03 juillet 2019

Arab Strap - Philophobia (1998)

Atteints de philophobie nos écossais ? Cette drôle de terminologie qui en psychanalyse désigne la peur panique de tomber amoureux et tous les subterfuges qui en découlent pour y échapper est l'intitulé du deuxième album des Glaswegians d'Arab Strap.

On ne peut pas dire que la postérité aura pour l'heure rendu justice à Aidan Moffat (voix et textes) et Malcolm Middleton (tout le reste) et que cette deuxième vague d'écossais indé ait joui de la même notoriété que leurs ainés de The Jesus And Mary Chain, Teenage Fanclub ou Pastels.

Qui pour se souvenir en effet de Bis, Suckle ou des Delgados, autres compagnons de route du duo chez l'alors trendy label Chemikal Underground ? Les deux acolytes n'ont pourtant pas délaissé la musique après le split d'Arab Strap en 2006, continuant sous des pseudos abscons une carrière solo. Leurs compatriotes ayant perduré, les Belle and Sebastian et autres Mogwai ont évidemment eu plus de chance.

Alors phobique Arab Strap ? On ne répondra pas fermement par la négative ; mais à en juger par l'oeil égrillard d'un Moffat aviné chantant ces chansons tristes voire neurasthéniques sur scène, il est permis d'en douter. En effet ne pas se fier à ces tempos lourds, cette instrumentation monacale que l'on pourrait résumer comme suit : brisures et arpèges désolés de guitare, boîte à rythmes avec ici ou là une touche de violon ou de trompette bouchée.

De fait, l'équation de ces oiseaux-là est simple : toutes les chansons parlent de cul. Pouvait-il en être autrement pour une oeuvre dont la première ligne était "C'était la plus grosse bite que tu aies jamais vu" ? La bagatelle sous son versant le plus glauque : rapports risqués et non protégés ("Packs of three"), impuissance ("The night before the funeral"), infidélité et trahison ("Piglet", "The first time you're unfaithful"), la jalousie (le superbe "Here we go"), l'ébriété souvent : thumbs up pour "Not quite a yes" qui bien que n'étant pas sorti en single aurait dû faire un hit ; tout est bon pour évoquer la gaudriole et la gueule de bois subséquente. Philophobia est une oeuvre qui ne nous fait jamais de l'oeil, se commettrait même en haillons mais qui possède cependant sur ses quelques mélodies pop (ouh l'anachronisme ici) des pouvoirs pour aguicher et séduire.

Dans cet océan de (fausse) noirceur assumée, viennent prêter main forte les amis. On ne sera ainsi pas plus étonné de lire dans les crédits les participations de Stuart Staples dont Arab Strap a souvent fait la première partie du groupe emblématique. Nick Cave aurait pu en être également : le groupe écossais fait plus que l'évoquer dans ses titres les plus arrangés - comprendre ceux avec arrangements d'orgue Hammond tel "Soaps".

Plusieurs membres de Belle and Sebastian viennent jouer les guests de luxe. Normal, lorsqu'ils signaient la même année leur The Boy With The Arab Strap, c'était à leurs deux compatriotes piliers des pubs qu'ils pensaient.

En bref : plus égrillard qu'il n'y paraît, voici le deuxième Lp des Ecossais d'Arab Strap. On ne trouvera pas meilleur instantané de rock indé neurasthénique en cette période pré-millénaire.

1 Comment:

Ju said...

Super Arab Strap ! Du coup je me le suis réécouté cet aprèm en peignant ma fresque Calvin & Hobbes (vous verrez ça ce weekend!). Ca me rappelle un autre de mes chouchous : Silver Jews ! Ce côté branleur mélancolique.. Et pour les fans de musique ambient expérimentales, Aidan Moffat sous l'avatar L Pierre ou Lucky Pierre a également livré quelques perles (dont le magnifique The Island Come True).
Bises
Ju