11 avril 2018

Cardiacs - Sing To God (1996)

Dès le titre de ce 7ème album - chiffre magique dans bien des discographies - tout est dit ; car on tutoie ici les anges.
Cardiacs, né des cendres de Cardiac Arrest, mythique combo post punk qui ne réalisa qu'un single, est l'oeuvre de Tim Smith, grand allumé devant l'Eternel qui avec son frère Jim met sur pied dès la fin des années 70, le plus improbable des aréopages pop psyché à être apparus dans la banlieue londonienne.
A être apparus tout court ; car ce groupe à géométrie variable comme on dit, ne ressemble à rien de connu.

Ce mélange d'esprit punk conjugué à une extravagance pop pompière, aux confins du prog, peu de critiques leur en surent gré à leurs débuts. Qui baptisèrent cette improbable pièce montée et salmigondis mélodique, émanation du cerveau de Tim Smith du néologisme musical imbécile (comme le sont tous les néologismes de genres musicaux)  "pronk". Tim Smith, fort de ses influences musicales "classiques" a toujours réfuté le terme, arguant que son credo était celui de la pop.
Preuve en était l'imparable reprise du "Susannah's still alive" des Kinks sur l'un des premiers eps.

Mais à vrai dire, on aurait du mal à décrire la furie des compositions du démiurge en chef : celles-ci sont d'une complexité effarante, offrent des ruptures et breaks insensés, ces morceaux-fleuves qui à l'instar du magique "Dirty boy", "Manhoo" ou "Nurses whispering verses" - mais il y en a tant - cette dernière, relecture d'un vieux titre du premier album The Seaside-  ; ont sans doute laissé des traces chez le leader des Cardiacs. Ce dernier se débat ainsi depuis 2008 contre une hémiplégie consécutive à une crise cardiaque et deux AVC. 
Dont est probablement responsable l'oeuvre complètement hallucinée de son groupe, l'une des plus abouties et cohérentes de la pop moderne. Un fund raising sera ainsi régulièrement alimenté pour subvenir à ses soins.

A quoi se réfèrent ces morceaux aux paroles absconses et aux mélodies insaisissables qui évoquent tour à tour l'esprit des Residents, la démesure de Sparks, le dadaïsme d'un Devo ?
Que pourraient évoquer ces envolées suraiguës, totalement barrées, sorte de partouze mentale où se soulageraient les créatures mondaines du Muppet Show, les Chipmunks, le tout dans un robot mixeur vertigineux où seraient broyées des voix d'elfes et de lutin ?

Dans sa psyché suractive, Tim Smith a sans doute la réponse. Mais qu'est-ce qui peut présider à un tel déferlement d'idées, exacerbées dans Sing To God par l'ajout de Jon Poole, guitariste allumé et qui trouve en Cardiacs le terrain de jeu idoine pour laisser libre cours à son imagination et quelques compositions ? On n'en sait rien.

En y réfléchissant, tout ceci n'a rien de prog, du fait des rythmes échevelés ("Eat it up worm hero" et les choeurs enjoués et délicieux de la saxophoniste Sarah Smith, "Bell clinks", tout en doubles cordes, "Angleworm angels"), de l'espit DIY  qui habite les 22 compositions du disque.
On ne voit guère que la fratrie des américains Fiery Furnaces à être ainsi allée aussi loin dans cet esprit "more is more", unique dans le circuit indé. Et à la limite les Butthole Surfers, mais sans l'esprit foutraque doigt dans le cul.
Car Cardiacs, c'est avant tout cela : des poppers ayant gardé l'éthique punk de leurs premières années, doublés de musiciens et compositeurs doués et ambitieux.
Aucun risque d'indigestion avec ce groupe inclassable. Plutôt celui d'être pris dans un tourbillon vertigineux de mélodies qui fait rare, n'empruntent ici à personne ; tout au plus note-t-on des Who cités dans "Flap off you beak". 

Un disque plus loin et Cardiacs seraient en sommeil ; ce qui relève du drame pour tous ses admirateurs. Et pour ceux qui on pris le temps de découvrir cette musique à nulle autre pareille.
Ce sont souvent les mêmes.


En bref : groupe OVNI, sans équivalent dans la pop anglo-saxonne de ces 50 dernières années, Cardiacs atteint ici une forme d'apogée de son art. Une musique dont l'élaboration le dispute à la fraîcheur iconoclaste de ses membres et de son leader omnipotent Tim Smith.
 

2 Comments:

HIPHOP said...

ça m'apprendra à délaisser dodb!!
je découvre, ravi, ce post sur les cardiacs
j'adore ce groupe, ce mélange de punk et de trucs tordus à la Zappa, ses progressions harmoniques inattendues
je suis fan du split avec Camp Blackfoot !!
merci de rendre hommage à ce super groupe, dont tout le monde se fout !
J

Nickx said...

Whaou, ainsi comme moi, tu es un toqué du groupe ?
Les fans les plus invétérés disent et c'est vrai, qu'une seule de leurs chansons contient plus d'idées que l'oeuvre intégrale de bien de groupes.