05 avril 2008

Klaus Schulze - Moondawn (1976)

Des sourates en langue arabe résonnent, enveloppées peu à peu par d'inquiétants bruits électroniques pointillistes. Des cloches, des hululements et des nappes s'avancent puis s'évaporent. Une tension se crée, sorte de suspens très languissant. La musique prend la mesure du temps. Silence, l'artiste compose. Huit minutes en apesanteur et une nouvelle envolée de synthétiseurs s'annonce sur un beat voilé. Moi, d'être à nouveau happé, comme emporté au large. Au final, près d'une demi-heure de délicate suspension. Et un ramassis d'impressions sur ce premier titre de Moondawn, justement nommé « Floating ».

Nous sommes en 1976 et depuis quelques années, en Allemagne, l'on peut assister à la naissance de la musique « ambient », même si l'ampleur du phénomène dépasse les frontières étroites de ce terme. Le rappel vaut ce qu'il vaut, mais à l'époque où Kraftwerk décollait et pop-isait les recherches expérimentales des pères fondateurs germaniques et français, le compositeur berlinois Klaus Schulze s'associait, lui aussi, à la révolution électronique. A la toute fin des années 60, il participe aux débuts de deux mythes teutons, Tangerine Dream et Ash Ra Tempel, puis se lance rapidement en solo. Il étrenne les nouveaux synthétiseurs; et tout spécialement le « mini moog », et emprunte les pistes du rock psychédélique, de la musique répétitive et des travaux d'avant-garde. Il introduit les percutions électroniques avant ses camarades de Dusseldörf et se pose en créateur du « space rock ». En véritable machine, l'homme enchaîne les disques et peut désormais en mettre plusieurs dizaines à son actif, variant de registres selon les périodes et s'imposant comme un des expérimentateurs majeurs de la musique moderne.


En pleine vague cosmique et hypnotique, et à grands renforts de « moog », Klaus Schulze livre ses plus belles productions dans les années 70. Timewind sort en 1975, Moondown en 1976 puis vient son plus gros succès Mirage, en 1977. A défaut de pouvoir admirer le maître en concert, sa date parisienne venant d'être annulée, je ne pouvais réprimer l'envie d'évoquer ici son oeuvre. Moodawn fait incontestablement partie de ses plus beaux joyaux. Une symphonie magistrale et sombre, servie en trois actes. Trois titres entre ciel et terre, de plus de vingt minutes chacuns. Trois pièces fines qui permettent de prendre l'ampleur du travail du Berlinois. Usage extensif du synthétiseur, bruitisme, répétition et nappes entre autres innovations de ce pionnier de la musique électronique. Est-ce encore nécessaire de vous signaler qu'il s'agit là d'un artiste incontournable ?


En bref : Un classique de la musique expérimentale allemande des seventies et une légende pour les disciples du courant de l'électro « ambient ». Indispensable.





A noter : Klaus Schulze a sorti en juin dernier un nouvel album, Kontinuum, sur le label Synthethic Symphony. Il est dispo chez tous les bons disquaires.


Le myspace de Klaus Schulze.


A lire aussi : Tangerine Dream - Stratosfear (1976) et Kraftwerk - Le mystère des hommes-machines (2004)



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MGMT - La claque !


Nous l'avions annoncé... et le buzz semble maintenant bel et bien démarrer... en témoigne la couverture de ce nouveau numéro de Tsugi...

Pour ceux qui n'auraient pas encore découvert MGMT, n'attendez plus et visitez leur page myspace.

A lire aussi : MGMT - Oracular Spectacular (2008)


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03 avril 2008

Nôze - Songs on the rocks (2008)

C'est vrai que je vous en fais bouffer, du Nôze, depuis quelques temps. Pas ma faute si les deux allumés aux chapeaux de paille remuent la routine du petit monde électronique à chacune de leurs saillies phonographiques. Comme je vous le disais, non sans excitation, le mois dernier, leur troisième album est déjà sur la rampe de lancement du label allemand Get Physical. Propulsion annoncée pour le 26 avril. Je dois dire que dès les préliminaires, Songs on the rocks a su me procurer une belle érection : c'est exactement l'album que j'attendais, tout aussi foutraque que leur précédent How to dance, mais davantage calibré pour séduire les masses.

Finies ou presque les errances instrumentales et bruitistes, Nôze fait désormais dans la chanson. Comme ils avaient pu le faire sur certains de leurs meilleurs morceaux (« Love Affair », « Kitchen » ou l'imparable « Remember love » - « N°1 techno track of 2007 » d'après le très influent Pitchfork et présent ici plus d'un an après sa sortie en maxi), Nicolas Sfintescu et Ezechiel Pailhes, sans se prétendre chanteurs, donnent de la voix avec une énergie hors du commun, passant de l'éructation façon cancer de la gorge à des choeurs moelleux et funky. Leurs paroles témoignent d'un esprit potache attachant, dénué de toute sophistication, entre incitation à la beuverie (« You have to dance to this / You have to drink all night ») et enfantillages dadaïstes. La palme de l'absurdité revient à « L'inconnu du placard », vaudeville sonore sans queue ni tête qui décape d'emblée les écoutilles : « Quand je te vois le matin / Mon amour / Tous les jours / Je bois du vin »... Si le duo insiste lourdement dans cette veine paillarde, il se permet cependant un détour par la chanson d'amour, sur le très sensuel « Danse avec moi ». Pour l'occasion, ils invitent la délicieuse Dani Siciliano, souvent entendue avec Matthew Herbert, à chanter en français avec son sensuellissime accent. Et puisqu'on parle d'Herbert, la prod luxueuse de ce titre, avec ses cordes enveloppantes, rappelle incontestablement les grandes heures du magicien britannique, à l'époque où il sévissait sous pseudo Doctor Rockit.


Difficile, par ailleurs, de caractériser le son de Nôze, conglomérrat de micro-house, d'eurodance, de musette, de jazz éthiopien (« Ethiopio »), de chants slaves et de blues (« Childhood blues ») – plus disparate tu meurs... Boris Eltsine, qui nous lit sûrement depuis le paradis des ivrognes, n'aurait certainement pas dédaigné entonner, visage écarlate et haleine au kérozène, les airs russisants de « You have to dance » et « Little bug ». Des titres qui gravitent - je sais, c'est improbable - entre « Le petit bonhomme en mousse », « Kalinka » et la minimale allemande.
Je ne vais peut-être pas me faire des potes en disant ça, mais lorsqu'on voit l'énorme buzz que suscitent des albums médiocres comme le dernier Hot Chip, on ne comprend pas comment des artistes aussi brillants que Nôze peuvent rester aussi confidentiels.

En bref : Deux doux dingues parisiens se brisent les cordes vocales sur des rythmiques minimales avec une paillardise que l'on jugera, au choix, géniale ou affligeante. Un album qui ne ressemble à aucun autre.




A noter : En live, l'hystérie de Nôze est décuplée, comme j'ai pu en juger lors d'un mini-concert à la Bellevilloise. Ne ratez surtout pas leur prochaine apparition, le 16 mai au Bataclan ! Nos amis québecquois pourront quant à eux les voir le 30 mai au festival Mutek de Montréal.

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She and Him - Volume one (2008)

Un nouveau disque de Matthew Ward, alias M. Ward, songwriter américain de génie, forcément, c'est une belle surprise. Cependant, d'emblée, apprend-je qu'il ne s'agit point d'un projet solo du folk singer de Portland mais d'une collaboration, sobrement baptisée She and Him. Petite déception.

« Him », on aimerait ne plus avoir à le présenter, si éclatante fut la démonstration de son talent lors de ses quatre premiers albums, dont le dernier en date Post-War, sorti il y a plus d'un an. « She » c'est Zooey Deschanel, charmante actrice brunette, aperçue notamment dans le film de Cameron Crowe Almost Famous, et chanteuse à ses heures. Pour ce qui se révèle être son premier disque, baptisée par ailleurs Volume one, la néophyte s'empare du micro, son comparse prenant en charge les instru et la production. Je suis légèrement surpris par cette association mais l'envie de retrouver la patte acérée de l'Américain me taraude, son apparition dans l'album Cassadaga de Bright Eyes l'ayant rappelé intensément à mes bons souvenirs. She and him, premières écoutes.


La voix de Zooey Deschanel surgit soudainement, comme sortie de nullepart, pour le premier titre du disque, « Sentimental heart », accompagnée sur la pointe des pieds par les accords distants d'un piano. Un violon bondissant entre très rapidement en action. L'organe puissant de la chanteuse rassure, oscillant entre vibrations folk seventies et clarté pop. Cette première impression sonore, plutôt plaisante, se vérifiera tout au long de ce Volume one. L'actrice, à l'origine de tout mon scepticisme je dois l'avouer, tire son épingle du jeu. Douce, réconfortante et légèrement hippie, elle assure au chant et peut se prévaloir de la composition de la quasi-totalité des chansons, à l'exception de deux-trois reprises. De l'ensemble se dégage nettement une atmosphère folk assez rétro, généreusement baignée par le soleil de la west coast, apaisée et bienfaisante. Un parfum de Flower Power.

Quelques morceaux (« Take it back » par exemple) laissent cependant davantage filtrer le spleen de M. Ward, exposé dans ses albums solo. L'orchestration ne cesse par contre pas de nous inviter à mettre en marche la machine à remonter le temps. A base de guitare acoustique mais aussi de banjo, harmonica, thérémine ou encore tambourin. Il paraîtrait que le duo partage une vive passion pour les vieilleries country et autres hérauts de la folk song. On n'ose en douter.

La voix de Matthew Ward se faufile sur quelques titres. Discrètement pour une belle reprise de Smokey Robinson, « You really gotta hold me », puis avec splendeur pour une autre réinterprétation. Le duo s'empare de « I should have known you better » des Beatles pour en donner une étonnante version tahitienne, sublimée lors des refrains par la candeur et la classe de M. Ward. C'est délicieux. Je dois le confesser, j'aurais évidemment préféré explorer un nouvel opus du dit compositeur de talent mais je ne regretterai jamais d'avoir été présenté à Zooey.


En bref : Un bien joli disque de folk songs imprégnées des traditions ricaines à cordes, et finement produit. Un album d'un autre temps, à ne pas louper ne serait-ce que pour la reprise de « I should have known you better » des Beatles, et la présence de Matthew Ward.




A noter : l'album est sorti au mois de mars aux Etats-Unis et devrait débarquer en France courant avril.


Le myspace de She and Him.


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A lire aussi : catégorie folk.


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02 avril 2008

Laibach - Concert à la Laiterie (Strasbourg)

Soyons clairs. Je n’aurais jamais pensé assister au concert de Laibach à la Laiterie à Strasbourg. La vénérable formation slovène, pionnière de la musique industrielle est depuis sa création dans les années 80, toujours restée en activité. Les raisons de ma présence ne résident pas dans les prétendues liaisons du groupe avec l’extrême droite et les idéologies totalitaires. D'une part, je dispose d'un sésame me permettant de rentrer gratuitement dans l'établissement laitier, ensuite, j’avais été suffisamment marqué, lors de mes pérégrinations musicales, par le titre "Jesus-Christ Superstar", authentique ode indus, pompière et parfaitement hilarante. Depuis, j’avais un peu oublié leur existence jusqu’au soir de leur prestation…

Avant tout, il me semble nécessaire de clarifier certains points. Laibach est l’aile musicale du Neue Slowenische Kunst (NSK), collectif politico-artistique controversé, regroupant théâtre, arts graphiques et vidéos. L’art « NSK » s’inspire largement des symboles totalitaires des mouvements nationalistes. Il juxtapose ces différents symboles (souvent incompatibles) et les transforme en une mosaïque kitsch. Mais leurs ambitions ne s’arrêtent pas en si bon chemin. L’idéologie « NSK » revendique l’existence de son propre Etat, le « NSK State ». Un territoire qui n’existe pas physiquement, mais seulement à travers « les dimensions du Temps ». Toutefois, Ils délivrent des passeports, émettent des timbres postes, ou présentent encore leurs réalisations sous couvert de leurs ambassades.

Revenons dans la salle. Des vieux métalleux forment l’essentiel du public : la moyenne d’âge tourne facilement autour de 35 ans (peut-être plus). L’uniforme blouson-jean-rangers renforcées semble de rigueur. Sur leurs oripeaux, certains arborent des badges tissés à l’effigie de Metallica ou Turbonegro. Ambiance. Ce soir, la vieille garde ne se rend pas ; elle se galvanise au côté des jeunes adultes présents dans la salle. La réflexion pragmatique d’un des « benjamins » nous éclaire sur les raisons de leur venue : « je ne suis pas fan, mais on n’aura plus l’occasion de les voir avant longtemps… »


La prestation scénique de Laibach s’inscrit pleinement dans le décorum « NSK ». Le concert, construit en deux actes, s’ouvre par l’hymne national français. Milan Fras, le chanteur, va enchaîner des titres à la gloire de nationalisme européens. Ils s’apporprient les hymnes de nombreux pays de la Grèce à l’Allemagne en passant par la Russie. Sur deux écrans sont projetés des effets visuels mêlant drapeaux des pays concernés aux symboles « NSK ». Musicalement, le premier acte est plutôt calme, presque ennuyeux. Sur un style néo-classique, Milan se fait accompagner sur certains titres par une chanteuse lyrico-indus, dont les modulations vocales sont tellement sirupeuses qu’elles découragent une partie du public, plus enclin à se désaltérer au bar d’une bière fraîche.
Le deuxième acte renoue avec la tradition plus martiale du groupe. Le temps n’est plus à l’exaltation des nationalismes. Vient celui de la guerre et des défilés au pas de l’oie. La masse sonore, impressionnante, a pour effet de réveiller la vieille garde et nous plonge dans une atmosphère dense, assez grisante. On se rend compte de l’influence de Laibach sur des groupes comme Rammstein ou Nine Inch Nails, où se retrouvent les mêmes sonorités, et les mêmes rythmes lourds.
Entre temps, la chanteuse lyrique a été remplacée par deux belles gretchen à couette accompagnant Milan au chant. Avec énergie, les bras tendus, elles frappent simultanément leur tambour. Troublant.
Le final, très théâtral, est marqué par les révérences du groupe faites à son public. Pendant ce temps, pour signifier l'importance du collectif derrière Laibach, les crédits du spectacle sont projeté à l’écran. On aperçoit même les noms des busdrivers...
Somme toute, je suis ressortis du concert en ayant eu l’impression d’avoir assisté à un événement hybride, où le concert aurait rejoint le théâtre, où les acteurs auraient pris la place des musiciens. Comme si Queen avait toujours joué de l’Indus.

"Life is Life" repris par Laibach


Le site de Laibach
Leur MySpace
NSK State


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Rubin Steiner - Weird hits, two covers & a love song (2008)

Avec sa pochette outrageusement évocatrice, le cinquième album du tourangeau Fred Landier aka Rubin Steiner ne risque pas de passer inaperçu en ce printemps de rentrée musicale. En plein dans la mouvance actuelle, Weird hits... devrait passer pour un disque électronique auprès des rockeurs comme pour un disque rock auprès des dj's. Pourtant, les deux tribus ne pourront s'empêcher de faire tourner ce disque, encore et encore, dans les caves ou sur les dancefloors. C'est que le début, d'accord, d'accord.

On savait que le bordelais d'adoption avait déjà amorcé son virage rock en 2005 avec l'excellentissime Drum major! , mais dorénavant la transformation est totale. Dans la même veine énergétique que ses voisins d' Adam Kesher, Rubin, encore accompagné par son Neue Band a enregistré à la maison et sans aucun sample un mélange renversant et accrocheur de krautrock et d'electro comme le faisaient les Robokop Kraus à leurs débuts.

Ancien pratiquant de lo fi nu jazz, ancien de Merz et ancien animateur radio, Rubin met à profit sur Weird hits... tout son passé musical hétéroclite pour le concentrer dans un punk dansant du plus bel effet qui a encore peu d'équivalents en France. Ingénieux, il annonce la couleur dans le titre et sans publicité mensongère, vous retrouverez effectivement des tubes bizarroïdes, deux reprises et une chanson d'amour, ni plus ni moins, et dans cet ordre.

Car passé une première plage noisy de courte durée, c'est la bombe atomique Another record story qui vous arrive en pleine face à 200 à l'heure. Une perfection de rythme effréné et la première claque rock de ce début d'année, immédiat dès la première écoute à tel point qu'on se demande pourquoi personne ne l'a écrit avant. Pas le temps de se remettre puisqu' à peine relevé c'est Take your time, quasiment du même acabit qui cette fois ci vous met son coup de tête balaillette électronique. Vous croyiez avoir tout vu? Et bien non puisque Kiss Richard enfonce le clou du KO. Merde on n'est même pas à la moitié du disque, si j'avais su j'aurais pris des sucres lents la veille.

Première des trois plages instrumentales avec For sloy et 1974, Hope to see you at Total Heaven est une délectable private joke au meilleur disquaire bordelais (français?), on aurait aimé des paroles, tant pis. Can you est le plus Velvetien des titres, fallait bien justifier la pochette. Et les covers me direz-vous? A hit de Smog est littéralement transcendé par les synthés alors que Warm leatherette de The Normal est devenu carrément euphorisant.

A l'instar de LCD Soundsystem, Rubin Steiner a su tirer profit de ses accointances entre les genres, à la limite de la déviance. Il clôt son bébé en apesanteur sur la dite chanson d'amour en donnant l'impression de s'être vraiment fait plaisir. Et notre plaisir à nous, 40 minutes durant, n'a certes pas été qu' une impression.

En bref : La bombe électro rock sudatoire de ce début d'année par un artiste français qui a trouvé son juste équilibre. Tout est dans le titre. Hautement recommandable.
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Le site officiel, le Myspace et Platinum Records

Aucune vidéo du nouvel album n'étant disponible pour le moment, je vous laisse avec cet excellent clip issu du précédent album :


A lire aussi : Adam Kesher - Modern times Ep (2006)
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01 avril 2008

Alela Diane en concert à la Laiterie (Strasbourg)

Touché et séduit par les incantations folk du joli premier album d'Alela Diane, je ne pouvais échapper à la venue de la jeune femme dans l'honorable établissement de la Laiterie à Strasbourg, un des rares lieux de vie musicale de la capitale alsacienne, pour ne pas dire le seul. Surprenante et alléchante affiche, Mariée Sioux, estampillée « nouvelle révélation folk américaine » de ce début d'année, ainsi que Brisa Roché, « la Bjork californienne », partageront la scène avec l'heureuse responsable de The Pirate's gospel. Ma curiosité est avivée mais la programmation « on the stage » me semble légèrement déroutante. Sur le papier, grosso-modo, une demi-heure de micro seulement pour Mariée Sioux, suivie respectivement d'une heure et demie pour Alela Diane puis Brisa Roché. Dans cet ordre. A voir.


Dans la salle, manifestement beaucoup de mecs ont du mettre la main à la poche pour inviter la petite copine écouter les douces mélopées d'Alela Diane. Pure conjecture, mais vous pouvez deviner l'ambiance. N'êtes jamais allé à un concert de Tété avec votre beauté. Mariée Sioux, timide et rayonnante, occupe donc en premier la scène. Seule avec sa guitare acoustique, elle entonne une poignée de titres de son tout récent album Faces in the rocks, presque sans conviction, et du moins, sa relief ni vibration. La séance est brève et la jeune folkeuse du Nevada laisse place à son amie et ancienne camarade de classe, Alela Diane. Tout le monde dans l'assistance est attentif, calme, presque studieux. La chanteuse est accompagnée d'un guitariste et d'un banjo, Mariée Sioux s'attelant ensuite aux choeurs à quelques occasions.

Loin de moi l'idée de me faire l'injuste pourfendeur de cette belle dame d'Alela Diane, mais on ne peut pas dire que sa performance fut particulièrement grandiose. Sans pour autant dire d'elle que ce fut mauvais. Tout bonnement, sans plus. Le visage de la jeune femme est impassible et sa palabre rare. Elle enchaîne titres de son album et chansons folk traditionnelles de Californie, sans engouement. Le public est concentré mais en même temps tout aussi apathique. Ses chansons phares, comme « Pirate's gospel » ou « The Rifle », fonctionnent bien et nos amis les gentils couples pull-overs-chemises reprennent en choeur. Excuse-moi, je me disperse. Certes la voix est toujours aussi impresionnante et vibrante, et l'orchestration folk traditionnelle sympathique, mais l'on est obligé de se demander si la performance vaut réellement le déplacement. Un petit rappel et la belle s'évapore. J'oscille entre la déception et un fort goût d'inachevé. Bref, ce n'est pas sensationnel. Son set à peine terminé, Alela Diane va à la rencontre du public, palliant peut-être ainsi son manque de gouaille sur scène.

Mes gentils compagnons de concert étaient vraisemblablement venu massivement prêter l'oreille à Alela. Aussi, la salle, soit dit en passant sans fumée de cigarettes quel bonheur (!), se vide pour l'arrivée énergique de Brisa Roché. Programmation défaillante. Pétillante à souhait dans une veste ultra cintrée marine et une chemise à jabots, la chanteuse ne peut pas fuir la comparaison avec Björk. Entre quelques balades où sa voix prend tout son envol et hymnes pop, elle tente de conquérir les derniers zombies de la soirée, vaporisés par la paire folk du Nevada. Certains se prennent à siffloter sur « Whistle », le hit Nova de Brisa Roché. « Heavy dreaming » est toujours aussi scintillant et aérien. Mais le coeur n'y est pas vraiment. Le mien pas plus que celui des autres, du moins me semble-t-il. Las, je m'en vais. Le moment fut plutôt plaisant, mais que me suis-je dit en écoutant les disques de ces artistes. Sans aucun doute de plus beaux mots. Une invitation : écoutez plutôt leurs cds.


Le site de la Laiterie.


A lire aussi : Alela Diane – The Pirate's gospel (2007) et Brisa Roché en concert à Bordeaux.


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29 mars 2008

UFO Goes UFA - Pop garage symphony N°9 (2008)

Annoncé comme la dernière sortie extraterrestre de chez Freaksville Record (euphémisme?) le projet anglo belge UFO Goes UFA est porteur de grandes espérances. Derrière les manettes, une pléiade de guests qui ont fait leur preuve dans l'indie rock ces dernières années dont le mythique gourou Kramer, leader du label new yorkais culte Shimmy disc, entre autres producteur et ingé son sur des groupes cultes eux aussi dans le milieu, Ween, Sonic Youth, Yo la tengo, Jon Spencer, Daniel Johnston, j'en passe et des meilleurs. Ajoutez à cela Monsieur Miam Miam Monster (sic) aux arrangements, porteur d'une certaine identité chanson post gainsbourgienne tendance pop garage, saupoudrez le tout d'une bonne dose de culture buble gum et d'une pincée (poignée) de bon goût, et vous obtenez l'ovni en question.

A force de se palucher devant le staff 4 étoiles on en oublierait presque les 3 musiciens, deux qui font raisonner les percus et vibrer les synthés, un autre qui pousse la chansonnette (en anglais). Nommons les, ce sera fait. Sophie Galet à la rythmique, Pascal Scalp à la basse, Brian Carney aux petites touches blanches et noires et enfin Brian Androïd 80 le chanteur liverpoolien. Premier jet et pourtant, cette symphonie est à l'aise dans tous les domaines: électro blues, synthés Krautrock analogiques, guitares vintages. Un côté touche à tout qui lorgne chez le Captain Beefheart et qui témoigne d'une énergie débordante, d'une réelle envie de bien faire.

Si l'influence de l'Oncle Sam est incontestable (le Velvet) l'Angleterre est également bien présente, comme sur cette intro de UFO Goe UFA Theme, où l'on semble entendre Oasis fulminer. C'est indéniablement l'hymne du groupe, arrogant comme un adolescent. Mention spéciale aux titres des morceaux, tous emprunts de culture série B : Zombie Nation III, Twilight salope, The Pipea, the Good and the Bad... Et pourtant, il est très dur de parler de cette musique au sens musical du terme. C'est un peu le défaut de ce son Freaksville, à force de vouloir toucher à tout avec classe, il s'éparpille et n'adopte pas varient d'identité particulière. Allez reconnaître UFO en blind test si vous ne connaissez pas les chansons... Ne boudons pas notre plaisir et accueillons ce premier opus (le 15 avril prochain) comme un condensé de rock garage, belge et barré, frais et bigarré.

En bref : Un premier disque rock racé et cultivé, peut-être en manque d’identité mais annonciateur d’un groupe de qualité.
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Le site officiel, le Myspace et le promoteur Fumetti Promo

Info : En concert à la Flèche d’or le 2 mai 2008

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27 mars 2008

Jeffrey Lewis - The last time I did acid I went insane (2002)

Eminent personnage de la scène anti folk underground new yorkaise, Jeffrey Lewis fait partie de ces artistes controversés ou adulés, incompris ou vénérés, qui déclenche des commentaires du genre "J'aurais pu le faire moi même avec un vieux magnéto pourri et une guitare désaccordée". Pas tout à fait non plus. C'est vrai que lorsque l'on est habitué à des instrumentations et productions super léchées, on peine un peu sur le côté compilation de vieux enregistrements sur cassettes. Et pourtant c'est là que l'oeuvre de Lewis puise tout son charme, dans sa présentation "home made" (Jeffrey dessine lui même ses pochettes), son approche instinctive et spontanée, et donc forcément sincère.

Arrivé sur terre en 1975 dans une famille de beatniks américains, Jeffrey n'a eu d'autre choix que de grandir "au village" au son de Dylan, Velvet et autres Cohen. Stimulé artistiquement dès le plus jeune âge, il s'invente des super héros loosers de comics qu'il continue de faire évoluer aujourd'hui. Entre deux planches, le petit Jeffrey ne bulle pas et fait régulièrement sortir de son chapeau des mélodies simples sur fond d'accords folk dépouillés. Même s'il chante faux, son torrent de mots hallucinés est remarqué par les grands de chez Rough Trade, label dont le gimmick pourrait bien être à force "Celui qui ne se trompe jamais".

La machine lancée, Lewis livre en 2002 cette compilation de 10 petits joyaux bruts et poétiques sur sa vie, la grosse pomme, les filles, la bohème et Seattle. Avec la participation de son frère Jack et des passants qui à juste titre passaient par là (Amanda), Lewis dépeint en mode lo-fi son quotidien de jeune gars désabusé. L'enregistrement à production minimaliste et à guitare maladroite fait penser au One foot in the grave de Beck, et si l'on creuse un peu plus, aux Bootlegs series de Dylan et aux Alternate takes de Lou Reed.

Plus proche de nous, Jeffrey évoque certainement son confrère Adam Green, le côté crooner en moins. Il tourne d'ailleurs régulièrement avec les Moldy Peaches dont il réalise également les pochettes. Comme le monde est petit. S'il fallait en choisir deux, Seattle et Springtime seraient les titres les plus aboutis, toujours emprunts de cette douce guitare sèche en picking. Surnommé le Daniel Johnston new yorkais, Jeffrey est également partenaire d' Herman Düne quand l'occasion se présente. Leur univers musical à tous trois est d'ailleurs très proche. Comme le monde est petit, je vous disais.

En Bref : Si vous vous sentez l'âme bohème et que l'idée de faire la manche aux côtés d'Adam, Daniel et André ne vous rebute pas, ce premier disque est fait pour vous.
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Le site officiel et le myspace

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Les vidéos de Acid song et Roll bus roll :



#4.3 - Jeffrey Lewis- Roll bus roll
envoyé par lablogotheque

A lire aussi : Herman Düne - Not on top (2005)
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26 mars 2008

Panda Bear - Person Pitch (2007)

J'ai tellement écouté cet album qu'aujourd'hui il semble presque faire partie intégrante de mon corps, logé quelque part non loin des limbes de mon cerveau. Et curieusement, mais le phénomène est loin de vous être inconnu, ce disque s'est exclusivement fait le compagnon de mes nuits et de mes évanouissements.

Avec son troisième projet solo, Noah Lennox, le brillant batteur d'Animal Collective, réussit un coup de maître et signe, pour moi, son plus beau fait d'armes. Une oeuvre d'orfèvre, psychédélique, shamanique, folk et électronique, tout cela en seulement sept titres. Oui, je vous l'assure c'est possible, et c'est ce qui fait de Person Pitch une des plus envoûtantes productions de l'année 2007. Une bouteille de doutes jetée à la mer et inlassablement bousculée par les vagues.


Le maxi « Bros » avait précédé la sortie de l'album l'an passé et avait d'emblée suscité de vives réactions, entre ébahissement et circonspection (plus rare). Il me paraît relativement emblématique de Person Pitch. Pour cet album, Noah Lennox a composé uniquement à partir de deux samplers. Le jeune homme construit des boucles pénétrantes sur lesquelles il colle des mélodies brillantes d'un folk d'outre-tombe. Conviant fréquemment les spectres des Beach Boys.

La sauce est complétée d'arrangements électroniques malicieux. Panda Bear truffe ainsi ses morceaux de bruits en tous genres, mécaniques ou aquatiques, de voix feutrées, d'échos et de réverbération. De cette cuisine fine se dégage une forte impression d'égarement et de trouble, en même temps que le témoignage très personnel d'un homme entre deux périodes de sa vie. L'histoire personnelle de Noah Lennox a été copieusement évoquée pour parler de ce disque mais force est de constater qu'il en a peut-être été ainsi à raison.

Person Pitch peut effectivement s'écouter comme le passage de l'insouciance adolescente aux craintes brutales de la vie adulte. Avant de réaliser ce disque, l'Animal Collective s'est en effet marié. Il a déménagé au Portugal et est devenu papa. Le musicien pourra peut-être un jour léguer à son fils cette oeuvre brumeuse et intime, où amour paternel et angoisses s'entrechoquent perpétuellement.


De « Comfy in nautica », avec son introduction aux sonorités industrielles et l'apparition sublime de célestes choeurs californiens, à « Ponytall » et sa liturgie pop sur fond d'orgue, l'ensemble du disque est un régal, sorte de rite propice à l'évasion et aux errements métaphysiques. Il y a évidemment « Bros », une des pures pépites de l'album, mais d'autres titres éblouissent également. « Take pills » (titre évocateur n'est-ce pas) est tout bonnement magnifique. Une sorte de bruit de magnétophone constitue la première boucle du morceau sur laquelle viennent se superposer un beat feignant puis la voix lointaine et quasi-angélique de Noah Lennox. Des sonorités aquatiques et des cymbales de tambourin se mêlent à la surprenante harmonie. La torpeur est prenante. Puis, au loin, s'avancent une guitare tonique et quelques claquements. Le chant de Noah Lennox point à nouveau après s'être évanoui, et derrière lui, de grands rayons de soleil se profilent. Les pieds dans l'eau, le bonhomme entonne un hymne splendide, façon californienne. Des sonneries d'ascenseur participent à l'élevation du chanteur. C'est tellement beau que ça en devient presque altier. Chapeau bas, mister.


En bref : Un disque de pop-électronique ouvragé et intime, vibrant d'égarement et de doute. Et légèrement azimuté. Tout simplement magnifique.




Le myspace de Panda Bear.


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Placez votre ordinateur à proximité de votre lit, allongez-vous et méditez en écoutant Person Pitch :


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Chromeo - Fancy Footwork (2007)

Peut-être est-ce le changement d'époque, la fin des saisons ou le réchauffement climatique, mais je découvre le soit disant disque de l'été en mars 2008. Peut-être aussi le besoin d'un peu de soleil alors que la neige et la grisaille tombent sur l'hexagone. Toujours est-il que je déballe le Fancy Footwork, tombe la chemise, enfile mes Ray Ban et me sert une Tequila Sunrise. Ambiance 80's oblige sur le disco cheap qui a mis à genoux juilletistes et aoûtiens dans les campings indietronicas cet été. Si tant est que ça existe.

Après She's in control en 2004, les amis d'enfance Dave 1 et P-Thugg s'affirment comme les fers de lance du mouvement rétro kitch entamé en simultané de son côté par l'anglais Calvin Harris, largement et justement présent sur ces pages. Fans de Hall & Oates, Giorgio Moroder ou Phoenix, le duo électro montréalais semble vouloir chroniquer la culture populaire à grands coups d'italo disco généreuse et enlevée. Leur expression? "C'est du Phat!" L'un deux, fan de hip-hop, entre deux talkbox, prépare un doctorat de littérature en français sur les théories du plaisir de la lecture au XVIIIème siècle en France! Bim, ça plombe le personnage. Démerdez vous maintenant.

Et comme à chaque fois, à force de tergiverser, j'en oublie la musique. Observation des symptômes : les deux bougres semblent atteints par des synthés vintages et des rétros boîtes à rythme aigües. La voix est vocodée et les basses sonnent 8 bits. Pas de doute, nous sommes bien en présence du funk du nouveau millénaire. Le triptyque introductif Tenderoni, Fancy footwork et Bonafield lovin devrait avoir un effet immédiat sur chacun de vous. Logiquement, ils furent sévèrement remixés ces derniers mois par une bande de furieux DJ cheaps (Gun's and bombs, D.I.M. ...). En voiture balai, 100 % finit d'achever un dancefloor groovy dernière génération qui n'a pas eu son été. Comme dirait David, "Let's dance! ".

En bref: 2 passionné de hip hop semblent décidés à ne pas laisser Calvin Harris tout seul sur le podium du nu disco. Sortez les boules à facettes!

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Fancy Footwork et Tenderoni en vidéo :



CHROMEO - Tenderoni


A lire aussi : Dan le sac Vs Scroobius pip - Thou shalt always kill Ep (2007)


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25 mars 2008

Eels - Concert à la Cigale le 25 Mars 2008

Ce mardi soir, je me rends à La Cigale, à Pigalle, pour assister au concert de Monsieur E, un petit corps malade.
Avec 10 minutes de retard, j'estime à faibles mes chances de trouver une place assise. Je me trompe. Mes "collègues de concert", coiffés de dread locks, m'invitent à prendre une bière, je ne refuse pas même si mon étonnement dépasse davantage mon envie. La population est inqualifiable. Des Parisiens, la trentaine, des Anglais datés, des jeunes nostalgiques et même quelques punks à crête fluo se côtoient dans une ambiance tendue.

Ceux qui sont là ne semblent avoir jamais vu Eels en concert, ou bien cela remonte à quelques temps- à sa mauvaise période. Je vous conseille d'ailleurs de vous rendre sur le site officiel pour connaître les détails tragiques du parcours de E (prononcez "i"). La modeste salle est plongée dans le noir. Un énorme projecteur balance les images du récent documentaire sur la famille de E, rapportant la quête du passé de son père, le grand physicien Hugh Everett - vous savez, celui qui proposa aux humains l'existence des mondes parallèles dans les années 50. On ne rigole pas, les témoignages de confiance affluent de la planète entière pour souligner l'importance de ses travaux. Voilà pour l'ambiance. Le film dure une quarantaine de minutes et s'épuise.
Sans transition, le voile blanc s'effondre, un petit spot rond pointe l'arrivée de E, en combinaison de mécano grise. Il s'installe et attaque illico à la guitare, le public stoppe brutalement d'applaudir. Tous les intermèdes se feront selon le même schéma, une ou deux secondes de répit avant d'enchaîner. Ca fait un peu bizarre aux oreilles de baigner dans un flot continu de musique, sans un silence. En fait, le public s'y fait vite. C'est vrai que E n'a jamais composé que des chansons aux dimensions tragiques et, dans ce cas, les plus courtes sont les meilleures. En une heure environ, on aura l'occasion d'entendre pas moins de 25 hits, parmi lesquels : Novocaine for the soul, Going Fetal, le fameux Beautiful Freak mais aussi le très pesant et pesé Mental, le classique It's a Motherfucker, le ludique I like Birds et j'en passe et des meilleurs, comme on dit.

E met un peu de temps à rentrer dans le concert, le public aussi. L'ingénieur son n'y est pas pour rien. Un coup c'est trop fort, un coup ça sature. Il faudra une bonne demi-heure pour trouver l'équilibre. Après trois morceaux en solo, E est rejoint par The Chet, multi-instrumentiste qui l'avait accompagné lors des tournées 2005 et 2006. Une magie opère entre ces deux-là. Lors d'un morceau piano/ batterie, un écart de E, qui semble avoir oublié les paroles, fait basculer la salle dans un spectacle-attentat (une tuerie quoi!). E s'arrête de pianoter, se tourne vers The Chet, l'air ahuri. Celui-ci a compris ce qui se passe, il n'a pas cessé de caresser avec violence et la grosse caisse et les cymbales. Il maintient le rythme. Mon imagination mystique me pousse à croire que E a vu, par-delà sa casquette au motif "tortue", un petit clin d'oeil de son ami. Il se lève, se place aux côtés de la bête, claque le rythme avec sa main droite, comme s'il voulait s'emparer de la baguette, ce qu'il fait - Mesdames Monsieur c'est énorme, le public est chaud - il saisit l'autre baguette, s'assoit. The Chet prend sa place au piano, ni une ni deux on est reparti. Un autre échange d'instruments viendra compléter cette folie scénique, très applaudie.

On aura droit à quelques autres fantaisies, comme cette annonce : "vous avez devant vous une rock star, le fils d'un génie de la physique quantique, et comme certains d'entre vous le savent probablement, un futur best-selling author - excusez du peu - avec la biographie que je viens de publier : Things the Grandchildren should know. Comme vous vous en doutez, je trouverai ça vraiment prétentieux d'en lire un extrait moi-même, c'est pour ça que je demande à Chet de le faire"!!!!! Ce qu'il fait!!!! Et tout repart!

Après une heure de chansons non-stop, les lumières s'éteignent sur la salle aux tons rougeauds. Deux rappels, demandés à grand renfort de clap clap, sifflements et tonnerre de pieds s'abattant sur les planches, refermeront la merveilleuse histoire de cet homme, décomposé pendant très longtemps par les disparitions successives des membres de sa famille et qui se recompose, lentement, albums, concerts, autobiographie et film-documentaire à l'appui.

En bref: Monsieur E, secondé par The Chet, subjugue une heure durant les passagers de la Cigale et renvoie tout le monde aux racines de la musique, mettant en avant ses émotions et sa passion des instruments pour se frayer un chemin onirique et doux dans ce Cruel World. Un grand merci!


Un extrait du concert de Manchester en février 2008:




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Rodrigo y Gabriela - Rodrigo y Gabriela (2006)

Difficile de croire que Rodrigo Sanchez et Gabriela Quintero se sont rencontrés dans un groupe d'heavy métal de Mexico. Pourtant, les deux accolytes, désormais basés à Dublin, ont bien débuté par des riffs de guitares électriques ultra-saturés avant de se convertir à l'acoustique et aux rythmes classiques espagnols. Guitaristes virtuoses, ils livrent un troisième album éponyme imparable, au croisement de la musique latine et du rock. Un disque instrumental qui, dès sa sortie, a trusté la première place des charts irlandais, narguant à l'occasion le dernier opus des Arctic Monkeys. Des fois rien ne sert de chanter, il suffit de jouer.


Gabriela prend généralement en charge la rythmique des titres, dans un style aux airs gispsy plutôt véloce. N'oubliant pas de claquer la caisse de son instrument au moment opportun. Rodrigo, quant à lui, expose sa fougue sur les thèmes et fait montre de toute sa technique et de son ébourriffante vitesse d'exécution. Sans négliger de se faire suave et charnel lorsqu'il le faut. Contrairement à ce que l'on pourrait croire, le duo acoustique ne se livre à aucune improvisation. L'harmonie des deux guitares est savamment préméditée. « Tamacun », première plage de l'album, est une véritable cavalcade à sombrero. Epique et gracile. Une première démonstration de l'éclat du tandem.


Les deux musiciens ont un parcours singulier. Membres d'un groupe de métal dénommé Tierra Acida, Rodrigo et Gabriela ont écumé les rades mal famés de Mexico City, vivant de petits boulots, avant de s'envoler pour Dublin, Copenhague puis Barcelone. Ils se produisent alors dans la rue, entre les rudes hivers danois et les Ramblas ensoleillées de la capitale catalane. Et la vie de musique et de galères. Jusqu'au coup de fil d'un certain Damian Rice, qui les avait croisés sur un coin de trottoir irlandais. Le chanteur les invite à participer à sa tournée. Trois disques suivront pour Rodrigo et Gabriela.

De ce parcours de travellers, le duo gardent de profondes influences latines qu'il associe à un goût affirmé pour les structures rock. Les deux guitaristes clament d'ailleurs leur passion pour Metallica, Black Sabbath, Pink Floyd ou encore Led Zeppelin. Leur reprise magistrale de « Stairway to heaven » ne les fera pas mentir. Rodrigo y fait preuve de tout son toucher et impressionne. La paire est tout aussi efficace sur sa sublime réappropriation d' « Orion » de Metallica. C'est du rock acoustique, aussi bizarre que cela puisse paraître à certains.

Les autres titres de l'albums, des compositions, conservent une architecture rock mais mettent davantage en avant des influences latines. Les deux guitares sont au diapason. Rodrigo Sanchez ne cesse de s'envoler et d'exhiber sa maestria. Et il serait indigne de dire que sa camarade est en reste. Tous deux virevoltent et s'enflamment sur leurs instruments pour donner naissance à une musique brûlante et passionnelle, belle et frénétique. A croire que le diable les habite. Ou le feu sacré...


En bref : Deux rockers mexicains donnent dans la guitare acoustique et les rythmes latins pour un album instrumental fougueux d'une grande virtuosité. Un disque animé, habité et réussi.




Le myspace de Rodrigo y Gabriela


A lire aussi : Buika – Mi niña Lola (2006)


L'album de Rodrigo y Gabriela en intégralité grâce à Deezer.com :


free music

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23 mars 2008

Portishead - Third (2008)

Onze ans d’attente. On n’y croyait plus. Le successeur de Dummy (1994) et Portishead (1997) atterrira pourtant dans les bacs le 28 avril. Baptisé Third, il prendra certainement à contrepied les fans du groupe britannique. Là où les deux premiers albums de Portishead offraient de langoureuses ballades bercées de cordes, Third fait œuvre de complexité. Plus nerveux et plus sombre encore que les précédentes productions du trio de Bristol, cet album audacieux risque de décevoir ceux qui attendaient un ersatz de “Glory Box” en format long.

Certes, la voix de Beth Gibbons témoigne toujours d’un spleen profond et déchirant - ”I don’t know what i’ve done to deserve you / I don’t know what i’d do without you”, sanglote-t-elle sur la rythmique minimaliste de “Nylon Smile”, comme en écho aux complaintes de “Sour Times” (“Nobody loves me...”), qui nous faisaient tous chialer à l’époque de Dummy. Et l’outrageusement élégante “Threads”, avec son ambiance de film noir, prouve que Portishead sait toujours nous faire frissonner. Mais au lieu de s’adonner paresseusement à une redite de leurs succès passés, Adrian Utley, Geoff Barrow et Beth Gibbons prennent des risques insensés et se renouvellent complètement. La plupart des onze plages de Third évoquent davantage le krautrock de Can ou l’indus de Nine Inch Nails (les guitares apocalyptiques de “Plastic”) que le trip-hop des origines. Ce n’est pas un hasard si Portishead a choisi Kling Klang, groupe de kraut futuriste de Liverpool, pour assurer sa première partie sur une bonne moitié de sa tournée de printemps, qui passera par le Zénith de Paris les 5 et 6 mai. Plus surprenant encore, certaines plages taquinent les 120 BPM. Sur “We carry on”, par exemple, c’est à un psychédélisme guerrier et “disciplinaire” (pour reprendre le mot cher à Turzi) que les trois Anglais s’adonnent, droits dans leurs bottes.

Dans son foisonnement, Third offre aussi de splendides curiosités, comme ce “Deep water” aux faux airs de Velvet Underground, où Beth Gibbons adopte une candeur inédite, soutenue par un ukulélé et des choeurs masculins façon barber shop. Ou encore “Hunter”, sorte de sirtaki ralenti auquel se greffent de violentes saturations. Enfin, il y a "The Rip". Soyons clairs : cette chanson est un chef-d’œuvre. A la fois cheaps et émouvants, les arpèges de guitare qui soutiennent d’abord la voix de Gibbons laissent place, à mi-parcours, à un synthé moog cotonneux et une batterie brute de décoffrage. Jamais le chant de Gibbons n’aura été aussi splendide que sur cette fausse ballade qui me condamne, tel Sisyphe, à pousser la touche repeat de ma platine pour l’éternité.
Rappelons pour finir que 2008 devrait marquer le retour en force de la fameuse école bristolienne, avec les nouveaux albums de Massive Attack (date encore inconnue) et de Tricky (Knwole West Boy, à paraître en avril). Tout vient à point à qui sait attendre.

En bref : Le trio de Bristol revient avec une œuvre à tiroirs, bourrée de paradoxes. Un son indéfinissable, entre saillies krautrock et lointains souvenirs trip-hop. Un grand disque.


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A lire aussi : Four Tet - Dialogue (1999)

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Pour se donner une idée, deux morceaux live en décembre 2007.
“The Rip”, d’abord :


Et “We carry on” :




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Ali Renault - Zombie Raffle / Ape Into Jam - 1972 (2007)

La quête nostalgique de l’authenticité n’en finit plus de nous captiver. Les marketeurs les plus avertis comme les simples commerçants s’évertuent à proposer nombre de produits labellisés « authentiques ». On consommera plutôt des chips à la mode d’antan, des confitures de grand maman en passant par le solex d’époque. Cette soif de l’authentique s’est diffusée dans notre univers quotidien, touchant bien entendu, celui de la musique. Des anciennes modes, styles musicaux sont recyclés, réactualisés ou tout simplement réappropriés. En cela, le label Dissident a bien compris l’intérêt de s’installer dans le créneau à peine poussiéreux mais encore dansant et coloré d’une disco estampillée « comme au bon vieux temps ».

Le mystérieux Dissident est un label pour le moins difficile d’accès. Avec une adresse mail comme seul contact, ils distribuent des galettes composées d’un titre unique. Sur l’imprimé, en caractère gras, un laconique « 200 Copy Limited Edition » engloutit le nom presque importun de l’artiste et le titre de la piste. Cette rareté affichée et cette sobriété revendiquée interrogent le regard sur leur contenu. A l’oreille, on se rassure rapidement et jure écouter un vinyle oublié des années 70’-80’. L'orthodoxe projet de Dissident s’affiche sûrement dans la réintroduction des vieux canons du disco dans les productions contemporaines. Les références à Moroder, à l’Italo-Disco sont bien présentes, marquées par des nappes de synthétiseurs rétro-futuristes, agrémentées d’inévitables clins d’œil au disco garage.

J’ai choisi de vous parler de deux noms du label, Ali Renault et Ape Into Jam. Le premier, DJ et producteur londonien, est d’abord la moitié du duo électro pop Heartbreak, sorte de Kraftwerk survitaminé. En solo, il s’inscrit pleinement dans le style Italo Disco. Des morceaux progressifs, une utilisation quasi permanente de nappes de synthés, de basses rondes et de rythmes lourds, constituent l’apparat d’Ali Renault ; ils propulsent ses compositions dans un mouvement répétitif, à la limite du troublant. "Zombie Raffle", morceau planant mais continuellement piétiné par un rythme martial, ne déroge pas à la règle. Les synthés intriguent, et ajoutent à l’attaque des zombies-tueurs une véritable touche de panique. La comparaison avec l’esthétique des films de morts-vivants de George A. Romero n’est certainement pas fortuite.

Ape Into Jam est le projet de Jamie Paton, moitié de Cage & Aviary formé avec son comparse Nigel de Bermondsey. Le duo a déjà sévi chez Dissident avec l’excellent "Television Train", un titre réjouissant produit et mixé par Jamie, aux rythmes funky et accrocheurs sur lesquels viennent se poser une voix fragile agrémentée de petits bruits insolites. Ape Into Jam se situe dans la même lignée, et Jamie se montre tout aussi habile avec le savoureux "1972". Dès le départ, un petit gimmick désuet et dansant s’installe confortablement dans les oreilles au point de ne plus les quitter. De légères variations et des relances discrètes égayent le long cheminement (12'') du morceau. A peine terminé, le morceau est déjà adopté. Et depuis, vous vous surprenez en train de le siffler, exagérément satisfait et tranquille.

En bref : L’énigmatique label Dissident a trouvé le moyen de surprendre une bande de morts-vivants, diablement bons vivants, sifflant et dansant sous les lumières d’une boule disco. Le magazine Choc recherche les photos. Authentiques, bien entendu.




Le MySpace d'Ali Renault

Ape Into Jam 1972


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