22 septembre 2018

The Pretty Things - S.F. Sorrow (1968)

Et un Graal, un. En 1968, les Pretty Things ne sont déjà plus des perdreaux même s'ils n'ont que 24 ans de moyenne d'âge. Déjà quelques albums au compteur comme tous leurs congénères. Adoubés et établis pour leur savoir-faire en rythm and blues rauque et puissant dans la lignée des Stones, ils débarquent en 1964 avec des hits furieux ("Rosalyn", "Midnight to six man") et de l'avis général, surpassent tout le monde en sauvagerie mal peignée, brutalité lad sur scène : plus bruyants que les Who, plus chaotiques que les Kinks, on ne voit guère que les Move pour leur disputer plus tard le titre de titre de groupe le plus dangereux du British Beat. Et à la rigueur, leurs indomptables et magnifiques cousins des Pays-Bas, les Outsiders.


Fauchés, garnements, plus respectés que réellement fers de lance d'un mouvement auxquels ils appartiennent légitimement, le groupe du chanteur (souriez, vous êtes) Phil May et de son acolyte au bouc inhabituel Dick Taylor (de la première mouture des Stones) sont ce binôme signataire de tant de perles pop. Le virage baroque arrive comme pour les copains avec Emotions, album maudit, renié et pourtant essentiel dans la décennie triomphante du rock anglais.

Pour sa cohésion, sa maîtrise de bout en bout, le public et l'histoire préfèrent retenir cette singulière histoire d'un jeune worker désargenté, Sebastian F Sorrow que les Pretties mettent en musique dès la fin 67. Comment leur donner tort ? Là où les Beatles pourtant débordants d'idées commencent à s'embourber sous des tonnes d'arrangements et d'effets de production, les enfants terribles de la pop anglaise les battent sur leur propre terrain, proposant 13 vignettes en 40 minutes chrono, d'une rare finesse.

L'un des premiers concept-albums de l'histoire britannique, S;F Sorrow est probablement le meilleur par sa concision, la perfection de ses thèmes, la classe de son interprétation ; c'est un produit Abbey Road, enregistré en même temps que Sergent Pepper... ou The Piper Gates Of Dawn.

Le duo May / Taylor accompagné de ses fidèles serviteurs John Povey et Wally Waller s'enrichit en cours de séances du batteur fou Twink, figure de la pop made in Albion qui vient de quitter Tomorrow et collaborera juste après ..Sorrow avec les Pink Fairies.

Conçu comme un voyage bipolaire dans une psyché d'abord insouciante puis tourmentée, S.F Sorrow est une ode aux mythiques faces A et B. Phil May se révèle lumineux, caressant lorsqu'il fait prendre à son personnage son envol sur des tapis de sitar et de guitares à l'envers ("S.F Sorrow is born", "Bracelets of fingers", "She says good morning"). L'horizon s'obscurcit dès les titres enchâssés suivants ("Private sorrow", "Balloon Burning" et "Death") qui voient le jeune Sorrow subir les affres de la conscription après les vertes années.

Arrive l'incontournable "Baron Saturday", dans lequel Phil May incarne avec sa voix de chat écorché un Lennon plus vrai que nature. Cette figure essentielle de l'imagerie haïtienne devient prétexte à des morceaux remuants et réellement habités avec comme point d'orgue le magnifique "I see you". Véritable morceau de bravoure du chanteur-leader, ce titre en forme de jeu de miroir flippé entre Sorrow et son double demeurera l'un des classiques du groupe toutes époques confondues.

Jusqu'au tendre et mélancolique "Loneliest person" des plus poignants, on cherche en vain la faute de goût, le maillon faible de ce disque majeur. Il n'y en a pas.

En bref : très grand disque de l'époque dorée de la pop anglaise. Signé par l'un de ses groupes phares dont le legs n'est pas toujours reconnu. Les connaisseurs eux, savent.





https://www.youtube.com/watch?v=AZyNaqg27dA
https://www.youtube.com/watch?v=jQPi9jdouSs

2 Comments:

HIPHOP said...

du coup je l'ai réécouté (mais il me semble que tu as déjà chroniqué ce disque, ou alors c'est moi qui suis sous substance...)
c'est vrai c'est beau, et pourtant je suis pas un aficionado de la pop
à part les beatles, les zombies, et les groupes de pop expérimentale japonais, j'y connais rien,
J

Nickx said...

Non non, je ne l'avais jamais chroniqué même si comme tant d'autres albums, je l'avais "sous le coude" depuis des années.
Déjà les Beatles, les Zombies, les Pretty Things et pour peu que tu ajoutes la sainte trinité Kinks / Who / Beach Boys, tu es bon mon Jéjé.
C'est parfois mieux qu'un énième bootleg de Napalm Death ou de Massacra.