo-fi. Et surtout tout le monde se connait. Et se respecte. Quoi qu’il en soit je vous conseille de prendre le temps et de mater ce film, pour au moins vous faire une image différente du milieu.

New Garage Explosion :



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31 janvier 2011

Grandaddy - The Sophtware Slump (2000)

A défaut de s’enthousiasmer sur des nouveautés 2011, replongeons l’espace d’un instant dans l’un des tous meilleurs disques du passage à l’an 2000. A ce moment-là on connait la machine Grandaddy qui avait déjà livré son premier diamant brut de pop électronique Under The Western Freeway trois ans plus tôt, mais on est loin d’imaginer que la consécration est encore à venir. The Sophtware Slump à l’image du premier titre "He’s simple, he’s dumb, he’s the pilot" est alors une œuvre magistrale à classer aux côtés des incontournables Ok Computer, The Soft Bulletin ou The Deserter’s Song. Ni plus ni moins.

Jason Lytle pour succéder à son précédent disque à pochette bleue, donne dans le vert : un concept album de science-fiction écologique sur un personnage de robot dépressif perdu sur une planète désabusée. Jed est l’un de ces personnages incroyables qui n’aurait pas dépareillé sur le Yoshimi Battles The Pink Robots des Lips (d’ailleurs sorti après). Le morceau "Jed the humanoid" est en ce sens un sommet de mélancolie digitale instantanément classique. On pleure tellement c’est beau, et la voix de Jason me rappelle à des belges que j’écoutais beaucoup un temps : Girls in Hawaii. Même si l’on sait qui a inspiré qui.

Les californiens ont enlevé des guitares au profit de synthés et grâce à une production audacieuse inventent (on n’est qu’en 2000 quand même) une space folk planante et cheesy ("Hewlett’s daughter"). Mais The Sophtware Slump sait aussi faire rugir les guitares lo-fi ("Chartsengrafs") ou rock planant (le final de "Crystal lake"). La nostalgie n’est jamais bien loin non plus ("Underneath the willing willow", "Jed’s other poem"). Des classiques comme ça il y en a à la pelle : le déchaîné "Broken household appliance forest" ou encore le final "So you’ll aime toward the sky". Ah oui, au cas où vous ne l’auriez pas remarqué les titres à rallonge sont de rigueur. Entre ballades langoureuses et frénétisme synthétique, Grandaddy tient (tenait) enfin sa formule, pour notre plus grand plaisir.

En bref : un disque pop rare et lyrique, noir et mélodique. Sommet insurmontable pour Grandaddy qui atteint là le majestueux.




Le Myspace et l’album en streaming

A lire aussi : The Flaming Lips - Yoshimi Battles The Pink Robots (2002)

"Crystal lake" et "Jed the humanoid" :




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28 janvier 2011

Gala Drop - Overcoat Heat EP (2010)

Voilà encore un disque de chez Golf Channel, mais dans un genre totalement différent, comme pour illustrer la diversité des directions prises par le label de Phil South. Loin du son soulful de DJ Nature, donc, les quatre Portugais de Gala Drop imbriquent instruments live et boucles électroniques pour créer un magma psychédélique assez excitant. Auteurs en 2009 d’un premier album autoproduit remarquable bien qu’un peu fouillis, ils passent dans la catégorie supérieure avec les 4 titres d’Overcoat Heat. A mon sens bien plus intéressant que les désormais très policés Delorean auxquels on le compare volontiers, le groupe se situe bien dans la même mouvance ibérique de dance-pop vaporeuse, également incarnée par John Talabot. Ils ont aussi en commun un goût prononcé pour les photos surexposées et les films de vacances en super 8, comme en attestent l’artwork de l’EP et le clip de "Drop" - ce règne de l’esthétique vintage commence à lasser, soit dit en passant.

Ce n’est pourtant pas à la chillwave ou à Delorean que je pense le plus en écoutant "Rauze", mais à Animal Collective. Si Panda Bear et ses acolytes avaient pondu ce titre, il serait déjà porté aux nues par la moitié des blogs musicaux de la planète. Avec son beat 4/4 bien dancefloor, son enchevêtrement de boucles à la Steve Reich, de percussions tropicales arythmiques et de guimbardes, on tient là un morceau absolument fabuleux, tout à fait dans la même veine que "Summertime Clothes" ou "In The Flowers", mais sur lequel les chœurs Beach Boysiens laissent place à un unique sample vocal très lyrique.

Les gars de Gala Drop savent dégainer les guitares là où on ne les attend pas, essaimant ici un petit solo psyché, là une mélodie mandingue ou highlife. Capables de plonger l’auditeur dans un profond état contemplatif, ils peuvent aussi bien le contraindre à remuer son popotin, comme sur "Izod", entre disco-house fiévreux et krautrock - on entend d’ailleurs un peu de Jaki Libezeit (ex-Can) dans le jeu métronomique du batteur Afonso Simoes. En guise de conclusion, "Overcoat Heat" mêle effets dub, synthés à la Klaus Schulze et guitare lancinante pour un jam drogué de premier cru. Maintenant il va falloir nous concocter un album à la hauteur de ces très belles promesses.

En bref : quatre Lisboètes épris de kraut, de house et de synth-pop donnent leur version, très convaincante, du psychédélisme des années 2010.



Une interview et un mix ici
Leur Myspace



DROP (from Gala Drop) from Antonio Contador on Vimeo.


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27 janvier 2011

Braids - Native Speaker (2011)

On ne présente plus la scène rock montréalaise et son déluge de groupes tous plus inspirés les uns que les autres. Braids ne déroge pas à la règle et confirme l’inépuisable créativité d’une scène génératrice de talents. Après un premier EP sous le nom de The Neighbourhood council, le quartet montréalais signe chez Kanine Records (Grizzly Bear, Surfer Blood, Blind Man’s Color entre autres) et sort son premier disque estampillé Braids. Si l’histoire du groupe s’avère plutôt ordinaire – quatre amis du lycée ont l’idée de former un groupe et commencent par répéter dans un garage – la suite est plus surprenante lorsqu’ils assurent la première partie de Deerhunter et que le public les gratifie d’une standing ovation en fin de set (le chanteur de Deerhunter, Bradford Cox, les rappellera même à la fin).

La formation est typique d’un groupe indie-rock – guitare, basse, clavier, batterie –, mais on ne saurait étiqueter la musique de Braids tant les genres s’entremêlent dans un melting-pot coloré (l’artwork est d’ailleurs annonciateur). Les sept titres, privilégiant la longueur (de quatre à plus de huit minutes), oscillent entre dream pop, post-rock, ambient et experimental. Chaque musicien semble vouloir repousser les limites de son instrument, le faire sonner différemment, ce qui donne lieu à d’étranges sonorités.

Le premier titre, "Lemonade", s’ouvre sur une sorte de bouillonnement aquatique avant d’introduire le premier loop de guitare soutenu par une rythmique basse/batterie syncopée. Et si Raphaelle Standell-Preston commence par murmurer, sa voix prend rapidement son envol pour se nuancer sur tout le disque. Il faut l’admettre : les talents de la chanteuse sont bluffant. Les preuves ne font que s’accumuler avec le titre suivant, "Plath head", qui pourrait facilement être un tube tant on peut l’écouter en boucle sans se lasser. La voix s’épanouit pleinement, virevolte, se fait tantôt douce, tantôt accrocheuse, enchaînant avec aisance les murmures après un détour par le parlé-chanté. Vers le milieu du morceau (à 2’23 précisément) la voix et les instruments se confondent pour un délire épique (un des sommets de l’album). S’ensuit "Glass Deers", construit par l’assemblage progressif de boucles, sur lesquelles la voix, après une série de vocalises et un chant tout en douceur, prend des hauteurs vertigineuses.

À mi-parcours, "Native speaker", seul morceau sans batterie, flirte avec l’ambient. Les boucles se superposent en arrière plan et permettent l’épanouissement de polyphonies instrumentales et vocales psychédéliques. Juste après, "Lammicken" fait basculer le disque dans un registre inquiétant. Sur fond de drone, et de chœurs tournés en boucle, la voix flotte sur la noirceur ambiante pour finalement s’élever et se faire violence. « I can’t stop it » répète désespérément Standell-Preston. "Same Mum" marque le retour d’une pop plus légère mais également plus mystique (« We’re all from the same mum ») avant d’amorcer l’introduction de l’instrumental "Little Hand". Et si ce morceau débute par un drone inquiétant, la fin rehausse le ton avec un ultime assemblage de boucles dont les contours finissent par se brouiller comme la fin d’un rêve.

En bref : un premier disque dream pop dont les subtilités se dévoilent un peu plus à chaque écoute ; l’œuvre d’un jeune groupe à la maturité déconcertante. À suivre !





Le myspace et le site du label Kanine

"Plath Heart" :



"Lammicken" :


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Various Artists - Compilation Dynamo #1 (2011)

C’est une grande première, l’association bordelaise Dynamo sort sa toute première compilation disponible gratuitement en ligne sur Bandcamp samedi. Dynamo c’est quoi ? C’est donc une association mais bien plus encore : web label, bookeur, promoteur, tous les moyens sont bons pour défendre la création. Pour eux la culture doit être alternative, originale, équitable et durable. De bien grands mots dont on prend pleine conscience à l’écoute de cet échantillon représentatif de huit titres pour quatre artistes musicalement très différents, mais philosophiquement très proches.

En premier lieu il y a Les Barbises. Cinq petits gars étonnants qui ne manquent pas d’imagination ni de poésie. Ils viennent de Bordeaux, allient l’image et le son, et surtout ils chantent en français et avec brio une pop futuriste sur laquelle tout le monde se serait planté. Pour les représenter on a "Les roses", titre de pop 60’s mid tempo avec arpèges estivaux à la Kings Of Convenience, et "Amante", morceau galopant de piano/guitare à fière allure également.

La "star" de cette sélection c’est un peu Leopold Skin. Damien Fahnauer le folkeux de Clermont-Ferrand a déjà fait son petit bonhomme de chemin avec un somptueux deuxième album sorti récemment chez Kütü Folk. Il nous propose ici deux morceaux, "Lonesome & cold" et "I see moutains". Pour les deux on retrouve la même recette qui a fait ses preuves : introduction toute en délicatesse, petits arpèges de guitare, cette voix à la fois intimiste et élégiaque, des chœurs, puis enfin une orchestration qui monte crescendo vers des sommets électriques.


Encore dans un genre différent, on retrouve Moon, des bordelais émigrés à Paris, rattachés depuis le tout début au projet Dynamo. Et deux titres ("Red moon" et "Help me please") suffisent également pour comprendre que leur musique est à la fois harmonieuse et dynamique, pop et rock en somme. Les guitares se font soit acoustiques soit électriques, mais sont toujours réfléchies et bien placées. La voix elle est romantique à souhait. On a envie de les voir sur scène.

Enfin, il y a les autres bordelais de Good Old Days avec "Brains are fake" et "Life in run". Eux aussi chantent en anglais dans un esprit simple et vintage, entre hier et aujourd’hui. Les guitares y sont incisives comme du bon Strokes et si l’on ferme les yeux on a vite fait de se sentir en pleine période blues rock californienne période 60’s, ce qui n’est pas pour nous déplaire. Et pour les plus curieux qui se demanderont "Pourquoi une girafe ?", mis-à-part le fait que l’on retrouve des éléments naturels chez tous ces artistes, ce serait pour représenter la grande taille et l’originalité, tout en gardant les pieds sur terre, avec élégance. Bel esprit.

En bref : 8 titres de belle qualité qui permettent de lever le voile sur l’esprit Dynamo et sur ses activités. On n’a plus qu’une envie, découvrir live cette nébuleuse d’artistes pop, folk et rock autour d’un bon goûter.





Myspaces : Dynamo, Les Barbises, Leopold Skin, Moon, Good Old Days
Artwork : Sarrah Herranz
Contacts : assodynamo@gmail.com / bookingdynamo@gmail.com

Les Barbises :



Leopold Skin :



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25 janvier 2011

Interview - Guillaume De Chirac musicien et créateur du label Square Dogs


Rencontre et discussion (fleuve) avec Guillaume De Chirac, leadeur du groupe français Landscape (nouvel album en février) et créateur du label Square Dogs (Carp, Simple As Pop, Landscape) à Paris. Il nous parle dans le désordre de son parcours, de la création du label, de son groupe Landscape, de ses collaborations avec Sébastien Schuller et enfin de la difficulté de percer en France pour un groupe français. Action.

Depuis quand produis-tu des disques ? Raconte-nous un peu ton parcours ?

Le premier disque date de 2002, ça fait donc 9 ans. C’était un CD 7 titres autoproduit réalisé avec mon groupe de l’époque The Misadventures Of… . On a enchainé avec un album en 2003 puis le groupe s’est séparé, le chanteur (Steffen Charron) montant son projet solo Simple as pop et moi Landscape. Le premier album de Landscape (2004) est d’abord sorti en autoproduit. Comme pour The Misadventures Of…, je démarchais toutes les Fnac de France une par une et de fil en aiguille, on en a vendu 700 exemplaires. Nous sommes donc devenus "producteurs" un peu par hasard, sans vraiment le vouloir, mais nous sommes avant tout des musiciens souhaitant faire la musique qui nous plaît sans avoir à rendre des comptes à un directeur artistique ou autre…

Parles-nous de la naissance de Square Dogs en 2005 ?

Le premier album de Simple as pop allait également voir le jour et c’est à ce moment là qu’on s’est dit qu’il était temps de structurer un peu tout ça ! On a donc monté notre label Square Dogs à Paris avec Steffen, son frère Alan (graphiste et réalisateur des pochettes des albums) et leur père, François, qui heureusement s’est occupé de la partie administrative que nous avions bien du mal à gérer !

Quel est l’esprit Square Dogs ? Le label est-il amené à se diversifier ou à grossir ?

Nous avons monté Square Dogs par nécessité, parce qu’il nous fallait une structure un peu plus sérieuse pour avancer. Mais aussi par souci de liberté, afin de pouvoir produire des disques comme nous le voulions, en ayant le dernier mot sur toutes les étapes de création. Nous aimons beaucoup le travail d’un label comme Constellation au Canada par exemple, ils ont réussi à crée un excellent label, hôte de nombreux projets extrêmement talentueux. Nous avons toujours essayé d’avoir le même souci de qualité dans nos choix, sans bien sur avoir la prétention d’y arriver, d’autant plus que musicalement, nous sommes moins post rock qu’eux, plus pop ou plus folk parfois… Nous avons donc très vite décidé d’aider d’autres groupes dont nous aimions la musique à sortir leur disque, c’est ainsi que nous avons signé le groupe Carp en 2006. Malheureusement, faute de moyens, nous n’avons pas pu signer d’autres groupes pour le moment et nous nous sommes donc concentré sur ces trois projets : Landscape, Simple as pop et Carp.


Parle-nous de Landscape ?

Landscape, c’est un projet solo mais finalement aussi un collectif : je compose tout à la maison, je fais des maquettes et une fois que je suis content des titres, j’appelle des musiciens pour m’aider à finaliser les morceaux et enregistrer le disque. C’est comme ça que plus de 20 musiciens ont participé à l’aventure depuis le début, que ce soit sur les 3 albums studio ou sur scène, le groupe change beaucoup. Il y a notamment eu 4 guitaristes, 2 batteurs, 5 violonistes, 3 cuivres et 5 chanteurs !

Tu as fait le conservatoire pendant 7 ans. En quoi cela aide-t-il pour composer de la pop ?

Je ne sais pas si ça aide… Par définition, la pop est une musique populaire, donc souvent autodidacte. Beaucoup de personnes me disent que ma musique est contemplative et adaptée pour le cinéma, je pense que le fait d’avoir étudié la musique classique y est pour beaucoup. Mais j’ai également été dans une école de jazz pendant 3 ans et pourtant ça ne se ressent pas dans ma musique je crois. Finalement, tout est une question d’envie, de ce qu’on veut faire partager à travers sa musique, peu importe la façon dont on a appris à le faire !

Que penses-tu du fait de bosser en home studio ?

Pour moi, ce n’est pas un choix, mais une nécessité. C’est le seul moyen que j’ai trouvé pour superposer plein de couches d’arrangements sans avoir à réunir 15 musiciens dans la même pièce ! Ceci dit, rien ne remplacera un bon musicien qui connaît son instrument, c’est donc important de toujours conserver en tête la future phase d’enregistrement en studio, même si parfois, pour des questions de budget, c’est nécessaire de garder quelques parties réalisées en home studio…

Parles-nous de ta rencontre avec Sébastien Schuller ?

J’ai rencontré Sébastien grâce à son bassiste Richard Cousin, qui se trouve être également le bassiste d’Overhead à qui j’avais proposé de venir enregistrer le premier album de Landscape (oui, Richard est partout!). Sébastien cherchait un clavier pour la tournée de son premier album Happiness. Je suis allé chez lui, j’ai joué quelques parties de son album, on a parlé musique et ça s’est très bien passé. On a fait deux tournées ensemble ces 5 dernières années, dont 2 Cigales à Paris, le festival de Jazz de Montreux, la Route du rock etc. J’ai également joué sur son 2ème album Evenfall. C’est devenu un très bon ami, on a vécu pas mal de choses sur la route que je n’oublierai jamais, des moments forts ! Et j’ai surtout beaucoup d’estime pour lui en tant que musicien et compositeur, il est très doué, je crois que je lui envierais toute ma vie d’avoir composé le titre "Weeping Willow" avant moi !!


Trouves-tu que la scène française soit de moins en moins soutenue par ses journalistes musicaux ? Pour quelles raisons à ton avis ?

Je respecte bien-sûr la liberté d’expression et de choix des journalistes, certains n’aiment pas nos disques et c’est normal. Après, c’est plus un constat global : il y a de moins en moins de places dans les médias pour la musique. Il suffit de voir l’espace disponible dans la nouvelle formule des Inrockuptibles, on y parle de moins en moins de musique… Il y aussi de plus en plus d’offre, tout le monde fait des disques avec le home studio, avec beaucoup de bons groupes pour très peu de chroniques possibles, il y a donc nécessité de faire des choix. Et souvent, j’ai l’impression que les artistes Anglos saxons ou Belges et Islandais sont privilégiés. Pourquoi ? Je ne sais pas vraiment. Ils sont peut être tout simplement meilleurs, mais je pense qu’il y a également parfois un problème de dénigrement des groupes français de la part des médias musicaux en France, parce que nous n’avons pas inventé la pop et le rock, donc nous n’aurions pas le droit de le faire bien, ça ne peut être que de la copie… Mais combien de groupes ont réellement inventé quelque chose ? Radiohead n’a-t-il d’ailleurs pas allégrement puisé son inspiration chez les Beatles, Kraktwerk ou autres… ? Enfin, il y a tout simplement le fait de faire de la musique en France, dans un pays qui veut depuis toujours imposer la langue française comme nécessaire dans la musique. Mais tout ceux qui aiment la musique que nous défendons savent bien que la langue anglaise fonctionne mieux pour faire de la pop et du rock, c’est une évidence à l’exception de quelques-uns, Bashung, Arman Méliès, Domique A ou Noir Désir. C’est très dur d’écrire en Français. On en arrive à des aberrations comme les quotas en radio, qui détruisent le développement de jeunes groupes français très doués ou à la glorification de chanteurs comme Johnny Hallyday, c’est…triste…

As-tu beaucoup voyagé pour aller voir comment ça se passait ailleurs musicalement ?

Pas tant que ça, j’ai joué en Belgique, en Suisse et en Espagne. Steffen, du label, a eu l’occasion de jouer en Angleterre, en Allemagne, au Canada et au Japon. Et nous avons eu l’occasion de discuter avec pas mal de musiciens étrangers rencontrés sur Paris, comme les groupe Here we go magic ou Silver Mount Zion. Paradoxalement avec ce que je viens de dire par rapport au soutien des médias envers les groupes français, je ne suis pas mécontent de faire de la musique en France ! Nous sommes énormément aidés et subventionnés, notamment à travers le système des intermittents du spectacle. A chaque fois que tu en parles avec un musicien étranger, il hallucine ! Les américains d’Here we go magic m’expliquaient qu’ils changeaient d’appartement et de petit boulot entre chaque tournée, constamment. C’est plus compliqué pour eux, mais ça présente deux avantages : ils sont très motivés, ils jouent tout le temps, dès qu’ils peuvent et sont donc plus créatifs je pense, car ils vivent plus dans l’urgence, et surtout, ils jouent dans le monde entier, ils sont accueillis partout à bras ouverts, alors que pour tourner à l’étranger pour un français, c’est très difficile. Enfin, c’est encore un vaste débat !

Le site officiel de Square Dogs, les Myspace de Landscape, Simple As Pop et Carp





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Concours - The Rebels Of Tijuana, albums à gagner


C’était déjà en octobre dernier, les frenchies de The Rebels Of Tijuana sortaient leur premier album tout en anglais. Where Did This Trip Go Wrong surprenait alors ceux qui avaient écouté l’Ep J’adore ce flic, tout en français lui. Au programme de ce disque déjà chroniqué chez nous, un folk teinté de pop qui lorgne chez The Coral ou Paul Weller sans jamais rien envier aux Anglo-Saxons. Maintenant que le rush de fin d’année est passé, Dodb souhaite vous faire gagner 5 exemplaires de cet album. Pour ce faire il suffit de répondre à la question suivante :

Quel artiste né à Tijuana a déjà été chroniqué sur Dodb ?

Et d’envoyer vos réponses et vos coordonnées postales avant le mardi 8 février à l’adresse suivante : contact@desoreillesdansbabylone.com. Bonne chance à tous.

Le Myspace

Le clip de "Fire Till The Break of Dawn" :


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24 janvier 2011

DJ Nature - Foggy Monday Morning (2010)

Le catalogue de Golf Channel Recordings est une vraie mine d'or. Cette institution new yorkaise, fondée en 2007 par Phil South, est originellement dédiée au nu disco et à la house, mais ne dédaigne pas s’aventurer sur d’autres territoires, comme avec le récent 12" krautrock de Dominik Von Senger. Strictement attaché au vinyle, le label frôle l’intégrisme puisqu’aucun de ses EP à tirage ultra-limité n’existe en format digital, même en version promo de basse qualité. Résultat : des disques difficiles à trouver sur internet, et souvent très vite épuisés dans les shops. A une époque où de nombreux DJ mixent à partir de CD ou de mp3, c’est un peu regrettable, même s’il est indéniablement plaisant de guetter les sorties et de recevoir chez soi l’une de ces précieuses galettes.

J’ai découvert le label récemment grâce au toujours avisé Philip Sherburne, et cet EP de Miles Johnson est le premier sur lequel j’ai pu mettre la main. Egalement connu en tant que DJ Milo ou Nature Boy, l’homme mérite bien le titre de vétéran, puisqu’il a commencé il y a près de 30 ans au sein d’un légendaire sound system hip-hop/reggae de Bristol, The Wild Bunch, en compagnie de 3D, Daddy G et Mushroom, futurs membres de Massive Attack. Installé à New York dès 1989, il se passionne pour le disco et la house, crée son propre label (Ruff Disco) et gravite dans l’underground local sans réussir à percer. Il est un peu dans le creux de la vague lorsqu'il rencontre Phil South, qui lui demande d'envoyer quelques tracks et le signe dans la foulée. Depuis rien ne semble plus pouvoir arrêter DJ Nature : 2010 fut l’année la plus productive de sa carrière, avec pas moins de 7 EP, (4 sur Golf Channel et 3 chez les Japonais de Jazzy Sport) dont ce fantastique Foggy Monday Morning, sorti en août.

Le morceau-titre, effectivement très brumeux, a de quoi arracher quelques larmes à tout amateur de deep house qui se respecte. Si tant est que l’amateur en question n’ait rien contre les voix éthérées, les soli de Rhodes et de saxophone, qu’il nourrisse un culte pour des artistes comme Kerri Chandler, Moodymann, Osunlade ou Terre Thaemlitz, alors il pourra même y trouver une forme de perfection. En face B, "Feeling Like A Woman" commence avec un orgasme féminin et des dialogues absurdes, sur fond de cordes lynchiennes. Le beat est plus lent et tapissé de percussions. Une sorte de balafon distille une mélodie lunaire, puis une flûte achève d’hypnotiser ce pauvre vieil amateur, qui n’en demandait pas tant. Superbe EP, donc, sur un label qui mérite tous les honneurs, et dont Dodb vous reparlera dans les semaines à venir.

En bref : le vétéran DJ Nature, 30 ans de bouteille, connaît une seconde jeunesse et délivre des classiques instantanés de deep house jazzy.



Acheter l'EP sur Juno
DJ Nature sur Soundcloud et Myspace
Une interview
Un article très complet sur Golf Channel, avec un mix en prime.

"Foggy Monday Morning":


"Destiny Reprise", tiré du Win Lose and Dance EP, également sorti en 2010. Avec le même sample d'Herbie Hancock que dans "Get Dis Money", de Slum Village:


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20 janvier 2011

XXXY - You Always Start It / Ordinary Things (2011)

XXXY est à placer dans la même catégorie de producteurs que Joy Orbison, Jacques Greene (dont on vous parlait récemment), ou encore Julio Bashmore (qui fera l’objet d’un prochain post). Tous de très jeunes types à l’esprit large, fous de house, de dubstep, de garage et de R&B et qui fusionnent le tout avec une fougue et un mépris pour les conventions assez salvateurs. Leurs disques ont la profondeur et la qualité mélodique de la deep-house, mais pas son académisme, le côté festif et sensuel du R&B sans en garder la mièvrerie, et la densité caverneuse du dubstep sans son agressivité et son intransigeance émotionnelle. Tous dessinent à leur manière l’avenir de la musique électronique et vont immanquablement monter en puissance dans les mois à venir.

Si le Mancunien XXXY, aka Rupert Taylor, se détache un tant soit peu de tous ces nouveaux talents, c’est sans doute par son travail proprement hallucinant sur les voix. Sur "Ordinary Things", les deux mots du titre sont bégayés des centaines de fois, ce qui pourrait finir par taper sur les nerfs. Mais ils sont pitchés, triturés et filtrés avec une telle virtuosité et un tel sens du groove qu’ils focalisent toute l’attention, faisant presque oublier les somptueuses nappes synthétiques qui les accompagnent. Heureusement celles-ci se rappellent à notre bon souvenir après quelques minutes, lorsque déboule un arpège 8-bit à se damner – arpège que l’on retrouve quasiment à l’identique sur le tout aussi bon mais un peu moins euphorique "You Always Start It", en face A. Déjà jouissifs au casque, ces deux bijoux ont aussi tous les arguments pour mettre le feu à une soirée.

A noter : Ce 10" est le cinquième et dernier d’une série de vinyles à tirage ultra-limité du nouveau label Ten Thousand Yen, dirigé par Doc Daneeka. Les 350 exemplaires en pré-commande sur le site sont déjà partis. Le disque sera dans les bacs le 24 janvier.

En bref : XXXY ajoute un chromosome R&B au génome de la house pour ce single euphorisant, marqué par un travail virtuose sur les samples vocaux. En voilà encore un qu’on est pas prêts de lâcher !



XXXY sur Soundcloud, Facebook et Twitter

Son dernier mix en date, pour le site Urb
Le site du label Ten Thousand Yen

A lire aussi : Jacques Greene - The Look EP (2010)




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