12 mai 2018

Cream - Disraeli Gears (1967)

Plutôt que de toujours désosser la dépouille de Jimi Hendrix à coup de bootlegs ineptes, mieux vaut faire sien et pour l'éternité le seul album d'inédits certifié que le Voodoo Chile n'a pas enregistré.Et ce faisant, se procurer le seul disque d'un bout à l'autre digne d'intérêt commis par Eric Clapton.


Une fois abandonnées les sucreries Graham Gouldman au sein des excellents Yardbirds, pourtant reniées par Clapton et avant de se transformer en guitariste soliste indigeste, inventeur à lui seul du look hipster barbu cocaïné et responsable de disques de blues aussi avenants et swinguants qu'un vernissage pour bobos à mullet, Slowhand fut au sein de son groupe le seul power trio pouvant rivaliser avec l'Experience.

Aidé de Jack Bruce, fantastique chanteur à vibrato couillu, à réhabiliter aux côtés des Jay Ferguson (Spirit), John Kay (Steppenwolf), Mick Abrahams (Mick Abraham's Band), Michael Kamen (New York Roll Ensemble) ou Bob Fiorino (Mom's Apple Pie), autres dépositaires de chant mâle à tendance heavy /rhythm and blues, et du cintré Ginger Baker leur ainé à la batterie, le branleur a déjà sorti Fresh Cream (67), sympathique mais pas bouleversante allégeance au blues. Si Wheels Of Fire (68) ne vaudra uniquement que pour sa face studio - et notamment pour les classiques ("White room", "Those were the days") et l'on gardera un silence charitable sur Goodbye (69), voici le disque d'Eric Clapton. L'un des incontournables de la divine décennie.

Ce deuxième LP paru sur l'éphémère label Reaction, émanation de Polydor  est déjà la deuxième référence de Cream après son premier LP, Le label distribuera notamment le deuxième et mythique album des Who, A Quick One. Initialement, Disraeli Gears ne devait pas avoir de titre. C'est à l'issue d'un lapsus qu'un membre proche de l'entourage du groupe, croyant utiliser le mot "dérailleur" fourche et avance le nom du Premier Ministre Victorien. La boulette retenue fera l'affaire de Cream.

C'est aussi "sur une nappe de restaurant" que le texte du foudroyant "Tales of brave Ulysses", l'un des titres phare, est proposé par le concepteur de la (très réussie) pochette, poète à ses heures. Cette chanson épique est aussi pour Clapton l'occasion d'étrenner la pédale wah wah nouvellement achetée aux USA et de se poser ainsi en l'un des pionniers de ce son dans la pop moderne.
Le reste est un régal. Deux singles de légende, l'un chanté par Clapton ("Strange brew"), l'autre par Bruce ("Sunshine of your love") affirment le parti-pris heavy blues de Cream, dont l'originalité bien sûr est, même si le disque ne croule pas sous les effets de se faire psychédélique.
"World of pain", écrite par le producteur membre de Traffic et son épouse, donne à Bruce l'occasion de briller par sa voix de fausset sur cette charmante gâterie pop.
Le disque est généralement furieux et enquille les blues, les manifestes anti guerre du Vietnam ("Take me back") ; ça dépote furieusement sur "SWLABR" - She walks like A bearded rainbow ; et Ginger Baker a même droit à son moment de gloire en en poussant une sur le débonnaire "Blue condition".

Fruit d'une collaboration réussie entre trois grands musiciens et divers paroliers issus de leur entourage, Disraeli Gears capture Cream à son plus raunchy. Le son est exceptionnel, la durée idoine (34') standard d'époque ; no bullshit l'album est d'une rare cohésion. Juste avant que l'égo des musiciens n'emporte tout sur son passage et fasse rapidement basculer ce remarquable orchestre vers la démesure et le split. S'il n'y a vraiment qu'un seul album de Clapton à vénérer...

En bref : l'un des classique du rock freakbeat britannique de la période dorée qu'encapsule parfaitement 1967. Trois virtuoses qui jamais bavards ni démonstratifs mettent leur talent au service d'une pop heavy et teintée de blues psychédélique. Indispensable.

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2 Comments:

M.Ceccaldi said...

je me souviens de l'avoir écouté ce disque, et d'avoir aimé ; mais ton post me donne envie d'y retourner
difficile de rivaliser avec le jimi hendrix experience qui réunit un guitariste et un batteur totalement extraterrestres pour moi...faites "l'experience" de réécouter les albums d'hendrix en écoutant que Mitchell, vous allez halluciner
bises

Nickx said...

Bien sûr.
Et Cream est probablement le seul groupe de l'époque bénie (un power trio en plus) qui rivalise easy avec l'Experience.