13 avril 2008

Zombie Zombie - Concert au Son'Art de Bordeaux le 10 avril 2008

La voilà donc la fameuse bête analogique qui défrait tant la chronique électronique française. La progéniture du geek sonore Etienne Jaumet (The Married Monk) et du batteur de l'enfer Cosmic Neman (Herman Düne). Mais avant ça nous avons droit à la démo de Radio Mexico qui est, je les cite "un groupe mythique ayant réalisé un seul et unique concert légendaire en 2004 et plus rien depuis". Second degré évidemment. Le concept est original, 3 maîtres ès Korg et boîtes à effet (dont l'excellent Plim Plim) qui assurent le rythme alors que le chanteur, side project virtuel entre Bertrand Cantat et Jim Morrisson raté, hurle des textes vraisemblablement improvisés sur des pages de Marie Claire. Il assure le show et ameute la foule d'un délicat "Est-ce que vos putains de corps fonctionnent? Yeah". Anecdotique mais amblématique. A dans 4 ans.

Mais place à nos zombies. Etienne au milieu de tous ses oscilloscopes musicaux rappelle même physiquement le trublion de Baltimore Dan Deacon. Neman, concentré (perché?) domine au dessus de sa batterie. Le public lui, dénote une certaine catégorie sociale. On le sait, même si A land for renegades est bien produit, cela reste de la musique élitiste, réservé aux initiés. Sombres et pesantes, les nappes de synthé et les frappes de grosse caisse n'ont rien d'un objet de divertissement comme il est censé l'être. Echos et aboiements terrifiants sont monnaie courante derrière les volutes de fumée artificielle quand Zombie Zombie traîne par là.

La première surprise est qu'en fait, la demi douzaine d'écoutes que j'ai pu consacrer à A land avant de venir m'a déjà permis de reconnaître à peu près chaque titre (tube?) de l'album studio : l' ep Driving this road until death sets you free, Whats happening in the city, Nightclubbing... La seconde surprise et bien c'est... qu'il n'y en a pas! En effet le match de ping pong sonore que se livrent nos deux invités sont pretextes à de lentes montées en puissance, justement trop lentes! Zombie Zombie n'est finalement que peu dansant à moins d'être comme eux, possédés. Et pourtant ce n'est certes pas la faute de Neman qui se déchaîne tant bien que mal sur ses peaux à une vitesse psychédélique.

Précédé d'une grosse réputation scénique pas complètement démontrée ce soir, le duo tire tout de même son originalité de ce mariage de percussions et de pulsations synthétiques instinctives et spontanées (Etienne joue sans préselections). Et finalement, pendant que le chanteur de Radio Mexico tente de ragasser la gente féminine éméchée de la soirée (Et oui, je t'ai vu mec!), la foule se dissipe un peu au fil de cet électro rock de film d'horreur. Et puis franchement, un bonjour, merci, au revoir ou merde aurait fait plaisir, et je ne parle même pas d'un rappel. Ce n'est pas qu'ils soient pas sympas, non non, au contraire, Etienne vend ses vinyls à la sortie accompagné de moult sourires et poignées de main. Mais alors pourquoi?

Je repars de là convaincu que Zombie Zombie ne s'accomode pas plus mal que ça à l'écoute en canap après tout et que c'est déjà pas si mal. Ceux par contre que Kraftwerk, Spacemen 3 (encore eux!) ou John Carpenter font danser, alors ruez vous comme des goules sur ces morts vivants analogiques venus du futur dans le passé.

Le Myspace de Zombie Zombie
Le site du Son'Art
Le Myspace d' Organ Phantom l'organisateur du concert

L'excellent clip de Driving this road until death sets you free :

Lire la suite

11 avril 2008

Kim - Don Lee Doo (2008)

En véritable stakhanoviste, Kim publie à 30 ans - excusez du peu - son 17ème album ! Et ce, sans compter les diverses collaborations avec les héros locaux, les bordelais de Calc, Pull, The Film ou les furieusement tendance Dionysos !
Si tous ne sont pas de la même tenue que ce Don Lee Doo (qui n'est cependant pas son meilleur !), il n'en reste pas moins qu'autant d'obstination et de dévouement à la cause du rock force le respect !

D'autant que si le background du garçon était celui d'un musicien en herbe (le père officiait comme batteur chez Higelin et de toute évidence little Kim a baigné dans une ambiance musicale), il n'en restait pas moins les conditions, heu....quelques peu précaires pour une personne désireuse de vivre de son art en France sans appartenir à la sacro-sainte scène parisienne ! Ayant semble-t-il surmonté certains problèmes qui obéraient de son devenir musical au sein de sa bonne ville de Bordeaux, Kim nous revient plus en forme que jamais -en fait, on l'imagine tout bronzé ! - avec un album enfin bien produit (ce qui ne gâche rien), qui pétarade et explore avec bonheur son univers protéiforme ! Tel un Ween acquitain, l'artiste nous la joue déhanchements sur le morceau-titre d'ouverture ("Don Lee Doo On Belly Bay") et s'amuse d'une voix de fausset à livrer la bonne parole funky - on imagine que des artistes aussi vitaux que Prince ou Sly Stone figurent en assez bonne place dans sa discothèque idéale. Tous les morceaux sont à l'avenant, ici une chanson, "Turn Me On", à grand renfort de Fender Rhodes (en tout cas, ça y ressemble !), rythmique funky (encore !) sur l'intro de "Girl". Et que le grand cric me croque si "When The River Turns Around" ne recèle pas une mélodie tubesque !

Bref, Kim en autodidacte et multi-instrumentiste affirmé, construit un nouveau disque au gré de ses humeurs, celui-ci un peu plus ensoleillé, et délaissant quelque peu sa dualité folk/électro qui est celle que je préfère ! Foin de ces considérations, Kim est de ces artistes crédibles, intelligents et intègres qui vivent (mal) de leur musique, mais pour qui composer, écrire, produire, créer est un sacerdoce. Il existe en France un grand nombre de talents à son image, me viennent à l'esprit en sus de ceux précités, les noms de Tanger et son véritable double de Nancy, j'ai nommé Fugu ! On ne remerciera jamais assez à Kim Stanislas Giani d'exister, mais ça n'est pas assez : il faut aussi aller le voir jouer, seul ou en groupe et acheter ses disques : pas difficile, il en paraît au moins 1 par an depuis 12 ans !

En bref : artiste trop doué.....et trop honnête : attention de ne pas confondre la pochette avec l'album de Mika ; jusqu'au nom, c'est quasi la même, mais à l'envers !

__

_

Le blog de Kim et le Myspace

_

Acheter le Cd

_

Le clip "plus home made tu meurs" de When the river turns around :



Lire la suite

10 avril 2008

The Damned - Strawberries (1982)

Un porc sur la pochette, une réputation de trublions bordéliques, de simples agitateurs du punk, on a trop souvent réduit les Damned à des slogans simplistes ou à des gimmicks peu engageants ou réducteurs : groupe qui joue (mal) à 2000 à l'heure, 1er band punk de l'histoire à avoir publié un single (le classique "New rose"), à avoir tourné aux Etats-Unis, à avoir cristallisé onstage le record de mollards sur ses musiciens, etc...

Depuis toujours, ces Damnés là auront été les dindons de la farce, laissant très injustement aux Sex Pistols et autres Clash les seuls mérites d'une musicalité affirmée.
Or, ceux qui savent, portent la bonne parole : bien sûr que les Damned sont autre chose qu'un avatar punk tel qu'il y en eut des dizaines et des dizaines il y a 30 ans. Ils figurent même parmi les plus précieux orfèvres pop au sein d'une trilogie mémorable et que tout rocker digne de ce nom se devrait de posséder dans sa discothèque. Et le critique de citer bien sûr Machine Gun Etiquette (79), admirable tentative de concilier punk hard-core le plus sauvage et pop la plus immédiate, The Black Album (80), étonnant assemblage de morceaux garages divinement accrocheurs et de prog-rock parfois déconcertant mais souvent brillant.
Mais toujours d'oublier Strawberries, le plus réussi, l'album pop ultime, l'un des grands oubliés des listes, référendums et autres best-of. Lorsqu'il est éventuellement chroniqué -et c'est rare- c'est pour énoncer des horreurs révisionnistes, comme quoi il s'agirait d'un album gothique morbide, l'une des plus grandes énormités jamais lues dans un magazine oublié.
Or ce disque, de loin le meilleur des Damned, est quasiment parfait, parfaitement équilibré de bout en bout et recèle de véritables gemmes qui vont largement au-delà du label groupe foutraque qui lui colle à la peau.

Qui n'a écouté "Under the floor again"er The Floor Againet ses accompagnements de sitar sans fondre ? Qui n'a pas frissonné à la formidable voix de Dave Vanian en écoutant "The Dog" "The Dog", et ses accords de piano princiers, seul véritable titre gothique du lot, et encore en écoutant bien les paroles.
Qui irait nier le talent stupéfiant d'arrangeurs et de compositeurs aux Paul Gray, Dave Vanian et autres Captain Sensible sur ces majestueux "Generals" "Generals" ou "Under the Floor Again" ?"The Pleasure and the Pain" !
Quel crétin refusera de taper du pied sur le stupéfiant "Stranger on the Town"Stranger on the Town", qui démarre en mambo pour s'achever en revue R&B, avec pas moins de 5 ou 6 thèmes musicaux qui se croisent et s'entrecroisent... Comment niera-t-on enfin ce talent qu'avaient les Damned à chanter par le biais de leur exceptionnel vocaliste en chef, mais aussi d'harmoniser, d'apporter mille et une trouvailles sonores ? Vanian et Gray aux compos, Scabies -le meilleur plagiaire de Keith Moon- et Captain Sensible sortent du lot aux arrangements, Sensible s'autorisant même une ballade douce amère intitulée "Life Goes On", où sa voix en lead souffre de la comparaison avec celle de Vanian mais où tout le pouvoir mélodique est intact.
Et pour la petite histoire, il s'agit du morceau dont l'intro a été pompée par Killing Joke ("Eighties"), lui même pompé par le Nirvana US ("Come As You Are").

Pour faire bonne figure tout de même et justifier leur sulfureuse réputation, les Damned avaient pris soin de soigner les détails : ainsi la pochette intérieure était-elle recouverte d'une senteur écoeurante de fraise sur les premiers pressages, et le dernier titre assez anecdotique chanté par Captain ("Don't Bother Me") reposait-il sur un sample......... de chasse d'eau, passé à l'envers. Au milieu de cela, quelques brûlots irrésistibles ("Ignite","Gun Fury", "Bad Time for Bonzo")"Dozen Girls", "Bad Time For Bonzo") sont un retour aux sources de rigueur. Les Damned ont hélas, grandement trompé leur monde, car beaucoup n'ont cru voir en ce disque et en leur oeuvre, qu' une pochade. Ce qu'elle n'était évidemment pas.

En bref : Strawberries peut prétendre sans problème au titre du plus grand disque pop oublié d'un groupe phare. Au point d'être parfois absent des anthologies récapitulatives. Un non-sens.
_
_

_
Le site officiel de The Damned
_Acheter d'occasion

Lire la suite

Francesco Tristano - The Melody (2008)

Francesco Tristano fait partie de ceux dont la réussite picote légèrement l’amour-propre. Et dont les compositions provoquent un léger frémissement d’aisance à leur écoute. Le pianiste à la peau diaphane et à la chevelure rousse vient de sortir un ep chez le petit label français Infiné. Il regroupe les remixes du morceau "The Melody", tiré de l’album jazzy Not for Piano, publié sur le même label. Incursion d’un pianiste minimaliste dans la techno de Detroit.

Le style de Tristano n’est pas sans rappeler celui de compositeurs de musique néo-tonale de l’Américain Michael Nyman ou du Flamand Wim Mertens, dont les pianos aux boucles langoureuses provoquent chez certains, une réaction de rejet immédiat. Alors, je ne le cacherai pas, le principal intérêt de cet ep réside dans le remixe de Carl Craig présent dans son paresseux (mais toujours inspiré) dernier album, Sessions. Un beat répétitif et des nappes de synthé discrètes accompagnent paisiblement le piano tantôt nerveux, tantôt détendu de Tristano. À la manière d’un vieux mécanicien connaissant son travail à la perfection, il transforme "The Melody" en un pur produit techno piano, tout droit sorti des usines de Detroit. On peut à peine s’exaspérer de la finition du morceau tant la facture est irréprochable. Sur la face b, Tristano marche sur les traces de Craig et livre remixe laissant une place plus importante aux variations de piano mais le résultat reste, lui aussi, tout à fait appréciable.

En bref : En dépit de la participation de Carl Craig sur les deux titres, la série de remixes de The Melody s’inscrit dans une démarche bien conventionnelle.




Le MySpace
Lire la suite

Mercury Rev - Yerself Is Steam (1991)

Fin 80's, débuts 90's, une bande d'allumés notoires voire psychotiques -certains comme le chanteur ont effectué des séjours en HP- se retrouvent en répet' pour cuisiner sous substances psychotropes une série de titres plus barrés les uns que les autres. Comment ont-ils fait connaissance ? Euh....de manière assez classique ; ainsi Sean Mackowiak alias la Sauterelle a-t-il simplement échappé à une tentative d'énucléation à l'aide d'une cuillère tenue dans un avion par son voisin de siège Jonathan Donahue.

Le groupe, composé à l'époque de 6 personnes - dont le bassiste Dave Fridmann deviendra l'ingé son doublé du producteur de plein de choses retorses (Flaming Lips, Sparklehorse, Mogwai....)- et sommé par Rough Trade US d'enregistrer son OVNI musical, doit repartir dare dare en studio. La légende veut que les musiciens aient été tellement défoncés qu'il avait fallu l'intervention de tiers lors des répétitions pour leur réapprendre et leur "rappeler" leurs propres morceaux qu'ils avaient oubliés...
Ainsi créé et drivé par un chanteur fou, au sens clinique du terme, David Baker, Yerself Is Steam (même Boris Bergman et Sttellla n'auraient pas osé) va faire un four aux USA où mal distribué -la branche US ayant fait faillite- le disque restera pour quelques mois l'un des secrets les mieux gardés du rock indé. Puis, c'est finalement la presse anglaise qui s'en emparera un an plus tard et fera découvrir à un auditoire interloqué ces morceaux chaotiques et trippants que sont "Syringe Mouth", "Chasing A Bee" ou le bien nommé "Sweet Oddyssee of a Cancer Cell t' th' Center of Yer Heart".

Ici, juste 7 pièces musicales parfois ébauches parfois orgies sonores aux confins du lysergique -la voix sépulcrale de Baker ("Blue And Black", "Chasing a Bee") sont comme autant de punching-balls anéantissants tant règne une folie ambiante dans ces arrangements malades (les flûtes sur Chasing a Bee, les échos sur...Cancer), bref de la musique d'aliénés, de drogués, qui n'est pas sans évoquer Spaceman 3 et dont ne sera pas sans se repaître Spiritualized. L'affaire tourne vite au vinaigre au sein de ce groupe ingérable, puisque 1 an après leur second et très réussi Boces (1993) , le groupe se sépare dans le chaos à la suite du départ de l'incontrôlable et définitivement cintré David Baker. Ce dernier refera surface sous un projet solo, Shady, auteur d'un seul album plutôt intéressant, et les Mercury Rev restants et également amputés de Suzanne Thorpe, Jimi Chambers et Dave Fridmann, continueront l'aventure.

Donahue, passé au chant et Grasshopper, deux des âmes damnées du groupe originel feront florès avec une suite d'albums aimablement psychés.Ils rejoueront au hasard de festivals l'insurpassable "Frittering" de leur premier opus. Mais jamais plus ils n'atteindront le génial bordel sonore de leur chef-d'oeuvre initial.
Car à la manière de Pink Floyd en 68, l'on allait assister à la naissance d'un autre Mercury Rev n'ayant plus de la folie initiale que le nom.

En bref : douce odyssée d'une cellule cancéreuse jusqu'au centre de votre coeur (tout est dit !) : chef d'oeuvre du rock psyché US





Le site officiel et le Myspace de Mercury Rev

Acheter neuf ou Acheter d'occasion

A lire aussi : The Fearless Freaks, The Flaming Lips - Bradley Beesley (2006)la video barrée de "Chasing A Bee"


Lire la suite

09 avril 2008

The Mabuses - Mabused! (2007)


Ce qu'il y a de bien avec Internet, c'est qu'on peut s'y tenir au courant de tout ; qu'il s'agisse de de la vieillerie incunable oubliée de tous et indisponible depuis des lustres ou de la résurgence récente et passée sous silence d'un grand groupe oublié.
Foin de poncifs, c'est ce que j'ai encore pu expérimenter il y a quelques jours, en tapant sans trop y croire les noms de Kim Fahy et Mabuses sur Google. Kim Fahy est ce démiurge génial, britannique de son état mais parlant français comme vouzémoi, qui avait affolé les Inrocks et Bernard Lenoir au tout début des années 90, publiant coup sur coup un premier album éponyme (91), un autre sous le nom de Egomaniacs (projet pas si parallèle que ça en 93) et on en était donc resté à ce pharaonique The Melbourn Method de 94 et depuis plus rien.
Plus rien ? Pas tout à fait ! L'habile Fahy, adepte d'une pop tourmentée et tarabiscotée, louchant à ses plus belles heures sur les Banshees psychédéliques de A Kiss In The Dreamhouse (fantastique album de 82) et de Cure (option The Top avec guitares brumeuses et envolées flamenco ce genre !) sans rien renier aux plus belles expérimentations de musiciens iconoclastes à la XTC ou Wire, avait collaboré il y a peu au Plus de Sucre de JP Nataf, l'ex-frontman des Innocents. C'était peu pour un artiste émergé en plein Madchester et détonnant franchement au milieu de Charlatans et autres minauderies shoegazing à la Wedding Present. L'époque pas avare de planeries psyché nous offraient déjà les futurs-ex My Bloody Valentine (de retour ces jours-ci) avec qui ils partageaient certaines dissonances) et Doctor Phibes and the House of Wax Equations, sorte de revival de l'Experience Hendrixienne. Voila les combos sur lesquels compter à l'époque chez la perfide Albion.
C'est tout cela qui resurgit aujourd'hui, ces soirées à écouter le poste dans l'espoir d'entendre ces inénarables bestiaires où il était question de tuer des pigeons, de barbier cintré et de flash accidenté. Kim Fahy, sur un entrelacs de guitares -dont on ne peut guère retrouver l'élégance luxuriante que chez Johnny Marr- nous narrait ces histoires à dormir debout qui tenaient autant de nos claustrophobies urbaines que d'une descente d'acide.
Fin, racé, lettré, le musicien adepte d'un sampling des plus original -qui a retrouvé tous les extraits de films de The Melbourne Method (j'en suis quant à moi resté à The Haunting, Arsenic and Old Lace + In the Name of the Father)?- et convoquant tour à tour l'étrangeté, l'arpège subtil, la rupture harmonique Beach Boysienne et les accords serrés en 7ème, fait appel ce coup-ci à des blues séminaux (Mirth) dans son nouvel opus, qui reproduit peu ou prou le son d'époque.
Les titres au début déçoivent pour certains car trop uniformes ; ce n'est qu'au prix d'écoutes répétées que l'on se surprend à siffloter ces "Seasider", "Tiger Lilies", "Garden Devils", le reste n'étant pas aisément fredonnable, on s'en doute. Le grain de voix resté intact, et ce juste-au-boutisme mélodique tellement assumé qu'il en devient évident, c'est donc à une agréable surprise que nous convie ce 3ème LP du nom de Mabuses, celui qu'on n'attendait plus. Las, ce disque inclassable (écouter le final de "Destination" !)uniquement disponible en CD se mérite dans tous les sens du terme et sans prétendre égaler ses deux cultes devanciers, mérite qu'on se décarcasse pour le dénicher - pas trop dur en fait, à lère d'Internet, etc, etc... 2008, année des come-back qu'on attendait plus (My Bloody Valentine, Portishead, Mabuses) ; le futur s'annonce réjouissant.


En bref : de la pop biscornue et référencée placée sous le signe de la rétrospective, 
premier album de son auteur en 14 ans.
_
_
Le site officiel de The Mabuses
_
Seasider, extrait du dernier album:

Lire la suite

MSTRKRFT - Bounce/Vuvuvu (2008)

L'électro et le rap n'ont pas toujours fait bon ménage mais le dernier maxi des MSTRKRFT nous redonne confiance: un son lourd (très très lourd...HUGE!), un gros beat, avec un rap de N.O.R.E. sorti de l'enfer sur le titre "Bounce". Le tout pour gentiment te faire headbanger à la maison ou te déchainer sur le dancefloor (vendredi 18 avril au Bataclan par exemple).

Les deux compères canadiens n'en sont pas à leur coup d'essai: Jesse Keller & Alex Puodziukas attaque les standings électro depuis 3 ans maintenant à coup de remixes très punchies, au son facilement reconnaissable (entre autres, ceux des Panthers, de Justice, de Metric...). Depuis leur premier album, "The Looks", sorti en 2006, les MSTRKRFT -ah oui, on prononce "Master-Kraft"- se sont fait une petite réputation et leur album à venir en 2008 est certainement l'un des plus attendus de l'année dans le monde de l'électro-underground (si ce terme veux encore dire quelque chose...).

MSTRKRFT - Bounce (gratuit et légal)

Leur Myspace

P.S.: Pour ceux qui aiment ce style, procurez vous également le titre "Kryptobounce" de DJ Klever, tout à fait dans la même veine.

Lire la suite

Neutral Milk Hotel - On Avery Island (1996)

Arcade Fire, Okkervil River, Bright Eyes, Wilco, Beirut, Wolf Parade, The Decemberist, Caribou, Animal Collective... Il faut savoir que tous ces groupes ne seraient pas ce qu’ils sont sans l'existence d'un disque comme In the aeroplane over the sea, quasi unanimement qualifié Album indé des années 90, du moins de l'autre côté de l'Atlantique. Le genre d'album dont l'écoute nécessite chez moi un cérémonial, une installation toute particulière, comme une addiction (tout comme Funeral, You all look the same to me ou The Stage Names). Mais avant ça, je ne pouvais manquer d'évoquer le premier opus du groupe qui changea la musique indé à jamais.

L'homme derrière tout ça, c'est Jeff Mangum, personnage insaisissable qui nous abandonne avec deux albums, quelques ep et des bouts de bandes magnétiques (qui valent aujourd'hui de l'or). Nul ne sait où il est. Il s'est retiré. Certains prédisent un retour, un coffret d'inédits plus ou moins légal serait en préparation, de faux communiqués sont distribués par des fans dépassés. Seul le leader des Apples in stereo Robert Schneider arriverait à le joindre par mail. Il serait sur la route de Burroughs. Ca me fait penser à l'auteur de comics américain Bill Waterson, papa de Calvin&Hobbes, bande dessinée adulée par la planète, et qui du jour au lendemain a coupé les ponts pour disparaître en pleine gloire.

Dans On Avery Island on retrouve ce qui a fait le succès d' ITAOTS, l'utilisation des rythmes d'Europe de l'Est, de la prog de Canterburry, du free jazz et surtout la création d'un genre, le fuzz folk, aujourd'hui devenu freak folk ou gipsy rock. Sur fond de chronique d'un monde insulaire imaginaire, Mangum ouvre encore tellement de pistes, dans chacun de ses titres, du solo acoustique à la fanfare saturée. Comme d'habitude, sa voix acide et presque fausse peut dérouter. Mais nombreux sont ceux qui n'ont pas aimé NMH à la première écoute. Ils se sont presque tous repentis. Chacun a une histoire de la première fois où il a écouté ITAOTS car cette musique touche au personnel.

Ce disque, qui a fait pleurer Kevin Barnes (Of Montréal), est plein de peine, de confusion, de passion et de folie. Garden head leave me alone ou Naomi annoncent déjà une nouvelle façon d'écrire et de jouer la musique indé, en fratrie avec les gars du collectif Elephant 6, dont Elf Power, Olivia Tremor Control ou Of Montréal. Presque psyché par moment, Mangum sur ce disque continue de commencer à exercer une fascination indescriptible. D'une simple console 4 pistes et un enregistrement home made, la bande déploie des surcharges sonores (lo-fi?) grandioses. Intimes et universels, les mots de Mangum font preuve d'une poésie déchirante qui influencera grandement le travail d’écriture de Conor Oberst notamment, à savoir non pas construire son morceau sur le traditionnel schéma couplet / refrain / couplet mais sur un récit chanté avec un début et une fin.

Seule la dernière plage au titre spirituel Pree sisters swallowing a donkey's eye égare un peu sur un son très expérimental. Le reste est aussi facile d'accès qu'un Sonic Youth ou qu'un Beach Boys. Selon Don Snaith de Caribou, "Le son NMH est caractérisé par un arrangement parfait de mélodies transcendantes et d'une large palette d'idées sonores". Quiconque met une fois le nez dedans en devient gaga. Et l'on rêve à un possible retour de Mangum, un jour, de retour de voyages, avec des tonnes et des tonnes d'histoires à raconter. J'en frissonne déjà.

En Bref : Sans crier gare, en 1996, Mangum et sa bande d’allumés posent les fondations de ce que deviendra le freaks folk moderne, 2 ans avant l’indispensable In the aeroplane over the sea.



Le site officiel de Neutral Milk Hotel

Acheter le Cd ou le Lp ou Acheter d'occasion
_
_
Pour découvrir, Song against sex (pas forcément la meilleure mais l’unique disponible sur Deezer) et une cover sympa de Naomi par un fan :


free music




Lire la suite

07 avril 2008

Festival Garorock - Marmande les 4, 5 et 6 Avril 2008

Le retour du printemps ne se fait jamais sans le retour des festivals. Celui de Marmande, plus grand festival de musiques actuelles du sud ouest, ouvre le bal pour la douzième année. Les Marmandais, les vrais, habitués aux défilés incessants de jeunes en goguette à cette période de l'année, auront préféré laissé volets fermés afin d'éviter de se retrouver confrontés à l'un de ces festivaliers, pas toujours rasé de près. Une fois l'inévitable bouchon déclenché par ce genre de rassemblement traversé, il est déjà l'heure d'entamer la soirée du vendredi, qui verra s'enchaîner de 19h30 à 4h du matin une bonne quinzaine de concerts disparates.
_
Premier inévitable constat: il y a du monde, vraiment! Ca sent le sold out à plein nez et chaque déplacement de quelques dizaines de mètres sur le site s'apparente très vite à une progression machette à la main dans la jungle. Rassemblement dans la grande scène Digitick, le bouche à oreilles fait son effet et il semblerait que la prestation belge de Girls In Hawaï ait été remplacée en lieu et en heure par celle non moins alléchante des californiens de Groundation. L'attente est longue mais finalement Harrison Stafford fait son apparition devant un public assoiffé de musique. Le set, très long, donnera l'impression que la troupe ne veut plus partir mais l'on retiendra surtout le remarquable talent des musicos, que ce soit le batteur ou le trompettiste, qui confirment à ceux qui en doutaient encore que Groundation est bien plus qu'un simple groupe de reggae.
_
Sans le savoir, nous n'étions pas au bout de nos surprises. Malheureusement pour tout le monde, le set des Svinkels, attendu de pied ferme par une foule conséquente, sera complètement dissout par des problèmes techniques ininterrompus qui laisseront un goût amer dans la bouche de nombreux spectateurs se plaignant de ne pas être tenus au courant des changements de programmation, ni de la nature des problèmes. On se croirait presque à la SNCF. Là encore, passons. Les bières pros à 1,5 € et un sandwich éthiopien bio (?) font passer la pilule et permettent de repartir pour un tour. Et cette fois, pour du très lourd.
_
Révélation personnelle sur le festival, les Birdy Nam Nam, que je cantonnais sans savoir pourquoi à une formation dub hip hop de festival ont en fait ravagé la grande scène d'un show électronique ultra dancefloor. Vainqueurs de plusieurs compétitions internationales de dj's, les quatres membres de ce collectif ont déployé avec force effets de lumières au néon un son énorme propulsé par quatre platines en brochette. Ce sera le set le plus brutal du festival, le plus dansant tout au moins.
_
Un café marocain déniché derrière un espace détente conçu en vieux sièges de voitures (normal!), et ça repart pour le gros duo renoi du festoche et l'improbable rencontre entre le public de Marmande et Method Man & Redman. Sans surprise, c'est du bon gros hip hop américain qui sort du mur de baffles érigé sur la scène. Ils semblent avoir leurs fans, et comme je marche à moitié sur mes paupières à cause de la fatigue, je décide de prendre le chemin du retour, non sans m'arrêter quelques instants devant l'électro allemande de Modeselektor, qui semble très efficace mais dont les basses auront très vite raison des mes rotules. Retour hagard jusqu'au camping, jeté de tente, 2 secondes, dodo.
_
Au réveil, vers 12h, l'impression générale est familière: des tentes Queschua à perte de vue, le soleil qui (heureusement) tape, des festivaliers partout largement identifiables à leur mode déambulatoire. J'en viens parfois à me demander lors de ce genre de rassemblement la proportion de gens qui viennent pour les concerts et ceux qui viennent pour vivre 3 jours durant une vie de festivalier, affalé dans l'herbe, entre potes, à jouer au caps en refaisant le monde. Le genre d'après midi langoureuse où l'on n'a rien à faire sinon attendre le soir, et donc errer ci ou là à la rencontre de rencontres. Je flotte alors de groupes de tentes en abris de fortune et mon oreille encore un peu attentive capte par ci par là quelques touches de bon goût, un Jefferson Airplane de ce côté, un ptit Doors de l'autre.
_
Une fois tirée de la torpeur pâteuse et zombinicale de fin d'après-midi, la bande de sauvages reprend le chemin des concerts et tente d'arriver à temps pour la présence de Cocorosie. Fidèles à leur habitude, les soeurs Casady sont accompagnées par leur beat boxeur préféré et soignent un spectacle étrange et définitivement folk, parfait pour nous faire revenir à la réalité. Retour dans les travées, la croix rouge continue sa cavalcade effrénée de gars bourré en gars bourré, normal, et j'ai la bonne idée de croiser quelqu'un au T-shirt customisé, censé rappeler que picole est aussi l'anagramme de police, bien vu.
_
S'en suivra l'enchaînement de groupes typiques de festival (vous voyez ce que je veux dire), Massilia Sound System et le Peuple de l'herbe (High Tone suivant à 3h du mat, bien trop tard pour moi qui ai comme seules munitions alimentaires quelques Pitchs et une pomme). Wax Taylor, que je croyais noir et américain, propose un concert somme toute assez agréable, plutôt différent de ce que l'on a vu jusqu'à présent mais largement recommandable. Mais tout le monde a déjà la tête ailleurs et commence à se rassembler pour recevoir la grande messe scénique hip hop marseillaise de nos années lycée, IAM en personne.
_
Efficaces malgré quelques problèmes de son, les marseillais la jouent old school et nous resservent tous les vieux classiques de L' école du micro d'argent, en passant par Ca vient de la rue et le cheap mais indispensable Le Mia. Le public rassasié et content d'avoir vu au moins une fois IAM dans sa vie (l'émotion était partout palpable) se disperse et se retrouve pour le blind test géant signé 2 Many Dj's. Au passage les Bellrays jouent avec fougue dans le petit chapiteau mais personne ne semble vraiment les remarquer, quel dommage.
_
Au final et malgré de nombreux problèmes techniques à résoudre pour les prochaines éditions (navettes engorgées et irrégulières, son pas exceptionnel, changements de programme au dernier moment...), le festival Garorock qui n'a de rock que le nom (j'ai entendu quelques vannes du genre "Oh c'est plutôt Garalelectro ou Garohiphop"), prouve par sa très grande affluence le succès qu'il opère années après années. Il permet l'espace d'un week-end à la campagne de vivre au rythme des festivaliers, d'errer en tongs une bière à la main un tarpé dans l'autre et d’assister à de très nombreux concerts de qualité. Et ce, même si on se demande encore ce qu'ils ont bien pu faire des Girls in Hawaï...
_
Site web de Garorock

Lire la suite

Think Twice - Coco killed me (2008)

A sa sortie en 2004, Unemployed (FCom), premier opus vindicatif et bavard, laissait présager un bel avenir à ce trio qui fut l'un des premiers, en France, à amorcer un retour au punk-funk, au moment où LCD Soundsystem commençait à s'en emparer. Maintenant que disco new-wave, post-punk garage et autres indietronica sont devenus la norme, le cap du deuxième album aurait pu être fatal à ces franco-irlandais et les noyer dans le flux incessant des groupes hypes jetables. Aurait pu, dis-je. Car la qualité du songwriting apparaît encore plus nettement dans ce nouveau pamphlet, à paraître le 21 avril sur l’excellent label Dialect.

Le plus de Think Twice, c'est son humour noir acide à vous figer la mâchoire, qui pondère un militantisme presque naïf. Moins ouvertement politique que son prédécesseur - très hostile à Bush et son invasion de l’Irak, Coco killed me est une sorte de concept-album qui narre l’histoire d’amour fusionnelle et destructrice d’une rock-star déchue, Neverbeen, et d’une lolita inconsciente en quête de plaisir nommée Coco. Tous deux cherchent un sens à leurs vies absurdes en déambulant dans les méandres de “Drunken City”, mégapole où règnent le stupre et la violence. A cette trame éculée se greffent les émotions successives du couple maudit, de l’insouciance enjouée de “Run baby go run” à l’urgence désespérée de “Dark empire”.

Alliance d’un DJ et d’un bassiste/guitariste français avec un chanteur dublinois, Think Twice parvient à livrer une musique épurée mais terriblement lourde. Pour se plier au protocole, on dira que Think Twice est en jet-lag constant entre New-York et Londres, piochant ici dans la gouaille ska-punk des Clash, là dans la cold-wave de Joy Division et partout ailleurs dans le punk-funk des inévitables Talking Heads. Pas transcendant d’originalité, certes, mais efficace et cohérent. Car il faut en convenir, un bon nombre de petites bombes jonchent le chemin de Coco et Neverbeen vers la délivrance, comme ce “Whiskey in the jar” spacieux et entêtant, où le chanteur Irlandais Macdara Smith montre toute l’étendue de son talent, sans pour autant se départir d’une sobriété toute anglo-saxonne. Ou comme “Last Call”, déjà entendue sur les ondes de Nova, qui s’impose dans un style proche de Tom-Tom Club, avec ligne de basse proéminente, guitares répétitives et claps en cascade. On en redemande.

En bref : Un concept-album séduisant et truffé de mini-hits potentiels, à la fois funky et punky, dansant et désespéré. En ce mois d’avril très chargé en sorties de qualité, il faudra veiller à ne pas oublier Think Twice.



Leur Myspace

_

Acheter le Cd

_

think twice: last call rappel (fleche d'or)



free music


Lire la suite

06 avril 2008

Simone White à la Flèche d'Or

Pour ceux qui n’auront pas la chance d’aller se dandiner sur les mélodies électro-disco de l’Ecossais Calvin Harris, en concert ce lundi au Trabendo à Paris, une belle alternative, peu coûteuse puisque gratuite, se présente le même soir dans la capitale. En effet, la Flèche d’Or accueillera sur sa scène une jolie triplette d’inspiration pop rock. Au programme, le groupe breton Arhter et le quator britannique Battant mais surtout la merveilleusement romantique Simone White.

Produite par le label de Damon Albarn, Honest Jon’s Records, l’Américaine originaire d’Hawaï a sorti cette année un premier album à la fois mélancolique et engagé, I am the man. Une réussite où la chanteuse dévoile sa voix fragile et irrésistible, sur des arrangements subtils aux doux cuivres. L’occasion est donc trop belle, pour pas un kopeck je le répète, de découvrir cette artiste ce lundi à la Flèche d’or. A bon entendeur, salut.

Le myspace de Simone White
Le site de la Flèche d’Or

Lire la suite

05 avril 2008

Klaus Schulze - Moondawn (1976)

Des sourates en langue arabe résonnent, enveloppées peu à peu par d'inquiétants bruits électroniques pointillistes. Des cloches, des hululements et des nappes s'avancent puis s'évaporent. Une tension se crée, sorte de suspens très languissant. La musique prend la mesure du temps. Silence, l'artiste compose. Huit minutes en apesanteur et une nouvelle envolée de synthétiseurs s'annonce sur un beat voilé. Moi, d'être à nouveau happé, comme emporté au large. Au final, près d'une demi-heure de délicate suspension. Et un ramassis d'impressions sur ce premier titre de Moondawn, justement nommé « Floating ».

Nous sommes en 1976 et depuis quelques années, en Allemagne, l'on peut assister à la naissance de la musique « ambient », même si l'ampleur du phénomène dépasse les frontières étroites de ce terme. Le rappel vaut ce qu'il vaut, mais à l'époque où Kraftwerk décollait et pop-isait les recherches expérimentales des pères fondateurs germaniques et français, le compositeur berlinois Klaus Schulze s'associait, lui aussi, à la révolution électronique. A la toute fin des années 60, il participe aux débuts de deux mythes teutons, Tangerine Dream et Ash Ra Tempel, puis se lance rapidement en solo. Il étrenne les nouveaux synthétiseurs; et tout spécialement le « mini moog », et emprunte les pistes du rock psychédélique, de la musique répétitive et des travaux d'avant-garde. Il introduit les percutions électroniques avant ses camarades de Dusseldörf et se pose en créateur du « space rock ». En véritable machine, l'homme enchaîne les disques et peut désormais en mettre plusieurs dizaines à son actif, variant de registres selon les périodes et s'imposant comme un des expérimentateurs majeurs de la musique moderne.


En pleine vague cosmique et hypnotique, et à grands renforts de « moog », Klaus Schulze livre ses plus belles productions dans les années 70. Timewind sort en 1975, Moondown en 1976 puis vient son plus gros succès Mirage, en 1977. A défaut de pouvoir admirer le maître en concert, sa date parisienne venant d'être annulée, je ne pouvais réprimer l'envie d'évoquer ici son oeuvre. Moodawn fait incontestablement partie de ses plus beaux joyaux. Une symphonie magistrale et sombre, servie en trois actes. Trois titres entre ciel et terre, de plus de vingt minutes chacuns. Trois pièces fines qui permettent de prendre l'ampleur du travail du Berlinois. Usage extensif du synthétiseur, bruitisme, répétition et nappes entre autres innovations de ce pionnier de la musique électronique. Est-ce encore nécessaire de vous signaler qu'il s'agit là d'un artiste incontournable ?


En bref : Un classique de la musique expérimentale allemande des seventies et une légende pour les disciples du courant de l'électro « ambient ». Indispensable.





A noter : Klaus Schulze a sorti en juin dernier un nouvel album, Kontinuum, sur le label Synthethic Symphony. Il est dispo chez tous les bons disquaires.


Le myspace de Klaus Schulze.


A lire aussi : Tangerine Dream - Stratosfear (1976) et Kraftwerk - Le mystère des hommes-machines (2004)



Lire la suite

MGMT - La claque !


Nous l'avions annoncé... et le buzz semble maintenant bel et bien démarrer... en témoigne la couverture de ce nouveau numéro de Tsugi...

Pour ceux qui n'auraient pas encore découvert MGMT, n'attendez plus et visitez leur page myspace.

A lire aussi : MGMT - Oracular Spectacular (2008)


Lire la suite

03 avril 2008

Nôze - Songs on the rocks (2008)

C'est vrai que je vous en fais bouffer, du Nôze, depuis quelques temps. Pas ma faute si les deux allumés aux chapeaux de paille remuent la routine du petit monde électronique à chacune de leurs saillies phonographiques. Comme je vous le disais, non sans excitation, le mois dernier, leur troisième album est déjà sur la rampe de lancement du label allemand Get Physical. Propulsion annoncée pour le 26 avril. Je dois dire que dès les préliminaires, Songs on the rocks a su me procurer une belle érection : c'est exactement l'album que j'attendais, tout aussi foutraque que leur précédent How to dance, mais davantage calibré pour séduire les masses.

Finies ou presque les errances instrumentales et bruitistes, Nôze fait désormais dans la chanson. Comme ils avaient pu le faire sur certains de leurs meilleurs morceaux (« Love Affair », « Kitchen » ou l'imparable « Remember love » - « N°1 techno track of 2007 » d'après le très influent Pitchfork et présent ici plus d'un an après sa sortie en maxi), Nicolas Sfintescu et Ezechiel Pailhes, sans se prétendre chanteurs, donnent de la voix avec une énergie hors du commun, passant de l'éructation façon cancer de la gorge à des choeurs moelleux et funky. Leurs paroles témoignent d'un esprit potache attachant, dénué de toute sophistication, entre incitation à la beuverie (« You have to dance to this / You have to drink all night ») et enfantillages dadaïstes. La palme de l'absurdité revient à « L'inconnu du placard », vaudeville sonore sans queue ni tête qui décape d'emblée les écoutilles : « Quand je te vois le matin / Mon amour / Tous les jours / Je bois du vin »... Si le duo insiste lourdement dans cette veine paillarde, il se permet cependant un détour par la chanson d'amour, sur le très sensuel « Danse avec moi ». Pour l'occasion, ils invitent la délicieuse Dani Siciliano, souvent entendue avec Matthew Herbert, à chanter en français avec son sensuellissime accent. Et puisqu'on parle d'Herbert, la prod luxueuse de ce titre, avec ses cordes enveloppantes, rappelle incontestablement les grandes heures du magicien britannique, à l'époque où il sévissait sous pseudo Doctor Rockit.


Difficile, par ailleurs, de caractériser le son de Nôze, conglomérrat de micro-house, d'eurodance, de musette, de jazz éthiopien (« Ethiopio »), de chants slaves et de blues (« Childhood blues ») – plus disparate tu meurs... Boris Eltsine, qui nous lit sûrement depuis le paradis des ivrognes, n'aurait certainement pas dédaigné entonner, visage écarlate et haleine au kérozène, les airs russisants de « You have to dance » et « Little bug ». Des titres qui gravitent - je sais, c'est improbable - entre « Le petit bonhomme en mousse », « Kalinka » et la minimale allemande.
Je ne vais peut-être pas me faire des potes en disant ça, mais lorsqu'on voit l'énorme buzz que suscitent des albums médiocres comme le dernier Hot Chip, on ne comprend pas comment des artistes aussi brillants que Nôze peuvent rester aussi confidentiels.

En bref : Deux doux dingues parisiens se brisent les cordes vocales sur des rythmiques minimales avec une paillardise que l'on jugera, au choix, géniale ou affligeante. Un album qui ne ressemble à aucun autre.




A noter : En live, l'hystérie de Nôze est décuplée, comme j'ai pu en juger lors d'un mini-concert à la Bellevilloise. Ne ratez surtout pas leur prochaine apparition, le 16 mai au Bataclan ! Nos amis québecquois pourront quant à eux les voir le 30 mai au festival Mutek de Montréal.

Leur Myspace


Lire la suite

She and Him - Volume one (2008)

Un nouveau disque de Matthew Ward, alias M. Ward, songwriter américain de génie, forcément, c'est une belle surprise. Cependant, d'emblée, apprend-je qu'il ne s'agit point d'un projet solo du folk singer de Portland mais d'une collaboration, sobrement baptisée She and Him. Petite déception.

« Him », on aimerait ne plus avoir à le présenter, si éclatante fut la démonstration de son talent lors de ses quatre premiers albums, dont le dernier en date Post-War, sorti il y a plus d'un an. « She » c'est Zooey Deschanel, charmante actrice brunette, aperçue notamment dans le film de Cameron Crowe Almost Famous, et chanteuse à ses heures. Pour ce qui se révèle être son premier disque, baptisée par ailleurs Volume one, la néophyte s'empare du micro, son comparse prenant en charge les instru et la production. Je suis légèrement surpris par cette association mais l'envie de retrouver la patte acérée de l'Américain me taraude, son apparition dans l'album Cassadaga de Bright Eyes l'ayant rappelé intensément à mes bons souvenirs. She and him, premières écoutes.


La voix de Zooey Deschanel surgit soudainement, comme sortie de nullepart, pour le premier titre du disque, « Sentimental heart », accompagnée sur la pointe des pieds par les accords distants d'un piano. Un violon bondissant entre très rapidement en action. L'organe puissant de la chanteuse rassure, oscillant entre vibrations folk seventies et clarté pop. Cette première impression sonore, plutôt plaisante, se vérifiera tout au long de ce Volume one. L'actrice, à l'origine de tout mon scepticisme je dois l'avouer, tire son épingle du jeu. Douce, réconfortante et légèrement hippie, elle assure au chant et peut se prévaloir de la composition de la quasi-totalité des chansons, à l'exception de deux-trois reprises. De l'ensemble se dégage nettement une atmosphère folk assez rétro, généreusement baignée par le soleil de la west coast, apaisée et bienfaisante. Un parfum de Flower Power.

Quelques morceaux (« Take it back » par exemple) laissent cependant davantage filtrer le spleen de M. Ward, exposé dans ses albums solo. L'orchestration ne cesse par contre pas de nous inviter à mettre en marche la machine à remonter le temps. A base de guitare acoustique mais aussi de banjo, harmonica, thérémine ou encore tambourin. Il paraîtrait que le duo partage une vive passion pour les vieilleries country et autres hérauts de la folk song. On n'ose en douter.

La voix de Matthew Ward se faufile sur quelques titres. Discrètement pour une belle reprise de Smokey Robinson, « You really gotta hold me », puis avec splendeur pour une autre réinterprétation. Le duo s'empare de « I should have known you better » des Beatles pour en donner une étonnante version tahitienne, sublimée lors des refrains par la candeur et la classe de M. Ward. C'est délicieux. Je dois le confesser, j'aurais évidemment préféré explorer un nouvel opus du dit compositeur de talent mais je ne regretterai jamais d'avoir été présenté à Zooey.


En bref : Un bien joli disque de folk songs imprégnées des traditions ricaines à cordes, et finement produit. Un album d'un autre temps, à ne pas louper ne serait-ce que pour la reprise de « I should have known you better » des Beatles, et la présence de Matthew Ward.




A noter : l'album est sorti au mois de mars aux Etats-Unis et devrait débarquer en France courant avril.


Le myspace de She and Him.


Acheter le Cd ou le Lp

_

A lire aussi : catégorie folk.


Lire la suite