05 mai 2018

Something Else by The Kinks (1967)

Assez curieusement, et en dépit de l'excellence du groupe de Muswell Hill, ils ne se bousculent pas au portillon les albums aboutis de bout en bout des Kinks.

Véritable groupe à single - et alors là, la liste jusqu'aux faces B est impressionnante - on en distingue guère que quatre ou cinq de réellement passionnants parmi la bonne trentaine figurant au compteur.

Something Else..fait sans conteste partie de ceux-ci, même s'il ne repose pas sur des canons de réussite habituelle.



En effet, le 5ème album du légendaire band des frères Davies, s'ouvre par une bluette affectueusement dédiée à l'imprésario gay David Watts qui s'était entiché de Dave lui-même ouvertement bisexuel. C'est une chanson charmante mais pas fondamentale, un titre bien moins important dans l'oeuvre Kinksienne que sa face A de single, le classique "Autumn almanach".

Qu'à cela ne tienne, cet étrange et disparate LP qui avec le Emotions des Pretty Things, le Between The Buttons des Stones le Mellow Yellow de Donovan et bien sûr le Revolver des Beatles faisait bien partie du carré majeur des disques à connotation baroque de 1967 en Angleterre. Baroque du fait de ses arrangements. Ray Davies confisque pour la première fois la production du disque au légendaire Shel Talmy. Une erreur selon le principal intéressé qui selon lui n'a pas réussi à faire sonner les clavecins délicats de "Two sisters", véritable métaphore du duel avec le frère ennemi de Ray.

Cela n'empêche pas cette chanson ravissante de fonctionner parfaitement, et à brother Dave de s'émanciper du songwriting princier de son frère, en signant notamment et en marge de singles en solo réussis, le tube "Death of a clown", le très rock "Love me till the sun shines", et de produire du Ray plus vrai que nature avec le percutant "Funny face". Dave chante bien évidemment ces trois chansons.

A côté de cela, c'est un enchantement qui propose sans doute la plus grande variété de tonalité et de genres musicaux jamais abordés par les Kinks au sein d'un même disque : comptine ("Harry Rag"), mélancolie élizabéthaine ("Two sisters"), bossa ("No return"), pépite garage ("Situation vacant"), curieux hymne réveur aux changements harmoniques ébouriffants ("Lazy old sun"), les morceaux rock de Dave déjà cités, deux titres tendres et surannés bien dans l'esprit impérialiste Victorien cher à Ray (les divins "Afternoon tea" et "Lazy old sun")

Something Else By The Kinks qui inexplicablement fera un four, fonctionne au-delà de toute espérance malgré ses aspects fourre-tout.

Et surtout, il recèle la plus belle chanson du monde, qui surpasserait la pourtant enchanteresse "Sunny afternoon" précédemment publiée sur le classique Face To Face, un an plus tôt. Celle élue par le NME comme plus belle chanson pop des trente dernières années au début du siècle : que n'a-t-on dit sur ce magnifique "Waterloo sunset", hymne à la vieille Angleterre, celle d'un âge d'or Victorien disparu, qui serait abordé in extenso dans le... Village Green à venir. Un titre qui encapsule tout l'art du conteur Ray Davies, possiblement le plus grand songwriter de cette époque dorée des Swinging Sixties et au-delà.

Car les Kinks par le biais de leur démiurge étaient un cas d'école. Jamais leurs aspirations aux tasses de thé rituelles, aux vieux trains à vapeurs, aux récits de vie des princesses et de reines du royaume, ainsi qu'au désenchantement ouvrier qui va noyer son désarroi au pub du coin, ne sonneraient ringardes ou ridicules. Elles seraient plutôt l'arc-en-ciel irisé du grand Empire Britannique qui pendant de longues décennies régnerait sans partage sur la musique populaire.

En bref : un grand disque de l'un des fleurons des Swinging Sixties. Les Kinks, véritable trésor du patrimoine britannique à leur plus hétéroclite mais aussi leur plus charmant.
 

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