15 janvier 2008

Inauguration du Social Club (16/01/2008)

En lieu et place du déjà défunt Tryptique s’ouvrira mercredi 16 le Social Club, nouvelle boîte branchouille à la programmation solide et à l’ambition hypertrophiée, dirigée par des hommes d’expérience : Antoine Caton, Manu Barron (programmation du Printemps de Bourges, de Dour ou Villette numérique), Arnaud Frisch et Antoine Caudron (création de la Techno Parade, festivals Astropolis et Cabaret remixé ; label et tourneur UWe…). En plus de briguer la place de nouveau club de la hype parisienne, les heureux proprios souhaitent faire du lieu, conçu par le collectif d'architectes EXYZT, le rendez-vous incontournable des aftershows, défilés, expos numériques ou plastiques, conférences et tutti quanti. Ils y parviendront, sans nul doute, avec l’aide du célébrissime designer Laurent Fétis, capable de conférer une identité visuelle excitante à un chiffon souillé.

Pour déflorer le rutilant dancefloor, Etienne de Crecy, Midnight Mike, Gildas & Masaya (les boss du label Kitsuné), et Zongamin (Ed Banger) ne pourront que faire l’affaire. Et, pour annoncer la multiplication future des concerts au Social Club, les rockers belges de Das Pop viendront électriser les happy few détenteurs d’une invitation. La programmation des mois de janvier et février permettra aux absents de se rattraper très largement puisque se produiront, pêle-mêle, Carl Craig, Felix Da Housecat, Yuksek, SebastiAn, Busy P, Extrawelt, Teenage Bad Girl, The Hacker, Ivan Smagghe, Goose, 2 Many DJ’s et quelques dizaines d’autres anonymes… Alors, en espérant que l’accès au club réponde aux exigences démocratiques, souhaitons longue vie au Social Club !

Social Club, 142, rue Montmartre

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11 janvier 2008

Leslie Winer - Witch (1999)

Et si seulement quelqu'un pouvait rallumer la lumière ? S'il vous plait, car un mystère entoure le parfum de cet album sortit en 1999, soit quelques huit années après son enregistrement aux alentours de 1990-1991. Depuis, Witch demeure incompris, inexpliqué.

Le parcours de Leslie Winer est en clair-obscur. D'abord mannequin réputée, elle a fréquenté l'underground new-yorkais. Devenue l'amie et confidente de figures comme William Burroughs, elle aura une liaison avec Jean Michel Basquiat – auteur de la photo sur la pochette de l'album. C'est après avoir quitté sa carrière de mannequin qu'elle produit son seul disque pour tomber dans un quasi-anonymat. Depuis, elle ressurgit épisodiquement pour poser sa voix avec différents artistes (Bomb The Bass, Mekon).

Witch est enregistré en même temps qu'un certain Blue Line de Massive Attack. Mais avec des tonalités new wave et dub, il est difficile de l’assimiler directement à la vague naissante du trip hop. On retrouve néanmoins quelques prémisses dans ses compositions : des rythmes lents, une basse lourde, des mélodies à l'aspect généralement mélancolique et calme.

La musique de Leslie Winer superpose des rythmes auxquels ne correspondent pas nécessairement de mélodies définies. Sur le morceau N 1 ear, ils fonctionnent de manière indépendante : le rythme ne sert pas de mélodie, chacun emprunte des chemins différents. Sa voix, posée selon la technique du talk over, prend des tonalités à la fois suave et amère. Etouffée, sourde, on la sent dédaigneuse, inassouvie et indifférente. Et d'outre-tombe, elle ânonne un passé désincarné, un présent inefficace… sans importance. Monocorde, elle ne laisse rien transparaître. Sa musique n'est pas le lieu de l'exposition de ses sentiments, mais le réceptacle dans lequel elle a pris soin de les enfermer. De sa boite de pandore s'échappent des textes cruels, provocants, comme dans N 1 ear :

And if I get bashed I must have provoked it
And if I raise my voice I'm a nagging bitch
And if I like f**king, I'm a whore
And I don't wanna I never wanna
(you never wanna, you never wanna)

Mais elle sait aussi se faire plus pensive, notamment sur Dream 1 :

Yeah, keep it simple
Come on
I had the strangest dream
The book that I read
And the stone that I found

And the tree that I saw
And the animal that I knew
And the language that I spoke in
And the script that I wrote
Shall I?
Shall I tell you?
Shall I tell you what I've been dreaming?

Alors, manifestement punk, poétesse, contradictoire… Sorcière ? Fuck off ! Elle s’en fout la sibylle, elle ne m'a jamais menti ; elle ne s'est jamais trompée. Reste de la musique, et des paroles.

En Bref : A la fois monotone et nuancé, séduisant et repoussant, Witch cultive les paradoxes pour nous perdre dans un dédale onirique et raffiné.

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Midnight Juggernauts - Dystopia (2007)

Retenez bien ce nom, vous risquez d'en entendre parler. Enfilez votre combinaison spatiale musicale et installez vous bien confortablement. Température au sol: 18°, enceintes: ok, ampli: ok, platine: ok. Paré au décollage. Le trio électro fluo pop de Melbourne, après quelques maxis et remix chez Modular (il parait que c'est bien), livre en cette année 2007 un disque électro de science fiction biberonné aux synthés entêtants et exemplaires. Tel un voyage mystique à travers les années, les Aussies Vincent, Andy et Daniel revisitent (ou inventent) le space disco et accouchent d'un objet musical non identifié où rien n'est à jeter.

Ils ont fait la première partie US de Justice, ils ont la bénédiction des pères fondateurs de Daft Punk et ont des sérieux relents de culture eighties. Ils citent taquinement Metallica, Patrick Cowley (!) ou l'Electric Light Orchestra et on ne sait pas trop comment les définir. Pourquoi pas néo electro pop rock gothique rétro futuriste. Ca me va bien. Gothique parce que Sister of mercy n'est pas bien loin, pop parce Brian Wilson introduit le morceau Works converged et électro parce que bon voilà, ce disque est un peu une déclaration d'amour à Daft Punk. En témoigne la basse de Shadows ou encore Road to discovery. Sur ce dernier titre il n'y a qu'à écouter le récent Alive pour s'en convaincre. Et vous reprendrez bien un peu de Morricone, Twenty thousand leagues, un tsunami électrique aux synthés omniprésents. Tout comme cette voix caverneuse comme seul David Bowie sait la prendre.

Après une intro certifiée THX, Ending of an era rappelle étrangement Mademoiselle, avec son beat et ses choeurs et c'est mon coeur et mes couilles qui parlent. Parfois même, aux détours d'un couloir sonore nommé Dystopia, Midnight Juggernauts rencontre Air. S'en suit Into the galaxy, LE gros titre bien représentatif à l'intro déjà mythique de synthés distordus planants soulevés par des choeurs gonflés à l'hélium. J'imagine déjà le live. Ils ont digéré Discovery, on l'a compris. Tous les titres sont brillants et le disque ne baisse pas en intensité du début à la fin. Tombstone laisse KO, Nine lives laisse pantois. Arc en ciel laser aux sons analogiques et aux nappes vaporeuses, Dystopia rentre en orbite et se place directement dans le top ten des disques à avoir, dans le genre.

En bref: Space odyssée synthétisée et électro rock futuriste caractérisent ce disque d'enfer. Bien pensé dans l'air du temps et dans le respect des ancêtres, et dès lors, incontournable.



A lire aussi : Seventeen evergreen è Life embarrasses me on planet earth (2007)

Montes le son auditeur, et prends toi Into the galaxy et Tombstone dans la face:



MIDNIGHT JUGGERNAUTS - TOMBSTONE

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10 janvier 2008

Julie Doiron - Woke myself up (2007)

Allez, tant que j'y suis, pourquoi ne pas développer un peu plus sur la douce Julie Doiron. Découverte pour ma part à bord du split album avec Okkervil River et confirmée par sa participation discrète à la basse sur l'album Not on top d' Herman Düne, la canadienne compositeur interprète et mère de famille traîne déjà derrière elle une discographie conséquente. Je décide d'y rentrer par ce Woke myself up, premier pas vers l'électrification de ses chansons amorcée par l'apparemment excellent Goodnight nobody. Julie laisse alors éclater toutes proportions gardées son côté pop genre Laura Veirs.

Disque fulgurant, chansons immédiates ne dépassant pas les 3 minutes, je me lève déjà après avoir écrit ces quelques lignes pour retourner la galette. Julie confirme en un clin d'oeil tout le bien qu'on pensait d'elle. Toujours aussi léger et intime mais à l'acoustique moins minimaliste, ce dernier opus continue d'apaiser au fil des écoutes. Assistée pour l'occasion par Rick White (son ex) et ses anciens acolytes du groupe indé Eric's trip, Julie reste une conteuse d'histoires aux intentions sincères, sans fioritures, simple.

Swan pound donne immédiatement l'envie de monter le volume et de hocher la tête sur de lourdes notes qui nous arrivent en plein coeur. A ne surtout pas écouter en dépression. No more est par contre très entraînant. Si elle avoue écouter bien volontiers Lou Barlow ou Bob Dylan, Julie se défend d'une certaine tradition folk en utilisant guitare électrique et en évitant justement les accords folk. Le final de The wrong guy étant carrément branché au courant alternatif.

Lumineuse, chaleureuse et naturelle, Julie brosse dans le sens du poil sans jamais sacrifier son penchant lo fi ni l'effet enregistré dans le salon, en témoigne le miaulement du chat sur I Left down (volontaire?). En moins de 30 minutes Woke myself up devient votre meilleur ami sans aucune prétention au titre tant convoité de chef d'oeuvre. Juste de bien belles chansons.

En bref: Une demi heure d'introspection sans prétention entre une Canadienne au meilleur de sa forme et sa guitare. A écouter près du feu, lové dans une couverture avec un bon chocolat chaud.



L’album :

free music

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04 janvier 2008

Herman Düne - Not on top (2005)

Pour commencer l’année en douceur je vous propose de faire un saut dans le temps. C’était il y a 3 ans, ça aurait aussi bien pu être il y a 30 ans. Fidèle compagnon de mes déplacements de noël, ce Not on top s’est discrètement enfoncé dans mon cerveau, jusqu’à me redonner goût au voyage, au folk, à la simplicité, à la vie. Comme quoi des fois c’est pas si compliqué que ça la musique.

Herman Düne je connaissais le nom, j’avais comme tout le monde entendu parler de Giant en 2006, je les avais peut-être même déjà vus en festival, qui sait? Pourtant le moment de la découverte, le vrai, celui où on se met à écouter les paroles s’est passé bien plus tard, le nez collé à la vitre d’un TER et un casque sur les oreilles. C’est là que je me dis que le folk électro acoustique s’accorde si bien avec le déplacement, les paysages, les gens croisés ici ou là. Comme du Dylan en somme. Une influence planante renforcée par la voix nasillarde d’André et David Ivar. Ces deux là ne font rien comme tout le monde. Depuis 12 ans et sans déclencher plus de vagues que ça, les frères franco suédois travaillent sans relâche et auraient composé quelques 400 chansons. Rootsissimes et barbus jusqu’au ventre mais prolifiques, donc. Pour ce 7ème album enregistré à Leeds et paru sur le label Track and field, le duo s’est entouré du troisième bro, Neman le batteur et surtout de l’excellente artiste canadienne Julie Doiron (à découvrir) qui apporte par moments un petit côté Belle and Sebastian grâce à sa douce voix féminine.

C’est l’incroyable homogénéité qui surprend sur ce disque. D’un enregistrement mono à la Creedence Clearwater Revival, l’équipe nous pond comme si de rien n’était au moins 10 tubes sur 13 titres. Bon ok, ce sont 10 modestes tubes, pas des tubes de dancefloor, plutôt des tuyaux, des pailles si vous préférez, en fait le genre de titre qu’on semble comprendre et connaître depuis toujours. Dans le genre, Wathever burns the best baby, You could be a model ou Had i to know sont des merveilles d’ambiances feutrées pleines de fraîcheur. André et David s’accordent un titre chacun pour raconter des histoires tristes et drôles. On alterne en effet le déchirant Good for noone, Slow century ou Walk, don’t run et l’entraînant Little wounds (merci Dylan), Seven cities, That will never happen (où Julie est formidable) on enfin Not on top, le single énorme parsemé de guitares surf.

Tout dans ce disque respire la simplicité : les arrangements (autarciques), les orchestrations (absentes), les influences (de Lou Barlow à Neil Young en passant par Silver Jews), ou encore la pochette lo fi à souhait (avec pilosité affichée et bouteille alcoolisée traînant sur l’ampli). A présent un peu éparpillée, sous différents pseudos, la famille Herman Düne continue certainement de composer avec pudeur et persévérance des chansons intimes et authentiques qui me feront rêver. Même en 2008.

En bref : Résolument roots et authentique, c’est sans artifice aucun que ce simple disque de folk trouvera sa place dans votre vie, au moins le temps d’un voyage.



Le myspace

A lire aussi : Rio en medio - Bride of dynamite (2007)

L’album (pas dans l’ordre mais c’est pas très grave) :

free music


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22 décembre 2007

The Buzzcocks - I don't mind the Buzzcocks (1997)

I don't mind the Buzzcocks fait référence au célèbre Never mind the bollocks des Sex Pistols. C'est peu dire que le groupe se considère comme post-punk.

Moins connus que ces aînés "comètes du punk", The Buzzcocks font en effet figure de référence du punk moderne, dans lequel on retrouve des tonalités quasi pop, en tout cas rock.

La composition de cet album tardif est très inégale et ressemble à s'y méprendre à une mauvaise reprise d'un album de The Clash.
Les intros sont souvent acerbes et s'apparentent aux ouvertures de ces homologues "stars". Les voix, infantiles, plaintives sont souvent trop mesurées, trop calculées. C'est comme si on effaçait la revendication, qu'on gommait les ratures de l'encre Punk. C'est parfois énervant, parfois magnifique. La basse est savamment dosée, la batterie éclate, rapide et maîtresse.

Deux titres sortent du lot: "You say you don't love me", une reprise à la sauce buzzcocks d'un thème et d'une mélodie des Beatles et "I believe" qui, dîtes moi si je me trompe, est une pure merveille Kinksienne, aux sonorités enjouées et optimistes.

Très instrumental, "Late for the Train" tourmente les esprits en leur proposant un univers hypnotique rassurant et libérateur. On l'écoutera en boucle, le volume au maximum, sous café, pour en apprécier la puissance.
Les autres morceaux s'écoutent sans subjuguer. Un album inégal, donc, presque trop calme. Un album que je n'aurais pas eu le courage de nommer en référence à l'album phare des Sex Pistols.











free music


I believe en live:



Voir aussi:
L'article de Fab sur les Sex Pistols
Le site des Buzzcocks
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17 décembre 2007

England's dreaming - Jon Savage (1991/2006)

700 pages sur les Sex Pistols... à première vue on se dit que l'indigestion nous guette. Loin s'en faut. England's dreaming, bible sur les apôtres londoniens du punk, verse dans la radiographie intime et de qualité d'une révolution musicale (sociale). Finement documenté et habilement rédigé par un pur journaliste punk, le dénommé Jon Savage, l'ouvrage décortique le phénomène des Pistols. De leurs premiers squats adolescents à leur reformation en 1996 et à la sortie en 2000 du documentaire The filth and the fury. En passant bien évidemment par « l'incident Grundy » et le début de la lapidation publique du mouvement punk. Ces crasseux qui déclenchèrent la fureur d'une Angleterre conservatrice, torturée par le racisme.
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Jon Savage nous plonge littéralement dans les artères et les boyaux des quatres Pistols. Les fameux Johnny Rotten, Sid Vicious, Glen Matlock... L'on peut y sentir l'odeur de la manigance de leur manager-gourou situationniste Malcom McLaren. La fabrication d'un véritable concept de pop music visionnaire. Les rouages grinçants de son industrie. Et puis bien sûr la perte de contrôle, l'aiguille de trop et la réaction violente de rejet. Atmosphère gerbe sur le bitume garantie. On y croise la trajectoire de leurs géniaux voisins de The Clash mais aussi des destins plus obscurs... The Buzzcocks, The Heartbreakers ou encore The Damned... tous acteurs majeurs du punk britannique. Les visages américains des New York Dolls ou des Ramones se profilent et inspirent.

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Que dire de plus... si ce n'est que cet England's dreaming livre une autopsie profonde du cadavre toujours chaud du mouvement punk. L'occasion d'exhumer tant de cris oubliés. La crasse et la fureur. Evidemment.

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SAVAGE Jon, England's dreaming, Paris, Allia, 2002, 690 pages.

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En bref : Somme punk intime et richement documentée, une référence

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Biographie des Sex Pistols
Biographie de Jon Savage
A voir aussi : les books


Vidéo : Le 1er décembre 1976 les Sex Pistols sont invités par la BBC à la célèbre émission de Bill Grundy « Today Programme » pour remplacer au pied levé Queen. Aussi bourrés que le présentateur, sur le plateau les Pistols en viennent rapidant aux insultes. L'émission s'achève rapidement. Le lendemain la presse se déchaîne totalement. The Daily Mirror sort son fameux titre « The Filth and the Fury ». Bill Grundy est renvoyé dans la semaine de la BBC et des manifestations sont organisées devant le siège du label du groupe, EMI. La maison de disques ne tarde pas à dénoncer le contrat la liant aux quatre hérétiques. Les Sex Pistols se font passer à tabac à plusieurs reprises et les punks suivent. Vous avez dit Angleterre réactionnaire ?



Vidéo : le fameux « Anarchy in the UK »



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16 décembre 2007

Stars Like Fleas - The Ken Burns effect (2007)

On tient du lourd. Rares, mythiques, insaisissables sont des adjectifs qui s'appliquent à Stars Like Fleas, le groupe nouillorquais fondé en 1999 par la rencontre de Shannon Fields et Montgommery Knott. 9 membres pour celui ci, et des add on triées sur le volet indépendant. Grizzly Bear, TV on radio, Fierry Furnace, Mercury Rev. Du lourd je vous dis. Surtout quand c'est mixé par Nicolas Vernhes (Fisherspooner, Animal Collective, Cat Power) et mastérisé par Monsieur Valgeir Sigurdsson alias Sigur Ros. Mais parlons du disque un peu : musique improvisée, soulevées bruitistes, free jazz ou ultra pop, ces gars là sont les garants d'une musique remplie de singularités et d'esprit de liberté. Rideau.

Bon ok, la première impression peut être déconcertante (Kama's Hoax et son jazz à peine audible), peut-être même la deuxième. Mais après, on apprivoise ces nappes synthétiques de psyché pop, faites de harpes, de violons, de cloches, de saxo et d'ordis, entre autres. D'une quantité d'orchestrations différentes, Stars like Fleas expérimente, déroute, et se perd volontairement dans un imaginaire musical étourdissant. L'un des seuls groupes à savoir aussi utiliser le silence, le vrai, celui entre les notes, qui s'impose logiquement. D'un autre côté, Berbers in tennis shoes (sic) est le parfait hymne pop à la Shins, joyeux et aérien. Tout y est fluide, jusque dans les variations électro classiques de fin de titre. Shee for the woods, intro piano, violon (enfin je crois), roulement de tambour, voix, cymbales, le temps semble figé. Le 4-4-2 classique des ballades belles à mourir, passez la deuxième minute et tremblez sous le coup d'un always retentissant scandé interminablement par au moins cinquante hommes.

Après un premier LP à l'accueil critique dithyrambique mais peu diffusé, Stars like Fleas, distribué par l'excellent label bordelais Talitres, participe à sa manière à une musique éthérée pleine de magie, qui compte un bon paquet de perles mélodiques. Espérons leur de pénétrer d'autres foyers, d'autres chaînes hi-fi, d'autres oreilles, d'autres coeurs, d'autres rêves. Merci les gars.

En bref: D'un instrumental farfelu, 2 brooklynois instaurent par touches une rencontre imaginaire entre Brian Wilson et Robert Wyatt, à ne surtout pas manquer cette année.



Le myspace

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A lire aussi : The Liars – Drum is not dead


Encore une superbe video, qui fixe bien le moment, realisé par les Concerts à emporter:



#33.3 -STARS LIKE FLEAS - Falstaff
envoyé par lablogotheque
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13 décembre 2007

Horace Silver Quintet - Song for my father (1964)

Avec son snobisme, ses codes, sa complexité, le jazz peut faire peur. Comment l’approcher ? Par quel artiste, par quel disque commencer pour appréhender le patrimoine pharaonique de cette musique qui aura bientôt un siècle ? Evidemment, il y a le Kind of blue de Miles Davis, le jazz vocal à la Billie Holiday, les blues de Louis Armstrong et mille autres voies... Pour ma part, j’ai tendance à croire que le hard-bop funky et latin de Song for my father constitue l’entrée en matière parfaite.

Découvert par Stan Getz, Horace Silver travaille dès ses premières années d’activité avec Miles, Coleman Hawkins, Lester Young et Milt Jackson. Du sérieux, donc. En 1953, il fonde les Jazz Messengers avec Art Blakey, le batteur absolu. Durant cette période décisive, il façonne son style et incorpore au jazz le gospel et le RnB pour créer le hard-bop. Peu à peu, des éléments funky se greffent à ce patchwork d’influences déjà bariolé, et le hard-bop se mue en soul jazz. Song for my father, avec le Sidewinder (1963) du trompettiste Lee Morgan, est le manifeste de cette nouvelle ère placée sous l’égide du groove. Un disque facile d’accès, dansant et ouvertement hédoniste. Sur Blue Note, bien entendu.

Les breaks de batterie sont charnus, rebondissants. Le piano, percussif et virevoltant. Les cuivres papillonent sur des mélodies-friandises. A lui seul, le morceau éponyme suffit à tomber en pâmoison : sur un thème catchy à mort, Joe Henderson glisse l’un des plus beaux solos de saxophone jamais enregistré. Indescriptible. Sur le délicat "Calcutta Cutie", c’est Silver qui échappe à toute tentative d’analyse avec un solo bégayant et monkien percé d’éclaircies bluesy. L’ensemble est d’une rare cohérence, bien qu’issu de deux sessions différentes. Difficile de distinguer les deux quintets mis à contribution, chacun s’épanchant dans une même joie solaire dont la sincérité ne peut être mise en doute. La coloration latine de la majorité des titres sonne comme une exploration de ses racines par le pianiste puisque son père, John Tavares Silver, qui fume le cigare sur la pochette de l’album, était musicien au Cap Vert. L’année suivante, le fiston poursuivra cette quête des origines et sortira un Cape Verdean Blues (1965) au nom explicite. Une nouvelle bombe. Mais ça, c’est une autre histoire...

En bref : groove latin rayonnant pour cette pierre angulaire du jazz funky.




A lire aussi : One more time, de Mal Waldron
Acheter  Song for my father chez l'International Records

Parmi les innombrables reprises du morceau-phare d’Horace Silver (Leon Thomas, Steely Dan, Dee Dee Bridgewater...), je vous ai choisi celle du génial producteur hip-hop Madlib, à écouter après l'original.

free music



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11 décembre 2007

I'm not there - Todd Haynes (2007)

Choix à chifumi pour décider du film de ce soir, entre A la croisée des mondes, film fantastique enfantin ou I'm not there, antibiopic parfaite autour d’une icône insaisissable de notre fin de siècle. Le choix est en ma faveur. Yes! Pour ceux qui sont passés à travers, je vous fais le pitch: Alors c'est un gars, Bob Dylan, dont le nom n'est jamais mentionné, à différentes époques de sa vie, interprété par 6 acteurs différents dont Kate Blanchett en noir et blanc (sublime) ou encore Richard Gere en Billy The Kid (en rapport avec le film dont Dylan fut l'acteur) mais aussi un enfant noir, l’excellent Christian Bale et j'en passe.

Le résultat ? Un kaléidoscope visuel et sonore à travers les âges d'une Amérique pendue aux lèvres d'un homme multiple. Tour à tour poète, prophète, hors la loi, imposteur, comédien ou martyr de l'électrification du folk. Aucun des deux No direction home ou Don't look back n'avait traité avec tant d'objectivité et d’effets poupées gigogne un biopic, un individu même. C'est presque de la psychanalyse, c'est magnifique visuellement, ça ressemble parfois aux plans d’Anton Corbijn sur Control, c'est un puzzle poétique auquel on accède plus facilement, c'est vrai, en étant un minimum au courant du monsieur. Sans ça l'on passerait à côté de milliers de références, aux pochettes, aux titres, aux femmes, aux répliques cinglantes devant les journalistes.

Et puis bon, forcément on tient une BO en béton armé, constituée essentiellement de covers ultra select, interprétées par un casting VIP du folk moderne: Kim Gordon de Sonic Youth, Yo la tengo, Sufjan Stevens, Anthony (d'and the johnsons), Jack Johnson (!), Calexico et ce groupe formé pour l'occasion, Million dollar baskers avec aussi Tomy Garnier le bassiste de Bob Dylan, Smokey Hormel (guitariste de Beck, Tom Waits...) ou encore Nels Clive (bassiste de Wilco). Pas mal quand même, même si tous les morceaux ne sont pas dans le film.

Au final et en d'autres termes, je peux vous dire que ce film est un vrai puzzle implosé avec des plans millefeuilles et une mosaïque de sons americana clairs comme la roche, formant une collection de chansons évidentes de simplicité, pour tout le monde. Enfin, in extremis, Dylan le vrai cette fois, interprète en ultra gros plan sur l'harmonica, Like a rolling stone. Générique final. On a presque essayé pendant 2h15 d'être Dylan, et au fond, on est tous un peu Dylan.

En bref: Un docu-film fleuve aux multiples approches sur un mythe intemporel de la musique. Indispensable pour tout être ayant un coeur et des oreilles.



A lire aussi : la chronique de Johnny Cash, Walk the line

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Etienne Jaumet - Repeat again after me (2007)

Etienne Jaumet s’offre une récréation en maxi sur Versatile avant que ne déboule, en février, l’album tant attendu de Zombie-Zombie, duo disco-krautrock qu’il forme avec Neman du groupe Herman Düne. Morceau-fleuve lysergique, Repeat again after me est la bande-son idéale d’un film imaginaire de John Carpenter. Avec, en prime un remix concocté par Âme.

Ereintant ses synthés vintage sur plus de 13 minutes, le titre raconte la sortie dans l’espace d’un saxophone exubérant sur fond de Roland 808. On songe au Man with a red face de Laurent Garnier, avant de se raviser. Alors que le morceau du patron de FCom s’achevait sur une explosion libératrice, celui de Jaumet entretient la frustration en ne se livrant jamais complètement. Comme un gamin oublié dans un placard lors d’une partie de cache-cache, on attend avec angoisse une éclosion rythmique qui ne viendra jamais. Le remix des allemands d’Âme, en face B, augmente l’amplitude des oscillations, accentue la reverb et l’effet “montagnes russes” des synthés. Très respectueux de l’original, il martèle plus sèchement le crâne, voilà tout.

En bref : l’odyssée angoissante d’un saxophone free traqué par de vicieux zombies analogiques.




Etienne Jaumet - Repeat again after me (Ame remix)

A lire aussi : l'interview de Turzi

Ecouter Repeat again after me sur le Myspace d'Etienne Jaumet.

En prime, le très amusant trailer de l'album (retardé) de Zombie Zombie


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09 décembre 2007

Papa M - Whatever, Mortal (2001)

Voilà un de ces albums qu’on a peur de souiller de son verbe impur tant on les respecte. Un joyau folk où le fertile Papa M et son pote Will Oldham prennent le temps de regarder pousser le blé, entre une escalade acoustique et une virée sous le soleil harassant du Kentucky. Tout bonnement indispensable.


Accédant à la reconnaissance avec Slint, groupe noisy monté notamment avec Billy Corgan (qu’il retrouvera fin 2001 au sein de Zwan), David Pajo devient le guitariste de Tortoise et multiplie les collaborations avec les Palace Brothers, Stereolab et nombre de projets sous étiquette Drag City. En solo, Il commet une bonne poignée de forfaits sous les pseudonymes M, Aerial M et Papa M, ou sous son propre nom. Un joli CV pour un musicien versatile dont Whatever, mortal reste la réussite la plus marquante.

Sur sa pochette, David Pajo est adossé à un mur baigné de soleil, posé sur une chaise, accompagné de son seul chien. On imagine que la scène se passe devant sa maison de Louisville (Kentucky), cité où il apprit les bases du blues et du folk avant de se consacrer au hardcore, puis au post-rock, vers le milieu des années 1980. Et c’est d’ailleurs à Louisville que ce disque a été enregistré, comme à la maison ou presque. “Produit par personne en particulier”, stipule le livret... et ça s’entend ! Les cordes grincent comme les portes d’une abbaye. Quelques respirations se font entendre, et Pajo se poile même en regardant les Simpsons sur le bien-nommé Krusty, cavalcade d’arpèges d’un lyrisme forcené.

La décontraction n’empêche pas une certaine solennité et même un sens du tragique relativement poussé, qui imprègnent les ballades désespérées que sont Glad you’re here with me ou The lass of roach royal. Glauquissime, dans un mood très Nick Cave, Sabotage fait cohabiter un piano aux accords mineurs et des chuchotements malsains avant qu’un sitar, puis des tablas ne viennent hindouiser la sauce et perpétuer la note psychédélique de Tamu. Le papa s’amuse à utiliser l’écho des cordes graves de sa guitare pour rendre le son d’un harmonium. Homme à tout faire, il passe avec aisance du banjo au mélodica, des claviers à l’harmonica et aux percus. Des superpositions sonores touffues qui ne parviennent cependant pas à surpasser les chansons les plus simples et dylaniennes du disque, Over Jordan, Roses in the snow ou Northwest passage, diamants bruts pétris d’amour dont je ne peux me lasser.

S’il fallait absolument trouver un point faible à ce chef-d’oeuvre, je dirais que la pose christique qu’adopte par moments David Pajo, sur le single Beloved Woman par exemple, peut évoquer ce versant de l’Amérique qu’on préférerait oublier, celui des escrocs télévangélistes aux sourires carnassiers. Ceci étant dit, si vous ne connaissez pas ce disque, achetez-le les yeux fermés. Vous aurez le droit de me rosser si vous n’y trouvez pas votre compte.

En bref : Un album somptueux qui se taille une place de choix au panthéon folk des années 2000.




Le clip de Krusty :



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08 décembre 2007

Calvin Harris - I created disco (2007)

Il y a quelques mois nous avions déjà évoqué Calvin Harris à l'occasion de la sortie de son frénétique maxi « Acceptable in the 80's ». Aussi, je ne vous referai pas l'histoire de ce jeune narcisse écossais de 23 ans, bidouilleur d'ordinateurs préhistoriques et nouveau génie de l'électro-disco. Mais depuis la dernière galette du gamin, de l'eau est passée sous les ponts et le phénomène Calvin Harris semble s'être mis en branle. En témoignent les nombreux articles et autres dossiers publiés sur le bonhomme et plus globalement sur le revival disco. Libération lui consacrant un papier intitulé « Calvin Harris, la révélation », quelques jours après sa prestation au festival Rock en Seine en août dernier.
Affublé d'héritages plus ou moins légitimes voire parfois totalement déplacés, de Daniele Baldelli à LCD Soudsystem, Harris a sorti au début de l'été son premier album, en forme de manifeste : I created disco. Le disque débarquera en février prochain en France. Petit avant-goût.


Soubresauts électroniques et basse disco-funk entraînante, à l'écoute du premier titre de l'album pas de dépaysement, l'on retrouve avec plaisir les bases jetées avec « Acceptable in the 80's ». Une voix aïgue entonne le refrain de « Merrymaking at my place » et le morceau sonne comme une aimable invitation à pénétrer le scintillant monde de Calvin. Diffficile de se contenir, le corps s'émancipe et se met machinalement à onduler. Une vibe éminemment positive et acidulée, voilà déjà une très bonne raison de s'acoquiner avec le jeune Scottish.
« Colours » enfonce le clou avec une ligne de basse merveilleusement saturée et l'utilisation impeccable d'un synthé lancinant aux accents disco. Et toujours une voix pour balancer quelques lyrics simplistes mais loin d'être dérangeants. « Now I don't care what you're dressed like or what you wear... but please make sure baby you've got some colors in there »... Dans son ensemble, le disque est relativement homogène, Calvin Harris déchaînant ses grosses basses saturées, ses voix répétitives et ses arrangements électroniques disco avec rigueur et précision.
Les sommets sont atteints avec l'excellentissime « Neon rocks », ambiancé façon jeu vidéo, ou encore avec la surprenante balade électro aux intonations de crooner new wave « Electro man ». Sans oublier bien évidemment la présence du toujours très appréciable « Acceptable in the 80's ». Pour résumer, beaucoup de titres très jouissifs sur ce disque et peu de ratés. Alors pas d'hésitation à avoir... Chaussez vos pompes vernies, enfilez vos plus belles goggles et faites chauffer la piste de dance.

En bref : Bombe électro-disco extatique... disco is not dead.



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07 décembre 2007

Alela Diane - The pirate's gospel (2007)

Les bonnes surprises folk se succèdent chez l'Oncle Sam. Coincée entre Joanna Newsom et Devendra Banhart, la jeune Alela Diane, 23 ans, débarque avec génie et hauteur pour un premier album de qualité intitulé The pirate's gospel. Une étoile de plus dans la riche contellation folk américaine.

Le folk, quand on l'écoute on sait ce que c'est... quand on veut le définir, c'est un peu plus délicat. On pourrait dire que le genre a pris son essor dans l'entre-deux-guerres aux Etats-Unis, enfanté conjointement par le blues et la musique country. Une guitare sèche, une succession d'arpèges et des textes poétiques (voire engagés) portés par une voix au premier plan. Tel pourrait être le portrait-robot de cette musique, aujourd'hui largement déclinée et adaptée par ceux que l'on nomme les « folk freaks », nouveaux folkeux descendants de hippies.

Et bien Alela Diane joue du folk, c'est indéniable. Pour autant, pas n'importe lequel. Ses mélodies, parfois psalmodiées, parfois sifflotées, peuvent apparaître austères mais le chant de la Californienne est d'une rare intensité. La jeune femme a 23 ans mais chante comme la doyenne des Américaines, d'une noblesse digne d'une Karen Dalton. Sa voix est aiguisée, vibrante et mélancolique. Et ses compositions sonnent comme des vestiges d'un temps révolu, vierges et pures, parfois presque autarciques.
Dans le titre de ce premier album, enregistré à domicile avec papa, il y a gospel... Et justement Alela Diane tente d'établir une véritable connexion spirituelle avec son auditeur, continuellement et avec force. The pirate's gospel c'est une musique guérisseuse, celle d'une jeune femme perdue qui panse ses blessures intérieures. Tranche de vie et questionnement d'une américaine égarée, alors en trip en Europe.

Originellement enregistré en 2005, l'album a d'abord circulé chez les amis et connaissances de la famille Diane avant d'être distribué deux ans plus tard par le label 679 Recordings puis en France par le truchement de Fargo (maison d'Emily Loizeau, Andrew Bird ou encore Neal Casal). Je vous invite vivement à découvrir les délicates mélopées d'Alela Diane. Pour débuter, tendez l'oreillle vers « Pirate's gospel », « The rifle » ou « Something's gone awry », trois perles. C'est délicieux et épidermique.


En bref : Folk classieux et vibrant d'un autre temps




A écouter aussi : Joanna Newsom - YS

Site d'Alela Diane :
www.aleladiane.com


Deux clips : "The rifle" et "Pieces of string"




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06 décembre 2007

Styrax/ Various Artists - In Loving Memory 3:4 + BVdub - Requited Love (2007)

La Berlinoise Styrax Records et sa maison-soeur Styrax Leaves n’ont pas l’habitude de se disperser. Depuis 2003, elles se concentrent sur ce que la techno a d’intemporel : l’hypnose, le beat, l’émotion. A base de dub sobre et cadencé et de deep-techno, elles essaiment les classiques dans la discrétion la plus totale. Des vinyles énigmatiques, au tirage limité, dont je guette désormais la sortie avec obstination.

Daté d’octobre, le troisième épisode de la série In loving memory est simplement parfait. Chaque beat, mat et neutre, dévoile un peu plus un paysage neigeux et ouaté, d’une élégance infinie. Chaudement emmitouflé à bord d’un traîneau, on glisse sur les pentes nues d’une électronica murmurée, franchissant des nappes de brouillard dub toujours plus épaisses. En dignes héritiers de Basic Channel et Chain Reaction, les jeunes artistes réunis ici privilégient l’épure, mais restent soulful, à l’image du Canadien Atheus et de son Deploy, track orageux nourri au clap. Autre point d’orgue : Alone in the crowd, une introspection de plus de 10 minutes dont le titre annonce la teneur. Un produit à forte accoutumance signé BVdub.

On retrouve le même BVdub, Brock Van Wey pour l’état-civil, pour un 12” en solo, dernière galette de chez Styrax. Même langueur, même profondeur, mais une humeur plus sombre sur deux morceaux littéralement habités par la grâce, deux hymnes au voyage immobile qu’on croirait sortis des mains d’or de Carl Craig. En face B, une ambient presque architecturale s’affuble de rythmiques brisées sur A quiet vengeance, épopée frissonnante au pays de nulle part.
Garçon extrêmement prometteur, Bvdub s’est récemment lancé dans le projet Quietus Recordings. Ce label tout juste opérationnel est entièrement dédié au CD-R (?) et tire ses disques, avec artwork “personnalisé”, à 100 exemplaires seulement. Une démarche originale. Qui a dit “élitiste” ?

En bref : techno-dub distante et élégante à la Basic Channel. La relève est là !



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