10 janvier 2019

Dirigo Rataplan - S/t (2018)

Music and More: Devin Gray - Dirigo Rataplan II (Rataplan ...Le mot "Jazz" vous évoque un peu une musique à papa pour  vieux bourgeois, et vous n'avez pas complètement tort, puisque l'industrie est passé par là, et a aussi laminé un genre inventé au départ par des nègres enragés qui n'ont eu de cesse de vouloir se réapproprier une musique colonisée par le capitalisme blanc (voir le livre Free Jazz/Black power). Heureusement qu'il y en a pour secouer le cocotier académique, et envoyer valser le swing obligatoire, l'impératif catégorique ternaire, les II/V/I ad nauseam genre "les feuilles mortes", et la structure thème/chorus/thème.

Dirigo Rataplan, c'est un condensé de jazz moderne à l'ADN 100 % newyorkais :  un djeun qui n'en veut, Devin Gray, à l'origine du projet et des compos, batteur aux fûts complètement de traviole pour plus de vélocité, inventif, spectaculaire, très jazz dans sa technique mais gros cogneur quand il le faut (New-York est sans doute la ville qui a produit le plus grand nombre de batteurs prodigieux sur le moule de Jim Black); autour de lui, trois vieux de la vieille, directement issus de la scène downtown née dans les années 80, scène à qui l'on doit le jazz le plus excitant qu'on ait pu entendre après le free des années 60 et sa bifurcation vers la free music dans les années 70 : Mark Formanek à la contrebasse, Dave Ballou à la trompette, et le très grand Ellery Eskellin. Autant dire que la qualité musicale qui ressort de tout ça est très très élevée.


Keep (it) Swinging: June 2012

On reste dans l'esprit d'un groupe comme Bloodcount de Tim Berne, qui reste mon préféré de cette scène. Mais sans le côté âpre, chaotique-et-dans-ta-face hérité du free guerrier 70's à la Brotzmann, et avec plus d'espace pour l'impro libre et le groove. La formule musicale est la suivante : des structures thématiques ambitieuses, de l'improvisation harmonique mais surtout des plages d'impro libre assez longues, mais qui s'enchaînent les doigts dans le nez avec le retour du thème ou des mises en place virtuoses. Rien ne sonne expérimental, personne ne hurle ou se la joue Merzbow-harsh noise croisé avec machine gun. Ellery Eskellin joue à la perfection la nuance piano, voire pianissimo  à la frontière du son et du bruit blanc. On l'adore avec Han Bennink, Marc Ribot, Jim Black, mais il a trouvé dans ce groupe de quoi assouvir ses envies de nuances.

En Bref : un parfait équilibre entre écriture savante et liberté dans l'improvisation. Le Jazz moderne et vivant.

1 Comment:

Anonyme said...
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