30 décembre 2018

Julian Cope - Jehovahkill (1992)

Déjà la pochette de Fried (1984) lançait le propos. Revenu des années Teardrop Explodes, aimable mais pas essentiel groupe de la scène Liverpuldienne new-wave, Julian Cope paraissait en mauvaise redescente, recouvert d'une carapace, déguisé de fait en tortue.

Notre homme obsédé de rock psychédélique et de krautrock (on lui doit d'ailleurs une somme sur le sujet, le mythique Krautrocksampler n'aurait de cesse de repousser ses propres limites au meilleur de ses années Island.

Assez paradoxalement, l'autre gallois solo qui compte se révèle plutôt sobre sur cet opus en regard des fabuleux albums de la période Echo à suivre : Autogeddon, 20 Mothers et Interpreter respectivement parus en 1994, 1995 et 1996.

Beaucoup des titres qui composent Jehovahkill, ses trois faces et sa dernière joliment etched (c'est-à-dire non gravée et recouverte d'un dessin) sont le fruit d'une guitare, d'une basse et d'une batterie. Et par-dessus la voix de ténor de Julian qui n'a jamais autant évoqué celle du grand John Cale, et à un degré moindre Nick Cave à son plus blues ("No hard shoulder to cry on").

"Soul desert" démarre par un merveilleux crescendo et instille cette atmosphère intimiste et paranoïaque de l'album. Un peu de tremolo, un chouia de wah wah suffisent avec les mélodies qui vont avec à donner la chair de poule - le "Don't take my life away" hurlé sur "Know (Cut my friend down)". D'autant que la spiritualité, le mysticisme sont devenues les marottes de Cope qui se rêve christique ("Akhenaten") ou bien évoque l'orientation des pierres mégalithes de Callanish dans les Hébrides ("Up-wards at 45°"), dont la pochette se fait écho. Tout est prétexte  à un défoulage en règle sur la religion et à la célébration du paganisme.

La relation conflictuelle avec Island, la démesure et la mégalomanie toujours appréciées chez le gallois concourent à faire de son huitième album solo une délicieusement irrespirable descente aux abîmes. Dès la deuxième face, la démarche ligne claire est quelque peu remise en question ; un kraut et ses rythmiques furieuses empruntées à Neu prend le relais ("Necropolis", "The subtle energies commission"), une transe un peu niaise telle que seul Julian Cope sait les rendre irrésistibles. ("Poet is priest..."), un hymne mégalo ("Julian H. Cope") qui devait d'ailleurs initialement être le titre de l'album, lui emboîtent le pas.

Et tandis que "Fa-fa-fa-fa-fine" introduit un faux apaisement pop, la psyché tourmentée de J.C repart de plus belle avec l'infernal et unique single "Fear loves this place" qui justifiait à lui seul l'achat de l'album à sa sortie... et accessoirement du fait de son aspect chtarbé augurait d'un flop prévisible quant aux chiffres de vente de l'album. "The tower" terrifiant enfonçant le clou. Jusqu'à l'auto-citation finale ("Peggy Suicide is missing").

Le problème de Julian Cope ne vient pas de son opulente et passionnante discographie, ses multiples projets dans lesquels il est parfois ardu de se retrouver, mais bien de sa rareté. Erudit du rock (il connaît le moindre single perché paru sur les terres françaises), il ne fait qu'écumer depuis trop longtemps les multiples psych fests dont il est souvent l'initiateur. Dans son uniforme désormais célèbre de prophète de cuir d'apparence crypto-gay, casquette incluse. Raison de plus de se repaître de ses impeccables disques.

En bref : peut-être pas le disque le plus représentatif du Druid. L'un de ses plus maudits certainement. Une oeuvre à part en tout cas qui sous des dehors bordéliques à mi-parcours est d'une grande homogénéité.

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