27 juin 2010

Spiritualized - Ladies And Gentlemen We Are Floating In Space (1997)

La légalisation des drogues douces est bien évidemment encapsulée voire justifiée par cet homme-là ; et ce n'est même pas un fumeur qui vous parle ! Notre homme le Jason, Pierce ou Spaceman selon les avatars, depuis le légendaire Spacemen 3, est le dépositaire incontesté d'un rock drogué et hallucinogène qui telle une vague, emporte tout sur son passage !

Exeunt donc, les Dandy Warhols, Brian Jonestown Massacre ou autres Warlocks, pourtant auteurs de deux ou trois choses intéressantes, mais qui ne sauraient rivaliser sur la durée et en inventivité avec le quatuor (devenu protéiforme) de Rugby, Warwickshire.

En 1997, sortait cette chose, en fait le grand oeuvre de la bande de Jason, peut-être vaguement titillé par le magnifique Let It Come Down de 2001. Jusque là, le groupe évoluait dans des sphères stratosphériques, encore empreintes des influences garage fuzzées de Spacemen 3. Là, on allait complètement passer à autre chose, entrer dans une autre dimension, à l'image du titre de la pochette.

Tiens, la pochette, parlons-en ! Déclinée en armoire à pharmacie, avec quel que soit le support (vaste digipack ou double vinyl devenu collector pour une absurde histoire de pressage initial foiré) une posologie longue comme le bras, prescriptions et effets indésirables multiples -("écouter Spiritualized de façon prolongée peut nuire à votre santé psychique, ou entraîner la somnolence au volant, ce genre..."), ce disque se veut une odyssée qui de sourde et mélancolique s'achève en chaos bruitiste totalement déprimé. Il faut dire qu'il y a de quoi : Jason déjà en proie à ses démons intérieurs et pharmaceutiques, se voit du jour au lendemain larguer par sa douce organiste, la très photogénique Kate Radley,

"Ladies....", déjà naît sur le fil du rasoir pour une histoire contractuelle de sample d'Elvis refusé par les ayant-droit sur le morceau-titre, et dont la version originelle se monnaye, est à la trance soul psychédélique, tout ce que les affreux Simple Minds avaient raté sur tel disque à prétention gospel de mes deux, dans les sordides années 80. La comparaison peut sembler inique, et elle l'est, mais il n'est qu'à mesurer le traitement différent que l'on peut faire de mêmes instruments : où comment une batterie pachydermique peut se transformer en tempo gracile, comment des choeurs black féminins réfrigérés et convenus peuvent en arriver à faire fondre la banquise, comment de lourds et patauds cuivres (midi, of course, tu parles !) et claviers peuvent être frappés du sceau du groove, un groove lancinant et obsédant, il est vrai !

"Ladies...." est une magnifique chanson en boucle, qui fonctionne autant de par sa mélodie apaisée que par ses contre-chants tourbillonants et en chorale. Mixé à "Come Together", sans doute l'un des titres les plus usités dans la pop moderne (les Fabs, Primal Scream, etc), et à son feedback vertical, les choeurs soul se déchaînent dans une gigantesque partouze cuivrée dans le final. "I Think I'm in Love" démarre en planerie liturgique avec son orgue en ré, sa basse fretless et sa guitare wah-wah, pour tout d'un coup, se mettre à dépoter dans une longue jam aux frontières du gospel, irrésistible !

Si "Electricity" renoue avec les antécédents garage survoltés précités, la délicate ballade "Stay With Me" et son amusant emprunt à l'horrible scie "Take My Breath Away", est une poignante ode à Kate Radley. Au fur et à mesure que l'album se déroule , la durée des chansons s'allonge, et l'auditeur comprend qu'il est confronté de façon inévitable à la psyché tourmentée de son auteur. Tantôt free et cacophoniques, (les instrumentaux "The Individual", "No God Only Religion"), les plus belles pièces de l'album, toutes plus déchirantes les unes que les autres, défilent sous nos esgourdes transies d'émotion, car cet album est vivant, a un feeling, un vrai, pas de ceux qui obéissent aux cahiers des charges des maisons de disques ni aux parts de marché !

C'est ainsi l'incommensurable tristesse de "Broken Hearts", ses cordes déchirantes, sa mélodie de cor à pleurer, l'infinie quiétude où affleure un tant soit peu la rédemption de l'artiste maudit (le gospel "Cool Waves", et ses envolées de flûte enchanteresses).

Jusqu'au morceau qui résume à lui seul l'humeur de l'oeuve, cet abyssal et sans concession "Cop Shoot Cop..." et sa tirade définitive "There's a hole in my veins where all the money goes..." ; on a compris le message opiacé...
Quelques notes de piano, des éruptions de guitare et de sax, des choeurs qui s'évanouissent dans un songe ; cette odyssée de 70' laisse son auditeur pantelant sur une ultime profession de foi.

En bref : le disque ultime d'un genre très souvent décliné, l'odyssée cosmique planante, empreinte de soul psychédélique. Rarement cependant, telle oeuvre aura dans son achèvement, incarné pareil songwriting et émotion conjugués.






le site officiel et le Myspace

Acheter sur Ebay

"I Think I'm in Love" :

6 Comments:

Francky 01 said...

Ce n'est pas un disque ordinaire que ce "Ladies...". Comme tu l'as si bien dit, c'est une véritable odyssée cosmique, une longue transe aux groove psychédélique, une ode à l'infini, au superbe et à la beauté malade !!!
Depuis que je l'ai découvert il y a que 2/3 ans, je me rends compte à quel point c'est peut être un des projets majeurs des années 90. Un revival "space rock" digne des grands disques de Hawkwind, King Crimson et même d'un chantier aussi ambitieux que l'a été "Electric Ladyland" !!!

Le grand Œuvre de Jason Pierce. Son dernier "Songs in A&E", bien qu'en dessous et n'affichant pas la même ambition, est très bon et réussi aussi.
Bravo, excellent papier qui donne vraiment envie de partir à bord de l'aéronef "Ladies & ...." !!!

A + + +

Ju said...

Ah, le grand retour du Nickx avec une chronique pleine et passionnée ! Je me suis donc plongé dans ce disque cette semaine, et c'est vrai que c'est un sacré gros morceau.

Je rajouterais qu'il y a quand même pas mal de passages un peu "difficiles", notamment la fin de "No god only religion" où il faut franchement s'accrocher. Les 70 minutes ne sont pas de tout repos.

Je ne sais pas si tu l'as déjà lue, mais voici une chronique d'un autre passionné de ce disque : http://www.xsilence.net/disque-1547.htm

Bises
Ju

Ju said...

En tous cas j'adore "Cool waves" et of course "Ladies..." !

Slawyer said...

Un grand merci pour cette chronique et cet album que je découvre à ma grande honte 13 ans après sa sortie!

Sur iTunes pour le prix de l'album il y a toutes les versions démo et autres, 47 morceaux en tout, et ça vaut le détour...

Très belle chronique en coup dans le coeur ;-)

Ju said...

Bim! : http://cgi.ebay.fr/SPIRITUALIZED-LADIES-GENTLEMAN-12-x-CD3-BOXSET-/120580552745?cmd=ViewItem&pt=Music_CDs&hash=item1c13293829

Metanoia said...

Oh j'aurais tellement aimé avoir l'occasion de voir ça en live. Un de mes albums cultes. (bon OK il y en a beaucoup!)
Bonne chronique!