02 mars 2012

Girls - Father, Son, Holy Ghost (2011)

S'il est vrai que voir des groupes britanniques singer le son de leurs homologues d'outre-atlantique,  fait toujours un peu pute, genre Blur se prenant pour Nirvana, en revanche la posture inverse passe généralement mieux.
Quoi de mieux que ce deuxième album de Girls, déjà auteur d'un premier effort (Album en 2009) remarqué (à défaut d'être remarquable) et où l'on discernait déjà ici et là les influences pêle-mêle de The Jesus And Mary Chain ou de groupes post-punk des années 80, pour nous le rappeler ?

Car ce qui est rigolo, c'est qu'il est assez ardu de localiser (ou alors en prenant des risques) ce projet du protéiforme Christopher Owens. Si le Net ne nous en a pas appris grand chose au départ -car avec un nom aussi générique que Girls, il était plus facile de tomber sur un site de cul si on ne précisait pas la recherche- l'on sait aujourd'hui, que le jeune homme, d'abord peintre, a un jour compris tel un Gainsbourg contemporain, que ses talents de copiste ne suffiraient jamais à organiser sa pitance, faute de talent créatif adéquat.
De même, n'importe qui sait aujourd'hui que Girls, devenu entre temps un vrai groupe, vient s'ajouter à la cohorte de groupes ayant vu le jour à Frisco, des plus connus (Grateful Dead, The Jefferson Airplane) aux plus cultes (Beau Brummels, Neighb'rhood Childr'n ) pour en arriver plus près de nous à Swell ou Low.

Le son de Girls ? Essentiellement brit à la première écoute, très pop dans l'esprit, puisque même la référence Elliott Smith qui vient à l'esprit, sur "Alex" par exemple, n'est pas la plus ambassadrice du son Americana tel que l'on peut l'avoir conçu. Ainsi "Honey Bunny" malgré ses descentes surf évoquera le côté dansant d'un Pulp, le background d' "Alex" évoquera quelque groupe indé noise.
Et jusque dans ses aspects les plus boisés -la superbe "Just A Song"-, le groupe réveille les souvenirs de l'un des secrets britanniques les mieux gardés des 90's, le Lilac Time de Stephen Duffy qui usait lui aussi de très beaux arpèges.

On peut enfin mentionner -et la comparaison s'arrêtera là- Baby Bird, trublion brit jusqu'au bout des ongles des 90's, à qui notre homme Owens fait plus d'une fois penser. De par son physique stéréotypé, sa voix sans panache -le leader de Girls n'est pas à proprement parler un chanteur qui a du coffre-, et puis surtout cet esprit iconoclaste. Car qui d'autre pour intituler l'une des plus belles chansons d'amour de l'année "Vomit" ?  Chanson qui pour le coup, n'est pas sans rappeler sur son refrain notamment les tourments de feu Mark Linkhous alias Sparklehorse.
Girls ne ploie jamais sous le poids de références clairement revendiquées (Mc Cartney sur "Love Like A River"), fournit une ribambelle de chansons tantôt hédonistes ("Honey..."), tantôt poignantes ("Vomit", "My Ma"), ou alors radicalement pop ("Alex", Magic") quand ce n'est pas heavy métallique ("Die"), la plupart irrésistibles en tout cas.

La manière dont ce nouveau chantre pop US s'implique de façon méticuleuse dans son art est assez fascinante compte tenu du parcours erratique de son leader devenu musicien sur le tard.
Enfin, comme un clin d'oeil, encore une pochette à dominante noire et blanche qui ne déparerait aucunement sur les podiums de fin d'année. Et si l'une des meilleures collections pop de l'automne 2011 se trouvait entre les mains d'un américain aussi blafard du teint que coloré dans sa palette sonore ?

En bref : Girls franchit avec brio le cap du toujours difficile deuxième album. Guère original par son contenu et difficile à dater au Carbone 14, cette sainte trinité là est cependant un véritable coup de coeur, par la grâce de chansons pour la plupart irrésistibles.





le site, le Myspace

La vidéo con-con de "Honey Bunny" :



"Die" :


3 Comments:

Frankystooge said...

oui un très bon disque que j'écoute encore plusieurs mois après sa sortie avec le même plaisir.
Curieusement à ce que j'ai puu en lire ça et là la blogosphère se montre assez suspicieuse. Je me sens moins seul désormais :-))

Anonyme said...

maître capello du jazz ne peut pas s'en empêcher :
le titre fait référence au premier morceau de "Meditations", album de john Coltrane, pleine période free. un tremblement de terre. apparemment sans rapport avec la pop de girls.
bises
j

Nickx said...

Merde, maître Capello veut garder l'anonymat, maintenant !