13 juin 2012

Spirit - Twelve Dreams Of Dr Sardonicus (1970)


C'est Jimi Hendrix en personne, à la fois son maître et son frère d'armes guitaristiques qui avait donné à Randy Wolfe son pseudo de California. Preuves d'amitié et de respect mutuel, ces multiples jams où les deux illustres bretteurs croisèrent le fer ou bien jouèrent le session man pour l'autre.

Bref, Spirit groupe atypique, pas tout à fait prog, pas foncièrement jazz ni hippie mais un peu tout ça a la fois, a vu le jour à la fin des merveilleuses années 60, et eut la particularité de voir officier au sein d'un même groupe le beau père (le chauve Ed Cassidy) et donc Randy.



Autre particularité, en ces temps de songwriting sans partage de la part de ou de ses leaders -généralement en binôme- tout le monde composait, même si Randy California se taillait la part du lion et était la figure emblématique du groupe.

Beaucoup passèrent à la caisse d'ailleurs en lieu et place de Spirit dont le fait d'armes le plus connu est quand même de s'être fait piquer l'un de ses riffs les plus fameux ("Taurus" sur leur premier album) par messieurs Page et Plant pour leur dirigeable de plomb ("Stairway To Heaven", pas moins !).

Donc, on l'aura compris, en dehors d'un batteur quadra (ce serait aussi le cas plus tard dans les Stranglers, mais aussi dans Pavement), c'était un quintette chevelu, poilu voire barbichu qui officiait dans l'une des meilleures formations de rock californien, et de rock tout court au début des 70's.

Twelve Dreams Of Doctor Sardonicus, 4ème livraison du groupe, est l'un des premiers disques concepts space-rock du genre -avant Hawkwind et tout le reste- mais à l'éclectisme surprenant, débordant d'inventivité. Tantôt classique R&B, soul (le rageur "Mr Skin" - hommage à Cassidy composé par le bassiste Mark Andes), tantôt pop à guitares hippie freak ("Nothing To Hide", le tube "Nature Way", "Morning Will Come" puis space (la bien nommée "Space Child" et son intro lancinante qui amène un chorus jazz, psyché rageuse ("When I Touch You") ; on peut aussi citer le swing de "Love has Found A Way", l'onirisme west-coast à la coule de "Why Can't I Be Free" et "Life Has Just Begun".

En fait, tout des 12 titres mérite d'être cité tant l'excellence prédomine : Randy et ses riffs uppercuts tout en retenue qu'il égrène, arpèges folkeux ou soli électriques, le jeu de batterie tout en finesse et très souple de beau-papa, les arrangements sans chichi sans improvisation verbeuse et inutile.

Et aussi le chant couillu peu médiatisé de Jay Ferguson parfois cousin d'un John Kay (Steppenwolf), qui assure à l'ensemble l'inévitable et indispensable taux de testostérone de ces années-là.

Et Randy dans tout ça ? Eh bien, après avoir délaissé le groupe qu'il avait créé pour une très estimable carrière solo (l'album Kapt.Kopter and The (Fabulous) Twirly Birds en 1972), il revint une première fois au bercail pour deux classiques du Spirit seconde mouture, (Spirit of 76 et Son of Spirit, tous deux de 1975), il tenta un disque étrange sous la houlette de Kim Fowley (Future Games (A Magical Kahauna Dream), aux sonorités inédites, mais qui tenait plus de l'aventure solo, malgré la présence du toujours fidèle Ed Cassidy, le seul à encore porter le flambeau aujourd'hui.

La raison ? Un jour de janvier 1997, Randy aperçoit son fils en fâcheuse posture dans les eaux d'Hawaï : il le sauve de la noyade, mais lui-même périt à l'occasion, et le monde de la pop perd par la même occasion l'un des musiciens et compositeurs les plus singuliers et importants des foisonnantes 70's.

En bref : la fin du rêve hippie californien. Et la consécration du grand groupe de Frisco, qui signe là son oeuvre majeure. Véritable auberge espagnole dont on ressort les esgourdes rassasiées, 12 Dreams...est encore aujourd'hui, malgré sa datation explicite,  d'une modernité étonnante.






Le site officiel

"Mr Skin" :



"When I Touch You" :

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