27 novembre 2010

Bee Gees - Odessa (1969)

C'était bien avant les pattes d'eph' et les cols pelle à tarte de l'ère disco. Au commencement, et comme tant de groupes britanniques avant eux, les Bee Gees donnaient dans l'orfèvrerie pop. Et qu'un exil aux antipodes les ait quelque peu fait oublier de leurs contemporains ne change rien à l'affaire. Voici en tout cas un cas pas loin d'être unique (Beach Boys inclus) de fratrie dorée et de musiciens à tout faire.

C'est d'abord au sein de leur pays d'accueil austral que les frères Gibb (Barry en lead plus guitare, Robin lead chevrotante plus orgue et Maurice, basse) accompagnés de deux connaissances locales (Vince Melouney à la guitare et Colin Petersen à la batterie) fourbirent leurs premières armes, avant que la notoriété ne les rattrape et les fasse s'exporter. Les années 60 pour la fratrie qui nous occupe, c'est une grosse poignée d'albums, dont au moins quatre d'entre eux, The Bee Gees 1st (1967), Horizontal et Idea, tous deux de 1968, et donc l'objet qui nous occupe, ne sauraient faire défaut à vos discothèques.

On peut parler d'objet à l'aune de cette magnifique pochette de velours -il n'y en a pas eu tant- rouge et doré, qui renferme ce double album, dernier fait d'armes d'une très grande année 1969 -peut-être la meilleure cuvée de tous les temps- et aussi, testament d'un lien fraternel qui va s'effriter et partir en live ; les deux "accompagnateurs" des Gibb en feront également les frais.
Odessa, faux concept-album à la gloire d'une cité oubliée -celle qui donne son titre à l'album- et par delà, ode à un modèle finissant incarné par l'empire anglais (à la façon du ....Village Green...des Kinks) est une superbe collection de chansons en forme de hit-parade des styles musicaux les plus divers et variés que l'on pouvait trouver au carrefour des 70's, au sein des meilleures écuries anglo-américaines. Du Beatles millésimé 67-69 et empreint de majesté ("Black Diamond", Melody Fair"), du Band pur jus '"Marley Purt Drive" voire country crin-crin ("Give Your Best") échappé d'un album des Byrds, de la pop cabaret irrésistible façon Kinks ("Whisper Whisper", "Suddenly"), des chorales empruntées à l'art Beach Boysien ("Edison", "I Laugh in your Face") ou bien ce magnifique "You'll Never See My Face Again" que n'auraient pas renié les Zombies.

La touch Bee Gees dans tout ça ? D'abord une capacité de synthèse, un songwriting au-dessus de tout soupçon, puis le mélange de timbres vocaux qui pourra en irriter certains, en particulier en ce qui concerne le falsetto bêlant de Robin, finalement pas si éloigné de celui d'Arthur Lee. Heureusement, Barry et sa voix plus grave et lennonienne viennent contrebalancer les envolées lyriques du plus frondeur des frères Gibb, Maurice harmonisant derrière et distillant des arrangements savants.
Quelquefois, l'expérience confine au cheesy sur certains titres vraiment très orchestrés et ampoulés ("Lamplight", Sound of Love"...), essentiellement sur le deuxième disque. "Lamplight sera d'ailleurs objet de discorde quant au choix de single réfuté par Barry, émanation de Robin et aboutira au départ de ce dernier. Provoquant la première fin des Bee Gees, à coup sûr celle de leur âge d'or.
Mais les inconditionnels de pop baroque le savent : les Bee Gees bien que moins cités que leurs congénères (voir les groupes précités) étaient de la race des grands et pas seulement de ceux que l'on trouve sur les dance-floors à facette. Ce 6ème album témoin de leur savoir-faire en est la preuve irréfutable.

En bref : un des très nombreux albums méconnus de la décennie triomphante à (re)découvrir. Pour qui ignorait que les frères Gibb étaient autre chose qu'une bande de gouapes fashion, l'écoute de ces compositions racées fera date.





Le site officiel et le Myspace

"Whisper Whisper" :



"You'll Never See My Face Again" :

3 Comments:

Ju said...

Bon et bien vas-y pour une petite écoute d'Odessa au petit dèj alors ( :

J'ai bien fait d'acheter à l'avance mon exemplaire velours chez General Music Avignon..

Bises.
Ju

Nickx said...

Oui, en plus ton exemplaire est dans un état mint, superbe !

Mais dis moi, tu postes à 14H09 et tu dis prendre ton petit dèj ; quelle feignasse !

Et ce concert de la Trique alors ?

Ju said...

Oui Mint mais avec quelques grésillements quand même..

Et oui, petit dèj tardif j'avoue. La faute à Tricky. Tu verras sans doute un live report plus long, mais c'était bien, du bon Tricky quoi, assez branleur et défoncé, mais entouré d'un gros backing band et d'une chanteuse extraordinaire..