04 mai 2018

Cabbage - Nihilistic Glamour Shots (2018)

Putain, s'il n'y avait ce nom... l'on tiendrait là le groupe parfait. Z'auraient pu au moins faire l'effort de s'appeler The Sprouts. Qu'à cela ne tienne, le légume semble leur tenir à coeur, puisque dès leur premier EP, ces jeunes natifs de Mossley, banlieue de Manchester, chantaient sa gloire. L'intitulé en était "Le chou" - en français dans le texte.



Ce premier long format, après une compile relatant divers singles, ressemble fort à un coup de maître. Le genre de brûlot post-punk que le monde attendait depuis les premiers efforts de Killing Joke, The Jesus And Mary Chain ou plus près de nous Arctic Monkeys avant que ceux-ci ne virent assez rapidement groupe gomina américanisé pour stades.

Pas de danger ici quoique... Cabbage ressuscitera-t-il nos illusions perdues ? Ou bien comme tant d'autres de ses devanciers, se verra-t-il rattraper par les démons mainstream ?

Pour l'heure ce debut produit par James Skelly, l'ex-chanteur des excellents et poppies The Coral, dispose de bons atouts : une production no bullshit et rentre-dedans, une morgue et des textes que l'on n'avait plus vu depuis... les Pistols ou les Dead Kennedys ! Des compos pas spécialement mélodiques mais qui dévastent tout sur leur passage. Un disque d'une rare cohésion. Et cela tombe bien ; The Coral étant justement le dernier grand groupe anglais (que personne ne connaît) à avoir prouvé sa valeur sur la durée.

Le chanteur-guitariste Lee Broadbent et ses camarades sont en colère contre le monde entier, et tels des Shame apparus à peu près en même temps qu'eux, ils veulent que ça se sache.

Quoi de mieux pour lancer l'affaire que d'afficher une pochette en guise de voie de fait : cinq silhouettes menaçantes et posant (Nihilistic Glamour Shots quoi) devant une croix à l'envers ! Satanisme, occultisme il en est ainsi question dans cet hommage à Aleister Crawley le sulfureux - le démoniaque "Perdurabo". Broadbent et ses sbires, jeunes teignes à peine vingtenaires en veulent à la société de consommation, la duplicité du monde occidental, les ventes d'armes aux pays à visées dégueulasses ("Arms of pleonexia"). Parce qu'ils considèrent que le monde va décidément trop vite et que tout est invariablement baisé, leur sacerdoce est d'enregistrer et de publier en temps réel.

Quand cela ne concerne pas les affres du paiement sans contact, leur cheval de bataille est autre : ces disciples des Butthole Surfers attaquent bille en tête sur le désastre humanitaire et liberticide des Maldives : "Reptile state funeral", morceau qui cite aussi la figure tutélaire de l'auteur engagé Terry Waite - jadis  honoré par The Fall.

Disque assez inconfortable en ce qu'il ne ménage ni les tensions ni sa virulence, Nihilistic Glamour Shots sait aussi calmer quelque peu les ardeurs. Ainsi la plutôt surf - dans le vrai sens du terme et non celui galvaudé d'aujourd'hui - "Disinfect us" déverse sa rage sur la rumeur médiatique, la bienséance érigée en art, auxquelles ne sont sans doute pas étrangères les accusations d'agression sexuelle qui furent indûment colportées sur le chanteur via Twitter.

Le soufflant "Preach to the converted" qui ouvre l'album s'en prend lui à l'aveuglement interventionniste et militaire de nos dirigeants, dans une diatribe qui n'est pas sans rappeler les récents champions du genre US, Parquet Courts.

Tout n'est que désabusion et réactions à fleur de peau, dans un chaos de guitares, de refrains vengeurs au venin contagieux, celui de The Jesus Lizard voire des Dead Kennedys ("Molotov alcopop" qui relate le quotidien désespérant d'un jeune qui doit se défoncer pour paraître cool) ou bien "Celebration of a disease" ou les affres du sexe via Internet.

Et s'il fallait la preuve que le titre en forme de slogan donné à l'album n'était pas une pose, arrive l'ultime morceau haletant de ces douze manifestes nihilistes, ce "Subhuman 2.0" qui enfonce le clou en dépit d'un final acoustique en apparence apaisé.

Nihilistic Glamour Shots, dont l'auto-complaisance et la noirceur peuvent amuser l'adulte condescendant, est l'oeuvre sans fard d'un quintette déchaîné. Qui à la façon des Pistols en 77 donne à nouveau envie de se rebeller et de changer l'ordre établi. Une impression de déjà-vu jubilatoire, dont on va désormais scruter l'évolution.

En bref : après tant d'espoirs déçus dans l'attente d'une démarche spontanée et sincère sur la durée, voici le nouveau groupe de branleurs anars qui manquait à Albion. Un disque uppercut, regorgeant d'influences prolétaires et post-punk qui s'avère pour le moins inrrésistible.
 

1 Comment:

Ju said...

Ok, après 3 écoutes je dois avouer que c'est vraiment pas mal !
Bisous