18 juin 2012

Interview - Strip Steve


Berlinois originaire de Bordeaux et âgé de 20 ans, Strip Steve sort en juillet son premier album Micro Mega sur le label Boys Noize Records. C'est d'ailleurs Boys Noize lui-même qui a repéré le Myspace de Strip Steve. Son album, alimenté de collaborations avec Das Glow, Puro Instinct et Robert Owens, explore les mutiples facettes de l'univers électro. Une diversité créatrice qui correspond selon lui à sa façon d'écouter la musique, et plus généralement au fait que le concept même d'album n'est plus adapté à la nouvelle culture musicale. La sortie de son album est donc l'occasion de rencontrer cette nouvelle tête montante de la scène électro.


Quel est ton parcours musical ? Depuis combien de temps fais-tu de l'électro ?

Assez hasardeux je dirais, et rapide. En gros j’ai commencé en faisant des scratchs sur des instrus de rap dans ma chambre, puis dans un groupe de rap composé de potes à moi. Plus tard en fouillant un peu plus le logiciel avec lequel je faisais les prises de voix pour mes potes rappeurs, j’ai vu que je pouvais faire des collages, bricoler des choses, modifier des sons, afin de faire une sorte de "composition" personnelle. Ca m’a pas mal soufflé. Même si ce que je faisais n’avait aucun sens, aucun tempo défini, ni réelle musicalité je pense, le fait de "créer" quelque chose juste en utilisant des bouts de samples et l’ordi familial était incroyable pour moi… Après j’ai commencé a construire petit a petit de "vrais" morceaux, je devais avoir genre 17 / 18 ans a ce moment là, j’ai mis 3 premières démos sur Myspace, Boys Noize est tombé dessus et m’a demandé si je voulais sortir un disque sur son label, c’est mon premier EP appelé Skip School.

Quelles sont tes influences musicales ?

Très variées, mais principalement Ghetto house, Rap, Detroit Techno, Disco, et j’écoute aussi énormément de rock…

Tu es maintenant à Berlin. Es-tu DJ résident dans une discothèque ? Est-ce que la scène berlinoise a modifié ta musique ?

Non je ne suis pas résident dans un Club a Berlin, car en général cela signifie ne jouer dans un aucun autre club de la ville, ce qui, à Berlin, serait vraiment dommage vu comme les soirées évoluent, bougent, changent, et comme il est toujours facile de se retrouver dans de nouveaux endroits excitant… Je garde l’idée de la résidence quand je serais plus vieux et moins aventureux ahah… Sinon oui, je pense que la scène Berlinoise a modifié ma musique, mais pas de manière directe, ou audible disons… Elle m’a fait découvrir énormément de gens et de sonorités différentes, aussi une manière de présenter sa musique de façon assez humble peut-être. Ce n’est pas la "ville d’opportunités" ici, plutôt un endroit ou chacun a l’espace et la liberté de faire ce qu’il veut faire, sans avoir besoin de s’en vanter partout.

Le passage de Bordeaux à Berlin ne t'a pas posé de problème ? Y a-t-il quelque chose qui te manque en Allemagne ?

Non, c’était très agréable, un début d’automne très doux, je m’en souviens très bien. Je connaissais 2 ou 3 personnes tout au plus, avec qui je n’était pas réellement proche non plus, mais j’ai aussi décidé d’aller à Berlin pour m’isoler un peu, la ville est parfaite pour ça…Il y a des choses propres à la France ou à "l’esprit Français" qui me manquent parfois, mais la plupart du temps je suis heureux et je me considère chanceux d’être à Berlin. C’est une ville vraiment spéciale. En revanche je suis à peu près sûr de revenir un jour vivre en France, peut-être à Bordeaux, quand je serai vieux, peut-être au Pays Basque…

Comment s'est fait la rencontre avec Boys Noize ? Peux-tu parler de ta collaboration avec lui pour l'élaboration de ton album Micro Mega ?

Comme je l’ai raconté plus haut il m’a contacté via Myspace, puis je suis venu a Berlin quelques semaines plus tard pour y faire 2 concerts, et je l’ai rencontré en personne a ce moment là. C’était super cool car on a joué dans une ancienne boucherie désaffectée, et l’entrée se faisait grâce a un mot de passe, dans un Kebab en service (exactement comme dans le clip de Booba – Boulbi ahaha).Pour l’album il n’y a pas vraiment eu de "collaboration" avec lui a proprement parlé, on a juste mixé le premier single "Astral Projection" dans son studio car il me l’a proposé et que çaa avait du sens par rapport au morceau, qui est plus pop que ce que je fais d’habitude. Lui ayant ce genre d’expérience en ayant produit le dernier album des Scissor Sisters…


Quel sens donnes-tu au titre de ton album ?

Je ne veux pas complètement l’expliquer, et en même temps je ne tiens pas à en faire des tonnes et en faire une sorte de gros mystère non plus, disons juste que le terme "Micro Mega" représente dans mon esprit, le "Tout" du plus microscopique a l’infiniment grand, et cela a travers un concept de fractales : toutes les choses qui nous entourent sont fait a la même image, et viennent d’un squelette similaire. Pour moi ça s’immisce également dans la manière de créer qu’on a, chacun, et aussi ça veut dire faire plus confiance en son instinct, avoir une vision rassurante du chaos, qui est au final s’arrange de lui-même.

Ton album explore différentes directions et est alimenté par plusieurs collaborations. Pour les collaborations on peut retenir celle avec Puro Instinct qui donne un morceau assez pop et celle avec Das Glow avec une basse plus marquée. C'est une volonté de ta part d'éviter un premier album trop homogène et donc d'entretenir une certaine ouverture vers d'autres artistes ?

Totalement, après en ce concerne les collaborations c’est plutôt ce qui a suivi naturellement. Enfin dans le cas de Puro Instinct je dois quand même avouer que j’ai fait exprès d’aller chercher un peu en dehors des vocalistes qui semblaient les plus évidents. Mais au final, lorsque tu vas écouter "Astral Projection" et leur précédent album Headbangers in Ecstasy je suis sur que tu vas comprendre le lien. Pour moi ça s’est juste imposé directement quand je réfléchissais a la couleur que je voulais donner au track, et je suis tellement heureux qu’elles aient tout de suite accepté de me suivre.
Pour en revenir a l’album en général, je pense que ce format se perd complètement en ce qui concerne la musique électronique, et j’ai moi même tendance a m’ennuyer très vite lorsque j’écoute un album de Techno par exemple, du début a la fin, d’une traite. J’ai voulu faire l’album à l’image de la manière dont j’écoute et j’absorbe la musique personnellement, c’est a dire certes de manière "hétérogène" si l’on s’attache aux styles, varié dans les tempos et les humeurs, mais au final ayant un univers absolument commun.

J'ai un goût pour les titres un peu à part dans un album. Peut-être qu'ils en révèlent une certaine fêlure. En tout cas, ce sont les titres "Music For The Ringtone Generation" et "Don't Know When" qui ont retenu mon attention. Les deux par leur calme et le premier aussi par sa sonorité. Le premier m'a évoqué les arrangements des morceaux de Purcell et Beethoven par Walter Carlos dans la Bande Originale de Orange Mécanique. Peux-tu évoquer plus précisément ces deux morceaux ?

Oui j’aime beaucoup Walter Carlos, j’ai été pas mal marqué par la B.O d’Orange Mécanique et par la suite aussi beaucoup écouté Switched On Bach. En revanche la réalisation de "Music For The Ringtone Generation" s’est fait un peu par hasard, sans rien planifier, grâce à un petit synthétiseur monophonique cassette que j’ai trouvé un jour a Berlin, et avec lequel on peut construire des suites d’accords de manière un peu spéciale... Je l’ai fait passer par 3 pédales de d’effets de guitares pour lui donner cette texture de flottement, de rêve bizarre, et l’ai enregistré live.
En ce qui concerne "Don’t Know When" c’était à la base une sorte d’exercice de style ou j’ai voulu faire un track a sonorité un peu UK, avec un rythme plus brisé, et au final, je n’y suis pas vraiment arrivé car tout le monde m’a dit "on capte tout de suite que c’est toi", il y a toujours des éléments house et un groove avec lequel je suis familier. J’ai voulu l’inclure dans l’album car il sonnait tout simplement bien avec le reste, il avait son moment, son humeur, et il ajoute quelque chose, une nouvelle couleur a la palette. Pareil pour "Music For The Ringtone"…

Comment pourrais-tu décrire rapidement ton imaginaire musical ?

Mmmmmh c’est toujours compliqué pour moi de répondre à ça… En fait je trouve que je ne devrais pas y répondre. Mais plutôt a chacun de s’en faire sa propre idée. Désolé pour cette réponse évasive ahaha…

L'album sort début juillet. As-tu des projets de scènes prochainement ? Ou d'autres projets de collaborations par exemple ?

Je vais faire une tournée pour supporter l’album évidemment, ce sera pour le moment des dj sets. Je réfléchis à un live pour le futur, mais je ne veux pas montrer quelque chose d’à moitié cuit, je préfère prendre mon temps et présenter un live excitant, quitte a ce que ce soit dans 8 mois ou 2 ans… Sinon je suis déjà en train de travailler sur des nouvells sorties, et j’ai plusieurs projets en collaborations dont je ne peux pas trop parler pour le moment car ce n’est pas encore achevé.


Site de Strip Steve

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