17 juin 2019

Novalis - Banished Bridge (1973)

Cousins d'écurie de Neu!, Amon Düül, Jane, Cluster, Klaus Schulze ou autre Guru Guru au sein du remarquable label Brain, le groupe de Hambourg est généralement le laissé pour compte du krautrock.

Même si en vérité, ce quatuor qui tire son patronyme d'un poète et philosophe allemand romantique dont il adapte les textes, est davantage un groupe progressif au sens mélodique et ouvragé du terme qu'un groupe d'incantations.

Mais de la même façon que Kraftwerk - avec lesquels Novalis partage une aisance de compositions au format chanson - et du fait de l'inclusion de certains éléments "motorik"et de bruitages naturalistes, le terme de kraut n'est pas totalement usurpé.

Témoin aussi le remarquable dépouillement graphique de Banished Bridge qui emprunte autant à Neu! qu'à Faust.

Il n'empêche et pour faire court,  les quatre de Novalis doivent davantage leur son et leurs gimmicks de composition aux plus estimables groupes prog de la perfide Albion à laquelle fait écho le chant en anglais choisi par la formation - assez curieusement ils reviendront et définitivement à leur langue natale dès le deuxième album (Novalis - 1975). On est donc plus proche de King Crimson ou de Pink Floyd que de Yes. Point et c'est heureux, de solos démonstratifs et onanistes chez les Hambourgeois. Ce qui de fait éloignerait même ces gens du prog et les ferait davantage dériver vers la pop chiadée "à tableaux" de groupes ambitieux sans être bavards tels que les très estimables Caravan.

Ou mieux, à la pop symphonique de Vanilla Fudge voire celle de Procol Harum : la longue et enivrante pièce de 17' qui donne son titre à l'album. Attardons-nous sur ce titre qui occupe toute une face : dans le chant susurré de Jürgen Wenzel qui n'est pas sans évoquer aussi les ambiances doucereuses de Fantasy, on franchit une sorte de gué entre planeries Floydiennes et dans les moments les plus lents, une sorte d'adagio irrésistible. Qui s'achève dans la majesté toute romantique et funèbre de la Ronde du Sabbat de Berlioz citant le thème de Dies Irae. C'est en tout cas l'esprit du disque.

Les claviers de Lutz Rahn sont bien sûr omniprésents. Il n'y a pas de guitare électrique ici  : tout juste un vague strumming  sur la coda de "Laughing", l'une des quatre compositions de ce disque qui ne fait pas dans le chichi. Sa durée n'est que de 37'.

Novalis redevenu germanophone fera florès et sera prophète en son pays et pas seulement. Mais assez curieusement, qu'il s'agisse de la vox populi ou bien des thuriféraires et défenseurs de ce groupe, peu de personnes pour louer ce premier essai à sa juste valeur. Il s'agit pourtant d'un superbe album. De loin son meilleur.

En bref : généralement ignoré, minimisé ou laissé pour compte dans les annales du rock kraut/ prog allemand, il faut redécouvrir ce premier album de Novalis, sans soute pas le plus vendeur ni le plus connu mais à coup sûr le plus enivrant.

2 Comments:

Ju said...

Quelle chtuerie ! Je viens de l'écouter au casque dans le jardin avec un petit whiskey j'ai voyagé loin. Merci !

Nickx said...

Be my guest !
Oui ce disque est excellent et mérite vraiment d'être redécouvert.
J'imagine que les petits oiseaux du début doivent être bien trippants au casque.