14 décembre 2018

Smashing Pumpkins - Pisces Iscariot (1994)

Lui, c'est l'anti Ray Davies. Le songwriter que l'on aime détester... ou que l'on déteste aimer, c'est selon. Il faut dire qu'il a cherché les embrouilles. Il, c'est Billy Corgan; leader des Smashing Pumpkins, le Frank Leboeuf  du grunge dans l'autre groupe de ce mouvement au succès colossal.



Si l'on ajoute que le grunge fut l'un des mouvements les moins intéressants qui soient sur les plan musical et esthétique, que Corgan se risqua jusqu'à critiquer le défié Cobain "[il] ne me touchait pas de son vivant ; sa mort n'a rien changé" et pas mal d'autres petites péripéties, le gars a cultivé un parcours erratique.
Qu'on en juge, refus de refaire deux fois le même disque, un cadavre découvert chez Billy Chamberlin, batteur historique du groupe, pire gimmick à la Spector qui soit, jusqu'à cette série de disques navrants que le groupe donc Billy Corgan featuring... n'en finit plus d'enquiller depuis les vrais-faux débuts de Billy en solo. Bon on peut parler musique maintenant ?

En 1994, les Smashing Pumpkins sont (parmi) les maîtres du monde. Il viennent en effet de publier coup sur coup Gish en 1991 et Siamese Dream en 93, albums qui pour être racoleurs et monochromes, se révèleront de vrais best sellers.

Assez vite et sans intention de capitaliser, les chicagoans choisissent de publier un album qui trouvera preneur chez les journalistes (disque du mois chez Rock and Folk) et les critiques en général. Pourtant constitué de chutes de studio des  LP's, de nouveaux morceaux composés pour l'occasion et de deux reprises étonnantes ("Landslide" de Fleetwood Mac et une Hendrixienne cover du "Girl from Sandoz", des Animals) voici que ce Pisces Iscariot (du nom biblique de Judas) enchante et captive in extenso. L'album que sauvent les réfractaires aux Smashing Pumpkins ? C'est bien possible mais pas que. Quelques broutilles telles que le gargantuesque Mellon Collie and the Infinite Sadness (95) et Adore (98) achèveront également de convaincre que Smashing Pumpkins sait aussi composer de sacrées chansons.

Qu'elles sonnent démos enregistrées dans la chambre ("Soothe) ou bien plus aériennes ("Obscured", superbe !) les ballades sont invariablement émouvantes. James Iha y va même de sa bluette qui n'aurait pas déparé un Pastels ou un My Bloody Valentine des débuts ("Blew away").

Les brûlots ne sont pas en reste ("Frail and bedazzled", "Plume", "Pissant', "Hello Kitty Cat") et ne sont en rien inférieurs aux morceaux qui avaient jusqu'alors pignon sur rue.

Cerise sur le gâteau, un grand (plus de 10 minutes) morceau psychédélique ("Starla") offre un crescendo totalement jouissif sur lequel Corgan et Iha se déchaînent. La trippy et bien nommée "Spaced" clôt un disque à la fois rêveur et très mélodique.

Enfin, et ça n'est le moindre des atouts de ce disque, la retenue du frontman des Citrouilles ravira pour une fois ceux qui pour des raisons que l'on peut entendre, étaient rétifs à son art vocal. Un beau disque sans esbroufe. Toujours se méfier des albums à profil de vraie-fausse compilation

En bref : où B sides et outtakes se montrent à leur avantage et remportent parfois par KO la compétition qui les oppose aux hymnes officiels du groupe chicagoan.

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